• Torchwood 3. Slow Decay par Andy Lane

    Titre : Torchwood 3. Slow Decay
    Auteur :  Andy Lane
    Éditeur : Penguin 20 septembre 2018
    Pages : 256

    CW : grossophobie, troubles alimentaires, sexualité gênante (blagues sur l'absence de consentement par exemple), cannibalisme

    Torchwood est passionnante. C'est un travail qui crée toujours des surprises. Mais Torchwood est aussi un travail qui implique de longues heures, parfois la nuit. Depuis qu'elle est entrée à Torchwood Gwen observe sa relation avec Rhys souffrir et devenir de plus en plus tendue. Rhys observe aussi ce changement avec inquiétude. Il décide d'agir. Pour cela, il essaie de redevenir beau pour Gwen. Cela tombe bien, il a entendu parler d'une nouvelle pilule miracle qui permet de maigrir à grande vitesse.

    SPOILERS

    Ce troisième tome est à la fois le meilleur et le pire des Torchwood que j'ai lu jusqu'à présent. Il est très bon car on a enfin un fonctionnement en équipe. Les différents membres de Torchwood agissent selon leurs spécialités et les besoins de Jack. Il est bon car nous avons une écriture réaliste des relations amoureuses et amicales des personnages. Gwen et Rhys grandissent dans le cadre d'une relation qui atteint un stade adulte. Au lieu de tout quitter ou de vouloir absolument retrouver les débuts de leurs relations ils essaient de changer avec leur relation afin de trouver un nouvel équilibre.

    Malheureusement c'est aussi le pire et pas à cause du cannibalisme. Qu’on ne s'y trompe pas, je suis très heureux que ce livre n'ai pas été un épisode (l'épisode Countrycide m'a suffi). Mais je suis profondément gêné, honteux pour l'auteur, de la manière dont la sexualité est mise en scène. En dehors des blagues sur l'absence de consentement de certaines relations d'Owen, j'ai l'impression de lire des fantasmes d'un homme adulte qui n'a pas appris à posséder une sexualité saine. Rhys y est très mal écrit. Alors qu'il annonce vouloir aider une amie il est systématiquement montré comme fantasmant sur celle-ci. Les femmes, d'ailleurs, semblent toujours être en posture de séduction, ce qui est probablement une vision de l'auteur qui me semble problématique. Bref, je ne souhaite plus jamais relire ce type de scènes.

    *
    ** 
    *** Une bonne adaptation mais une intrigue moyenne
    **** 
    *****

    Image : Éditeur

  • Placés, déplacés, protégés ? L’histoire du placement d’enfants en Suisse, XIXe-XXe siècles par Joëlle Droux et Anne-Françoise Praz

    Titre : Placés, déplacés, protégés ? L’histoire du placement d’enfants en Suisse, XIXe-XXe siècles
    Autrice :  Joëlle Droux et Anne-Françoise Praz
    Éditeur : Alphil 2020
    Pages : 142

    Depuis quelques années les politiciens et chercheurs/euses se concentrent sur une histoire oubliée de la Suisse, ceci sous pression de personnes qui ont subi des décisions de placements et d'internements. La confédération a fait ses excuses ainsi que des autorités cantonales. Un fond a été mis en place pour atténuer, financièrement, les conséquences des placements à des fins d'assistances. Et des programmes de recherches ont été financé pour comprendre ce qui s'est déroulé et pourquoi (dont le PNR 76 toujours en cours). Ce petit livre vise à synthétiser les conclusions d'un projet de recherche sur les placements d'enfants. Il est construit en deux parties chronologiques.

    La première partie se concentre sur le XIXème siècle jusque dans les années 40, soit la mise en place du Code pénal suisse. Les autrices examinent la mise en place de la protection de l'enfance et des placements. Elles démontrent que cette protection de l'enfance dépend d'un effort international concernant non seulement les droits des enfants mais aussi les réformes de la justice. La justice des mineur-e-s est vue comme devant proposer des moyens de réformes et non punir un fait précis. Cela implique de proposer des mesures dont le temps n'est pas défini et qui peuvent être révisées, créant une forte incertitude pour les enfants concernés. Les placements ont lieu dans des milieux privés dont les finances ne sont pas très bonnes. Ces maisons fonctionnent par concurrences entre elles, empêchant des pensions trop élevées, et jouent sur le travail bénévole des enfants, travail vu comme un moyen de réforme. La vie dans ces établissements, parfois des prisons, est difficile avec un manque flagrant de chaleur humaine.

    La seconde partie se concentre sur les critiques et réformes pour se terminer de nos jours. Certains chapitres reprennent des périodes déjà examinées, mais dans une problématique différente. En effet, les autrices démontrent que les critiques existent depuis longtemps. L'aspect privé des établissements lié au souhait des communes de contrôler les coûts de l'assistance mène à une course au moindre frais qui se fait au détriment des personnes. Mais les critiques ne permettent pas de mettre en place des réformes. Ce n'est que dans les années 50 que les établissements commencent à essayer de suivre un fonctionnement qualifié de familial. Les résistances sont fortes et seules une révision du code pénal et du code civil permet d'une part de mettre en avant les droits des enfants et de créer un contrôle fédéral sur les établissements avec une surveillance plus importante par les assistant-e-s sociales. La partie se termine sur un historique des demandes de recherches. Les autrices inscrivent ces demandes dans un effort international de révision du passé des états et de leur gestion de la pauvreté.

    Alphil publie ici un petit livre synthétique, dont il offre la version PDF (une bonne idée étant donné que les librairies sont fermées). Bien que court, il est dense et je n'ai fait qu'effleurer ce qui est examiné par les autrices. Ce petit livre permet à tout le monde de mieux connaitre les recherches actuelles sur les placements et internements à des fins d'assistance dont les victimes cherchent encore une reconnaissance publique et une aide réelle. Je rappelle, d'ailleurs, que les conclusions de la Commissions d'expert-e-s internement administratif n'ont pas été suivies par le gouvernement qui semble vouloir se contenter de l'aspect financier pour mieux oublier les recherches et leurs questionnements pour aujourd'hui et demain.

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  • Torchwood 2. Border princes par Dan Abnett

    Titre : Torchwood 2. Border princes par Dan Abnett
    Auteur :  Dan Abnett
    Éditeur : Penguin 20 septembre 2018
    Pages : 256

    Torchwood est en crise. La fin du monde est en cours et personne ne sait quoi faire ni ce qui se déroule réellement. Tout ce que l'équipe sait c'est qu'une partie des habitant-e-s de Cardiff semble être possédée par quelque chose d'inconnu. Alors que l'équipe enquête sur les causes de la crise de nombreux événements étranges se produisent au sein de la ville. Ces événements ne semblent pas être liés mais, ensemble, ils tendent à viser l'un des membres de l’équipe : James. Mais Torchwood n'a jamais eu de James en son sein.

    SPOILERS

    J'ai préféré ce second tome au premier. Le premier me semblait trop sombre même si cela est en accord avec la série. Ce second tome semble être beaucoup moins centrée sur une question précise. En effet, nous suivons l'équipe en train de résoudre plusieurs crises plus ou moins graves dans les alentours de Cardiff. J'ai apprécié lire l'équipe travailler et se détendre après avoir compris comment résoudre un problème précis. On observe Torchwood fonctionner comme n'importe quel autre travail, avec des rapports à écrire, des cas à vérifier et des réunions de l'équipe pour comprendre ce qui s'est mal passé.

    Cette vie de tous les jours permet d'introduire James. Il est décrit comme un membre de l'équipe mais on sait qu'il n'est pas censé exister. Son intrigue ressemble un peu à l'un des épisodes de la saison 2. James est comme ses collègues. Il a peur, il aime, il apprécie la vie. Mais plus le temps passe plus il est clair qu'il n'est pas ce que l'on croit. Personnellement, j'ai apprécié finalement apprendre d'où il provient et pour quelle raison.

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  • Torchwood 1. Another life par Peter Anghelides

    Titre : Torchwood 1. Another life
    Auteur :  Peter Anghelides
    Éditeur : Penguin 1 aout 2011
    Pages : 256

    Torchwood, après être apparu durant la saison 2 de Doctor Who, devint un spin off complet. La série dure 4 saisons (même si on accepte d'oublier l'existence de la saison 4). Après deux saisons moyennes la série nous offrit une superbe saison 3. Mais la BBC a aussi proposé 19 romans placés dans l'univers de Torchwood. Celui-ci est le premier. Gwen est engagée depuis peu de temps. Elle commence à peine à comprendre et à intégrer ce qu'est Torchwood et ce que cela signifie pour elle et sa famille. Une famille qu'elle voit de moins en moins alors que Torchwood se lance dans une chasse au serial killer.

    SPOILERS

    L'auteur a réussi à donner par écrit l'ambiance de la série. Celle-ci est plus pessimiste que Doctor Who. Les personnages souffrent, échouent et parfois sont furieux de leurs incapacités. Il n'y a pas de Doctor pour les sauver à la dernière minute mais un Jack Harkness capable de tuer de sang-froid si besoin. Les personnages ne comprennent pas les technologies misent sous leur garde. Même la passion de la compréhension d'outils fantastiques est mise au second plan face à la crainte de tomber sur un outil de destruction.

    Il est dommage que l'auteur n'use pas de toutes les intrigues qu'il met en place. En effet, il donne un passé à Owen mais il ne le décrit que peu. Il marque la présence de Rhys mais ne questionne que peu les effets de Torchwood sur son couple avec Gwen. Il crée un jeu vidéo mais n'en fait pratiquement qu'un décor pour découvrir un nouveau personnage plutôt que quelque chose d'un peu plus ambitieux. En somme, l'auteur semble rester au milieu de balises précises qu'il semble ne pas pouvoir (vouloir ?) dépasser.

    *
    ** 
    *** Une bonne adaptation mais une intrigue moyenne
    **** 
    *****

    Image : Éditeur

  • Le meurtre de Weimar par Johann Chapoutot

    Titre : Le meurtre de Weimar
    Auteur :  Johann Chapoutot
    Éditeur : Presses Universitaires de France 11 mars 2015
    Pages : 108

    Les livres sur l'état nazi et ses crimes sont très nombreux. Il est extrêmement facile de les trouver et de les acheter. Les livres qui parlent de la République de Weimar et de sa fin sont moins nombreux dans les étagères des librairies. Il y a quelques années, j'avais lu un petit livre qui examinait le fonctionnement politique et institutionnel de cette république. Ce livre, le second de Chapoutot que je lis, s'intéresse à un fait divers précis pour mieux expliquer pourquoi et comment la République tombe et comment fonctionne, idéologiquement, le nazisme.

    On peut donc diviser ce livre en deux thèmes. Le premier concerne la République de Weimar. Usant d'un fait divers l'auteur explicite le fonctionnement de la République dans le cadre d'une crise politique et économique majeure. Alors que cette République devait être fortement démocratique l'ampleur de la crise et l'incapacité de créer une majorité parlementaire poussent la présidence à gouverner par décrets-lois. Cette incapacité de créer une majorité est due à la fois par le nazisme et les communistes, les deux extrêmes refusent le fonctionnement démocratique de la République. Vu que Weimar ne peut tenir sur une minorité le gouvernement essaie de créer des alliances avec l'extrême droite, tout en lui refusant l'entrée au gouvernement. Par la même occasion, des décisions sont prises contre les milices politiques, mais celles-ci sont souvent annulées quelques temps plus tard.

    Un second thème concerne la place du nazisme au sein de la société et ses tactiques pour prendre le pouvoir. Le livre se concentre sur une période de légalisme pour le parti. Le but est de prendre le pouvoir de manière légale sans coup d'état (mais les nazis veulent détruire la démocratie de l'intérieur, pas respecter ses institutions). Mais les troupes SA souhaitent le pouvoir et combattre contre l'ennemi. Il est donc nécessaire de justifier la violence des SA aussi bien en nommant un ennemi (juif, polonais et communiste) qu'en argumentant sur l'existence d'une guerre civile face à laquelle seuls les nazis ont résisté. La violence devient une défense et non une attaque. Le fait divers mis en avant par l'auteur permet aussi d'expliciter la vision du droit par les nazis. Ceux-ci considèrent que certaines personnes valent moins que d'autres et donc leur destruction est justifiée si cela permet de défendre la nation, biologique, allemande.

    Ce petit livre me semble mieux réussi que ma dernière lecture de Chapoutot. L'auteur use d'un meurtre précis pour mieux montrer l'état d'une société sur le point d'être dépassée par un état nazi. Je déplore que, de temps en temps, il y ait quelques propos qui créent de la confusion dans la chronologie. De plus, je trouve le livre bien trop court pour bien expliquer pourquoi la République de Weimar chute aux nazis. C'est dommage car les choix iconographiques et les sources mises en avant sont bien choisis et permettent à l'auteur de mettre en avant une thèse intéressante.

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  • Star Wars: Alphabet Squadron 2. Shadow Fall par Alexander Freed

    Titre : Star Wars : Alphabet Squadron 2. Shadow Fall
    Auteur :  Alexander Freed
    Éditeur : Penguin 23 juin 2020
    Pages : 416

    CW : mentions de crimes de guerre, PTSD, mentions d'envie de suicide, crimes de guerre, torture

    Shadow Wing est l'une des équipes de Ties les plus entrainées de ce qui reste de l'Empire. Mais la défaite au-dessus d'Endor, l'opération Cinder ainsi que la bataille de Pandem Nai ont mis à mal la cohésion des pilotes. Alors qu'un nouveau commandant essaie de recréer l'équipe en vue de lui permettre d'être utile à l'effort de guerre une partie des efforts de la Nouvelle République se portent sur une planète gravitant autour d'un trou noir. Mais cette campagne est aussi un moyen de créer un piège pour ce qui reste de Shadow Wing. Celui-ci va-t-il fonctionner ou la Nouvelle République risque-t-elle, encore une fois, d'échouer face à cet escadron d’élite ?

    SPOILERS

    Ce roman suit immédiatement le tome précédent des aventures d’Alphabet Squadron. Nous retrouvons les mêmes personnages avec les mêmes problèmes. En effet, nous n'avons pas une équipe fonctionnelle en face de nous. Ce sont des personnes qui souffrent, ont peurs, subissent la guerre dans toute son horreur et les pertes que cela implique. Cette mise en scène qui ne montre pas d'héroïsme réel se retrouve dans les combats qui sont décrits. C'est difficile, on voit les personnages souffrir, être en manque de sommeil et qui observent les troupes mourir pour une mission qui n'est pas toujours comprise. Le roman réussit parfaitement à créer cette impression de futilité et de danger constant pour les membres d'une armée en train de vaincre, mais encore loin de la paix.

    Mais on peut se demande si le roman est réellement réussi. Personnellement, je suis mitigé. D'une part j'apprécie que l'on ne romantise pas la guerre et ses coûts pour les personnes qui la font, qu'elle que soient leur place dans cette guerre. Montrer les soldats de l'Empire dans leur humanité permet de faire cela. On comprend qu'illes ne sont pas toustes des criminels de guerres mais qu'illes veulent parfois uniquement survivre. En revanche, je n'ai pas l'impression que le roman permet réellement de terminer une histoire. La fin de ce tome ne voit la victoire de personne. Personne n'a réellement changé à la suite de ces combats. En fait, j'ai l'impression d'un retour complet à la ligne de départ. J'ai l'impression que ce qui rend ce roman intéressant est, justement, ce qui le fait échouer : l'écriture des personnages.

    *
    ** 
    *** Que penser de ce second volume ? Honnêtement je ne suis pas certain de le savoir
    **** 
    *****

    Image : Éditeur

  • Livewire 3. Champion par Vita Ayala, Tana Ford et Kelly Fitzpatrick

    Titre : Livewire 3. Champion
    Auteur-e-s :  Vita Ayala, Tana Ford et Kelly Fitzpatrick
    Éditeur : Valiant 20 mai 2020
    Pages : 112

    Ce dernier volume contient Livewire 9-12. Amanda McKee, Livewire, fut une des personnes les plus proches de Toyo Harada avant de le trahir. Le gouvernement des Etats-Unis lui demande de l'aide afin de lutter contre la fondation Harbinger. À la suite de cela elle devint une héroïne pour le grand public. Mais lorsque le gouvernement des Etats-Unis décide de capturer ou d'assassiner les psiotiques Livewire décide de contre-attaquer et détruit toutes les infrastructures électroniques sur le territoire des USA faisant d'elle une terroriste recherchée. Depuis, elle se cache. Mais un politicien en course pour le sénat souhaite lui donner l'occasion d'expliquer ses actes publiquement.

    SPOILERS

    J'ai honnêtement bien aimé les trois volumes autours de Livewire. Amanda McKee était obligée de repenser ses actions. Elle a compris avoir perdu le contrôle et devoir vivre avec des morts qu'elle a causés, alors que d'autres options existaient. Amanda n'est donc pas montrée comme parfaite mais comme humaine. Face à sa peur elle n'a pas pu rester rationnelle et doit maintenant accepter les conséquences de ses actes avant de pouvoir recréer un lien avec le reste du monde.

    Après un premier volume qui la poussait à l'introspection et un second volume qui mettait en cause ses a priori ce troisième volume lui permet de trouver des allié-e-s en vue de protéger sa famille. Les personnes qui l’aident ne sont pas parfaites non plus. Elles usent de méthodes douteuses se basant sur une vision fonctionnaliste des relations humaines. L'écriture de ce troisième volume est assez intéressante de ce point de vue. Mais j'ai aussi l'impression que nous aurions pu avoir mieux, plus intense, plus compliqué. Donc oui, j'ai apprécié cette fin mais il manque un petit quelque chose pour la rendre réellement bonne.

    *
    ** 
    *** 
    **** Une série intéressante et bien écrite mais qui aurait pu être bien meilleure.
    *****

    Image : Éditeur

  • Les féminismes en Europe. 1700-1950 par Karen Offen

    Titre : Les féminismes en Europe. 1700-1950
    Autrice :  Karen Offen
    Éditeur : Presses Universitaires de Rennes 2012
    Pages : 544

    J'ai lu plusieurs ouvrages d'histoire des féminismes. Ceux-ci sont, malheureusement, souvent centrés uniquement sur la France voire même à Paris spécifiquement. Il existe des exceptions comme le très bon Histoire mondiale des féminismes. Je souhaitais en savoir plus sur des féminismes non-francophones je me suis donc lancé dans la lecture de ce livre qui se concentre sur l'Europe entière. Il est construit en trois parties chronologiques. Le livre débute par un chapitre qui permet à l'autrice de conceptualiser le terme de féminisme tout en explicitant le fonctionnement de son livre.

    La première partie se concentre sur les années du XVIIIème siècle à l'aide de deux chapitres qui nous parlent des Lumières et de la Révolution Française. Karen Offen explique que cette période ne connait pas le terme de féminisme, mais cela ne doit pas empêcher d'examiner les moments de luttes en faveurs des droits des femmes. En effet, aussi bien des hommes que des femmes ont débattus et écrits afin de savoir si les femmes peuvent avoir une place égale aux hommes au sein de la Cité. En particulier, la Révolution Française est un premier moment de débat concernant les droits de vote. En effet, les hommes reçoivent ce droit mais les femmes en sont exclues. Outre cette question, les femmes revendiquent une éducation identique à celle des hommes en récusant une capacité de réflexion moindre face aux hommes. La question de l'éducation se retrouve dans plusieurs textes. L'autrice nous explique aussi que le rejet de la Révolution implique un rejet des droits des femmes, vus comme révolutionnaires.

    La seconde partie, de 5 chapitres, s'intéresse au XIXème siècle. C'est un siècle remplit d'événements politiques et de tentatives de révolutions, réussies ou non. Les mouvements féministes se greffent et tentent d'utiliser ces insurrections pour gagner des droits civils et civiques et sont mis sous silence lors des moments de reprises de contrôles. Ainsi, 1848 mais aussi les chutes des différentes monarchies françaises permettent aux femmes de demandes des droits égaux et, en particulier, le droit de vote. La période permet également de relancer le souhait d'une même éducation et la possibilité d'entrer au sein des universités. Cependant, le XIXème siècle est aussi un moment de lutte antiféministe avec la mise en place de ce que l'autrice nomme une guerre des savoirs. Les hommes et femmes antiféministes tentent de prouver une incapacité spécifiquement féminine de faire les mêmes choses que les hommes ce qui permet de justifier leur place au sein du foyer, protégée. Même les mouvements socialistes commencent à refuser les causes féministes au profit d'une part de la cause ouvrière mais aussi du travail des hommes. Les femmes sont vues comme des concurrentes potentielles dont le travail doit être régulé et protégé. Dans l'idéal, les ouvriers considèrent que le travail féminin ne doit exister que durant une période de célibat avant un mariage avec un homme qui offre des ressources financières adéquate à toute la famille.

    La dernière partie, en 4 chapitres, nous parle de la première partie du XXème siècle. En effet, l'autrice a décidé de ne pas traiter des mouvements féministes après 1950. Ces 4 chapitres font très attention aux périodes de guerres. Alors que certains mouvements féministes, nationaux comme internationaux, tentent d'éviter une guerre et considèrent que le féminisme est fondamentalement pacifique et la guerre fondamentalement masculine, d'autres mouvements féministes s'inscrivent dans le nationalisme et l'effort de guerre ou de résistance par la maternité. Il faut prendre en compte que nous sommes dans une période de craintes face aux pertes démographiques qui impliquent une pénalisation de plus en plus importante des contraceptions et de l'avortement. La guerre est aussi un moment qui met en danger les mouvements féministes. En effet, un grand nombre de femmes sont mortes et ne peuvent donc pas transmettre leurs archives, leurs connaissances ou le contrôle des organisations. Mais c'est aussi un moment d'internationalisation à l'aide de la SDN puis de l'ONU qui, tous les deux, s'intéressent à la cause des femmes en faveurs de l'égalité menant des recherches et enquêtes internationales.

    Ce livre est une somme importante de connaissances. L'autrice s'intéresse à un grand nombre de pays. Seuls quelques chapitres se concentrent sur des pays précis afin de permettre de répondre à des questions précises à l'aide d'un examen comparatif. L'autrice utilise et analyse un nombre impressionnant de sources de natures diverses et qui permettent de justifier son propos. Ainsi, malgré une idée souvent exprimée, les premiers mouvements féministes ne se contentent pas de parler du droit de vote. Déjà au XIXème siècle se pose la question du travail, de l'éducation, du salaire mais aussi de la politique familiale via la protection de la maternité et de l'amour libre, tenté par quelques couples. Cependant, je déplore que l'autrice ne se soit que peu intéressées aux relations entres les féministes européennes et les populations des colonies. La question de la race est un angle mort de ce livre. Les livres Ne nous libérez, pas on s'en charge ainsi qu’Histoire mondiale des féminismes donnent bien plus d'informations sur ce point et permettent de mettre en avant les tensions entre féminismes européens et féminismes dans les colonies et par les personnes racisées.

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  • Ascender 3. The digital mage par Jeff Lemire, Dustin Nguyen et Steve Wands

    Titre : Ascender 3. The digital mage
    Auteurs :  Jeff Lemire, Dustin Nguyen et Steve Wands
    Éditeur : Image comics 23 décembre 2020
    Pages : 104

    Ce volume 3 contient Ascender 11-14. Mila peut enfin fuir la planète Samson avec l'aide du capitaine Tulsa. Le petit groupe a trouvé un ancien vaisseau capable de voyager entre les étoiles et donc d’échapper aux armées de Mère. Cette dernière subit l'humiliation de sa sœur qui décide de prendre le contrôle de la galaxie tout en la gardant en tant que subsidiaire. Il n'y a donc pas d'endroits dans la galaxie qui permette d'être en sécurité. Pourtant, Tulsa a un plan. Un plan qui pourrait aussi bien leur donner un indice capital concernant le message de Tim 21 et du chien ou qui pourrait les mener en plein milieu d'une bataille...

    SPOILERS

    Ascender est tout aussi mystérieux que Descender concernant les règles de son univers. La magie est apparue après être restée en sommeil mais on ne connait pas son fonctionnement ni son origine. Elle est présente et elle est maintenant la force majeure de la galaxie. Ce volume ne donne que peu d'informations en plus mais il est possible que les auteurs se préparent à nous offrir quelques révélations dans le futur, ce qui pourrait nous permettre de mieux comprendre cet univers.

    Ce volume nous offre aussi quelques surprises, en particulier le retour de Tim 21. Certes, ce dernier était attendu mais je ne pensais pas le retrouver sur un lieu familier en tant qu'allié de l'UGC. À la fin de Descender, on apprenait que tous les robots dont Tim 21 avait disparus. Je me demande ce que son retour implique et comment il a pu relier l'UGC, pourtant fortement anti-robots. Bien que j’apprécie toujours autant cette série, ses dessins, je pense que c'est sa fin qui permettra de réellement savoir ce qu'elle vaut.

    *
    ** 
    *** 
    **** J'ai beaucoup d'attente envers chacun des volumes de cette série et j'espère que sa fin sera aussi bonne que la fin de Descender
    *****

    Image : Éditeur

  • Deus In Machina par John Scalzi

    Titre : Deus In Machina 
    Auteur :  John Scalzi
    Éditeur : Atalante 1 juin 2011
    Pages : 144

    Ean Tephe est un capitaine d'un vaisseau humain chargé de propager la foi de l'Empire en direction des colonies mais aussi de lutter contre les hérétiques et les apostats. En tant que capitaine au sein d'une théocratie il est secondé par une prêtrise en même temps que par des militaires. Mais son vaisseau n'est pas propulsé par la technologie. Il est propulsé par une divinité. Une divinité qui a parfois besoin qu'on la châtie afin qu'elle suive les ordres.

    SPOILERS

    Il est difficile de résumer ce livre sans donner trop d'informations sur l'intrigue. En effet, celui-ci est court et donc on risque rapidement de trop en dire et de gâcher un peu la surprise. Celle-ci est bien réussie et en peu de pages l'auteur réussit à rendre vivant un monde bien différent du nôtre, à donner les informations nécessaires pour comprendre cet univers et à placer les pions pour créer la surprise de la fin du roman. C'est un texte extrêmement efficace et qui se lit très vite !

    En fait c'est la taille même du texte qui me permet de le critiquer. Non pas que je le trouve mal écrit. Au contraire j'ai beaucoup apprécié cet univers sombre et pesant qui se ressent jusque dans le style d'écriture. Je ne mentionne qu'en passant les quelques scènes sanglantes et gores dont les descriptions sont très fortes. Mais je me suis laissé prendre à souhaiter que ce livre soit plus gros voire fasse partie d'un petit cycle qui permette de décrire bien plus en détail cet univers et son passé, voire son futur possible.

    *
    ** 
    *** 
    **** Court et très efficace
    *****

    Image : Éditeur

  • Masculinités. Enjeux sociaux de l'hégémonie par Raewyn Connell

    Titre : Masculinités. Enjeux sociaux de l'hégémonie
    Autrice :  Raewyn Connell
    Éditeur : Amsterdam 2014
    Pages : 285

    Comme le dit Eric Fassin en postface de ce livre, l'ouverture des recherches sur les femmes a permis de considérer un impensé de la recherche. Les femmes avaient une histoire, une place dans le monde et la société. Mais cette ouverture implique aussi la destruction de l'idée fantaisiste de l'universel masculin. Ainsi, la création des études sur les femmes a permis, par extension, d'étudier les hommes, puis les masculinités, et donc de mettre en question l'universalité de l'Homme au profit d'une spécificité des masculinités. Ce livre est tiré de l'une de ces études. Il est constitué de plusieurs chapitres et articles de la sociologue australienne Raewyn Connell. Il est construit en trois parties.

    La première partie est théorique. Elle est constituée de deux chapitres tirés du livre Masculinities de la sociologue traduite ici. Le premier chapitre permet d'examiner le lien entre masculinités et pratiques corporelles. Bien que l'autrice y crée une division entre plusieurs masculinités elle se repose fortement sur des observations et des récits de vie qui permettent de mettre en question ses divisions. Le second chapitre utilise la même méthode d'analyse de récits de vie afin de créer une typologie des masculinités au sein de la société. L'autrice y démontre que même si certaines personnes mettent en question une certaine forme de masculinité cela n'implique pas une révolution dans l'ordre des genres. Elle questionne aussi l'idée d’une masculinité antiféministe des classes populaires en montrant l'accord d'hommes issus de ces classes avec certaines idées féministes d'égalité économique, les problèmes économiques étant plus important que la mise en question d'une masculinité ici.

    La seconde partie est celle que j'ai préférée. Deux chapitres permettent de placer les idées théoriques de l'autrice face à la réalité sociale et donc de vérifier leurs capacités à comprendre et expliquer le monde. Ces chapitres ne se concentrent pas uniquement sur des hommes hétérosexuels mais aussi sur des hommes homosexuels afin de mettre en avant plusieurs types de masculinités, certaines étant considérées moins favorablement que d'autres dans notre société. Ainsi, être un homme n'est pas la même chose pour un biker que pour un membre de la scène gay de Sidney. Mais, dans les deux cas, il existe une construction de ce que signifie la masculinité et les rapports avec d'autres hommes.

    Enfin, la dernière partie se concentre sur les questions de santé. Elle est constituée de trois chapitres. Le premier chapitre parle beaucoup de pratiques sexuelles par des hommes homosexuels. Le but est d'offrir un moyen de créer des politiques de santé réussies face à l'épidémie de VIH/ Sida. Le deuxième chapitre se concentre sur les raisons derrière la santé, ou la perte de santé, des hommes. Souhaitant aller plus loin que des considérations essentialistes l'autrice lie les questions de classes, de races et de genre afin de mieux comprendre pourquoi certains hommes ont une santé moins importante que d'autres hommes ou femme. La troisième partie se terminer sur des considérations théoriques qui permettent à l'autrice de proposer une politique de la santé qui prenne en compte le genre comme processus en fonction. Ce qui devrait permettre de créer des politiques de la santé plus efficaces.

    Image : Éditeur