11/03/2018

Les femmes et le sexe dans la Rome antique par Virginie Girod

Titre : Les femmes et le sexe dans la Rome antique
Autrice : Virginie Girod
Éditeur : Tallandier 2017
Pages : 383
TW : Mentions de viols, mentions de prostitutions forcées

Récemment, j'ai souhaité en savoir plus sur le fonctionnement de la Rome antique, en particulier durant l'époque Julio-Claudienne. La lecture des manuels que j'ai mentionnés ici fait partie de cette envie. Mais un manuel n'est pas aussi précis qu'une recherche spécifique. Il manquait, en particulier, beaucoup d'informations sur la place des femmes dans cette société. Je me suis donc intéressé à ce livre, tiré d'une thèse, de Virginie Girod. L'autrice pose la question de la place des femmes dans une société d'ordre et masculine. Pour cela, elle s'intéresse aussi bien aux mythes qu'aux sources littéraires et aux graffitis. Pour son travail, Virginie Girod met en place trois parties spécifiques.

La première est une analyse de la morale imposée aux femmes dans la société romaine antique. Pour mettre en avant ses découvertes, elle se base sur les mythes et les cultes. Un premier chapitre examine plusieurs mythes fondateurs de l'époque romaine, partant aussi loin que la mère des fondateurs de Rome. L'autrice montre que ses mythes ne sont pas de simples histoires mais aussi, et surtout, des moyens de défendre une forme de moralité des femmes. Ainsi, les souillures, en particulier les viols, ne peuvent être réparés que par la mort du criminel et de la victime. Dans un second chapitre, elle s'intéresse aux différents cultes qui permettent de mettre en avant plusieurs "ordres féminins" basés sur la fécondité et la disponibilité sexuelle. Enfin, elle s'intéresse aux interdits tel que l'inceste. Ainsi, ces premiers chapitres permettent de comprendre de quelle manière la société romaine pensait la place des femmes.

Une seconde partie s'intéresse plus spécifiquement aux corps féminins. Dans un premier temps, Virginie Girod met en avant la fonction reproductrice des femmes. Elle démontre que cette fonction est au centre de la vie des jeunes filles dès la naissance, alors que leur corps est modelé à la fois pour suivre une norme de beauté et rendre plus facile l'enfantement. Dans un second chapitre, elle s'intéresse à l'apparat. Son analyse passe aussi bien par l'examen de la beauté féminine, telle qu'elle est pensée par les romain-e-s, que par l'examen de la manière de se préparer. Elle démontre que la beauté féminine est basée sur une vision de la place des femmes. Celles-ci sont censées vivre à l'intérieur et donc doivent être blanches. Alors que les hommes peuvent subir le soleil. Cependant, il est nécessaire de s'apprêter par un maquillage compliqué, et parfois dangereux, mais aussi une coiffure, les cheveux étant un attribut particulièrement érotique pour les romains. Enfin, elle examine les pratiques sexuelles ainsi que leur acceptation.

Enfin, une dernière partie s'intéresse à la division des femmes en "classes". Les premières sont les matrones. Elles portent des habits spécifiques et sont porteuse de la mission de l'enfantement des citoyens. L'autrice s'intéresse de près à la stratégie matrimoniale des julio-claudiens, et en particulier d'Auguste. Ce dernier essaie d'utiliser sa fille comme moyen de se créer une descendance capable de lui succéder mais aussi pour créer des alliances politiques. Les femmes de la dynastie ont pu, d'ailleurs, mettre en avant des hommes qui devinrent des empereurs. Dans un second chapitre, elle s'intéresse à la prostitution. Elle démontre qu'il existe une prostitution pauvre mais aussi une riche. La première est très dépendante de leurs maigres ressources tandis que les secondes peuvent devenir très riches. Enfin, l'autrice pose la question des concubines et des adultères. La seconde est un danger car son acte corrompt le sang familial. Tandis que ls concubines sont des femmes qui ne peuvent pas être épousées, mais les relations des hommes avec elles sont possibles dans une certaine mesure.

En conclusion, ce livre permet de réparer un manque important de mes connaissances sur les femmes du monde romain antique. Les propos de l'autrice sont convaincants et son écriture est très plaisante. J'ai beaucoup appris sur des sujets variés mais qui permettent tous de mettre en avant un fonctionnement patriarcal de la société romaine avec une division des femmes en différents statuts selon leur rôle : enfanter ou offrir une sexualité.

Image : Éditeur

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02/07/2017

Histoire de la sorcellerie par Colette Arnould

Titre : Histoire de la sorcellerie
Autrice : Colette Arnould
Éditeur : Tallandier 1992
Pages : 494

Durant la Renaissance de nombreux bûchers, dont en Suisse, furent mis en place afin de brûler l'une des menaces les plus importantes de l’époque : les sorcières. Mais identifier les personnes ne permet pas toujours de comprendre les raisons idéologiques derrière le massacre des sorcières. Colette Arnould essaie, dans ce livre épais, de nous expliquer de quelle manière, durant plusieurs siècles, la croyance envers le pouvoir des sorcières et leur danger s'est imposé et a permis des procès, la torture et la mise à mort d'un nombre impressionnant de personnes. Pour cela, elle se base sur de nombreux textes qui courent de l'Antiquité à quasiment notre époque.

Bien que le livre soit construit en 10 chapitres on pourrait l'expliquer en créant des parties plus courtes. La première et la seconde sont, en quelques sortes, l'introduction du livre. Dans les premiers chapitres l'autrice tente de nous expliquer de quelle manière le diable a été pensé et de quelle manière la magie a été construite. Pour cela, elle décide de partir de l'époque antique pour, ensuite, écrire un essai sur l'identité du diable durant l'Antiquité tardive et l'époque médiévale. Deux de ces chapitres sont assez difficiles à lire car assez laborieux dans l'écriture et l'explication. Suit un chapitre sur l'hérésie et sa signification dans le cadre de l’Église et de la société médiévale. Ces chapitres permettent de créer un fond idéologique sur lequel le reste du livre repose afin d'expliquer les raisons des bûchers.

Suivent trois chapitres qui permettent d'examiner la pensée de la sorcellerie comme un danger ainsi que la montée des outils qui permettent de s'y attaquer. L'autrice s'intéresse ici plutôt à la moitié de l'époque médiévale dès le XIème-XIIème siècle. Elle y met en évidence les décisions des papes mais aussi les créations de l'Inquisition et de leurs droits dans le monde médiévale. Plus important encore, elle explicite le fonctionnement des textes démonologiques qui parlent du diable et de la sorcellerie. Après ces chapitres on comprend mieux comment une frange de la société pense le monde, malheureusement l'autrice n'explique pas de quelle manière cette pensée se répand dans le peuple.

Enfin, les chapitres VII et VIII entrent dans le vif du sujet en examinant les débuts des procès de sorcellerie. L'autrice explique de quelle manière les textes et idées précédentes sont utilisés afin de s'attaquer aux personnes incriminées et justifier l'usage de la torture ainsi que de la mort. Ces chapitres décrivent une époque, qualifiée de Renaissance, durant laquelle la raison fonctionne en même temps que les croyances en des pouvoirs supérieurs (ce qui n'est pas forcément incompatible). Ces deux chapitres permettent à l'autrice de mettre en avant son hypothèse principale. Selon elle, les procès de sorcellerie sont à la fois un outil politique et un indice d'une "société malade". L'autrice explique que, pour elle, les inquisiteurs, le peuple, les religieux et religieuses sont victimes d'une forme de pathologie mentale. Ces chapitres continuent sur la fin des procès avec une ouverture sur notre époque qui marque, pour l'autrice, une continuité d'une forme de croyance en certains pouvoirs mais avec un diable qui n'a plus rien à voir avec le danger qu'il créait à l'époque médiévale.

Les premières pages de ce livre ne sont pas faciles à lire. La lecture me fut laborieuse et, semble-t-il, je ne suis pas le seul à l'avoir ressenti. Mais, les deux premiers chapitres passés, les choses deviennent de plus en plus intéressantes. Cependant, il me semble dommage que l'autrice laisse transparaitre une forme de mépris pour les personnes de l'époque. Bien que l'on puisse condamner les raisons politiques et idéologique de la mise à mort de femmes, qualifiées de sorcières, il faut aussi prendre en compte une époque, ses tensions, ses problèmes. Personnellement, je ne suis pas totalement convaincu par l'hypothèse de l'autrice. Si je dois faire une comparaison, le livre de Silvia Federici me semble bien mieux réussir à prouver son hypothèse.

Image: Éditeur

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