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  • Enfant 44

    Je dois commencer par dire une chose : je n'ai pas lu le livre. J'ai l'impression que de nombreux lecteurs ont été déçus de l'adaptation, ce que je comprends, mais je ne peux pas en parler. Le film commence durant les années de famines en Ukraine alors que le pouvoir soviétique ne fait rien pour aider les paysans et fait tout pour les détruire. Une jeune garçon s'ensuit d'un orphelinat et rencontre l'armée rouge. Un officier le prend en pitié. Plus tard, durant la guerre, il est présent lors de la prise de Berlin. Une photo en fait un héros soviétique. Durant les années 50 il vit à Moscou. Il est l'un des meilleurs agents des services secrets. Son travail, exemplaire, lui permet d'arrêter et d'exécuter de nombreuses personnes dénoncées comme traitres. Mais un dossier étrange lui tombe dessus. Celui d'un enfant assassiné mais victime, officiellement, d'un accident. Son enquête se fera contre les ordres de ses supérieurs tandis que les intrigues politiques se forment pour l'éloigner et éliminer la menace qu'il représente. Car le meurtre est un crime des sociétés capitalistes.

    Le film commence fort. Un fond noir avec les mots "il ne peut pas y avoir de meurtres au paradis". Cette phrase sera répétée à plusieurs reprises durant le film. Mais il continue de manière étrange. Plutôt que de laisser cela de côté la réalisation a décidé de montrer l'enfance et la guerre. Ces scènes permettent de situer le personnage principal mais n'offrent rien qui puisse être vraiment utile. Ce sont des scènes inutiles qui prennent du temps pour rien. En ce qui concerne l'intrigue le meurtrier lui-même n'en est pas au centre. Sa découverte est relativement rapide et ne crée pas de conséquences importantes. Le propos du film se trouve plutôt dans l'atmosphère. On nous dépeint une ville qui vit dans la peur. Les arrestations de traitres sont quotidiennes et il suffit que son nom se retrouve prononcé lors d'un interrogatoire pour être suspect et donc déjà coupable. Cet aspect se retrouve entièrement dans un dialogue du héros avec l'une de ses victimes. A la question, policière, "pourquoi fuyez-vous si vous êtes innocents" on lui répond "je fuis parce que vous me pourchassez". Le héros lui-même sera victime de cela et observera de visu ce qui arrive lorsqu'on devient un paria pour le système. Ainsi, on n'a pas vraiment un film policier mais plutôt un film qui crée un milieu. Sur ce point il est réussi.

    *
    **
    ***
    **** Un film difficile, très violent, avec des scènes peu utiles et une intrigue au second plan mais une atmosphère réussie.
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    Image : Allociné

     

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  • Red Army

    De temps en temps un documentaire ne fait pas de mal. Surtout quand il parle de quelque chose que je ne connais pas. Red Army fut, durant les années 70, la meilleure équipe de hockey du monde. Elle gagnait presque toujours trainant derrière elle une réputation d'invincibilité. Ce documentaire permet de retracer, via des interviews des anciens joueurs stars, l'histoire et la construction de cette équipe ainsi que sa fin. Cette histoire est mise en parallèle avec l'histoire du pays. Ceci permet de comprendre pourquoi l'équipe fut créée mais aussi pourquoi elle commença à se détruire alors que la fin de la Guerre Froide approchait. À travers les images d'archives on apprend qui étaient les joueurs mais aussi quel fut leur entrainement tandis que les interviews permettent d'illustrer avec les réflexions qu'ont les anciens joueurs. C'est un système construit pour représenter l'URSS et gagner en son nom. Un système dur avec un entrainement militaire. Un échec est presque une trahison. Et vouloir arrêter de jouer ou se rendre dans un autre club, occidental, est une trahison.

    Ceci est un documentaire américain. Cela implique de montrer des images en dehors des interviews même, de la musique d'ambiance, l'usage d'images non pour informer mais pour faire ressentir et des plans sur les visages afin de nous montrer les émotions des personnes. Ce qui ne veut pas dire qu'on en apprend beaucoup. Simplement, la réalisation se concentre sur les joueurs et leurs sentiments tout en laissant de côté les explications historiques. On apprend beaucoup tout en restant dans l'ombre. Ce qui implique que des questions inappropriées sont posées à des personnes qui ne peuvent pas y répondre car elles ne possèdent pas les connaissances pour cela. L'utilisation des images d'archives est plutôt bien pensée mais il n'y a aucun travail critique sur celles-ci. On ne sait pas de quand elles datent, qui les as prise ni pourquoi. Elles sont utilisées pour illustrer un propos en oubliant totalement qu'elles ont un but précis avant le documentaire. Mais c'est un problème classique des documentaires historiques. J'ai beaucoup appris, malgré mon inintérêt pour le sport, mais je souhaitais en recevoir plus.

    Image : Allociné

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  • Les procès de Moscou par Nicolas Werth

    Titre : Les procès de Moscou51W4M3A3EWL._BO2,204,203,200_PIsitb-sticker-arrow-click,TopRight,35,-76_AA300_SH20_OU08_.jpg
    Auteur : Nicolas Werth
    Éditeur : Éditions Complexe 1987 et 2006
    Pages : 223

    Nicolas Werth ne m'est pas totalement inconnu. J'ai déjà lu l'un de ces livres qui regroupaient plusieurs articles de sa part. Il a aussi été l'un des auteurs du fameux Livre noir du Communisme dont il ne soutient pas toutes les conclusions. Nicolas Werth est spécialiste de la répression en URSS. Mon intérêt envers ce type d'histoire ne pouvait donc que me mener en direction de ce petit livre un jour ou l'autre. L'auteur y développe les significations et le déroulement de trois grands procès publics qui ont eu lieu en 1936, 1937 et 1938. Ces procès ont été l'occasion de profondes incompréhension de la part du monde occidental et Werth tente aussi d'en comprendre les raisons. Le livre est divisé en quatre parties.

    La première partie est l'occasion, pour l'auteur, de revenir sur les procès eux-même. Qui sont les personnages impliqués et pourquoi sont-ils attaqués devant la justice? Ce bref exposé montre trois procès dont le but semble être essentiellement le spectacle. En effet, les aveux et les accusations s’emboîtent trop parfaitement pour être naturels. Les crimes imputés aux prévenus sont en contradiction bien trop importante avec leur passé pour être réaliste. Pourtant les pays occidentaux ne réussirent pas à mettre en place une critique de ces procès. C'est la question de la seconde partie du livre. Pourquoi la falsification des procès est-elle un impensable lors de leur déroulement? Outre la profonde incompréhension et le manque total d'informations sur l'URSS Nicolas Werth tente de montrer que le contexte joue un rôle important. En effet, il ne faut pas oublier que nous sommes dans une période de plus en plus tendue au niveau international. Les fascistes et les nazis s'agitent un peu partout dans le monde. Dans ce contexte l'URSS montre un exemple de système opposé aux régimes fascistes. Il y a donc trois groupes incapables de penser les procès. Les groupes proches des sphères fascistes ne pensent pas ils condamnent. Nous sommes ici dans un processus idéologique. L'ennemi doit être combattu sur tous les points. Les communistes, eux, ne peuvent pas se diviser face à l'URSS. En effet, comment critiquer le parti mère? Comment critiquer le seul pays à avoir réussi une révolution communiste? Les partis communistes sont donc tout autant incapable de penser les procès pour des raisons idéologiques. Reste les groupes de gauche radicale non communistes et les démocrates. Ces groupes ne veulent tout simplement pas diviser la lutte face au fascisme. C'est ce dernier qui est l'ennemi à combattre et toutes formes de divisions ne peut que lui être favorable.

    La troisième partie s'intéresse aux raisons internes des procès. Car des événements si fortement mis en scène ont forcément un but. Quel est-il? Pour le comprendre Werth s'intéresse au contexte économique et politique de l'URSS durant la période de l'entre-deux guerre. Le pays se trouve en pleine transformation. L'industrialisation et la croissante extrêmement forte que souhaite Staline et donc le parti sont critiqués mais, surtout, e fonctionne pas. Le pays est durablement déstabilisé économiquement. C'est dans ce contexte que se préparent et s'inscrivent les purges successives initiées par Staline contre les petits dirigeants. Mais celle-ci ne peuvent que déstabiliser encore plus le pays. Alors qui sont les coupables? La mise en place de procès qui crée un complot à l'échelle nationale permet de mettre en place des ennemis. Il devient nécessaire de surveiller ses voisins et de dénoncer les ennemis qui se sont infiltrés dans tout l'appareil du partis et du pays. Car c'est à cause d'eux que le plan stalinien n'atteint pas son but. Ce complot est matérialisé par des catégories de personnes et par les inculpés de trois grands procès de 1936 à 1938. Enfin, dans une dernière partie, Nicolas Werth tente de comprendre pourquoi et comment les accusés ont avoué. Il met en évidence un long processus de défaite de la part de ces personnes. Il pense qu'il y a probablement aussi un processus de "complot" entre le juge et le jugé. L'un accepte de se calomnier en échange de quelque chose d'autre. Une autre explication concerne aussi le besoin, pour ces personnes, de rester dans le parti pour lequel ils ont lutté toute leur vie.

    Au final que penser de ce livre? À mon avis, c'est une intéressante synthèse des différents travaux qui étudient cette période. Nicolas Werth permet au lecteur de se faire une idée claire des raisons du procès mais aussi de leur effet aussi bien en URSS qu'en occident. On peut déplorer des passages rapides sur certains points et un manque d'informations sur d'autres. Les lecteurs qui, comme moi, ne sont pas familier des querelles idéologiques des dirigeants élevés de l'URSS risquent de passer à coté de certaines explications. Mais un exercice de synthèse implique nécessairement ce type de manques. J'ai aussi beaucoup apprécié les annexes. Celles-ci sont constituées d'extraits de sources. Leur lecture permet donc d'entrer de manière plus intime dans la période et dans l'esprit de ceux qui les ont rédigés. Au final, un livre synthétique agréable à lire et intéressant.

    Image: Amazon