05/11/2014

Der Kreis - Le Cercle - The Circle

Hier soir j’ai eu la chance d’aller voir l’avant-première du film Der Kreis. Celle-ci se continuait avec une séance de questions réponses posées à l’équipe du film ainsi que deux personnes ayant vécu les événements. Le film, lui, s’est terminé par une standing ovation largement méritée. Durant les années 30 et surtout la deuxième guerre mondiale toutes les associations gays d’Europe sont mortes sous la répression. Toutes ? Non un village d’irréductibles résistait encore et toujours à l’envahisseur. Ce village c’était la Suisse qui, en 1942, adoptait le code pénal suisse et dépénalisait partiellement l’homosexualité. Dans ce contexte naît le Kreis dont l’origine est un groupe de lesbiennes (rapidement évacuées quand les hommes arrivent). Ce fut, pendant longtemps, la seule association du monde et son journal le seul du monde. Mais, après la guerre, le Kreis fit des petits un peu partout et devint célèbre pour son bal d’automne à Zürich.

Le film commence dans les années 50. Un jeune enseignant d’une école de fille se décide à entrer dans le Club. La paranoïa est à son comble mais il fait tout de même bon vivre même si c’est en cachette. Dans le Kreis il rencontre la star du club : Röbi dont le numéro de drag queen est célèbre. Tout ira bien jusqu’à ce qu’un homosexuel soit tué par un jeune prostitué. Ce meurtre est rapidement suivi d’un autre et aussi bien la presse que la police s’intéressent de très près au milieu homosexuel accusé de pervertir les prostitués. Il s’ensuit une répression qui pourrait mettre à mal l’amour entre Ernst et Röbi.

J’ai beaucoup aimé ce docu-fiction. Sa première réussite est de créer un fil rouge avec l’histoire d’Ernst et Röbi, toujours en vie et lié par un mariage actuellement, dans le cadre de leur activité au Kreis. On les suit durant les événements marquants de la vie du club jusqu’à sa fin. Ceci permet de ne pas se perdre tout en montrant comment un couple pouvait se constituer, dans le secret, à l’époque. Le film est entrecoupé par des interventions des témoins encore en vie qui expliquent ce qui s’est déroulé et leur sentiment. Ainsi, ce que l’on voit reconstitué est développé par ce que disent les personnes qui ont vécu.

Je vois aussi deux points forts de ce film. Tout d’abord, bien que le Kreis ait permis une vie homosexuelle elle l’a fait dans un cadre strictement réglementé et secret. Les membres étaient anonymes, le journal envoyé en cachette, même en contrebande pour l’Allemagne, dans des enveloppes neutres. Cet aspect très paranoïaque est brisé par l’un des personnages clés, Felix, qui déclare d’un seul coup que, pour lui, le Club est une prison. Ceci montre à quel point la vie en cachette, dans le placard, est difficile. Il faut faire constamment attention à ce que l’on dit et fait. Il ne faut pas reconnaître les personnes dans la rue ni en parler. En cas de lumière faite sur la véritable identité toute une vie peut être détruite aussi bien professionnellement que dans le cadre de la famille. Le second point fort est l’attitude de la police. Pendant longtemps la Suisse fut une exception. Un pays qui ne pénalisait pas l’homosexualité entre adultes consentants dans le cadre civil (pour cette histoire je vous renvoie au livre de Delessert déjà présenté ici). Cependant, ceci n’empêche pas la police de faire des rafles, d’interroger et d’emprisonner pour constituer des fiches. La violence policière va très loin dans l’humiliation publique et la violence des coups. Cette violence policière se forme dans un contexte moralisateur fort avec une presse qui salue la libération de meurtriers qui ont tué des homosexuels.

Cependant, il faut bien dire qu’il y a un problème fondamental avec ce film. Oui, nous sommes dans un club d’hommes. Mais l’origine du Kreis est une association de lesbiennes qui avaient, après un certain temps, acceptés des hommes pour, ensuite, quitter un Club qui ne leur correspondait plus du tout. Les lesbiennes sont presque complètement oubliées dans ce film. On ne parle pas de leur rôle dans la création du Kreis. C’est à peine si on le voit dans le fond d’une salle. Elles ne parlent jamais. Avec cet oubli c’est la moitié d’une histoire qui est laissée de côté. Pourquoi ?

  • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

  • Twilight.

  • Film de vacances.

  • Bon scénario.

  • Joss Whedon. Un très bon docu-fiction qui mérite une large diffusion avec les audiences qui suivent. Il permet de comprendre une époque et montre que la lutte n’est pas terminée.

Image : Allociné

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21/10/2014

"Les homosexuels sont un danger absolu" homosexualité masculine en Suisse durant la seconde guerre mondiale par Thierry Delessert

Titre : « Les homosexuels sont un danger absolu » homosexualité masculine en Suisse durant la seconde guerre mondiale29402100553030M.gif
Auteure : Thierry Delessert
Éditeur : Antipodes 2012
Pages : 397

L’histoire des homosexualités – aussi bien féminines que masculines – est peu connue en Suisse. Pourtant, le pays a dépénalisé les actes consentants entre adultes alors que le reste de l’Europe les rendait plus dangereux pénalement parlant. C’est aussi ici, en Suisse, que la seule association, et son journal, du monde ont existé pendant de nombreuses années tout en se cachant derrière un respect scrupuleux de la loi. Il est donc clair que lorsque un livre sort sur le sujet il permet d’en savoir beaucoup plus. Celui-ci est la publication d’une thèse et l’auteur y examine son sujet en trois parties constitués de deux chapitres chacun.

Dans la première partie – le milieu homosexuel des années 40 – l’auteur examine deux choses. Tout d’abord, il nous montre comment fonctionnait ce milieu et, plus précisément, le Kreis. Son étude permet non seulement de mettre en évidence une théorie du bon comportement mais aussi de retrouver les lieux de rencontres en particulier à Zurich. En effet, les Cercles qui existent dans d’autres villes sont parfois très éphémères. Le second chapitre permet d’examiner la manière dont l’homosexualité est qualifiée aussi bien par les principaux intéressés que par la justice au sens large. Dans ce chapitre nous trouvons une analyse de la prostitution masculine homosexuelle et de la manière dont elle est considérée par les autorités : un danger. En effet, cette forme de prostitution crée un risque de contagion des jeunes hommes vis un « argent facile » mais c’est aussi une source de scandales à cause des chantages qu’elle pourrait impliquer.

La seconde partie – les lois sur l’homosexualité – examine les dispositifs légaux et les discussions autours de leur acceptation. Delessert commence par examiner les deux codes pénaux qui unifient le pays. Le premier est militaire tandis que le second, en vigueur en 42, est civile. Cependant, le premier est soumis au second puisque l’état de guerre est exceptionnel alors que les citoyens suisses sont tous soumis aux lois militaires durant une partie de leur vie. Leur examen permet à l’auteur de mettre en évidence les combats mais aussi les raisons d’une dépénalisation et de démontrer que l’Allemagne a un impact fort sur la législation du pays. En effet, alors que la majorité des cantons, en particulier alémaniques, pénalisaient l’homosexualité avec leur propre code ce code national dépénalise l’homosexualité entre adultes consentants tout en protégeant les mineurs de plus de 16 ans. La raison en est simple, les législateurs souhaitaient, avant tout, éviter des scandales tels ceux qui ont eu lieu en Allemagne autours du §175. Pire encore, à leurs yeux, le militantisme qui s’était développé pour l’abrogation de ce paragraphe devait être évité à tous prix. Un second chapitre permet à l’auteur d’examiner la pratique des tribunaux militaires qui doivent jongler entre un code civile qui dépénalise et un code militaire qui pénalise l’homosexualité. Ceci permet à l’auteur de mettre en évidence l’importance des expertises qui permettent de savoir exactement ce que furent les actes reprochés mais aussi de démontrer que le but des militaires est de protéger l’ordre et la virilité de l’armée et, par extension, du pays.

Une dernière partie – psychiatrie et homosexualité – permet à l’auteur de s’intéresser de plus près aux experts appelés à s’occuper des homosexuels. Le premier chapitre montre comment les psychiatres catégorisent l’homosexualité masculine et la manière dont ils la comprenne. Ainsi, il y aurait diverses formes d’homosexualités qui n’ont pas les même conséquences sur la responsabilité de la personne. Le second chapitre s’intéresse de plus près à l’examen du corps qui peut être pratiqués. Celui-ci, dans une perspective française venue de Tardieu, permet de prouver, théoriquement, l’homosexualité de la personne vie l’examen de l’anatomie. L’auteur y décrit aussi les raisons qui ont poussé à la castration d’un homme. La castration, acceptée en Allemagne nazie, est beaucoup plus compliquée en Suisse puisqu’elle implique un consentement éclairé. Bien entendu, toute la question est de savoir à quel point ce consentement est contraint face à la prison et l’internement de longue durée. Le problème de son efficacité est aussi discutée par les médecins de l’époque.

En conclusion je trouve ce livre très intéressant. Les propos sont très denses mais permettent de mettre en lumière la pratique ainsi que la théorie qui existent autours des homosexualités. Je parle aussi bien du milieu qui existait à l’époque que de la manière dont la justice, de la police aux psychiatres, s’occupaient des personnes dont ils avaient la surveillance. Dans un pays qui dépénalise il est très intéressant de voir qu’il existe une forte surveillance ainsi qu’une pratique psychiatrique développée et peu clémente. L’examen des militaires permet aussi de comprendre comment le pays, dans un contexte de défense de soi et de virilisation, traite ses marges en direction, aussi bien dans le civil que le militaire, d’une invisibilisation.

Image : Éditeur

06/02/2014

Les années 68. Une rupture politique et culturelle par Damir Skenderovic et Christina Späti

Titre : Les années 68. Une rupture politique et culturelle29402100053230L.gif
Auteur-e-s : Damir Skenderovic et Christina Späti
Éditeur : Antipodes 2012
Pages : 191

En Suisse aussi il y a eu un mai 68. Mais, selon ce livre, les études concernant ces événements ne permettent pas encore de savoir exactement ce qui s'est déroulé et qu'elles furent les conséquences. Le but de ce livre est de créer un lien entre les différentes parties de la Suisse et de voir ce qui s'est passé, comment et les conséquences. Sans prétendre à terminer l'histoire du mai 68 Suisse le livre doit permettre d'avoir une première vision globale. Pour cela 4 chapitres sont écrits.

Dans le premier les auteur-e-s dépeignent le contexte de la Suisse de l'après-guerre. Alors que la nouvelle génération n'a pas connu la guerre ni ses privations le pays, ainsi que l'occident, entre dans une période de prospérité économique extrêmement importante. Dans un contexte de confiance envers l'avenir et le progrès qui permet une nouvelle liberté les carcans sociaux inhibent fortement les envies de la jeunesse. Vers cette époque apparaissent le rock et les bandes qui scandalisent la presse de l'époque. Ce qui permet aux auteur-e-s de parler de période de précurseurs à mai 68.

Le second chapitre fait deux choses. Premièrement il permet de placer les événements au niveau mondial. Que se passe-t-il dans les différents pays? En effet, ce qui se déroule ailleurs a forcément un effet sur les événements suisses dont les militant-e-s se tournent vers leurs voisins de même langues. Dans un second temps les auteur-e-s examinent ce qui s'est déroulé en Suisse. Alors que les universités menacent d'exploser les autorités académiques réussissent à désamorcer la bombe en réagissant différemment que dans les pays voisins. En effet, plutôt qu'une répression les universités acceptent le dialogue ce qui permet de calmer une grande partie des militant-e-s. Cependant, dans la rue la répression est très forte et la violence, des deux cotés, est importante. Le troisième chapitre illustre le second en nous expliquant les stratégies, moyen d'actions et revendications des divers mouvements. Ainsi, ceux-ci souhaitent plus de démocratisation dans les études mais s’attaquent aussi à l'impérialisme américain et le racisme que connaît la Suisse face aux travailleurs immigrés venus d'Italie. On observe aussi de nouveaux moyens d'action à l'instar des sit-in.

Le dernier chapitre permet aux auteur-e-s de montrer comment les différents mouvements tentent de survivre à mai 68. Alors que tout se semble se diviser en buts et caractéristiques différentes on observe un regain d’activités dans certaines villes autours de partis ou de groupes précis. Ainsi, Lausanne connaît des manifestations autours de l'augmentation du billet de cinéma pour ne prendre qu'un exemple. Les universités connaissent aussi une radicalisation mais, cette fois, les autorités académiques réagissent à l'aide d'une répression forte. Cependant ces mouvements s’essoufflent et une grande partie disparaît vers la fin des années 70 alors que la nouvelle droite prépare sa stratégie face à cette nouvelle gauche qui, même affaiblie, reste importante et est accusée d'avoir détruit les institutions ancestrales de la Suisse.

Pour conclure je vais, comme d'habitude, dire ce que j'ai pensé de ce livre. Comme beaucoup je suis fasciné par mai 68. Que ce soit contre ou pour de nombreuses personnes ont une opinion sur une année qui est devenu un enjeu important dans les mémoires militantes de gauche comme de droite. Que ce soit pour déplorer une année ratée qui aurait pu permettre des changements culturels, politiques et économiques de nature révolutionnaires ou pour accuser la génération 68 d'avoir détruit l'autorité et, par extension, le fonctionnement de la justice, de l'école et de l'économie les opinions sont fortes. Mais qui connaît les événements historiques et leurs conséquences réelles? Ce livre, qui ne conclut pas de manière définitive sur l'histoire du mai 68 Suisse, permet de connaître les avant, pendant et après de ces événements. Bien que de nombreuses choses soient dites sur lesquelles j'aurais apprécié avoir plus de détails je trouve que l'exercice est, ici, réussit. Il ne manque plus qu'à étudier de manière plus approfondies l'histoire.

Image: Éditeur

12/03/2013

Le directoire de la ligue du Gothard, 1940-1945. Entre résistance et rénovation par Michel Perdrisat

Titre : Le directoire de la ligue du Gothard, 1940-1945. Entre résistance et rénovation5504_perdrisat_2.jpg
Directeur : Michel Perdrisat
Éditeur : Alphil-Presses universitaires suisses 2011
Pages : 166

L'auteur, Michel Perdrisat, nous dépeint ici l'histoire d'un groupe qui comptait offrir une résistance contre toutes attaques étrangères contre la Suisse. Mais est-ce aussi simple?  Le sous-titre permet d'imaginer que la Ligue du Gothard n'était peut-être pas simplement une organisation de résistance mais aussi une organisation qui défendait une vision de la société particulière. L'auteur décide de nous présenter la ligue sur trois parties.

La première lui permet de nous dépeindre la "genèse" de la ligue. Nous sommes en Suisse, la France vient de capituler et notre pays pourrait être en danger. C'est dans ce contexte qu'un groupe de personnes tentent de mettre en place un esprit de résistance en Suisse qui sera concrétisé dans la Ligue du Gothard. Mais sa naissance est loin d'être facile et des problèmes entre les membres alémaniques, plus proche de l'économie, et francophones, proches de Gonzague de Reynold, se font jours. De plus, la Ligue tente de réunir les personnes de droites et les personnes de gauche dans un troisième voie qui ne soit ni le capitalisme ni le marxisme mais le corporatisme. Bref, il est difficile de réunir tout le monde autours d'un programme commun.

La seconde partie est une prosopographie qui nous permet de comprendre qui sont les membres les plus influents du directoire et quels sont les associations qui se cachent derrière. Ce chapitre permet donc de comprendre les idéologies des personnalités qui se trouvent dans le directoire ou qui l'on influencé. L'auteur montre que deux personnes ont eu une influence importante: Gonzague de Reynold et sa vision d'une Suisse d'ancien régime gouvernée autoritairement et Denis de Rougemont et sa vision du corporatisme. Mais le directoire est aussi influencé par des groupes comme les mouvements syndicaux, corporatistes, le groupe Esprit, la Ligue des Sans-Subventions, Dutweiller, ... et surtout le Réarmement Moral. Ces groupes défendent en grande partie une vision autoritaire et élitiste de la Suisse pour se conformer au nouvel ordre européen de l'époque. Mais c'est le Réarmement Moral et sa vision chrétienne et anti-communiste qui influence le plus la Ligue. Ce qui mène la Ligue à interdire l'entrée aux juifs et aux francs-maçons!

Dans la troisième et dernière partie l'auteur décide de présenter les programmes du Directoire de la Ligue du Gothard entre 1940 et 1945. Le programme défend d'abord une réunion des différents partis autours d'une remise en cause du fonctionnement politique de la Suisse et le corporatisme. Celui-ci se modifie entre 1943 et 1945 pour se concentrer sur la propagande et la menace communiste. Mais l'auteur examine aussi une question importante: la Ligue est-elle un organe de résistance ou de rénovation? Il montre que le programme de la Ligue portait sur une modification dans un sens autoritaire du gouvernement Suisse autours du Conseille Fédéral Etter. Ce qui mène la Ligue à s'allier à des groupes qui parlent ouvertement de révolution et de prise de pouvoir (parfois militaire). En somme, selon l'auteur, la Ligue était l'un des principaux dangers pour la Suisse démocratique à l'époque mais la naïveté de ses membres l'empêcha de mettre en place son programme qui, d'ailleurs, était en dehors de la réalité des opinions du peuple suisse.

En conclusion de cette note je peux dire que j'ai apprécié ce livre. Il présente un groupe restreint d'une Ligue qui tentait de réunir une grande partie des forces politiques autours d'elle. Ce livre permet de mieux comprendre l'histoire des groupes radicaux en Suisse et les liens qu'ils possédaient entre-eux. On comprend aussi un peu mieux qu'elle était la vision politique de certaines élites de l'époque face à une Europe nouvelle qui pouvait mettre en danger le pays. Comme le dit l'auteur, la Ligue tente de mettre en place un programme de résistance mais possède des idées qui sont dangereusement proches des gouvernements autoritaires qui entourent la Suisse. Alors peut-on vraiment parler de résistance?

Image: Éditeur

10/11/2012

La peine de mort par Elisée Reclus

Titre : La peine de mortarton80-f9695.jpg
Auteur : Elisée Reclus
Éditeur : Éditions de Londres
Pages : 17

Un petit texte gratuit qui a été prononcé à Genève devant le parlement en 1879. Il semblerait que Genève se posait la question de rétablir la peine de mort alors qu'elle avait été abolie. Je ne sais pas comment Elisée Reclus a été invité mais il a pu donner ses impressions devant les députés. Comment Reclus considère la peine de mort? Il pense que celle-ci est une vengeance sur les pauvres. En effet, qui met en place cette mesure? Principalement des princes tyranniques qui refusent le droit à la parole libre et qui haïssent les crimes portés contre leur personne. Les crimes privés, eux, seraient punis bien moins sévèrement. Mais se poser la question de la punition du crime demande nécessairement de se poser la question de l'origine du crime. Ici Reclus répond comme l'homme de gauche qu'il est. Avant de vouloir punir un homme ou une femme pour leurs crimes il faut aussi examiner la manière dont la société les a traité. Est-ce que chacun a eu une chance égale au début de sa vie? Ou est-ce que la misère les as poussé au crime? Reclus pense que la criminalité n'existera pas dans un monde anarchiste. Ou, du moins, que ceux que nous nommons criminels seront soit soignés soit employés comme héros dans des lieux difficiles.

La peine de mort est un sujet qui revient souvent sur la table. De nombreux pays continuent de la pratiquer et, de temps en temps, un projet plus ou moins avancé vise à son retour. On a tous entendu parler de personnes dont les crimes particulièrement atroces peuvent justifier la mort. Mais est-ce le rôle de la société via ses organes de justice de donner la mort? Personnellement je pense que non car je considère que la justice n'a pas comme mission de venger. Mais je sais aussi comment je réagirais si je me trouvais face à certaines personnes... La réponse de Reclus envers le crime est plus difficile à accepter. L'auteur a une vision très utopiste de la criminalité. Bien que je soies tout a fait d'accord qu'il existe des facteurs socio-économiques qui expliquent la criminalité et qu'il est légitime d'agir sur eux je sais qu'il y a une autre composante importante. Au final nous sommes des êtres humains. Même si le contexte socio-économique a une influence sur nous il ne faut pas oublier qu'en dernier lieu il y a un choix. Celui-ci peut être plus ou moins contraint mais reste un choix. Considérer que c'est la société qui crée le crime est à la fois vrai et utopiste. Oui certains crimes sont nés par un choix social (je pense par exemple aux lourdes peines qui attendent les "pirates" dans certains pays) mais d'autres sont une violation des droits fondamentaux des êtres humains concernant leur intégrité psychologique et corporelle.

Image: Éditeur

07/06/2012

Opération Libertad (des rêves plein la tête)

Le film commence sur un constat amer du narrateur sur sa propre vie. De jeune de 20 ans plein de rêves il est devenu un adulte de 50 ans bourgeois et consumériste. Même sa fille l'accuse de l'être. Mais ce que sa fille ne sait pas c'est qu'il a fait partie du GAR ou Groupe Autonome Révolutionnaire. Mais comment tout cela a-t-il commencé ? Après cette petite introduction nous sommes donc plongés dans la jeunesse du narrateur grâce à un film qu'il avait tourné pendant ses études. Celles-ci l'avaient conduit à se rapprocher du GAR qui souhaitait être visible dans les médias. Car ce groupe d'extrême-gauche ne fait pas que parler. Non, il agit aussi. Le narrateur les suivra durant leur préparation jusqu'à leur plus grande opération : l'attaque d'une banque dans le but de mettre en lumière les liens de la Suisse avec les régimes dictatoriaux d’Amérique du sud. Mais rien ne se déroule comme prévu et le groupe est obligé de se cacher en espérant être entendu. L'opération Libertad a commencé.

Plus que la question de la lutte contre le capitalisme je pense que ce film s'interroge sur le passage des rêves à la réalité. Certains pourraient dire le passage de l'enfance à l'âge adulte. En effet, nous passons d'un début presque héroïque durant lequel les différents personnages sont très liés entre eux et certains de la légitimité de leur prochaine opération. Ils rêvent de mettre à bas l'hypocrisie du secret bancaire en deux minutes et d'être salué comme des révolutionnaires qui seraient sur le point de détruire le système. Mais les rêves disparaissent rapidement après que l'opération se soit mal déroulé. En effet, nous passons d'une période ouverte à un huis clos oppressant. Durant ces quelques jours de proximité forcée avec un homme enlevé et blessé à la cave les différents personnages se heurtent. Les rêves et l'idéalisme se transforment en résignation puis en désespoir au fur et à mesure que le temps passe et que rien n'est dit sur l'opération. Heureusement, les jeunes auront toujours des rêves et cette note pessimiste est contrebalancée par les dernières paroles du narrateur sur sa propre fille (si je me souviens bien): "Aujourd'hui ma fille a 20 ans et je suis sur qu'elle a des rêves".

Une autre question qui pourrait être soulevée par ce film c'est celle de la violence. En effet, l'un des personnages explique que les mots sont incapables de changements. C'est la raison pour laquelle ce petit groupe décide de mettre en place une action violente contre le capitalisme en attaquant l'un de ses symboles. La question que l'on pourrait se poser est celle de la légitimité des actions violentes mais je pense qu'une question encore plus importante concerne ses effets. Ceux-ci sont-ils bénéfiques ou négatifs ? Personnellement, mes réflexions m'ont conduit à considérer que la violence n'est pas un bon moyen de réforme. En effet, je pense que la résistance active, violente, implique une réaction de même nature. Ce film nous montre une action violente qui échoue. Cet échec peut être imputé à différents événements. Tout d'abord, les médias refusent d'entrer dans le jeu et oublient de parler. Mais ceci n'implique pas que les forces de l'ordre ne réagissent pas. Ainsi, les différents personnages commencent à entrer dans une spirale de paranoïa qui ne peut que détruire leur groupe. De plus, cette opération est délégitimée par les actes même des personnages. Ils souhaitaient dénoncer un lien avec des dictatures violentes. Mais ils tentèrent de l faire par la violence physique et en volant. Leur idéal est donc corrompu par le vol de l'argent.

Ce film, à mon avis, est bien maîtrisé. Il ne nous montre pas des héros ou des méchants mais des humains. Ces derniers tentent de réparer un monde qu'ils considèrent injuste mais ils échouent. Il n'y a pas de jugement sur cet échec ou sur l'opération mais une forme d'espoir que d'autres trouveront une voie vers le changement. Le film, et le réalisateur par extension, semblent nous dire que cet espoir de changement se trouve dans les rêves de la jeunesse. Il resterait à savoir si cet espoir est bien placé ? Mais surtout, cet espoir est-il légitime ?

Image : Allocine

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30/04/2012

The Substance: Albert Hofmann's LSD

Le LSD et les drogues en particuliers me sont inconnues. Je ne peux me valoir d'une connaissance ni de la pratique ni de l'histoire de ces substances naturelles et synthétiques. Mais ça ne m'empêche pas de connaître un minimum de quoi on parle quand on parle de LSD. Ce documentaire tente de faire une histoire du LSD durant le XXè siècle et surtout aux USA et en Suisse. Il commence par le premier trip au LSD du monde: celui d'Albert Homann qui avait pris la décision de tester une substance inconnue sur lui-même. Les effets de ce qu'il nommera LSD conduisent la firme à exporter plusieurs échantillons en direction d'instituts psychiatriques pour connaître l'avis des experts ainsi que les usages possibles. C'est un véritable raz-de-marée qui s'abat sur le monde de la psychiatrie qui voit cette substance comme une pilule miracle pour guérir et comprendre des maladies psychiatriques. Mais ces mêmes années voient d'autres acteurs s'approprier cette drogue encore légale. Tout d'abord les services de l'État comme la CIA qui tente d'en faire une drogue de vérité ou l'armée qui se demande si elle peut permettre de vaincre une armée sans tirer un coup de feu. Mais aussi des jeunes qui essaient d'avoir un accès à un autre plan de conscience dont le LSD permettrait l'accès. L'histoire des années soixante suit ses premiers débuts avec la guerre du Vietnam et sa contestation. Ces années de militantismes et de remises en causes de l'ordre dominant par les jeunes sont réprimées par l'état et les forces de polices qui tentent d'endiguer le flot de drogues et de contestataires. Il faudra attendre trente ans, soit aujourd'hui, pour que le LSD soit à nouveau étudié dans un cadre scientifique avec des résultats intéressants.

Ce film ne se positionne pas contre le LSD ni pour son utilisation récréative. Les propos d'Hofmann permettent de donner le véritable ton du film. Le LSD est une substance puissante dont l'utilisation doit être scientifiquement étudiée et surtout se faire dans un contexte contrôlé, ritualisé même. Le documentaire est particulièrement intéressant et réussit à montrer une grande partie des points de vue qui ont existé à l'époque. Je n'ai, par exemple, pas été convaincu par le psychologue qui ouvrit les vannes du LSD aux USA et dont les propos se rapprochent plus d'un mysticisme que de la science. Une critique plus centrée sur le film concerne le lien qui est fait entre l'histoire des années soixante et la drogue. Durant une grande partie du film on a l'impression que la contestation des jeunes n'a été possible que grâce au LSD. C'est, bien entendu, une vision trop simpliste de cette période. La contestation a de nombreuses causes diverses qui changent selon les contextes. Heureusement, des propos réussissent à nuancer cette impression en expliquant que le LSD a surtout accompagné une prise de conscience de la nécessité du changement. La réalisation semble aussi avoir tenté de nous faire découvrir les effets de la Substance en coupant les scènes par des images légèrement psychédélique. L'effet est un peu étrange. Mais si je pouvais conclure ce film par une impression elle concernerait l'utilisation du LSD plutôt que son histoire. En effet, comme je l'ai dit plus haut, le réalisateur semble se positionner pour une utilisation particulière. Ainsi, le film se conclut sur l'expérience de deux personnes qui ont eu accès à une thérapie basée sur le LSD dans le cadre de leur cancer: un homme et une femme. L'homme essaie d'exprimer comment le LSD lui a permis de se rouvrir au monde en lui permettant de faire une sorte de point sur sa vie durant son trip. Nous suivons la femme durant une séance de thérapie. Celle-ci nous montre comment une ritualisation est recréée. En effet, il me semble que ce que Hofmann et le réalisateur défendent c'est une utilisation contrôlée dans un cadre ritualisé qui permette une préparation des individus à l'expérience du LSD. Une telle utilisation demande un examen scientifique pour comprendre comment utiliser au mieux une substance aussi puissante et de contrôler quelles personnes y auront accès dans quel contexte. L'histoire, en somme, est encore à faire.

Image: Site officiel

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11:42 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lsd, sixties, drogue, suisse | | | |  Facebook

04/02/2012

Une suisse rebelle Annemarie Schwarzenbach 1908-1942

J'ai récemment appris qui était cette femme grâce à une amie. Celle-ci m'a parlé d'Annemarie Schwarzenbach et m'a donné quelques informations importantes sur sa vie avant que nous regardions ce documentaire sorti récemment. Cette femme est impressionnante et exceptionnelle à plus d'un titre. Elle descend de deux familles riches et importantes dans l'aristocratie Suisse. Par sa mère elle est la petite fille du général de l'armée Suisse lors de la Première Guerre Mondiale. Cet homme, Ulrich Wille, était un grand admirateur de l'Allemagne et avait tenté de faire entrer la Suisse en guerre à ses cotés. La famille d'Annemarie était ouvertement frontiste et pro-fasciste. Mais elle-même semble être proche des idées communistes. De plus, elle était lesbienne. Ce fut une grande voyageuse qui fit de nombreux reportages photos et qui réagit dans la presse Suisse de l'époque autant pour dénoncer les conditions des opprimés que pour défendre des causes politiques et attaquer l'Allemagne et la politique de la Suisse à son égard.

Le documentaire essaie de nous expliquer la vie de cette superbe femme. Superbe car elle a réussi à contester les idées de sa famille tout en en restant proche. Peut-être trop proche puisque le documentaire nous explique qu'Annemarie voulait toujours recevoir de l'attention et l'approbation de sa mère. Celui-ci est construit d'une telle manière que l'on puisse suivre les idées de Schwarzenbach durant sa vie. Grâce à des extraits on se rend compte de ses sentiments sur la politique contemporaine. C'était aussi l'une des proches des enfants de Thomas Mann qui lui ont permis de trouver l'amour de sa vie et d'avoir des amis avec les mêmes idées. Mais le documentaire nous montre aussi l'autre face d'Annemarie, une femme qui s'est perdue dans les drogues et qui avait besoin de recevoir une forte attention. Une femme formidable mais avec ses faiblesses. Ce qui n’enlève rien à sa vie sa particulière qui en fait probablement l'un des personnages suisses les plus intéressants de notre époque. Une citoyenne qui mérite que l'on se souvienne d'elle et de ses œuvres car elle avait une grande avance sur son époque qu'elle percevait avec clarté.

Image: Site Officiel

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01/08/2011

Gonzague de Reynold: Idéologue d'une Suisse autoritaire par Aram Mattioli

Titre: Gonzague de Reynold: Idéologue d'une Suisse autoritaire ( Zwischen Demokratie une totalitärer Diktatur: Gonzague de Reynold une die Tradition des autoritären Rechten in des Schweiz)
Auteur: Aram Mattioli

Traducteurs: Dorothea Elbaz et Jean Steinauer
Éditeur: Éditions universitaire de Fribourg 1997
Pages: 330

Comme j'aime ne pas aller dans le bon sens je me suis dit qu'il pourrait être drôle de parler de ce livre le jours de la fête nationale. De plus, Gonzague de Reynold semble être de moins en moins connu alors qu'il a été l'une des personnalités suisses les plus importantes lors de la première moitié du XXe siècle. Mais qui est cet homme? Un fribourgeois compte de Cressier qui a étudié les lettres à Fribourg et à Paris. Il a écrit de nombreuses œuvres ainsi que des recherches de caractère historique. Mais c'est surtout l'individu qui a mis en place une forme de nationalisme suisse très particulier. Un nationalisme basé sur la différence des suisses face au monde mais aussi à une envie de retourner à un système d'ancien régime pensé comme meilleur que la modernité et la démocratie qui seraient les causes d'une décadence de la Suisse et de l'Europe en général. Cet homme ne s'est pas seulement contenté de parler il a aussi connu les plus grands dictateurs européens de l'époque. que ce soit Mussolini ou les milieux nazys ou encore les frontistes suisses il les as tous plus ou moins connus et fréquentés. Une fréquentation qui pouvait aussi déboucher sur des "erreurs" peu pardonnables.

Mais Gonzague de Reynold, bien que clairement en faveurs d'une suisse autoritaire, n'est jamais devenu fasciste ou nazy. Non, ce qu'il voulait c'était une dictature suisse catholique. Proche de ce qu'il pensait être celle de Salazar au Portugal. Ce qui l'a mené à écrire de nombreux livres en faveurs de ce nouveau régime et même à préparer une prise de pouvoir. Mais pourquoi parler de lui? Mis à part son importance lors du XXe siècle il est surtout le parfait exemple d'une certaine classe sociale. Une classe qui n'apprécie pas la modernité et la démocratie et qui souhaite revenir aux temps de l'inégalité d'ancien régime sous la force d'un homme religieux: un landamman. C'est pourquoi il est important de comprendre Gonzague de Reynold car il est l'archétype d'un certains mouvement de pensée qui n'était pas l'exception en Suisse même si ce n'était pas des idées majoritaires.

Mais je n'ai pas encore dit mon avis sur ce travail de recherche. J'ai trouvé que l'auteur avait parfaitement réussit son but qui était d'utiliser de Reynold comme témoin de la culture d'une époque. En effet, par l'entremise de la vie de cet homme c'est tout un contexte politique et culturel qui se dévoile devant nous. Pour cela l'auteur a utilisé de nombreuses sources qui sont aussi bien journalistiques, des œuvres ou encore épistolaires. Ce qui permet d'entrer vraiment dans la vie de Gonzague de Reynold. Malheureusement, la traduction souffre de nombreuses coquilles et, surtout, l'éditeur de cette traduction a décidé d'expurger une grande partie de l'appareil critique. Une décision que je ne peux que déplorer. Mais cette recherche est très intéressante et je trouve qu'il important de la communiquer puisqu'elle permet de révéler des attitudes et des mouvements qui ont été oublié par l'histoire officielle. En effet, Gonzague de Reynold n'a jamais vraiment été inquiété pour ses activités anti-démocratique alors que l'auteur, selon ses dire, de ce livre a été fiché par la police fédéral pour ses recherches sur de Reynold.

05/07/2011

Délit d'humanité: l'affaire Grüninger (Grüninger Fall: Geschichten von Flucht und Hilfe) par Stefan Keller

Titre: Délit d'humanité: l'affaire Grüninger

Titre original: Grüninger Fall: Geschichten von Flucht und Hilfe
Auteur: Stefan Keller
Traducteur: Ursula Gaillard
Éditeur: Éditions d'en Bas 1994 (rotpunktverlag 1993 édition originale)
Pages: 221

J'ai déjà lu un certains nombre de livres qui condamnent l'attitude de la Suisse, de ses dirigeants et bureaucrates, durant la seconde guerre mondiale. Ces condamnations visent particulièrement deux politiques: celle de l'argent et celle des réfugiés. En effet, la Suisse a collaboré économique avec l'Allemagne et elle a mis en place une politique d'asile très restrictive qui consistait à ferme les frontières à tous les juifs. Mais notre pays a aussi connu des résistants. Des personnes qui n'ont pas respecté la politique officielle, la loi, et ont aidé des réfugiés à passer la frontière pour se sauver du joug nazy et d'une mort quasi certaine. Ce livre narre l'histoire de l'un de ces résistants, l'un des juste parmi les nations de nationalité suisse: Paul Grüninger commandant de police du canton de Saint-Gall.

Ce commandant a la lourde tâche de gérer l'afflux de réfugiés politiques et juifs qui ont suivi l'Anschluss et les pogroms de Vienne. Mais il semble être tombé en désaccord avec la politique fédérale qui souhaite fermer hermétiquement les frontières helvétiques. Le commandant, peut être secondé politique par le conseiller d'état socialiste de l'époque, Valentin Keel, Grüninger contourne la loi. Il le fait de multiples manières que ce soit en accordant des autorisations de séjours, en aidant la famille des juifs déjà sur le sol Suisse ou encore en envoyant des citation à comparaître au camps de Dachau! Mais, ce faisant, le commandant se rend coupable de frauduler des documents officiels qu'il antidate. C'est tout un réseau entre les politiques, les policiers et les institutions juives saint galloise qui semble se dévoiler lors de la lecture. Un réseau qui sera mis à mal quand Grüninger sera suspendu et renvoyé puis soupçonné de malversation financières, de corruption et de mœurs un peu trop libre. Des soupçons qui existent encore mais qui n'ont jamais été prouvé au contraire selon l'auteur!

J'ai beaucoup apprécié en savoir plus sur ce héros suisse. Un héros tout de même partiellement accepté puisqu'il n'a jamais été lavé de sa condamnation judiciaire bien qu'il soit encensé par de nombreuses personnes et institutions dont Yad Vashem qui l'a institué Juste Parmi les Nations en 1971 un an avant sa mort. Mais qu'ai-je pensé du livre en lui-même? Bien que sa lecture m'ait plu, comme je l'ai déjà dit, j'ai été frustré à de nombreuses reprises. Ainsi, l'appareil critique est totalement absent. Autrement dit, il est très difficile de savoir d'où l'auteur tire ses propos et ses citations. Il arrive même que l'auteur cite des personnes d'une manière peu claire et on se demande si on lit ce que l'auteur a écrit ou des retranscription. Mais peut-être est-ce dû à la traduction? J'ai aussi eu l'impression, souvent, d'une histoire un peu brouillonne. je n'ai pas eu l'impression que l'auteur soit allé jusqu'au bout de certaines questions et je souhaiterais en savoir plus sur les relations entre Keel, Grüninger et les institutions juives. J'aimerais aussi en savoir plus sur les individus qui ont lutté contre ce réseau d'immigration.

Site sur Paul Grüninger au Yad Vashem

Site sur Paul Grüninger

25/03/2011

Le salaire des neutres, Suisse 1938-1948 (Politik und wirtschaft im krieg) par Hans-Ulrich Jost

Titre: Le salaire des neutres, Suisse 1938-1948 (Politik und wirtschaft im krieg)41GW7MGMW8L._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Hans-Ulrich Jost
Traducteur: Henry Debel
Éditeur: Denoël 1999
Pages: 419

Je pense à lire un ouvrage de Hans-Ulrich Jost depuis que je suis entré en histoire à l'université. Mais soit j'oubliais soit je n'avais pas le temps ou encore je pensais à autre chose au moment de choisir un livre. Bref, il m'a fallu beaucoup de temps pour, enfin, me décider à parcourir l'un des livres que cet historien célèbre à écrit. Je parle d'un historien célèbre mais je sous-estime ce point. C'est, en effet, l'un des rares historiens largement connu dans le grand public et dont les recherches ont été discutée et abondamment critiquée par des non-historiens. Il faut dire que son domaine des recherches n'est pas de ceux qui soient les plus facile puisqu'il traite de la Suisse lors de la seconde guerre mondiale. Un point qui est encore très chatouilleux pour un certains nombres de citoyens de ce pays et une histoire qui laisse encore largement place aux mythes plutôt qu'à la vérité historique.

Il semble que le livre que j'aie choisi soit une tentative de synthétiser et de rendre plus accessible un certains nombres de faits de l'histoire de la Suisse durant la seconde guerre mondiale. C'est pourquoi nous y trouvons des informations autant sur les aspects politiques que militaires et, surtout, économique de l'époque. L'aspect militaire nous offre le tableau d'une suisse dont le général, Guisan, agit d'une manière, parfois, contradictoire et souvent dans le dos du Conseil Fédéral. On nous offre un général qui a créé de vives tensions avec le gouvernement de l'époque et dont les soldats sont utilisés surtout pour éviter le chômage et donner de l'espoir en la capacité de résistance du pays. L'aspect politique tel que le dépeint Jost est assez sombre. La lecture nous montre les actions et réactions d'un gouvernement très proche des thèses autoritaires et qui accepte des offres de revoir le fonctionnement du pays à l'aune d'un plus grand autoritarisme. C'est dans cette ambiance que les frontistes, les fascistes et les ligues se multiplièrent alors que la gauche était combattue avec force. Cependant, c'est l'aspect économique qui est le plus intéressant. En effet, la Suisse tente d'agir en vue de constituer une force économique stable et même croissante durant et après la guerre. En vue de ce but elle se compromet de nombreuses fois avec les gouvernements fascistes dont elle accepte l'or et à qui elle vend des armes. Bien loin de l'image mythique du réduit neutre c'est une suisse intéressée et utilisant l'économie comme arme de guerre qui se fait jours et dont les élites étaient singulièrement proches des fascistes. Trop pour leur tranquillité d'esprit après la guerre.

J'ai appris beaucoup de choses en lisant ce livre. De nombreux points que je connaissais sans les avoir approfondi et d'autres très nombreux points dont je n'avais aucune idée. J'ai, entre autre, été frappé par les agissements de la Ligue Vaudoise dont on ne connaît pratiquement rien alors que ce groupe est toujours en activité. Il est intéressant, aussi, d’avoir mis en place un chapitre conclusif qui pose la question de la relation de la société, et des autorités en particulier, avec l'histoire. Ce qui permet d'expliquer le traitement qui a été infligé à ce thème depuis la fin de la guerre. J'ai aussi trouvé l'écriture et l'argumentation de Jost particulièrement facile à suivre. J'ai eu beaucoup de plaisir à parcourir ce livre. Cependant j'ai une petite interrogation. J'ai compris que ce livre a été traduit pour un public francophone mais la traduction a aussi consisté à changer les francs suisses en francs français. Je me demande si ceci était vraiment indispensable?

Image: Amazon

26/11/2010

Roms, Sintis et Yéniches. La "politique tsigane" suisse à l'époque du national-socialisme par Thomas Huonker et Regula Ludi

Titre: Roms, Sintis et Yéniches. La "politique tsigane" suisse à l'époque du national-socialisme9782940189427FS.gif
Titre original: Roma, Sinti und Jenische. Schweizerische Zigeunuerpolitik zur Zeit des Nationalsozialismus
Auteurs: Thomas Huonker et Regula Ludi
Traducteurs: Marc Rüegger et Karin Vogt
Éditeur: Page deux 2009 (Chronos 2001 édition originale)
Pages: 214

Après avoir vu une conférence de l'association Mesemrom sur la situation juridique et humaine des Roms à Genève j'ai eu envie d'en savoir un peu plus. C'est dans ce cadre que j'ai emprunté ce livre à la bibliothèque. Celui-ci fait partie des productions de la Commission Indépendante d'experts Suisse pour la seconde guerre mondiale. Nous savons tous que les conclusions de cette Commission sont toujours débattues voir refusées par une grande partie de la classe politique et médiatique suisse. Ce travail prend place dans une étude plus vaste de l'attitude de la Suisse face aux réfugiés durant la seconde guerre mondiale. Cependant, ce livre ne reste pas bloqué sur le territoire Suisse et tente d'inscrire l'attitude du pays dans le contexte international et, particulièrement, la République de Weimar et l'Italie de mussolini.

La première chose que fait ce livre est de définir la population qu'il analyse. En effet, "tsiganes" ou "roms" ont souvent été utilisé pour parler de populations différentes voir de nationalités différentes ou simplement d'un mode de vie. Ainsi le mot tsigane peut aussi bien définir un suisse qu'un roumain ou encore un allemand. L'affaire est rendue plus compliquée encore puisque différents groupes revendiquent une identité qu'elle soit rom, yéniches ou sinti et ce sans liens avec les définitions des autorités. Il est donc arrivé que des personnes qui ne font pas partie de cette minorité leur soient apparenté par les autorités à cause de leur mode de vie non-sédentaire.

Dans un second temps, et c'est l'un des chapitres que j'ai trouvé le plus intéressant, les auteurs analysent ce qu'il nomment le complexe scientifico-policier. Sous ce terme un peu barbare on retrouve des liens étroits entre la science et la police. Les scientifiques spécialistes des races durant le XIXe analysent les populations non-sédentaires comme inférieures moralement et physiquement. Cette analyse est reprise par les autorités policières qui justifient leur attitude par ces recherches. Enfin, la répression policière étant plus forte elle augmente nécessairement le nombre de roms internés, les scientifiques utilisent les résultats de la police pour justifier du caractère fondamentalement criminel, selon eux, des roms. Nous nous trouvons donc face à deux institutions qui criminalisent une population particulière sur des critères raciaux. La question rom sera donc pensée principalement en terme de criminalité même sans preuves d'une quelconque activité criminelle. Ce qui mènera au refoulement et à l'internement d'adultes et enfants roms qui n'ont comme crime que leur naissance et leur identité

Ensuite, les auteurs montrent comment les nazis continuent et étendent la politique de Weimar. On y trouve une généralisation de la stérilisation forcée ainsi que la déportation qui a pour but, souvent, la mort. Dans ce cadre, la Suisse continue de suivre sa politique précédente de refoulement tout en collaborant avec l'ancêtre d'Interpol sous domination nazie à l'époque. Cette politique mènera probablement de nombreux tsiganes à la mort même lorsqu'ils sont d'origines suisses. C'est néanmoins une thèse qu'il est difficile de prouver étant donné le tabou qui cache cette période ainsi que le caractère lacunaire des sources.

Enfin, et à l'aide de dossiers récemment retrouvés et analysés dans la postface, les auteurs analysent l'attitude Suisse face aux roms durant la seconde partie du XXe siècle. Nous y apprenons que la politique des années vingt continua à être appliqué jusqu'en 1970. Nous connaissons des cas de roms enfermés à vie avec leur identité pour seul crime ainsi que des refoulements de suisses dont on refuse de reconnaître la nationalité. Dans le même temps, pro juventute et les autorités continuent de détruire des familles en volant les enfants aux parents dans le but de les interner comme des criminels jusqu'à leur majorité. Nous retrouvons aussi, selon les auteurs, de nombreux acteurs suisses cruciaux de la seconde guerre mondiale, proche des nazis, qui continuèrent leurs activités après la chute du nazisme. En dernier point, Thomas Huonker fait une ouverture sur les années récentes du XXIe siècles et parle de la criminalisation et du rejet croissant des roms fomenté par le parti UDC qui utilise les même préjugés et présupposés raciaux du début du XIX. ces préjugés sont donc tenaces et continuent à maudire toutes personnes vivant, en résumé, "comme un rom".

En tant que lecteur, j'ai été très pris par cette recherche. Nous y découvrons des atrocités comme la castration et des préjugés que nous connaissons encore aujourd'hui. Heureusement, les actes les plus horribles de l'époque ne sont plus perpétrés. Mais les roms sont encore rejetés en utilisant ces même préjugés pour se légitimer. Ce qui m'a le plus choqué n'est pas l'action nazie mais l'enfermement, tardif puisqu'on connaît encore un cas dans les années septante, de roms sans preuves de criminalité. Un état de droit s'est permis d'enfermer des gens innocent ou, au pire, suspect à cause de leur identité! J'ai aussi apprécié que les auteurs nous montrent quels sont les limites de leur travail. En effet, ils nous expliquent longuement les problèmes qu'ils ont connus dans la définition mais aussi la recherche de sources qui sont souvent lacunaires quand elles n'ont pas été détruites. Je considère donc ce travail comme fondamental pour comprendre l'attitude présente envers cette population minoritaire et relativiser les préjugés que l'on entend souvent sur eux.

Image: decitre.fr

29/01/2010

Les Suisses et les nazis: le rapport Bergier pour tous par Pietro Boschetti

Titre: Les Suisses et les nazis: le rapport Bergier pour tous41G60MJM6SL._SL500_AA240_.jpg
Auteur: Pietro Boschetti
Éditeur: Zoé 2004
Pages: 189

Voila un livre dont il est difficile de parler. Bien entendu ce n'est pas le rapport Bergier, c'en est un compte rendu synthétique, mais on sait tous les passions que déclenché et a déclenché ce rapport. Il a été accusé de partialité, de salir la Suisse, pour peu Bergier serait un traitre à la nation. Cependant le rapport Bergier est la marque d'un effort hors du commun de la part de notre pays. Un effort énorme pour reconstruire son passé, pour le connaitre et le comprendre et non le juger. Monsieur Bergier l'a dit et répété et je le dis après lui. L'historien n'a pas pour fin de juger. Sa fin est de donner les savoirs et clés de compréhensions du passé sans juger des actes. Seulement en donner le pourquoi et les conséquences. Dans cette optique le rapport Bergier avait une mission très précise qui l'obligeait à ne prendre en compte que les victimes avec des données, le plus souvent, statistiques ou économiques. Oui, ce n'est pas une histoire de la Suisse lors de la Seconde Guerre Mondiale. Oui, il manque d'énormes pans de l'histoire de la Suisse lors de la Seconde Guerre Mondiale.

Ce livre, intitulé pour tous, est donc principalement un compte-rendu synthétique. Ceci implique qu'on ne peut se baser sur Pietro Boscheti pour critiquer, de manière historique, le rapport de la commission Bergier. Ca implique aussi que les choix éditoriaux sont personnels et n'impliquent pas le même développement, relatif, dans le rapport original. Néanmoins, ce livre s'appuie quand même sur les écrits originaux. Et nous y découvrons comment la Suisse a agit, de manière économique et politique, vis à vis de l'Allemagne nazie. On y voit que l'attitude envers les réfugiés est la conséquences de la peur de l'étranger et des juifs qui se fit après la Première Guerre Mondiale. On y lit aussi que l'attitude, incompréhensible, des élites économiques se comprend si on accepte que ces personnes ne croyaient pas en la défaite de l'Allemagne et souhaitaient rester forts économiquement après sa victoire et que, lorsque la perte de l'Allemagne fut certaine, ces personnes pensaient qu'elle resterait un acteur économique fort. Ces agissements n'excusent rien et beaucoup de vies auraient pu être sauvées avec d'autres décisions qui n'ont pas été prises ou qui furent refusées par l'économie ou le politique. Comme l'attitude des banques et des assurances, après la guerre, n'est guère excusable.

Mais comment critiquer ce livre? Difficile car le débat n'est pas encore serein, les recherches pas terminées, les sources de l'auteur ne sont même pas notées en bas de page. C'est un choix que, personnelement, je regrette. Comment peut on critiquer un travail sans savoir d'où les données proviennent? Bref, il faudra se tourner vers le rapport original pour les connaitre. Mais il se pose un problème. La commission Bergier avait d'énormes privilèges. Elle a pu passer outre le secret bancaire, lire les archives privées et les analyser. Un historien peut il espérer avoir les même accès maintenant? Il y a de grandes chances que non. Mais comment critiquer un travail historique si les sources sur lesquels ce travail se fonde sont hors de portée? En l'état, je pense qu'il est impossible de savoir si la commission s'est trompée ou a oublié des données. Néanmoins, il reste beaucoup à faire sur l'histoire Suisse lors de cette Seconde Guerre Mondiale.

Image: Amazon.fr

20/01/2010

Familles en Suisse: les nouveaux liens par Jean Kellerhals et Eric Widmer

Titre: Familles en Suisse: les nouveaux liens41XeGXpytxL._SL500_AA240_.jpg
Auteur: Jean Kellerhals et Eric Widmer
Éditeur: Presse polytechniques et universitaires romandes 2005
Collection: Le savoir Suisse
Pages: 142

C'est la première fois que je lis un livre de cette collection. Pour ceux qui ne la connaissent pas elle a été créée par les universités romandes pour offrir au grand public les dernières avancées de la recherche. Ici les auteurs parlent des familles en souhaitant passer outre certains présupposés et voir comment la famille a évolué en Suisse. Ils vont donc parler du couple, des frères et sœurs et des relations dans la famille. On y découvre comment les relations inter et extra familiales se forment selon les contextes. On y découvre aussi les grandes formes génériques du couple et de la fratrie avec leurs "points faibles" et "points forts". On y découvre, assez naturellement, que la forme du couple dépend du capital culturel mais que sa pérennité n'est pas constitutif de ce même capital. Les auteurs souhaiteraient aussi plus de recherches en Suisse car les données, selon eux, manquent.

Pour ceux qui s'intéressent à ce sujet ce petit livre est parfait. Bien structuré, cohérent et permettant de s'ouvrir vers des livres plus conséquent. Le propos est simple mais on sent et on voit que les auteurs utilisent des données venant de recherches. D'ailleurs, ils nous en montrent quelques résultats. Bien que ce soit un bon livre je n'ai, quand même, pas été passionné. Ce n'est pas de la faute des auteurs mais la mienne. Le sujet, en effet, ne m'intéresse finalement pas vraiment.

Image: Amazon.fr

09:59 Écrit par Hassan dans Livre, Politique, sociologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : familles, suisse | | | |  Facebook