Histoire

  • La Révolution Française. 1787-1804 par Michel Biard et Pascal Dupuy

    Titre : La Révolution Française. 1787-1804
    Auteurs : Michel Biard et Pascal Dupuy
    Éditeur : Armand Colin 16 juillet 2020
    Pages : 382

    On écrit beaucoup sur la Révolution Française. Les ouvrages peuvent être très spécialisés ou écrit par des personnes qui souhaitent défendre un point de vue politique. Elle est à la fois la source de certaines de nos idées démocratiques et accusée d'être à l'origine de tout le mal actuel. J'avais lu le manuel de Michel Vovelle mais cet autre manuel est plus récent. Il prend en compte les progrès de l'historiographie depuis la fête du bicentenaire de la Révolution, permettant d'avoir une vue ressourcée sur cette période dense de l'histoire occidentale. Le livre est divisé en 14 chapitres dont la moitié est chronologique et l'autre moitié thématique.

    La "première partie" se déroule sur 6 chapitres. Les auteurs commencent par expliquer l'état de l'opinion avant la Révolution. Ils mettent en cause plusieurs explications de l'arrivée de la Révolution, par exemple les explications purement économiques ou culturelles, mais expliquent qu'il existe un effet révolutionnaire en Europe à la suite de la création des États-Unis. Les autres chapitres se concentrent sur les événements. Loin d'en faire un simple récit les auteurs souhaitent nous montrer les problèmes, les tensions internes et les solutions trouvées sur le moment par une population qui vit le moment révolutionnaire.

    La seconde partie est thématique. Les auteurs examinent des sujets classiques. Ainsi, on retrouver l'examen de la religion sous la période révolutionnaire. Mais aussi l'examen de la culture révolutionnaire (et de ses possibilités de survivre plus ou moins longtemps). J'ai particulièrement apprécié les chapitres concernant la contre-révolution et l'antirévolution, deux thèmes que je connais mal, mais aussi le lien avec le milieu international. Bien que les auteurs restent proches de la surface, ils expliquent clairement comment les autres pays ont suivi et importé la révolution puis réagi face à la conquête française. Je déplore tout de même que ce manuel ne parle pas de l'histoire des femmes, pourtant présentent lors de la Révolution. Pour leur histoire, on se reportera au manuel "les femmes dans la France moderne." Le livre nous offre aussi quelques schémas, un calendrier républicain lié au nôtre et surtout une longue chronologie.

    Image : Éditeur

  • Le monde grec antique par M.-C. Amouretti, F. Ruzé et Ph. Jockey

    Titre : Le monde grec antique
    Auteur-e-s : M.-C. Amouretti, F. Ruzé et Ph. Jockey
    Éditeur : Hachette
    Pages : 352

    Ce livre est destiné aux personnes qui commencent des études en histoire antique mais il peut être lu par n'importe qui. Les auteur-e-s y font une peinture du monde grec de moins 6500 à 31 après J.-C. Bien entendu, il n'est pas possible de tout dire en si peu de pages mais les auteur-e-s réussissent, c'est le but de l'édition, à marquer les différents débats historiographiques et les différentes méthodes d'analyse des sources. Ce qui fait de ce livre un manuel intéressant mais, comme tous les autres de cette collection que j'ai lue, un ouvrage particulièrement dense et ardu à lire. Il est divisé en quatre parties marquant autant de périodes du monde grec antique.

    La première partie se concentre sur l'installation des grecs, les palais crétois et le monde mycénien. C'est une période dont l'analyse est difficile car les écrits furent longtemps incompréhensibles. Mais nous la connaissons de mieux en mieux grâce à l'apport de l'archéologie. Les auteur-e-s nous expliquent le fonctionnement de cette société basée sur les palais. De plus, illes mettent en question l'idée que cette civilisation aurait disparu par la violence. Il est possible que des mutations plus lentes aient pu la terminer.

    Une seconde partie se base sur la période archaïque. Celle-ci permet d'observer la création des Cités. Mais leur histoire est souvent mythifiée alors que la création des principales institutions est offerte à un ancêtre mythique qui peut avoir existé mais qui n'a pas forcément construit autant que les auteurs anciens l'ont dit. Ces Cités ne sont pas stables et connaissent des crises, des départs de populations mais aussi des guerres entre-elles et contre des populations extérieures. Cependant, le fonctionnement en Cité reste une base importante puisqu'elle implique un ordre religieux et civique.

    Une troisième partie se concentre sur la Grèce classique. Les sources sont plus nombreuses puisqu'on connait des pièces de théâtre mais aussi des écrits philosophiques et historiques. Même si leur lecture doit être critique on peut mieux comprendre les institutions et les crises sociales et politiques. Cela permet de mieux expliquer le fonctionnement politiques des Cités et leurs transformations.

    Enfin, une quatrième partie nous parle du monde Hellénistique en commençant par Philippe puis les conquêtes d'Alexandre. Le premier unit le monde grec en leur imposant une structure commune tandis que le seconde poursuit une longue aventure jusqu'en Inde. Après la mort d'Alexandre, les Cités restent sous contrôle de rois tout en ayant accès à une forme de liberté. Mais les coûts des Cités sont très importants et seuls des rois et des personnes riches peuvent leur offrir monuments ou aides en biens de premières nécessités. De plus, la puissance de Rome commence à se faire sentir menant à la fin de l’Égypte lagide en 31 après la bataille d'Actium.

    Le livre se termine sur des annexes. Nous y trouvons une chronologie, un index et surtout un ensemble de cartes utiles pour se retrouver au sein du propos durant la lecture. Il faut ajouter que cette collection utilise les marges pour y mettre de l'iconographie, des extraits de sources voire des liens directs avec des livres anciens comme actuels.

    Site de l'éditeur

  • Les Carolingiens. Une famille qui fit l'Europe par Pierre Riché

    Titre : Les Carolingiens. Une famille qui fit l'Europe
    Auteur : Pierre Riché
    Éditeur : Fayard 2010
    Pages : 496

    Après un petit livre sur le couronnement de Charlemagne il était normal que je m'intéresse un peu plus aux carolingiens. Malgré ma fascination pour leur époque qui voit un changement de dynastie, une renaissance, la christianisation de l'Europe et surtout le retour d'un empereur et d'un empire (mis à mal par les raids vikings) je ne connais que peu cette époque. Ce livre fait le récit de l'époque carolingienne depuis Pépin jusqu'à Otton 1er soit un peu plus de deux siècles. Un tel récit implique nécessairement un grand nombre de personnages mais aussi une explication du contexte politique et sociale de chacun des carolingiens. L'auteur divise sont livre en 5 parties.

    La première partie se déroule alors que les futurs carolingiens sont encore soumis aux rois mérovingiens. Ceux-ci perdent petit à petit leur pouvoir face aux maires du palais mais ils restent nécessaires dans le cadre des sociétés de l'époque. Il y a un lien entre le roi et son peuple qui n'est pas facilement brisé. Même s'il y eut une tentative de prise de pouvoir, ce n'est qu'avec le soutien du Pape que les derniers mérovingiens vont disparaitre du pouvoir. Le Pape, bien entendu, agit en faveurs de ses propres intérêts.

    La seconde et la troisième partie permettent de comprendre comment se constitue l'Empire carolingien et donc comment Charlemagne est finalement couronné empereur. Le récit est très dense. L'auteur s'occupe de chacun des empereurs l'un après l'autre et examine leurs conquêtes mais aussi les liens avec l'aristocratie. Il montre comment l'Empire perd son unité afin de respecter la tradition du partage de l'héritage entre frères. Le récit montre les alliances, les difficultés mais aussi les trahisons entre frères alors que l’Église essaie de garder réel le rêve d'une unité européenne en vue d'une christianisation plus facile.

    La quatrième partie explique de quelle manière l'Empire s'est finalement disloqué. Face aux divisions entre frères carolingiens les aristocrates commencent à prendre de plus en plus de pouvoir. On le voit en particulier en ce qui concerne la justice mais aussi la possession des terres qui ne sont plus un don durant un temps limité mais qui sont de plus en plus pensés comme des propriétés. Les carolingiens, en fait, subissent ce qu'ils ont fait subir aux mérovingiens. La réalité du pouvoir leur échappe alors que des rois concurrents se forment. Petit à petit, se constitue les embryons des grands royaumes de l'époque médiévale.

    Enfin, une dernière partie s'intéresse aux questions culturelles et économiques. L'auteur y présente aussi bien l'art que les sciences ou encore l'architecture. Il nous montre le lien important que les carolingiens forment avec les sciences de l'époque ce qui permet une restauration du latin. Le lien entre l'Église et l'Empereur sont tout aussi important puisque les deux se soutiennent mutuellement, dans l'idéal. Les carolingiens se font les champions de la christianisation tandis que les Papes aident à justifier le pouvoir des empereurs. Une église occidentale de plus en plus forte se forme face à l'église byzantine.

    Le livre est suivi de trois annexes. Une première est constituée de nombreux arbres généalogiques particulièrement utiles pour naviguer dans les différentes familles mentionnées par l'auteur (qui renvoie fréquemment à ces arbres). La seconde est composée de cartes et la troisième est une chronologie. Ce livre, très dense, ne se lit pas facilement. Le récit n'est pas confus mais le nombre important de personnages et d'événements complique la compréhension pour quelqu'un qui, comme moi, ne connait pas très bien l'époque carolingienne.

    Image : Éditeur

  • L'ère du capital 1848-1875 par Eric J. Hobsbawm

    Titre : L'ère du capital 1848-1875
    Auteur : Eric J. Hobsbawm
    Éditeur : Fayard 2010
    Pages : 463

    Ce livre suit le premier volume qui s'intéressait aux années 1789-1848. Hobsbawm s'intéresse ici à ce qu'il nomme l'ère du capital car, selon lui, nous sommes dans une période de triomphe du capitalisme après une courte mise en cause lors de 1848. Le livre est constitué de trois parties. Elles sont suivies d'annexes, d'une bibliographie commentée, d'un index et de notes de fin d'ouvrage. Tout comme le premier volume, les parties se découpent selon un développement puis des résultats qui prennent en compte, dans les deux cas, les changements de nature socio-économique plus qu'un récit des événements.

    La première partie se concentre sur l'année 1848. Celle-ci est restée comme une année de révolutions dans l'Europe entière. Même la Suisse la subit, bien qu'un peu en avance. Cependant, ces révolutions échouèrent toutes à construire un système différent et, rapidement, l'Europe continua dans la voie du capitalisme. Hobsbawm nous montre que 1848 était loin d'être une surprise. On s'attendait à une explosion révolutionnaire sans savoir quand elle aurait lieu précisément.

    La seconde partie, développement, permet à Hobsbawm d'expliquer le fonctionnement de l'Europe, et du monde, durant cette période. Il explicite l'avancée économique impressionnante de la période qui permet de supporter l'impression d'un progrès inaltérable au niveau économique. Il explique aussi le fonctionnement de plus en plus globalisé et uni du monde grâce au train mais aussi au télégraphe. Ces deux technologies s'étendent fortement durant ces années du XIXème siècle et permettent une communication rapide d'un bout à l'autre du monde. Bien entendu, il s'intéresse aussi au fonctionnement de la démocratie et à la construction des nations. Ces dernières sont progressivement pensées et construites par des élites intellectuelles tandis que la démocratie implique de relier les masses à l'état mais sans, pour autant, leur donner une égalité de fait.

    La troisième partie s'intéressent aux thèmes culturels et socio-économiques. Outre les arts et la science, que Hobsbawm décrit comme ayant atteint un palier avant une prochaine (r)évolution, il décrit le fonctionnement de la terre mais surtout des classes sociales. Dans deux gros chapitres il nous décrit la classe ouvrière et la classe bourgeoise. La classe ouvrière commence à se penser mais elle est coincée dans une pauvreté voulue par la bourgeoisie. En effet, il est important de garder une forme de hiérarchie des classes sociales et même si le progrès implique de meilleures conditions de vie pour tout le monde il ne faut pas, pour autant, égaliser les hiérarchies. Dans le même temps, les milieux de gauche commencent à théoriser un progrès en direction d'une dernière révolution qui ferait tomber la bourgeoisie. Celle-ci met en exergue l'importance de l'individualisme et de la réussite personnelle. L'échec est donc un problème individuel et non un problème que l'on peut expliquer par des causes structurelles. Ce qui importe pour la bourgeoisie est de montrer son statut en ayant une capacité de direction et d'ordonner des personnes inférieures. Le livre se termine sur l'annonce d'une période de dépression économique qui sera suivie de l'ère des empires.

    Contrairement au livre précédent, Hobsbawm s'intéresse ici au reste du monde et pas uniquement à l'Europe. Cependant, ses propos dépendent surtout de ce que fait l'Europe et des réactions des autres civilisations. Ainsi, le monde est décrit comme porté par l'Europe tandis que les reste du monde semble n'avoir pas eu d'histoire avant l'arrivée de l'occident et leur prise de contrôle des autres civilisations. Hobsbawm ne voulait probablement pas faire ceci mais c'est l'impression que j'ai eu à la lecture.

    Image : Éditeur

  • L'ère des révolutions 1789-1848 par Eric J. Hobsbawm

    Titre : L'ère des révolutions 1789-1848
    Auteur : Eric J. Hobsbawm
    Éditeur : Fayard 2010
    Pages : 434

    L'ère des révolutions est le premier tome d'une trilogie concernant de Hobsbawm sur le XIXème siècle. Il fait se terminer ce siècle en 1914 et un livre sur le XXème siècle, l’Age des extrêmes, suit. Ce premier tome se concentre sur 1789 à 1848. Il commence par une révolution et se termine sur une période révolutionnaire européenne qui a aussi touché la Suisse. Celle-ci a subi la guerre civile dites du Sonderbund. Le livre est constitué de 15 chapitres en deux grandes parties.

    La première partie est nommée "évolution." Hobsbawm y examine les changements menés par ce qu'il nomme la double révolution : la française et l'industrielle. L'une se déroule en France et implique un changement de nature politique et sociale. La seconde se déroule au Royaume-Uni et implique un changement de nature socio-économique. Les 7 premiers chapitres permettent de comprendre ce que ces deux révolutions impliquent pour le monde, et l'Europe en particulier. De plus, Hobsbawm examine le fonctionnement de la guerre et de la paix. La France est montrée comme le premier pays à avoir mis en place une guerre de masse face à des armées européennes d'ancien régime. La partie se terminer sur un examen de l'idée de nationalité.

    La seconde partie se nomme "les résultats." Hobsbawm l'utilise afin d'examiner certains points particuliers et la manière dont des changements ont lieu suite à la double révolution. Il s'intéresse à la terre comme propriété foncière mais aussi à l'industrialisation et aux raisons de la force anglo-saxonne, et de ses limites. Plus intéressant encore, il examine le fonctionnement des sociétés de ce début du XIXème siècle. Il montre ce que peuvent faire les populations dans un monde en pleine industrialisation mais il montre aussi les limites de ces opportunités face à des besoins importants de mains d’œuvre peu couteuses. Il s'intéresse aussi à la place des religions et des normes laïques mais aussi au fonctionnement des arts et des sciences. Cette partie offre donc un panorama presque complet du monde entre 1789 et 1848. Le livre se termine sur une conclusion qui ouvre au prochain tome. En effet, 1848 est une période de révolutions en Europe mais la suite ne sera pas un changement de système. Le capitalisme et les industries seront triomphantes.

    Si l'on doit noter des manques il faut dire que ce livre est très européocentriste. Hobsbawm ne parle que peu du reste du monde et quand il le fait ses propos peuvent être peu adéquat. Ainsi, il semble suivre l'idée que le Raj britannique fut fondamentalement bon après une histoire indienne médiocre. Les chercheurs et chercheuses sont loin d'être d'accord avec cela. De plus, Hobsbawm ne parle que peu des femmes. Son livre est surtout une histoire des hommes. On peut y voir une marque de l'époque mais cela n'empêche pas de le déplorer.

    Image : Éditeur

  • De l'Empire britannique au Commonwealth par Henri Grimal

    Titre : De l'Empire britannique au Commonwealth
    Auteur : Henri Grimal
    Éditeur : Armand Colin 1999
    Pages : 416

    La période actuelle semble adéquate pour en savoir plus sur l'histoire britannique. En effet, la fin du brexit approche et celui-ci met fin à des relations fortes avec l'UE suivi de la promesse d'un retour à un âge d'or britannique. Ce livre permet de mieux comprendre comment s'est constitué cet âge d'or qui implique la prise de contrôle économique et politique de larges territoires et leur intégration ultérieure au sein d'une organisation internationale censée fonctionner sur l'idée d'égalité des états. Une organisation qui a tout de même souffert du mouvement des décolonisations. Le livre est constitué de 14 chapitres organisés en 4 parties.

    Le premier chapitre, court, se concentre sur les XVIIème et XVIIIème siècles. L'auteur débute par définir les deux types de colonisations : commerce et peuplement. Le premier type implique des droits sur de petits territoires dans le but exclusif d'échanger et de contrôler le commerce local et international. Le second implique une émigration britannique au sein d'un territoire qui peut s'étendre selon les besoins. L'auteur explicite aussi les premières zones colonisées que sont les colonies d'Amériques mais aussi l'entrée sur le territoire des West Indies. Enfin, l'auteur nous explique que les colonies s'inscrivent dans un système mercantiliste qui implique que la richesse dépend de l'exportation, il faut éviter les importations et donc la fuite de monnaie.

    La seconde partie reprend la période que l'auteur nomme impérialiste. Cela implique de définir le terme mais aussi d'expliquer comment les anglais devinrent impérialistes. En effet, une partie du monde politique et économique anglo-saxon considère les colonies comme des dépenses inutiles qu'il faudrait abandonner. Un effort de propagande est nécessaire pour faire des colonies une nécessité morale pour une nation européenne. L'auteur explique aussi le passage des colonies qu'il nomme blanches à une forme de gouvernement autonome. Cela dépend de l'état local des gouvernements mais permet aussi d'éviter de détruire le lien entre colonies et Londres. Cependant, les Indes ne sont pas concernées. Elles sont administrées par une compagnie privée, avant qu'elle ne disparaisse, dans un but purement commercial. La prise de contrôle de territoires est fortuite avant de devenir un programme défendu par la nécessité de la défense de la paix. Celle-ci étant payée par les Indes et ses habitant-e-s.

    La troisième et la quatrième partie permettent de comprendre le passage d'une logique impériale à une logique de Commonwealth, concept défini au cours du temps par les britanniques. Les colonies blanches entrent facilement dans cette logique. Les colonies du contient africains sont plus délicates. En effet, alors que les britanniques, au XXème siècle, souhaitent une égalité entre personnes ces territoires sont gérées sur une logique de supériorité de race face aux habitant-e-s, un racisme qui permet de justifier une inégalité civique mais aussi le travail forcé qui peut être de l'esclavage. Les colonies telles que l'Inde atteignent plus difficilement le liberté et l'égalité. Ce ne sont que les deux premières guerres mondiales qui permettent de mettre à bas la supériorité virtuelle des britanniques, économiquement et politiquement, qui ouvre la voie à une indépendance. Enfin, l'auteur termine sur un examen du fonctionnement du Commonwealth, de ses crises mais aussi des possibilités futures. Le livre marque ici son âge. Bien qu'il fût réédité en 1999 il fut écrit en 1971.

    Image : Éditeur

  • Le monde des villes au Moyen Âge par Simone Roux

    Titre : Le monde des villes au Moyen Âge
    Autrice : Simone Roux
    Éditeur : Hachette Supérieur 15 juillet 2004
    Pages : 256

    Nous connaissons bien les villes. Nous sommes nombreux à vivre au sein de ces structures. Mais celle-ci ont une histoire que, personnellement, je ne connais que peu. Je sais que durant la fin de l'antiquité les villes ont perdu en puissance au profit des campagnes pour des raisons socio-politiques. Mais les villes sont aussi restées importantes à cause de la puissance de l'Église et des évêques. Ce petit livre se veut une introduction à l'histoire médiévale des villes. Il fonctionne de manière chronologique du XIème au XVème siècle.

    La première partie se concentre sur les XIème au XIIIème siècles. Deux chapitres permettent de définir ce que l'on entend par ville durant la période médiévale. Un se concentre sur une définition globale basée sur le nombre d'habitant-e-s mais aussi la (re)création de villes. Un second nous montre la diversité des villes en se concentrant sur trois pôles et plusieurs exemples : le monde méridional, le monde flamand, le monde germanique et les grands royaumes en cours de formation soit l'Angleterre et la France. En dehors de ces deux chapitres, l'autrice essaie de nous expliquer le fonctionnement d'une ville. En particulier, elle montre leur place dans un monde basé sur la terre et le lien avec une seigneurie. Les villes, dans cet univers, reçoivent des droits et des devoirs particuliers qui leur permettent d'être des entités parfois proches de l'indépendance.

    La seconde partie se concentre sur le XIV siècle. L'autrice se concentre sur les problèmes posés par les villes. Bien que celles-ci aient des droits une partie de leur population souhaite un changement politique. Cependant, l'autrice montre que ces changements n'impliquent pas forcément de révolution. Il est demandé plus d'intégration de catégories externes mais la prise de pouvoir est immédiatement suivie d'une fermeture de la ville aux externes. Ces révoltes ne sont pas acceptées par les souverains qui répriment fortement les villes et bourgeois révoltés en leur supprimant des droits ou par un contrôle militaire. Ces échecs des révoltes dépendent aussi du souhait de paix et de calme d'une partie de la population.

    Les deux dernières parties se concentrent sur le XVème siècle et la fin de la période médiévale. Ces périodes sont celles d'une forme de pacification mais aussi d'une importance grandissante des villes. Elles deviennent des lieux de savoirs et de communications de ces savoirs. Les villes se transforment pour se rendre plus belles, suivant les modes de l'époque. Les universités se construisent, gagnant leur droit à être géré directement par la papauté. Mais ce sont aussi des moments de changements socio-politiques. Les marchands sont de plus en plus nombreux dans le milieu de la banque. De plus, la pauvreté est de moins en moins acceptée. Elle est vue comme un danger social. Les pauvres sont aussi considérés comme méritant leur condition. Seuls certains pauvres mériteraient une aide tandis que les autres sont expulsés.

    Ce petit livre ne fait qu'effleurer un large sujet. L'autrice nous offre une bibliographie importante qui permet d'aller plus avant dans les différents points qu'elle soulève. Elle ajoute aussi un grand nombre de documents en fin de chapitres qui permettent d'illustrer certains points précis. J'ai aussi apprécié les différents plans qui illustrent les chapitres, malheureusement la résolution est très mauvaise rendant difficile une bonne lecture. Je déplore aussi un certain nombre de coquilles.

    Image : Éditeur

  • La réforme par Richard Stauffer

    Titre : La réforme
    Auteur : Richard Stauffer
    Éditeur : Presses universitaires de France 2003
    Pages : 127

    Ni la Réforme ni la période moderne ne sont mes thèmes préférés. Pourtant, il est nécessaire de comprendre un minimum la réforme si l'on souhaite comprendre le fonctionnement politique de la période moderne. Pour cela, je me suis plongé dans ce vieux que-sais-je, la première édition date de 1970, qui examine trois lieux de la réforme en Europe. Ce petit livre permet donc d'avoir une idée générale de la réforme, de ses idées et du fonctionnement politique de celle-ci.

    Le premier et le second chapitre se concentrent sur les débuts de la réforme. L'auteur se concentre sur Luther dont il explique la recherche de salut et les conclusions que cela lui permet d'atteindre. Luther, dans un contexte de remise en cause du fonctionnement de l'église catholique, critique un certain nombre de dogmes dont l'achat des indulgences. Alors qu'il ne souhaite pas forcément créer un schisme il est condamné et doit accepter que son mouvement, d'abord intellectuel, devient une critique externe de l'église. Il refuse tout de même de mettre en cause le fonctionnement social ce qui lui permet d'être soutenu par les princes de l'Empire.

    Les chapitres 3 et 4 se concentrent sur trois lieux de réforme : Strasbourg, Zurich et Genève. L'auteur commence par examiner de quelle manière la réforme est acceptée par les magistrats de Zurich. Ils commencent par créer une dispute qui permet de justifier les idées réformées. Cependant, les réformés sont encore minoritaires au sein de la confédération helvétique et les cantons catholiques essaient de bloquer le mouvement lors de plusieurs guerres de religion internes à l'alliance. Malgré tout, les réformés prennent de l'importance en particulier à Berne. Ce canton, l'un des puissants de la confédération, permet de créer une forme de paix des religions au sein du pays. Genève suit la réforme afin de permettre de s'éloigner à la fois des seigneurs locaux et de l'église catholique. Mais Calvin ne réussit pas à imposer toutes ses vues aux magistrats. Cependant, Genève deviendra l'un des centres les plus importants de la réforme en Europe. La ville soutient les œuvres de Calvin après l'avoir rappelé ce qui permet de créer un horizon pour les réformés du royaume de France.

    Enfin, l'auteur se concentre sur l'anglicanisme. Il explique que celui-ci dépend d'abord de la couronne britannique. Cela le conduit à examiner l'importance de Henry VIII, de son fils Edouard VI et d'Elisabeth I. Bien que Marie Tudor ait tenté un retour au catholicisme, la division avec le Pape est consacrée par Elisabeth I. Cette réforme permet de donner un pouvoir important à la couronne face à l'église catholique. Mais elle est aussi ambiguë puisque l'église anglicane se rapproche des réformés tout en acceptant certaines idées catholiques. Ce qui supporte des partis plus ou moins proches ou éloignés du catholicisme et de Luther tout en offrant la capacité à Henry VIII de se rapprocher de l'un ou de l'autre selon les besoins.

    Un si petit livre ne peut pas donner une vision complète de la réforme, de ses effets ni des personnages. Son but est d'offrir une introduction au thème. Bien que le livre soit ancien et que les recherches plus récentes aient probablement mis en question beaucoup d'informations, l'auteur explicite tout de même les débats historiographiques de son époque.

    Image : Amazon

  • La guerre froide par Stanislas Jeannesson

    Titre : La guerre froide
    Auteur : Stanislas Jeannesson
    Éditeur : La Découverte 2014
    Pages : 128

    Après la Deuxième Guerre Mondiale les pays alliés afin de faire tomber les régimes fascistes et nazis se sont divisés selon leurs idéologies. D'un côté nous avions le bloc de l'ouest et de l'autre le bloc de l'est. Le monde entier de l'après-guerre fut modelé selon cette division que l'on a nommé la Guerre Froide. Guerre car les deux blocs sont ennemis mais froide car les deux blocs ne se sont que rarement heurtés directement. Suivant en cela une logique basée sur la nécessité d'éviter une guerre qui pourrait devenir nucléaire. Ce petit livre de la collection Repère doit permettre de mettre en avant les processus principaux de la Guerre Froide en 5 chapitres.

    La construction est fortement chronologique. Le premier chapitre se concentre sur les années 1942 à 1948. L'auteur met en avant la nécessité qui permit de s'allier entre pays d'idéologies contraires. Mais il explicite aussi les divisions entre les alliés. Celles-ci prennent de l'importance après la guerre alors que la création d'un nouvel ordre mondial qui doit permettre de garantir la paix est demandé par les Etats-Unis. L'URSS, elle, est toujours sous le contrôle de Staline qui souhaite avant tout défendre son territoire face à une potentielle nouvelle invasion. Ceci conduit à mettre en place l'idée de zones d'influences dans lesquelles les autres pays n'interviennent pas.

    Le second chapitre se concentre sur les années 1948-1962. L'auteur s'intéresse à plusieurs continents afin de nous montrer de quelle manière le monde est divisé entre les deux blocs. L'URSS consolide son influence sur plusieurs pays tandis que les Etats-Unis mettent en place la stratégie du Containment soit d'empêcher toute exportation de l'idéologie communiste. Cette stratégie est observée à Moscou comme une tentative d'encerclement. Les deux blocs se combattent mais évitent d'aller trop loin dans leurs demandes ou leurs actions lors des crises de cette période. Celle-ci permet aussi de marquer la fin de l'influence des anciennes puissances coloniales européennes que sont le Royaume-Uni et la France.

    Le troisième et le quatrième chapitre se concentrent sur la détente et la fin de la Guerre Froide. Après la crise de Cuba, l'URSS et les Etats-Unis décident d'ouvrir le dialogue afin d'éviter une crise qui pourrait déboucher sur une guerre nucléaire. Cela conduit les deux puissances à signer des accords de contrôle de l'armement qui permet de baisser le nombre de missiles en Europe et dans le monde. Cette période débute aussi la division du monde communiste en plusieurs groupes d'influences ainsi que la force grandissante des pays dit du tiers-monde. Ceux-ci tentent de créer une troisième voie entre les deux puissances, ce qui permet de mettre en question l'influence des Etats-Unis mais aussi de l'URSS. Les Etats-Unis, en particulier, sont critiqués pour leur soutien envers des régimes dictatoriaux et pour leurs actions lors de la guerre du Vietnam.

    Enfin, un dernier chapitre permet de conceptualiser la Guerre Froide. L'auteur s'intéresse à des thèmes précis. Par exemple, il explique comment fonctionne une crise durant la Guerre Froide. Mais il explique aussi l'importance de l'idéologie ce qui lui permet de parler du Maccarthysme. De plus, il explicite la place du nucléaire et les différentes stratégies qui ont permis d'user de cette puissance sans créer de risques de guerre nucléaire. Ce chapitre conclut ce petit livre qui, bien entendu, ne parle pas de tous les événements. L'auteur tente de nous offrir un minimum de connaissances nécessaire pour comprendre cette période et le passage à un monde avec une unique super-puissance.

    Image : Éditeur

  • Un monde en nègre et blanc. Enquête historique sur l'ordre racial par Aurélia Michel

    Titre : Un monde en nègre et blanc. Enquête historique sur l'ordre racial
    Autrice : Aurélia Michel
    Éditeur : Seuil janvier 2020
    Pages : 391

    Je ne connais que peu l'histoire du racisme et de l'esclavage. J'en connais ce que j'ai appris à l'école mais pas plus. J'en connais ce que je lis à l'aide des militant-e-s antiracistes. Je ne suis donc pas la bonne personne pour savoir si l'autrice et ce livre sont bons. Aurélia Michel est, selon la quatrième de couverture, historienne spécialiste des Amériques noires et chercheuse au centre d'étude en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques. Dans ce livre, elle tente de comprendre de quelle manière l'ordre raciale s'est constitué en commençant pas établir ce qu'est la race et l'esclavage. Elle conceptualise l'esclavage par le refus d'un accès à la parenté et l'ordre racial comme un moyen de justifier et concrétiser ce non-accès. Pour cela elle construit trois parties.

    La première partie conceptualise l'esclavage en l'inscrivant dans le temps long. L'autrice notre que l'esclavage implique une sortie de l'ordre social et de la parenté. Elle note aussi que l'institution fonctionne dans une large partie des communautés humaines et ne concerne pas forcément des personnes noires. En ce qui concerne l'Europe, des personnes blanches peuvent être vendues car elles ne sont pas membres de la communauté chrétienne. On découvre la même chose pour les personnes musulmanes. Ce n'est que parce que l'Europe occidentale perd son statut de centralité au sein du monde que l’esclavage y perd en importance en faveurs du servage. Mais la découverte des Amériques et des côtes de l'Afrique par des Européens permet de retrouver et de recréer les routes de l'esclavage.

    Dans une seconde partie l'autrice examine le fonctionnement de la traite. Elle montre que l'esclavage implique une déshumanisation. On n'achète pas un être humain mais une force de travail. Cette force de travail implique un contrôle et une productivité économique. Mais il existe des tensions entre la déshumanisation et l’humanité des personnes en esclavage. Celle-ci commence à être niée par des constructions scientifiques de ce qui deviendra la race. Elle permet d'user de violence, de créer des différences irréconciliables entre personnes blanches et noires et surtout de justifier ses actes. Même si certaines personnes, en métropole, sont contre l'esclavage ce n'est pas pour des raisons humanitaires mais économique. L'esclavage est vu comme économiquement moins rationnel que le travail libre, qui deviendra le salariat. La fin de l'esclavage s'accompagnant de lois en faveurs du travail forcé chez les anciens maitres mais aussi d'une compensation des anciens maitres.

    Une troisième partie s'intéresse aux nations et à la création des races entre 1790 et 1950. L'autrice explique de quelle manière la fin de l'esclavage a impliqué une création dites scientifique des races. Cette création permet de distinguer les personnes blanches des autres tout en rapprochant les personnes racisées, et particulièrement les personnes noires, de la barbarie et de l'absence de civilisation. Ceci permet de justifier l'inégalité dans les colonies et au sein des sociétés. En effet, les personnes noires ne seraient pas prêtes à atteindre le niveau de civilisation des personnes blanches. C'est le travail qui serait, en particulier, le marqueur de la civilisation. Tant que les personnes noires ne seraient pas capables de travailler il serait nécessaire d'introduire le travail forcé. La création du racisme permet aussi de justifier un ordre racial hiérarchisé qui puisse prendre en compte les personnes nées d'un parent blanc et d'un parent racisé. L'autrice mentionne aussi l'importance d'un tel ordre en faveurs des classes les plus défavorisées en Europe. Elles seraient toujours supérieures aux autochtones au sein des colonies. Tout comme l'autrice commence par le refus scientifique de l'existence des races elle termine là-dessus. Mais sa conclusion indique que le racisme n'a pas disparu. Il est encore systématique au sein de nos sociétés et l'on en trouve des traces dans toutes les interactions sociales et dans les institutions de nos démocraties.

    Site de l'éditeur

  • La mécanique de l'arbitraire. Internements administratifs en Suisse 1930-1981. Rapport final. Volume 10 B par Urs Germann et Lorraine Odier

    Titre : La mécanique de l'arbitraire. Internements administratifs en Suisse 1930-1981. Rapport final. Volume 10 B
    Auteur-e-s : CIE Internement administratif, Urs Germann et Lorraine Odier
    Éditeur : Alphil 2019
    Pages : 392

    TW : mention d'abus physiques, mentions d'abus sexuels, racisme

    La CIE Internement Administratif a travaillé pendant plusieurs années sur mandat de la Confédération. Lors de l'année 2019, elle a publié les différents rapports concernant le fonctionnement de l'internement administratif jusqu'en 1981. Certains sont des portraits des personnes concernées. Ce volume et le 10ème, et dernier, en version intégralement traduite en français (version B). Le livre est constitué de trois parties.

    La première partie est la plus importante du rapport. Elle synthétise tous les travaux de la CIE. Le but de cette partie est donc d'offrir une vision complète des travaux de la Commission sans utiliser un vocabulaire spécialisé et avec un appareil critique peu important. La plupart des chapitres renvoient aux autres volumes de la CIE, bien plus précis. Cependant, les 6 chapitres permettent de comprendre pourquoi l'internement administratif est utilisé, comment il est utilisé et combien de personnes sont concernées. Le récit suit la structure d'un cas tout en donnant des exemples précis. De plus, les auteur-e-s ajoutent des sources commentées entre les chapitres.

    La seconde partie est rédigée par des personnes concernées. La CIE a demandé à plusieurs de ces personnes d'exprimer leurs attentes ou leurs besoins face à l'état ou face à la CIE elle-même. Tous les textes marquent l'importance de la souffrance et l'impact d'un internement sur la vie des concerné-e-s. Ce qui frappe est l'importance de l'écoute sans jugement, de la connaissance des raisons pour un internement et du respect demandé. Les textes montrent aussi méfiance et cynisme face aux actions de la confédération, considérées soient comme trop modestes soit manipulées pour éviter des coûts trop importants.

    La dernière partie concerne des propositions d'action de la part de la CIE. Celles-ci impliquent toujours d'intégrer les personnes concernées dans les décisions. Elles dépendent aussi d'un changement législatif. Plusieurs des mesures proposées sont de nature financière, comme une rente à vie ou encore un abonnement CFF à vie afin de permettre les voyages. La CIE propose aussi la constitution d'un organisme spécialisé qui permette de soutenir les personnes concernées, de soutenir la recherche et la création d'archives mais aussi de permettre l'enseignement de cette période au sein des écoles. Le but de ces mesures est de permettre un accès à la dignité économique mais aussi civique.

    Ce 10ème rapport marque la fin des productions de la CIE Internement Administratif. À ma connaissance, aucune des propositions n'a été suivies d'effets malgré les besoins importants de personnes concernées. De plus, et comme le dit le rapport, il reste encore de nombreux points à explorer et comprendre. Le rapport mentionne le PNR 76 qui devrait offrir de nouvelles informations sur cette part de l'histoire helvétique.

    Image : Éditeur

  • Nations et nationalisme depuis 1870. Programme, mythe, réalité par Eric Hobsbawm

    Titre : Nations et nationalisme depuis 1870. Programme, mythe, réalité
    Auteur : Eric Hobsbawm
    Éditeur : Gallimard 24 janvier 2001 (1992)
    Pages : 384

    Je doute avoir besoin de présenter Eric Hobsbawm. Il est connu pour ses travaux sur les révoltes mais aussi pour son triptyque sur le XIXème siècle suivi par son histoire du court vingtième siècle. Il est aussi connu pour ses positions politiques dont il use dans ses travaux. Ce livre est un agrégat de conférences données dans le cadre d'un événement précis. Hosbawm les a réécrites et ajoutées une introduction et un dernier chapitre conclusif qui lui permet de faire le lien avec les événements les plus récents lors de la première édition du livre en 1990. Le livre est donc constitué de 6 chapitres qui permettent à l'auteur d'expliquer, à l'aide de l'histoire, ce qu'est la nation et le nationalisme.

    Les différentes conférences essaient de nous expliquer ce qu'est la nation et le nationalisme et leur construction. Il est donc assez logique de débuter durant le XIXème siècle lorsque celle-ci ont été conçues comme entités historiques. Hobsbawm considère que les nations ne sont pas formées par le peuple mais par des élites qui essaient d'imposer une histoire commune et une culture commune. La culture est portée, en particulier, par la langue qui est (re)construite et défendue face aux autres langues du pays.

    De plus, il explicite le projet nationaliste. Selon l'auteur, le but n'est pas de créer une multitude de petites nations mais un petit nombre de grandes nations avant de créer un gouvernement mondial. Personnellement, je ne sais pas si je suis en accord avec l'auteur concernant ce point. Mais ceci lui permet d'expliquer pourquoi les petits groupes linguistiques ne sont pas immédiatement pensés comme des nations en droit d'avoir leur propre état souverain. Même la doctrine Wilson souhaite d'abord relier les grands ensembles linguistiques et non créer des petites nations linguistiques. Ce changement serait plus récent.

    Hobsbawm explicite aussi l'échec de l'internationalisme de gauche. Celui-ci devait créer un lien transnational entre membres d'une même classe : les ouvriers. Mais ce lien fut détruit lors de la Première guerre mondiale alors que les ouvriers acceptèrent de se battre contre d'autres ouvriers lors de la guerre. Hobsbawm explique ceci par l'absence, pour les ouvriers, d'un différentialisme entre l'identité nationale et l'identité de classe.

    Je ne suis pas tout à fait certain d'avoir compris la pensée d'Hobsbawm au sein de ce livre. Je ne pense pas non plus être d'accord avec lui. Bien que je ne pense pas qu'Hobsbawm essaie de défendre la fin des nations il souhaite cette fin qu'il considère, si j'ai bien compris, être un changement quasiment naturel puisque des états multinationaux et multiethniques sont de plus en plus nombreux. Ses propos permettent aussi de questionner l'impression de la naturalité des langues, ethnies et nations qui sont construites au fil du XIXème et du XXème siècle. Mais peut-on pour autant penser que le nationalisme arrive à sa fin ? J'ai des doutes.

    Image : Éditeur

  • La cité dans le monde grec par Raoul Lonis

    Titre : La cité dans le monde grec
    Auteur : Raoul Lonis
    Éditeur : Armand Colin 20 janvier 2016
    Pages : 320

    Je ne connais pas grand-chose au monde grec antique. En dehors de l'école, j'ai suivi 6 mois d'histoire basique sur l'antiquité grecque mais rien de plus. Il y a donc un manque important dans ma culture antique et j'ai souhaité le combler en partie en m'intéressant aux institutions des Cités grâce à ce manuel de Raoul Lonis chez Armand Colin. Celui-ci est divisé en 4 parties et 13 chapitres.

    Après une introduction qui permet de conceptualiser le terme de Cité et d'expliquer son émergence la première partie se concentre sur les membres et les exclus de la Cité. L'auteur parle des citoyens, des femmes, des libres non-citoyens et des non-libres. Ces quatre chapitres permettent de comprendre quels sont les rôles des différentes personnes au sein des Cités. On observe que la citoyenneté implique des droits spécifiques et surtout la capacité d'en user. Mais la citoyenneté est définie différemment entre les différentes Cités. Certaines sont très restrictives tandis que d'autres sont plus ouvertes. Cependant, la capacité de se battre en hoplite est souvent mis en avant. Les femmes ne sont pas citoyennes mais elles ont une importance pour la vie de la Cité, en particulier la vie religieuse.

    La seconde partie s'intéresse à l'espace de la Cité. En premier lieu, l'auteur examine le fonctionnement de cet espace. Il décrit la Cité en elle-même, constituée de lieux symboliques pour la religion et le pouvoir civique. Il décrit aussi l'espace rural agricole qui permet de nourrir les habitant-e-s. Ensuite, il explique de quelle manière cet espace est défendu. Il explicite les tactiques militaires, tout en marquant certaines critiques envers leurs analyses actuelles. Enfin, il s'intéresse à l'économie. Outre les capacités agricoles, il examine l'importance du travail servile en particulier pour les métiers dangereux et difficiles, par exemple le travail dans les mines.

    La troisième partie concerne la communauté. L'auteur commence par décrire les différentes solutions de vie en communauté examinées par les auteurs grecs anciens ce qui lui permet de parler des différentes solutions politiques : démocratie, oligarchie et tyrannie. Cette partie donne aussi un grand nombre d'informations sur la vie au sein des Cités, religieuse et militaire. On comprend que les liens communautaires sont importants et que les rituels religieux et civiques permettent de créer ces liens. L'auteur prend aussi le temps d'examiner les problèmes d'inégalités socio-économiques et la manière dont les grecs anciens ont tenté d'y répondre. En dehors du cas de Sparte, dont on ne sait que peu de choses, il y a la possibilité de migrer pour fonder une colonie.

    Une dernière partie parle des relations entre l'autre, l'étranger, et les cités. Le premier chapitre examine de quelles manière les étrangers à la Cité sont accueillis. Malgré une méfiance importante, il existe une tradition d’hospitalité. Celle-ci a pu se concrétiser par la nomination de personnes spécifiques chargées d’accueillir les étrangers provenant d'une Cité précise, par exemple des spartiates à Athènes. L'auteur nous parle aussi du besoin de protéger les hérauts, les ambassadeurs et les pèlerins. Chaque catégorie implique une solution précise aussi bien religieuse que politique. Dans le dernier chapitre, l'auteur examine les solutions d'alliances ou de confédérations entre plusieurs Cités. Il explique le but de ces solutions mais aussi leurs limites. En particulier, les alliances sont examinées avec les problèmes posés par des Cités qui prennent l'ascendant sur les autres membres de l'alliance.

    Ce manuel est dense. Il implique aussi un nombre de connaissances minimum concernant la chronologie de la Grèce antique. Sans ces informations, il peut être difficile de comprendre certains changements et concepts mis en avant par l'auteur. Malgré ces limites, le livre est intéressant. Il s'intéresse à de nombreux sujets et tous les chapitres sont suivis d'une bibliographie thématique. J'ai aussi apprécié la présence de sources au sein même du texte. Le lexique, en fin d'ouvrage, est aussi très utile pour comprendre certains termes que l'on a rarement l'occasion de rencontrer lorsqu'on ne s'est pas trop intéressé à ce sujet. Je conseillerais donc de lire ce manuel après avoir une connaissance minimale de l'histoire grecque.

    Image : Éditeur

  • Le citoyen dans la Grèce antique par Claude Mossé

    Titre : Le citoyen dans la Grèce antique
    Autrice : Claude Mossé
    Éditeur : Nathan 1993
    Pages : 127

    La Grèce ancienne est une civilisation que nous fascine. On la pense au centre de notre histoire aussi bien politique que culturelle. Vu que j'apprécie particulièrement la période antique je m'intéresse aussi beaucoup à la Grèce, mais je ne connais que peu cette histoire. Ce petit livre n'offre pas un récit. L'autrice se concentre sur une question précise : comment devient-on citoyen à Athènes et dans les cités grecques ?

    L'autrice a conçu son exposé en 5 chapitres. Le premier se base sur la période archaïque. L'autrice y examine les récits d'Homère afin de comprendre et de nous expliquer comment la citoyenneté fut conçue au fil de l'histoire. Elle met l'accent, en particulier, sur la fonction hoplitique qui implique une égalité des personnes au sein du combat et dans l'argent pillé. Mais elle montre aussi le fonctionnement des différents régimes et l'existence d'inégalités politiques et économiques.

    Les trois chapitres qui suivent se concentrent sur une période différente. L'autrice utilise largement l'exemple d'Athènes, par commodité au vu de l'état des sources. On y découvre une description précise des différents aspects de la citoyenneté. Elle commence par expliquer de quelle manière on devient citoyen. Ce qui lui permet de noter plusieurs possibilités aussi bien légales, qu'illégales. Athènes, par exemple, demande que les deux parents soient citoyens et le jeune homme doit être accepté par une assemblée avant d'être reconnu citoyen. Dans le chapitre 3, elle nous explique le rôle des citoyens. Ceux-ci sont censés travailler la terre afin de payer leur équipement d'hoplites tout en suivant les rituels religieux de la cité. Bien entendu, l'idéal est différent de la réalité. Des athéniens n'ont pas les moyens d'être hoplites tandis que d'autres ne travaillent pas la terre payant des gens ou utilisant des esclaves pour cela. Enfin, elle nous explique ce qui permet d'être déchu de la citoyenneté. Ce sont aussi bien les sanctions que les actes de personnes qui sont défavorables envers la démocratie. Mais il faut noter, aussi, le désintérêt d'une partie des citoyens qui n'agissent pas réellement lors des assemblées, ou qui ne s'y rendent pas.

    Enfin, le dernier chapitre pose la question de la théorie de la citoyenneté à l'époque même. Elle présente différents philosophes et leurs idées concernant la cité idéale. Ces idées, qui n'ont pas été mises en pratiques, permettent de comprendre comment une partie des élites grecques pensent la citoyenneté. Pour conclure, il faut ajouter que l'autrice ajoute des extraits de documents à la fin de tous les chapitres. Ce petit livre ne permet pas de connaitre le récit historique mais il permet de comprendre une question précise, et importante, concernant la civilisation grecque. Il vaut tout de même mieux posséder un minimum de connaissances pour comprendre ce livre.

    Image : Amazon

  • L'Europe et le monde. XVIe-XVIII siècle par François Lebrun

    Titre : L'Europe et le monde. XVIe-XVIII siècle
    Auteur : François Lebrun
    Éditeur : Armand Colin 9 février 2018
    Pages : 352

    Voilà un livre dont la lecture fut laborieuse. Que je n'apprécie pas particulièrement l'époque dites moderne a dû jouer sur ma capacité à terminer ce livre. Il faut aussi ajouter une grande densité des événements, personnages et lieux puisque l'auteur essaie de synthétiser trois siècles extrêmement riches tout en souhaitant parler du monde entier. Un programme aussi ambitieux peut difficilement tenir sur un nombre de pages restreint. Le nombre de chapitres permet de le comprendre, pas moins de 22. Au vu de la densité il est difficile de résumer un tel ouvrage mais je vais m'y essayer.

    Sans user d'une présentation chapitres par chapitres, inutile dans le cas présent, il faut tout de même essayer de mettre en avant une certaine construction. L'auteur, François Lebrun, nous montre tout d'abord une histoire politique riche. Les différents royaumes de l'Europe se constituer les uns par rapports aux autres lors de différentes guerres qui permettent d'amoindrir ou d'augmenter la force de certaines couronnes. L'auteur réussit aussi à nous parler d'états peu connus, en Suisse, comme la Suède, les Provinces-Unies mais aussi la Russie.

    L'auteur essaie aussi de mettre en avant les changements culturels et scientifiques. L'art, le baroque et le classicisme, se voient consacrés des chapitres entiers. Le rationalisme est aussi mis en avant permettant d'introduire les Lumières et d'expliquer comment les scientifiques commencent à être des professionnels soutenus par les états. Mais c'est surtout la religion qui prend une place importante dans ce livre. En effet, les trois siècles examinés sont ceux de nombreuses guerres de religions entre protestants et catholiques. Ces guerres ne permettent plus d'unir l'Europe sous une religion unique ce qui a des conséquences politiques.

    Enfin, l'auteur essaie de faire une histoire mondiale. Bien que les deux points précédents soient réussis, je pense que ce dernier essai est un échec. Certes, l'auteur parler des Indes, des Grandes Découvertes et des Amériques. Mais ce sont surtout les colonies européennes qui sont mises en avant et les actions européennes. L'histoire du continent africain est à peine explicitée dans un unique chapitre avant de disparaitre. L'histoire de l'Inde dépend de l'examen des rivalités coloniales. L'Amérique du Sud et celle du Nord sont dans le même cas alors que les empires ne sont que peu décrits. Je ne connais pas grand-chose à ces histoires, mais l'auteur échoue, à mon avis, largement à les mettre en avant. Il reste centré sur l'Europe et sa main mise sur le monde.

    Image : Éditeur

  • Le couronnement impérial de Charlemagne (25 décembre 800) par Robert Folz

    Titre : Le couronnement impérial de Charlemagne (25 décembre 800)
    Auteur : Robert Folz
    Éditeur : Gallimard 1989
    Pages : 352

    Ce livre provient d'une ancienne collection chargée de présenter les dates fondatrices de l'histoire de France. Il est édité tout d'abord en 1964. L'édition que j'ai lue est celle révisée de 1989. Je ne suis malheureusement pas capable de vérifier l'adéquation entre cette révision et l'historiographie actuelle, ce qui n'enlève rien au texte. Celui-ci est parfois un peu daté et les références un peu anciennes mais l'auteur réussit à brosser un tableau du monde carolingien autours de l'événement du 25 décembre 800. Il fait ceci en trois livres, comme il le dit.

    Le premier livre nous résume l'histoire de la fin des mérovingiens jusqu'à Charlemagne. C'est une longue histoire. L'auteur doit expliquer comment une nouvelle dynastie a pu prendre la dignité royale aux mérovingiens. Ces derniers, pour des raisons spécifiques que d'autres livres explicitent, ne sont plus capables de forcer leur pouvoir. Ce pouvoir est tenu par les maires du palais qui seront les créateurs des carolingiens. Ce n'est qu'à l'aide du Pape que les carolingiens prennent le contrôle de la royauté, tout en se faisant élire par les grands du peuple Franc. À la suite de cela, une réforme de l'état est mise en place. Cette réforme sera particulièrement importante sous Charlemagne qui essaie de consolider son territoire, d'éviter les dangers et de communiquer ses décisions judiciaires à l'aide d'envoyés spécifiques.

    Le second livre, qui prend le plus de pages, permet d'expliquer comment Charlemagne reçoit la titulature impériale. Celle-ci n'est pas facile à faire accepter. En effet, un empereur existe déjà à Byzance, ce dernier est censé contrôler le Pape et la ville de Rome. Mais son influence est de moins en moins importante et le Pape est obligé de demander l'aide des Francs contre les Lombards ce qui crée un lien de protection. De plus, l'empereur est déposé par sa mère qui prend le titre pour elle-même. L'auteur met en avant des problèmes religieux entre l'ouest et l'est mais aussi des problèmes politiques pour le Pape Léon III. En 800, Charlemagne se rend à Rome pour consolider le pouvoir du Pape face à es opposants qui avaient tenté de le destituer et, dans la foulée, il est nommé Empereur par le Pape. Cette titulature implique un risque de guerre avec Byzance qui n'accepte pas ce nouvel empereur. De plus, Charlemagne n'apprécie d'être nommé par le Pape. Il essaie de rendre l'église débitrice et dépendante tout en nommant lui-même son fils empereur, à la fin de sa vie. Il y a donc une construction longue de l'idéologie impériale qui doit permettre aussi bien un contrôle territorial, spirituel et d'éviter trop de frictions avec Byzance.

    Enfin, le dernier livre se consacre à la fin de l'empire et à son usage par les rois de France. Le fils de Charlemagne, Louis le Pieux, essaie de consacrer l'Empire tout en le divisant entre ses fils. L'ainé serait l'Empereur et les autres contrôlent des territoires tout en lui étant soumis. Mais la naissance d'un nouveau fils, avec une seconde femme, brise cette division déjà difficilement acceptée. Les trois ainés se révoltent contre leur père et le déposent. Pour que deux des frères décident de le remettre sur le trône impérial par suite des actions de leur frère ainé. Les combats entre les frères puis entre les frères et leurs neveux brisent l'unité de l'Empire qui ne sera jamais plus complet. De plus, l'Église reprend le contrôle de la nomination des empereurs chargés de la protection de la chrétienté. En moins d'une génération, l'Empire carolingien perd de sa substance. Cependant, l'idée impérial et l'importance de Charlemagne gardent de la substance au sein du royaume de France. Les capétiens, lors de la septième génération, se marient avec une descendante de Charlemagne tandis que les chansons de Gestes créent une mythologie qui permet de justifier le pouvoir des rois de France, leur permettant de se déclarer empereur dans leur royaume et non soumis à un autre dirigeant terrestre.

    Il faudrait examiner les informations données par l'auteur. En particulier, j'aimerais savoir à quel point le livre a été actualisé en 1989 car, depuis 1964, la recherche a modifié notre connaissance de l'époque carolingienne. Certains propos de l'auteur donnent l'impression d'une manière ancienne de concevoir les mérovingiens, pour ne prendre qu'un exemple. Mais ces problèmes historiographiques ne gâchent pas la lecture d'un livre qui suit un programme précis et qui, selon moi, le réussit.

    Image : Éditeur

  • « Folâtrer avec les démons » - Sabbat et chasse aux sorciers à Vevey (1448) par Martine Ostorero

    Titre : « Folâtrer avec les démons » - Sabbat et chasse aux sorciers à Vevey (1448)
    Autrice : Martine Ostorero
    Éditeur : Cahiers Lausannois d'Histoire Médiévale 2008
    Pages : 323

    La Suisse fut l'un des berceaux de la chasse aux sorcières. Inévitablement, de nombreuses recherches ont permis de mieux comprendre cette histoire. Une partie importante de ces recherches, mémoires et thèses, sont publiées au sein des Cahiers Lausannois d'Histoire Médiévale. Ce livre est la réédition de l'une de ces recherches menées par Martine Ostorero, connue pour son expertise concernant le sujet.

    Le livre est divisé en 6 parties. La première partie permet à l'autrice de situer les différents procès qu'elle analyse. Elle nous explique non seulement comment l'inquisition est mise en place en Suisse romande mais elle explicite aussi la procédure et les membres du tribunal. Ceci nous permet de comprendre non seulement comment les personnes accusées sont entendues mais aussi de nous rendre compte du lien fort entre les différentes personnes, qui se connaissent au moins de noms.

    Les trois autres parties sont les présentations et analyses des procès proprement dit. L'autrice en fait un examen précis suivant presque au jour le jour les événements. Ces analyses se suivent de la même manière que les procès démontrant le lien entre les trois personnes, qui se mentionnent mutuellement. Ce sont deux hommes et une femme qui sont accusées. De ces trois personnes, seule la dernière va être pardonnée, à l'aide de soutiens politiques probablement, mais au prix d'une pénitence couteuse en temps et en argent.

    Les deux dernières parties permettent de resituer les trois procès dans un espace et une temporalité plus longue. En particulier, l'autrice examine les termes utilisés. Par exemple, elle explicite la signification du mot vaudois, une hérésie, utilisé pour décrire les trois personnes jugées. Cette partie tente aussi d'expliquer pour quelles raisons une chasse a lieu à cette époque. L'autrice fait l'hypothèse d'un lien avec la guerre de Fribourg qu'elle valide par un exemple ultérieur dans un contexte similaire.

    Ces différentes parties sont très intéressantes. Elles sont d'autant plus riches qu'elles sont suivies de l'édition traduite des trois procès, nous permettant de lire le texte même des questions et réponses traduites par un notaire. L'autrice nous offre aussi plusieurs textes en annexes, malheureusement en latin, ainsi que des notices biographiques des personnes impliquées et une très utile chronologie. Ces différents ajouts font de ce livre un indispensable pour une personne qui souhaite mieux comprendre un épisode particulier tout en souhaitant lire les textes traduits.

    Image : Éditeur

  • Institutions romaines. Des origines aux Sévères par Jérôme France et Frédéric Hurlet

    Titre : Institutions romaines. Des origines aux Sévères
    Auteurs : Jérôme France et Frédéric Hurlet
    Éditeur : Armand Colin 25 septembre 2019
    Pages : 320

    Bien que la période antique romaine soit souvent montrée au cinéma, que ce soit par reconstruction historique ou des influences, on connait surtout quelques personnages et quelques moments particuliers. Les guerres civiles, César, Octave et Cléopâtre mais aussi la violence de la politique sont souvent montrées. Mais le fonctionnement des institutions politiques est difficile à appréhender. Il est à la fois très familier et très particulier. On trouve des termes connus, mais on trouve aussi un fonctionnement basé aussi bien sur le respect de la loi que sur le respect des coutumes et des rituels. Le fonctionnement des institutions romaines est particulièrement compliqué à comprendre et à expliquer mais il est nécessaire de les comprendre quand on étudier la période romaine.

    Les deux auteurs de ce manuel se donne la mission de les expliquer en 8 chapitres et une introduction. Cette introduction est particulièrement intéressante puisqu'elle permet aux auteurs d'expliciter l'historiographie autours de l'analyse des institutions, ce qui implique de mentionner l'importance de Mommsen (un auteur que je ne n'ai jamais lu). On comprend mieux comment s'est constitué l'histoire des institutions politiques et les débats historiques autours de ce thème. Les deux auteurs prennent position en revendiquant l'importance d'analyser les institutions, tout en n'oubliant pas les rituels.

    La première moitié du livre se concentre sur le fonctionnement de la République, en commençant par parler de la royauté. Les auteurs nous expliquent que la connaissance de la période royale de Rome est particulièrement difficile. On doit se baser sur des récits littéraires qui ne sont pas forcément en adéquation avec la réalité historique. À mon grand plaisir, les auteurs nous donnent des informations provenant des dernières recherches. Ils montrent que la République s'est constituée sur le long terme sur fond de tensions sociales et non directement après la chute de la royauté. De plus, ils thématisent la question de la crise de la République qui mena à plusieurs guerres civiles après avoir expliqué concrètement le fonctionnement des magistratures.

    La seconde partie se concentre sur le fonctionnement du Principat. Les auteurs n'examinent pas la période du Dominat, après les Sévères. Bien entendu, ils commencent par examiner les choix politiques d'Auguste. Cet examen leur permet de mettre en lumière les phases de construction du Principat qui dépendent en grande partie des circonstances et des besoins d'Auguste. Mais les auteurs explicitent aussi le fonctionnement réel du pouvoir impérial et les domaines sur lesquels le Prince peut agir. On comprend que le Prince fonctionne dans le cadre d'institutions républicaines tout en recevant un pouvoir personnel important. J'ai particulièrement aimé le chapitre qui examine les successions. Les auteurs explicitent comment les Princes peuvent choisir les successeurs mais surtout pour quelles raisons il n'y a pas de règles précises. Le Prince reste choisi par le sénat, l'armée et le peuple avant de provenir d'une famille. Enfin, le dernier chapitre se concentre sur le fonctionnement du Principat au sein du gigantesque espace de l'empire. Ce qui permet au livre de conclure sur l'importance numérique faible de l'administration impériale, rendant son pouvoir moins important.

    Ce manuel implique d'avoir certaines connaissances sur l'histoire de Rome. En effet, les auteurs n'entrent pas dans le détail des faits ou des personnages ce qui peut créer de la confusion. Mais si vous avez une idée précise du déroulement de l'histoire romaine vous trouverez, dans ce livre, des informations passionnantes sur le fonctionnement des institutions romaines. J'ai beaucoup appris tout en n'étant pas totalement vierge de connaissances, malheureusement parfois un peu datée.

    Image : Éditeur

  • Les femmes dans la France moderne. XVIème-XVIIIème siècle par Dominique Godineau

    Titre : Les femmes dans la France moderne. XVIème-XVIIIème siècle
    Autrice : Dominique Godineau
    Éditeur : Armand Colin 19 août 2015
    Pages : 312

    Je l'ai déjà dit, la période moderne n'est de loin pas ma préférée. Elle commence par la fin de la magnifique période médiévale et se termine par mon intérêt le plus important : l'époque contemporaine. Mais que je ne sois pas très intéressé par la période moderne n'implique pas que tout soit inintéressant. Au contraire, l'histoire des femmes et les études de genre montre à quel point la période est passionnante. Ce livre de la collection U se destine à constituer un ouvrage synthétique sur l'histoire des femmes de la période. Un programme ambitieux qui est, je crois, réussi. L'autrice divise son ouvrage en trois grandes parties.

    La première partie débute par un examen du "cadre mental et juridique." Ce chapitre nous permet de comprendre comment les intellectuel-le-s de la période moderne pensent la place des femmes et les femmes. On y trouve l'idée que les femmes sont imparfaites. Mais bien qu'une partie importante des penseurs en déduisent une infériorité légale, qui existe, d'autres pensent les femmes comme égales aux hommes. L'infériorité ne dépendant que de circonstances sociales. Deux autres chapitres permettent de comprendre la place des femmes dans le monde public, par exemple le travail, mais aussi dans la famille. Ces chapitres permettent de mettre en question l'idée que les femmes ne travailleraient pas, au contraire elles ont toujours travaillé.

    Une seconde partie se concentre sur les "domaines interdits." L'autrice commence par parler du pouvoir politique en examinant la place des reines. Alors que celles-ci sont d'abord liées au pouvoir politique, mais inférieures, elles perdent peu à peu de leur pouvoir symbolique ne devant que des campagnes du roi. Ce qui ne les empêche pas de pouvoir prétendre à la régence, suivant en cela une tradition féodale. Le domaine de la religion est aussi un lieu d'interdits. En particulier, les femmes ne devraient pas tenter d'apprendre à lire la Bible et ne devraient pas prêcher. Ces interdits sont mis en question par les réformé-e-s qui voient dans l'éducation biblique des femmes un moyen d'éduquer leur famille. Mais elles restent inférieures aux hommes. Enfin, se pose la question du monde intellectuel. Bien que des femmes aient écrit, elles doivent le faire en suivant un rôle féminin basé sur la modestie et l'infériorité intellectuelle face aux hommes. Elles ne peuvent écrire que par le contrôle des hommes et leur éducation en dépend aussi. Des exceptions existent, mais elles servent surtout à exemplifier la nécessité d'empêcher un accès important à l'éducation et à la culture pour les femmes.

    Une dernière partie se concentre le siècle des Lumières et de la Révolution française. L'autrice montre que l'éducation des femmes n'est plus un réel problème. Bien que celle-ci doit dépendre de leur rôle futur, elle est bien plus acceptée dans la société. Le mariage change de forme aussi. D'un mariage arrangé pour des raisons patrimoniales et de place dans la société on commence à penser le mariage comme dépendant d'un amour commun. Cependant, les plus gros changements ont lieu lors de la Révolution. L'autrice montre l'importance centrale des femmes dans les événements de la Révolution française que ce soit lors des émeutes de la faim ou lors des débats parlementaires. Les femmes s'expriment et poussent les hommes à la révolte armée. Cependant, la période du Directoire implique une reprise de contrôle de la foule et des femmes. Ces dernières ont l'interdiction de se battre, de se réunir en clubs et d'accéder aux tribunes lorsque les députés débattent. De plus, les nouvelles lois reviennent sur certaines avancées comme le droit au divorce et surtout sur la possibilité de demander une recherche en paternité afin de forcer les hommes à payer une pension en faveurs de leurs enfants.

    Ce livre, à la fois court et dense, est une bonne entrée des matières pour l'histoire des femmes dans la période moderne. J'ai personnellement beaucoup apprécié l'examen de la période révolutionnaire. En effet, j'avais connaissance des faits amenés par l'autrice mais sans les avoir réellement étudiés. Ce livre m'a donné l'occasion d'en savoir plus et de pouvoir justifier des propos.

    Image : Éditeur

  • Fascisme, nazisme et régimes autoritaires en Europe (1918-1945) par Johann Chapoutot

    Titre : Fascisme, nazisme et régimes autoritaires en Europe (1918-1945)
    Auteur : Johann Chapoutot
    Éditeur : PUF 4 septembre 2013
    Pages : 312

    Johann Chapoutot est récemment entré dans une polémique sur son dernier livre. Je ne connaissais pas cet historien et je n'ai pas la capacité de juger de son travail ni de son dernier livre qui tente, si j'ai bien compris, d'examiner le lien entre nazisme et management. Ce livre date de 2013 et tente de mettre en avant un examen commun des différents régimes autoritaires d'Europe entre 1918 et 1945. L'ouvrage est divisé en 3 parties de 3 chapitres chacun (qui ont 3 sous-parties).

    La première partie se concentre sur le XIXème siècle et la Première guerre mondiale. Chapoutot souhaite mettre en avant une origine, intellectuelle, longue des régimes autoritaires. Il nous montre la mise en place de l'idée de nation mais aussi la constitution des industries et leur impact sur le fonctionnement des sociétés. Il montre aussi l'aspect très positif, en termes de progrès, du monde du XIXème malgré des tensions importantes entre les classes. Ce progrès est mis en question par une guerre qui implique des peuples entiers ainsi que des industries tournées vers la guerre. La force de la camaraderie des tranchées aura un impact important sur le fonctionnement de la politique de l'après-guerre. Enfin, il analyse la fin de la guerre et les problèmes posés d’un armistice qui condamne l'Allemagne et détruit son armée.

    La seconde partie prend en compte la première partie de l'après-guerre. Bien que les démocraties occidentales, en particulier française et anglaise, semblent triomphantes le monde européen entre bientôt dans une crise importante. Les démocraties doivent réussir à gérer des tensions sociales, des crises économiques et un fonctionnement mis à mal par des constitutions qui empêchent de créer des majorités claires. L'Allemagne de Weimar devra être gouvernée par décret-loi puisque le gouvernement n'est pas capable d'être soutenu par un parlement. Face à des démocraties vacillantes, l'Italie et l'Allemagne créent un nouveau régime basé sur la jeunesse et le mouvement : le fascisme. Un régime qui est d'abord vu avec bienveillance. L'auteur examine aussi les régimes autoritaires d'autres pays, en particulier l'Espagne et le Portugal.

    Enfin, la dernière partie se concentre sur le fonctionnement des régimes autoritaires. Dans un premier chapitre Chapoutot examine l'idéologie du nazisme et du fascisme. Il montre que l'un souhaite un retour au passé tandis que le second souhaite une mise en avant vers l'avenir, la création d'un homme nouveau. Les deux essaient à la fois d'obtenir le consentement du peuple et de le forcer par des polices secrètes et des cours spéciales. Un second chapitre s'intéresse au fonctionnement guerrier du nazisme. L'auteur explique que hitler fut d'abord considéré comme une anomalie qui serait rapidement vaincu. Un homme qui ne souhaite que créer une Grande Allemagne. Ce n'est que tardivement, après des années de réactions molles des démocraties qui souhaitent garantir la paix, que le but guerrier d'hitler fut enfin reconnu comme tel, précipitant la guerre. Le dernier chapitre examine le régime de Vichy, le Portugal et l'Espagne. Alors que Vichy est un régime sous occupation qui, au fil du temps, se radicalise l'auteur montre que les deux autres pays se détachent progressivement du fascisme. Le but des dictateurs de l'Espagne et du Portugal n'est pas de créer un nouveau régime mais de recréer un ancien régime basé sur le catholicisme, la tradition, la terre et l'anticommunisme. Ceci leur permet d'être vu avec bienveillance par les vainqueurs de 1945.

    Sans avoir la capacité de vérifier les informations de l'auteur ni sa place au sein de l’historiographie, nous avons ici un livre intéressant. Le projet d'expliquer les différents régimes autoritaires mais surtout la raison de leur mise en place me semble valide. Mais l'étendue du projet empêche de présenter dans le détail certains point précis, en particulier le fonctionnement des différents pays.

    Image : Éditeur

  • L'ombre du Diable. Michée Chaudron dernière sorcière exécutée à Genève par Michel Porret

    Titre : L'ombre du Diable. Michée Chaudron dernière sorcière exécutée à Genève
    Auteur : Michel Porret
    Éditeur : Georg 2019
    Pages : 304

    Michée Chaudron est connu pour être la dernière femme accusée de sorcellerie morte pour ce crime à Genève, en 1652. Ce livre propose d'analyser et de publier le procès de Michée Chaudron afin de mieux comprendre sa place dans l'histoire de Genève. En effet, le livre contient l'édition intégral du procès dans un appendice. En ce qui concerne le livre, il est divisé en 5 chapitres.

    Les deux premiers chapitres se concentrent sur les archives ainsi que sur la mise en place d'une peur du diable. Les auteur-e-s expliquent comment les archives sont constituées, quels sont les ouvrages qui parlent du cas durant la période mais aussi la vision physique des archives. Le second chapitre permet de comprendre le contexte idéologique de l'époque en explicitant la manière dont la justice pense l'existence du diable et de la sorcellerie. Le livre montre que le procès se place à une intersection entre une justice qui accepte le merveilleux et une justice qui va commencer à le refuser.

    Le troisième chapitre, conséquent, permet de parler de la manière dont le cas de la Michée Chaudron a été (ré)utilisé au fil du temps par la culture populaire. Le livre examine largement les différentes productions, donnant leur titre et souvent un rapide résumé. Mieux encore, l'analyse permet d'expliquer comment ces productions pensent le cas. Cependant, je déplore l'usage immodéré des termes "politiquement correct" qui permettent à l'ouvrage d'éviter d'analyser les raisons de la reprise du cas par des mouvements actuels et qui donne l'impression d'une condamnation sans une réelle réflexion. C'est une impression, qui peut être fausse, qui a largement teinté ma lecture de ce chapitre pourtant très intéressant.

    Le quatrième et le cinquième chapitres se concentrent sur le procès proprement dit. Le livre commence par présenter le récit de l'enquête puis du procès. On apprend comment Michée Chaudron commence à être connue négativement par son entourage puis par la justice. Les auteur-e-s explicitent ensuite la manière dont elle est interrogée et piégée jusqu'à avouer le crime et donc être condamnée à mort. Le dernier chapitre examine le procès. Il explique les raisons de la peur de la sorcellerie et les différentes manières d'examiner le cas par les experts de l'époque. En particulier, les auteur-e-s se concentrent sur deux termes : merci et bailler le mal. Les auteur-e-s expliquent leur signification au sens du XVIIème siècle et le lien de la sorcellerie avec le crime de poison.

    Ce livre permet donc de mieux connaitre un cas local. La dernière sorcière de Genève, mais pas la dernière de Suisse, un pays protestant. Les auteur-e-s expliquent comme le cas de la Michée Chaudron fut utilisé pour s'attaquer à la justice irrationnelle mais aussi au protestantisme. Même si les informations biographiques sont peu nombreuses, on comprend un peu mieux la vie de cette femme.

    Image : Éditeur

  • De la révolution féministe à la Constitution. Mouvement des femmes et égalité des sexes en Suisse (1975-1995) par Sarah Kiani

    Titre : De la révolution féministe à la Constitution. Mouvement des femmes et égalité des sexes en Suisse (1975-1995)
    Autrice : Sarah Kiani
    Éditeur : Antipodes novembre 2019
    Pages : 286

    Les mouvements en faveurs des droits civiques sont connus, en Suisse aussi. Les mouvements dits de la seconde vague sont aussi connus en Suisse grâce à des travaux de mémoire non publiés ainsi que deux livres publiés par Julie De Dardel et Carole Villiger. Sarah Kiani, dans ce livre, souhaite penser la période qui se déroule entre 1975 et 1995 durant laquelle les mouvements féministes de la Suisse se sont progressivement institutionnalisés tout en militant en faveurs de l'égalité entre hommes et femmes, par l'inscription d'une norme constitutionnelle puis d'une loi sur l'égalité. Pour son sujet l'autrice écrit 4 chapitres.

    Le premier chapitre permet à Sarah Kiani de mettre en place une peinture des mouvements féministes du XIXème à 1975. Elle montre que la Suisse est un espace particulier puisque les mouvements en faveurs du suffrage sont toujours en lutte alors que les nouveaux mouvements des femmes, comme le MLF par exemple, sont en train d'apparaitre et de militer en faveurs du contrôle du corps. Bien que ces deux mouvements soient différents en termes d'âge, de position sociale, de moyens d'actions et de buts cela n'empêche pas de potentielles alliances, même si les liens des nouveaux mouvements avec la gauche radicale peuvent poser un problème à des féministes bourgeoises.

    Le second chapitre permet justement d'observer de quelles manières ces deux mouvements réagissent face à une initiative en vue d'inscrire une norme constitutionnelle pour l'égalité. Bien que les nouveaux mouvements féministes soient critiques envers la capacité d'action d'une norme légale, cela ne les empêche pas de soutenir l'initiative permettant de récolter assez de signatures pour qu'elle soit validée. En dehors des mouvements féministes, le gouvernement fédéral, les patrons et certains partis sont défavorables envers ce texte et préfèrent un contre-projet. En particulier, se pose la question de la capacité d'utiliser immédiatement le texte pour garantir l'égalité. Certains politiciens réactivent les arguments concernant la nature des femmes, qui feraient d'elles des ménagères et mères de famille avant tout. Les mouvements féministes se déchirent en particulier en ce qui concerne le soutien envers l'initiative ou le contre-projet du Conseil Fédéral. En effet, ce contre-projet est moins ambitieux que l'initiative mais a plus de chances de réussir.

    Un troisième chapitre parle de la période 1981-1991. Cette décennie permet d'observer le fonctionnement concret de la norme constitutionnelle. Il apparait qu'elle n'est que peu utilisée. Pire encore, une partie du monde politique défend l'égalité comme un moyen de demander l'extension de l'âge de la retraite des femmes et l'obligation de servir, fortement refusé par les féministes. Sarah Kiani explicite ici la réutilisation du concept de l'égalité pour s'attaque aux soi-disant privilèges féminins. Elle démontre que ce discours ne prend pas en compte les causes sociales de l'inégalité des femmes, privilégiant l'individu et la responsabilité (elle revient sur ce thème dans le chapitre 4). Cette période est aussi celle de la constitution de la Grève des Femmes de 1991. L'autrice nous explique que le terme même de grève fut débattu, mettant à mal un ordre politique basé sur le respect de la paix du travail. Les journaux furent majoritairement sarcastiques tandis que des femmes de droite refusèrent de se lier à une grève. Cependant, celle-ci réussit en laissant une grande liberté d'action aux femmes et en forçant le Conseil Fédéral à annoncer une loi sur l'égalité.

    Le dernier chapitre concerne la question de la loi sur l'égalité. Des réticences existent aussi bien chez les féministes que chez les patrons. Chez les féministes car elles déplorent une loi qui ne prend en compte que le monde professionnel aux dépens du privé. Chez les patrons qui ont peur des pertes économiques et qui sont soutenus par l'UDC et des membres du Parti Libéral. Cependant, le contexte des années 90 pousse le Conseil Fédéral à un rapprochement en direction de l'Europe ce qui implique une loi sur l'égalité avec des normes européo compatibles. Cette loi, acceptée malgré des critiques, permet une institutionnalisation des féministes au sein des partis et des gouvernements via des bureaux de l'égalité. Ceux-ci permettent non seulement de donner une force politique majeur à certaines féministes mais aussi de revendiquer des actions politiques fortes, même si la réussite est rare. Cependant, Sarah Kiani explique aussi que la période des années 90, celle du néolibéralisme, permet au monde économique de réutiliser le féminisme dans un but purement économique. Les inégalités sont vues comme un problème de pertes pour l'économie. Les questions concernant les causes sont évacuées, alors que les femmes sont censées se responsabiliser individuellement pour réussir professionnellement et personnellement.

    Sarah Kiani réussit, dans ce livre, à démontrer de quelles manières les mouvements féministes helvétiques jouent et usent des lois afin de revendiquer des normes d'égalité. Elle montre les combats mais aussi les alliances entre mouvements au fil du temps. Surtout, Sarah Kiani nous montre bien que les réussites des mouvements féministes sont suivies d'un backlash qui remet en question l'utilité des outils féministes dans un monde qui serait égalitaire impliquant que les féminismes soient caducs.

    Image : Payot

  • L'europe de la Renaissance par Alain Tallon

    Titre : L’Europe de la Renaissance
    Auteur : Alain Tallon
    Éditeur : PUF 28 août 2013
    Pages : 128

    La période qui se déroule entre le Moyen Âge et l'époque contemporaine ne m'a jamais réellement intéressé. D'où un manque important de connaissances de ma part. Ce qui explique la raison de mes lectures actuelles, puisque je suis censé connaitre cette période pour mon travail. La lecture des que sais-je permet d'avoir des informations concises qui peuvent, ensuite, être développées à l'aide des biographies. Ce que sais-je essaie de synthétiser la Renaissance en 6 chapitres.

    Les deux premiers sont plus concentrés sur les questions politiques. Après un premier chapitre qui nous offre un récit de la période jusqu'à la fin du XVIème siècle un second chapitre explicite la pensée du politique. Ce second chapitre permet aussi de présenter l'extension des états durant la Renaissance. On y découvre les liens entre les Princes et la manière dont ceux-ci justifient leur pouvoir, aussi bien par le contrôle des arts que par la puissance militaire. On pourrait étendre cette question au chapitre 3 qui montre de quelle manière l'Europe s'étend au reste du monde et surtout ce qui arrive aux aristocraties. Celles-ci se ferment alors que les Princes essaient d'y ajouter des personnes anoblies à cause de leurs services envers l'état.

    Les chapitres 4 et 5 se concentrent sur les arts et l'humanisme. On y découvre un récit qui examine les élites artistiques et scientifiques de l'époque et, en particulier, leur pensée du monde. Comme le dit l'auteur, la période permet de créer l'artiste comme génie créateur, bien que de nombreux artistes restent anonymes. On observe une modification de l'art qui voyage rapidement au sein de l'Europe. L'Humanisme, lui, repose sur la centralité de l'homme mais reste fortement lié à la question religieuse. Même si de nouvelles méthodes de critiques des écrits se développent, le but est de revenir à une pureté originelle et non de mettre en question la Bible ou la chrétienté.

    Enfin, dans un dernier chapitre, l'auteur se concentre sur les aspects religieux. L'Europe est entièrement chrétienne mais la religion entre en crise. La papauté, les ordres mendiants et les membres du clergé sont critiqués pour leurs incapacités et leur richesse. Cette critique sera particulièrement forte lors du combat entre le Pape et Luther. Combat qui débouche sur le Protestantisme qui remet en cause les dogmes de l'Église. Celle-ci va réagir au sein de la contre-réforme, mais les travaux du Concile de Trente vont déboucher sur une défense des traditions contre les idées réformées et les souhaits de compromis, aboutissant à une Europe religieusement divisée.

    Ce que sais-je suit parfaitement son programme de présentation concise d'une période spécifique. L'auteur présente chacun des points classiques de la période, ce qui nous permet d'avoir les connaissances nécessaires pour la comprendre. Seule une étude plus spécifique permettrait de questionner certaines idées, même si l'auteur marque sa position au sein de l'historiographie.

    Image : Éditeur

  • Les guerres de religion par Nicolas Le Roux

    Titre : Les guerres de religion
    Auteur : Nicolas Le Roux
    Éditeur : PUF 17 octobre 2018
    Pages : 128

    La période du XVIème siècle est chaotique car marquée par l'apparition de la religion dites protestante et des guerres de religion entre les tenants du catholicisme et les personnes qui décident de suivre Luther. De nombreux pays européens furent impliqués dans cette lutte sanglante qui, souvent, dépendit aussi de cause purement économique. Ce petit livre permet de mieux comprendre de quelle manière la France a subi les guerres de religion et le fonctionnement des différentes factions. Le pays ne put s'en relever qu'après 8 guerres et plusieurs traités de tolérances jusqu'au fameux édit de Nantes en 1598. Pour cela, l'auteur divise son texte en six chapitres.

    Ces six chapitres permettent à l'auteur de mettre en place un récit chronologique des différentes guerres, de leur déroulement et du moyen de les terminer. Le récit met au centre les personnages nobles, les rois de France et Catherine de Médicis. On comprend rapidement que ces guerres portent moins sur des questions religieuses qu'on ne pourrait le croire. La religion est souvent utilisée comme contexte pour porter des questions politiques. Ainsi, lorsque le roi est trop proche des protestants on commence à penser la possibilité de le détrôner. De plus, on essaie surtout de garantir l'ordre public même si cela implique une tolérance envers les protestants et donc la colère du Pape.

    Malheureusement, je trouve ce livre un peu faible sur plusieurs points. En premier lieu, la quatrième de couverture donnait l'impression d'un examen européen des guerres de religion. Ce n'est pas du tout le cas puisque l'auteur se concentre uniquement sur la France. Bien que celui-ci montre à quel point les intérêts des autres royaumes jouent au sein de la France jamais on ne nous donne des informations sur l'Empire, par exemple. D'ailleurs, ces guerres de religion ne sont pas explicitées. On ne sait pas ce que sont les doctrines réformées et l'on ne sait que très peu de choses sur la population réformée. On se contente des grands noms, sans jamais avoir d'informations sur la population. Ce livre demande donc des connaissances importantes pour bien comprendre le contexte dans lequel il s'inscrit.

    Image : Éditeur

  • L'Europe des Lumières par Pierre-Yves Beaurepaire

    Titre : L'Europe des Lumières
    Auteur : Pierre-Yves Beaurepaire
    Éditeur : PUF 27 juin 2018
    Pages : 125

    Je dois avouer que la période moderne, les Lumières et les guerres de religions en particulier, ne m'a jamais intéressé. Malheureusement, je suis dans l'obligation de connaitre les bases de la période pour des raisons professionnelles. Sans forcément me lancer dans des recherches universitaires, il est toujours possible de consulter de petits livres synthétiques afin d'intégrer les informations les plus importantes d'un sujet donné.

    L'auteur tente une synthèse de l'Europe des Lumières en 4 chapitres. Le premier chapitre permet de passer outre l'histoire des grands hommes afin de mettre en avant un fonctionnement social et culturel du monde européen. Dans ces pages, l'auteur explicite la construction des académies mais aussi les liens de sociabilités. Ceux-ci impliquent de connaitre des codes précis. La méconnaissance implique l'éjection du milieu, qui devient très difficile d'accès.

    Un second chapitre, que j'ai beaucoup apprécié, se concentre sur la circulation des imprimés. L'auteur y examine les journaux mais aussi les productions plus confidentielles qui tentent de s'extraire de la censure. Les productions écrites essaient de lever le voile du fonctionnement politique du monde, mais doivent rester dans certaines limites pour avoir le droit d'être diffusés publiquement. Les journaux plus clandestins essaient de jouer sur l'exclusivité des informations pour créer l'intérêt et avoir des abonnés. Ces écrits sont lus par les personnes même qui sont à la charge de l'état, et peuvent être des instruments importants de diplomatie.

    Enfin, les troisième et quatrième chapitres tentent de parler de deux sujets antinomiques : l'intégration européenne et les divisions internes. L'auteur met en avant l'existence d'une élite européenne qui essaie de créer une union qui dépasse les frontières, en particulier via les loges maçonniques. Mais la période moderne se trouve aussi dans un contexte de guerres qui créent des divisions importantes au sein du continent. L'auteur pense, d'ailleurs, que la période voit l'apparition d'un début de conscience nationale, ce qui n'implique pas un nationalisme. Malgré les tentatives de paix mondiales et d'union entre les peuples le continent est fortement divisé entre certaines puissances.

    J'ai apprécié que ce petit volume abandonne les grands hommes pour essayer de comprendre une société européenne. On ressort de ce livre avec l'impression de l'importance des circulations d'écrits et d'hommes pour créer un continent uni dans l'idée de Lumières, de progrès et de science. Nous n'y trouvons pas d'événements politiques, en dehors de ceux qui permettent de mieux comprendre certains points. Il peut être nécessaire d'avoir un peu de connaissances sur ce sujet pour certains chapitres.

    Image : Éditeur

  • Vikings saison 5

    CW : Torture, viol, cannibalisme

    Ragnar Lothbrok est mort. Son rêve n'a pas été concrétisé. Mais il laisse plusieurs enfants prêts à le venger. Unis, ils réunissent une gigantesque armée qui se lance contre les royaumes de l'Angleterre. Les rois tombent après leurs royaumes. Mais qui contrôle cette armée ? Et que faire après les victoires ? Les enfants de Ragnar commencent à se séparer. Bjorn ne veut qu'explorer. Ivar veut combattre. Ubbe souhaite concrétiser le rêve de son père. Hvitserk recherche son destin. Alors que les divergences entre les enfants de Ragnar pourraient conduire à la guerre civile les royaumes du nord et de l'Angleterre changent. Et Floki rêve d'un lieu sans combats.

    SPOILERS

    Vikings est une série que j'ai apprécié au début. Mais il me semble qu'elle a changé dès la seconde partie de la saison 4 et la mort de Ragnar. Au lieu du rêve d'un homme on suivait maintenant plusieurs personnages qui ont leurs propres rêves. Cela empêche de créer une intrigue cohérente. Cette saison 5 me semble suivre ce même processus. Les personnages se divisent, se rencontrent à nouveau, se trahissent mutuellement puis recréent leur amitié parfois au sein du même épisode. On a à la fois l'impression d'une grande densité et d'un grand vide. Car ces trahisons multiples me semblent cacher un manque de plan de la part de la réalisation. Je me demande si le souhait de créer 20 épisodes ne fait pas partie du problème. Une saison plus courte aurait sûrement permis une intrigue mieux construite avec moins de scènes qui semblent uniquement remplir le temps.

    La série continue aussi à s'éloigner résolument de la réalité historique pour s'amuser avec les mythes autours des Vikings. Alors qu'on aurait pu espérer un mieux, il semble que jamais la réalisation ne va tenter de créer une véritable reconstitution historique de la société Viking. Pire encore, un grand nombre de scènes me semblent être présentes non pas pour créer un propos mais uniquement pour choquer et donc créer des vues. C'est un problème qui me semble s'être généralisé dans l'industrie, mais je laisserais des personnes qui s'y connaissent mieux en parler.

    *
    **
    *** Une série qui perd, peu à peu, de sa qualité au profit de la facilité.
    ****
    *****

    Image : IMDB

    Site officiel

  • La Suisse et les transactions sur l’or pendant la Seconde Guerre Mondiale Rapport intermédiaire par Commission Indépendante d’Experts Suisse – Seconde Guerre mondiale

    Titre : La Suisse et les transactions sur l’or pendant la Seconde Guerre Mondiale Rapport intermédiaire
    Auteur-e-s : Commission Indépendante d’Experts Suisse – Seconde Guerre mondiale
    Éditeur : Commission Indépendante d’Experts Suisse – Seconde Guerre mondiale mai 1998
    Pages : 274

    La commission Bergier, du nom de son président, fut chargées dans les années 90 d'examiner les pratiques économiques de la Suisse durant la seconde guerre mondiale. Elle a publié 26 volumes, dont le rapport final, et plusieurs volumes intermédiaires sous forme de rapports. Ces publications furent largement commentées voire refusées par une partie du monde médiatique, politique et scientifique. Cependant, on ne peut passer outre le travail de la Commission si l'on souhaite comprendre l'histoire contemporaine de la Confédération Helvétique. Ce rapport intermédiaire se concentre sur les achats d'or par la BNS et les banques commerciales durant la guerre. Cet examen se forme sur 6 chapitres et des annexes.

    Ce rapport intermédiaire est intéressant mais aussi particulièrement complexe. Les auteur-e-s se concentrent sur un thème extrêmement technique de l'achat et de la vente dans le cadre des banques. Une bonne partie de l'analyse concerne la publication de chiffres et de statistiques basées sur les archives et productions des banques. Ce n'est pas seulement l'achat d'or à la Reichsbank qui est analysée mais aussi les achats d'or des Alliés. Ces analyses démontrent une différence de traitement. La BNS est bien plus souple envers l’Allemagne qu'envers les Alliés.

    Les auteur-e-s se concentrent aussi sur les raisons de l'achat d'or et les défenses mises en place par la BNS face aux revendications des Alliés. La BNS souhaite acheter de l'or pour permettre une défense de la monnaie, qui doit être convertible en or, mais aussi pour permettre une relation commerciale nécessaire pour la Suisse. Les auteur-e-s expliquent que les dirigeants savaient qu'il existait un risque d'acheter de l'or pillé mais ce n'est qu'en 1943 que des arguments en faveurs de ces achats sont construits, face aux pressions des Alliés. La BNS souhaite user de la nécessité de dissuasion économique face à l'Allemagne. Les besoins économiques allemands les auraient forcés à accepter une Suisse libre au lieu d'en prendre le contrôle. Les auteur-e-s considèrent que cet argument est acceptable dans le contexte de l'époque mais que la BNS se trompe sur les besoins allemands. Mais l'argument le plus important sera celui de la bonne foi. Les dirigeants de la BNS demandent des garanties et donc ne peuvent pas être accusés d'avoir acheté de l'or pillé en connaissance de cause. Cette défense sera rapidement intenable lorsque l'ancien dirigeant de la Reichsbank avouera avoir prévenu les dirigeants de la BNS.

    Ainsi, ce rapport intermédiaire est très technique. De nombreuses statistiques sont utilisées pour porter l'argumentation. Les auteur-e-s ont conscience de certains problèmes dans leurs accès aux archives et décrivent celles-ci dans les annexes. Les auteur-e-s considèrent que le travail ne fait que commencer mais que l'achat par la BNS d'or volé est incontestable, tout comme leur connaissance des faits et des risques.

    Site de la Commission

  • Les Mérovingiens Société, pouvoir, politique - 451-751 par Nicolas Lemas

    Titre : Les Mérovingiens Société, pouvoir, politique - 451-751
    Auteur : Nicolas Lemas
    Éditeur : Armand Colin 18 mai 2016
    Pages : 256

    Les mérovingiens sont une famille, une dynastie, qui prend le pouvoir entre la fin de l'époque romaine en occident et le début de l'époque carolingienne. L'époque mérovingienne est constellée de légendes et d'incompréhension. Ainsi, les derniers rois seraient des rois fainéants incapables de régner. Les reines et certains rois seraient des monstres capables de cruautés jamais vues. Pourtant, on a là une famille qui réussit à unir une partie de l'ancien empire occidental autour d'elle. Ce livre permet de mieux comprendre la période et le fonctionnement de l'époque.

    Pour cela, l'auteur écrit 7 chapitres qui s'intéressent aussi bien à des questions dynastiques que des questions religieuses. Ces chapitres sont suivis de quatre annexes qui permettent l'analyse de sources historiques précises selon les connaissances scientifiques actuelles.

    Les différents chapitres tentent de démontrer l'importance d'une période souvent oubliée entre la fin de l'Empire romain d'occident et la renaissance carolingienne. L'auteur se concentre en particulier les changements de société importants qui ont lieu à l'époque. Ainsi, le commerce et le monde se modifient. Le centre du pouvoir prend place au nord de la Gaule tandis que le sud devient potentiellement dangereux. Les pièces en or se raréfient au profit de l'argent, montrant par là une perte du grand commerce.

    Mais l'auteur montre aussi de quelle manière fonctionne cette famille. Elle possède le pouvoir par assentiment des grands mais aussi par la force divine. Seule cette famille peut unir le monde franc et les nombreuses luttes se forment toujours entre membres de la même famille. Il faut aussi prendre en compte le fait que tous les enfants mâles d'un roi pouvaient devenir rois aussi. Il était donc facile de créer des luttes de pouvoir interne qui pouvaient se baser sur des luttes externes plus importants, des aristocrates tentant de défendre leur propre pouvoir. Ce contexte rend difficile la prise de pouvoir par les Pippinides qui doivent justifier de leur devenir de roi.

    Ce court manuel est donc particulièrement intéressant pour les personnes qui souhaitent mieux comprendre une période charnière entre deux grandes civilisations. Une époque qui a sa propre grandeur mais qui marque le passage de la romanité à la civilisation médiévale selon les propos de l'auteur. Je salue aussi l'intérêt des annexes. Mais il est dommage que l'éditeur ait laissé passer de nombreuses coquilles au sein du texte.

    Image : Éditeur

  • Just Mercy / La voie de la justice

    Fin des années 80, Bryan Stevenson décide d'ouvrir un cabinet d'aide juridique en Alabama. Il souhaite, en particulier, se concentrer sur l'aide aux personnes ayant été condamnée à mort car il considère que celles-ci n'ont pas eu accès à une aide juridique adéquate mais il pense aussi que la peine de mort et une dénégation de l'importance de la vie humaine. Bien que son cabinet ait du mal à démarrer il réussit à convaincre Walter McMillian de l'engager. Ce dernier a été condamné pour meurtre après une enquête bâclée. Bryan Stevenson décide de reprendre l'enquête et découvre que toutes les preuves contre son client sont fausses. Débute alors une bataille pour sa libération.

    Spoilers

    La réalisation décide de s'emparer d'un cas précis pour critiquer tout un système. McMillian est un homme jeune et pauvre lorsqu'il est arrêté. Il provient d'une partie pauvre de la ville et tente de vivre avec sa propre entreprise. Le film démontre que rien n'a été fait pour vérifier ses propos et ceux de plusieurs témoins en sa faveurs. Il était coupable avant d'être démontré innocent. En parallèle, il est donné un pouvoir important à des témoins bien moins légitimes du côté du procureur. Tout ceci dans le cadre d'une affaire très émotionnelle pour toute une communauté.

    À l'aide de ce cas précis d'emprisonnement d'un homme innocent qui risque la peine de mort le film s'attaque à un système entier afin de dénoncer le racisme mais aussi l'existence même de la peine de mort. Bien qu'on ne les présente pas autant, d'autres personnages sont mis en avant. La manière dont ils ont été défendus n'est pas adéquate lorsqu'on sait qu'il y a un risque de peine de mort. Le film n'hésite pas non plus à montrer l'importance des actes racistes au sein des forces de police, et le danger que cela implique pour les personnes racisées qui risquent la mort pour être simplement présentes sur le domaine public. Bien que le film se déroule vers la fin des années 80 on sait que ce qui s'y déroule à toujours lieu aujourd'hui, aussi bien aux États-Unis qu'ailleurs.

    *

    **

    ***

    **** Un bon film qui s'attaque à un thème difficile sans pour autant héroïser ses personnages.

    *****

    Site officiel

    Image : IMDB

  • Atlas historique de l'Inde. Du VIème siècle av. J.-C. au XXIème siècle par Arundhati Virmani

    Titre : Atlas historique de l'Inde. Du VIème siècle av. J.-C. au XXIème siècle
    Autrice : Arundhati Virmani
    Éditeur : Autrement 10 octobre 2012
    Pages : 96

    Je ne connais que peu l'histoire de l'Inde. Bien entendu, je suis le produit d'une vision occidentale de l'histoire, défendue au sein des écoles, qui oublie de parler de ce qui n'est pas européen, en dehors de quelques incursions antiques de la colonisation ou encore des luttes anticoloniales. Mais un besoin prochain m'a poussé à combler ce manque dans ma culture historique. Ce premier livre, un autre est prévu, est avant tout un outil de travail pour mieux visualiser le fonctionnement de l'Inde lors de son histoire.

    Le livre est divisé en 5 parties : Inde ancienne, médiévale, coloniale, en direction de l'indépendance et indépendante. Ces parties dépendent de moments historiques précis qui sont parfois imposés par une vision européenne. C'est le cas, par exemple, de la période médiévale qui fut pensée en Europe pour décrire la période de domination musulmane. Mais c'est le cas aussi de la période coloniale, dominée par le Royaume-Uni. Ces 5 grandes parties sont ensuite divisées en courts chapitres thématiques de deux pages.

    Ces chapitres thématiques permettent de porter une introduction à l'histoire de l'Inde. Ils sont constitués d'un court texte probablement basé, bien que l'appareil critique soit absent, sur des recherches. En dehors de ce texte les éditeurs ont ajouté un court extrait d'une source d'époque. De plus, logiquement, l'atlas est constitué de cartes et de schéma qui illustrent le texte. Ce n'est donc pas dans ce livre que nous trouverons une analyse des controverses ou des causes. Au contraire, nous avons un savoir stabilisé qui laisse de côté une grande partie des débats.

    Enfin, il faut mentionner l'existence d'une chronologie ainsi que d'une courte bibliographie. Ces deux ajouts permettent de faire de cet atlas une bonne introduction à une longue histoire aux nombreuses complications. Je salue aussi le travail sur les cartes, plutôt de bonnes qualités.

    Image : Éditeur