Héritages coloniaux. Les Suisses d'Algérie par Marisa Fois

Titre : Héritages coloniaux. Les Suisses d'Algérie
Autrice :  Marisa Fois
Éditeur : Seismo Verlag 2021
Pages : 184

La question de la colonisation reste chaude pour les anciens colonisateurs et les pays colonisés. L'accès aux archives, les relations internationales mais aussi l'enseignement ou encore la mémoire ne sont pas des questions complétement réglées. La Suisse, elle, s'est longtemps présentée comme étrangère à l'histoire coloniale (et esclavagiste) puisque le pays n'a jamais possédé de colonies. Pourtant, la Suisse a envoyé des personnes dans des pas colonisés. Ce petit livre, proposé en accès libre pour sa version PDF, tente d'examiner les liens entre la Confédération et les colons helvétique en Algérie. Le livre est divisé en 5 chapitres.

Les deux premiers chapitres se concentrent sur les débuts de la colonisation et l'arrivée des populations helvétiques en Algérie. L'autrice explique que l'expatriation, au XIXème siècle, n'est pas vu comme un moyen de créer des lieux utiles industriellement parlant mais d'exporter des populations marginalisées. Celles-ci doivent accepter un cadre de vie difficile avant de pouvoir vivre de leur propre terre à l'aide de l'agriculture. Petit à petit, ces colons sont un moyen d'exporter la culture helvétique au sein du monde et d'aider à créer des liens entre l'Algérie et la Suisse.

La chapitre 3 se concentre sur la guerre de libération. Les colons helvétiques sont dans une position difficile puisqu'illes sont de provenance européenne mais illes sont aussi proche d'un pays qui permet à la France et à la future Algérie de travailler ensemble afin de permettre une libération du pays. Illes sont donc considérés négativement par les populations d'origine française. La Suisse, elle, est dans une position difficile aussi. Elle doit non seulement permettre des négociations entre deux forces combattantes mais aussi protéger ses citoyen-ne-s.

Les deux derniers chapitres se concentrent sur le départ puis les revendications des populations suisses d'Algérie. Comme la majorité des habitant-e-s d'Europe, la population helvétique a quitté l'Algérie en laissant de nombreux bien, nationalisés par le gouvernement algérien. Se pose donc la question des réparations à la suite de ces "spoliations". Mais le gouvernement Suisse n'a jamais accepté l'idée de payer pour des actes d'un pays étranger. Ce qui pousse ces populations à créer une association commune et de s'insérer dans un réseau d'associations de colons européens revendiquant des aides économiques par suite de leur départ forcé. L'autrice nous montre l'incapacité totale de faire accepter ces revendications au sein du pays ainsi que les types d'arguments qui critiquent l'aide aux pays en voie de développement. Enfin, le livre se termine sur quelques portraits.

Les liens entre la Suisse et la colonisation me semblent encore peu connus. Mais ce thème est de plus en plus examiné et analysé par des historien-ne-s qui utilisent aussi bien des archives d'états que des archives privées ainsi que des interviews. Ce qui a permis à Marisa Fois de mettre en avant des trajectoires semblables entre les populations européennes, pourtant diverses lors de leur vie en Algérie. De plus, elle illustre différentes phases dans la gestion des "colonies" composées de sujets helvétiques.

Image : Éditeur

Commentaires

  • "Se pose donc la question des réparations à la suite de ces spoliations. "

    Les premières spoliations sont celles des colonisateurs: les Algériens n'ont fait que récupérer leur territoire. Une trop grande partie des terres agricoles étaient destinées non pas à l'alimentation de la population algérienne, mais à l'exportations. L'exemple le plus frappant est la culture de la vigne pour la production de vin.

    Les Européens qui ont pris fait et cause pour l'indépendance de l'Algérie n'ont pas été "spoliés". Mais c'est vrai que ce n'est qu'une minorité. Les autres ont du assumer leur choix.

    L'agriculture au moment de l'indépendance était dans un état catastrophique du fait de la colonisation.

    https://journals.openedition.org/insaniyat/12124

  • Bonjour,
    je vous remercie de votre lecture et de votre commentaire. Le lien que vous avez donné est très intéressant, je prendrais le temps de lire au calme.

    Vous avez raison, je souhaitais utiliser les termes mis en avant par les associations d'anciens colons mais je ne souhaitais pas le légitimer. J'ai clairement échoué à montrer cela dans ma formulation. Je vais la modifier en ajoutant des guillemets.

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