11/05/2014

La zone du dehors par Alain Damasio

Titre : La zone du dehorsproduct_9782070458264_195x320.jpg
Auteur : Alain Damasio
Éditeur : Gallimard  2014
Pages : 650

Bon, il est l'heure d'entrer dans quelque chose de beaucoup plus intéressant que la note précédente. J'entends parler de cet auteur depuis pas mal de temps et en bien. Mais, comme souvent, je n'avais pas pris le temps de me plonger dans un livre. Le prêt, par une amie, de La zone du dehors m'a donc permis d'entrer tout tremblant dans l'univers mental d'Alain Damasio.

Nous sommes en 2084. Après des attentats terroristes et une guerre mondiale l'humanité se cache dans les continents terriens encore habitables où part dans l'espace pour vivre dans les magnifiques cerclons réussites technologiques et démocratiques par excellence. Tout y est contrôlé et régulé pour que l'humanité ne se déchire plus jamais et que chaque individu accepte sa place calculée selon ses réussites personnelles et professionnelles. Mais une partie des habitant-e-s n'acceptent pas cette forme de gouvernement. Ils se dénomment la Volte et, en son centre, 5 personnes se dégagent par leur charisme. Le combat qu'ils mènent se trouve à un tournant qui pourrait signifier la réussite ou la mort du mouvement. La liberté où l'enfermement dans la gestion par le pouvoir des vies humaines. Bref, nous nous trouvons à un pivot historique.

Le premier constat que l'on peut faire c'est que ce livre est difficile à lire. Pourquoi? Déjà parce que les noms ne sont pas des noms. Ce sont des lettres placées les unes à côté des autres. Ensuite parce que le roman est rempli de concepts philosophiques et sociologiques compliqués (heureusement que j'ai lu Bourdieu et Foucault). Ce qui n'enlève rien, à mon avis, au génie de Damasio. En effet, il décrit une société de contrôle et de gestion qui prend ce qui existe chez nous et qui l'étend le plus loin possible. Ainsi, les caméras sont partout, les lieux ne peuvent être accédés que par certaines personnes, les comportements anormaux sont identifiés et permettent de créer un profil pour contrôler les personnes et expliquer leur déviance. Mais tout ceci va encore plus loin. En effet, tout le monde est soumis à un examen tous les deux ans qui permet de le placer sur l'échelle sociale et son nom. Ainsi, comme Damasio l'écrit, la fonction crée l'individu. Le néolibéralisme dans sa forme la plus pur. Il n'y a que le fonction qui compte le reste est accessoire. Mais Damasio nous montre aussi une société de contrôle très subtile. En effet, rien ne vaut l’autocontrôle et aussi le contrôle des autres inconnus ou amis. Ainsi, il est possible d'influer sur la vie des autres, sur la consommation, sur la culture mais cette influence commune et globale impose surtout un autocontrôle vaste, implacable et intégré. Pourquoi créer une police secrète et une justice brutale alors qu'il est plus simple de gérer les normes et les déviances? Je vous laisse tester.

  • L’écrivain est voué au septième cercle des enfers.

  • Papier toilette.

  • Roman de gare.

  • À lire.

  • Tolkien. On a rarement montré aussi clairement ce qui peut advenir des technologies actuelles si elles sont utilisées dans une logique de contrôle, de gestion et de surveillance totale. Mais Damasio nous donne aussi une petite idée des résistances possibles et, surtout, des moyens de quitter le système.

Image: Éditeur

10/02/2014

RoboCop

RoboCop un film que date de pas mal d'années est revenu sous les écrans sous la forme d'un remake. Alors oui les remakes sont un moyen pour les industries du cinéma de se faire de l'argent quand elles n'ont pas d'idées. Heureusement, ça peut aussi permettre de remettre au goût du jour certains films cultes voir de leur donner une nouvelle gloire face à la  génération qui n'a pas connu ces films à l'époque. Nous sommes donc dans quelques dizaines d'années. Alors que la politique étrangère des USA se base sur l'usage de drones à la fois terrestre et aérien loués à une compagnie privée l'usage de ces robots est toujours interdit sur le sol national. Mais le lobby est intense et l'insécurité des villes américaines permet au plus grand constructeur du pays, Omnicorp, de vendre l'idée d'un homme transformé en robot. Le choix se porte sur un policier victime d'un attentat à la bombe. Mais ou se trouve la limite entre robot et humain?

Que penser de ce film? Selon ce que je sais la plupart des aspects de l'original sont présents. Mais on ajoute un côté moderne à l'aide de polémiques récentes sur l'usage de drones ainsi que sur les mercenaires. Ainsi, sous couvert de liberté les drones américains font régner un climat de terreur à l'étranger. Climat nié et caché par une émission de TV qui fait penser à la fox (ou il ne faut pas le dire). Dans ce cadre l'usage du robocop est de plus intéressants dans les perspectives actuelles. On se trouve en face d'un homme dans un corps robotique. L'humain est censé prendre les décisions mais l'entreprise décide de prendre le contrôle de son corps et de choisir ce qu'il peut faire ou non. L'humain devient la propriété de l'entreprise. C'est aussi un humain qui a accès à toutes les caméras de surveillance ainsi qu'aux dossiers personnels de tout le monde. Le film montre parfaitement qu'une telle puissance d'information fait de la justice non un choix mais un acte inhumain mécanique. Personne ne peut s'échapper ni choisir. Le robocop est toujours là à surveiller sans prendre en compte ni contexte ni justifications. Cependant, il est dommage que le film ne montre qu'une large acceptation plutôt qu'un débat enflammé tel qu'il est sous-entendu. De plus, les femmes n'ont encore une fois que le rôle de tapisserie.

  • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

  • Twilight.

  • Film de vacances.

  • Bon scénario. Bien réadapté à mon avis, des thèmes intéressants un peu manichéen mais bien mis en scène. Très sympa.

  • Joss Whedon.

Image: Site officiel

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09/02/2014

THX 1138

Je crois que nous sommes nombreux et nombreuses à avoir entendu parler de ce film. Je n'avais, personnellement, jamais vu celui-ci. THX 1138 est le nom d'un homme dans un monde dystopique qui suit, semble-t-il, une apocalypse. Dans cet univers les noms sont imposés ainsi que les couples. Mais ceux-ci n'ont pas le droit de consommer leur union qui n'est qu'une simple colocation choisie informatiquement selon les compatibilités. Tous et toutes les citoyen-ne-s sont dans l'obligation d'ingérer un certain nombre de médicaments dans le but de se calmer et d'être au maximum de sa productivité. Mais la compagne de THX décide, en cachette, de stopper le traitement et de faire de même pour THX. Il s'ensuit un mal être de plus en plus intense qui se termine par une relation sexuelle entre les deux complices. Mais ceci est une offense majeure et THX est arrêté puis enfermé.

Je suis sorti de la salle intrigué. Je n'ai pas compris la majeure partie du film. Ce qui ne m'a pas empêché de beaucoup l'apprécier car il a de nombreux éléments très réussi. Je vais commencer par le premier qui m'a frappé: l'esthétique. Celle-ci est uniforme. Le blanc est partout et les objets semblent tous construit pour créer l'efficience la plus haute possible. Les couleurs sont très rares. Le second aspect est celui de contrôle. Celui-ci se forme aussi bien sur les gens que sur l'économie. Ainsi, tout le monde est sous surveillance vidéo et chaque déviation est analysée et intégrée aux fiches personnelles. Ce contrôle s'incarne dans le film sous la forme de plusieurs voix off qui commentent les événements ainsi que les décisions prises pour réagir. La police est partout et agit sans contrôle. Mais ce contrôle s'incarne aussi dans les médicaments qui empêchent la révolte et la réflexion dans le but de créer une économie parfaite. Enfin, un dernier aspect fort est la religion. Celle-ci s'incarne dans une image fixe aux réponses préenregistrées qui défend une consommation de masse ainsi qu'une productivité en hausse pour tout le monde.

C'est donc un film difficile mais riche. On y trouve de nombreuses choses que l'on pourrait utiliser pour comprendre notre monde actuel. La consommation et l'économie en tant que religion se rapprochent de la manière dont on considère la croissance et le néo-libéralisme de nos jours. La mise en place d'un contrôle extrêmement important se rapproche aussi de l'usage des drogues pour calmer les élèves, surtout aux USA; mais aussi de la mise en place de dispositifs de vidéosurveillance de plus en plus nombreux. Il y a sûrement d'autres points que certaines personnes verraient mieux que moi. En bref, regardez-le au moins une fois.

  • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

  • Twilight.

  • Film de vacances.

  • Bon scénario.

  • Joss Whedon. Difficile à comprendre - moi je n'ai pas compris - mais très intéressant et éclairant sur notre monde.

Image: Allociné

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17/11/2012

Power Punctuation par Cory Doctorow

Titre : Power punctuation
Auteur : Cory Doctorow
Éditeur : Site de l'auteur

Nous sommes quelques années après notre époque. Un jeune homme travaille dans une grande compagnie responsable de la gestion des déchets papiers de nombreuses entreprises. Elle doit en disposer avec sureté et confidentialité. Ce jeune homme, Jap, est un employé consciencieux. Il est l'un des meilleurs et reçoit de nombreux avis positifs sur son travail. Mais un jour il surprend son collègue en train de lire un document. Est-ce un espion? Il a tout de suite la certitude. Mais c'est pire. Cet homme est le fondateur de l'entreprise dont il garde la charge. Et après avoir vu le travail de Jap il décide de le prendre sous son aile et de lui offrir une promotion. Mais pourquoi?

Cette nouvelle est bien plus intéressante que la précédente. Elle offre de nombreux thèmes à une analyse possible. Je me contenterais de les présenter. Le premier thème est Big Brother. Jap vit dans une entreprise qui contrôle sa vie du début à la fin. Il possède une montre qui lui offre des feedbacks sur son comportement au travail et dans sa vie personnelle. Cette montre contrôle donc tous les aspects de sa vie en lui ordonnant quoi faire à quel moment. Ce contrôle s'inscrit dans le comportement de Jap qui cherche l'approbation de cette machine. Accepterait-on si facilement un tel envahissement de notre espace privé? Je pense qu'il ne faudrait pas longtemps pour que cela soit le cas. Pour que l'on perde le contrôle de la technologie et qu'elle nous contrôle. Le second thème concerne le pouvoir. Dans cette histoire certains hommes ont énormément de pouvoir. Ils peuvent tout savoir sur vos activités et votre histoire intime. Ils peuvent influer sur vos salaires et bonus ainsi que votre carrière. Que cela fait-il de se trouver avec autant de pouvoir dans les mains? Une sensation de puissance probablement. Mais quand vos décisions peuvent tuer est-ce si facile d'avoir ce pouvoir? C'est une question intéressante que développe Doctorow ici.

10/11/2012

Scroogled par Cory Doctorow

Titre : Scroogled
Auteur : Cory Doctorow
Éditeur : Site de l'auteur

Un homme rentre de vacances. Comme tout le monde il attend de passer les tests de sécurité à l'aéroport. Mais ceux-ci prennent plus de temps que d'habitude. Que se passe-t-il? Il semblerait, si les personnes qui se trouvent devant lui ont raison, que les procédures de sécurité aient changé. Maintenant les employés lisent très attentivement les profils google des voyageurs pour trouver des anomalies ou des suspects. Le profil de Greg n'était pas très clair il est envoyé dans une salle d’interrogation et apprend qu'il est maintenant devenu une personne d'intérêt surveillée et fichée de manière permanente. Mais que s'est-il passé?

Je l'ai déjà dit, Doctorow est très bon quand il faut parler des problèmes de surveillance. Ici il a décidé de s'intéresser plus spécifiquement à Google. Vous avez tous entendu de google. Mais il est rare que l'on se rende compte à quel point cette entreprise est puissante. Google se trouve partout. L'entreprise peut analyser vos mails, analyser vos recherches, suivre vos activités sociales, ... Même facebook est moins présent que google sur internet (je vous conseille d'utiliser ghostery c'est impressionnant google est vraiment partout). Google reçoit et analyse une masse énorme d'informations. Mais alors que se passerait-il si l'entreprise abandonnait sa volonté de ne rien faire de mal et décidait de se mettre à surveiller les personnes et à offrir les analyses au monde entier? C'est ce que Doctorow tente de montrer dans cette nouvelle.

La première chose à en sortir c'est que google ne le ferait pas sans que cela implique une quantité considérable d'argent. Et c'est bien le problème puisque la surveillance est un secteur de plus en plus florissant. Le second point important de ce texte c'est la manière dont google pourrait surveiller les individus. Doctorow montre bien que celle-ci se ferait selon une déviation face à une norme statistique. Et cette déviation permettrait ensuite de vérifier de manière plus scrupuleuse des personnes directement ciblées. Doctorow montre ensuite que cette surveillance par google permettrait aussi, et surtout, de montrer que nous sommes tous des criminels. Chacun de nous avons un lien avec des activités illégales ou qui frôlent avec les limites de la légalité. Peut-être parce que nous sommes proches de personnes qui agissent illégalement? Peut-être aussi parce que les lois ont changé? Simplement une plaisanterie qui peut être mal interprétée? Bref, nous pouvons tous être considéré comme des criminels si une institution décide de s'intéresser plus particulièrement à nous. Enfin, Doctorow montre aussi que cette surveillance permanente et désincarnée impliquera un sentiment de malaise et de faiblesse. Comment se défendre? Essayer d'argumenter contre le système ne pourrait que valider un profil de contestataire qui, ensuite, nous suivrait notre vie entière. Comment se sentir bien quand on a quelqu'un qui observe ce que l'on fait à longueur de temps? Le stress pourrait bien donner des envies de suicides. Mais aussi comment une démocratie pourrait fonctionner si n'importe quel politicien peut voir sa carrière détruite par une entreprise aussi puissante que google? Ce sont des questions extrêmement importantes pour notre futur. Je suis convaincu que nous entrons dans un croisement des chemins. Nous avons le choix d'entrer ou non dans un monde de surveillance massive et de normalisation des personnes. Malheureusement les voix critiques sont rares et le processus est déjà engagé.

08/11/2012

The things that make me weak and strange get engineered away par Cory Doctorow (nous sommes tous coupables)

Titre : The things that make me weak and strange get engineered away
Auteur : Cory Doctorow
Éditeur : Site de l'auteur
Pages : 37

Je suis enfin de retour dans Doctorow. Bon, il est vrai que le dernier livre que j'avais lu m'avait profondément déçu. Mais à présent je retourne dans l'univers des nouvelles qui ont le mérite d'être courtes si on ne les aime pas. Le héros se trouve dans un monastère nouvelle génération à New York. Ces monastères se dévouent à la contemplation du sois pour comprendre ses erreurs et s'adapter et s'accepter par l'observation mutuelle et intime. Tous les moines de ce monastère publient les informations les concernant et lisent celles des autres. Mais notre héros n'y restera pas longtemps. En effet, en observant un flux de donné écrit par un autre moine il se rend compte qu'il existe une anomalie. Il part donc en quête dans le monde extérieur pour trouver l'explication de cette anomalie.

Je suis vraiment heureux de m'être lancé dans cette nouvelle car on y découvre le danger des technologies dites de sécurité. Un danger qui n'est encore que peu analysé. Souvent les mises en garde sont évacuées d'un trait d'esprit consistant soit en arguant du danger soit par cette phrase si commune mais si inquiétante "Mais enfin si vous n'avez rien à cacher vous n'avez rien à craindre!". Ce genre d'arguments laisse de coté le point le plus important. Il ne s'agit pas d'avoir quelque chose à cacher. Il s'agit d'avoir le droit de cacher, d'avoir le choix. Celui-ci est d'autant plus important que l'être humain a besoin d'un minimum de vie privée pour se construire et pour vivre (imaginez devoir aller aux toilettes alors que des caméras sont braquées sur vous!).

Le monde que Doctorow décrit dans cette nouvelle est un monde de surveillance totale. Celle-ci se forme aussi bien par des personnes, la securitat, qui est lourdement armée et dont les droits semblent n'être contrebalancée par presque aucun devoirs. Mais aussi des processus automatiques de gestions, d'analyse et de captation de données. Tout, dans ce monde, demande à l'individu de justifier son activité. Refuser de justifier ou se protéger contre une telle invasion est suspect. Mais ce monde de surveillance totale est encore pire qu'on ne le croit. Outre les technologies de surveillances le sens de la culpabilité a changé. Nous considérons tous que l'idée de l'innocence jusqu'à la preuve du contraire est acquise. Mais que se passe-t-il quand c'est la culpabilité qui est acquise jusqu'à preuve du contraire? Les technologies et les services de surveillances commencent à considérer la population comme fondamentalement criminelle, à traiter tout individus comme un criminel. À partir de la nous devenons tous coupable de quelque chose et il suffit d'examiner le passé de quelqu'un pour justifier une arrestation. Voila ce que montre Doctorow. Un futur qui est possible et contre lequel il faut lutter.

21/09/2012

Little Brother par Cory Doctorow. Nous sommes tous des terroristes

Titre : Little Brother
Auteur : Cory Doctorow
Éditeur : Voir le site de l'auteur
Pages : 306

Wow qu'est-ce que ce livre est bon! Oui je sais je commence fort et il est même très rare que je sois si positif. Mais après avoir lu des histoires que je trouvais moyennes se retrouver dans ce livre que j'ai vraiment apprécié est magnifique. Little Brother est écrit en 2008 par Cory Doctorow. On y retrouve ses thèmes de prédilection: sécurité, informatique et liberté. Nous sommes à Los-Angeles et nous suivons les aventures de Marcus jeune ado de 17 ans. Comme tous les ados il lui arrive de ne pas suivre les cours pour jouer ou sortir avec des amis. Ce jours là Marcus souhaite continuer un jeu de rôle et d'énigmes qui prend place à l'intérieur de la ville même. Mais, après avoir rassemblé ses amis, quelque chose d'horrible se passe. La ville est sous attaque terroristes et plusieurs bombes explosent. Alors que les quatre amis cherchent la sécurité ils se font repérer et arrêter par le Département de la Sécurité Intérieure. Les quatre adolescents sont maintenant suspects de terrorisme et il faudra toute l'ingéniosité technologique de Marcus pour réussir à crier la vérité et à reconquérir la liberté

Que se passerait-il si l'arsenal technologique mis en place pour notre sécurité - comme ils disent - serait détourné pour nous contrôler? La liberté existerait-elle encore? Cet arsenal technologique est-il véritablement utile ou ne fait-il que punir les mauvaises personnes? Ce sont les questions que pose Doctorow dans une Uchronie qui pourrait bien être plus réalistes qu'on ne le souhaite. En effet, Doctorow tente de se baser sur des technologies existantes ou prochainement réalisable (je viens de lire, par exemple, que la reconnaissance des mouvements de marche est en cours de mise au point). Beaucoup de personnes pensent que ces technologies ne sont pas dangereuses et qu'ils peuvent laisser les technocrates, les industriels et les politiciens s'en occuper. D'un certain coté ils n'ont pas tort. La technologie n'est pas dangereuse ou mauvaise en soit mais c'est son usage qui peut être dangereux (c'est d'ailleurs un sujet de dissertation classique au gymnase...).

Doctorow nous décrit une ville sous occupations. Les caméras de surveillance sont partout, la police est plus que présente et agit de manière illégale, les citoyens sont surveillés via les puces RFID et les écoles installent des dispositifs de vidéosurveillance dans les salles de cours et animent des leçons de propagandes. Quels sont les points communs? Ce sont la peur et l'étouffement de l'esprit critique. Derrière l'argument classique "les innocents n'ont rien à cacher" on justifie et on se justifie la perte de toute vie privée et de toutes possibilités de critiques. Car comment peut-on critiquer un système destiné à notre sécurité si on ne veut pas aider l'ennemi? Comme je l'ai déjà dit, les technologies existent déjà. Les puces RFID sont partout de la carte d'étudiant à la carte de fidélité. Les caméras sont installées de plus en plus souvent pour un coût énorme sans preuve de leur véritable utilité. Internet peut être surveillé et contrôlé de plus en plus étroitement. Mais ce que montre ce livre c'est aussi que ces technologies de surveillance peuvent être très facilement contournées avec des techniques simples que l'on peut trouver sur google. La question reste: pourquoi payer autant pour des technologies déficientes? Pour le fantôme de sécurité qu'elles nous offrent? Si cette réflexion, nécessaire, de Doctorow sur la surveillance ne suffisait pas il ajoute aussi une histoire à rebondissement avec des personnages que, pour une fois, j'ai apprécié. Je ne peux dire qu'une chose: si vous vous intéressez à la surveillance ou à Doctorow lisez ce livre incontournable puis réfléchissez aux implications.

24/08/2012

Eastern Standard Tribe par Cory Doctorow

 Titre : Eastern Standard Tribe
Auteur : Cory Doctorow
Éditeur : Tor Books 2004
Pages : 336

J'ai terminé le second livre écrit par Doctorow. Celui-ci prend place dans un futur plus proche de nous. Le héros y écrit sa vie. Pas en entier mais la partie qui l'a mené ou il en est aujourd'hui. C'est un homme comme un autre si ce n'est qu'il est capable de créer des arguments logiques sans peines et qu'il sait comment rendre un objet fonctionnel. Il est donc logiquement consultant dans ce domaine et il y est doué. Mais c'est aussi un homme qui fait partie d'une communauté plus obscure. Une forme de tribu d'individus qui partagent le même type de vie et de valeurs. Il travaille aussi pour eux et son dernier travail consiste à saboter une entreprise en faveur d'une autre plus conforme aux valeurs de sa tribu. Mais il y a toujours la possibilité d'être doublé. Et que se passe-t-il quand celui qui nous double tente ensuite de monter toute la psychiatrie contre soi ?

Encore une fois, je n'arrive vraiment pas à m'attacher aux personnages que Doctorow crée. Je les trouve toujours plats et vides. Cependant, j'apprécie les idées et concepts que développe l'auteur. Dans ce livre j'ai apprécié deux choses. Tout d'abord la description qui est faite des objets et procédures développées par des techniciens. Comme le héros le dit : ces personnes ne connaissent rien aux utilisateurs. Et les exemples d'objets mal conçu ou dont les procédures pour les utiliser sont redondantes et absurdes sont assez nombreux. Un second aspect concerne l'internement psychiatrique. Le héros est mis en observation pour démence paranoïaque après avoir été victime d'un complot par les auteurs de ce même complot ! Comment, dans ce contexte, réussir à prouver que l'on est sain à des docteurs qui cherchent l'insanité ? Comment, surtout, réussir à se défendre quand on ne nous offre aucunes informations sur la procédure, les termes médicaux et que l'on est drogué ? Personnellement, je considère l'internement psychiatrique comme une procédure risquée pour les droits de la personne. Il est très facile de se faire interner mais il est beaucoup moins facile d'en sortir. Car on perd une grande partie de nos droits aussi bien dans l'usage que dans la jouissance. Ce livre montre en partie ce faire. Un homme est condamné sans avoir pu se défendre tout simplement parce que la capacité lui en a été déniée. Cet aspect intéressant n'enlève tout de même rien au caractère, à mon avis, moyen du livre.

Livre disponible sur le site de l'auteur

13:18 Écrit par Hassan dans Cory Doctorow, Livre, science-fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : doctorow, surveillance | | | |  Facebook

05/08/2011

Cent ans de police politique en Suisse: 1889-1989

Titre: Cent ans de police politique en Suisse: 1889-1989
Auteurs: Collectif
Éditeurs: Association pour l'étude de l'histoire du mouvement ouvrier et éditions d'en bas 1992
Pages: 203

Les lecteurs ont peut être encore en tête l'affaire des fiches. Celle-ci est un scandale qui a été révélé par une Commission d'Enquête Parlementaire, une institution rarement activée, et qui montre quels ont été les activités d'une police secrète suisse. Ces activités ont été un espionnage massif des citoyens suisses pour ce que l'on pourrait nommer des délits d'opinions. Le but de ce fichage était, semble-t-il, de protéger l'état des subversifs autrement dit des personnes qui mettaient en doute la manière dont la société était organisée. Suite à cette CEP de nombreux articles ont été publiés dans les journaux mais il manquait une tentative scientifique de comprendre ces fiches, de comprendre leur raison d'être et la manière dont elles été créées. C'est pourquoi il y eut un colloque en 1992 à Lausanne sur le sujet dont ce livre regroupe les actes. Nous y trouvons, sans faire de liste exhaustive, l'historien bien connu Hans Ulrich Jost, Marc Vuilleumier, Claude Cantini dont j'ai déjà présenté un livre et Charles Heimberg.

Les différents articles qui sont regroupés dans ces actes nous permettent de mieux comprendre comment la police politique fédérale était constituée en rapport avec les cantons mais aussi avec l'étranger. D'ailleurs, il semblerait que ce soit justement sous pression de gouvernement étrangers, peu heureux d'avoir une Suisse libérale et ouverte dans laquelle les opposants pouvaient se cacher, que la police politique suisse commença son existence. Cette surveillance ne s'est pas faites au hasard. Elle a d'abord touché les opposants immigrés, italiens ou russes, pour ensuite toucher la classe ouvrière entière. Le but était de quadriller les organisations ouvrières naissantes pour les contrôler et éviter qu'elles soient trop puissantes. La police était suivie en cela par des activités analogues mais privées qui pouvaient mener à la constitution de liste noir des ouvriers politisés (par exemple à l'aide du Centre Suisse d'Action Civique). Au final, ce livre et les contributions qui s'y trouvent permettent de se faire une première idée des activités de surveillance que la Suisse a connu autant il y a un siècle que très récemment en 1989.

J'ai beaucoup apprécié ce livre qui a le grand mérite de discuter d'un thème difficile. Difficile non pas politiquement parlant bien que des insultes ont été lancée contre les auteurs mais parce que les sources sont difficile d'accès. Non seulement on peut avoir à demander le droit de voir les fiches, ce qui peut se comprendre dans des cas récents, mais aussi parce que de nombreuses fiches n'ont pas été versées aux archives. Les contributions de ce livre sont donc nécessairement incomplètes puisque les auteurs n'ont pas forcément eu l'occasion d’accéder à toutes les informations qu'ils souhaitaient. Ce qui n'empêche pas l'un des auteurs, Charles-André Udry, de présenter tout le potentiel que leur lecture critique peut offrir à une recherche historique. Ces contributions permettent aussi de très bien se rendre compte qu'un contrôle existait contre les personnes qui remettaient en cause l'ordre social (ceux que l'on nomme les subversifs) même si ils ne le faisaient pas d'une manière violente. J'ai aussi beaucoup apprécié que M Udry nous offre un guide sur la manière de lire une fiche fédérale. Cette annexe ne peut qu'être très utile si on souhaite faire des recherches à l'aide des fichiers de la police fédérale.

Image: AEHMO

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11/05/2011

Histoire de l'identification des personnes par Ilsen About et Vincent Denis

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Auteurs: Ilsen About et Vincent Denis
Éditeur: La Découverte 2010
Pages: 125

Je l'ai déjà dit, je suis très intéressé par les thématiques concernant la surveillance surtout quand celles-ci sont en lien avec les nouvelles technologies de l'information et de la communication. C'est une littérature de plus en plus abondante, en est témoin la bibliographie à la fin de ce livre, mais semble qu'il manque un ouvrage synthétique sur le sujet. Ce tome de la collection Repère des édition de La Découverte a le but de créer cet ouvrage synthétique. Ici cette synthèse se fait d'une manière historique en analysant les différents usages et objets de l'identification des personnes depuis l'an mil jusqu'à nos jours.

Il y a donc cinq chapitres principaux qui sont autant de phases différentes dans le processus d'identification. Le moyen âge, ainsi, est connu pour l’inter-connaissance qui implique l'identification. Mais c'est oublier qu'il existe aussi de nombreux autres moyens de savoir qui se trouve en face de nous. Ceux-ci sont les sceaux mais aussi, et surtout, l'héraldique qui est devenu un véritable langage symbolique que des experts analysaient. Mais il existait aussi des papiers qui impliquaient un droit de traverser un territoire. Moins qu'une identification c'est surtout un prestige qui supporte le pouvoir d'un personnage le porteur n'étant qu'accessoire. Nous y trouvons aussi une volonté d'identifier les criminels selon leurs crimes en les marquant physiquement. L'époque qui suit voit l'arrivée de nombreux papiers qui permettent de contrôler les déplacements de certaines catégories de population. Dans une époque qui a connu de grandes épidémies il est parfois nécessaire de certifier son état de santé pour pouvoir voyager. Les registres se multiplient en permettent d'identifier les individus sans qu'il ne soit présent. Dans le même temps se développe les techniques de descriptions du corps qui devaient permettre d'assurer l'identification d'une personne.

L'arrivée de l'état-nation voit se confirmer la tendance à contrôler les personnes présentent sur le sol national. Il devient nécessaire de savoir qui est présent et quel est son statut. Non seulement pour savoir qui paie les taxes mais aussi pour contrôler l'entrée dans l'armée. Le contrôle de certaines "classes dangereuses" (ouvriers et étrangers) s'intensifient dans le même temps. Ce contrôle sera de plus en plus avancé dans la période qui précède la seconde guerre mondiale et qui a conduit aux abus que nous connaissons. Ce que nous pouvons voir se dessiner c'est, non seulement, une identification permanente et intégrée de tous les citoyens mais aussi, et surtout, un contrôle de qui a le droit de voyager dans les limites de l'état national. C'est pourquoi les étrangers commencent à être contrôlé en tout temps. Le début du XXIe siècle voit arriver une société dans laquelle seules les personnes identifiables peuvent accéder aux droits civils, politiques et de voyages excluant irrémédiablement ceux qui sont sans papiers ou qui refusent d'intégrer le système de surveillance. Mais, même en refusant, il est de moins en moins possible de sortir d'un système capable d’observer et d'identifier n'importe qui à l'aide de dispositifs de surveillances et de registres tentaculaires. Ce que cette démarche montre c'est que les moyens sont différents selon l'époque mais les outils visent trois points qui sont historiquement stables: les moyens d'identifications sont les même (corps, signature), les discours de légitimations qui visent à faire accepter la surveillance au nom de la prévention du crime et le contrôle des déplacements.

Il me reste à dire ce que j'ai pensé de ce livre. Tout d'abord, il ne faut pas oublier que nous nous trouvons face à un livre de synthèse. De nombreux points auraient pu faire l’objet de recherches et de développements plus poussé. C'est pourquoi il est nécessaire de se référer à la bibliographie qui permettra aux intéressés d'entrer plus profondément dans le sujet. Ensuite, ce livre n'a pour objet de créer un débat citoyen actif. Il souhaite poser des points que la recherche tient pour sur. Mais il ne prend pas véritablement parti pour l'une ou l'autre des parties bien que les auteurs s’inquiètent du manque de débat démocratique sur le sujet. Personnellement, j'aurais apprécié un livre plus critique mais ce n'est pas l'objet d'un ouvrage de synthèse. Il est aussi normal que ce livre ne soit pas passionnant. On passe très rapidement sur de nombreux sujets sans avoir le temps de les développer et permettre un intérêt. Les auteurs sont obligés de rester à la surface du sujet ce qui n'est jamais bon pour l'intérêt d'un livre. Cependant, je trouve qu'il est louable d'avoir écrit cet ouvrage et si on accepte son but les différentes informations qu'il donne permettent de comprendre comment l'identification a muté ou s'est pérennisée dans différentes périodes historiques. C'est, donc, un très bon ouvrage pour entrer dans le sujet et pour avoir des informations de base sur celui-ci. A noter, ce livre existe aussi en version numérique.

Site La Découverte et Widget de présentation

Image: Amazon

07/04/2011

La décadence sécuritaire par Gilles Sainati et Ulrich Schalchli

Titre: La décadence sécuritairearton212.jpg
Auteurs: Gilles Sainati et Ulrich Schalchli
Éditeur: La Fabrique
Pages: 105

Pour ceux qui ne s'en seraient pas déjà rendu compte j'ai un intérêt particulier pour les sujets concernant la surveillance et le contrôle des citoyens. Que ceux-ci soient menés par l'état ou des organismes privés. Ce livre concerne la mise en place d'une forme de surveillance et de criminalisation des citoyens au nom de la sécurité. Il est écrit par deux anciens secrétaires du syndicat de la magistrature française ce qui explique, probablement, certaines caractéristiques de ce livre. Ces deux auteurs tentent, donc, de nous brosser le tableau des différentes réformes de la justice qui ont été menées en France. Mais ils font aussi le lien avec une doctrine nord-américaine qui considère que tout acte potentiellement criminel doit être puni fortement pour éviter une supposée extension de ces actes.

Bref, après une introduction et un tableau historique de la doctrine répressive nord-américaine les deux auteurs nous donnent les effets de ces réformes. Celles-ci, considérant qu'un acte doit être puni sans délai, mettent en place un système judiciaire bureaucratisé qui viole largement certains points fondamentaux de la démocratie. Non seulement la séparation des pouvoirs est mise en péril à cause du contrôle massif de l’exécutif sur les magistrats et la police mais, en plus, les procédures sont accélérées en coupant court aux possibilités d'examens contradictoires et d'une partie des droits de contestation. De plus, la culture du résultat, qui implique financement, implique la police et les magistrats doivent réussir à régler le plus d'affaires avec le moins de temps possibles. Il devient donc de plus en plus difficile de mettre en place une enquête de longue durée sur un crime compliqué alors que l'on peut résoudre quinze affaires mineurs par jours sans trop d'efforts. Mais, bien entendu, sans réussir à vraiment rendre justice.

A la fin de ce livre on peut considérer que la démocratie et la justice semblent voir été oublié au nom d'un idéal de sécurité qui implique le droit de contrôler tous les citoyens. Mais il n'y a pas que cela. Derrière ce contrôle se cache une cible: les classes dites dangereuses. Celles-ci sont, en effet, de probables contestataires violents qui pourraient créer de larges problèmes à la société actuelle. Il est donc nécessaire d'empêcher que ces classes puissent se révolter d'une manière violente en réprimant tout acte possiblement criminel de celles-ci sans, pour autant, aller à la source du problème. Il est d'ailleurs révélateur que les élites ne soient pas soumises aux réformes menées. Cependant, le lecteur pourrait se sentir frustré dans sa lecture. En effet, les auteurs ne font souvent que mentionner certains cas exemplaires alors que l'on souhaiterait une analyse plus poussée. De plus, le livre manque singulièrement de références scientifiques et médiatiques ce qui nuit à sa crédibilité. Il serait donc souhaitable d'entreprendre un véritable travail de recherche sur le sujet.

Image: Éditeur

18:34 Écrit par Hassan dans contemporain, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : securite, surveillance, police, justice | | | |  Facebook

11/02/2011

Tron Legacy

Tron, ce nom signale l'un des grands classiques du cinéma du XXe siècle. Un film qui utilisa la technologie de pointe de l'époque pour permettre à tout le monde d'entrer dans un monde virtuel. Un film qui garde une certaine consistance puisqu'il est entré dans de nombreuses créations depuis. En effet, tout le monde (ou presque) connaît les fameuses motos suivies d'un mur de lumière. Il est donc sûrement difficile de créer une suite quand le premier film, même si il n'est pas visionné, est connu au moins de nom. En tout cas, les studios Disney ont fait en sorte de créer une réussite puisqu'ils se sont adjoints Spielberg et les Daft Punks. Autrement dit, c'est une énorme machine à faire des entrées qui menaçaient de déferler sur nos cinémas.

L'histoire prend place alors que le programmateur génial Kevin Flynn est directeur de l'entreprise ENCOM. Ses vues dirigent l'entreprise même si elles ne sont pas partagées par tous. Mais Kevin Flynn disparaît un soir sur le chemin de son bureau laissant son fils, Sam, seul avec ses grands-parents. Sam grandit, donc, seul en étant potentiellement le véritable dirigeant d'ENCOM dont il surveille la politique de loin et qu'il titille de temps en temps  au grand désespoir du conseil d'administration. Mais, un soir, il apprend qu'un message de son père est apparu sur un biper. Curieux il se rend à l'ancien bureau de son père dans lequel il découvre un ancien ordinateur. Sans s'en rendre compte il est envoyé dans la grille et se fait capturer par des programmes gardes qui l’emmènent dans les jeux. Il devra apprendre à survivre dans un monde qui a échappé à son créateur et qui ne connaît que le contrôle et la violence.

Il est difficile pour moi de faire une critique de ce film. En effet, il allie les ingrédients d'un film visuel avec une bande sonore époustouflante mais sans réelle histoire avec des questions qui pourraient être discutées mais qui ne semblent pas être volontaires ni, probablement, assumé. En ce qui concerne le visuel, il est magnifique. Les scènes de courses et de combats donnent place à de magnifiques chorégraphies. Le son qui accompagne est tout aussi bon. Mais quand on prend les Daft Punks on ne s'attend pas à moins. On peut, donc, suivre l'histoire sans vraiment réfléchir à ce que nous regardons et apprécier le spectacle. J'ai aussi été frappé par l'aspect divin de Kevin Flynn qui transparaît par son habit blanc et ses capacités de contrôle sur le monde numérique qui l’entoure.

Mais j'y ai vu plus qu'un simple film spectacle bien que je ne présumerais pas que ce plus soit réellement présent dans le film. Je peux, en effet, y avoir vu des messages qui ne sont ni volontaires ni assumés. Il me semble que Tron Legacy connaît de nombreux messages en faveur de la philosophie du libre. On y voit le personnage principal, Sam, donner gratuitement un logiciel coûteux mais avoué comme n'étant qu'une boite de l'ancien logiciel sur laquelle on a changé le nom. On pourrait penser que le combat interne à l'histoire est une lutte envers les utilisateurs et les programmes. Dans le sens ou un choix doit se faire: les utilisateurs devront-ils être contrôlés par les programmes ou l'inverse? Cependant, la philosophie du libre est réduite à portion congrue puisqu'elle est limitée, selon les dire d'un personnage, à distribuer gratuitement des logiciels. Je trouve, tout de même, ironique que Disney produise un tel message alors que cette compagnie fait tout pour contrôler l'utilisation de ses produits par les consommateurs.

Un second message pourrait se cacher dans l'aspect totalitaire du monde numérique. Celui-ci est contrôlé par un seul homme qui cherche la perfection. Dans cet idéal les moindre faits et gestes sont contrôlés et soumis à autorisation et les refus sont sévèrement punis. Pourrait-on y voir une allégorie de la société de surveillance qui se dessine de plus en plus actuellement? Le contrôle des citoyens risque fort de ressembler à cet idéal de perfection que nous observons, confortablement assis dans notre fauteuil, sur la grille.

En résumé, Tron Legagy est un magnifique film si on se concentre sur le visuel et la bande sonore (du moins pour ceux qui apprécient la musique de Daft Punk). Mais il se limite à un film à grand spectacle. Cependant, il est possible, bien que contestable, que l'on puisse y trouver plus que l'on ne s'y attende si on est attentif. Mais ce que j'ai développé pourrait très bien être une vue de l'esprit qui ne repose sur rien et qui ne résisterait pas à une analyse du film. A vous de vous faire une idée.

Image: allociné

Site officiel

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22:06 Écrit par Hassan dans Film, science-fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tron, tron legagy, libre, surveillance | | | |  Facebook