• High-Opp par Frank Herbert

    Titre : High-Opp
    Auteur : Frank Herbert
    Éditeur : Robert Laffont 18 septembre 2014
    Pages : 252

    L'humanité a connu plusieurs révoltes depuis notre époque. Des révoltes qui ont mené à une nouvelle forme de civilisation basée sur la puissance des sondages. Les hommes et les femmes dépendent de ces sondages pour monter en grade au sein de la société et atteindre les privilèges des personnes les plus hauts placées. Movius est l'une de ces personnes. Son origine est humble mais ses capacités lui ont permis d'atteindre l'un des niveaux les plus élevés de la société. Mais un jour un sondage détruit son administration. Il se trouve immédiatement au plus bas de la société, ayant perdu tous ses privilèges. Cette perte le pousse à questionner le fonctionnement du gouvernement et à se demander si d'autres ne sont pas, comme lui, en colère.

    SPOILERS

    Je pensais avoir lu tous les romans de Frank Herbert. J'apprécie particulièrement son œuvre, même si on peut la questionner. Ce roman, que je ne connaissais pas, est annoncé comme un livre qui n'avait pas été édité, un inédit. J'étais donc curieux de le lire. Les personnes qui connaissent Frank Herbert ne seront pas surprises pas les personnages ni par l'intrigue. Nous avons l'importance de la psychologie, une réflexion sur la nature du gouvernement et bien entendu une figure prophétique. Mais ce roman ne traite qu'imparfaitement de ces thèmes. Là ou Dune crée une fresque High-Opp reste à la surface sans jamais nous donner envie de connaitre son univers. L'auteur se contente de faire son travail sans jamais réellement mettre en question son intrigue. Celle-ci, d'ailleurs, est trop rapide et l'on a du mal à accepter de voir un simple fonctionnaire devenir un génie politique uniquement parce que... il serait un génie depuis le début qui attendait les bons événements pour se révéler.

    Mais le livre a surtout très mal vieilli, en particulier en ce qui concerne les personnages féminins. Ceux-ci sont au nombre de quatre. Deux ne sont que de passage le temps de protéger ou trahir Movius. Deux autres sont des intérêts romantiques avec une possibilité de le trahir. La première est décrite comme très belle mais qui use de cette beauté pour manipuler les hommes, suivant aveuglement et sans réflexions les ordres qu'elle reçoit. La seconde est décrite comme ordinaire, tentant de manipuler Movius mais n'y arrivant car elle est à la fois moins intelligente que lui et amoureuse de lui. Alors que les hommes sont décrits comme rationnels mais capables de prendre des décisions justes basées sur un instinct les femmes sont décrites comme émotionnelles et incapables de garder leur rationalité face à leurs émotions. Les deux intérêts romantiques perdent face à Movius à cause de leurs émotions, la première parce qu'elle se rend finalement compte de la virilité de Movius. La seconde car elle agit selon ses émotions et non selon les décisions réfléchies de Movius, l'obligeant à se mettre en danger pour la sauver... Bref, l'écriture des personnages féminines et très problématique. L'auteur naturalise des différences de genre sans même y penser.

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    ** Un roman dont les thèmes sont souvent traités par Frank Herbert mais qui a très mal vieilli
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    Image : Éditeur

  • Le citoyen dans la Grèce antique par Claude Mossé

    Titre : Le citoyen dans la Grèce antique
    Autrice : Claude Mossé
    Éditeur : Nathan 1993
    Pages : 127

    La Grèce ancienne est une civilisation que nous fascine. On la pense au centre de notre histoire aussi bien politique que culturelle. Vu que j'apprécie particulièrement la période antique je m'intéresse aussi beaucoup à la Grèce, mais je ne connais que peu cette histoire. Ce petit livre n'offre pas un récit. L'autrice se concentre sur une question précise : comment devient-on citoyen à Athènes et dans les cités grecques ?

    L'autrice a conçu son exposé en 5 chapitres. Le premier se base sur la période archaïque. L'autrice y examine les récits d'Homère afin de comprendre et de nous expliquer comment la citoyenneté fut conçue au fil de l'histoire. Elle met l'accent, en particulier, sur la fonction hoplitique qui implique une égalité des personnes au sein du combat et dans l'argent pillé. Mais elle montre aussi le fonctionnement des différents régimes et l'existence d'inégalités politiques et économiques.

    Les trois chapitres qui suivent se concentrent sur une période différente. L'autrice utilise largement l'exemple d'Athènes, par commodité au vu de l'état des sources. On y découvre une description précise des différents aspects de la citoyenneté. Elle commence par expliquer de quelle manière on devient citoyen. Ce qui lui permet de noter plusieurs possibilités aussi bien légales, qu'illégales. Athènes, par exemple, demande que les deux parents soient citoyens et le jeune homme doit être accepté par une assemblée avant d'être reconnu citoyen. Dans le chapitre 3, elle nous explique le rôle des citoyens. Ceux-ci sont censés travailler la terre afin de payer leur équipement d'hoplites tout en suivant les rituels religieux de la cité. Bien entendu, l'idéal est différent de la réalité. Des athéniens n'ont pas les moyens d'être hoplites tandis que d'autres ne travaillent pas la terre payant des gens ou utilisant des esclaves pour cela. Enfin, elle nous explique ce qui permet d'être déchu de la citoyenneté. Ce sont aussi bien les sanctions que les actes de personnes qui sont défavorables envers la démocratie. Mais il faut noter, aussi, le désintérêt d'une partie des citoyens qui n'agissent pas réellement lors des assemblées, ou qui ne s'y rendent pas.

    Enfin, le dernier chapitre pose la question de la théorie de la citoyenneté à l'époque même. Elle présente différents philosophes et leurs idées concernant la cité idéale. Ces idées, qui n'ont pas été mises en pratiques, permettent de comprendre comment une partie des élites grecques pensent la citoyenneté. Pour conclure, il faut ajouter que l'autrice ajoute des extraits de documents à la fin de tous les chapitres. Ce petit livre ne permet pas de connaitre le récit historique mais il permet de comprendre une question précise, et importante, concernant la civilisation grecque. Il vaut tout de même mieux posséder un minimum de connaissances pour comprendre ce livre.

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  • The craft sequence 1. Last first snow par Max Gladstone

    Titre : The Craft sequence 1. Last first Snow
    Auteur : Max Gladstone
    Éditeur : Tor 26 avril 2016
    Pages : 396

    Dresediel Lex est une ville qui a connu les divinités. Celles-ci ont, pendant des siècles, construits et protégés la cité. Mais le monde n'était pas juste et une partie des humain-e-s ont rejoint une révolution sous le nom de guerres divines. Cette révolution a vaincu et Dresediel Lex est maintenant contrôlée par Le Roi en Rouge, un mort vivant. Malgré le changement de pouvoir, les anciens enchantements sont toujours en fonction. Une partie des élites de la ville souhaite les mettre à jour avec l'aide du cabinet d'avocats d'Elayne Kevarian. Mais le peuple de la cité n'est pas forcément d'accord et les tentatives de discussions peuvent rapidement mal tourner.

    SPOILERS

    Max Gladstone est fort. Il ne donne pas d'informations importantes sur le passé de son univers et pourtant celui-ci nous semble vivant. On observe les conséquences des anciennes guerres et les changements qu'une révolution implique pour tout le monde. Mieux encore, il décrit un système de magie à la fois proche de ce dont on a l'habitude et très différent. Certes, il y a des démons, des monstres et des divinités. Mais la magie est avant tout un système de contrat basé sur les âmes en tant que monnaie. Il est donc parfaitement naturel que les meilleurs mages et magiciennes soient aussi des expert-e-s en droit. Ainsi, la magie se prépare au sein de réunions durant lesquelles les aspects légaux sont examinés avec attention.

    Max Gladstone fait aussi attention à ses personnages et à leur manière de réagir. Ces personnages changent au fil du temps et leurs expériences forment leurs réactions aux différents événements. Ce qui permet de créer une intrigue parfaitement logique dont les pièges sont visibles par les personnages qui ne peuvent éviter d'y entrer puisque leur personnalité est trop précisée. D'une certaine manière, Max Gladstone est très déterministe.

    J'avais réellement envie d'apprécier ce roman. Je voulais réellement entrer dans cette série dont j'ai entendu beaucoup de bien. Malgré les réussites de Max Gladstone en tant qu'écrivain, j'ai beaucoup apprécié le fonctionnement de son univers, je n'ai pas réussi à entrer dans le livre. À mon grand regret, cette œuvre n'a pas fonctionné sur moi car je n'ai pas réussi à apprécier les personnages ni leur manière de fonctionner au sein des règles construites par l'auteur. Je ne continuerais donc pas cette série.

    *
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    *** Très bien écrit, très bien construit mais je n'ai pas réussi à m'y intéresser. J'en suis désolé.
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    Image : Site de l'auteur

  • L'Europe et le monde. XVIe-XVIII siècle par François Lebrun

    Titre : L'Europe et le monde. XVIe-XVIII siècle
    Auteur : François Lebrun
    Éditeur : Armand Colin 9 février 2018
    Pages : 352

    Voilà un livre dont la lecture fut laborieuse. Que je n'apprécie pas particulièrement l'époque dites moderne a dû jouer sur ma capacité à terminer ce livre. Il faut aussi ajouter une grande densité des événements, personnages et lieux puisque l'auteur essaie de synthétiser trois siècles extrêmement riches tout en souhaitant parler du monde entier. Un programme aussi ambitieux peut difficilement tenir sur un nombre de pages restreint. Le nombre de chapitres permet de le comprendre, pas moins de 22. Au vu de la densité il est difficile de résumer un tel ouvrage mais je vais m'y essayer.

    Sans user d'une présentation chapitres par chapitres, inutile dans le cas présent, il faut tout de même essayer de mettre en avant une certaine construction. L'auteur, François Lebrun, nous montre tout d'abord une histoire politique riche. Les différents royaumes de l'Europe se constituer les uns par rapports aux autres lors de différentes guerres qui permettent d'amoindrir ou d'augmenter la force de certaines couronnes. L'auteur réussit aussi à nous parler d'états peu connus, en Suisse, comme la Suède, les Provinces-Unies mais aussi la Russie.

    L'auteur essaie aussi de mettre en avant les changements culturels et scientifiques. L'art, le baroque et le classicisme, se voient consacrés des chapitres entiers. Le rationalisme est aussi mis en avant permettant d'introduire les Lumières et d'expliquer comment les scientifiques commencent à être des professionnels soutenus par les états. Mais c'est surtout la religion qui prend une place importante dans ce livre. En effet, les trois siècles examinés sont ceux de nombreuses guerres de religions entre protestants et catholiques. Ces guerres ne permettent plus d'unir l'Europe sous une religion unique ce qui a des conséquences politiques.

    Enfin, l'auteur essaie de faire une histoire mondiale. Bien que les deux points précédents soient réussis, je pense que ce dernier essai est un échec. Certes, l'auteur parler des Indes, des Grandes Découvertes et des Amériques. Mais ce sont surtout les colonies européennes qui sont mises en avant et les actions européennes. L'histoire du continent africain est à peine explicitée dans un unique chapitre avant de disparaitre. L'histoire de l'Inde dépend de l'examen des rivalités coloniales. L'Amérique du Sud et celle du Nord sont dans le même cas alors que les empires ne sont que peu décrits. Je ne connais pas grand-chose à ces histoires, mais l'auteur échoue, à mon avis, largement à les mettre en avant. Il reste centré sur l'Europe et sa main mise sur le monde.

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  • Doctor Who saison 12

    La saison 11, sans être catastrophique, a laissé de nombreuses personnes sur leur faim. Selon moi, le changement important de ton entre Moffat et Chibnall est l'une des raisons. De la flamboyance on passe à une Doctor extrêmement pacifiste qui ne gagne jamais. Les méchant-e-s sont rarement bien identifié-e-s, puisque ce sont souvent des abstractions. Personnellement, j'avais adoré les épisodes historiques. Cette saison 12 était donc fortement attendue. On retrouve la Doctor au nouvel an. Et, très rapidement, on la retrouve aux prises d'un ennemi inattendu. Cette lutte permet de répondre à certains mystères de la série sous forme d'un fil rouge.

    SPOILER

    Première chose, la Doctor est bien moins passive que la saison précédente. Alors qu'elle refuse tout acte d'agression dans la saison 11 elle termine l'épisode du Nouvel An par une tentative de justifier ses actes de violence contre un être vivant, certes un Dalek... La Doctor semble donc bien plus présente. Elle prend des décisions difficiles et n'hésite plus à se placer au-dessus du gang quand cela est nécessaire. Le gang, d'ailleurs, commence à questionner l'identité de la Doctor.

    Cette saison n'a probablement pas plu à tout le monde. En particulier, Chibnall s'attaque à des thèmes politiques très contemporains. Ceci ne lui permet pas de se faire un nombre élevé d'ami-e-s. Personnellement, j'ai apprécié que la série ose prendre à pleine main des thèmes politiques et prenne position. Je préfère ceci à une œuvre qui essaie de plaire à tout le monde, devenant très fade. Malheureusement, le pire épisode de la saison est justement un épisode fortement politique. Orphan 55 part d'une très bonne intention. Mais aucun caractère n'est bien développé. L'intrigue est peu intéressante. Et surtout la révélation finale est d'un manque de subtilité rarement atteint par une série. Ce qui crée un fort effet repoussoir de la part de cet épisode qui, pourtant, n'a pas tort en ce qui concerne son message.

    Il faut terminer par un très bon point. Depuis quelques années, la série n'a pas réussi à surprendre. Les révélations concernant le casting ou l'univers étaient souvent connus à l'avance. La saison 12 a réussi à nous surprendre à plusieurs reprises pour mon plus grand bonheur ! Dès le premier épisode, on observe le retour inattendu d'un ennemi joué par un superbe acteur ! Mais c'est surtout Fugitive of the Judoon qui a réussi non seulement à garder le secret sur une révélation importante, mais aussi à créer un nombre important de conséquences pour l'univers de la série. Conséquences qui seront en partie expliquées, mais pas assez, lors du dernier épisode.

    Cette saison 12 et à la fois fidèle à la saison 11 et en même temps change de ton. Elle est plus spectaculaire avec quelques personnages magnifiques. Que ce soit le retour d'un Dalek à nouveau menaçant ou le cyberman le plus effrayant depuis le début de la nouvelle série. Personnellement, je suis de plus en plus conquis malgré quelques déceptions, dont Orphan 55.

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    **** Certes, la saison est imparfaite. Mais ce fut un bonheur pour moi de la voir une fois par semaines.
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    Image : Site officiel

  • Le couronnement impérial de Charlemagne (25 décembre 800) par Robert Folz

    Titre : Le couronnement impérial de Charlemagne (25 décembre 800)
    Auteur : Robert Folz
    Éditeur : Gallimard 1989
    Pages : 352

    Ce livre provient d'une ancienne collection chargée de présenter les dates fondatrices de l'histoire de France. Il est édité tout d'abord en 1964. L'édition que j'ai lue est celle révisée de 1989. Je ne suis malheureusement pas capable de vérifier l'adéquation entre cette révision et l'historiographie actuelle, ce qui n'enlève rien au texte. Celui-ci est parfois un peu daté et les références un peu anciennes mais l'auteur réussit à brosser un tableau du monde carolingien autours de l'événement du 25 décembre 800. Il fait ceci en trois livres, comme il le dit.

    Le premier livre nous résume l'histoire de la fin des mérovingiens jusqu'à Charlemagne. C'est une longue histoire. L'auteur doit expliquer comment une nouvelle dynastie a pu prendre la dignité royale aux mérovingiens. Ces derniers, pour des raisons spécifiques que d'autres livres explicitent, ne sont plus capables de forcer leur pouvoir. Ce pouvoir est tenu par les maires du palais qui seront les créateurs des carolingiens. Ce n'est qu'à l'aide du Pape que les carolingiens prennent le contrôle de la royauté, tout en se faisant élire par les grands du peuple Franc. À la suite de cela, une réforme de l'état est mise en place. Cette réforme sera particulièrement importante sous Charlemagne qui essaie de consolider son territoire, d'éviter les dangers et de communiquer ses décisions judiciaires à l'aide d'envoyés spécifiques.

    Le second livre, qui prend le plus de pages, permet d'expliquer comment Charlemagne reçoit la titulature impériale. Celle-ci n'est pas facile à faire accepter. En effet, un empereur existe déjà à Byzance, ce dernier est censé contrôler le Pape et la ville de Rome. Mais son influence est de moins en moins importante et le Pape est obligé de demander l'aide des Francs contre les Lombards ce qui crée un lien de protection. De plus, l'empereur est déposé par sa mère qui prend le titre pour elle-même. L'auteur met en avant des problèmes religieux entre l'ouest et l'est mais aussi des problèmes politiques pour le Pape Léon III. En 800, Charlemagne se rend à Rome pour consolider le pouvoir du Pape face à es opposants qui avaient tenté de le destituer et, dans la foulée, il est nommé Empereur par le Pape. Cette titulature implique un risque de guerre avec Byzance qui n'accepte pas ce nouvel empereur. De plus, Charlemagne n'apprécie d'être nommé par le Pape. Il essaie de rendre l'église débitrice et dépendante tout en nommant lui-même son fils empereur, à la fin de sa vie. Il y a donc une construction longue de l'idéologie impériale qui doit permettre aussi bien un contrôle territorial, spirituel et d'éviter trop de frictions avec Byzance.

    Enfin, le dernier livre se consacre à la fin de l'empire et à son usage par les rois de France. Le fils de Charlemagne, Louis le Pieux, essaie de consacrer l'Empire tout en le divisant entre ses fils. L'ainé serait l'Empereur et les autres contrôlent des territoires tout en lui étant soumis. Mais la naissance d'un nouveau fils, avec une seconde femme, brise cette division déjà difficilement acceptée. Les trois ainés se révoltent contre leur père et le déposent. Pour que deux des frères décident de le remettre sur le trône impérial par suite des actions de leur frère ainé. Les combats entre les frères puis entre les frères et leurs neveux brisent l'unité de l'Empire qui ne sera jamais plus complet. De plus, l'Église reprend le contrôle de la nomination des empereurs chargés de la protection de la chrétienté. En moins d'une génération, l'Empire carolingien perd de sa substance. Cependant, l'idée impérial et l'importance de Charlemagne gardent de la substance au sein du royaume de France. Les capétiens, lors de la septième génération, se marient avec une descendante de Charlemagne tandis que les chansons de Gestes créent une mythologie qui permet de justifier le pouvoir des rois de France, leur permettant de se déclarer empereur dans leur royaume et non soumis à un autre dirigeant terrestre.

    Il faudrait examiner les informations données par l'auteur. En particulier, j'aimerais savoir à quel point le livre a été actualisé en 1989 car, depuis 1964, la recherche a modifié notre connaissance de l'époque carolingienne. Certains propos de l'auteur donnent l'impression d'une manière ancienne de concevoir les mérovingiens, pour ne prendre qu'un exemple. Mais ces problèmes historiographiques ne gâchent pas la lecture d'un livre qui suit un programme précis et qui, selon moi, le réussit.

    Image : Éditeur

  • Doctor Who: At Childhood's End par Sophie Aldred

    Titre : Doctor Who : At Childhood's End
    Autrice : Sophie Aldred
    Éditeur : Penguin 6 février 2020
    Pages : 304

    Dorothy McShane est riche, très riche. Son argent lui a permis de créer une fondation de charité qu'elle utilise pour aider le monde. Mais elle s'en sert aussi pour espionner les groupes gouvernementaux chargés d'évaluer et de traiter les menaces aliens (du moins jusqu'à ce qu’UNIT fut détruit). Elle même s'occupe de quelques problèmes aliens tout en évitant d'être trop présente sur les dossiers de ces organisations militaires. Car Dorothy McShane n'est pas une simple humaine. Lors de son adolescence elle fut capturée, exilée sur une autre planète pour finalement être recueillie par le Docteur. Du moins jusqu'à ce qu'elle décide qu'elle ne pouvait plus être un pion sur son échiquier personnel. Donc lorsque des enfants disparaissent elle n'attend pas le retour du Docteur, elle agit immédiatement.

    SPOILERS

    Quelqu'un qui regarde la série sait que Doctor manipule les gens. Que ce soit pour les protéger ou les vaincre Doctor a toujours un moyen de faire en sorte que ses ennemis se battent eux-mêmes. Il a rarement besoin d'agir réellement pour que quelqu'un perde la vie. Ten était particulièrement conscient de cela à la fin de son existence lorsqu'il explique à Wilfred être capable de convaincre une personne de se suicider en usant uniquement de mots. Mais il est rare que les personnes qui suivent Doctor mettent en cause ses actions, car elles sont souvent pour le bien commun. Pourtant, c'est le cas de Dorothy McShane alias Ace. Et ses remises en causes sont exprimées par Yaz. Je crois que c'est la première fois, dans les livres, que la nouvelle équipe exprime des doutes. Je ne suis pas surpris que ce soit Yaz qui soit choisie pour en parler, elle me semble la personne la plus logique étant donné son entrainement au sein des forces de police. Ce livre est donc beaucoup plus critique envers les actions du Doctor que certains autres.

    Le livre met aussi en avant les conséquences d'un voyage avec Doctor. Outre la perte de sa capacité à décider, étant donné que le Doctor décide pour les autres, il y a aussi les risques. Dans ce roman, tous les personnages sont mis en danger à un moment ou à un autre à cause du Doctor. Tous les personnages souffrent des décisions et des demandes du Doctor. Certains personnages, Ace par exemple, sont particulièrement conscient de ceci. Ace ne pardonne toujours pas au Doctor de l'avoir manipulée ce qui a conduit à la mort, de ses mains, de plusieurs personnes. Et elle sait ne pas être en sécurité auprès du Doctor car trop de mensonges et de secrets existent. L'autrice met ceci en valeur jusqu'aux dernières pages, lorsque Dorothy McShane annonce à son amant que la Doctor a "menacé de venir le voir de temps en temps."

    Bien que ce roman ne soit pas aussi bien que je l’espérais. Il réussit son contrat. Il met en place une menace basée à la fois sur le passé de la série tout en étant ancrée dans son fonctionnement actuel. Ainsi, le protagoniste principal use de stratagèmes modernes pour éviter d'être mis en danger par la justice suivant en cela les efforts de Chibnall pour parler des problèmes que l'on pourrait qualifier de sociétaux plutôt que de mettre en avant un vilain classique.

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    **
    *** Intéressant, l'autrice montre son amour de l'univers Doctor Who. Mais pas transcendant
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    Image : Éditeur

  • « Folâtrer avec les démons » - Sabbat et chasse aux sorciers à Vevey (1448) par Martine Ostorero

    Titre : « Folâtrer avec les démons » - Sabbat et chasse aux sorciers à Vevey (1448)
    Autrice : Martine Ostorero
    Éditeur : Cahiers Lausannois d'Histoire Médiévale 2008
    Pages : 323

    La Suisse fut l'un des berceaux de la chasse aux sorcières. Inévitablement, de nombreuses recherches ont permis de mieux comprendre cette histoire. Une partie importante de ces recherches, mémoires et thèses, sont publiées au sein des Cahiers Lausannois d'Histoire Médiévale. Ce livre est la réédition de l'une de ces recherches menées par Martine Ostorero, connue pour son expertise concernant le sujet.

    Le livre est divisé en 6 parties. La première partie permet à l'autrice de situer les différents procès qu'elle analyse. Elle nous explique non seulement comment l'inquisition est mise en place en Suisse romande mais elle explicite aussi la procédure et les membres du tribunal. Ceci nous permet de comprendre non seulement comment les personnes accusées sont entendues mais aussi de nous rendre compte du lien fort entre les différentes personnes, qui se connaissent au moins de noms.

    Les trois autres parties sont les présentations et analyses des procès proprement dit. L'autrice en fait un examen précis suivant presque au jour le jour les événements. Ces analyses se suivent de la même manière que les procès démontrant le lien entre les trois personnes, qui se mentionnent mutuellement. Ce sont deux hommes et une femme qui sont accusées. De ces trois personnes, seule la dernière va être pardonnée, à l'aide de soutiens politiques probablement, mais au prix d'une pénitence couteuse en temps et en argent.

    Les deux dernières parties permettent de resituer les trois procès dans un espace et une temporalité plus longue. En particulier, l'autrice examine les termes utilisés. Par exemple, elle explicite la signification du mot vaudois, une hérésie, utilisé pour décrire les trois personnes jugées. Cette partie tente aussi d'expliquer pour quelles raisons une chasse a lieu à cette époque. L'autrice fait l'hypothèse d'un lien avec la guerre de Fribourg qu'elle valide par un exemple ultérieur dans un contexte similaire.

    Ces différentes parties sont très intéressantes. Elles sont d'autant plus riches qu'elles sont suivies de l'édition traduite des trois procès, nous permettant de lire le texte même des questions et réponses traduites par un notaire. L'autrice nous offre aussi plusieurs textes en annexes, malheureusement en latin, ainsi que des notices biographiques des personnes impliquées et une très utile chronologie. Ces différents ajouts font de ce livre un indispensable pour une personne qui souhaite mieux comprendre un épisode particulier tout en souhaitant lire les textes traduits.

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  • The founders trilogy 2. Shorefall par Robert Jackson Bennett

    Titre : The founders trilogy 2. Shorefall
    Auteur : Robert Jackson Bennett
    Éditeur : Joe Fletcher Books 20 avril 2020
    Pages : 496

    CW : Tortures, esclavagisme

    Il y a trois ans que Sancia et ses ami-e-s ont fait tomber l'une des Grandes Maisons Marchandes en une seule nuit. Désormais, illes ont construit une nouvelle forme d'entreprise qui offre ses services aux personnes dans le besoin d'une aide technique et de connaissance, ceci en échange de travaux intellectuels. Les Grandes Maisons Marchandes n'ont pas pu réagir car elles sont aux prises avec une révolte d'esclaves dans les plantations. Les événements passés vont cependant redevenir important. Valeria, maintenant libre, annonce à Sancia l'arrivée et la résurrection imminente de Crasedes Magnus, le premier hiérophante. Ce dernier a un plan pour l'humanité et Valeria en possède un différent. La guerre est inévitable.

    SPOILERS

    Dans tous les livres de cet auteur, que j'ai lu, il y a un thème commun : le pouvoir et la volonté de l'utiliser pour soi ou pour rendre le monde meilleur. Le premier tome permettait de créer l'univers de Foundryside en présentant une civilisation utilisant des technologies magiques avancées mais basées sur l'esclavage et dont certaines personnes, faisant partie des élites, tentaient d'user d'une magie basée sur la mort d'autres êtres humains.

    Le second tome montre un contexte un peu différent. Le pouvoir des Grandes Maisons est abaissé par la perte de leurs connaissances, maintenant un peu plus partagées, et une révolte des esclaves. Mais leur pouvoir est encore très grand. Plusieurs personnages souhaitent contrôler ce pouvoir afin de modifier le monde. La plupart que l'on suit directement souhaitent l'utiliser afin d'améliorer le monde. C'est le cas de Sancia et des Dandolos mais c'est aussi le cas de Crasedes Magnus. Loin d'être un simple être maléfique, il a une histoire ancienne. Son enfance et son expérience lui ont permis de penser le pouvoir et l'humanité et d'atteindre une solution : le seul moyen de détruire la possibilité qu'une personne possède du pouvoir est d'empêcher tout le monde d'en posséder ce qui implique la fin de la possibilité de choisir.

    Face à lui nous avons deux types de personnages. La première est Valeria, un outil qui a atteint la sentience et qui souhaite empêcher Crasedes Magnus de réussir son plan. Mais ses actions ne prennent pas en compte le consentement de l'humanité ni les nombreuses morts que cela impliquerait. Nous avons aussi Sancia, Bérénice, Gregor et Orso. De ces quatre personnes deux ont connu l'esclavage, quoique pas de la même manière. Ce groupe tente de créer une révolution d'une part en redistribuant les connaissances et d'autre part en faisant tomber les Grandes Maisons une à une. À la lecture, on pourrait facilement suivre leurs avis. Mais l'auteur a eu l'intelligence de questionner leurs pratiques et leurs potentielles réussites. La redistribution permet-elle réellement la libération ? Les tactiques des quatre n'implique-t-elle pas aussi une prise de contrôle ?

    Avec ce second tome, Robert Jackson Bennett prend le parti de complexifier son univers et de refuser de donner des réponses simples. Il questionne les motivations de toutes les parties présentes et refuse d'entrer dans un simple manichéisme. Tous les personnages prennent des décisions compréhensibles si l'on prend en compte leur passé. Cependant, il me semble tout de même que l'auteur marque l'importance d'une part du choix et d'autre part du partage au lieu du contrôle. Que j'aie bien compris le propos de l'auteur, ou non, j'ai beaucoup apprécié ce second tome et je me réjouis non seulement de lire le troisième tome mais de savoir ce que l'auteur va écrire plus tard.

    *
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    ***
    ****
    ***** Un très bon second tome qui démarre immédiatement pour ne pratiquement pas nous laisser souffler

    Image : Éditeur

  • La crise de la masculinité. Autopsie d'un mythe tenace par Francis Dupuis-Déri

    Titre : La crise de la masculinité. Autopsie d'un mythe tenace
    Auteur : Francis Dupuis-Déri
    Éditeur : Remue-ménage 2019
    Pages : 320

    CW : mentions et citations de propos misogynes, sexistes, racistes et homophobes.

    Les hommes sont en crise. C'est une idée qui est largement mise en avant. Les changements sociaux et culturels mettraient à mal la masculinité en tant qu'être mais aussi en tant que valeurs quasiment biologiques. De nombreuses personnes en font le constat et appellent à résoudre une crise difficile qui met à mal les rôles masculins traditionnels et donc la place des hommes au sein de la société, au risque de violences. Francis Dupuis-Déri, dans ce livre, examine ces discours de crise de la masculinité en les replaçant dans une histoire et en les confrontant à des données scientifiques précises. Il commence par un premier chapitre qui examine le fonctionnement de ces discours de crise. Il explicite le but de ce type de discours : permettre d'affirmer une crise implique de recevoir de l'attention aussi bien médiatique que monétaire ce qui permet, dans un second temps, de réclamer des moyens identiques à ceux mis en place pour la défense des femmes. Il y a un aspect fondamentalement politique à ces discours.

    Les chapitres 2-4 sont des retours historiques. Dans un premier temps, l'auteur examine l'histoire "longue" des crises de la masculinité. Cela lui permet de démontrer l'existence universelle des crises subies par les hommes, dès que les femmes mettent en cause leur place. Il se concentre en particulier sur le début du XXème siècle et trois pays. Ensuite, il examine les sociétés qualifiées de matriarcales, comme le Québec et la Bretagne mais aussi les africains-américains (je reprends le terme du livre). Il démontre que malgré ce matriarcat, les femmes sont tout de même soumises à des conditions socio-économiques inférieures. Le chapitre 3 lui permet d'examiner les débuts des mouvements des hommes. Il explique que ceux-ci sont d'abord conçus comme un moyen d'alliance et d'aides envers les féministes contre la société patriarcale. Mais les discours se modifient, sous pression de certaines personnes, pour considérer que les hommes sont maintenant soumis à un matriarcat et une domination féminine importante à cause des féministes. L'usage de l'égalité est particulier ici puisque ces mouvements l’utilisent contre les féministes accusées d'avoir mis en place une domination contre les hommes. Francis Dupuis-Déri démontre que le fonctionnement des groupes d'hommes étaient particulièrement vulnérable à un tel changement, en particulier à cause de rencontre en non-mixité par des personnes qui sont dominantes. Enfin, le chapitre 4 examine la constitution des groupes des pères qui, sous couvert d'aide juridique et psychologique, sont souvent utilisés pour défendre une rhétorique antiféministe et qui peut être fortement misogyne. Certaines des personnes les plus en vue de ces groupes sont d'ailleurs accusées d'actes de violences contre les femmes, ce qui leur permet d'accuser et de menaces les juges.

    Les deux derniers chapitres tentent de replacer les discours de crise de la masculinité au sein de données scientifiques mais aussi au sein d'une autre forme de militantisme. Le chapitre 5 critique ces discours qui mettent l'accent sur les rôles genrés. Les hommes et les sociétés devraient redécouvrir l'effet bénéfique des valeurs masculines de force et de guerre. Francis Dupuis-Déri pense plutôt qu'il faudrait mettre en cause le fonctionnement capitaliste et patriarcal de la société. Selon lui, les problèmes mis en avant par les discours de crise de la masculinité dépendent de causes économiques et c'est la remise en cause du capitalisme qui permettrait de résoudre ces problèmes. Le chapitre 6, lui, se concentre plus précisément sur certaines affirmations en les confrontant à des données scientifiques. Ce chapitre permet de questionner la question des difficultés scolaires masculines, du suicide masculin, du divorce mais aussi des violences masculines. Francis Dupuis-Déri démontre que ces problèmes dépendent largement d'une définition rigide et traditionnelle de la masculinité. Remettre en cause la masculinité permettrait donc de résoudre ces questions.

    Francis Dupuis-Déri nous offre ici un livre à la fois basé sur des recherches scientifiques, de sa part et d'autres personnes dont un large éventail de femmes, mais aussi militant. Bien que son propos soit intéressant, je suis un peu plus sceptique en ce qui concerne son examen historique au chapitre 2. Je le trouve un peu trop court à mon goût et j'aurais aimé plus d'informations.

    Image : Éditeur