• Hitler. Essai sur le charisme en politique par Ian Kershaw

    Titre : Hitler. Essai sur le charisme en politique
    Auteur : Ian Kershaw
    Éditeur : Folio Histoire 10 octobre 2001
    Pages : 416

    Ian Kershaw est considéré comme l'un des historiens actuels les plus importants concernant l'histoire de l'Allemagne hitlérienne. En dehors de la biographie d'Hitler il a écrit des ouvrages sur l'opinion allemande sous le nazisme, les questions historiographiques concernant la période nazie et il vient d'écrire un diptyque sur l'histoire de l'Europe au XXème siècle. Dans ce livre, Ian Kershaw essaie de dépasser l'opposition entre les positions basées purement sur les structures et celles qui se concentrent uniquement sur hitler. Pour cela, il emprunte à Max weber le concept de pouvoir charismatique qui, selon Kershaw, permet d'analyser de manière complexe la relation entre le pouvoir d'hitler, une communauté et les structures sociales et économiques. Cet examen se déroule sur 8 chapitres qui débutent un peu avant la conquête du pouvoir pour se terminer lors des derniers jours de la guerre.

    Ainsi, Kershaw pense hitler comme une personne qui possède un pouvoir charismatique qui lui est concédé par une communauté de fidèles. Celle-ci voit en hitler un homme au destin exceptionnel chargé d'offrir les solutions à la faiblesse de l'Allemagne après la première guerre mondiale. Le fonctionnement du pouvoir hitlérien est basé sur des relations directes entre l'homme et ses subordonnés. Il est la seule personne capable de dire le droit et de trancher entre diverses stratégies. Ce qui implique des luttes de pouvoirs autours de lui afin d'avoir accès à lui mais aussi pour le mener à accepter une ligne spécifique que l'on pense en adéquation avec les buts d'hitler.

    Cependant, comme l'explique Kershaw, hitler n'était pas destiné à gagner le pouvoir. Lors de sa conquête du pouvoir il est le chef d'un petit parti qui ne réussit à devenir important que tardivement. De plus, lors de son accession à la Chancellerie son part était en perte de vitesse. Sa prise de pouvoir n'a été permise que par une conspiration d'élites économiques, militaires et politiques qui tentaient de modifier le fonctionnement de la République de Weimar en direction d'un régime autoritaire.

    De plus, Kershaw montre bien que le système du pouvoir autours d'hitler est fondamentalement antiétatique. En effet, les élites traditionnelles mais aussi l'administration impliquent un risque de remise en cause du pouvoir hitlérien. Le fonctionnement est donc basé sur une destruction du régime légal-rationnel au profit d'une multiplicité de centres de décisions dépendant directement d'hitler. Que ces centres n'aient pas des missions précises permet encore de rendre l'état plus faible et donc plus dépendant d'hitler. Kershaw conclut en expliquant que le pouvoir nazi était destructeur par définition. Son système ne pouvait que disparaitre avec hitler, qui incarne l'état et le destin allemand.

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  • Torchwood 12. The House That Jack Built par Guy Adams

    Titre : Torchwood 12. The House That Jack Built
    Auteur : Guy Adams
    Éditeur : Penguin 2 août 2012
    Pages : 256

    CW : meurtres, paranormal, mention de violence conjugale

    Il existe une maison a sein de Cardiff. Elle se trouve dans une banlieue pavillonnaire qui a vu des jours meilleurs. La maison, du nom de Jackson Leaves, a plus de 100 ans. La personne qui y vivait est récemment morte et une nouvelle personne en hérite, espérant en faire un lieu habitable et rafraichi. Mais cette maison a une histoire sanglante. Depuis sa construction des personnes y meurent de manière violente. Et l'histoire est en train de prendre le contrôle du présent. Il n'en faut pas plus pour que Torchwood s'y intéresse, un intérêt décuplé lorsque Gwen apprend que Jack en fut le premier propriétaire.

    SPOILERS

    Ce roman met bien en avant une atmosphère de crainte incompréhensible. Les personnages secondaires voient leur maison devenir de plus en plus hostile au fil des pages. Jack, lui-même, est de plus en plus impitoyable au fil de sa compréhension des événements et les autres membres de Torchwood ne se privent pas de le critiquer quand nécessaire. Ce roman ajoute aussi un remplaçant temporaire pour Owen. Mais ce dernier n'est pas réellement intéressant. On le montre immédiatement comme antipathique et sans intérêt pour les vies humaines. Personnellement, je suis heureux de ne jamais le revoir.

    Ce que ce roman fait réellement c'est poser la question de l'impact de Jack sur le monde. En effet, il vient du futur mais il vit dans le passé tout en y agissant pour sauver des personnes. Il s'implique fortement dans le cours des événements. Cette question a un impact global mais aussi personnel puisque certaines personnes ayant rencontré Jack ont vu leur destin modifié à cause de cela. Un impact que l'on observe dès les premiers chapitres. Ce roman force Jack à examiner son passé, ce qu'il se refuse de faire dans des circonstances normales.


    ** 
    *** des caractérisations acceptables.
    **** 
    *****

    Image : Éditeur

  • Torchwood 11: bay of the dead par Mark Morris

    Titre : Torchwood 11 : bay of the dead
    Auteur : Mark Morrist
    Éditeur : Penguin 15 mars 2016
    Pages : 256

    TW : gore

    La nuit est calme à Cardiff. Les gens dorment ou sortent en boite pour une fin de journée ordinaire. Bien que la soirée commence bien pour plusieurs des habitant-e-s de Cardiff, un cauchemar se prépare. Celui-ci commence par des meurtres, des attaques dans la rue puis, montant en force, ce sont des groupes de dizaines de personnes qui attaquent des hommes et femmes isolées dans la rue. Jusqu'à ce que des centaines de zombies n'envahissent Cardiff. Personne n'a les moyens d'arrêter cette attaque, même si Torchwood essaie de trouver une solution.

    SPOILERS

    Enfin, nous avons un bon roman Torchwood. Bon, le roman joue beaucoup sur les codes des films de zombies sans jamais les mettre en question. Je trouve dommage que les personnages ayant une connaissance du genre ne puissent pas jouer sur ces codes, ce qui leur aussi permis d'avoir une place un peu plus importante dans le récit. Vu que personne ne joue avec les codes, nous avons une action classique : début de l'épidémie qui se fait dans l'isolement, réaction retardée des forces publiques, épidémie en hausse mais sans connaissance du grand public et qui se termine par une invasion totale.

    Même si le roman reste sur les codes classiques du film de zombies (que je ne connais pas parfaitement parce que je ne suis un fan de ces films), il reste intéressant. Les événements ont lieu à toutes vitesses et l'on ne s'ennuie jamais à la lecture. On suit les différents personnages qui tentent de comprendre ce qui est en train d'arriver et, surtout, de survivre. Malheureusement, certains points de la résolution arrivent trop vite et l'on comprend vite où l'auteur veut nous emmener.


    ** 
    *** 
    **** Enfin un roman acceptable !
    *****

    Image : Éditeur

  • Histoire de l’Allemagne de 1806 à nos jours par Johann Chapoutot

    Titre : Histoire de l’Allemagne de 1806 à nos jours
    Auteur : Johann Chapoutot
    Éditeur : Puf 11 janvier 2017
    Pages : 128

    On n’étudie pas forcément scolairement l’Allemagne. On parle, bien entendu, de Charlemagne, de l’Empire germanique mais on s’intéresse à ce pays surtout dans le cadre du mouvement des nations. Il n’est donc pas surprenant que l’auteur de ce livre débute après 1806, soit en pleine période Napoléonienne, pour se terminer avec Angela Merkel. Le livre est divisé en 10 chapitres.

    Les trois premiers chapitres sont ancrés dans le XIXème siècle. L’Allemagne n’existe pas encore en tant qu’état-nation mais le monde germanique et intégré aux problématiques de l’Europe. L’auteur commence par les réactions face à Napoléon et à la Révolution française. L’échec de l’armée prussienne pousse à invoquer le peuple comme défenseur du pays, autours du roi de la Prusse. Suit l’épisode de 1815 qui voit une forme de restauration en Europe. Celle-ci est contestée jusqu’à l’explosion révolutionnaire de 1848 qui, après des espoirs de démocratisation, se terminer avec le retour au pouvoir des conservateurs.

    Les chapitres 4 et 5 permettent de montrer de quelle manière l’Allemagne se constitue, après une manipulation de Napoléon III par Bismarck, et sa puissance industrielle en hausse face au Royaume-Uni. L’Allemagne devient une grande puissance que le chancelier guide face à l’ennemi français. Mais l’approche de la Première guerre mondiale voir la chute de la diplomatie de Bismarck et le retour de la France sur le devant de la scène. La diplomatie européenne débouche sur la guerre.

    Les chapitres 6 et 7 permettent de mettre en avant les effets de la guerre. Un premier chapitre montre l’édifice tremblant qu’est la République de Weimar. Celle-ci est proclamée dans un contexte politique difficile, détestée aussi bien par la droite que par la gauche. Le contexte économique et financier est tout aussi compliqué. La République ne tient que par une large coalition qui tombe face à la hausse des parlementaires communistes et nazis. Ces derniers vont être intégrés au gouvernement pour lutter contre le communisme. Ces deux chapitres permettent de voir comme un édifice démocratique peut être utilisé pour détruire la démocratie et déboucher sur une dictature sanguinaire.

    Enfin, les trois derniers chapitres se concentrent sur les deux Allemagnes, puis leur réunification. C’est, probablement, le moment de l’histoire allemande que je connais le moins. Chapoutot décrit le fonctionnement politique et sociale des deux Allemagnes, l’une se voulant démocratique et l’autre communiste. Dans les deux cas, les promesses ne sont pas tenues. L’Allemagne de l’ouest se veut libre mais les contestations sont durement réprimées. L’Allemagne de l’est organise la surveillance totale de sa population afin d’empêcher la possibilité même de contester l’ordre établi. Ce n’est que dans les années 90, après la chute du mur, que la réunification devient pensable à court terme malgré les coûts sociaux et économiques importants pour la population allemande.

    Ce petit livre n’est qu’une synthèse qui résume fortement des phénomènes historiques complexes. Mais on sent l’amour de l’auteur pour son sujet. Il s’essaie à ne pas réduire l’histoire de l’Allemagne à la période nazie. Plutôt que de ne faire de l’histoire qu’un prélude au nazisme puis des conséquences il nous présente rapidement la richesse politique d’un jeune état-nation.

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  • Torchwood: Into the silence par Sarah Pinborough

    Titre : Torchwood : Into the silence
    Autrice :  Sarah Pinborough
    Éditeur : Penguin 7 février 2013
    Pages : 256

    TW : meurtre, gore

    Cardiff est la nouvelle capitale du chant amateur. Une compétition va avoir lieu et tous les cœurs, duets du Royaume-Uni se rendent à Cardiff dans l'espoir de gagner la finale du concours. Une finale qui sera retransmise à la télévision. Mais ce qui promettait d'être un événement joyeux devient soudain sinistre lorsque plusieurs chanteurs et chanteuses sont retrouvées mortes. La police est incapable de trouver la personne coupable. Et elle ne le pourra pas puisque le coupable n'est pas un être humain mais un alien. Il est donc temps pour Torchwood d'agir.

    SPOILERS

    Le roman Torchwood précédent était une horreur. J'avais rarement lu quelque chose d'aussi mauvais de ma vie. Ce nouveau roman, écrit par une femme, est un peu meilleur. L'autrice ajoute un personnage qui aurait pu être intéressant si on lui avait donné plus de place dans la série. Il est dommage que l'on ne le revoie plus jamais mais j'aurais apprécié le lire pour ce roman. L'intrigue n'est pas très compliquée et on comprend vite dans quelle direction elle se dirige. Mais l'autrice crée tout de même quelques surprises dont la résolution qui s'inscrit bien dans l'identité de Torchwood.

    Je suis tout de même un peu dérangé pas un personnage spécifique. Celui-ci est un garçon qualifié d'autiste par l'autrice. Durant l'entier du roman il ne fait que chanter afin d'éviter le monde (pour reprendre la description). Je ne sais pas si l'autrice a fait des recherches sur le spectre autistique mais je me pose des questions sur la manière dont celui-ci est présenté dans ce livre. Personnellement, je trouve cela un peu dérangeant mais je ne peux pas exprimer un avis final sur cette question.


    ** 
    *** c'est OK
    **** 
    *****

    Image : Éditeur

  • Sortons du ghetto. Histoire politique des homosexualités en Suisse, 1950-1990 par Thierry Delessert

    Titre : Sortons du ghetto. Histoire politique des homosexualités en Suisse, 1950-1990
    Auteur :  Thierry Delessert
    Éditeur : Seismo Verlag 2021
    Pages : 280

    Ce livre est disponible en version papier et PDF chez l'éditeur selon les normes de l'open access. J'attends ce travail de Thierry Delessert depuis longtemps. Annoncé pour l'été 2020, le livre est finalement sorti en février 2021. Comme l'annonce l'auteur, ce livre est une continuation d'un travail plus ancien sous forme de thèse, disponible chez Antipode. Il permet aussi d'aller plus loin que le petit ouvrage chez Savoir Suisse publié avec Michaël Voegtli. Le livre est divisé en 5 chapitres.

    Le premier chapitre se concentre sur les années 50-60. Après un bref retour en arrière concernant le Code pénal Suisse de 1942, Delessert nous explique que la semi-dépénalisation permet surtout d'éviter un militantisme public, l'auteur entre dans la période de l'après-guerre qu'il considère répressive. C'est la prostitution masculine qui pose un problème aux autorités politiques et policières. Celle-ci est vu comme un danger car elle risque de créer un lien avec les milieux criminogènes, en particulier par les chantages qui peuvent impliquer un danger d'espionnage. Des attaques policières, médiatiques et politiques auront lieu durant la fin des années 50 qui aboutiront à la fin de l'organisation homophile Der Kreis.

    Les deux chapitres suivant se concentrent sur les efforts de révision du code pénal civil comme militaire. Ces efforts débutent au sein d'une commission d'expert.e.s avant de passer devant les deux chambres du parlement. L'auteur démontre que la pénalisation de l'homosexualité est rapidement mise en question, car considérée naturelle. Mais se pose la question de l'âge de maturité sexuelle. Celui-ci doit-il être différencié selon les sexualités ? Se pose aussi la question de la pénalisation au sein du code pénal militaire. Son maintien implique que les hommes pourraient être sanctionnés en tant que militaires pour une pratique dépénalisée pour les civils. Finalement, la pénalisation dans le code militaire restera au nom de l'importance de l'ordre interne d'un milieu masculin.

    Les deux derniers chapitres permettent de comprendre l'essor du militantisme gay et lesbien et leur insertion dans les débats concernant les révisions du code pénal. Deux formes de militantismes se heurtent. L'une est plutôt basée sur la discrétion tandis que l'autre souhaite mettre en avant son droit à l'existence publique. Ceci pousse aux manifestations qui seront connues sous le nom de Pride. L'auteur s'intéresse spécifiquement à l'exemple de la manifestation de Lausanne qui a été bloquée par les autorités communales et cantonales malgré son caractère pacifique. Cependant, le militantisme radical rend difficile les liens avec la politique institutionnelle. Ainsi, la révision du CPS implique une forme de discrétion alors que les parlementaires acceptent la dépénalisation totale sans accepter l'égalité pour autant.

    Ce livre est un bon moyen de comprendre comment se forme les demandes es militant-e-s des mouvements gays et lesbiens dans une période de changements importants. L'auteur en profite pour expliciter le fonctionnement institutionnel du pays et donc les raisons derrière les changements législatifs qui impliquent, pour les gays et lesbiennes, d'accepter de ne pas être considérés à égalité et d'être invisibilisé.e.s.

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  • Torchwood 9. Almost perfect par James Goss

    Titre : Torchwood 9. Almost perfect
    Auteur :  James Goss
    Éditeur : Penguin 3 mai 2012
    Pages : 256

    CW : sexisme

    Tout semble aller pour le mieux à Cardiff. Mais Jack découvre que l'énergie statique est en train de devenir plus importante. Rien qui ne soit immédiatement dangereux, mais un phénomène qu'il faut surveiller. De plus, un ferry s'est échoué. Normalement Torchwood ne devrait pas enquêter sur ceci mais Londres insiste. De plus, des squelettes de personnes encore vivantes commencent à apparaitre dans différents bars de la ville. Et enfin, Ianto Jones s'est réveillé dans un corps féminin sans aucuns souvenirs des dernières 24 heures.

    SPOILERS

    Ce livre est mauvais. Il est mal écrit. L'auteur semble croire que l'on va le suivre dans les circonvolutions de son intrigue. Mais celle-ci perd rapidement tout intérêt alors qu'il se contente de courts chapitres censés se dérouler lors de moment précis de la vie des personnes décrites. Mais ce qui rend ce livre extrêmement mauvais est la caractérisation de ses personnages. Celle-ci est sexiste et probablement transphobe.

    Je n'ai rien contre une histoire de body swap. Mais celle-ci devrait être bien écrite. Ce n'est pas le cas ici. Ianto Jones se réveille dans un corps féminin et l'auteur en fait immédiatement une caricature obsédée par les chaussures, les minijupes et l'attention masculine. Ianto aurait pu être un moyen de marquer les différences de comportements dues au patriarcat. L'auteur se contente d'en faire un objet.

    Gwen n'est pas mieux écrite. Elle n'est que jalousie obsessionnelle face à tout ce qui est un peu féminin. Dès que Ianto apparait, Gwen se compare et critique le comportement de ce dernier. Pire encore est la caractérisation de l'une des antagonistes. Elle n'est pas réellement maléfique. Elle n'est rien. Sa caractérisation est vide, à peine remplie par la jalousie envers une de ses collègues et son unique souhait de rencontrer un homme parfait pour se marier, sans jamais trouver cette perfection.

    Le problème principal, à mon avis, est que l'auteur est un homme cis. Il se contente d'user de clichés sans jamais questionner leur fonctionnement et donc le fonctionnement de la société. Ce qui le conduit, suivant en cela une forme de fainéantise, à ne pas écrire des personnages mais des clichés capables de parler et de bouger. Ce qui rend la lecture pénible et m'a conduit, souvent, à avoir honte pour l'auteur d'avoir osé écrire ce roman.

    * Pire que mauvais
    ** 
    *** 
    **** 
    *****

    Image : Éditeur

  • Héritages coloniaux. Les Suisses d'Algérie par Marisa Fois

    Titre : Héritages coloniaux. Les Suisses d'Algérie
    Autrice :  Marisa Fois
    Éditeur : Seismo Verlag 2021
    Pages : 184

    La question de la colonisation reste chaude pour les anciens colonisateurs et les pays colonisés. L'accès aux archives, les relations internationales mais aussi l'enseignement ou encore la mémoire ne sont pas des questions complétement réglées. La Suisse, elle, s'est longtemps présentée comme étrangère à l'histoire coloniale (et esclavagiste) puisque le pays n'a jamais possédé de colonies. Pourtant, la Suisse a envoyé des personnes dans des pas colonisés. Ce petit livre, proposé en accès libre pour sa version PDF, tente d'examiner les liens entre la Confédération et les colons helvétique en Algérie. Le livre est divisé en 5 chapitres.

    Les deux premiers chapitres se concentrent sur les débuts de la colonisation et l'arrivée des populations helvétiques en Algérie. L'autrice explique que l'expatriation, au XIXème siècle, n'est pas vu comme un moyen de créer des lieux utiles industriellement parlant mais d'exporter des populations marginalisées. Celles-ci doivent accepter un cadre de vie difficile avant de pouvoir vivre de leur propre terre à l'aide de l'agriculture. Petit à petit, ces colons sont un moyen d'exporter la culture helvétique au sein du monde et d'aider à créer des liens entre l'Algérie et la Suisse.

    La chapitre 3 se concentre sur la guerre de libération. Les colons helvétiques sont dans une position difficile puisqu'illes sont de provenance européenne mais illes sont aussi proche d'un pays qui permet à la France et à la future Algérie de travailler ensemble afin de permettre une libération du pays. Illes sont donc considérés négativement par les populations d'origine française. La Suisse, elle, est dans une position difficile aussi. Elle doit non seulement permettre des négociations entre deux forces combattantes mais aussi protéger ses citoyen-ne-s.

    Les deux derniers chapitres se concentrent sur le départ puis les revendications des populations suisses d'Algérie. Comme la majorité des habitant-e-s d'Europe, la population helvétique a quitté l'Algérie en laissant de nombreux bien, nationalisés par le gouvernement algérien. Se pose donc la question des réparations à la suite de ces "spoliations". Mais le gouvernement Suisse n'a jamais accepté l'idée de payer pour des actes d'un pays étranger. Ce qui pousse ces populations à créer une association commune et de s'insérer dans un réseau d'associations de colons européens revendiquant des aides économiques par suite de leur départ forcé. L'autrice nous montre l'incapacité totale de faire accepter ces revendications au sein du pays ainsi que les types d'arguments qui critiquent l'aide aux pays en voie de développement. Enfin, le livre se termine sur quelques portraits.

    Les liens entre la Suisse et la colonisation me semblent encore peu connus. Mais ce thème est de plus en plus examiné et analysé par des historien-ne-s qui utilisent aussi bien des archives d'états que des archives privées ainsi que des interviews. Ce qui a permis à Marisa Fois de mettre en avant des trajectoires semblables entre les populations européennes, pourtant diverses lors de leur vie en Algérie. De plus, elle illustre différentes phases dans la gestion des "colonies" composées de sujets helvétiques.

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