22/01/2012

le Panoptique par Jeremy Bentham: Une vision d'horreur

Titre: le Panoptique9782842056872-G.jpg
Auteurs: Jeremy Bentham
Éditeur: Belfond 1977
Pages: 221

Je souhaitais lire cet ouvrage depuis longtemps. En effet, je suis tombé sur le concept de panoptique a plusieurs reprise mais je n'ai jamais lu le livre qui a décrit en premier ce qui était un modèle d'architecture et qui est devenu un modèle de société. C'est donc avec un grand intérêt que je me suis attelé à cette lecture. Mais tout d'abord il serait bon de décrire, exactement, ce qu'est cet ouvrage. Le Panoptique a été écrit par Jeremy Bentham en 1786. Il est composé de trois parties. La première est une série de lettres fictives écrites depuis la Russie. La seconde et la troisième sont des postfaces qui réexaminent ou qui précisent certains points. La première version française a été commandé par l'Assemblée Nationale en 1791. Elle est plus un résumé qu'une traduction de l'ouvrage original. Le livre que j'ai consulté contient cette version française suivie de la première partie du Panoptique traduite pour la première fois. On peut les lire en parallèle puisque les textes ne sont pas semblables. Ce livre est aussi précédé d'un entretien particulièrement intéressant avec Michel Foucault qui nous permet de mieux comprendre le texte de Bentham et ses conséquences sociales. Il est aussi suivi d'une postface de Michelle Perrot qui nous offre une remise en perspective historique de la vie de Bentham ainsi que de la vie de l'idée de panoptique.

Jeremy Bentham voulait, en premier lieu, offrir un mode architectural permettant de construire une prison parfaite. Pour éviter les problèmes des prisons classiques (immoralité, maladies, oisivetés, écoles du crime) Bentham proposait plusieurs mesures. Celles-ci découlent toutes de son principe architectural. En effet, l'idée de Bentham est de construire une prison circulaire avec des cellules transparentes. Un second cercle intérieur trouverait, en son centre, une tour dans laquelle logerait l'administrateur de la prison. Celui-ci, depuis ses appartements, serait capable de surveiller tous les détenus. Une telle capacité de surveillance due à la transparence des actes ne pouvait, selon Bentham et j'incline à être d'accord, qu'empêcher l'idée même d'accomplir des délits à l'intérieur de la prison. Mais l'architecture ne suffit pas et Bentham a d'autres idées sur les prisons. Par exemple, il considère que les prisonniers ne doivent manger que très frugalement des aliments peu ragoûtant pour éviter d'être mieux traités que les plus pauvres. Il pense, surtout et c'est cohérent avec son libéralisme, que les prisons doivent être administrée par des privés qui auraient le droit d'utiliser la force de travail des prisonniers - d'ailleurs le travail est un moyen de redressement moral pour Bentham et d'autres - pour faire du profit. Son idée est que les privés, ayant un intérêt dans l'administration, seront plus compétent que le pouvoir public.

Mais que penser exactement de ce programme? Personnellement il m'effraie. Il suffit d'imaginer les conséquences d'un tel modèle que, d'ailleurs, Bentham voulait généraliser à d'autres institutions que la prison. En effet, le caractère principal du panoptique est de créer un ordre basé sur la transparence des individus face au pouvoir. Cette transparence implique, selon les propres mots de Bentham, que les individus n'oseraient même pas penser à commettre des actes illégaux et/ou immoraux. Autrement dit, l'intégration d'une surveillance constante et d'une vie éternellement soumise à la vision supérieure de l'autorité mènerait l'humanité à ne plus pouvoir mettre en cause l'ordre établi. Nous sommes donc dans un monde tyrannique dans lequel personne n'oserait remettre en cause les inégalités ou les illogismes de la loi. Nous serions devant l'une des plus puissantes tyrannies: celle de la transparence totale de l'individu que nous pouvons lire dans ce magnifique livre qu'est 1984 écrit par Orwell.

Mais vous pourriez me demander la raison pour laquelle on fait tant de cas de ce livre? Il se trouve que le concept de panoptique est particulièrement bien adapté pour comprendre une partie du fonctionnement de notre société. En effet, nous nous trouvons dans une société qui met de plus en plus en exergue la nécessité de surveillance. Celle-ci est justifiée par le besoin de sécurité des citoyens. Depuis quelques années, mais le processus est plus profond historiquement parlant, des lois et des technologies ont été développées pour sécuriser les citoyens. Mais celles-ci impliquent une transparence de plus en plus importantes des individus face à l'autorité. Dans le même temps, nous avons connu un développement tout aussi important sur Internet. En effet, quand on écoute les discours des possesseurs de Facebook, Google ou d'autres grandes entreprises on se rend compte que ces personnes ne croient pas en la vie privée. Pour eux, l'individu qui décide d'entrer sur Internet doit être identifiable, identifié et suivi. Nous ne nous trouvons pas dans une prison. Mais il est indéniable que le concept de panoptique permet de mieux comprendre et de décrire la société dans laquelle nous nous enfonçons. Une société dans laquelle il devient de plus en plus difficile d'avoir droit à une vie privée face à l'état et aux entreprises. Mais il faut nous souvenir de ce que Bentham disait: la transparence des individus implique l'incapacité de mettre en cause les lois ou d'agir contre elles. La question que je pose est donc la suivante: la démocratie peut-elle survivre quand ses citoyens ne peuvent plus contester l'ordre établi?

Image: Édition Mille et une nuit de 2002

12/10/2011

Orange Mécanique (qui sont les véritables monstres?)

Nous repartons dans un autre film culte sorti en 1971: Orange Mécanique de Stanley Kubrick. Je pense que les personnes qui n'ont pas, au moins, entendu parler de ce film sont très rares. Mais vous êtes peut-être dans mon cas et vous ne l'avez jamais vu. Nous y retrouvons une bande de jeunes habillés en blanc avec un faux air d'aristocrate. Leur chef est Alex et il les mène du bar à lait modifié du coin à la violence d'une soirée. Alex s'amuse à tabasser n'importe qui pour le plaisir avec une violence froide et sadique. Il aime aussi cambrioler des maison et détruire les objets de valeur. Sans oublier, qu'il lui plaît aussi de sadiquement violer les femmes qu'il croise. En bref, Alex n'a aucune morale. Mais il n'est pas le seul puisque d'autres groupes comme le sien existent et se battent dans les rues. Mais Alex sera trahi et emprisonné par les autorités. Après deux ans en prison il accepte d'être le cobaye d'un nouveau traitement censé guérir définitivement la criminalité: le procédé Ludovico.

Voila un film sur lequel on peut dire énormément. Mais mes connaissances limitées de ce film, que je n'ai vu qu'une fois, vont probablement me permettre de ne pas trop m'étendre. Je commencerais par parler de mon ressenti face à l'image. Celle-ci est plutôt étrange. La sexualité est présente dans presque toutes les scènes sous une forme ou une autre en ne montrant que des femmes dans des postures dégradantes. Mais ce qui frappe au moins autant c'est le visage du personnage principal: Alex. Durant la journée il montre un visage plus ou moins avenant avec quelque sourires. Mais son coté "sombre" est mise en reflet par une fermeture totale du visage. Celui-ci devient un masque sardonique qui montre à la fois la dangerosité d'Alex et son manque total de pitié et de morale.

Le second point duquel on doit parler est la violence. Il semblerait que celle-ci ait valu une condamnation du film, particulièrement en Grande-Bretagne ou plusieurs actes de violences ont été attribué à l'influence d'Orange Mécanique. Mais il faut bien avouer que la violence physique est rarement montrée en tant que telle mais souvent suggérée. Que ce soit les viols ou les passages à tabac les séries et films modernes sont allé bien plus loin tout en étant, assez paradoxalement, plus pudibond (surtout en ce qui concerne la nudité que l'on ne voit plus, ou très peu, telle qu'elle est affichée par Kubrick, du moins, à mon avis). Cette violence est mise en place par une jeunesse qui a oublié tout ordre et respect. Respect aussi bien pour les personnes en générale que pour les femmes qui ne sont, dans ce film, que des objets de plaisir au service d'Alex. Mais, en parallèle, il y a aussi la violence du système de la société. Celle-ci est visible via les policiers et les prisons qui torturent et abrutissent les criminels. Cette violence est au paroxysme dans le procédé Ludovico qui revient à détruire l'individu pour sauver la société. Nous avons aussi un nouvel indice de cette violence sociale alors qu'Alex revient, en quelque sorte, sur son passé qui non seulement le rattrape mais l'attaque physiquement sous les traits de ses victimes ou de ses anciens comparses devenu policiers. Cette société, dites démocratique, ne fonctionne plus pour plusieurs raisons. D'abord parce qu'une grande partie de ses membres sont victimes ou créateurs d'une violence froide. Mais aussi parce que cette société crée elle-même une violence contre ceux qu'elle considère comme des déviants ou des "subversifs". Ainsi, et la fin du film me le fait penser, nous nous trouvons probablement en face d'un pays en voie de devenir une société totalitaire.

Mais quel est le message principal de ce film? Est-ce la défense de la morale? La défense de l'amour? Ou alors la défense de la société démocratique? A mon avis ces trois points sont inexistants voir très secondaires. Le véritable message de ce film est une question sur la nature de l'humanité. Qu'est ce qu'un être humain? Mais surtout qu'est ce qui fait de nous un être humain. Le procédé Ludovico consiste, principalement, à ôter le choix à l'individu qui y est soumis à l'aide d'une procédure de lavage de cerveau. Mais est-on encore humain quand on n'a plus aucun choix. Et, surtout, quand on n'a plus le choix entre être "Bon" et être "Mauvais". Alex, après Ludovico, perd tous ses choix et devient impuissant devant la violence globale de la société. Cela le conduit à subir de multiples humiliations et à perdre son statut d'être humain égal aux autres. En effet, en le soumettant à ce procédé on envoie deux messages: le sujet méritait de perdre le droit de choisir et le sujet n'était pas normal, pas vraiment humain, il est donc légitime de le torturer de cette manière. Une question annexe qui pourrait se poser est de se demander jusqu'à quel point la société, au sens général d’agrégats d'individus autant que de l'appareil d'état, peut aller pour se protéger elle-même. Jusqu'où peut-on violer les droits et libertés humaines au profit de la sécurité globale de la société? C'est une question qui n'est pas légitime que dans ce film mais aussi actuellement dans le cadre de ce que l'on nomme la société de surveillance.

Image: Allociné

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28/07/2011

la globalisation de la surveillance: aux origines de l'ordre sécuritaire par Armand Mattelart

Titre: la globalisation de la surveillance: aux origines de l'ordre sécuritaire9782707156259.gif
Auteur: Armand Mattelart
Éditeur: La Découverte 2007
Pages: 259

Je suis souvent surpris du manque actuel de débat sur la surveillance croissante des citoyens. Je suis encore plus surpris que les seuls débats qui réussissent à prendre place ne sont pas sur le thème de la surveillance et des problèmes que cela pose à la démocratie mais sur le nombre de mesures sécuritaires qu'il faut prendre pour ne rien risquer. C'est ainsi que nous avons perdu notre droit à l'anonymat derrière facebook, google +, les scanners corporels, les caméras de surveillance et les passeports biométriques avec puces RFID. Tout ceci au nom de la sécurité et de la facilité. Tout ceci aussi sans aucun réel débats sur le processus de surveillance et de contrôle du citoyen de plus en plus poussé qui se déroule sous nos yeux.

C'est pour pouvoir m'informer et informer mon entourage que j'ai commencé à lire ce qu'a écrit Armand Mattelart. J'avais déjà fait quelque petits pas dans ce types de recherches mais je n'avais pas encore consulté un livre aussi complet. En effet, l'auteur y fait la généalogie de la société de surveillance actuelle. Il remonte au XIXe siècle durant lequel l'anthropométrie et les premières utilisations des données biométriques et des fichiers biométriques ont été théorisé et créé. Il continue avec une présentation des théories des foules alors que les élites bourgeoises de l'époque craignaient ces même foules. Ce qui permet à l'auteur de passer du contrôle des populations par la police et la justice au même contrôle par les dispositifs d'exceptions, autrement dit la fin de certains droits au nom d'un moment dangereux pour l'état, et la propagande. L'auteur nous offre aussi un panorama des pratiques de tortures en nous offrant des informations sur des écoles soutenues, si ce n'est crées, par les USA.

Mais, quand on s'intéresse aux derniers développement, c'est la dernière partie du livre d'Armand Mattelart qu'il nous faut parcourir. Lors de ces derniers chapitres l'auteur nous montre que la peur de l'étranger, du terrorisme et la consommation/publicité ont permis aux législateurs de créer des états d'exceptions via des lois du type Patriot Act. Ces lois ont pour effet de surveiller de plus en plus précisément le citoyen et ses activités au nom de la sécurité de l'état et des citoyens face à une menace externe et interne (on connait l'importance de définir des ennemis intérieurs mais aussi extérieurs). Mais les états ne sont pas les seuls qui surveillent les citoyens. Les compagnies capitalistes sont aussi dans ce cas au nom de la croissance. En effet, tracer ce que les personnes achètent ou utilisent permet de cibler les campagnes promotionnelles à moindre coûts. Au final, c'est un maillage de plus en plus étroit qui est appliqué sur les citoyens qui ne peuvent qu'être transparent face à l'état et aux compagnies. Ceci se fait au prix des droits démocratiques qui deviennent de plus en plus minces.

En tant que lecteur j'ai été très impressionné par ce livre. Je trouve qu'il a le grand mérite d'historiciser des pratiques actuelles. Ce qui nous permet de mieux comprendre la manière dont elles sont appliquées et pourquoi elles le sont d'une telle manière. Mais plus qu'une recherche exemplaire c'est un livre qui permet d'ouvrir le débat sur les pratiques de surveillance. En effet, je suis convaincu qu'il est nécessaire de se demander quel type de société on souhaite. Une société qui est basée sur la confiance et le droit à vivre différemment? Ou alors une société de plus en plus proche de 1984? Ce n'est pas qu'une question philosophique ou une question de gauche. C'est un débat sur lequel nous devrions tous réfléchir quel que soient nos opinions politiques. Car dans le cadre d'une démocratie le débat est plus qu'un droit c'est une nécessité. D'autant plus lorsque la démocratie elle-même peut être remise en question par les réponses données.

Image: éditeur

11/05/2011

Histoire de l'identification des personnes par Ilsen About et Vincent Denis

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Auteurs: Ilsen About et Vincent Denis
Éditeur: La Découverte 2010
Pages: 125

Je l'ai déjà dit, je suis très intéressé par les thématiques concernant la surveillance surtout quand celles-ci sont en lien avec les nouvelles technologies de l'information et de la communication. C'est une littérature de plus en plus abondante, en est témoin la bibliographie à la fin de ce livre, mais semble qu'il manque un ouvrage synthétique sur le sujet. Ce tome de la collection Repère des édition de La Découverte a le but de créer cet ouvrage synthétique. Ici cette synthèse se fait d'une manière historique en analysant les différents usages et objets de l'identification des personnes depuis l'an mil jusqu'à nos jours.

Il y a donc cinq chapitres principaux qui sont autant de phases différentes dans le processus d'identification. Le moyen âge, ainsi, est connu pour l’inter-connaissance qui implique l'identification. Mais c'est oublier qu'il existe aussi de nombreux autres moyens de savoir qui se trouve en face de nous. Ceux-ci sont les sceaux mais aussi, et surtout, l'héraldique qui est devenu un véritable langage symbolique que des experts analysaient. Mais il existait aussi des papiers qui impliquaient un droit de traverser un territoire. Moins qu'une identification c'est surtout un prestige qui supporte le pouvoir d'un personnage le porteur n'étant qu'accessoire. Nous y trouvons aussi une volonté d'identifier les criminels selon leurs crimes en les marquant physiquement. L'époque qui suit voit l'arrivée de nombreux papiers qui permettent de contrôler les déplacements de certaines catégories de population. Dans une époque qui a connu de grandes épidémies il est parfois nécessaire de certifier son état de santé pour pouvoir voyager. Les registres se multiplient en permettent d'identifier les individus sans qu'il ne soit présent. Dans le même temps se développe les techniques de descriptions du corps qui devaient permettre d'assurer l'identification d'une personne.

L'arrivée de l'état-nation voit se confirmer la tendance à contrôler les personnes présentent sur le sol national. Il devient nécessaire de savoir qui est présent et quel est son statut. Non seulement pour savoir qui paie les taxes mais aussi pour contrôler l'entrée dans l'armée. Le contrôle de certaines "classes dangereuses" (ouvriers et étrangers) s'intensifient dans le même temps. Ce contrôle sera de plus en plus avancé dans la période qui précède la seconde guerre mondiale et qui a conduit aux abus que nous connaissons. Ce que nous pouvons voir se dessiner c'est, non seulement, une identification permanente et intégrée de tous les citoyens mais aussi, et surtout, un contrôle de qui a le droit de voyager dans les limites de l'état national. C'est pourquoi les étrangers commencent à être contrôlé en tout temps. Le début du XXIe siècle voit arriver une société dans laquelle seules les personnes identifiables peuvent accéder aux droits civils, politiques et de voyages excluant irrémédiablement ceux qui sont sans papiers ou qui refusent d'intégrer le système de surveillance. Mais, même en refusant, il est de moins en moins possible de sortir d'un système capable d’observer et d'identifier n'importe qui à l'aide de dispositifs de surveillances et de registres tentaculaires. Ce que cette démarche montre c'est que les moyens sont différents selon l'époque mais les outils visent trois points qui sont historiquement stables: les moyens d'identifications sont les même (corps, signature), les discours de légitimations qui visent à faire accepter la surveillance au nom de la prévention du crime et le contrôle des déplacements.

Il me reste à dire ce que j'ai pensé de ce livre. Tout d'abord, il ne faut pas oublier que nous nous trouvons face à un livre de synthèse. De nombreux points auraient pu faire l’objet de recherches et de développements plus poussé. C'est pourquoi il est nécessaire de se référer à la bibliographie qui permettra aux intéressés d'entrer plus profondément dans le sujet. Ensuite, ce livre n'a pour objet de créer un débat citoyen actif. Il souhaite poser des points que la recherche tient pour sur. Mais il ne prend pas véritablement parti pour l'une ou l'autre des parties bien que les auteurs s’inquiètent du manque de débat démocratique sur le sujet. Personnellement, j'aurais apprécié un livre plus critique mais ce n'est pas l'objet d'un ouvrage de synthèse. Il est aussi normal que ce livre ne soit pas passionnant. On passe très rapidement sur de nombreux sujets sans avoir le temps de les développer et permettre un intérêt. Les auteurs sont obligés de rester à la surface du sujet ce qui n'est jamais bon pour l'intérêt d'un livre. Cependant, je trouve qu'il est louable d'avoir écrit cet ouvrage et si on accepte son but les différentes informations qu'il donne permettent de comprendre comment l'identification a muté ou s'est pérennisée dans différentes périodes historiques. C'est, donc, un très bon ouvrage pour entrer dans le sujet et pour avoir des informations de base sur celui-ci. A noter, ce livre existe aussi en version numérique.

Site La Découverte et Widget de présentation

Image: Amazon

01/04/2011

Citoyens sous surveillance. La face cachée d'internet par François Fortier (traduction de Virtuality Check)

Titre: Citoyens sous surveillance. La face cachée d'internet (Virtuality Check)t069.jpg
Auteur: François Fortier
Traducteur: Danielle Collignon
Éditeur: Ecosociété 2002 (Verso 2001 édition originale)
Pages: 128

Les influences et les significations politiques que les nouvelles technologies de l'information et de la communication ont sur la société est un thème qui me tient particulièrement à cœur et qui explique pourquoi je suis tenté de supporter le parti pirate. Il ne m'a donc pas fallu un temps de réflexion très long avant de me décider d'emprunter cet ouvrage. Celui-ci est, selon l'auteur, tiré de la thèse qu'il écrite entre 1991 et 1996 à York. Le livre datant du début du millénaire il est facile, et logique, d'observer qu'il date un peu vu le nombre de changement qu'a connu l'internet entre temps. Mais cela ne veut pas dire que les conclusions et appréhensions de l'auteur ne soient pas encore d'actualité voir exacerbée quand on examine les dernier changements.

Ce livre est structuré en trois chapitres sans compter l'introduction et la conclusion. Le premier permet à l'auteur de définir deux concepts importants: la société civile et les technologies de l'information et de la communication. Ce chapitre sert aussi à l'auteur pour présenter les différents courants qui ont analysé ces TIC et leurs caractéristiques. Alors que certains oublient totalement l'aspect politique et social des TIC d'autres, donc le courant dans lequel s'inscrit l'auteur, considèrent que les TIC sont non seulement inscrit dans la société mais, plus encore, sont les supports d'une certaine idéologie politique et, donc, ne sont pas neutres. Le troisième chapitre tente, lui, de trouver des moyens d'utiliser les TICs dans une autre perspective que l'idéologie libérale qui en sont constitutifs. L'auteur milite donc pour une réappropriation par les citoyens eux-même, et non une élite, de ces outils selon leur propres besoins et non ceux que l'on pense qu'ils pourraient avoir.

Le second chapitre, le plus long des trois, examine quatre aspects problématiques des TICs. Le premier de ces aspects est le contrôle qui est imposé aux travailleurs par l'utilisation des TICs. Non seulement ceux-ci perdent leurs capacités d'arguer de compétences propres, maintenant utilisable via les machines, mais en plus ils perdent l'autonomie de leur temps puisque les TICs permettent de contrôler l'utilisation qui est faite du temps de travail (le pointage) voir, même, du temps de loisir (voir un article très intéressant sur le portail des quotidiennes qui montre que les cadres sont aussi victimes de cet aspect: Smartphone ou l'esclavage moderne). Le second aspect concerne l'information. François Fortier fait le constat, déjà connu avant lui, que les médias sont de plus en plus condensés en quelques groupes monopolistiques qui sont capable de contrôler très largement l'information. Mais internet semble rendre ce processus encore plus rapide et plus complet en contrôlant non seulement l'information mais aussi les médiateurs de cette information que sont les télévisions, les téléphones et l'internet. Cet aspect montre que l'internet, loin d'être cette ouverture vers les opinions de tous les citoyens, a tendance à être de plus en plus cadré et les opinions non-orthodoxes ostracisées.

Dans un troisième temps l'auteur nous montre que les citoyens sont aussi de plus en plus surveillé par les entreprises. Au nom de l'information pertinente et du marketing les entreprises s'arrogent le droit de surveiller et de constituer des dossiers personnels sur leurs clients qu'ils revendent ou utilisent pour cibler leur ventes. Le citoyen perd, donc, le contrôle de sa vie privée qui est archivée, analysée et commercialisée au nom du libéralisme. Enfin, et en lien avec l'exemple précédent, l'auteur analyse les contrôles que l'état, mais aussi certains groupes privés, tente d'instituer sur l'internet. Au nom d'une lutte légitime contre une forme de criminalité et contre la pédophilie et, moins légitime, la défense des droits d'auteurs les dispositifs de filtrage des contenus et de surveillance des citoyens se multiplient et deviennent de plus en plus complexes. Pire encore, ce ne sont pas les fournisseurs qui sont criminalisés mais les receveurs qui, je le concède pas toujours, ne sont pas forcément avertis du caractère illégale de leur activité. Au nom d'une défense de certains intérêts on criminalise un citoyen de moins en moins conçu comme innocent jusqu'à preuve du contraire.

Au final, j'ai été convaincu par les thèses avancées par l'auteur. Bien que l'ouvrage puisse souffrir d'un manque de développement il est compensé par une rigueur de l'analyse et des références. Je suis donc parfaitement satisfait de ma lecture et je considère que ce livre devrait connaître une diffusion plus vaste à cause des problématiques qu'il soulève. Donc le monde actuel qui connaît une diffusion énorme des TICs mais aussi une hausse considérable des appareils de répressions, de surveillance ou de contrôle du citoyen je trouve étonnant que ce type d'analyse, même si c'est pour la contester scientifiquement, n'est pas plus nombreuses. Cet ostracisme d'un sujet important dans notre société actuel est dommageable non seulement à la compréhension scientifique des outils d'informations et de communications mais aussi, et surtout, au débat politique et de la société civile sur l'utilisation favorable ou non envers les citoyens de ces même outils.

Image: Site de l'éditeur