syndicalisme

  • Mélancolie ouvrière par Michelle Perrot

    Titre : Mélancolie ouvrière9782246797791-G.jpg
    Auteur : Michelle Perrot
    Éditeur : Grasset 2012
    Pages : 185

    Michelle Perrot est l'une de mes idoles. Non seulement elle est l'une des pionnières de l'histoire des femmes en France mais son intérêt pour les déviances, les marginaux et les contrôles de l'état rejoint le mien. J'étais donc très heureux de rencontrer cette historienne qui eu la gentillesse de me dédicacer son nouveau livre. Celui-ci inaugure la collection "Nos Héroïnes" des éditions Grasset constitué grâce à Caroline Fourest et Fiammetta Venner. Cependant, comme l'annonce Michelle Perrot, cette collection ne souhaite pas mettre en place une histoire des grandes femmes comme il y a eu une histoire des grands hommes. Il faut trouver des héroïnes inconnues. Une tâche difficile comme il y en a peu.

    Michelle Perrot s'est souvenue d'une femme qu'elle avait rencontré il y a quelques dizaines d'années lors de ses recherches. Cette femme se nommait Lucie Baud et tout ce que l'on savait d'elle était résume dans un récit autobiographique publié dans le Mouvement Socialiste en 1908. Elle y décrivait sa vie mais aussi ses luttes dans le syndicat des tisseuses de soie. Comment une ouvrière, une femme, a pu écrire dans une revue aussi intellectuelle? En effet, les récits d'ouvriers et de femmes sont rares en histoire et les historien-ne-s qui tombent sur de tels récits sont des chanceux qui ont l'opportunité de lever une part du voile sur la vie de celles et ceux que certain-e-s nomment les petit-e-s.

    L'auteure a donc cherché a en savoir plus et, en collaboration étroite avec deux autres personnes passionnés d'histoire, elle a découvert une vie rocambolesque. Mais cette vie se cache derrière les incertitudes et les trous dans les sources. Autant que la découverte de la vie d'une ouvrière au XIXe Perrot nous montre comment on peut travailler en histoire quand les sources manquent ou sont peu adéquates. Ce livre est donc court, nécessairement, mais très éclairant, particulièrement bien écrit et passionnant

    Image: Éditeur

  • Sur les quais (travaillons, travaillons, mais sans s'unir)

    Encore un film culte puisque ce film a remporté 8 oscars et que Marlon Brando s'y trouve sous les traits du héros. Nous sommes dans les années 50 en pleine guerre froide. Il est important de s'en souvenir pour comprendre le reste du film. Terry Malloy est un ancien boxeur qui, après une défaite, s'est reconverti comme dockers sur les quais. Mais il est aussi l'un des gros bras du syndicat des dockers présidé par Johnny Friendly (un nom assez ironique). Cependant, ce syndicat ne défend par les dockers. Au contraire, ces derniers sont opprimés par les méthodes et l'organisation de Friendly qui, au lieu de défendre les travailleurs, choisit qui peut travailler et qui ne peut pas. C'est dans ce contexte qu'un docker qui allait parler est tué après avoir été piégé par Terry Malloy. Ce dernier, en rencontrant la sœur de la victime, est progressivement atteint par la culpabilité jusqu'à décider de se retourner contre Friendly même si, pour cela, il doit violer les lois tacites de la camaraderie.

    C'est un bon film, oui, mais c'est aussi un film antisyndicalisme. Que l'on se comprenne bien, je ne connais pas les méthodes syndicales de l'époque aux États-Unis. Il est probable que les syndicats n'aient pas toujours été aussi respectueux qu'actuellement. Cependant, ce film est clairement dirigé contre les syndicats. En effet, ce film possède un certains nombre de caractéristiques qui permettent de faire cette interprétation. Il suffit, tout simplement, d'observer que le syndicat y est décrit plus comme un syndicat du crime que comme un syndicat des travailleurs. Ses dirigeants ont un faux air de mafieux et les même, méthodes: mensonges, loyauté tacite, triche, gros-bras pour empêcher les autres de parler et surtout la protection contre l'argent (certains diraient que ça ressemble un peu à un état). Mais ce qui me fait dire ceci c'est surtout la scène de fin. Ceux qui ne souhaitent pas la connaître peuvent arrêter de lire maintenant. Nous y découvrons un Terry harassé par le fardeau entre les rangs des dockers qui lutte pour accéder au travail prouvant, ainsi, que le syndicat n'a plus de pouvoir. C'est donc un travailleur qui lutte pour son droit de travailler humainement en travaillant hors d'un syndicat. Je pense que les conclusions sont simples à faire. En second lieu, cette lutte de Terry ne s'inscrit pas que dans la solitude. Elle s'inscrit dans une autre communauté plus "américaine". Celle de la foi. Il est, en effet, soutenu dans sa lutte par un prêtre qui tente de réunir les travailleurs dans l'église. Le symbole, ici aussi, est assez clair. Cependant, ce n'est pas un film de propagande, ou du moins pas que, c'est aussi un film qui montre des liens entre les individus. Un film qui montre comment un être humain qui a perdu son sens des responsabilités peut le retrouver. C'est donc un film sur la culpabilité et la pénitence.

    Image: Allociné

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