23/11/2012

Constitutional Crisis par Cory Doctorow

Titre : Constitutional Crisis
Auteur : Cory Doctorow
Éditeur : Site de l'auteur

Cette nouvelle est un peu étrange et je ne sais pas trop quoi en dire. On se trouve en face de ce qui semble être un devoir. Mais celui-ci est aussi utilisé pour gérer les relations à l'intérieur d'une guilde virtuelle. Ce dernier point tient sans doute à la proximité de l'écriture de For The Win. Ce dernier décrivait la naissance d'un syndicat virtuel chargé de défendre les gold farmers face aux employeurs et aux éditeurs de jeux vidéos. Nous n'avons rien d'aussi grand ici. C'est un texte qui règle le fonctionnement d'une petit guilde d'amis. Mais que se passe-t-il quand cette dernière prend une autre forme que l'on imaginait au départ?

Doctorow, à mon avis, a tenté de montrer comment un texte décidé en concertation peut être détourné par les même personnes qui l'avaient discuté et instauré. Un simple devoir devient un texte compliqué qui définit des catégories différentes de personnes avec des droits inégaux. Alors que le texte comment avec une codécision on termine avec la mise en place d'une "aristocratie" auto-constituée qui récolte argent et pouvoir sur les personnes. Mais je ne crois pas que la forme choisie par Doctorow soit vraiment adéquate pour illustrer ce processus. Mon impression globale a donc été plutôt négative envers cette nouvelle.

12/10/2011

Orange Mécanique (qui sont les véritables monstres?)

Nous repartons dans un autre film culte sorti en 1971: Orange Mécanique de Stanley Kubrick. Je pense que les personnes qui n'ont pas, au moins, entendu parler de ce film sont très rares. Mais vous êtes peut-être dans mon cas et vous ne l'avez jamais vu. Nous y retrouvons une bande de jeunes habillés en blanc avec un faux air d'aristocrate. Leur chef est Alex et il les mène du bar à lait modifié du coin à la violence d'une soirée. Alex s'amuse à tabasser n'importe qui pour le plaisir avec une violence froide et sadique. Il aime aussi cambrioler des maison et détruire les objets de valeur. Sans oublier, qu'il lui plaît aussi de sadiquement violer les femmes qu'il croise. En bref, Alex n'a aucune morale. Mais il n'est pas le seul puisque d'autres groupes comme le sien existent et se battent dans les rues. Mais Alex sera trahi et emprisonné par les autorités. Après deux ans en prison il accepte d'être le cobaye d'un nouveau traitement censé guérir définitivement la criminalité: le procédé Ludovico.

Voila un film sur lequel on peut dire énormément. Mais mes connaissances limitées de ce film, que je n'ai vu qu'une fois, vont probablement me permettre de ne pas trop m'étendre. Je commencerais par parler de mon ressenti face à l'image. Celle-ci est plutôt étrange. La sexualité est présente dans presque toutes les scènes sous une forme ou une autre en ne montrant que des femmes dans des postures dégradantes. Mais ce qui frappe au moins autant c'est le visage du personnage principal: Alex. Durant la journée il montre un visage plus ou moins avenant avec quelque sourires. Mais son coté "sombre" est mise en reflet par une fermeture totale du visage. Celui-ci devient un masque sardonique qui montre à la fois la dangerosité d'Alex et son manque total de pitié et de morale.

Le second point duquel on doit parler est la violence. Il semblerait que celle-ci ait valu une condamnation du film, particulièrement en Grande-Bretagne ou plusieurs actes de violences ont été attribué à l'influence d'Orange Mécanique. Mais il faut bien avouer que la violence physique est rarement montrée en tant que telle mais souvent suggérée. Que ce soit les viols ou les passages à tabac les séries et films modernes sont allé bien plus loin tout en étant, assez paradoxalement, plus pudibond (surtout en ce qui concerne la nudité que l'on ne voit plus, ou très peu, telle qu'elle est affichée par Kubrick, du moins, à mon avis). Cette violence est mise en place par une jeunesse qui a oublié tout ordre et respect. Respect aussi bien pour les personnes en générale que pour les femmes qui ne sont, dans ce film, que des objets de plaisir au service d'Alex. Mais, en parallèle, il y a aussi la violence du système de la société. Celle-ci est visible via les policiers et les prisons qui torturent et abrutissent les criminels. Cette violence est au paroxysme dans le procédé Ludovico qui revient à détruire l'individu pour sauver la société. Nous avons aussi un nouvel indice de cette violence sociale alors qu'Alex revient, en quelque sorte, sur son passé qui non seulement le rattrape mais l'attaque physiquement sous les traits de ses victimes ou de ses anciens comparses devenu policiers. Cette société, dites démocratique, ne fonctionne plus pour plusieurs raisons. D'abord parce qu'une grande partie de ses membres sont victimes ou créateurs d'une violence froide. Mais aussi parce que cette société crée elle-même une violence contre ceux qu'elle considère comme des déviants ou des "subversifs". Ainsi, et la fin du film me le fait penser, nous nous trouvons probablement en face d'un pays en voie de devenir une société totalitaire.

Mais quel est le message principal de ce film? Est-ce la défense de la morale? La défense de l'amour? Ou alors la défense de la société démocratique? A mon avis ces trois points sont inexistants voir très secondaires. Le véritable message de ce film est une question sur la nature de l'humanité. Qu'est ce qu'un être humain? Mais surtout qu'est ce qui fait de nous un être humain. Le procédé Ludovico consiste, principalement, à ôter le choix à l'individu qui y est soumis à l'aide d'une procédure de lavage de cerveau. Mais est-on encore humain quand on n'a plus aucun choix. Et, surtout, quand on n'a plus le choix entre être "Bon" et être "Mauvais". Alex, après Ludovico, perd tous ses choix et devient impuissant devant la violence globale de la société. Cela le conduit à subir de multiples humiliations et à perdre son statut d'être humain égal aux autres. En effet, en le soumettant à ce procédé on envoie deux messages: le sujet méritait de perdre le droit de choisir et le sujet n'était pas normal, pas vraiment humain, il est donc légitime de le torturer de cette manière. Une question annexe qui pourrait se poser est de se demander jusqu'à quel point la société, au sens général d’agrégats d'individus autant que de l'appareil d'état, peut aller pour se protéger elle-même. Jusqu'où peut-on violer les droits et libertés humaines au profit de la sécurité globale de la société? C'est une question qui n'est pas légitime que dans ce film mais aussi actuellement dans le cadre de ce que l'on nomme la société de surveillance.

Image: Allociné

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