• Histoire du Moyen Âge par Georges Minois

    Titre : Histoire du Moyen Âge
    Auteur : Georges Minois
    Éditeur : Perrin 2019 (2)
    Pages : 768

    Le Moyen Âge est souvent incompris voire mal compris par les commentateurs politiques ou médiatiques. On peut pardonner une méconnaissance d'une période longue, 1 000 ans, aux nombreuses mutations. Une période qui, dès la Renaissance, fut considérée comme un temps de décadence entre le retour aux anciens et la fin de l'Empire romain d'occident. Ce gros livre, mais bien court pour ce qu'il propose de faire, nous offre une synthèse des 1 000 d'une période riche en art, philosophie et événements. Le livre suit la chronologie classique et il est divisé en 3 grandes parties, qui reprennent les divisions traditionnelles de la période médiévale.

    La première partie porte sur la période 400 à 1 000. Elle est formée de 5 chapitres. L'auteur, Georges Minois, débute sa présentation en explicitant les causes, multiples, de la fin de l'Empire roman d'occident en n'omettant pas d'expliquer qu'il existe encore un Empire romain d'orient, que nous connaitrons plus tard sous le nom de Byzance. Alors que l'occident mute en liant anciennes traditions romaines et traditions barbares l'est, lui, gagne en importance. Byzance, riche. Sa capitale religieuse et politique est Constantinople. L'orient voit aussi l'arrivée des musulmans qui commencent à prendre le contrôle des territoires proches et se heurte à l'Empire Byzantin.

    Une seconde partie se déroule de 1 000 à 1 300, elle est considérée par l'auteur comme le renouveau de l'occident. L'est perd en importance alors que l'occident crée une nouvelle forme de pouvoir politique basée sur la théorie des deux sceptres. L'Empereur d'occident chargé de gouverner le temporel et le Pape chargé de gouverner le spirituel. Les deux pouvoirs vont s'affronter afin de savoir qui du Pape ou de l'Empereur à la prééminence. Cet affrontement se déroule sur fonds de réflexions religieuses et juridiques créant une nouvelle forme de culture liant foi et raison. Il faut aussi noter l'importance de la féodalité qui crée des liens forts entre personnes. L'auteur met aussi en avant l'importance de la stagnation économique. On produit pour nourrir les vivant-e-s, un équilibre pensé comme bénéfique et fonctionnant selon le statut social. Mais la hausse démographique met à mal cet équilibre ce qui débouche sur des crises.

    Ces crises sont l'objet de la dernière partie du livre qui se concentre sur la période 1 300 à 1 500. Bien entendu, l'auteur met avant les problèmes posés par les guerres, les famines et les épidémies. Les destructions, pertes démographiques et le recul de l'urbain et des villages sont massifs, ce qui permet aussi une hausse du statut social des travailleurs les plus humbles. Mais l'auteur met surtout en avant la mutation du monde politique. L'Empereur n'a pas pu s’imposer. Le Pape s'est épuisé en luttant contre l'Empereur et les rois. L'Église même subit un schisme avec, parfois, trois Papes. Face à ces crises, les royaumes et les rois "nationaux" prennent de l'importance faisant oublier l'idéal d’un occident uni, idéal qui restera un rêve de Charles Quint plus tard. L'économique aussi mute avec la force de plus en plus massive de l'argent dans une société qui quitte progressivement le monde médiéval pour entrer dans le monde qui sera nommé la Renaissance. L'auteur explicite les différentes ruptures, aussi bien événementielles (la chute de Constantinople) qui civilisationnelles. Mais il terminer en expliquant que la Renaissance s'est certes construite contre le Moyen Âge mais elle est médiévale dans son essence.

    Ce livre, court pour parler de 1 000 ans d'histoire, évite les spécialisations scientifiques. Il n'y a aucun appareil critique et l'auteur cite rarement des historien-ne-s. Même si je salue l'effort de synthèse concernant les aspects politiques et économiques, il faut noter que l'auteur laisse de côté les recherches les plus récentes concernant les femmes et les plus humbles. Heureusement, il prend la peine de marquer l'importance du monde oriental face à un moyen âge occidental. Je note aussi un côté fortement misérabiliste dans l'introduction concernant l'enseignement que l'auteur considère être de plus en plus mauvais. Mais il ne prouve pas son propos, rejoignant mes observations sur l'absence d'appareil critique.

    Image : Éditeur

  • Soul

    Soul fait partie des films qui ne sortiront jamais au cinéma mais directement en streaming à cause de l'année de pandémie. Soul nous parle de Joe, un musicien en quête de travail et un enseignant à temps partiel. Toute sa vie il n'a souhaité qu'une seule chose : être un musicien professionnel. Mais il n'a jamais réussi à être engagée et sa mère le pousse à privilégier sa carrière d'enseignant. Soudain, après un appel d'un ancien élève, il est accepté comme membre d'un groupe. Mais, le même jour, il meurt. Dans l'au-delà il fait la connaissance d'une âme pas encore née, 22, qui refuse d'aller sur Terre alors que Joe souhaite y retourner.

    SPOILERS

    Soul nous parle de deux personnes. L'une est morte avant d'avoir pu commencer, selon elle, sa vie. La seconde n'est pas encore née. Les deux vont collaborer pour essayer de rester dans l'avant et d'éviter d'aller dans l'après. La relation entre les deux âmes est très émouvante. Joe veut simplement devenir musicien. Mais il ne se rend pas compte qu'il est surtout quelqu'un qui accompagne les autres en offrant une passion pour la musique. Ses élèves l'aiment pour cela, comme on le voit à plusieurs reprises, et 22 apprend ce qu'est vivre en vivant dans ses pas.

    Mais, justement, qu'est-ce que vivre. Joe vit seulement pour sa passion, aveuglée par elle il est incapable de voir la beauté du monde qui l'entoure. Lorsqu'il réussit enfin, il est incapable d'apprécier sa réussite. D'une certaine manière, et le film montre d'autres cas, la passion de Joe devient trop importante pour permettre de vivre. Selon le film, la vie est basée sur l'expérience même du monde (de la vie ?). Ainsi, les âmes pas encore nées doivent vouloir faire l'expérience du monde pour être capable de naître, ce qui est le problème de 22 qui n'a aucune envie de faire l'expérience de la vie.


    ** 
    *** 
    **** 
    ***** Un film plein de poésie, de musique et très émouvant. J'aurais apprécié le voir au cinéma

    Image : IMDB

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