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  • Scroogled par Cory Doctorow

    Titre : Scroogled
    Auteur : Cory Doctorow
    Éditeur : Site de l'auteur

    Un homme rentre de vacances. Comme tout le monde il attend de passer les tests de sécurité à l'aéroport. Mais ceux-ci prennent plus de temps que d'habitude. Que se passe-t-il? Il semblerait, si les personnes qui se trouvent devant lui ont raison, que les procédures de sécurité aient changé. Maintenant les employés lisent très attentivement les profils google des voyageurs pour trouver des anomalies ou des suspects. Le profil de Greg n'était pas très clair il est envoyé dans une salle d’interrogation et apprend qu'il est maintenant devenu une personne d'intérêt surveillée et fichée de manière permanente. Mais que s'est-il passé?

    Je l'ai déjà dit, Doctorow est très bon quand il faut parler des problèmes de surveillance. Ici il a décidé de s'intéresser plus spécifiquement à Google. Vous avez tous entendu de google. Mais il est rare que l'on se rende compte à quel point cette entreprise est puissante. Google se trouve partout. L'entreprise peut analyser vos mails, analyser vos recherches, suivre vos activités sociales, ... Même facebook est moins présent que google sur internet (je vous conseille d'utiliser ghostery c'est impressionnant google est vraiment partout). Google reçoit et analyse une masse énorme d'informations. Mais alors que se passerait-il si l'entreprise abandonnait sa volonté de ne rien faire de mal et décidait de se mettre à surveiller les personnes et à offrir les analyses au monde entier? C'est ce que Doctorow tente de montrer dans cette nouvelle.

    La première chose à en sortir c'est que google ne le ferait pas sans que cela implique une quantité considérable d'argent. Et c'est bien le problème puisque la surveillance est un secteur de plus en plus florissant. Le second point important de ce texte c'est la manière dont google pourrait surveiller les individus. Doctorow montre bien que celle-ci se ferait selon une déviation face à une norme statistique. Et cette déviation permettrait ensuite de vérifier de manière plus scrupuleuse des personnes directement ciblées. Doctorow montre ensuite que cette surveillance par google permettrait aussi, et surtout, de montrer que nous sommes tous des criminels. Chacun de nous avons un lien avec des activités illégales ou qui frôlent avec les limites de la légalité. Peut-être parce que nous sommes proches de personnes qui agissent illégalement? Peut-être aussi parce que les lois ont changé? Simplement une plaisanterie qui peut être mal interprétée? Bref, nous pouvons tous être considéré comme des criminels si une institution décide de s'intéresser plus particulièrement à nous. Enfin, Doctorow montre aussi que cette surveillance permanente et désincarnée impliquera un sentiment de malaise et de faiblesse. Comment se défendre? Essayer d'argumenter contre le système ne pourrait que valider un profil de contestataire qui, ensuite, nous suivrait notre vie entière. Comment se sentir bien quand on a quelqu'un qui observe ce que l'on fait à longueur de temps? Le stress pourrait bien donner des envies de suicides. Mais aussi comment une démocratie pourrait fonctionner si n'importe quel politicien peut voir sa carrière détruite par une entreprise aussi puissante que google? Ce sont des questions extrêmement importantes pour notre futur. Je suis convaincu que nous entrons dans un croisement des chemins. Nous avons le choix d'entrer ou non dans un monde de surveillance massive et de normalisation des personnes. Malheureusement les voix critiques sont rares et le processus est déjà engagé.

  • L'anarchisme et l'église par Elisée Reclus

    Titre : L'anarchisme et l'église
    Auteur : Elisée Reclus
    Éditeur : Éditions de Londres
    Pages : 24

    Je continue à liure Elisée Reclus pour encore un petit moment. Dans ce petit texte Reclus examine les besoins de la lutte contre l'église. Attention, Reclus commence par dire que même si il souhaite une lutte contre l'influence de l'église et qu'il considère qu'un système anarchiste ne peut exister avec une religion il n'appelle ni à la destruction des biens de l'église ni à la haine face aux croyants. Non, il demande deux choses. Tout d'abord, il est nécessaire de baisser drastiquement l'influence de la religion dans la vie des citoyens. Car la religion produit le principe d'autorité. Mais aussi parce que la religion amasse des sommes considérables d'argent qui pourraient être rendus au bien commun. Reclus demande aussi d'éduquer les personnes dans une forme d'esprit critique. Il ne faut pas mettre en place une société construite par une minorité face à une majorité. Au contraire, l'anarchisme implique que tous suivent le mouvement de manière égalitaire. Mais pourquoi est-il nécessaire de supprimer la religion? Selon Reclus celle-ci, est en particulier l’église catholique, seraient enfermés dans une logique de négation du progrès humain. Les églises ne pourraient que demander un retour en arrière vers un système politique déchu. L'église serait incapable de construction.

    Les anarchistes classiques ont souvent une réputation d'anti-cléricalisme extrême. Il est vrai que l'anarchisme ne fonctionne pas vraiment bien avec l'idée de religion. Car la religion a tendance à mettre en place un ordre du monde particulier basé sur des considérations morales construitent durant l'histoire. Cependant, cela ne veut pas dire qu'être anarchiste implique de haïr les hommes d'église. Reclus montre bien qu'il est contre tout idée de haine et de vengeance. Il souhaite une éducation. Et l'effet est très différent. Reclus n'est donc pas l'un de ces anarchistes fondamentalement opposés à toute idée de croyance. Ce qui ne l'empêche pas de pointer du doigt les inadéquations de l'église officielle et son manque de capacités à se réformer et à accepter les changements de la société. Reclus aurait presque pu écrire un essai sur la décadence inévitable de la croyance. Mais aurait-il eu raison? Croire est-il véritablement mauvais?

    Image: Éditeur

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  • Other People's money par Cory Doctorow

    Titre : Other People's money
    Auteur : Cory Doctorow
    Éditeur : Site de l'auteur

    Que se passe-t-il quand des investisseurs n'arrivent pas à donner leur argent à de petits entrepreneurs qui n'ont en pas besoin? 2027 un homme tente de convaincre une femme de recevoir son argent pour augmenter son entreprise. Cette femme refuse et tente d'expliquer pourquoi. Pour cela elle doit résumer sa vie. En effet, Gretl connaît bien les investisseurs. Elle a souvent dû leur vendre des projets novateurs sans pour autant être écoutée. Et, avec le temps, elle a compris quelque chose. En expliquant son refus c'est ce qu'elle a compris qu'elle tente de transférer au jeune investisseur.

    Cory Doctorow parle un peu de la même chose dont il a parlé dans Makers. Mais dans cette histoire nous n'avons pas besoin de lire 400 pages peu intéressantes. Il semble que Doctorow considère qu'il y a un problème avec les investissements importants. Commencer une entreprise, pour l'auteur, est facile. Mais les investisseurs offrent des sommes d'argent considérables qui sont difficilement convertibles en gros bénéfices pour plusieurs raisons. L'une d'elles c'est le problème de la bureaucratie. Alors qu'il est beaucoup plus simplement de multiplier de petites sommes. Dans cette histoire Gretl possède une entreprise florissante. Pourtant elle refuse de faire de la pub et d'augmenter sa taille. Outre la raison précédente l'explication tient aussi au coût très modique de sa matière première. Elle n'a tout simplement pas besoin d'autant d'argent. Il est intéressant de savoir que cette nouvelle a été publiée dans Forbes.

  • L'anarchie par Elisée Reclus

    Titre : L'anarchiearton79-f005e.jpg
    Auteur : Elisée Reclus
    Éditeur : Éditions de Londres
    Pages : 25

    Après l'énorme déception que fut Proudhon j’espérais apprécier Elisée Reclus. Ce dernier est un anarchiste français du XIXe siècle mort en 1905. Il voyagea énormément et participa à la Commune. La préface des éditions de Londres nous apprend que ce discours a été prononcé en 1984 devant la loge maçonnique de Bruxelles. Reclus y développe son idée de la mission de l'anarchisme. La première chose que dit Reclus c'est que l'idée d'anarchisme est ancienne. Elle n'est théorisée que depuis peu mais des groupes et des sociétés plus ou moins anarchistes se sont constitués depuis toujours. Même dans la société industrielle de l'époque de Reclus il existait des groupes plus ou moins bien constitué en fonctionnement anarchiste. Mais quel est le but de cette doctrine? Réussir à trouver la liberté pour l'être humain. Reclus accepte et comprend que ce but n'est pas uniquement dans l'anarchisme. De nombreux autres groupes politiques ou non tentent d'offrir la liberté à l'être humain. Quelle est donc la différence? Elle est simple, l'anarchisme cherche la liberté par l'absence d'une autorité alors que ces autres groupes tentent de mettre en place une autre autorité. Voici, en peu de mots, un résumé de ce discours.

    Bon, nous ne sommes pas en face du même type de discours (Proudhon avait écrit un livre très austère et Reclus fait ici un discours) mais j'ai bien plus apprécié de texte que Qu'est-ce que la propriété. Car ce dernier était surtout une critique économiste sous forme négative. Reclus a écrit un texte oral qui tente de montrer le but fondamental et l'histoire de l'anarchisme. Il tente aussi de montrer sa faisabilité qui, aujourd'hui aussi, est mis en doute. Moi même je doute de la mise en place concrète d'une société anarchiste. Je ne suis pas fortement convaincu par Reclus. Mais il permet au moins de lancer des débuts de réponses pour mettre en place un anarchisme fonctionnel. Il permet aussi de comprendre la différence entre cette doctrine politique et les autres. C'est donc un texte intéressant pour entrer dans les idées anarchistes.

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  • The right book par Cory Doctorow

    Titre : The things that make me weak and strange get engineered away
    Auteur : Cory Doctorow
    Éditeur : Site de l'auteur

    L'avantage et l'inconvénient des nouvelles c'est qu'elles se lisent très rapidement. Celle-ci parle des librairies. La nouvelle se trouve quelque peu dans notre futur. La plupart des petites librairies ont disparu depuis longtemps et il ne reste que de gros magasins. Le héros a ouvert une boutique et refuse de vendre des livres car ce n'est en tout cas pas un business qui permet de vivre. Mais il se met à vendre des livres publiés sur mesure. Ceux-ci sont différents. Car ils sont les avatars physiques d'une histoire en train de se construire en ligne à l'aide de milliers de contributeurs différents. Chaque livre est différent et prend en compte une part différente de l'histoire.

    L'inconvénient des nouvelles c'est aussi qu'elles peuvent être difficiles à commenter. Parfois le texte est si court et le corps de l'histoire si peu développé qu'il est difficile de trouver beaucoup à dire. Bien que celle-ci m'ait moins plus que la précédente je ne la trouve de loin pas inintéressante. La question qui se pose est simple. Comment les prochaines générations vont-elles pouvoir tomber amoureux de la lecture si les lieux d'apprentissage et de découverte disparaissent? Peut-être que Doctorow tient une partie de la solution?

  • the super man and bugout par Cory Doctorow

    Titre : The super man and bugout
    Auteur : Cory Doctorow
    Éditeur : Site de l'auteur
    Pages : 47

    Hershie est un alien qui a grandi sur Terre dans une famille normale. Quand il a connu ses capacités il s'est mis à aider les gens. Il s'est même engagé dans l'armée pour combattre le terrorisme. A cette époque Hershie, ou super man, avait un but. Protéger les citoyens et les servir. Mais son existence a volé en éclat le jour ou d'autres aliens sont venus sur Terre et ont proposé de supprimer la criminalité et la guerre. Que peut bien faire un héros dans une société pareille? Hershie ne le sait pas mais il croit avoir une idée. Il décide donc de s'inscrire dans la lutte contre un armement devenu inutile et dangereux. Mais cette décision se heurte à ses problèmes pour vivre normalement dans un monde qui voit en lui une relique inutile.

    Je crois que Doctorow aime bien imaginer des événements dans une société qui a passé le premier contact. Ici il tente de décrire comment un super-héros du genre de superman pourrait survivre. Le but d'un héros n'est pas la paix mais la lutte pour la paix. Ce but est mis à mal quand une société réussit à supprimer la criminalité et la guerre. Mais, à mon avis, ce n'est pas le vrai message du livre. Ce message se trouve dans l'intrigue même. Est-il légitime de préparer la guerre au nom du maintien de la paix? Les pays, dans cette histoire, sont en paix de manière durable. Pourtant ces même pays tentent de justifier la poursuite de l'armement au nom de la paix. Mais préparer la guerre n'est-ce pas parier sur la possibilité de celle-ci? N'est-ce pas se préparer à des meurtres de masse? Cette histoire pourrait sûrement plaire au GSSA. Personnellement, sans la trouver particulièrement bonne, je l'ai appréciée.

  • Génération enragée par Jiminy Panoz

    Titre : Génération enragée
    Auteur : Jiminy Panoz
    Éditeur : Walrus
    Pages : 38

    Nous avons tous entendu parler du livre "Indignez-vous" mais qui a entendu parler du livre de Jiminy Panoz? Ce n'était pas mon cas mais la couverture et le prix du livre m'ont convaincu que je pourrais essayer. Jiminy Panoz est un jeune auteur français qui tente d'écrire des livres utilisant les nombreuses nouvelles possibilités des tablettes. Ce n'est pas simple puisque nous ne savons pas encore qu'elles sont ces possibilités et les éditeurs ont tendance à être un peu frileux avec les nouveautés. Ce petit livre n'est pas un roman mais une sorte d'essai. Panoz tente d'y décrire l'état de toute une génération face au monde actuel. Une génération principalement d'origine française mais qui pourrait être mis en parallèle avec d'autres pays. C'est un cri. Panoz hurle la frustration d'une génération entière face au monde actuel. Tout y passe. Aussi bien l'économie que la culture ou encore le système scolaire. Ce que Panoz dénonce c'est un système qui brise les espérances et laisse sur le carreau des hordes de jeunes en vertu de leur prétendue incapacité à travailler ou de leur manque d'expérience. Une forme d’hypocrisie massive du chômage et des stages non-rémunérés dans un contexte économique difficile face à des entreprises qui font du profit en licenciant. C'est un cri de colère.

    Faut-il conseiller la lecture de ce livre? Je connais beaucoup de personnes qui pourraient se retrouver dans les descriptions de Panoz. Bien qu'il ait le mérite de mettre le doigt ou ça fait mal il manque tout de même quelque chose à ce livre pour en faire un essai réussi. Que je me fasse comprendre. J'ai parfaitement conscience que le but de Panoz n'est pas décrire un essai scientifique des causes et effets  de la perte de confiance envers leur avenir des jeunes mais de dénoncer. Cependant, quand je lis un livre qui dénonce le système politico-économique je demande un peu plus qu'un simple cri de révolte aussi justifié soit-il. Panoz manque le coche en n'offrant pas de réflexions sur de possibles solutions. Personne ne demande à un auteur critique de donner l'idée parfaite qui lui offrira le prix nobel de la paix. Cependant, je pense qu'il est normal, quand on est critique, d'essayer de trouver une piste de solution. Je ne pense pas cela simplement pour disqualifier, comme si cette simple critique suffisait, le texte de Panoz mais parce que des pistes existent et pourraient donner un regain d'espoir.

    Image: Éditeur

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  • Shadow of the Mothaship par Cory Doctorow

    Titre : Shadow of the Mothaship
    Auteur : Cory Doctorow
    Éditeur : Site de l'auteur
    Pages : 52


    Je viens de terminer cette petite histoire de Doctorow. Encore une fois, ce n'est malheureusement pas une histoire que j'ai aimé lire. Encore une fois, le style de Doctorow ne me plait pas vraiment pour une raison que je n'arrive pas à identifier. Encore et toujours, je n'apprécie vraiment pas les personnages de Doctorow. Mais qu'en est-il de l'histoire? Nous sommes sur Terre à Toronto. Le héros est le fils de deux envoyés en direction d'un groupement de races sentientes aliens. Mais durant leur observation de la Terre les humains tentent d'éviter d'être jugé négativement. En effet, ce jugement aboutirait probablement à l'extinction de l'espèce. Les parents du héros fondent donc une nouvelle forme de vie qui se base sur la poursuite de la joie de vivre. Mais celle-ci est imposée par les autorités dans le but d'éviter la mort. Le monde a changé. Nous sommes dans une époque ou ne pas être heureux et ne pas être socialement adapté conduit à l'exclusion du groupe. Les voisins et les enfants même dénoncent ceux qui ne suivent pas la nouvelle doctrine. Mais que pourrait-il se passer quand les aliens disparaissent?


    De quoi parle cette histoire? Outre un premier contact avec une civilisation alien très avancée on se trouve en face d'une société sans déviances possibles. Les individus qui échappent à la normalisation sont rapidement catalogué et évacué. Dans cette société la norme est gardée par les autres. Mais alors qu'est-ce qui semble si différent de notre société? Nous agissons dans les normes que l'on nous a apprises à respecter et selon le regard des autres (voisins, amis, etc). Peut-être que Doctorow tente de décrire un environnement religieux mais je pense qu'il décrit le fonctionnent d'une société. Être déviant est difficile. Pour être déviant il faut accepter d'être catalogué, surveillé voir interné en vue d'une normalisation. De nombreux exemples historiques et actuels démontrent ce point. Mais que penser de cette nouvelle? Je l'ai annoncé en introduction je ne l'ai pas appréciée et j'avoue ne pas avoir envie de passer trop de temps à en parler. L’intrigue m'a parue bizarre et j'ai mis un certain temps à comprendre de quoi parlait le héros. Je pense que Doctorow ne donne pas assez de contexte pour que l'on puisse s'attacher à l'histoire. Avec le peu d'informations qu'il nous donne on navigue difficilement dans les propos d'un homme qui parle de ce que l'on ne connait pas. C'est dommage car l'idée de base est très intéressante. Comme l'humanité réagirait-elle en passant en jugement devant une autre espèce?

  • L'utopie de Thomas More

    Titre : L'utopie
    Auteur : Thomas More
    Éditeur : Feedbooks
    Pages : 126

    Je connais surtout Thomas More de la série "Les Tudors". Je l'ai aussi rencontré dans quelques cours d'histoire mais ce personnage et cette époque ne sont pas mes préférées. Ce qui ne veut pas dire que je ne souhaitais pas lire l'Utopie. Ce livre est le premier du genre. Une fiction qui décrit le fonctionnement d'un monde pensé comme idéal. Mais ce n'est pas le seul propos de cette œuvre qui aurait été écrite selon les souvenirs d'une conversation avec un grand voyageur.

    Le livre est divisé en deux parties et la première partie ne concerne pas l’île d'Utopie mais le gouvernement. La question que pose More est simple: un philosophe, un humaniste, a-t-il intérêt à entrer au service d'un prince pour le conseiller sur la bonne tenue de son gouvernement? Les arguments en faveurs d'un service public de l'humaniste sont nombreux. Ses conseils permettront au prince de s'élever au-dessus de ses semblables et de bien gouverner ses sujets dans une direction harmonieuse et juste. Mais les arguments contraires sont tout aussi intéressant. Ce qui est encore plus intéressant c'est que ces arguments sont exprimés par le voyageur et non par More. Pourquoi l'humaniste doit-il éviter d'entrer au service d'un Prince? Il y a l'idée que le pouvoir à tendance à corrompre même le cœur le plus pur. Mais ce n'est pas le seul point. L'argument le plus fort concerne le Prince et ses conseillers. Selon cette œuvre les Princes ne veulent qu'une chose: l'argent. Pour cela ils sont prêts à détruire leurs sujets et à faire de nombreuses guerres en dépit des désavantages. Les conseillers, dans cette optique, ne sont que des sycophantes qui annoncent au Prince ce qu'il veut entendre et non ce qu'il devrait faire. Dans cette configuration la voix de l'humaniste serait vite poussée au silence.

    La seconde partie du livre concerne enfin l’île d'Utopie. C'est un long récit du marin philosophe qui tente de décrire dans ses moindres détails le fonctionnement de cette société. Que peut-on en sortir? Je trouve éclairant d'y trouver des conceptions que certains groupes politiques revendiquent à notre époque. Par exemple, les utopiens travaillent juste assez pour offrir à l’île les ressources de nourriture nécessaire. Le temps libre est consacré à l'étude et à l'élevation personnelle. On trouve aussi un début de démocratie puisque les principaux magistrats sont élus et élisent ensuite le Prince. Mais surtout More y décrit une société qui se méfie de l'argent. En fait on pourrait dire que More décrit une société en partie communiste. Chacun possède ce dont il a besoin et peut étudier ce qu'il souhaite. Le superflus est envoyé dans d'autres pays. Dans ce système non seulement tout le monde travaille selon les besoins mais tous possèdent selon leurs besoins. L'argent devient donc inutile. Cependant, More décrit aussi une société profondément religieuse pénétrée des mœurs qu'il considérait favorables. Il n'existe pas de jeux de hasard, pas de relations en dehors du mariage et le père de famille est maître. Les prêtres sont écoutés avec révérences et gardent l'ordre moral du pays.

    Quand on sort de ce livre on a donc une impression à la fois de modernité et de conservatisme religieux. Ce dernier point doit être compris non pas au sens d'un retour à la religion mais d'une place prégnante de la morale chrétienne dans la société idéale de More. Mais l'humaniste nous offre aussi une critique acerbe de la noblesse et de l'argent. Une critique que l'on peut retrouver dans des termes semblables chez Marx ou les anarchistes. Les solutions qu'il propose au problème de l'inégalité due à l'argent sont aussi préconisées par les auteurs que je viens de citer. Il n'y a pas besoin d'être particulièrement intéressé par le sujet pour se rendre compte que l'Utopie est une critique acerbe des sociétés européennes et des Princes de l'époque.

  • Return to pleasure island par Cory Doctorow. Le fun jusqu'au bout!

    Titre : Return to pleasure island
    Auteur : Cory Doctorow
    Éditeur : Site de l'auteur
    Pages : 42

    Cette nouvelle fait partie de celles, nombreuses, que je ne comprends ni n'apprécie vraiment. Doctorow nous décrit une famille qui vit sur une île qui semble être un énorme parc d'attraction. Cette famille n'est pas comme les autres. En effet, ses membres sont constitués de terre. Ce sont des golems. Le parc d'attraction n'est pas non plus comme les autres. Son but est d'offrir tout ce que ses clients souhaitent mais quand cela arrive ces derniers deviennent des singes. Doctorow nous montre la vie des trois frères qui chacun ont un caractère différent mais qui tiennent à leur vie de famille. Ils vivent en harmonie les uns avec les autres mais leurs désirs ne risquent-ils pas de détruire celle-ci?

    Peut-être que c'est ça la question principale de cette nouvelle. L'harmonie de la famille et la nécessité de penser aux autres avant de réaliser ses rêves égoïstes? Les singes qui étaient des humains seraient une forme de punition de l'égoïsme de ces personnes qui ont tout fait pour avoir du plaisir mais qui n'ont pas pensé aux autres. Et le sort de la famille de golem pourrait bien abonder dans le sens de cette explication. Leur séparation à des effets négatifs très forts sur leur équilibre. Peut-être que Doctorow parle des sacrifices nécessaires de ses désirs dans une vie en communauté? Peut-être que non et je n'aurais donc rien compris. Je ne tenterais pas d'aller plus avant.

  • Le Prince par Nicolas Machiavel

    Titre : Le Prince
    Auteur : Nicolas Machiavel
    Éditeur : Ebooks libres et gratuits
    Pages : 116

    Nous avons tous entendu parler de Machiavel. Son nom est devenu intemporel fixé dans l'adjectif machiavélique. On a tellement mal compris l’œuvre de Machiavel que cet adjectif est devenu la manière de décrire des personnes ou des actes particulièrement rusées et déloyales voir même perfide. Ce sont des termes plutôt négatif pour une œuvre bien plus riche. Le Prince n'est pas un traité qui décrit comment garder le pouvoir de manière "machiavélique". C'est un livre qui a été écrit dans le but d'analyser comment on doit prendre le pouvoir et l'exercer. Au contraire des Miroirs des Princes Machiavel ne décrit donc pas le gouvernement idéal mais un gouvernement nécessaire. Pour nous en faire la démonstration Machiavel utilise des exemples historiques et contemporains. Ceux-ci permettent d'illustrer les erreurs et réussites de chacun. Au final, ce n'est pas un livre de perfidie que l'on lit mais l'un des premier vrai traité qui analyse le pouvoir politique et son exercice.

    Ce livre est injustement méconnu. Il est aussi injustement incompris. Machiavel a donné son nom à l'un des mots les plus défavorables de la langue française pour avoir écrit ce qu'il observait. Et pourtant ce qu'il écrit, bien que ce soit daté, est encore en partie valable. Certaines théories politiques trouvent leurs fondements dans ce traité qui parle aussi bien des relations internationales que du gouvernement interne au pays. Sa lecture permet donc de mieux comprendre certaines décisions prisent par certains gouvernements. Cependant, ce livre a été écrit en direction d'un prince et non d'une démocratie. Il ne faut donc pas oublier cette limitation bien que Machiavel parle aussi du cas démocratique de manière moins développée. En conclusion je conseille la lecture de ce traité qui est non seulement intéressant mais qui est aussi disponible gratuitement sur le site de l'éditeur (et sans DRM le livre vous appartient donc vraiment!).

  • Home again, Home again par Doctorow

    Titre : Home again, Home again
    Auteur : Cory Doctorow
    Éditeur : Voir le site de l'auteur
    Pages : 56

    Je suis très emprunté. J'avais beaucoup aimé le livre précédent et je souhaitais vraiment dire à nouveau quelque chose de positif sur Doctorow. Malheureusement je sors de cette nouvelle avec une grosse déception. Et pourtant l'histoire est loin d'être inintéressante. Nous sommes sur Terre. Nous avons eu la visite d'une société alien globale qui importe ses technologies et ses concepts. L'un de ces concepts se concrétise pas la création d'un immeuble dans lequel les fous sont parqués et soignés. Notre héros vivant dans cet immeuble. À travers ses yeux nous apprenons ce qu'était la vie à l'intérieur et comment il en est venu à son travail actuel.

    Mais que vais-je pouvoir dire de cette nouvelle? Comment vais-je pouvoir parler d'une histoire qui ne m'a pas du tout intéressé? C'est un grand sentiment de déception qui m'a pris à la fin de l'histoire. Je ne m'attendais pas du tout à cette intrigue peu intéressante. En fait, j'aurais préféré que Doctorow y insère une réflexion plus importante sur la folie et la normalité. En effet, les humains sont parqués au nom d'une certaine conception de la folie. Mais quelle est cette conception et comment la mesure-t-on? Ne serait-on pas tous, d'une certaine manière, un peu fous? Enfermer des personnes en raison de leur anormalité est-elle vraiment la solution ou n'est qu'une manière d'éviter de regarder les définitions de plus prés? Ce thème aurait pu être traité d'une tout autre manière par l'écrivain talentueux qu'est Doctorow. Malheureusement ce n'est pas le cas.

  • Little Brother par Cory Doctorow. Nous sommes tous des terroristes

    Titre : Little Brother
    Auteur : Cory Doctorow
    Éditeur : Voir le site de l'auteur
    Pages : 306

    Wow qu'est-ce que ce livre est bon! Oui je sais je commence fort et il est même très rare que je sois si positif. Mais après avoir lu des histoires que je trouvais moyennes se retrouver dans ce livre que j'ai vraiment apprécié est magnifique. Little Brother est écrit en 2008 par Cory Doctorow. On y retrouve ses thèmes de prédilection: sécurité, informatique et liberté. Nous sommes à Los-Angeles et nous suivons les aventures de Marcus jeune ado de 17 ans. Comme tous les ados il lui arrive de ne pas suivre les cours pour jouer ou sortir avec des amis. Ce jours là Marcus souhaite continuer un jeu de rôle et d'énigmes qui prend place à l'intérieur de la ville même. Mais, après avoir rassemblé ses amis, quelque chose d'horrible se passe. La ville est sous attaque terroristes et plusieurs bombes explosent. Alors que les quatre amis cherchent la sécurité ils se font repérer et arrêter par le Département de la Sécurité Intérieure. Les quatre adolescents sont maintenant suspects de terrorisme et il faudra toute l'ingéniosité technologique de Marcus pour réussir à crier la vérité et à reconquérir la liberté

    Que se passerait-il si l'arsenal technologique mis en place pour notre sécurité - comme ils disent - serait détourné pour nous contrôler? La liberté existerait-elle encore? Cet arsenal technologique est-il véritablement utile ou ne fait-il que punir les mauvaises personnes? Ce sont les questions que pose Doctorow dans une Uchronie qui pourrait bien être plus réalistes qu'on ne le souhaite. En effet, Doctorow tente de se baser sur des technologies existantes ou prochainement réalisable (je viens de lire, par exemple, que la reconnaissance des mouvements de marche est en cours de mise au point). Beaucoup de personnes pensent que ces technologies ne sont pas dangereuses et qu'ils peuvent laisser les technocrates, les industriels et les politiciens s'en occuper. D'un certain coté ils n'ont pas tort. La technologie n'est pas dangereuse ou mauvaise en soit mais c'est son usage qui peut être dangereux (c'est d'ailleurs un sujet de dissertation classique au gymnase...).

    Doctorow nous décrit une ville sous occupations. Les caméras de surveillance sont partout, la police est plus que présente et agit de manière illégale, les citoyens sont surveillés via les puces RFID et les écoles installent des dispositifs de vidéosurveillance dans les salles de cours et animent des leçons de propagandes. Quels sont les points communs? Ce sont la peur et l'étouffement de l'esprit critique. Derrière l'argument classique "les innocents n'ont rien à cacher" on justifie et on se justifie la perte de toute vie privée et de toutes possibilités de critiques. Car comment peut-on critiquer un système destiné à notre sécurité si on ne veut pas aider l'ennemi? Comme je l'ai déjà dit, les technologies existent déjà. Les puces RFID sont partout de la carte d'étudiant à la carte de fidélité. Les caméras sont installées de plus en plus souvent pour un coût énorme sans preuve de leur véritable utilité. Internet peut être surveillé et contrôlé de plus en plus étroitement. Mais ce que montre ce livre c'est aussi que ces technologies de surveillance peuvent être très facilement contournées avec des techniques simples que l'on peut trouver sur google. La question reste: pourquoi payer autant pour des technologies déficientes? Pour le fantôme de sécurité qu'elles nous offrent? Si cette réflexion, nécessaire, de Doctorow sur la surveillance ne suffisait pas il ajoute aussi une histoire à rebondissement avec des personnages que, pour une fois, j'ai apprécié. Je ne peux dire qu'une chose: si vous vous intéressez à la surveillance ou à Doctorow lisez ce livre incontournable puis réfléchissez aux implications.

  • Le droit à la paresse par Paul Lafargue

    Titre : Le droit à la paresse
    Auteur : Paul Lafargue
    Éditeur : les éditions de Londres
    Pages : 49

    Souvent, dans les journaux, on lit de nouvelles mesures du gouvernement contre le chômage. On lit des syndicalistes qui conspuent le patronat qui viole le droit au travail de leurs ouvriers. Nous suivons des essayistes qui expliquent pourquoi le travail permet d'augmenter la moralité de la société. Nous lisons des articles sur les « parasites » qui vivent de l'aide sociale et refusent de travailler. Ceci n'est qu'un résumé très simplifié mais il montre que l'un des points essentiels de notre civilisation capitaliste concerne le droit au travail et sa force en tant que vertu. Même les marxistes sont en faveurs du travail.

    Et si toutes ces personnes se trompaient? Et si ce n'était pas le droit au travail qu'il faudrait défendre mais le droit à la paresse? C'est la question que pose Paul Lafargue dans ce petit livre. C'est une question que l'on pourrait presque qualifier de provocation. N'est-ce pas le travail qui a permis la croissance et le développement de nos contrées? Sans ce travail ne serions-nous pas encore au temps des cavernes et des chasseurs-cueilleurs? Mais refuser ce livre avec des arguments aussi simples serait une erreur. Que dit Paul Lafargue. En substance il ne dit pas grand-chose de plus que les marxistes classiques. Le travail est une forme d'esclavage. L'ouvrier et l'ouvrière vendent leur corps en échange d'un salaire. Cette force de production est utilisée pour produire de plus en plus ce qui mène la société dans une crise de surproduction. L'un des moyens d'éviter cette crise est d'écouler la production à l'extérieur de l'Europe donc, pour l'époque, les colonies. L'autre moyen serait de surconsommer et seuls les classes aisées en sont capables. Mais Lafargue annonce aussi que le travail, en tant que vertu, est une invention récente. Selon l'auteur les philosophes antiques et les civilisations dites archaïques ou barbares auraient le travail en horreur. Celui-ci serait réservé aux couches les plus basses de la société et les citoyens pouvaient passer leur temps à paresser, boire, manger et créer les œuvres de l'esprit. Le travail ne serait donc qu'un cancer qui détruit l'esprit et le corps. Et notre époque de machines et de productions de plus en plus importante pourrait éviter ces heures longues de travail en le remplaçant par la machinerie et en baissant la production.

    J'invite les deux camps qui se constitueront après cette lecture à arrêter de rire ou à ne pas être naïf. Bien entendu cette œuvre est datée et pose des problèmes conceptuels mais cela n’enlève rien à l'intérêt d'une réflexion plus poussée sur le travail. Avons-nous vraiment besoin de travailler autant que nous le faisons? Avons-nous vraiment besoin de produire autant qu'actuellement? Ce sont des questions fondamentales qui méritent plus que d'être évacuées au nom du sacro-saint capitalisme. Cependant, on ne peut pas non plus appliquer les recettes de Lafargue telle quelle. L'auteur est né au XIXe siècle et ne pouvait pas imaginer la société actuelle. Oui nous avons de plus en plus de machines capables d'accomplir des travaux dangereux et pénibles. Mais la mise en place de ces machines implique aussi de nouvelles formes de travail. Lafargue considère aussi que la paresse permet de consommer plus tout en produisant plus par le plein emploi imposé. Mais la consommation à outrance est-elle bénéfique? De nombreuses personnes en doutes et d'autres, tout aussi nombreuses, n'en doutent pas. Par quoi remplacer le travail non-accompli? Lafargue pense à la consommation, à la jouissance de la vie mais aussi à la création intellectuelle. Mais celle-ci n'est pas aussi une forme de travail difficile. Proust n'a pas écrit A la recherche du temps perdu en 30 minutes dans son jardin. Ce livre a probablement demandé un grand effort d'écriture. En conclusion je ne peux que dire que Lafargue ne convainc pas. Cependant il pose des questions importantes qui demanderaient une analyse contemporaine sérieuse. Au lieu de le jeter aux orties avec un petit rire il vaudrait mieux mettre à l'épreuve ces idées et tenter d'observer les conséquences probables que celles-ci soient bénéfiques ou non.

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  • Craphound par Cory Doctorow

    Titre : Craphound
    Auteur : Cory Doctorow
    Éditeur : Auto-édité sur le site de l'auteur
    Pages : 30

    Le premier contact a eu lieu. Des millier d'aliens parcourent la Terre et partagent leur technologie en échange de terres ou d'objets. C'est donc une époque de remises en questions et d'opportunités. Mais pour notre héros le monde n'a pas vraiment changé sauf qu'il a un ami alien qui l'accompagne dans ses chasses au trésor lors des ventes locales. Les deux amis revendent leurs trouvailles aux enchères et peuvent gagner assez pour vivre. Mais il reste une question. Pourquoi ces aliens achètent-ils des objets sans aucune valeurs face aux technologies qu'ils donnent? Notre héros pourrait bien comprendre ce qui se déroule vraiment s'il reste attentif.

    Cette nouvelle fait partie du recueil A Place So Foreign and Eight More. Bien que, comme d'habitude, l'auteur n'offre pas assez de contexte pour me contenter j'ai apprécié cette nouvelle. Je pense que l'un des talents de Doctorow est de créer des histoires avec des situations étranges dans un environnement réaliste et même banal. Qu'y a t'il de plus banal que des vides-greniers? Je ne sais pas… Mais ajoutez un alien et vous pouvez commencer à tisser une histoire autours qui permette de passer outre la banalité du début. Mais surtout Doctorow ne fonce pas dans les poncifs du premier contact. On n'a pas d'armée, ni de scientifiques et encore moins de diplomates. On a simplement deux amis qui cherchent des objets. Mais cette recherche cache quelque chose de plus important et, peut-être, de plus réaliste. Honnêtement, je pense que ce que Doctorow a écrit pourrait presque véritablement se dérouler.

  • On ne peut pas améliorer les prisons par Kropotkine

    Titre : On ne peut pas améliorer les prisons
    Auteur : Kropotkine
    Éditeur : Les éditions de Londres
    Pages : 28

    Voici le dernier texte de Kropotkine que je possède dans ma liseuse. C'est une conférence donnée par l'auteur en 1887. On nous y parle d'un problème récurrent: les prisons. Comment fonctionnent les prisons et sont-elles vraiment le bon moyen d'éviter la criminalité? C'est une question qu'il est légitime de se poser et que Kropotkine n'est pas le seul à avoir étudiée. Mais, en ce moment, nous parlons de lui. Selon l'auteur, qui a passé du temps en prison, celles-ci ne fonctionnent pas. Ce serait des institutions inhumaines qui ne peuvent pas réussir à redonner l'envie de s'intégrer dans la société. Ceci pour plusieurs raisons. La première c'est que le travail qui y est proposé est mal payé. Les prisonniers y sont des employés au rabais qui pratiquent des travaux répétitifs pour un salaire médiocre. La seconde c'est qu'on ne peut pas imaginer une réhabilitation en créant une promiscuité avec d'autres prisonniers. Ceci ne peut que mener à un esprit de corps contre les gardiens et le monde extérieur (gardiens ayant aussi cet esprit de corps) et un apprentissage des méthodes de larcins et de crimes de manière générale. Peut-on réformer la prison? Kropotkine répond par la négative.

    Je l'ai dit plus haut, la prison est un problème de réflexion récurrent. Michel Foucault y avait aussi réfléchit tout en étant membre d'un groupe de réflexion et d'étude des prisons françaises. Les prisons ne sont probablement pas la meilleure solution pour s'occuper de la petite criminalité comme un premier vol. Mais alors que faire? C'est la que le bât blesse. Kropotkine ne donne pas véritablement de propositions. Pourrait-on imaginer une extension des jours amendes? Non seulement cela permet de vider des prisons mais aussi d'éviter une forte condamnation pour des premiers condamnés. Cependant, comme nous l'avons vu ces dernières années, les jours-amendes sont à la fois inégalitaires et très peu adaptés à la récidive que, selon certains, elle encourage. Peut-être pourrait-on imaginer un usage plus important de l'assignation à résidence via les bracelets électroniques? Mais il y a des risques de rechigner sur le coût. Il y a aussi encore et toujours les individus particulièrement violents ou dangereux que l'on ne peut pas laisser libres de leurs mouvements. Qu'en faire si nous supprimons la prison? Bref, vous l'aurez compris, c'est un sujet que je considére très difficile et loin d'avoir la solution je ne fais que poser des questions. C'est la principale vertu du texte de Kropotkine que de commencer cette réflexion.

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  • When sysadmins ruled the earth par Cory Doctorow

    Titre : When sysadmins ruled the earth
    Auteur : Cory Doctorow
    Éditeur : Auto-édité sur le site de l'auteur
    Pages : 36

    Felix est un sysadmin. Ce nom barbare pour un métier implique que cet homme est responsable du fonctionnement des machines sur lesquels se trouve internet. Il est surtout de piquet. Et dans ce genre de cas les machines ont la désagréable habitude de ne plus fonctionner en pleine nuit et de ne pas vouloir être réparée depuis le domicile. Donc Felix abandonne sa femme et son fils nouveau né avec la promesse de vite revenir et de ne plus être astreint à ce type de service dorénavant. Mais les machines ont été attaquées de manière bizarre. Comme si quelqu’un tentait de détruire l’internet de manière inefficace. Nos sysadmins ne réfléchissent pas vraiment à cela et continuent leur travail sans savoir ce qui est train de se dérouler à l’extérieur. Felix est le premier mis au courant par sa femme. Le monde est en train de sombrer. Des attaques chimiques, bactériologiques et nucléaires ont touché tous les pays et détruit les gouvernements. Les villes sont tombées. Mais alors que faire de l’internet ?

    Je le dis tout de suite : à mon humble avis cette nouvelle est actuellement la meilleure de Doctorow. Je ne sais pas ce que j’ai le plus apprécié. Est-ce que c’est l’ambiance entre les survivants qui ne savent pas quoi faire sinon leur travail ? Est-ce parce que Doctorow ne donne pas les responsables ? Ou peut-être parce que quelque chose est tout de même construit ? En tout cas j’ai beaucoup apprécié cette nouvelle qui décrit une petite société de geeks enfermés avec leurs machines en train de perdre leurs ressources petit à petit. Mais ces geeks décident de communiquer, de comprendre, d’essayer de construire quelque chose. Même si ce quelque chose, encore une fois à mon avis, n’avait aucune chance de fonctionner. On apprend à apprécier des personnages secrets, cachés, qui peuvent être difficile à côtoyer. Oui vraiment c’est une superbe nouvelle.

  • Le salariat par Kropotkine

    Titre : Le salariatarton310.jpg
    Auteur : Kropotkine
    Éditeur : Les éditions de Londres
    Pages : 33

    Comme récompenser le travail offert à la société ? Plus important, comment peut-on calculer ce travail ? Ce sont les questions posées par Kropotkine face aux propositions collectivistes. Le salaire, comme offre du patron pour un travail donné par l’ouvrier, ne convainc personne. Le salaire ne rembourse par le travail réel de l’ouvrier et peut-être insuffisant pour une vie de base. De plus, l’échelle des salaires basées sur les diplômes ou la hiérarchie est, selon Kropotkine et l’éditeur, une injustice. Non seulement parce que l’école recrée des inégalités sociales précédentes mais aussi parce que, là encore, ce n’est pas l’utilité réelle qui est récompensée. Mais Kropotkine ne croit pas aux recettes des collectivistes qui consiste à régler le salaire sur une échelle du temps de travail pondérée par l’importance sociale de la tâche. Kropotkine met en doute la possibilité de calculer ce salaire. Comme il le dit, est-ce que le charbon qui est tiré de la mine est exclusivement dû au travail des mineurs ou alors de l’ingénieur ou faut-il prendre en compte les ouvriers qui ont construit les routes pour accéder à la mine ? Un salaire n’est donc qu’une mauvaise base de récompense.

    Mais peut-on vraiment être convaincu par cette petite brochure tirée de la Conquête du Pain ? Personnellement je ne le suis pas et ceci pour plusieurs raisons. Tout d’abord, Kropotkine critique mais ne propose rien. Ses critiques sont convaincantes et intéressantes à plusieurs titres mais son propos aurait gagné à être suivi d’une proposition. Celle-ci, même imparfaite, aurait permis un débat plus important en direction d’une autre solution que le collectivisme. Second point qui me pose problème : Kropotkine ne parle pas des femmes. Son texte est exclusivement consacré au travail des hommes. Presque jamais l’auteur ne s’interroge sur le travail dit féminin. Heureusement, nous avons modifié en partie notre fonctionnement depuis l’époque. Mais Kropotkine ne s’intéresse aux femmes que dans le cas de la maternité. Que faire de la lessive ? De la cuisine ? Du ménage ? Des Travaux qui sont traditionnellement considérés comme féminins et non-rémunérés alors qu'ils sont très largement utiles à la société ! Tout aussi important, pourquoi aucune mention de l’injustice du traitement différencié, encore d’actualité, des salaires entre femmes et hommes ? Je considère donc que ce texte, bien qu’il pose des questions intéressantes, est en grande partie incomplet et en souffre largement.

    Image : Éditeur

  • Someone comes to town, someone leaves town par Cory Doctorow

    Titre : Someone comes to town, someone leaves town
    Auteur : Cory Doctorow
    Éditeur : Auto-édité sur le site de l'auteur
    Pages : 384

    Alan vient d'emménager. Il a restauré une maison entière pour un seul but : écrire une histoire. Mais avant cela il souhaite connaître ses voisins. Ceux-ci sont des voisins normaux. Du moins aussi normaux que des humains peuvent l'être. Mais Alan aime rencontrer des personnes qu'il ne connaissait pas et apprendre à les comprendre. Il apprend donc à connaître Kurt le punk anarchiste geek, Krishna le guitariste, Link en train de construire sa vie, Mimi qui se cache derrière ses rideaux, et Natalie qui finit ses études. En tentant de comprendre ses voisins Alan se prend dans leurs rêves et souvenirs. Il est intégré à l'idée un peu folle de Kurt d'offrir l'internet gratuit et, surtout, il apprend le secret de Mimi. Mais Alan aussi a des secrets. Car, voyez-vous, Alan et ses frères sont les enfants d'une montagne et d'une machine à laver.

    Je suis plutôt ennuyé. Je ne sais pas vraiment quoi dire de ce livre. Non seulement je pense n'avoir rien compris mais, en plus, il est très étrange. Et quand je dis étrange je ne plaisante pas l'idée même de créer un personnage qui a une île pour frère, une montagne pour père et une machine à laver pour mère est folle. Mais, en plus, la chronologie du livre me semble confuse. On navigue très rapidement entre le présent, le passé et parfois les périodes sont floues. Du moins c'est ce qu'il m'a paru. Ce qui ne veut pas dire que ce livre est inintéressant. Simplement il est très bizarre et j'avoue ne pas avoir apprécié ce style. Comme vous le savez si vous m'avez lu j'ai un petit problème avec les personnages et les intrigues de Doctorow que je ne supporte que par les idées qu'il développe. Bien entendu, c'est un avis personnel. Mais, dans ce livre, je n'arrive vraiment pas à passer outre. Et vous ?

  • La loi et l'autorité par Kropotkine

    Titre : La loi et l'autoritéarton176.jpg
    Auteur : Kropotkine
    Éditeur : Les éditions de Londres
    Pages : 39

    Quel est le but de la loi ? C'est une question importante dans une société de plus en plus gouvernée par des lois différentes qui règlent les liens entre individus et avec l'état. La loi serait la garantie que la société fonctionne sur des bases saines. Mais Kropotkine, vous le savez forcément déjà, n'est pas d'accord. Quel est le but de la loi selon Kropotkine? Asservir l'humanité.

    Selon l'auteur les lois sont principalement mises en place pour protéger deux choses : la propriété privée et l'état. Et ces protections sont de plus en plus importantes et de plus en plus dangereuses pour les travailleurs. Car, selon Kropotkine, la propriété est du vol et le gouvernement n'est pas nécessaires. Les protéger implique donc de perdre une liberté essentielle. Mais la loi a aussi pour but de protéger les citoyens. N'est-ce pas louable ? Ici Kropotkine répond par une philosophie de l'humanité différente. Selon lui les humains ne sont pas mauvais par nature mais la forme de la société les rend mauvais. En changeant cette forme nous pouvons donc supprimer la majorité des crimes fait par envie. La protection de la personne devient donc inutile.

    Mais Kropotkine n'est pas entièrement négatif face aux lois. Il identifie deux aspects. J'ai déjà montré le premier aspect mais je n'ai toujours pas parlé du second. En effet, les lois sont aussi une survivance d'une époque qui fonctionnait sur les règles orales. Ces coutumes permettaient de régler la vie en société sans, pour autant, imposer une hiérarchie inique.

    Alors que tirer. Au final, de ce livre ? Je dois bien avouer que l'ai trouvé beaucoup moins convaincant que la plupart des autres textes que j'ai lu. L'explication développée par Kropotkine sur la coutume me semble être une vision un peu fantastique et optimiste de ses effets. Ne pourrais-t-on pas dire que la coutume a aussi mis en place des règles qui sont bien plus difficile à briser par l'absence de normalisations ? Je pense donc que les arguments de l'auteur, dans ce texte, ne convaincront pas grand monde. Ce qui ne devrait pas éviter la nécessité d'une réflexion de fond sur le lien entre les lois et une forme de société loin d'être juste.

    Image : Éditeur

  • Printcrime par Cory Doctorow

    Titre : Printcrime
    Auteur : Cory Doctorow
    Éditeur : Auto-édité par l'auteur
    Pages : 9

    Cette très courte nouvelle fut aussi publiée dans le recueil Overclocked. Elle a été écrite après une conversation avec l'un de ses amis sur le problème des imprimantes 3D et des droits d'auteurs et autres patentes. Nous restons donc dans le thème favori de Doctorow. Cette courte nouvelle de moins de dix pages nous montre une famille. Cette dernière vit sans problèmes dans un petit appartement dans une ville quelconque. Hors, un jour des policiers entrent et détruisent tout l'appartement. Pourquoi ? Qu'est-ce qui leur faire croire que le père est un membre du crime organisé ?

    Que puis-je écrire sur cette très petite nouvelle ? Probablement la plus courte que je n'ai jamais lu. Beaucoup trop courte pour que l'on puisse parler des personnages ou de l'intrigue. Peut-être est-il plus simple de parler du thème ? Celui-ci, comme je l'ai déjà dit, concerne les droits des industries en comparaisons des droits des consommateurs. Peut-on reproduire un produit sous licence spécifique ? Quels sont les risques si on décide de reproduire ce type de produits ? On sait que l'industrie et les pays du monde occidental tentent de plus en plus de restreindre les droits des utilisateurs dans un contexte ou la copie devient de plus en plus simple. Je ne parle pas seulement des cd gravés ou du téléchargement dit illégal mais aussi de la lutte contre les médicaments génériques ou contre l'utilisation imprévue des appareils (sur ce point apple est champion toutes catégories). Ces restrictions sont de plus en plus importantes et la technologie utilisée empiète largement sur les droits des utilisateurs. Pouvez-vous, par exemple, créer des copies privées pour sauvegarder vos achats légaux ? Avez-vous le droit de passer outre les protections DRM pour lire vos produits sur les plate-formes que vous souhaitez ? Si on se place du coté des industries la réponse est non. Mais si on regarde comment les consommateurs agissent je pense que l'on sera de plus en plus nombreux à devenir hors-la-loi...

  • I, Row-Boat par Cory Doctorow

    Titre : I, Row-Boat
    Auteur : Cory Doctorow
    Éditeur : Auto-édité sur le site de l'auteur
    Pages : 36

    Nous sommes en pleine mer. Un bateau attend paresseusement que les deux humains qui ont plongés reviennent. Mais ce bateau n'est pas un vaisseau ordinaire près d'un récif ordinaire. C'est un bateau conscient qui se trouve près d'un récif qui vient d’accéder à la conscience. Et ce dernier n'est pas vraiment heureux d'être réveillé. Après avoir mis en garde Robbie le bateau il tente de se débarrasser des poissons qui l'entourent. Le récif ne compte pas en terminer là dans sa lutte pour la conscience et Robbie devra peut-être faire quelque chose qu'il n'a jamais imaginé être capable de faire pour éviter la destruction.

    Que dire de cette nouvelle ? Elle a aussi été publié dans Overclocked mais, au contraire de la précédente, je ne sais pas vraiment quoi en penser. J'ai eu du mal à entrer dans l'histoire et elle garde un goût un peu étrange maintenant que je l'ai terminée. Ce n'est pas la première fois qu'une histoire tente de décrire un monde qui devient de plus en plus conscient. J'avais lu, il y a longtemps, un livre qui décrivait des chiens conscients. On pourrait dire que le but de ces histoires est de réfléchir sur l'intelligence et la conscience. Quel est leur but ? Si j'ai bien compris ce que Doctorow tente de dire il semble penser que le but de la conscience est d'avoir une fin vers laquelle se tourner dans sa vie. Dommage qu'il m'ait été si difficile d'entrer dans cette nouvelle qui, à mon avis, est celle que j'apprécie le moins chez cet auteur.

  • I, Robot par Cory Doctorow

    Titre : I, Robot
    Auteur : Cory Doctorow
    Éditeur : Auto-édité sur le site de l'auteur sous licence creative common
    Pages : 41

    Cette nouvelle a été publiée dans le recueil Overclocked. Encore une fois, Doctorow reprend un titre mais écrit une autre histoire. Les amateurs auront reconnu ce titre pour l'une des nouvelles d'Asimov. Doctorow nous y narre l'histoire d'un détective dans un état policier. Son travail est d'arrêter les ennemis intérieurs et les citoyens qui prennent la mauvaise décision d'utiliser de la technologie Eurasienne (1984, Orwell bien entendu) au lieu de la bonne vieille technologie de la mère patrie. Mais cet homme a aussi une fille. Et celle-ci agit bizarrement depuis quelque temps. Est-ce simplement l'arrivée dans l'adolescence ou est-ce que ce comportement cache quelque chose de plus dangereux ?

    Je n'ai pas trouvé que l'intrigue ni les personnages véritablement intéressants. Mais c'est souvent le cas chez Doctorow comme je l'ai compris (et comme vous, lecteurs, avez du compris si vous lisez mes notes). Mais les idées mises en place par l'auteur, elles, valent le temps pris durant la lecture. Ce livre n'est donc pas vraiment sur un homme qui essaie de comprendre sa fille. Ni sur la difficulté d'un être humain à concilier ses valeurs et son travail. Non, ce livre est sur la liberté. Quel est le plus grand danger dans ce pays fictif tiré de 1984 ? Ce ne sont pas les terroristes ni la guerre et encore moins la corruption. Non, le danger c'est la capacité pour ses citoyens d'utiliser d'autres produits que ceux qui sont officiellement construit. Non seulement parce que ces produits sont distribué en dehors des canaux marchands habituels mais aussi parce que ceux-ci sont capables de communiquer avec les produits officiels du pays. Il n'est pas difficile de comprendre que le sujet principal ce sont les licences privatives face aux licences libres.

  • For the win par Cory Doctorow

    Titre : For the win
    Auteur : Cory Doctorow
    Éditeur : Auto-édité 2010
    Pages : 383

    Et voici un nouveau billet sur un livre de Doctorow. Celui-ci, au contraire des deux livres précédents, a été écrit en direction d'un public plus jeune. L'auteur y narre une histoire. Celle-ci prend place à la fois dans la réalité et dans les jeux vidéos. Nous y suivons les aventures de plusieurs personnes voir de plusieurs groupes dans un certain nombre de pays. Ces personnages vivent en Inde, en Chine ou aux USA et ont pour points commun d'aimer les jeux-vidéos. Mais ces différentes personnes se rendent compte d'un problème. Bien que leur travail dans le cadre des jeux rapporte énormément d'argent à leurs patrons ils n'en reçoivent pratiquement pas et sont considérés comme inutiles. En effet, de nombreux enfants seraient prêt à prendre leur place s’ils étaient virés. Mais que pourrait-il se passe si ces enfants décidaient de prendre le contrôle et de défendre leurs droits ?

    Il y a de nombreuses raisons qui me permettent de parler en bien de ce livre. La moins importante est l'idée de l'auteur d'utiliser chaque chapitres pour mentionner une librairie qu'il apprécie. Ce qui me permet d'avoir un certain nombre d'adresses au cas ou je voyagerais dans ces endroits. Mais ce que j'ai apprécié se trouve dans l'intrigue même. Tout en mettant en place ses personnages Doctorow tente d'expliquer le fonctionnement de l'économie. Bien que je n'étudie pas l'économie mes connaissances qui viennent du gymnase me permettent de penser que les informations données par l'auteur sont probablement réelles. Inclure ces informations sur le fonctionnement de l'économie permet de donner une certaine richesse au livre. Ce qui permet aussi de le commenter très facilement dans le cadre d'une classe. Mais ce livre est aussi un manifeste en faveurs des syndicats. En effet, l'auteur y explique pourquoi les syndicats sont nécessaires et comment on peut les utiliser pour gagner de meilleures conditions de travail. Il faut tout de même dire que ce livre donne une vision très enchantée des syndicats. Comme s’il suffisait d'en faire partie pour tout réussir. Ces deux points mêlés à une intrigue intéressante permettent de créer un bon livre dont j'ai apprécié la lecture.

  • Eastern Standard Tribe par Cory Doctorow

     Titre : Eastern Standard Tribe
    Auteur : Cory Doctorow
    Éditeur : Tor Books 2004
    Pages : 336

    J'ai terminé le second livre écrit par Doctorow. Celui-ci prend place dans un futur plus proche de nous. Le héros y écrit sa vie. Pas en entier mais la partie qui l'a mené ou il en est aujourd'hui. C'est un homme comme un autre si ce n'est qu'il est capable de créer des arguments logiques sans peines et qu'il sait comment rendre un objet fonctionnel. Il est donc logiquement consultant dans ce domaine et il y est doué. Mais c'est aussi un homme qui fait partie d'une communauté plus obscure. Une forme de tribu d'individus qui partagent le même type de vie et de valeurs. Il travaille aussi pour eux et son dernier travail consiste à saboter une entreprise en faveur d'une autre plus conforme aux valeurs de sa tribu. Mais il y a toujours la possibilité d'être doublé. Et que se passe-t-il quand celui qui nous double tente ensuite de monter toute la psychiatrie contre soi ?

    Encore une fois, je n'arrive vraiment pas à m'attacher aux personnages que Doctorow crée. Je les trouve toujours plats et vides. Cependant, j'apprécie les idées et concepts que développe l'auteur. Dans ce livre j'ai apprécié deux choses. Tout d'abord la description qui est faite des objets et procédures développées par des techniciens. Comme le héros le dit : ces personnes ne connaissent rien aux utilisateurs. Et les exemples d'objets mal conçu ou dont les procédures pour les utiliser sont redondantes et absurdes sont assez nombreux. Un second aspect concerne l'internement psychiatrique. Le héros est mis en observation pour démence paranoïaque après avoir été victime d'un complot par les auteurs de ce même complot ! Comment, dans ce contexte, réussir à prouver que l'on est sain à des docteurs qui cherchent l'insanité ? Comment, surtout, réussir à se défendre quand on ne nous offre aucunes informations sur la procédure, les termes médicaux et que l'on est drogué ? Personnellement, je considère l'internement psychiatrique comme une procédure risquée pour les droits de la personne. Il est très facile de se faire interner mais il est beaucoup moins facile d'en sortir. Car on perd une grande partie de nos droits aussi bien dans l'usage que dans la jouissance. Ce livre montre en partie ce faire. Un homme est condamné sans avoir pu se défendre tout simplement parce que la capacité lui en a été déniée. Cet aspect intéressant n'enlève tout de même rien au caractère, à mon avis, moyen du livre.

    Livre disponible sur le site de l'auteur

  • L'esprit de révolte par Kropotkine

    Titre : L'esprit de révoltearton78-79036.jpg
    Auteur : Kropotkine
    Éditeur : Les éditions de Londres
    Pages : 32

    Je reste toujours dans la philosophie libertaire avec ce nouveau texte de Kropotkine. La question qui est à la source de ce texte concerne la révolution. Comment et pourquoi une révolution s'enclenche-t-elle ? Selon l'auteur il y a des points communs entre les révolutions et ceux-ci se trouvent dans leurs déclencheurs. On peut observer une situation révolutionnaire par le contexte qui l'entoure. Les hommes politiques perdraient tous crédits alors que les réformes sont de plus en plus demandée par des personnes qui sont de plus en plus convaincues qu'il est nécessaire d'impulser non une réforme mais une recréation du système. Mais comment peut-on faire en sorte que la population passe à l'acte ? Selon Kropotkine il n'est pas inutile mais peu utile d'élaborer un appareil théorique. Il est bien plus utile de mettre en place des actions contestataires même quand la situation ne se prête pas à une révolution. L'intérêt est d'être la pour que la population se souvienne des luttes engagées par ces individus et les suivent au besoin. La propagande, bien qu'il n'utilise pas ce terme, est aussi un moyen. Les pamphlets, les affiches corrosives, l'humour sont des armes puissantes quand on souhaite décrédibiliser les gouvernements. Pour nous prouver ce qu'il avance il est intéressant de voir que Kropotkine utilise des exemples lié à la Révolution française.

    Que penser de ce petit texte ? Je trouve que l'intérêt affiché par Kropotkine pour l'action directe (et non pas le terrorisme) est justifié. Agir concrètement dans les rues ou en essayant de mettre en place des formes alternatives permet de montrer que ce que l'on professe est possible et peut fonctionner. Cependant, je pense que l'attaque vive de l'auteur contre les théories sont malheureuses. À mon avis, et bien que je sois aussi en faveurs des actions concrètes, une théorie bien pensée permet d'éviter les flottements et de comprendre ce que l'on souhaite construire. Alors qu'une théorie mal construire ou floue sera rapidement mise à mal par les actions concrètes et les opposants. Puisque j'ai fait un peu de sociologie des mouvements sociaux et des révolutions les passages ou l'auteur utilise la Révolution française pour exemplifier ses propos m'ont permis de vérifier l’acuité du propos. Je peux donc dire, sans trop rentrer dans les détails car je suis loin d'être un expert, que Kropotkine est loin d'avoir raison. La manière dont il considère les membres de la future constituante, par exemple, oublie que ces mêmes membres sont passés de bourgeois à révolutionnaires. Les paysans ne sont pas les seuls à avoir réagi et je doute qu'ils aient été les moteurs de la Révolution. Les descriptions que l'auteur fait des résistances paysannes sont intéressantes mais, ceci devait bien entendu être validé, je pense qu'il vaudrait mieux les apparenter à une résistance dans le cadre d'un système que comme des mouvements révolutionnaires. Bref, même si ce texte est intéressant il souffre de nombreuses erreurs et lacunes pour un lecteur contemporain.

    Image : Éditeur

  • Down and out in the magic kingdom par Cory Doctorow

    Titre : Down and out in the magic kingdom
    Auteur : Cory Doctorow
    Éditeur : Tor Books 2003 (disponible en ligne)
    Pages : 339

    Après avoir lu quelques nouvelles pourquoi ne pas se lancer dans un livre ? J'ai donc commencé par celui-ci qui est, à ma connaissance, le seul disponible en français. Nous sommes dans un futur non-déterminé mais qui se déroule dans les 150 ans après notre présent. La société que nous connaissons n'existe plus. Elle est remplacée par la Bitchun. Celle-ci lie l'offre de biens de bases à tout le monde avec l'immortalité et une forme de méritocratie agressive. L'argent a aussi disparu pour être remplacé par les whuffies. Ces derniers sont une mesure de la popularité d'une personne qui permettent d'avoir des biens plus luxueux. Ils ressemblent un peu aux amis sur Facebook à mon avis. Julius est le héros de ce livre. Après avoir terminé une nouvelle thèse il décide d'aller à Disney World. Il tombe amoureux d'une femme et prend un soin particulier envers les attractions après avoir été inclus dans l'équipe qui a pris le contrôle du parc. Mais un autre groupe tente de s'arroger celui-ci. Pourraient-ils aller jusqu'au meurtre ?

    Ce livre développe des concepts intéressants. L'idée de lier la richesse à la réputation d'une personne en fait partie. Je pense qu'on pourrait presque le lier à l'arrivée, de temps en temps, de stars construites sur internet et qui disparaissent tout aussi rapidement mais dont la réputation qui monte, provisoirement, en flèche les rend visible. Les whuffies fonctionnent un peu de la même manière. Les riches sont très peu nombreux mais la plupart du temps cette monnaie peut fluctuer d'un jours à l'autre. Mais ce concept remplace aussi l'amitié. Celle-ci n'existe plus vraiment dans ce monde puisqu'on peut abandonner quelqu'un que l'on connaissait simplement parce qu'il est à court de réputation ie d'amis. L'immortalité y est aussi décrite. Personnellement je trouve que les conséquences sont mieux maîtrisées que chez Hamilton. En effet, les individus les plus vieux montrent une forme de lassitude après avoir tout vu. Ils décident de quitter la vie pendant quelque temps par ennui et, parfois, de mourir définitivement. Parallèlement, les jeunes perdent une grande partie de leur passion. Pourquoi en avoir quand tout est disponible un jour ou l'autre et qu'il n'existe pratiquement plus aucunes luttes ? Mais je ne pense pas que ce livre soit très bon. Les personnages sont, à mon avis, plats. On ne s'y attache pas et leurs réactions et émotions restent à la surface. Je n'ai eu aucune empathie avec aucun d'entre eux et je trouve cela dommage.

    Livre disponible sur le site de l'auteur

  • L'anarchie, sa philosophie, son idéal par Kropotkine

    Titre : L'anarchie, sa philosophie, son idéal
    Auteur : Kropotkine
    Éditeur : Les éditions de Londres
    Pages : 50

    Voici le second texte de Kropotkine que je lis. Le premier tentait de définir la philosophie de l'anarchisme et c'est aussi le cas de ce second texte. Il était destiné à une conférence à la fin du XIXe siècle. Kropotkine essaie donc d'y définir la philosophie de l'anarchisme. Il commence par un constat. De nombreuses personnes considèrent que l'anarchisme est la simple destruction de toute civilisation et les anarchistes des terroristes ou des doux-rêveurs. C'est une conception encore largement partagée de nos jours. Mais l'anarchisme ce n'est pas la destruction, c'est surtout la reconstruction d'une société dans une direction plus juste, plus libre et plus égalitaire. Celle-ci serait, selon Kropotkine, un processus inéluctable qui aurait déjà commencé dans les différentes sciences. En effet, de l'étude du centre on est passé à l'étude des petites choses (ou des personnes). L'anarchisme de Kropotkine a donc quatre principes qui sont résumés par la préface. Tout d'abord la fin de l'exploitation et de la domination des masses par une minorité, ensuite la mise en place de la liberté dans l'action et la solidarité par la dissolution de l'état, bien entendu un individualisme important et enfin la fin des lois défendues et mises en place par l'état pour des contrats libres.

    J'avoue que j'ai un peu plus de mal avec Kropotkine qu'avec Bakounine. Peut-être que le style de l'auteur ne me convient pas ? Ou alors il y a une subtilité dans les idées de Kropotkine que je n'ai pas encore consciemment identifiée mais qui ne me convient pas. Ce qui n'implique pas que je ne sois pas, au niveau général, d'accord avec l'auteur. Je mettrais tout de même un bémol à l'individualisme que prône Kropotkine. J'ai toujours considéré que l'anarchisme était plus proche du libéralisme, dans ses idées principales, que beaucoup ne le croient. L'anarchisme, comme le libéralisme, fait preuve d'une grande méfiance face à l'état et considère que l'individu est capable de beaucoup. Cependant, le libéralisme laisse la main libre au marché (du moins en théorie) alors que l'anarchisme tente de changer radicalement le système économique et social. Je ne suis pas certain d'avoir déjà une réflexion mûre sur le sujet mais je suis tenté de dire que l'individualisme de Kropotkine est peut-être trop prononcé. Je pense que le système décrit par Bakounine serait plus réaliste et plus fonctionnel.

    Image : Site de l'éditeur

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  • Anda's game par Cory Doctorow

    Titre : Anda's game
    Auteur : Cory Doctorow
    Éditeur : Version numérique
    Pages : 30

    L'ennui avec les nouvelles c'est qu'elles se lisent très vite. J'ai donc terminé un nouveau texte de Doctorow. Nous y suivons Anda une jeune fille de 12 ans qui est recrutée à l'école par une joueuse professionnelle. Cette dernière fait partie d'une guilde de jeux vidéos constituée seulement de femmes pour montrer que les femmes aussi sont capables de jouer et même d'être les meilleures ! Anda est très prise par ce jeu. Peut-être trop puisque ses parents s’inquiètent pour elle. Ce qu'ils ne savent pas c'est que leur fille reçoit de l'argent pour détruire certains joueurs précis. Mais qui sont ces joueurs et pourquoi ne font-ils que des objets basiques ? Ces questions la conduiront à connaître un aspect sombre des jeux vidéos. Un aspect que seulement peu de personnes savent qu'il existe.

    Autant j'ai été déçu par la nouvelle précédente autant j'ai apprécié celle-ci. Elle fait partie d'un ensemble de nouvelles qui reprennent des titres de SF connu dans un but militant. Anda's game se rapproche d'Ender's game que j'ai aussi lu. Mais ce ne sont pas des jeux vidéos pour faire la guerre que l'on rencontre dans cette nouvelle. Non on y rencontre une guerre qui se déroule à l'intérieur du jeu. Cette guerre est celle qui existe entre les joueurs et les gold farmers. Ces derniers sont utilisés par des joueurs européens ou américains qui paient pour éviter d'avoir à monter eux-même leur personnage ce qui détruit l'équilibre économique interne des jeux. Mais ce qui est plus grave c'est qu'il existe de véritables usines de gold farmers dont les "joueurs" sont très mal payé pour travailler devant un écran des heures sans repos. C'est ceci que tente de dénoncer Doctorow: une nouvelle forme d'exploitation industrielle. D'ailleurs, je vous conseille d'aller voir la nouvelle exposition de la Maison d'Ailleurs à Yverdon, Playtime - Videogame mythologies, qui a mis en place un poste pour parler de cet aspect.

    Livre numérique disponible sur le site de l'auteur

  • Discours de la servitude volontaire par Etienne de la Boétie

    Titre : Discours de la servitude volontairearton68-a7855.jpg
    Auteur : Étienne de la Boétie
    Éditeur : Éditions de Londres
    Pages : 40

    Un classique que je n'avais jamais lu mais dont j'ai beaucoup entendu parler lors de différents cours. Le projet de ce discours écrit au XVIe siècle est de comprendre pourquoi on obéit. Pourquoi on accepte d'être les sujets d'un prince, d'un état ? La première idée qui vient à l'esprit concerne la puissance policière et militaire du prince. Mais, comme le dit de la Boétie, cette puissance est moindre face au nombre bien plus importants de sujets. D'ailleurs, les servants de cette puissance sont eux-même des sujets et on devrait expliquer leur accord avec l'état. Est-ce donc la lâcheté qui fait que nous acceptons les ordres de l'état sans nous rebeller ? Peut-être que c'est un début d'explication. Mais, à mon avis, de la Boétie donne deux autres explications bien plus intéressantes. Tout d'abord, ce qui permet à l'état de gouverner des masses c'est l'habitude. Celle-ci vient d'une histoire. On a toujours eu un état et nous sommes nés à l'intérieur de celui-ci. On nous apprend qu'il est nécessaire et qu'il faut le respecter et suivre ses ordres. On a là un début d'explication presque sociologique qui voit l'obéissance comme une domination. Nous ne sommes pas très éloignés du pouvoir symbolique de Bourdieu qui explique la domination non par les armes mais pas un nombre élevé de discours, d'institutions et de personnes qui servent l'état. D'ailleurs, de la Boétie explique aussi l'obéissance par les serviteurs. Ces derniers ont gagné à servir l'état. Ils ont eux-même aidé d'autres serviteurs qui gagnent à ce poste et ainsi de suite. Au final nous avons une gigantesque chaîne d'obligations et gains mutuels qui tiennent la société dans le giron du prince. Une chaîne incassable puisqu'elle tient tout le monde aussi bien les puissants que les modestes.

    La préface considère qu'on parle beaucoup de ce livre mais qu'il est rare de l'avoir lu. Ce serait donc un de ces classiques de la pensée politique que personne ne connaît vraiment. Je suis donc fier d'avoir enfin pris le temps de le consulter. Mais que peut-on retirer d'un livre du XVIe siècle ? On peut, en tout cas, observer le génie d'un homme qui réussit à trouver des explications assez convaincantes pour être mentionnée encore de nos jours. En effet, les idées de la Boétie concernant le caractère non-violent de la domination de l'état sont plutôt convaincantes. Je ne dis pas que l'état ne peut pas s'appuyer sur des forces armées. Mais il suffit d'observer un peu pour se rendre compte que ces dernières n'expliquent pas pourquoi on obéit. En effet, pourquoi, par exemple, utilise-t-on l'heure d'été alors que personne ne vient nous punir si on s'y refuse ? Pourquoi accepte-t-on le pouvoir d'un professeur quand on est étudiant ? Pourquoi obéit-t-on à un policier dans la rue (outre l'arme) ? Ces questions, légitimes, ne peuvent être répondues que si l'on prend en compte les explications en termes de pouvoirs symboliques dont la Boétie est, à mon avis, un lointain précurseur.

    Image : Éditeur