sociologie

  • Outsiders. Etudes de sociologie de la déviance par Howard S. Becker

    Titre : Outsiders. Etudes de sociologie de la déviancecouv-172.jpg
    Auteur : Howard S. Becker
    Éditeur : Métailié 1985
    Pages : 247

    La sociologie de la déviance a pris une importance considérable dans mes études ces deux dernières années et atteint un niveau d'intérêt de ma part comparable aux études genre. J'ai lu pas mal d'ouvrages et d'articles sur le sujet dont ce livre. Mais je l'ai lu comme un étudiant qui prépare un travail à rendre dans deux semaines et qui n'a le temps que de sélectionner. Ce que j'en avais tiré m'a énormément intéressé et m'a ouvert de nouvelles perspectives de compréhension. J'ai donc décidé d'acheter le livre et de le lire tranquillement cet été sans échéances.

    Il est tout d'abord nécessaire d'annoncer que ce livre est écrit en 1963. Il analyse donc des situations qui peuvent avoir changé profondément. Ce qui ne veut pas dire que la méthode engagée n'est pas valable bien au contraire. Becker, sociologue américain encore vivant à ce jour, y examine la déviance selon une approche radicalement différente de celle qui était courante dans la sociologie américaine de l'époque. Au lieu de postuler d'une spécificité des déviants ou d'une naturalité des normes il tente de comprendre l'entier du processus qui conduit à considérer une activité comme déviante et à la punir. Ce qui implique que Becker tente non seulement de comprendre les déviances illégales, l'usage du cannabis, que les déviances légales, les musiciens de jazz, ou encore la manière dont on construit et met en place des normes. Le livre est donc construit selon ce schéma et permet de mettre en place une analyse que Becker nomme interactionniste car elle prend en compte les interactions sociales entre tous les acteurs sociaux.

    Ce livre fut l'un des symboles de ce qui a été nommé le labeling. Ceci concernait des études qui tentaient de comprendre la mise en place d'une déviance et d'une identité déviante dans le monde social. Ce qui permet d'étudier aussi bien les fumeurs de cannabis que les gardiens de prisons ou les lobbys de moralité. Il a eu une importance considérable car non seulement il ouvrait, avec d'autres, de nouvelles perspectives mais il est aussi écrit de manière claire et simple. Cette caractéristique est rafraîchissante quand on est habitué à lire Bourdieu qui, lui, écrivait de manière particulièrement compliquée. Comme je m'y attendais j'ai beaucoup apprécié ce livre dont le sujet est non seulement intéressant mais toujours d'actualité. Un nombre considérable de politiciens et de journalistes gagneraient à sa lecture que, de toute manière, je conseille chaudement.

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  • De la démocratie en Amérique I par Alexis de Tocqueville

    Titre : De la démocratie en Amérique I
    Auteur : Alexis de Tocqueville
    Éditeur : In libro Veritas
    Pages : 231

    Dans ma lecture des classiques de la science politique je pouvais difficilement passer longtemps à coté de Tocqueville. Cet auteur, célèbre pour le livre que je vais tenter de présenter ici, est considéré comme l'un des premiers sociologues. Qu'étudie-t-il dans ce livre dont je viens de terminer la première partie? Il y fait l'étude et la description des USA. Celle-ci s'intéresse aussi bien aux aspects géographiques qu'à la politique et aux mœurs du peuple américain. Tocqueville essaie plus particulièrement de comprendre comment la démocratie peut fonctionner et utilise, pour cela, l'exemple qu'il juge le plus parfait (ce en quoi on peut être en désaccord) soit les États-Unis.

    Je suis agréablement surpris par la prose de Toqueville. Je m'attendais à un livre peu intéressant. Mais la manière dont Tocqueville écrit, bien que d'un style ancien, n'est pas trop lourde. Tocqueville, dans cette première partie, examine surtout les institutions américaines. Il s'intéresse surtout aux aspects fédéraux et à l'équilibre des pouvoirs. L'auteur conclut que le peuple des États-Unis a réussit à mettre en place une démocratie qui fonctionne grâce à un subtil équilibre dans les institutions. L'état central est puissant mais seulement dans certains domaines tandis que les états peuvent s'occuper des problèmes locaux qui sont inconnus de l'état central. Les institutions sont équilibrées de par leurs puissance entre elles. Ce qui permet d'éviter que l'un de pouvoirs ne devienne tyrannique. Mais Tocqueville nous avertit. Le système mis en place aux États-Unis ne peut fonctionner que dans un pays sans ennemis et donc sans besoins de guerres. Un pays qui est aussi particulièrement homogène du point de vue socio-économique, du point de vue des mœurs et de l'éducation.

  • Psychologie des foules par Gustave le Bon

    Titre : Psychologie des foules41mB4haWvfL._AA278_PIkin4,BottomRight,-46,22_AA300_SH20_OU08_.jpg
    Auteurs : Gustave le Bon
    Éditeur : Félix Alcan 1895
    Pages : 156

    Gustave le Bon est un sociologue français du XIXe siècle que je connais surtout pas ce livre (que je n'avais pourtant jamais lu). Celui-ci est l'un des premiers, après Taine, à tenter de comprendre le fonctionnement du comportement en foule et sa psychologie. Quels sont donc les analyses de le Bon ? Ce dernier considère que les foules sont, par nature, irrationnelles. Mais ce caractère n'implique pas une amoralité. Les foules peuvent agir de manière héroïque comme de manière criminelle ou accomplir des actes que l'on qualifierait d'horribles sans pour autant perdre en sa croyance en la justesse de cet acte. La foule ne serait donc pas caractérisée par la pensée mais par l'action immédiate. Pourtant, selon le Bon, il peut être possible de la diriger. En effet, les individus en foule chercheraient naturellement un leader capable de leur parler et d'exercer sa force sur elle. S'ensuit dans les différents moyens de contrôle que ces leaders utilisent. Ils sont au nombre de trois : l'affirmation, l'exemple et la contagion. Ce dernier concept est intéressant puisque le Bon suppose que les foules, par un processus inexpliqué, créent un comportement commun par la contagion entre les différents individus qui la compose. Gustave le Bon a donc une vision pessimiste des foules qui n'auraient aucune capacité de réflexions ni de contraintes morales. En gros, les foules sont les barbares déchaînés.

    Pourquoi lire ce livre dont les thèses sont totalement dépassées ? En effet, la sociologie des mouvements sociaux a dépassé le stade des thèses de le Bon depuis longtemps. Pourtant, je pense qu'il est utile est intéressant de s'intéresser à ce classique de la sociologie. Tout d'abord parce qu'il permet de comprendre une époque. En effet, le Bon possède un certain nombre de traits que la société intellectuelle de l'époque possédait. Outre le racisme et la misogynie de l'auteur on découvre une peur intense du peuple. Les phrases qui condamnent la démocratie ne sont dépassées que par celles qui montrent une peur presque panique de la révolution et de la contestation marxiste. Gustave le Bon est contre le marxisme. Il est très facile de s'en rendre compte dans ses phrases. Il considère que le marxisme détruit la civilisation en amenant au pouvoir les foules, le peuple, irrationnel et incapable sans la main de fer d'un tyran. En outre, on peut aussi y découvrir une vision naturaliste de l'autorité. Celle-ci serait nécessaire et la démocratie ne peut qu'être un danger puisque l'autorité y serait diluée. C'est donc un livre qu'il faut situer dans le contexte turbulent de l'époque qui connut les révolutions et la naissance de la démocratie contemporaine. Une seconde raison de lire ce livre c'est que, même si ses thèses sont dépassées, il est encore utilisé par un certain nombre de commentateurs politiques ou journalistiques. Cette lecture permet donc de comprendre ces commentaires mais la critique ne peut se faire qu'en lisant des travaux de sociologie des mouvements sociaux plus récents qui rendent aux fouleurs leurs capacités de réflexions tout en ne déniant pas l'importance des émotions.

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    Livre disponible gratuitement au format numérique sur amazon.

  • Cachez ce travail que je ne saurais voir sous la direction de Marylène Lieber, Janine Dahinden et Ellen Hertz

    Titre: Cachez ce travail que je ne saurais voir29401100653360L.gif
    Directrices: Marylène Lieber, Janine Dahinden et Ellen Hertz
    Éditeur : Antipodes 2010
    Pages: 228

    Puisque je suis dans les colloques et que le genre est encore un concept scientifique légitime quel que soit l'avis de certains je vais vous parler, aujourd'hui, d'un ouvrage publié suite à une rencontre à Neuchâtel sur la prostitution. Cette rencontre s'est déroulée en 2008 suite à deux travaux de mémoires portant sur une étude de la prostitution en Suisse. L'ouvrage regroupe neuf contributions qui touchent plusieurs domaines lié au travail du sexe.

    Mais quelle est la contribution principale de l'ouvrage? Outre l'utilisation de la méthode ethnographique par les auteurs, ce qui permet d'entrer durablement dans la compagnie des acteurs que l'on souhaite étudier, il offre une nouvelle définition du travail. En effet, les auteurs et les directrices sont unanimes à dénoncer les manquements de la littérature scientifique sur la prostitution. Soit les travaux portent sur la déviance de la prostitution et les liens avec la criminalité organisée les femmes y étant de simples victimes sans visages soit ces mêmes travaux portent des jugements moraux rapides en déniant, par exemple, toutes capacités de réflexions et de compétences aux prostitué-e-s. L'ennui principal est que les politiciens et journalistes reprennent ces points. Ainsi, les femmes - car les hommes existent mais sont invisibles pour les médias - prostituées sont des victimes de crimes esclavagistes sans aucunes capacités de travail ni de compétences qu'il faut aider. C'est mettre de coté le caractère de travail qu'implique la prostitution ainsi que les capacités d'actions des femmes concernées sans oublier l'existence des hommes prostitués. Les différentes enquêtes ethnographiques de ce recueil permettent donc d'entrer dans les compétences des métiers du sexe. Les auteurs montrent que la prostitution n'est pas une simple passivité de la femme qui attend l'homme. Au contraire, se prostituer implique de connaître la législation, les bons coins mais aussi des compétences sexuelles physiques difficiles à apprendre. Outre ces compétences sexuelles la prostitution peut aussi impliquer des compétences de relationnel. Ainsi, l'enquête d'Alice Sala montre avec précision que le travail de prostitution implique la mise en place de relations téléphoniques importantes à travers lesquels l'enquêtée doit réussir à reconnaître les clients prêts à venir mais aussi entretenir le lien avec des clients habituels.

    En conclusion, ce livre passionnant sur la prostitution m'a offert un regard neuf et différent sur ce travail. Loin du simplisme que j'appliquais auparavant par manques d'informations ce livre m'a permis de mettre en question un grand nombre de discours médiatiques et politiques. Le travail sexuel est un champ d'étude vaste souvent trop simplifié et moralisé. Il serait nécessaire de l'étudier d'une manière plus neutre pour montrer comment on fait ces métiers et quels sont les compétences impliquées. Plutôt que de victimiser simplement les prostituées il serait plus fécond d'observer comment on entre dans ces métiers. À plusieurs reprises j'ai eu l'impression que les auteurs considéraient que la capacité de contrôler son environnement de travail ainsi que les horaires pouvait être explicatif. Bien que je n'aie jamais été un abolitionniste je suis maintenant convaincu que la simple pénalisation de la prostitution ne peut que mettre en danger ces femmes et hommes. Il serait sûrement plus utile d'organiser une légitimation de ce type de travail en donnant accès aux assurances sociales. Bien entendu, je ne parle pas ici que du cas de la Suisse.

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  • Les violences politiques en Europe: Un état des lieux. Sous la direction de Xavier Crettiez et de Laurent Mucchielli

    Titre: Les violences politiques en Europe: Un état des lieux41rZbaZNtDL._SL500_AA300_.jpg
    Auteurs: Sous la direction de Xavier Crettiez et de Laurent Mucchielli
    Éditeur: La Découverte 2010
    Pages: 336

    Les violences politiques font souvent la une des journaux. Que celles-ci soient liées à un nationalisme précis, à une idéologie, à un sport ou à des émeutes voir aux actions de la police et des états et même, récemment, des causes religieuses. Mais nous n'avons pas, dans les médias traditionnels, d’interprétation de ces violences qui permette de comprendre les raisons et les facteurs de ces violences. Ce livre, édité après un colloque ayant eu lieu à Nice en 2008, essaie de donner des faits précis sur différentes formes de violences politiques. C'est pourquoi il est divisé en cinq parties.

    La première partie pose la question des violences idéologiques. Nous y trouvons trois articles. Le premier pose la question de la manière d'analyser les violences dites islamiques dans la littérature. Il montre que celle-ci se cite elle-même sans avoir accès aux données qui permettraient de prouver les idées posées. De plus, on y trouve beaucoup d'auteurs qui sont plus ou moins liés à l'antiterrorisme et qui peuvent mettre en place des notions politisées que ce soit de manière volontaire ou non. Les deux autres sont plus traditionnels puisqu'ils se concentrent sur les violences des extrêmes gauche et des extrêmes droites. Dans le cas de l'extrême gauche on apprend que les recherches sont partielles si ce n'est partiales. Ce qui n'empêche pas l'auteur, Isabelle Sommier, de montrer comment certaines affaires de terrorisme d'extrême gauche ont été montées en prenant l'exemple des "terroristes" de Tarnac. L'extrême droite, elle, est analysée dans un sens classique puisque l'article fait le constat d'une montée croissante de ses thèmes.

    La seconde partie parle des violences liées à des facteurs nationalistes. Les trois articles de cette partie nous montrent comment différents mouvements nationalistes d’Europe de l'ouest ont changés durant le XXe siècle. Ce sont les mouvements d'Irlande du Nord et sa réaction face au processus de paix, les mouvements nationalistes basques et la reconstruction de leur sociabilité et de leur argumentaire après la chute de la dictature de Franco et les mouvements Corse.

    La troisième partie est l'une de celles que j'ai trouvée les plus intéressantes puisqu'elle parle des émeutes. Nous y trouvons un article sur les émeutes urbaines de la France qui reprend les thèses acceptées par les différents auteurs pour expliquer ces émeutes. Ces thèses prennent en compte la situation socio-économique mais aussi les relations avec différents appareils d'état (en particulier l'école et la police). Un second article fait une comparaison très instructive avec la Grande Bretagne et nous montre que les facteurs des émeutes anglaises ne sont pas fondamentalement différents des facteurs français. Enfin, un dernier article analyse les acte des hooligans. Plutôt que d'en parler comme des actions irréfléchies cet article tente de montrer les liens qui peuvent être noués avec certains groupes d'extrême droite qui investiraient les tribunes pour se faire entendre.

    La quatrième partie m'a aussi beaucoup passionné puisqu’elle s'intéresse aux violences d'état qu'elles soient policières ou politiques. Nous y trouvons deux articles concernant la police. Le premier analyse la manière dont l'institution policière réagit et régit les mouvements sociaux. Selon l'auteur, Olivier Fillieule, la police agit selon des modalités différentes selon l'acteur qui se trouve en face d'elle. Ceci en lien avec une légitimité plus ou moins grandes des protestataires, une histoire des mobilisations mais aussi, et surtout, la manière dont les élites politiques parlent des protestataires. Si ces derniers sont délégitimés par les pouvoirs publiques il y a de grandes chances que la police agisse de manière plus violente. Nous retrouvons ce constat dans l'article de Salvatore Palidda en ce qui concerne l'Italie. Un article de Pierre Piazza analyse, lui, la violence d'état symbolique dans la mise en place des différents papiers d'identités. L'auteur tente de montrer que ces papiers participent d'une obligation de suivre une identité imposée. Mais aussi que ces identités permettent de créer une frontière symbolique parmi les citoyens eux-même. Il y aurait les citoyens légitimes qui acceptent que l'état s’insère dans leur vie privée pour contrôler leur identité et les citoyens illégitimes vu comme dangereux qui, en refusant ces papiers, perdent les droits qu'ils devraient posséder comme celui de se déplacer librement. Enfin, la dernière partie est une réflexion sur des points précis. Le premier concerne les liens entre les mouvements sociaux et la violence. Le second montre comment les scientifiques se sont laissés piégés par la violence de la Roumanie pour expliquer le supposé retard démocratique de ce pays.

    En conclusion, la lecture de ces différents articles apporte beaucoup à la compréhension des phénomènes de la violence politique. En effet, le livre nous permet de nous faire une idée générale des différentes formes existantes de violence puisqu'il ne se contente pas d'analyser les facteurs idéologiques et nationalistes. De plus, les articles sont écrits d'une manière critique avec une revue de la littérature sur les différents sujets. Ce bilan nous permet de nous faire une idée assez précise de la manière dont ont été analysé les différents points qui sont vu dans le livre et des critiques que l'on peut faire à ces analyses. Enfin, les articles sont rédigés d'une manière précise tout en ouvrant les thèmes grâce à des bibliographies très larges. Ce qui devrait permettre aux intéressés de trouver des livres assez facilement. Bref, je pense que l'on peut conseiller la lecture de ce livre à toutes les personnes qui essaient de comprendre les raisons des violences politiques.

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  • La civilisation des moeurs par Norbert Elias

    Titre: La civilisation des mœurs41Z8GQVH8SL._SL500_AA300_.jpg
    Titre original: Über den prozess der zivilisation
    Auteur: Norbert Elias
    Éditeur: Calman-Lévy 1973 collection Pocket (1969 seconde édition originale)
    Pages: 509

    Difficile pour un simple étudiant de s'attaquer à l'une des œuvres de sociologie les plus connues et les plus appréciées. Difficile de parler d'un sociologue parmi les plus apprécié. En effet, bien que la reconnaissance fut tardive, l'apport de la pensée d'Elias à la sociologie a été plus d'une fois souligné. Et l'objet principal de cet apport fut le livre La civilisation des mœurs. Dans ce livre Norbert Elias essaie de comprendre comment l'occident fut pris dans un processus continu de civilisation. Comment l'occident put se considérer comme civilisé au terme d'un processus séculaire qui mena les hommes et femmes occidentaux à considérer être le summum de la civilisation à cause d'objets et de formes particulières. Tout d'abord le sociologue va définir le concept de civilisation et le confronter au concept de culture. Ceci en posant l'a priori que la culture est plus importante pour les allemands que la civilisation. Cette dernière étant plus importante pour les français et les anglais.

    Ceci fait nous entrons dans la partie la plus intéressante du livre. Une partie surprenante car Elias prend de petits objets de la vie quotidienne, des rituels connus, et essaie de comprendre comment leur utilisation et leur forme a évolué durant le temps ainsi que pourquoi. Donc, Elias s'interroge tout autant sur l'usage du mouchoir et de la fourchette que sur la manière de se baigner, de manger, dormir et sur la sexualité. Au fil du texte Elias nous démontre que la renaissance et la période moderne sont une période charnière entre une civilisation "naïve" médiévale très ouverte et peu formelle et une civilisation beaucoup plus taboue et formelle. Par exemple, alors que l'on pouvait dormir à plusieurs dans le même lit au moyen âge la chambre devient un lieux privé et fermé aux étrangers.

    Ce livre n'est pas seulement surprenant à cause des objets analysés par Elias mais aussi plutôt plaisant à lire surtout lorsqu'on a passé la première partie qui est beaucoup plus théorique. Elias nous donne de nombreux exemples de textes de bienséances ce qui nous permet de nous rendre compte par nous-même des changements temporels. C'est après ces textes que nous pouvons trouver les analyses d'Elias. Les conclusions de ce dernier semblent logiques et très éclairantes. Grâce à lui nous comprenons mieux comment notre civilisation occidentale a évolué et s'est développée. Néanmoins, il serait intéressant de connaître les critiques qui ont été faites contre Elias. Je pense, par exemple, que le livre Norbert Elias et la théorie de la civilisation. Lectures et critiques dirigé par Yves Bonny pourrait nous y aider.

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  • Combats pour la sociologie par Giovanni Busino

    Titre: Combats pour la sociologie
    Auteur: Giovanni Busino
    Editeur: Université de Lausanne. Institut d'anthropologie et de sociologie 1998
    Pages: 177

    Dans ce livre nous pouvons lire plusieurs articles. Ceux-ci ont été réunis par leur auteur pour donner un nouvel élan à la sociologie. Mais comment offrir cet élan à cette science si difficile à définir? Selon Giovanni Busino on peut le faire de deux manières. Premièrement, il faut redonner du temps aux chercheurs pour créer des théories de la société. En effet, selon l'auteur, l'utilisation de la sociologie et des sociologues dans un but exclusivement d'expertise a eu deux conséquences: leur donner une identité d'experts sociaux qui sont mandatés pour régler un problème et empêcher la réflexion des sociologues sur des théories novatrices. L'auteur déplore cet état et souhaite que les sociologues retrouvent des possibilités de chercher à comprendre la société dans son ensemble et non dans des particularités trop précises.

    Le second point qui est développé par l'auteur concerne l'interdisciplinarité entre les sciences sociales. Dans ce livre nous découvrons l'envie de relier les méthodes et concepts des différentes sciences de l'homme comme l'anthropologie et l'ethnologie. Mais celle sur laquelle se concentre l'auteur est l'histoire. Dans plusieurs des articles nous découvrons les idées que Busino entretient face à l'histoire et à la sociologie dans leurs différences mais, surtout, ce qui peut les relier. L'histoire offrant des  comparaisons le temps longs et des exemples dynamiques alors que la sociologie offre le quantitatif, les théories et des matériaux pour l'histoire futur. En reliant les deux sciences nous serions capable de mieux comprendre la société.

    Alors que penser des idées de Busino? En tant qu'étudiant en histoire et en sciences politiques j'avoue que ses thèses sur l'interdisciplinarité entraient aussi dans mes idées et souhaits. Moi aussi je souhaite que les sciences de l'homme dialoguent plus facilement entre elles. Je suis aussi parfaitement d'accord quand Busino milite pour une science qui n'a pas forcément un impact économique direct. En effet, de plus en plus, c'est l'économie qui régit les recherches. On observe un phénomène social non parce qu'il est intéressant ou révélateur mais parce qu'une entreprise ou l'état a mandaté une expertise sur ce sujet particulier. Non seulement le scientifique n'est plus libre dans ses conclusions mais en plus des recherches plus stimulantes sont empêchées.

    Enfin, ce livre de Busino n'inclut que peu de termes techniques. L'auteur, en effet, pense que la clarté de l'argumentation est préférable au jargon. Ce dernier pouvant cacher une incompréhension qui serait trop flagrante autrement. Ce qui permet à n'importe qui de facilement lire ce livre sans risquer de buter sur des mots techniques de la sociologie. De plus, nous y trouvons des articles synthétiques qui permettent de connaitre une histoire rapide de la sociologie. C'est. donc, un livre que j'ai apprécié.

  • L'homme pluriel par Bernard Lahire

    Titre: L'homme pluriel31RSMXAcrmL._SL500_AA300_.jpg
    Auteur: Bernard Lahire
    Éditeur: Hachette Littérature (Armand Collin/Nathan 2001) collection Pluriel
    Pages: 392

    Il y a longtemps que j'avais ce livre en vue. Car je voulais connaitre une partie de la pensée de ce sociologue ancien élève de Bourdieu. Mais j'avais peur que la difficulté du propos m'empêche de véritablement m'enrichir. Néanmoins, j'ai décidé de me jeter à l'eau et d'essayer. Lahire, dans ce livre, essaie de passer outre les grandes théories et les frontières académiques pour essayer de comprendre l'homme pluriel. Mais qu'est ce que l'homme pluriel? J'ai compris cette phrase comme étant une description des acteurs. Ces acteurs étant socialisés dans plusieurs champs de la société. Ce qui implique que nous ne sommes pas, en tant qu'individus, uniformes. Nous possédons de multiples dispositions qui ne prennent sens que dans des lieux sociaux particuliers.

    Un second essai de Lahire concerne les concepts utilisés en sociologie. Selon l'auteur, une grande partie de ces concepts sont utilisés a priori sans essayer de les prouver ou de les analyser. L'auteur souhaite, donc, que les chercheurs se posent plus de questions sur ces concepts. L'auteur souhaite aussi que les sociologues acceptent de dépasser les limites de leur champs de recherches pour observer, et collaborer, avec d'autres disciplines. En effet, cette collaboration permettrait de mieux comprendre certains concepts importés et leurs limites mais aussi de mettre en place de nouvelles méthodologies.

    Comme je le pensais c'est un livre riche. Un livre riche et compliqué. Mais sa lecture m'a permis de me poser des questions que je n'avais pas identifiées auparavant. Par exemple, j'ai apprécié le questionnement récurrent de l'habitus. Néanmoins, je ne crois pas avoir réussis à comprendre tout le propos de l'auteur. Je pense qu'il me faudra encore un peu de temps avant d'y réussir. Je pense que c'est un livre très intéressant et enrichissant mais que je ne conseillerais qu'aux personnes les plus intéressées et qui possède déjà un minimum de connaissance en sociologie.

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  • Pourquoi travaillons-nous? Une approche sociologique de la subjectivité au travail sous la direction de Danièle Linhart

    Titre: Pourquoi travaillons-nous? Une approche sociologique de la subjectivité au travail41hhB%2BsVBAL._SL500_AA300_.jpg

    Auteur: Sous la direction de Danièle Linhart
    Éditeur: Erès 2008
    Pages: 334

    Pourquoi travaillons-nous? Une question plus compliquée qu'elle ne le semble. On peut répondre rapidement pour vivre. Mais on peut très bien quitter la société et vivre seul avec son jardin potager. Bien sur on abandonnerait beaucoup de choses mais c'est possible non? D'ailleurs pourquoi travailler est-il maintenant pensé nécessaire à la vie. Comment une activité si gourmande en temps et en énergie a-t-elle pu s'imposer ainsi dans la société? Il semble que la réponse soit parce que le travail donne un statut. Un statut valorisé et intégrateur dans la société. Mais ce livre dirigé par Danièle Linhart ne se pose pas cette question, compliquée, de front. Elle demande comment la subjectivité, le vécu de la personne, s'intègre dans le travail et comment le travail en est modifié en enquêtant sur le terrain pour découvrir quelques réponses.

    Dans la première partie les auteurs se demandent comment le travail peut agir pour valider la personne. L'article qui m'a le plus intéressé dans cette partie est celui concernant les prisons. L'auteur a été enquêté dans plusieurs centres de détentions pour y voir comment les prisonnier intègrent le travail dans l'univers carcéral. Il a découvert que le travail non seulement pacifie les détenus et aide les surveillants à mieux faire leur travail mais qu'il brouille, temporairement, la hiérarchie sociale de la prison. Il permet de rendre aux détenus un statut qu'ils ont perdus quand ils sont entrés en prison. On y lit aussi quelques témoignages de personnes affirmant qu'elles se seraient déjà suicidée si elles ne pouvaient pas travailler. Nous y trouvons aussi un article sur la vision de leur propre travail par les aides à domicile qui sont coincée entre une demande forte de soins et un refus de considérer leur travail d'accompagnement, qui peut passer simplement par la conversation, comme étant un vrai travail. Et un article sur la vision qu'ont des travailleurs sociaux français des bénéficiaires de ces allocations (nommé la Couverture Maladie Universel).

    La seconde partie monte comment le travail agit sur les personnes. En prenant l'exemple d'employés d'EDF, de travailleurs sociaux et de membres du ministère de l'équipement. Dans les deux premier cas c'est la relation avec le client qui est problématique. Dans le cas d'EDF c'est l'ordre de couper l'énergie aux familles ne payant pas les factures qui se heurte à la morale personnelle alors que les travailleurs sociaux ont l'impression de ne plus pouvoir faire bien leur travail à cause du manque de temps, de moyens et de personnes. Le troisième cas montre comment un changement heurte une morale acquise précédemment par les travailleurs. Le point commun est donc bien la morale et comment l'entreprise, ou l'état qui peut être l'employeur, tente de court-circuiter cette morale pour permettre à l'employé de faire son boulot et comment les employés réagissent à cette tentative (parfois inconsciente).

    La dernière partie est plus surprenante. On y trouve, par exemple, un article sur le travail de nuit. Je m'attendais, comme l'auteur au début semble-t-il, a des plaintes de fatigue, de liens sociaux coupés, de difficultés avec la famille. L'enquêteur a trouvé des personnes équilibrées, dont la vie est bien mieux remplie qu'auparavant avec de meilleurs liens d'amitiés et familiaux et qui dorment bien mieux! Pire encore, des personnes qui ont l'impression d'être privilégiée de pouvoir travailler la nuit.  Cette partie montre, j'ai l'impression, comment le travailleur mêle sa vie privée à sa vie professionnelle.

    C'est un livre très intéressant et très surprenant. En le lisant j'ai appris beaucoup de choses et j'ai envie de les connaitre un peu mieux. Les enquêtes sont même souvent surprenantes et, par exemple, on pourrait en conclure que la politique largement utilisée maintenant de prendre des travailleurs pour une durée fixe pourrait être contre productif. En effet, ces travailleurs ne possèdent pas la motivation ou la connaissance des ouvriers et employés véritablement engagés et font à peine leur travail sans aucune envie de qualité. Loin de toutes perspectives partisane je pense que n'importe quel patron pourrait en apprendre beaucoup sur la vraie productivité qui, parfois, demande qu'on laisse les employés faire les choses comme ils le sentent et, surtout, en confiance.

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