Politique - Page 3

  • Cartographie de l'anarchisme révolutionnaire par Michael Schmidt

    Titre : Cartographie de l'anarchisme révolutionnairecouv-cartographie-site.jpg
    Auteur : Michael Schmidt
    Éditeur : Lux 2012
    Pages : 186

    Après un gros livre sur la première guerre mondiale je me suis dit qu'il me faudrait un petit livre. Après avoir hésité je me suis lancé dans un ouvrage que j'avais vu à de nombreuses reprises et qui m'intéressant depuis longtemps. L'auteur y dépeint l'histoire de l'anarchisme en 5 vagues. Cette construction en vagues, qu'il critique, lui permet de comprendre comment l'anarchisme s'est pensé et constitué dans l'histoire plutôt que d'en faire une force politique immatérielle et éternelle de lutte contre le pouvoir. Chacune de ces vagues s'est accompagné d'auteur-e-s, de réussites et d'échecs. Mais l'auteur ne se contente pas de montrer ce que tout le monde connait. L'histoire mythique de l'anarchisme qui commence avec la première internationale pour se briser face au bolchevisme et au fascisme en Espagne. La guerre civile espagnole marquant la pierre tombale de l'anarchisme dans le réel. Au contraire, l'auteur tente de replacer l'histoire aussi bien dans le contexte mondial qu'après les années trente. Ainsi, plutôt qu'une perte de consistance l'auteur montre une force de l'anarchisme encore aujourd'hui dans le monde.

    Bien que ce livre soit très intéressant et qu'il permet de connaitre un grand nombre d'auteur-e-s différents des pères et mères de l'anarchisme il pose quelques problèmes. Le premier est sa taille. En 150 pages l'auteur essaie de montrer 150 histoires dans le monde entier. Bien qu'il réussisse à montrer la grande diversité des associations anarchistes dans le temps et l'espace un résumé aussi important créer une sensation de densité du texte. Les sigles de groupes se multiplient sans qu'il soit toujours facile de savoir de quoi on parle et dans quelle partie du monde. Un second problème, d'un point de vue académique, est le ton de l'ouvrage. Celui-ci est très militant. Je n'ai rien contre le militantisme anarchiste mais l'auteur pourrait voir son livre disqualifié par certaines personnes qui refusent ses idées. Ainsi, l'auteur se place fortement contre le bolchevisme qu'il considère comme un capitalisme d’État. Certain-e-s militant-e-s pourraient se sentir attaqués dans leurs idées et croyances. Mais il serait dommage de s'empêcher de lire cet ouvrage qui permet de voir l'étendue de l'anarchisme dans le monde et ce jusqu'à nos jours.

    Image: Éditeur

  • Violences et insécurité. Fantasmes et réalités dans le débat français par Laurent Mucchielli

    Titre : Violences et insécurité. Fantasmes et réalités dans le débat françaisInsecurite.jpg
    Auteur : Laurent Mucchielli
    Éditeur : La découverte et Syros 2001
    Pages : 141

    J'aime bien lire Laurent Mucchielli. Ses livres ont une posture critique indispensable dans le contexte actuel. Celui-ci s'intéresse au débat français sur la violence et le sentiment d'insécurité mais la plupart des arguments de l'auteur peuvent être mis en parallèle avec le débat suisse sur le sujet. En effet, depuis plusieurs années le sentiment d'insécurité est au centre des politiques publiques et des médias. Dans le même temps le coupable est identifié sous la forme des jeunes de plus en plus violents et de plus en plus incapables de s'insérer dans les règles sociales. Mais est-ce vrai? N'y a-t-il pas quelque chose d'un peu plus compliqué? L'immigration est-elle la source de la délinquance? L'auteur tente de répondre en 5 chapitres.

    Les trois premiers chapitres permettent à Mucchielli d'analyser les discours de trois institutions. Tout d'abord, l'auteur observe comment fonctionne la presse. Il observe que celle-ci ne prend pas en compte l'aspect politique des violences et qu'elle se contente, souvent, de montrer les événements sans les expliques. De plus, de nombreux chiffres sont utilisés sans vérifications ni critiques. Ensuite, l'auteur observe les experts de la sécurité. Ceux-ci sont de plus en plus importants sur le sujet et tente de se faire voir comme des universitaires. Mucchielli montre qu'il n'en est rien et que ces experts ont des intérêts importants dans l'industrie de la sécurité. Enfin, il observe le discours politique et, plus spécifiquement, celui d'une part bureaucratique et particulière de la police. Celle-ci analyse la délinquance en termes d'échelles du moins important au plus dangereux sur laquelle se grefferait la carrière délinquante. De plus, c'est l'idée d'une fin de la civilisation face à un ennemi intérieur puissante et numériquement important qui est utilisé dans la rhétorique.

    Dans le quatrième chapitre l'auteur examine les statistiques de la délinquance. Il montre comment celles-ci sont formées et l'utilité qu'elles peuvent avoir ainsi que leurs biais et limites. L'auteur y fait un autre constat que ceux publiés par la presse. Ainsi, la plupart des actes de délinquances sont en baisses. Seuls les violences augmentent mais peu et pour des actes qui ne sont pas graves. L'apparition des violences sexuelles de manière de plus en plus importante s'explique à la fois par la fin d'un tabou et par l'entrée de ces catégories dans les plaintes acceptées. Enfin, l'immigration n'est pas criminelle. Les seuls étrangers surnuméraires le sont à cause de la violation des lois sur l'immigration ou par un ciblage spécifique par les polices. Enfin, dans un dernier chapitre, l'auteur tente de montrer comment a changé la délinquance juvénile depuis les années 50. Il montre que celle-ci existe depuis de nombreuses années sous des formes proches. Ainsi, il montre l'importance que prit le danger des "blousons noirs". Nous ne sommes donc pas dans une époque particulière.

    En conclusion ce livre, salutaire, permet de contester voir de simplement relativiser un grand nombres de discours politiques et médiatiques. Plutôt que de ne vouloir qu'une simple répression il faut comprendre la raison de l'entrée en délinquance. Ici, l'auteur est en faveurs de supprimer certaines choses comme la prohibition du cannabis. Ce livre est donc utile à la fois aux journalistes, aux politiciens et aux policiers qui peuvent l'utiliser pour guider leur action mais aussi pour comprendre, un peu, le contexte. Celui-ci se veut aussi un moyen de débat pour lancer de nouvelles solutions inventives.

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  • Le héros était une femme... le genre de l'aventure par Loïse Bilat et Gianni Haver

    Titre : Le héros était une femme... le genre de l'aventure
    Directeur/trice : Loïse Bilat et Gianni Haver
    Éditeur : Antipodes 2011
    Pages : 268

    Les femmes héros ne sont pas nombreuses dans la culture populaire. Les dernières productions le montrent parfaitement. Les rares femmes sont de simples faire valoir quand elles ne pourraient pas être remplacées par des chaises. Et les choses ne risquent pas de changer si l'on en croit le programme de la phase 3 de Marvel. Cependant, il existe un certain nombre de femmes qui ont accédé au statut d'héroïnes. Sont-elles pour autant différente des hommes ou des femmes normales? Peuvent-elles briser la norme patriarcale? Ce livre souhaite répondre à ces questions sur plusieurs chapitres qui étudient chacun un personnage particulier.

    Alors que le premier chapitre crée ce que l'on pourrait nommer une théorie de l'héroïne - conçue comme un personnage qui agit sur l'intrigue plutôt que de la subir - les autres s'intéressent à quelques personnages qui peuvent venir du monde des romans ou des comics. Ceci rend une présentation complète difficile. Je vais donc parler de quelques exemples que j'ai apprécié. Et comme je suis logique on va commencer par le dernier chapitre concernant Wonder Woman. Ceux et celles qui suivent ce blog savent que ma connaissance des comics est récente et parcellaire. Je me suis rapidement intéressé à Wonder Woman dont j'ai lu avec intérêt les aventures dans le DC Comics Anthologie. Alors un article sur elle n'allait pas me rendre indifférent! Celui-ci permet de déconstruire le caractére féministe de Wonder Woman. Oui, elle se bat pour les femmes. Mais ce combat a lieu dans un contexte particulier et dans une direction particulière. Les femmes peuvent être aussi forte que les hommes pour les remplacer lors de la WWII. Mais leur combat pour la liberté doit se faire en direction de leur charme, amour et l'acceptation de la soumission. C'est donc un message de soumission plus que d'empowerment qui est lancé. Un autre article que j'ai apprécié concerne Yoko Tsuno. Je lisais ses aventures avec passion lors de mon enfance. L'article montre bien l'intérêt de son personnage, une femme japonaise technicienne, dans un monde masculin hostile. Les tenues sont aussi analysées avec attention. On y trouve aussi une analyse de Catwoman qui conclut sur l'aspect beaucoup plus novateur face à Batman (pas celui de Nolan) que dans le film centré sur elle. Nous avons donc un livre à la fois intéressant mais un peu décousu. Il permet de créer des liens et l'analyse de personnages précis est un bon moyen de montrer comment utiliser la théorie face à un objet particulier. Un livre que je recommande.

    Image: Éditeur

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  • Beauté fatale. Les nouveaux visages d'une aliénation féminine par Mona Chollet

    Titre : Beauté fatale. Les nouveaux visages d'une aliénation féminine9782355220395.gif
    Auteure : Mona Chollet
    Éditeur : La Découverte 2012
    Pages : 237

    Je sais, je sais. Honte à moi de n'avoir jamais lu Mona Chollet avant aujourd'hui. J'avais entendu parler d'elle, et en bien, mais je n'avais pas pris le temps de m'y intéresser. Cette erreur est maintenant réparée avec un livre qui m'intéressait particulièrement (et qui peut fâcher certaines personnes). Celui-ci permet à l'auteure d'analyser la manière dont l'industrie de la mode agit sur la perception de la beauté autant sur soi que sur les autres. Cet essai polémique, plus qu'une étude, place de nombreux points sur les I et on se demande comment une industrie aussi déviante peut encore exister.

    Pour cette étude Mona Chollet écrit 7 chapitres qui s'intéressent chacun à certains points de la mode et de la beauté. Alors que les deux premier permettent à l'auteure de noter un certain retour en arrière, backlash, elle note aussi que ces retours se forment souvent lors de certains contextes particuliers. Pour analyser celui-ci elle décide de s'intéresser au milieu de la mode. Les chapitres suivant seront l'occasion d'expliquer pourquoi analyser ce milieu particulier. Il faut bien avouer que la prose de l'auteure et à la fois jouissive et inquiétante. Je ne vous dis pas les rires qui m'ont soudainement pris lors de pique sarcastique. Par exemple, les passages sur Gossip Girl sont magnifiques. Mais elle montre aussi un milieu qui s'observe lui-même tout en se considérant comme supérieur. Un milieu qui impose aux femmes un certain standard et qui, en cas de dérives, rejette toute responsabilité. Ainsi, le fait que les modèles soient majoritairement des femmes blondes et blanches extrêmement mince est considéré comme une demande de consommateur et naturalisé comme la forme de beauté parfaite. On oublie totalement les aspects structurels du racisme et l'historicité de la beauté. J'ai aussi trouvé très intéressant de considérer les maladies que sont la boulimie et l'anorexie non comme de simples désordres psychologiques individuels mais de les placer dans un fonctionnement social qui pousse les femmes à suivre un idéal dangereux et à se priver continuellement. Ce ne sont que quelques exemples d'un livre très intéressant qui frappe là ou ça fait mal et que je considère comme une lecture nécessaire pour tout le monde, femmes comme hommes.

    Image: Éditeur

  • L'an V de la révolution algérienne par Frantz Fanon

    Titre : L'an V de la révolution algérienne9782707167637.gif
    Auteurs : Frantz Fanon
    Éditeur : La Découverte et Syros 2001
    Pages : 174

    Je ne connais pas grand-chose sur la guerre d'Algérie. Bien entendu je sais quelques petites choses que tout le monde connaît. Mais ce n'est pas vraiment important. Donc quand j'ai pu lier mon désir d'en savoir plus à la fois sur la pensée de Frantz Fanon et sur la guerre d'Algérie j'ai sauté sur l'occasion. Ce livre est publié pour la première fois en 1959. Frantz Fanon est en plein militantisme et il utilise ses connaissances pour aider les Algériens à se libérer de la tyrannie du colonialisme français. Outre cela il écrit. Ici il tente d'analyser les changements que la guerre de libération a créé dans la société algérienne aussi bien d'un point de vue social que dans l'usage des techniques.

    Fanon décrit les changements sur 5 chapitres. Le premier concerne principalement les femmes ainsi que leur rapport au voile dans le cadre du colonialisme. Alors que la condamnation française du voile comme un reste de l'ancien temps sexiste ne fit rien pour dévoiler les femmes c'est, paradoxalement, selon Fanon, la guerre qui permit aux femmes de se dévoiler. Ceci se fit non pas pour se libérer d'un carcan patriarcal qui n'est qu'une tradition acceptée mais pour aider à la Révolution. Ainsi, une femme dévoilée peut plus facilement parcourir les rues pour aider les hommes à éviter la police. Inversement, l'intérêt envers les femmes dévoilées par la police a impliqué le retour du voile qui permet de cacher armes et bombes. Dans le second chapitre l'auteur analyse l'arrivée massive et l'usage de la radio. Celle-ci, malgré le brouillage, permet de donner les informations sur les réussites de la Révolution aux citoyen-ne-s alors que les médias français cachent les victoires. Plus encore, les médias de la Révolution utilisent plusieurs langues dont le français. Dans le troisième chapitre Fanon tente de montrer en quoi la guerre change la manière dont la famille fonctionne. Que ce soit le fils qui ne suit plus les conseils de son père ou la fille qui doit nécessairement s'occuper de la famille en l'absence de l'homme voir vivre avec des hommes sans être mariées. Mais c'est aussi le mariage qui change. Alors que, selon Fanon, le mariage était d'abord une alliance entre clans durant la guerre ce sont des personnes qui apprennent à se connaître qui souhaitent se marier sans avoir à demander le droit aux parents (surtout au père). Fanon analyse, dans le chapitre 4, la manière dont la médecine est utilisée par les forces colonialistes. En effet, selon Fanon, la France a tenté d'interdire la vente de médicaments ainsi que de forcer les médecins à dénoncer les blessures suspectes. Enfin, l'auteur termine sur la minorité européenne en montrant comment certains de ses membres décident de soutenir la Révolution que ce soit à l'aide d'informations ou en cachant biens et personnes dans leur propriété.

    Je suis à la fois très favorable et un peu déçu par ce livre. Favorable car il donne la pensée de Fanon sur une Révolution en cours et les mutations que cela implique nécessairement dans une société. On apprend donc un certain nombre de choses sur le fonctionnement de la guerre ainsi que sur les raisons qui peuvent pousser certaines personnes à se révolter. Cependant, cette analyse pèche, et c'est normal, par le contexte durant lequel elle a été écrite. Comment peut-on créer un livre avec une méthodologie impeccable alors que l'auteur se trouve en pleine guerre et risque la prison, voir la mort, chaques jours? Il est donc parfaitement compréhensible que les exemples soient des généralités et que Fanon n'entre pas dans le détail. Mais ce qui m'a le plus déçu est la manière dont Fanon analyse le rôle des femmes. L’œil exercé se rend facilement compte qu'elles sont gardées en réserve pour des activités subalternes. Cela ne veut pas dire que ces activités ne sont pas importantes mais elles ne sont pas des luttes. Mais Fanon ne voit pas ça. Alors que son analyse du racisme et du colonialisme est très stimulante il est singulièrement aveugle envers le système patriarcal. Je souhaiterais donc en savoir un peu plus sur ce sujet mais il faudra, pour cela, m'intéresser à d'autres auteur-e-s.

    Image: Éditeur

  • Peau noir, masques blancs par Frantz Fanon

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    Auteurs : Frantz Fanon
    Éditeur : Seuil 1959
    Pages : 188

    Depuis que j'ai connu Frantz Fanon dans un cours de philosophie politique j'ai voulu le lire. J'avais eu l'occasion de lire la fameuse préface de Sartre aux Damnés de la Terre mais ce que Sartre écrit n'est pas forcément la même chose que ce que dit Frantz Fanon. Je me suis donc lancé dans un premier livre (et un second en ce moment même). Celui-ci est une tentative d'analyser le colonialisme selon une perspective psychologique. Pour cela, Frantz Fanon écrit 7 chapitres dans lesquels il analyse aussi bien les femmes, les hommes, le discours colonial que l'expérience.

    Bien que la lecture m'ait été difficile – je ne connais absolument rien en psychologie et je suis certains d'avoir mal compris ou incompris une grande partie de son discours d'où cette présentation très courte – je l'ai trouvé intéressant. En effet, Fanon montre parfaitement bien comment fonctionne le colonialisme et, par extension, le racisme. Dans le premier chapitre il montre l'importance du langage dont la maîtrise permet de se civiliser selon les normes blanches face à une langue considérée comme bâtarde par ces mêmes personnes. Il montre aussi, si j'ai bien compris, comment fonctionne la haine de soi qui mène à vouloir se lier aux personnes blanches pour éviter et effacer une origine de couleur. Ceci fonctionne aussi bien pour les hommes que les femmes. Mais les chapitres que j'ai le plus appréciés sont ceux qui concernent le discours colonial et l'expérience vécue. En effet, en ce qui concerne le discours des colonisateurs Fanon montre qu'il est construit sur une prétendue infériorité des peuples pour avoir le droit, le devoir, de les civiliser et, donc, de prendre le contrôle des peuples. Fanon lutte contre l'idée que certains peuples ont un "complexe d'infériorité" qui les destinaient à être colonisés. Dans son analyse de l'expérience vécue il analyse les mythes et les regards dans la rue. Les mythes créent une échelle de valeurs qui part de noir/mal à blanc/bien et qui sont offerts comme moyens de comprendre le monde à tous les enfants qu'elle que soit leurs origines. Mais c'est aussi la rue qui, par son fonctionnement, crée l'origine. Ce sont les regards et les comportements qui montrent à la personne qu'elle est considérée comme dangereuse ou non.

    Encore une fois, je n'ai de loin pas compris ce livre. L'usage par Fanon des concepts de la psychologie ne me permet pas de véritablement entrer dans son discours. Ceci est, bien entendu, dû à mes propres méconnaissances et même avec ce manque j'ai trouvé les propos de Fanon puissants et intéressants. Bien que je ne sois pas certain que la psychologie soit la meilleure entrée pour comprendre le fonctionnement du colonialisme et du racisme l'auteur crée une analyse qui vaut la peine d'être lue. Je ne peux malheureusement pas en dire beaucoup plus sans mentir sur mes capacités.

    Image: Éditeur

  • Philomena

    Nous avons tous entendu parler du scandale des adoptions forcées en Irlande. Certaines personnes savent même que ces pratiques ne sont pas seulement irlandaises. Ce film parle de l'un de ces scandales. Philomena est une femme qui pleure la perte de son premier enfant qui aurait dû avoir 50 ans. Sa fille n'était au courant de rien ni personne d'autre d'ailleurs. Mais cette fois elle souhaite vraiment savoir ou se trouve son fils. Elle prend donc contact avec un ancien journaliste récemment expulsé de son travail à Downing Street, Sixsmith. Bien que les pistes irlandaises ne donnent rien il et elle continuent leur quête aux USA. Ce voyage leur permettra d'apprendre plusieurs choses sur le fils de Philomena et sur les raisons de l'adoption.

    On le sait, le début du XXe siècle ne fut pas le plus facile pour les personnes un peu marginales. De nombreuses institutions s'occupaient d'elles et pouvaient les enfermer plusieurs années sans se justifier. Mais ce film n'explore pas vraiment ce coté de l'histoire. Il préfère se concentrer sur la relation entre deux personnes: un journaliste et politicien désabusé et choqué par ce qu'il découvre et une femme qui tente seulement de retrouver son fils et non de trouver des coupables. Ainsi, les deux personnages interagissent selon des buts différents et des moyens différents. Alors que Sixsmith observe le récit comme un journaliste qui souhaite pointer du doigt des personnes Philomena cherche des informations. Les deux personnages sont magnifiquement joués par les deux personnes qui ont été choisies pour cela. Leur duo fonctionne parfaitement bien et c'est toujours un plaisir d'observer Judi Dench à l'écran.

    • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

    • Twilight.

    • Film de vacances.

    • Bon scénario.

    • Joss Whedon. Un film magnifiquement joué sur un thème qu'il aurait été facile de tourner vers le pathos. Le choix de ne pas expliquer le contexte mais d'observer deux personnes est, à mon avis, une magnifique idée.

    Image: Site officiel

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  • Les ombres de l'histoire. Crime et châtiment au XIXe siècle par Michelle Perrot

    Titre : Les ombres de l'histoire. Crime et châtiment au XIXe siècle9782080679147_cm.jpg
    Auteur : Michelle Perrot
    Éditeur : Flammarion 2001
    Pages : 427

    2014 est l'anniversaire de la mort de Michel Foucault. Je trouve donc qu'il est intéressant de terminer 2013 avec un livre sur l'histoire de la prison. Celui-ci est composé de plusieurs articles écrit par l'historienne Michelle Perrot. Cette dernière s'est intéressée aux prisons alors que Michel Foucault avait lancé le sujet dans la discipline historique. L'usage des concepts foucaldiens lui permet de mieux comprendre les sources qu'elle analyse dans les différents articles de cet ouvrage.

    Celui-ci est découpé en 5 parties qui regroupent différentes contributions selon certains thèmes. La première partie permet de resituer le travail de Foucault et la manière dont il a été reçu et critiqué par les historien-ne-s. Cette partie nous permet de comprendre un peu mieux l'intérêt de Foucault pour l'histoire des prisons et des organisations totales. Mais aussi les raisons qui se cachent derrière les critiques (souvent justifiées). La seconde partie permet à Michelle Perrot de donner des informations sur certains des grands penseurs de la prison au XIXe siècle. Entre Bentham et la construction intellectuelle de la prison panoptique et Tocqueville et ses considérations sur la prison via les archives de son voyage aux USA elle nous parle d'un traité sur la pauvreté. Ces textes permettent de comprendre l'importance du débat qui a entouré la prison au XIXe. Comment la construire? Comment la gérer et comment surveiller? Les écrits de Bentham sont particulièrement glaçants puisque ses idées mènent à la destruction de la vie humaine au profit de l'utilité.

    Les parties suivantes permettent d'entrer dans l'analyse du crime et de la marginalité. La troisième est donc constituée de textes concernant la "vie carcérale". Comment vit-on en prison au XIXe siècle? Les révolutions ont-elles un impact sur celles-ci? Que faire de l'écriture? Autant de questions auxquelles répond Michelle Perrot. Ainsi, elle montre que les révolutions s'attaquent aux prisons selon certaines modalités. Les prisonniers politiques sont célébrés alors que les voleurs sont conspués. Et même si des réformes sont promises les demandes en ce sens sont rapidement écartées. Mais Michelle Perrot examine aussi l'expérience de la prison de Genève grâce à un travail d'un autre historien, Malgré une constitution à la pointe des sciences de l'époque ce fut un échec.

    La quatrième partie examine la signification des crimes. Celle-ci commence par un examen des décomptes statistiques qui permet de mettre en question son fonctionnement ainsi que les significations qui sont données aux chiffres. Perrot continue sur deux contributions qui nous parlent de l'importance des faits divers pour comprendre les craintes de l'époque. L'une des deux nous parle d'un cas particulièrement important: l'affaire Troppmann. Celle-ci reçut une énorme attention médiatique et fut accusée d'être orchestrée par le gouvernement pour éviter de porter les réflexions sur d'autres problèmes plus importants.

    La dernière partie parle de thèmes qui ont prit une actualité importante ces derniers temps. En effet, les contributions qui y sont réunies parlent de la mendicité, des vagabonds et des jeunes. Alors que les vagabonds mendiants sont de plus en plus contrôlés et accusés de créer le crime en volant et en violant – voir même en créant les épidémies par leurs migrations – l'époque s'inquiète des enfants. Ces derniers sont décrits comme des voyous qui prennent le contrôle de la rue au lieu de travailler à l'usine. Les médias de l'époque s’inquiètent de ces bandes de jeunes qui, pourtant, ne sont pas si importants selon les sources.

    Que dire, au finale, de ce livre? L'ennui avec les recueils de contributions c'est qu'ils créent le danger d'une impression de flou dans les sujets analysés. Bien que les contributions soient classées selon des thèmes définis on peut se demander, parfois, pourquoi tel sujet apparaît après tel autre. De plus, on cherche à en savoir plus sans pouvoir le faire. Cependant, le sujet de ce livre est de plus intéressants. Ce constat est d'autant plus important dans le contexte sécuritaire actuel. Alors que les promesses de sécurité et le contrôle se multiplient dans des proportions de plus en plus fortes ce livre permet d'historiciser certains points tout en offrant des comparaisons intellectuelles. C'est donc une lecture qui peut guider un avis critique sur certaines politiques publiques en cours de construction ou déjà décidées. Je pense, en particulier, à la surveillance mais aussi à la mendicité et à la peur de la jeunesse.

    Image: Éditeur

  • Le loup de Wall Street

    Jordan Belfort est un jeune homme d'une vingtaine d'année quand il est engagé dans une agence de courtage. C'est aussi un homme marié dont le rêve est de devenir riche. Mais alors qu'il obtient sa licence il est viré le jour même lors de l'un des plus grands krachs boursier de l'histoire. Cependant, rien ne saurait l'arrêter et il se retrouve bien vite dans une petite agence qui vend des actions sans valeurs d'entreprises naissantes. Il s'y fera vite remarquer par sa capacité à vendre de manière agressive. C'est alors qu'il décide de créer sa propre entreprise qui doit lui permettre de devenir riche! Mais cela est-il légal et, si oui, moral? Peu importe, car il n'y a que l'argent qui compte et nul ne saurait se mettre en travers de son chemin.

    Qui est Jordan Belfort? Cet homme dont la vie est au centre de deux livres et maintenant de ce film est un courtier qui a réussit. Mais il a réussi d'une certaine manière. En effet, on observe un homme dont la seule obsession est l'argent et le meilleur moyen de le recevoir grâce à un système capitaliste en roue libre. Comme le dit l'un des personnages au début du film: Tout n'est que virtuel. Le client croit devenir riche alors qu'il ne reçoit rien tandis que le courtier se prend une commission importante. Le but du jeu n'est donc pas de bien conseiller son client mais de lui vendre et de garder son argent sur le marché tout en empochant la commission. Prendre l'argent dans la poche d'autrui pour le mettre dans la sienne. Cette philosophie reste au centre de tout le film. Les courtiers sont dépeints comme des rapaces qui vendent des produits sans les connaître ni même tenter de comprendre. Leur seul but est de gagner et si certains perdent de l'argent autant que ce soit leurs clients.

    Dans ce contexte l'argent est devenu une drogue dont la dose quotidienne est nécessaire. Mais ce n'est pas la seule addiction de Jordan. Celles-ci sont expliquées par un besoin de détente et d'acuité durant toute une journée. Ainsi, l'usage des drogues permet de survivre à des journées éprouvantes durant lesquelles tout est basé sur la performance. Cette excitation s'évacue aussi par la sexualité affichée. Les bureaux de l'entreprise sont donc les lieux d'un spectacle continuel de débauche et de fête ou la drogue, la sexualité et la performance sont au centre de tout. Rien ne compte si ce n'est de pouvoir faire ce que l'on veut avec l'argent de sa réussite.

    La sexualité me mène à parler d'un autre aspect central dans le film: les femmes. Elles sont centrales non pas grâce à leur rôle. Les rares femmes nommées sont soit des épouses, des mères ou des courtières. Et encore elles ont rarement beaucoup de choses à dire à l'écran. Car Jordan ne voit pas les femmes comme des partenaires mais comme des biens permettant de prouver sa réussite matérielle. A plusieurs reprises il explique que la richesse permet de vivre avec une belle femme tandis que le marqueur de pauvreté serait de posséder (j'utilise ce terme exprès) des femmes moches. Ainsi, non seulement Jordan a une femme mannequin mais il achète aussi de nombreuses prostituées et offre même une augmentation mammaire à une employée. Moins que des êtres humains les femmes sont des biens dont il est possible de faire cadeau à ses employés. La nudité fait partie de ce cadeau et elle est souvent affichée et imposée aux femmes. Nous nous trouvons clairement dans un usage d'un bien pour prouver sa réussite sociale.

    Au final, ce film éprouvant possède-t-il une morale? Je ne crois pas. Même quand Jordan est puni (que ce soit par la justice ou les circonstances) il réussit à s'en sortir. Il n'y a pas non plus de véritables explications d'un système vicié. Le film manque donc singulièrement de point de vue. En effet, tout est mis selon le regard de Jordan qui se fiche de savoir véritablement comment le système fonctionne ou est régulé (mal) tant qu'il gagne de l'argent. Mais ce que ce film nous offre est une ambiance. Celle d'un groupe d'individus mis au centre d'une machine qui brasse des millions et dont on demande une performance à toute épreuve. Un système qui broie les employé-e-s même qui y gagnent puisqu'ils et elles perdent tout sens de la réalité. Une ambiance de toute puissance et de stress intense qui permet de comprendre comment certaines affaires et crises récentes ont pu avoir lieu.

    • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

    • Twilight.

    • Film de vacances.

    • Bon scénario.

    • Joss Whedon. Superbement joué, extrêmement bien réalisé, ce film est éprouvant et épuisant. Malgré sa longueur on ne sent pas le temps passé. Est-ce une véritable explication du fonctionnement de la bourse? Non, pour cela il vaut mieux s'intéresser à Margin Call qui y réussit beaucoup mieux (et qui montre aussi un dédain des clients).

    Image: Allociné

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  • Mandela: Long walk to freedom

    C'est un peu le film qui tombe exactement au bon moment. Basé sur l'autobiographie de Nelson Mandela il retrace sa vie, son histoire et ses luttes depuis ses débuts en tant qu'avocat jusqu'à sa prise de pouvoir en tant que président d'un pays déchiré. Le film commence donc dans les rues des townships alors que Mandela défend ses compatriotes devant la justice et séduit des femmes dans les bars. Bien qu'il soit conscient des inégalités il n'agit pas politiquement. Mais, un jour, un ami est battu à mort dans un commissariat et personne ne veut agir. C'est à ce moment, selon le film, que Nelson Mandela se lance dans l'activisme et entre dans l'ANC dont il devient rapidement l'un des leaders. Mais la répression est de plus en plus forte et, bientôt, l'ANC décide d'utiliser la violence contre le terrorisme d'état. Arrêté et condamné c'est sa femme qui deviendra le symbole de la résistance alors que lui reste derrière les barreaux tout en essayant d'agir du mieux qu'il peut. Jusqu'à ce que le gouvernement n'ait plus d'autres choix que de déposer les armes du terrorisme et d'accepter un processus de paix.

    Que dire de ce film que je n'ai pas dit pour les autres biopics que j'ai vu au cinéma? Car je l'ai souvent écrit: tous les biopics souffrent d'un problème majeur qui se retrouve dans la mise en place des biographies (et aussi des autobiographies) qui est de créer un sens de l'histoire, une forme de destin inné dont l'on pourrait retrouver les traces dès l'enfance. Basé sur une autobiographie ce film n'est absolument pas exempt de ce problème. Il est même démultiplié. Car une autobiographie n'est pas autre chose qu'un retour sur ce que l'on se souvient à un moment donné. Donc une construction d'un passé. Ce caractère se voit très fortement dans ce film qui revient à plusieurs reprises sur l'enfance de Mandela pour expliquer l'importance des organisations et du devoir envers la communauté. Comme si tout venait de son enfance et rien de sa vie adulte. C'est aussi un film qui porte sur un piédestal un personnage historique. Oui, Mandela a énormément fait pour son pays et son peuple. Mais ses problèmes familiaux sont laissés au second plan (ainsi sa première femme disparait d'un seul coup) tandis que son entrée dans la violence n'est ni expliquée politiquement ni vraiment explorée. Comme si c'était une parenthèse d'une vie de pacifisme. Mais cette violence doit bien avoir une raison précise et ne pas la questionner est, à mon avis, indigne envers un tel personnage. Comme souvent, on oublie aussi les autres acteurs et actrices de l'époque qui sont laissés derrière l'ombre de Mandela. Après tout, c'est un biopic. Cependant, on peut tout de même en comprendre un peu plus sur une époque, sur une atmosphère mais aussi sur les raisons d'un divorce politique avec sa seconde femme. Le film se construisant selon le point de vue de Mandela on a peu d'informations sur les contestations internes te externes à l'ANC. Mais on peut en observer. Un film parfait? Certainement pas. Mais un bon film tout de même.

    • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

    • Twilight.

    • Film de vacances.

    • Bon scénario. Un homme d'exception dont la lutte est devenue un symbole de la renaissance d'un pays entier dans un film bien réalisé avec des acteurs et des actrices convaincant-e-s. Malgré les problèmes inhérents au style du biopic j'ai beaucoup aimé ce film.

    • Joss Whedon.

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  • Black feminism. Anthologie du féminisme africain-américain, 1975-2000

    Titre : Black feminism. Anthologie du féminisme africain-américain, 1975-20009782296051041j.jpg
    Auteures : Multiples
    Éditeur : L'Harmattan 2008
    Pages : 260

    Bon, il ne va pas être facile de parler de ce livre mais je vais essayer le présenter sans trop d'erreurs. Il est constitué de nombreux textes (11 en comptant l'introduction) qui datent de différentes époques. Leurs points communs est de tenter de faire le lien entre la lutte féministe et la lutte contre le racisme. Cette position est résumé sous le sigle, si je l'ai bien compris, de black feminism. Soit un féminisme qui parle aussi des problèmes de dominations raciales. Ces textes sont écrits par des femmes africaines-américaines aux USA. Ce pays a une tradition importante de lutte antiraciste basée, en particulier, sur les africain-e-s américain-e-s. Ce type de mouvements est peu connu en France et encore moins en Suisse d'où l'intérêt de comprendre le black feminism pour se rendre compte des manques de nos propres pays face au sujet.

    Le livre commence, heureusement, par une introduction rédigée par Elsa Dorlin. Ce texte permet non seulement d'expliquer quelques choix de traductions mais surtout de place le contexte du black feminism. Ce qui permet au lecteur ou à la lectrice de mieux comprendre les textes choisis. Ceux-ci, nombreux, permettent de montrer à la fois une envie et un manque. En effet, les femmes qui écrivent ces textes se déclarent féministes mais ne peuvent pas entrer dans les groupes militants féministes. Pourtant l'envie ne manque pas de se retrouver dans le féminisme. En effet, le féminisme américain (pour ne parler que de lui) oublie de mettre en place une réflexion sur la racisme interne des femmes blanches féministes. De plus, rares sont les femmes noires à être mises au panthéon féministe. Il est donc nécessaire de mettre en place une réflexion à la fois sur le racisme et sur le sexisme.

    La question qui se pose est comment intégrer ces textes au féminisme européen. Nous n'avons pas la même histoire que les États-Unis. En Suisse nous n'avons pas, de plus, d'expérience coloniale alors que la France en possède une. Cela implique-t-il que le black feminism ne peut rien nous apporter? J'en doute fortement. Non seulement celui-ci permet d'apporter une réflexion sur les liens entre racisme et sexisme. Plusieurs textes montrent que la manière dont on considère la femme et l'homme noir comme naturellement forte et dévirilisé créent des problèmes à la fois de sexisme et de militantisme. Mais ils permettent surtout de mettre en question des pratiques et pensées dans le féminisme actuel. Étant donné que nous n'avons pas la même expérience historique de lutte en faveurs des droits des personnes noires nous n'avons pas non plus connu de remises en questions frontales d'un fonctionnement raciste de la société et du militantisme. Ce n'est pas qu'il n'y en a pas eu mais nous n'avons pas connu de nationalisme noir ou de black panther party. Pour se remettre en question il est donc nécessaire de lire ces textes et de réfléchir sur nos propres fonctionnements.

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  • Bavures policières? La force publique et ses usages par Fabien Jobard

    Titre : Bavures policières? La force publique et ses usages9782707135025.gif
    Auteur : Fabien Jobard
    Éditeur : la découverte 2002
    Pages : 295

    Nous entendons tous, de temps en temps, parler de bavures. Des policiers qui ont agit en dehors du cadre de leur fonction. Une violence d’État qui est suivie immédiatement par la colère des associations de défense des droits de l'homme et des victimes. Mais aussi par la défense de l'usage de la force policière face à des individus qui peuvent être dangereux. Mais personne ne tente de comprendre comment et pourquoi la violence policière a lieu. C'est ce que se propose de faire l'auteur dans ce livre.

    Cette analyse est divisée en trois parties de deux chapitres chacun. La première partie permet à Fabin Jobard d'examiner les récits qu'il a récolté. Il y trouve de nombreux exemples de violences policières. Avant de considérer leur réalité il essaie de comprendre dans quelles circonstances cette violence se crée. Il apparaît que celles-ci sont relativement restreintes. En effet, les policiers établissent un calcul concernant les personnes, les lieux et l'utilité de la violence. Le contexte a donc une grande importance et se comprend aussi bien comme contexte social que comme contexte territorial. Ainsi ce sont surtout des personnes en état d'anomie qui sont visées par une violence qui a lieu dans un environnement particulier en dehors du regard public. La seconde partie permet à l'auteur d'examiner ce qui se déroule quand des faits allégués sont dénoncés à la presse. Il y montre une confrontation de deux histoires entre la victime qui se crée une virginité et la police qui noircit la personne ainsi que les circonstances. Ainsi, la confrontation permet soit à la police de montrer que son usage de la violence était légitime soit à la victime de démontrer une violence illégitime. La troisième partie permet d'examiner comment les policiers sont jugés et sanctionnés en cas de violence. L'auteur montre que la justice française crée une forme de protection du fonctionnaire dont les décisions sont légitimes a priori. Mais il y existe aussi la possibilité de parler de la victime pour la disqualifier par exemple en parlant de rébellion. L'auteur y montrer que les victimes les plus probables sont justement celles qui pourront le moins dénoncer la violence dont ils peuvent être les sujets.

    Pour conclure sur cette courte présentation je ne peux que dire que j'ai trouvé le livre intéressant mais difficile à lire. Le propos est parfois ardu et utilise des références juridiques qui me sont souvent inconnues. Cependant il permet de comprendre les logiques d'apparition de la violence policière et créant des moyens de savoir quels sont ses possibilités. Malheureusement il est aussi basé sur l'exemple français et une grande partie de l'ouvrage ne peut donc pas être utilisé pour d'autres pays sans travail en amont.

    Image: Éditeur

  • Le capital tome 2 par Karl Marx

    Titre : Le capital 2580_big.jpg
    Auteur : Karl Marx
    Éditeur : Soleil manga 2011
    Pages : 192

    L'histoire de Robin et son entreprise de fromage continue dans ce second tome qui sera l'occasion d'expliquer les effets pervers du capitalisme. Car Robin est maintenant un patron qui a réussit. Son usine s'est agrandie et fonctionne à une cadence de plus en plus forte. Mieux encore, Robin est capable de créer ses propres produits et d'engloutir d'autres usines. Mais il se rendra compte que ses agissements en tant que patron ont des conséquences importantes sur la vie de ses employés. Pire encore, ce qu'il fait va se retourner contre lui avec une puissance dévastatrice.

    Ce livre est à la fois plus et moins intéressant que le tome précédent. Plus intéressant car Engels vient directement nous expliquer le fonctionnement du monde capitaliste ce qui permet de résumer, en simplifiant, les apports théoriques du marxisme. Mais moins intéressant car ces points théoriques sont mauvais pour l'intérêt de l'histoire de base. En effet, celle-ci est souvent mise de côté pour de petites excursions théoriques. Pire encore, l'histoire ne devient qu'un support d'exemples pour la théorie au lieu de laisser celle-ci se révéler durant les intrigues. Ceci est, à mon avis, vraiment dommage.

    • L’écrivain est voué au septième cercle des enfers.

    • Papier toilette.

    • Roman de gare. Simpliste mais intéressant. C'est une introduction utile pour les personnes qui ne connaissent rien au marxisme mais du déjà-vu pour les autres. Il reste à saluer l'effort qui a été mis pour traduire en images un livre dense et compliqué.

    • À lire.

    • Tolkien.

    Image: Éditeur

  • Le capital par Karl Marx

    Titre : Le capital579_big.jpg
    Auteur : Karl Marx
    Éditeur : Soleil manga 2011
    Pages : 192

    Le capital de Karl Marx fait partie de ces livres que l'on est censé connaître mais que l'on n'ose pas ouvrir. Donc quand j'ai appris qu'il existait une version manga je me suis lancé dedans ce qui me permettra de connaître un peu mieux l’œuvre majeure de Karl Marx. Cependant je n'y connais absolument rien en manga et ce sera probablement mon dernier. L'histoire est basée sur les thèses de Karl Marx mais elles apparaissent en suivant un jeune homme prit en pleine révolution industrielle. Le jeune Robin travaille avec son père dans la petite fabrique de fromage artisanale familiale. Il souhaite épouser la fille du banquier local mais n'est pas assez riche pour cela. Alors quand un investisseur lui propose d'ouvrir une usine il ne réfléchit pas deux fois. C'est ainsi qu'il apprendra à devenir un capitaliste et à considérer ses semblables comme des marchandises qu'il utilise pour leur propre bien.

    Ce petit manga, le premier pour moi, est intéressant. Ce qui me semble le plus réussit est d'avoir montré comment fonctionne le capitalisme sans utiliser textuellement les théories marxistes. Bien entendu on nous explique comment l'économie fonctionne mais ce sont les personnes qui se révoltent qui expliquent en quoi le système est à la fois injuste et non-fonctionnel. Ainsi, à force de considérer ses employés comme des marchandises Robin se prend à les brutaliser de plus en plus sans état d'âme pour réussir à atteindre un chiffre d'affaires élevé. Il commence aussi à se rendre compte du problème que pose sa manière de réfléchir quand il apprend ce que signifient les investissements dans son usine. En bref c'est une introduction intéressante sans être complète.

    • L’écrivain est voué au septième cercle des enfers.

    • Papier toilette.

    • Roman de gare. On apprend beaucoup de choses mais rien de bien compliqués. Le propos est un peu simpliste mais permet tout de même de comprendre le marxisme dans ses bases. Quelqu'un d'intéressé voudra aller plus loin.

    • À lire.

    • Tolkien.

    Image: Éditeur

  • L'antifascisme en France de Mussolini à Le Pen par Gilles Vergnon

    Titre : L'antifascisme en France de Mussolini à Le Pen1259075133.jpg
    Auteur : Gilles Vergnon
    Éditeur : Presses Universitaires de Rennes 2009
    Pages : 234

    L'antifascisme a pris une actualité ces derniers mois lors de la mort d'un militant. Après une courte période de sympathie une avalanche de critiques s'est abattue sur le mort sans jamais que l'antifascisme ne soit défini ou considéré comme un moyen de défendre la démocratie. La période française qui vient de se dérouler est aussi celle d'une résurgence dans le public de mouvements (néo)fascistes qui utilisent le thème du mariage pour tous et toutes comme moyen de militer. C'est la raison de mon intérêt pour le sujet car bien que je sois capable de comprendre les grandes lignes de l'antifascisme et du fascisme cela ne veut pas dire que je comprends son histoire. Ce livre, qui porte sur la France, devait m'aider.

    L'auteur, historien, divise son livre en 6 chapitres. Chacun de ces chapitres dépeint une période particulière de l'antifascisme et de sa lutte contre un ennemi parfois imaginaire parfois très concret. Ainsi, c'est dès les années 20 que le terme apparaît dans les discours français de l'époque. Celui-ci décrit tout d'abord la situation italienne et les personnes et institutions qui souhaitent un système politique autoritaire. Mais le militantisme est encore faible et n'atteint pas son niveau de février 1934. Cette année qui forme tout un chapitre est le moment d'une forte peur du fascisme qui débouche sur de nombreuses manifestations monstres au nom de la défense des valeurs républicaines. Cette journée est aussi un moment d'unité, parfois construite a posteriori, entre les gauches. L'antifascisme sera important pour la culture politique des années 30 qui permettront la mise en place d'une demande d'unité contre un ennemi mais surtout de travail en faveurs de la paix alors que la guerre est vue comme un moyen de fonctionnement pour le fascisme. Cette période se termine sur l'occupation de la France par l'Allemagne. On pourrait croire que la Résistance française utiliserait un registre discursif fortement imprégné des thèmes de l'antifascisme mais il n'en est rien. Ce sont plutôt le patriotisme et les thèmes républicains qui sont utilisés face à un gouvernement autoritaire considéré comme étant de droite.

    Mais comment le militantisme a-t-il pu muter après la Deuxième Guerre Mondiale? Selon l'auteur c'est la Guerre d'Algérie qui renouvelle le militantisme. Autant le danger d'un gouvernement de Gaulle tenté par l'autoritarisme que les combats coloniaux en Algérie et les mouvances terroristes qui en sortent sont vu comme de possibles fascismes. Mais il est difficile de placer de Gaulle comme fasciste alors que son nom est un symbole de la Résistance française. Tandis qu'il est facile de s'attaquer aux Généraux et à l'OAS qui s'attaquent aux symboles de la République. Après les années 60 le militantisme perdra de son attrait face à des mouvements ennemis peu structurés et presque morts. Mais l'arrivée sur la scène publique du Front National via ses résultats électoraux surprendra tout le monde et réactivera les discours d'unité contre le fascisme qui ont empêché toute alliance entre la droite institutionnelle et le FN. L'auteur explique que la dénomination fasciste du FN ne fait l'unanimité et même que certaines personnes la considèrent comme dangereuse pour lutter contre ce parti. En tout cas, le FN continuera son ascension jusqu'en 2002 date de fin de l'ouvrage.

    En conclusion voila un livre intéressant pour quelqu'un, comme moi, qui ne connaît rien au sujet. Le livre est dense dans sa synthèse d'un siècle entier sur tout un pays. Il permet de mieux comprendre le fonctionnement de l'antifascisme et ses liens avec la gauche et l'antiracisme. Il permet aussi de comprendre pourquoi le thème de l'antifascisme n'est pas forcément le plus adéquat pour des luttes politiques actuelles. en effet, qui croit se trouver dans une période précédent la mise en place de dictatures? Au pire nous nous trouverons dans une société autoritaire mais non dans une dictature ouverte et assumée.

    Image: Site de l'éditeur

  • Défaire le genre par Judith Butler

    Titre : Défaire le genre
    Auteure : Judith Butler
    Éditeur : Amsterdam 2012
    Pages : 331

    Depuis que je connais les études genre j'ai voulu lire du Butler. Après tout son livre Trouble dans le genre est l'une des références de ce champ d'étude. Mais j'ai aussi toujours eu peur d'elle. Ses propos ont la réputation d'être particulièrement obscure et difficile à lire. C'est aussi une auteure particulièrement décriée dans les mouvements masculinistes et antiféministes. Il fallait tout de même que je me lance un jour où l'autre et j'ai décidé de commencer à rebours. En effet, ce livre est, à ma connaissance, l'un des derniers qu'elle ait écrit à ce jour. Selon la quatrième de couverture, ce livre permet d'aller plus loin que Trouble dans le genre dans la pensée de Butler. En effet, depuis que Butler a publié ce dernier un certain nombre d'années ont passé. Défaire le genre permet donc de connaitre les dernières recherches de Butler. Il permet aussi de penser l'altérité du genre en particulier quand on parle de la transsexualité. Qu'est-ce que le genre et comment peut-on le déconstruire pour le recréer et permettre de nouvelles possibilités de vies humaines? C'est, je crois, le principal propos de ce livre.

    Qu'est-ce qu'un être humain et qu'est-ce qu'une vie vivable? Ces questions reviennent souvent dans le livre de Butler. Selon elle, le genre permet de catégoriser les personnes entre humains et non-humains. Le non-humain est une personne qui n'est pas incluse dans la catégorie humaine car son genre n'est pas compréhensible. Cette catégorie n'a pas inclut que des lesbiennes, des gays ou des personnes transsexuelles mais, dans l'histoire et actuellement, des migrants, des noirs, des musulmans. L'humain serait inclut dans un certain nombre de droits universels qui dépendent du lieu historique et culturel. Mais les marges existent et mettent en danger ces valeurs universelles en montrant que, justement, l'universel n'inclut pas tout le monde. Selon cette constatation on peut commencer une lutte politique pour être inclut dans la définition d'humain. Mais cette lutte, qui actuellement concerne le mariage pour les gays et lesbiennes en occident, implique une normalisation. Dans le cas de la France, par exemple, le droit au mariage dit pour tous implique que les autres formes de partenariats sont encore plus marginalisées. Butler fait donc le constat qu'une lutte légitime peut très bien marginaliser des individus. Elle fait le même constat en ce qui concerne la transsexualité. Bien que la lutte contre la psychiatrisation de la transsexualité soit légitime elle implique, comme backlash, un non-remboursement des opérations et, donc, une marginalisation des personnes pauvres.

    Comme on peut le voir il est difficile pour moi de parler de ce livre et de présenter sa richesse théorique. En effet, celui inclut de nombreux chapitres qui concernent aussi bien la philosophie du féminisme que l'intersexualité. De plus, l'auteure écrit d'une manière particulièrement compliquée et je suis loin d'être certain d'avoir compris tous les propos. S'ajoute à ce constat ma méconnaissance des écrits antérieurs de Butler qui auraient pu me permettre de faire des liens entre ses différents travaux. Quoi qu'il en soit, ce livre m'a beaucoup stimulé et m'a permit de comprendre un grand nombre de choses auxquelles je n'avais pas forcément réfléchit auparavant. Malgré la difficulté la lecture vaut largement la peine.

    Image: Éditeur

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  • Outsiders. Etudes de sociologie de la déviance par Howard S. Becker

    Titre : Outsiders. Etudes de sociologie de la déviancecouv-172.jpg
    Auteur : Howard S. Becker
    Éditeur : Métailié 1985
    Pages : 247

    La sociologie de la déviance a pris une importance considérable dans mes études ces deux dernières années et atteint un niveau d'intérêt de ma part comparable aux études genre. J'ai lu pas mal d'ouvrages et d'articles sur le sujet dont ce livre. Mais je l'ai lu comme un étudiant qui prépare un travail à rendre dans deux semaines et qui n'a le temps que de sélectionner. Ce que j'en avais tiré m'a énormément intéressé et m'a ouvert de nouvelles perspectives de compréhension. J'ai donc décidé d'acheter le livre et de le lire tranquillement cet été sans échéances.

    Il est tout d'abord nécessaire d'annoncer que ce livre est écrit en 1963. Il analyse donc des situations qui peuvent avoir changé profondément. Ce qui ne veut pas dire que la méthode engagée n'est pas valable bien au contraire. Becker, sociologue américain encore vivant à ce jour, y examine la déviance selon une approche radicalement différente de celle qui était courante dans la sociologie américaine de l'époque. Au lieu de postuler d'une spécificité des déviants ou d'une naturalité des normes il tente de comprendre l'entier du processus qui conduit à considérer une activité comme déviante et à la punir. Ce qui implique que Becker tente non seulement de comprendre les déviances illégales, l'usage du cannabis, que les déviances légales, les musiciens de jazz, ou encore la manière dont on construit et met en place des normes. Le livre est donc construit selon ce schéma et permet de mettre en place une analyse que Becker nomme interactionniste car elle prend en compte les interactions sociales entre tous les acteurs sociaux.

    Ce livre fut l'un des symboles de ce qui a été nommé le labeling. Ceci concernait des études qui tentaient de comprendre la mise en place d'une déviance et d'une identité déviante dans le monde social. Ce qui permet d'étudier aussi bien les fumeurs de cannabis que les gardiens de prisons ou les lobbys de moralité. Il a eu une importance considérable car non seulement il ouvrait, avec d'autres, de nouvelles perspectives mais il est aussi écrit de manière claire et simple. Cette caractéristique est rafraîchissante quand on est habitué à lire Bourdieu qui, lui, écrivait de manière particulièrement compliquée. Comme je m'y attendais j'ai beaucoup apprécié ce livre dont le sujet est non seulement intéressant mais toujours d'actualité. Un nombre considérable de politiciens et de journalistes gagneraient à sa lecture que, de toute manière, je conseille chaudement.

    Image: Éditeur

  • Un siècle d'antiféminisme sous la direction de Christine Bard

    Titre : Un siècle d'antiféminisme9782213602851-G.JPG?itok=uClWhYB6
    Direction : Christine Bard
    Éditeur : Fayard 1999
    Pages : 481

    Le féminisme, bien qu'il ait eu de grandes victoires, est mal vu. En tant que féminisme (oui je suis un homme qui se déclare féministe deal with it) j'ai souvent entendu des propos peu flatteurs quand je parlais de cette partie de mon identité politique. Pourquoi un homme souhaite-t-il être féministe alors que cette « idéologie » serait le fait de lesbiennes mal baisées qui utilisent la violence contre les hommes. Voila, en une phrase j'ai résumé tout ce que l'on peut penser du féminisme quand on est antiféministe. L'idée que le féminisme n'est plus utile et qu'il utilise la violence pour réactiver une guerre des sexes est importante dans la société et participe d'une destruction des acquis du féminisme et de son infamie. J'ai donc voulu comprendre d’où venait, historiquement, ces conceptions et ces idées et je me suis intéressé à ce livre écrit sous la direction de Christine Bard.

    Le livre est dense et met en place de nombreuses analyses aussi bien historiques, politiques, sociologiques que linguistiques ou encore cinématographiques. Ce qui permet d'avoir une véritable richesse d'analyses diverses sur de nombreux thèmes. Cependant, le livre est divisé en trois parties globalement chronologiques. La première partie part de la fin du XIX aux années de la première guerre mondiale pour analyser les réactions faces aux premières féministes. Les analyses montrent une véritable peur de la citoyenneté des femmes qui pourraient littéralement détruire la civilisation. Celle-ci n'est pas l'apanage de la droite mais existe aussi à la gauche de l'échiquier politique qui ne manque pas de tenter de remettre les femmes au bon endroit: la cuisine. Cette partie se termine sur les effets majeurs de la première guerre mondiale sur le féminisme. La seconde partie prend en compte les années 1930 aux années du baby-boom. Outre une analyse de l'idée que l'on se fait des femmes dans les dictatures (en particulier Vichy) les auteur-e-s s'intéressent aussi à l'antiféminisme de la Résistance qui utilise les femmes selon leurs capacités considérées comme naturelles. Mais qui les punissent aussi pour avoir osé offrir leur corps à l'ennemi. On trouverait ici une conception de l'appartenance nationale du corps féminin à cause de sa capacité procréatrice. Les tontes seraient un moyen de revendiquer cette appartenance en punissant les femmes coupables. On y trouve aussi un article sur la manière dont le Deuxième sexe a été reçu par les intellectuels. L'auteure y montre une grande incompréhension des thèses du livre par des hommes parfois haineux. Enfin, les articles se terminent sur les années du MLF à aujourd’hui, soit 1999, outre des analyses sur l'antiféminisme en politique ou dans les syndicats on y trouve une histoire de la mise en place du harcèlement sexuel comme problème mais aussi un article très intéressant sur la difficulté de faire accepter la féminisation des noms de métiers.

    Face à un livre aussi dense avec un nombre important d'articles de types différents il est difficile d'écrire un résumé qui permette de montrer la richesse des analyses. Cependant ces articles permettent de mieux comprendre les mutations et origines historiques des antiféminismes. Ils permettent aussi de définir ce terme comme étant différent d'une phobie des femmes ou d'un sexisme. En effet, l'antiféminisme n'est pas un simple comportement ou une peur. C'est une pensée politique qui considère les humains dans des rôles naturels qu'il ne faudrait surtout pas briser au risque de détruire la société. Cette naturalité des rôles se retrouvent encore aujourd'hui dans un nombre impressionnant de textes qui ne cherchent pas forcément à faire de la propagande antiféministe. La différence c'est que les milieux qui se considèrent antiféministes tentent de sauvegarder ou de revenir à cet ordre hiérarchique naturel que ce soit par la politique, les romans ou le cinéma.

    Image: Éditeur

  • The company you keep (Sous surveillance)

    Le film commence sur des images du passé. Les États-Unis sont en guerre au Vietnam mais la contestation est extrêmement forte. Alors que des milliers d'étudiant-e-s marchent pacifiquement dans la rue l'état réprime fortement toute contestation. Le pacifisme ne fonctionnant pas certaines franges des organisations étudiantes se radicalisent et mettent en place une lutte armée. Après une attaque de banque qui se termine sur le meurtre d'un garde les membres de cette organisation décident de disparaître. Mais, de nos jours, le FBI retrouve la trace de l'une des membres et après elle c'est tous les autres qui risquent d'être retrouvés. L'un d'eux est maintenant un avocat avec une fille de 12 ans. Alors que sa vie présente est menacée il tentera de sauvegarder cette dernière ainsi que sa fille.

    J'avoue être partagé. Ce film est non seulement bien réalisé mais aussi joué par des acteurs et actrices très convaincants! Les observer est un véritable plaisir. Le scénario est aussi intéressant. L'idée d'observer comment des militant-e-s radicaux des années 60 et 70 ont continué leur vie dans la clandestinité permet de jouer avec les changements d'avis, les problèmes de consciences et les compromis inévitables. La plupart de ces ancien-ne-s- militant-e-s ont dû accepter le capitalisme parfois avec un grand succès. Cependant leur choix de vie montre qu'ils tentent de garder en partie leurs idéaux passés. Cependant je suis déçu du traitement de la politique. Les discours ne sont presque jamais expliqués ou analysés. En fait, ces ancien-ne-s militant-e-s semblent être particulièrement apolitique. C'est à peine si on entend parler de Marx et de Fanon ou des justifications de l'époque. Pourtant un peu plus de politique aurait pu donner un résultat intéressant.

    • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

    • Twilight.

    • Film de vacances.

    • Bon scénario. De bons acteurs, un scénario intéressant mais un manque de discussions politiques que je trouve dommage. Bref, je suis mitigé.

    • Joss Whedon.

    Image: Site officiel

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  • La grande arnaque. Sexualités des femmes et échange économico-sexuel par Paola Tabet

    Titre : La grande arnaque. Sexualités des femmes et échange économico-sexuel2747576728j.jpg
    Auteure : Paola Tabet
    Éditeur : Harmattan 2004
    Pages : 207

    Qu'est-ce que la prostitution? Selon l'idée généralement admise c'est une activité qui consiste à faire payer l'usage de son corps en vue d'un acte sexuel. Mais cette définition est-elle la seule qui ait existé dans l'histoire et dans les différentes sociétés humaines? L'aspect monétaire ne se trouve-t-il vraiment que dans le cadre précis de la prostitution? Et pourquoi seuls les hommes semblent être les clients tandis que les femmes offrent la sexualité? Paola Tabet tente, dans ce livre, de comprendre le fonctionnement des échanges entre hommes et femmes en vue d'un accès à la sexualité.

    Cet examen est mené en 5 chapitres par l'auteure. Le premier et le second concernent les problèmes de définitions que pose la prostitution. En effet, il existe de nombreuses formes d'échanges de monnaies pour posséder la sexualité des femmes. Ces échanges peuvent se faire aussi bien dans le cadre marital que dans le cadre non-marital. C'est la raison pour laquelle l'auteure ne pense pas que l'échange d'argent soit la manière adéquate de définir la prostitution. Elle propose donc de mettre en place une théorisation des échanges entre hommes et femmes qui prenne en compte un continuum entre prostitution et mariage. Dans tous ces cas il y a échange de dons ou d'argents pour recevoir le service sexuel des femmes. Le troisième chapitre permet à l'auteure de comprendre comment les femmes qui se prostituent réussissent à créer une relation qui ne prenne en compte que le sexe (et non la sexualité). En effet, l'argent ne permet pas forcément de ne payer que du sexe mais, dans certains cas, de payer aussi des services maritaux comme le bain, le ménage ou encore la cuisine. Il y a donc à la fois une rupture dans les services mais il y a aussi une rupture dans la temporalité. Le service ne se déroule que durant un certain temps accepté par un contrat alors que le mariage est illimité (sauf divorces). Le quatrième chapitre permet à l'auteure de comprendre comment les hommes ressentent la sexualité libre des femmes. Celle-ci peut être vue comme un danger pour l'ordre dominant puisque ces femmes, non seulement, reçoivent de l'argent et peuvent posséder des objets masculins mais, en plus, sortent du cadre de l’économie du mariage. Ce qui permet à l'auteure de conclure sur l'aspect profondément sexiste du mariage qui implique l'offre de services sexuels et de travail gratuits en échange de dons en argent. Les hommes possèdent l'économie et les femmes un sexe qu'elles doivent utiliser comme moyen de survie.

    Ce livre est riche. Il possède de nombreux exemples et une construction théorique compliquée et fertile pour comprendre la domination des hommes sur les femmes dans les cadres des échanges économico-sexuels. Il me faudra probablement un certain nombre de relectures pour comprendre cet appareil théorique dans toute sa subtilité. Je peux déjà dire que je considère ce livre comme non seulement intéressant mais surtout extrêmement bien écrit. Je pense que les personnes qui s'intéressent à la prostitution dans un cadre d'explication sociologique peuvent difficilement passer outre cet ouvrage. L'idée que les femmes sont forcées d'entrer dans un terme d'échange inégal avec les hommes qui implique d'accepter d'offrir un service sexuel en échange de dons me semble particulièrement pertinent pour comprendre le fonctionnement des relations entre hommes et femmes. Plus encore, l'idée qu'il existe un continuum entre prostitution et mariage qui ne prenne pas forcément en compte l'argent mais le fonctionnement de la relation possède une portée explicative importante. Plutôt que de considérer la prostitution comme simple échange d'argent pour une relation sexuelle limitée dans le temps on devrait la considérer en tant que rupture des règles masculines de la bonne sexualité féminine. Ces règles sont relatives aux époques et aux sociétés mais leur violation équivaut toujours à punition. Celle-ci est généralement extrêmement violente et ne porte pas que sur le stigmate du terme prostituée mais aussi sur une humiliation publique qui peut passer par le viol dans un grand nombre de cas. Au final, l'auteure dépeint une sexualité féminine contrôlée par les hommes pour les hommes. Le corps des femmes ne leur appartiendrait pas vraiment mais serait échangé à multiples reprises dans une relation de dominée à dominant.

    Image: Éditeur

  • Homeland par Cory Doctorow

    Titre : Homeland
    Directeur : Cory Doctorow
    Éditeur : Site de l'auteur
    Pages : 343

    Je retourne chez Cory Doctorow pour encore trois romans dont celui-ci. Ceux et celles qui me lisent régulièrement savent que j'ai un léger problème avec Doctorow. Soit j'apprécie énormément ce qu'il écrit soit je trouve que ça manque singulièrement de rythme. Une petite perle comme Little Brother se trouve laisse la place à un livre trop long comme Maker. Mais c'est de Homeland que je souhaite parler maintenant. Ce roman est la suite de Little Brother. Marcus a connu un peu de célébrité mais il a aussi dû continuer à vivre et prendre des cours à l'université. Malheureusement les temps sont difficiles et ses deux parents ont perdus leur travail. Comme sa bourse dépendait du travail de son père Marcus s'est endetté de plus en plus avec des prêts étudiants (ces prêts sont probablement la pire idée au monde!) et il a du quitter l'université car il ne pouvait plus tenter de travailler pour un salaire et étudier en même temps. S'en est suivi une année de chômage plus ou moins intense. Pour oublier cette période de sa vie Marcus a donc décidé d'aller au Burning Man avec sa copine Ange. Mais une vieille connaissance le rencontre à l’événement et lui donne une clé USB qui possède des documents très embarrassant pour une certaine compagnie et une certaine Carrie Johnstone. Quand cette connaissance disparaît Marcus doit décider que faire de ces documents et s'il accepte de risquer la torture à nouveau.

    Comme souvent Doctorow donne un message militant dans ses romans. Celui-ci ne sera pas l'exception à la règle. Doctorow y développe une histoire qui se concentre sur une compagnie privée de mercenaire qui développe un très fort lobby pour faire entrer des lois qui l'arrange. Cette compagnie regroupe tout ce que l'état n'a pas eu envie d'engager pour diverses raisons ou les personnes qui ont été virées de leur poste à l'armée, la CIA ou d'autres. Doctorow décrit une entreprise qui n'hésite pas à violer la vie privée des citoyens, à faire du chantage, de la corruption voir à kidnapper des personnes qui peuvent lui poser des problèmes. C'est donc le danger des compagnies de mercenaires qui est développé ici. Mais ce n'est pas le seul message. L'auteur essaie aussi de comprendre comment un système peut perdre la tête et comment on peut le remettre en place. L'économie est presque inexistante et Los Angeles est sinistrée, derrière se cachent de puissants intérêts privées qui font tout pour sauvegarder leur argent et en récolter plus. Ils le font grâce à la police parfois mais ces derniers ne sont pas décrits, ni considérés, comme mauvais. Au contraire Doctorow montre une forme de quasi-honte de ces policiers de devoir réprimer des manifestations de masse qu'ils supportent probablement dans leur vie privée. Ce dernier point, la vie privée, est aussi un thème majeur de Doctorow. Ce dernier pense qu'une démocratie ne peut fonctionner sans une dose minimum de protection de la vie privée. C'est la raison pour laquelle Marcus est si sensible envers ses informations personnelles et la manière de les protéger. Ce qui permet à Doctorow de nous offrir quelques recettes qui permettent de se protéger (j'ai découvert paranoid android qui existe réellement). Au final, c'est une réflexion sur la démocratie, ses besoins et son fonctionnement que nous offre Doctorow.

    Je peux donc dire que j'ai apprécié ma lecture. Le livre est bien écrit et intéressant. Cependant je trouve que l'auteur s'y est moins bien prit que dans Little Brother. La fin, par exemple, est un peu frustrante. On ne sait pas vraiment ce qui s'est passé, si les personnages dont on nous parler durant 300 pages ont connu le succès ou non. On doit deviner sans avoir aucun indice ou presque aucun. Cependant, toutes personnes qui se dit démocrate ou qui s’inquiète pour la vie privée y trouvera une histoire qui lui plaira.

    • L’écrivain est voué au septième cercle des enfers.

    • Papier toilette.

    • Roman de gare.

    • A lire. Doctorow n'est pas le meilleur écrivain au monde. Mais il réussit à mettre en place des histoires intéressantes que j'ai plaisir à lire. Cependant il y a souvent des petites imperfections qui m'empêchent de considère Doctorow comme l'un de mes auteurs fétiches.

    • Tolkien.

    Image: Site de l'auteur

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  • J'ai renoncé aux soins médicaux

    Nous vivons dans le système parfait. L'assurance maladie est à la fois obligatoire est soumise à la concurrence. Pendant que la population est protégée dans sa santé les primes sont modestes grâce à l'effet de la concurrence. Que ce serait beau si ce système fonctionnait vraiment. En fait les assurances maladies suisses sont dominées par 4 grosses holdings: Helsana, CSS, Groupe-Mutuel et Assura/Supra (les deux premières offrent des baisses de primes en cas de renonciation au droit à l'avortement hommes inclus!). Nous sommes donc en face d'un système contrôlé par un groupe restreint. Malheureusement, les citoyens et citoyennes sont tout de même obligé de s'assurer. Il n'y a donc pas d'autres choix que de rester dans le système quelque-soit le coût des primes. Ce qui permet aux holdings de jouer sur les primes entre leurs diverses composantes tout en augmentant les coûts petit à petit dans un système qui n'est plus en concurrence mais en oligopole simple (pour utililier le terme technique)

    Heureusement, de nombreux systèmes permettent de baisser le coût des primes. Je les ai tous activés. Je n'ai donc aucun remboursement avant d'avoir payé 1500 francs de coûts médicaux et je dois auparavant visiter un médecin que j'ai annoncé ainsi qu'une pharmacie particulière. Mais il y a problème... Le médecin que j'ai annoncé ne me connaît pas et je ne le connais pas non plus. J'ai donné son nom simplement pour bénéficier d'une réduction de coût des primes et je l'ai choisi parce qu'il a la bonne idée d'habiter près de chez moi. Mais je n'irais jamais le voir et il ne sait probablement même pas qu'il est censé me suivre. Les personnes qui n'ont pas les moyens de payer les primes de l'assurance maladie peuvent aussi demander à bénéficier des subsides cantonaux. Mais ces subsides ne sont donnés que jusqu'à un montant maximum et les personnes qui font la demande reçoivent des conseils bien particuliers. En effet, on leur explique comment baisser la prime d'assurance maladie.

    Le problème c'est que si une personne ne peut pas payer son assurance maladie elle ne pourra pas non plus assumer les coûts d'une prise en charge médicale. Ceci est d'autant plus vrai quand on lui demande d'assumer des charges plus importantes pour baisser sa prime. On se trouve donc devant un système parfait de système de santé à deux vitesses! Pendant que les personnes qui ont les moyens peuvent baisser les primes et tout de même être capables d'assumer les coûts d'une prise en charge médicale tout un pan de la population voit fondre comme neige au soleil sa prise en charge par le système d'assurance maladie suisse et, donc, sa capacité à assumer les coûts d'une possible maladie.

    Je fais partie des personnes qui n'ont pas les moyens de payer une prime d'assurance maladie seul. Je suis obligé de recevoir de l'aide pour cela. Logiquement, je ne suis pas non plus capable d'assumer les coûts d'une prise en charge hospitalière. J'ai donc renoncé. Je n'ai pas le choix, je dois payer ma prime d'assurance maladie. Mais je peux très bien renoncer à voir un médecin en cas de problèmes médicaux. Je ne vais jamais chez le médecin. Si j'ai un problème je fais de l'automédication. Si les médicaments ne suffisent pas j'attends que ça passe. Mais une maladie ou un problème médical que je ne suis pas capable de détecter peuvent très bien se préparer et se révéler dans le futur. Pour l'éviter il faudrait que je passe une visite médicale. Or je ne le fais pas par manque de moyens. Jusqu'à maintenant je n'ai jamais eu à regretter ce choix mais ce jour pourrait bien venir. Après tout, je ne connais rien en médecine et un symptôme pourrait très bien passer inaperçu. Mais j'ai renoncé. Et ceci pourrait bien me coûter très cher un jour aussi bien du point de vue médical que du point de vue financier. On me dira que c'est un choix personnel. Je suis d'accord j'ai fait ce choix. Mais celui-ci a été contraint par un système particulier qui fonctionne, qu'on le veuille ou non, à deux vitesses. Le système d'assurance maladie suisse est vicieux. Il ne fonctionne pas et met en danger les personnes. Il est nécessaire de le changer. D'autant plus que je ne suis certainement pas le seul à avoir renoncé et je ne suis en tout cas pas le plus à plaindre. Je suis encore jeune et en bonne santé avec une famille qui m'entoure. Mais les personnes malades, seules et pauvres qui s'en occupe avant que ce ne soit trop tard?

    J'ai renoncé à me faire soigner et vous?

  • Lincoln

    J'ai enfin pu aller voir Lincoln! Il en a fallu du temps mais des circonstances en dehors de tout contrôles de ma part (trop de gens dans les salles) m'ont empêché d'aller voir ce film auparavant. Lincoln, l'un des présidents des USA les plus connus. L'homme qui a gouverné la nation durant la guerre de sécession et qui a lancé la fin de l'esclavage aux États-Unis. Cet homme nous est présenté ici par Spielberg. Le film se concentre sur une période particulière de la vie de Lincoln. Celle qui voit arriver la fin de la guerre et, surtout, l'adoption du 13ème amendement à la constitution. Celui qui prévoit l'interdiction de l'esclavage. Mais une telle victoire politique est loin d'être aisée à obtenir. Le président multiplie donc les manœuvres politiques et corruptrices pour être certain de réussir. Il doit calmer les ardeurs de certains politiciens tout en s'arrogeant le soutient de certains démocrates. Tout ceci pour qu'un vote historique puisse être obtenu.

    Bon je vais d'abord parler d'un point qui ne fera sûrement pas débats. Les acteurs sont tous extrêmement bon. En fait, j'ai rarement vu un jeu aussi maîtrisé dans un film. C'est simple je n'arrive pas à trouver un personnage qui ne me convainc pas. Ils sont tous superbement incarné. L'image est tout aussi belle. Les scènes sont toutes magnifiquement mises en place et on sent une très forte maîtrise de la part du réalisateur. Malheureusement la fin du film est un peu gâchée par quelques minutes supplémentaires peu intéressantes et qui auraient pu être supprimées. Mais c'est bien l'une des rares critiques que je puisse faire (d'autant plus que je ne suis pas expert dans ce domaine).

    Le film a été critiqué pour n'avoir laissé aucune place à l'importance des femmes noires dans la lutte contre l'esclavage. Je suis quasiment ignare en histoire des États-Unis mais je pense que cette critique peut facilement être expliquée. Ce n'est pas que l'on laisse dans l'ombre les femmes mais un biopic se concentre sur un individus particulier dont il illustre une période de la vie. Les défauts sont donc de mettre dans l'ombre les autres individus et les longues luttes qui ont permis l’événement sur lequel se concentre le film. Il est donc, à mon avis, difficile de critiquer l'absence des femmes sans critiquer la forme même du biopic. Ce qui n'empêche pas de considérer que ce film donne une place à part à Lincoln. Cet homme est érigé au rang de dieu. Les personnages l'observent avec vénération et l'armée ainsi que la population semble tous s'unir sous sa sagesse parentale. Les dissensions sont très peu développées quand elles ne sont tout simplement pas évacuées. Or, j'ai du mal à croire qu'aucune contestation n'existait dans le peuple américain. Le second aspect concerne les concernés proprement dit. Le film parle de la fin de l'esclavage mais on se rend vite compte que jamais des personnages noirs n'ont un rôle important. Ils et elles sont toujours présent-e-s mais en arrière fond avec un rôle de servant-e-s. Rarement ils osent prendre la parole et on parle d'eux et pour eux plus qu'on ne les écoute. Les principaux intéressés sont donc presque oublié et laissent - trop - la place à Lincoln pasteurs des USA.

    Image: Site officiel

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  • Les procès de Moscou par Nicolas Werth

    Titre : Les procès de Moscou51W4M3A3EWL._BO2,204,203,200_PIsitb-sticker-arrow-click,TopRight,35,-76_AA300_SH20_OU08_.jpg
    Auteur : Nicolas Werth
    Éditeur : Éditions Complexe 1987 et 2006
    Pages : 223

    Nicolas Werth ne m'est pas totalement inconnu. J'ai déjà lu l'un de ces livres qui regroupaient plusieurs articles de sa part. Il a aussi été l'un des auteurs du fameux Livre noir du Communisme dont il ne soutient pas toutes les conclusions. Nicolas Werth est spécialiste de la répression en URSS. Mon intérêt envers ce type d'histoire ne pouvait donc que me mener en direction de ce petit livre un jour ou l'autre. L'auteur y développe les significations et le déroulement de trois grands procès publics qui ont eu lieu en 1936, 1937 et 1938. Ces procès ont été l'occasion de profondes incompréhension de la part du monde occidental et Werth tente aussi d'en comprendre les raisons. Le livre est divisé en quatre parties.

    La première partie est l'occasion, pour l'auteur, de revenir sur les procès eux-même. Qui sont les personnages impliqués et pourquoi sont-ils attaqués devant la justice? Ce bref exposé montre trois procès dont le but semble être essentiellement le spectacle. En effet, les aveux et les accusations s’emboîtent trop parfaitement pour être naturels. Les crimes imputés aux prévenus sont en contradiction bien trop importante avec leur passé pour être réaliste. Pourtant les pays occidentaux ne réussirent pas à mettre en place une critique de ces procès. C'est la question de la seconde partie du livre. Pourquoi la falsification des procès est-elle un impensable lors de leur déroulement? Outre la profonde incompréhension et le manque total d'informations sur l'URSS Nicolas Werth tente de montrer que le contexte joue un rôle important. En effet, il ne faut pas oublier que nous sommes dans une période de plus en plus tendue au niveau international. Les fascistes et les nazis s'agitent un peu partout dans le monde. Dans ce contexte l'URSS montre un exemple de système opposé aux régimes fascistes. Il y a donc trois groupes incapables de penser les procès. Les groupes proches des sphères fascistes ne pensent pas ils condamnent. Nous sommes ici dans un processus idéologique. L'ennemi doit être combattu sur tous les points. Les communistes, eux, ne peuvent pas se diviser face à l'URSS. En effet, comment critiquer le parti mère? Comment critiquer le seul pays à avoir réussi une révolution communiste? Les partis communistes sont donc tout autant incapable de penser les procès pour des raisons idéologiques. Reste les groupes de gauche radicale non communistes et les démocrates. Ces groupes ne veulent tout simplement pas diviser la lutte face au fascisme. C'est ce dernier qui est l'ennemi à combattre et toutes formes de divisions ne peut que lui être favorable.

    La troisième partie s'intéresse aux raisons internes des procès. Car des événements si fortement mis en scène ont forcément un but. Quel est-il? Pour le comprendre Werth s'intéresse au contexte économique et politique de l'URSS durant la période de l'entre-deux guerre. Le pays se trouve en pleine transformation. L'industrialisation et la croissante extrêmement forte que souhaite Staline et donc le parti sont critiqués mais, surtout, e fonctionne pas. Le pays est durablement déstabilisé économiquement. C'est dans ce contexte que se préparent et s'inscrivent les purges successives initiées par Staline contre les petits dirigeants. Mais celle-ci ne peuvent que déstabiliser encore plus le pays. Alors qui sont les coupables? La mise en place de procès qui crée un complot à l'échelle nationale permet de mettre en place des ennemis. Il devient nécessaire de surveiller ses voisins et de dénoncer les ennemis qui se sont infiltrés dans tout l'appareil du partis et du pays. Car c'est à cause d'eux que le plan stalinien n'atteint pas son but. Ce complot est matérialisé par des catégories de personnes et par les inculpés de trois grands procès de 1936 à 1938. Enfin, dans une dernière partie, Nicolas Werth tente de comprendre pourquoi et comment les accusés ont avoué. Il met en évidence un long processus de défaite de la part de ces personnes. Il pense qu'il y a probablement aussi un processus de "complot" entre le juge et le jugé. L'un accepte de se calomnier en échange de quelque chose d'autre. Une autre explication concerne aussi le besoin, pour ces personnes, de rester dans le parti pour lequel ils ont lutté toute leur vie.

    Au final que penser de ce livre? À mon avis, c'est une intéressante synthèse des différents travaux qui étudient cette période. Nicolas Werth permet au lecteur de se faire une idée claire des raisons du procès mais aussi de leur effet aussi bien en URSS qu'en occident. On peut déplorer des passages rapides sur certains points et un manque d'informations sur d'autres. Les lecteurs qui, comme moi, ne sont pas familier des querelles idéologiques des dirigeants élevés de l'URSS risquent de passer à coté de certaines explications. Mais un exercice de synthèse implique nécessairement ce type de manques. J'ai aussi beaucoup apprécié les annexes. Celles-ci sont constituées d'extraits de sources. Leur lecture permet donc d'entrer de manière plus intime dans la période et dans l'esprit de ceux qui les ont rédigés. Au final, un livre synthétique agréable à lire et intéressant.

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  • Pester Power par Cory Doctorow

    Titre : Pester Power
    Auteur : Cory Doctorow
    Éditeur : Site de l'auteur

    "Et si". C'est un peu de cette manière que Doctorow construit ses histoires. Dans le cas présent cette (très) courte nouvelle pose la question: Et si on tentait de créer une Intelligence Artificielle? Comment si prendrait-on? Quelles seraient les conséquences? Doctorow nous montre le procès d'une femme accusée de spamming. Mais derrière cette accusation se cache un problème plus important. En effet, pourquoi mettre une jeune étudiante spammeuse dans un quartier de haute sécurité? Pourquoi le DHS (Department of Homeland Security) tente de l'extrader dans des prisons secrètes? Peut-être y a-t-il plus derrière cette affaire que son avocate ne le pense. Et si elle avait créé une AI?

    Comme souvent Doctorow me frustre dans cette nouvelle. Il commence par décrire un problème intéressant puis il passe rapidement sur le contexte et ne termine pas l'histoire. Je crois que c'est la raison principale qui explique pourquoi je ne sais pas encore si j'apprécie vraiment Doctorow. Je déteste qu'on m'offre une idée d'histoire exaltante pour me laisser sur ma faim. C'est la raison pour laquelle je ne sais souvent pas vraiment comment commenter les nouvelles de Doctorow. Il ne développe pas assez ses histoires pour que je puisse mettre en place un commentaire un peu plus intéressant. Néanmoins, je trouve que l'idée que les AI puissent être dérivées des spams est intéressantes. En effet, ces robots fonctionnent automatiquement pour passer outre des barrières de plus en plus compliquées. Et si une forme d'intelligence s'y développait?

  • "J'accuse" par Emile Zola

    Titre : "J'accuse"arton90.jpg
    Auteur : Emile Zola
    Éditeur : Éditions de Londres
    Pages : 24

    Voici, peut être, le texte politique le plus célèbre de France. La lettre ouverte qui devint le symbole d'une erreur judiciaire et d'un combat antisémite violent. L'affaire Dreyfus a pris une telle importance que personne, à ma connaissance, n'en a jamais entendu parler. Dreyfus est un capitaine de l'armée française dont le tort a été d'être juif. Alors que l'armée cherche un traitre dans ses rangs elle croit l'avoir trouvé en la personne de Dreyfus. Mais les preuves sont loin d'être convaincantes et les discours antisémites se sont multipliés. C'est aussi une affaire qui a vu les intellectuels français, de gauche comme de droite, multiplier les prises de positions en faveurs ou contre Dreyfus.

    Zola, dans cette célèbre lettre, prend brutalement position pour le capitaine. Il tente de comprendre et d'illustrer comment cette erreur judiciaire s'est constituée. Il pense que la principale cause se trouve dans la personne chargée de faire l'enquête et de faire condamner Dreyfus. Cet homme aurait créé une affaire en laissant son imagination vagabonder et il aurait, par cela, laisser échapper le vrai coupable. Mais les généraux sont aussi coupables par leur inaction et leur refus d'innocenter un homme quand les preuves ne pouvaient que mener à cette conclusion. Zola y fait aussi une prophétie: l'affaire Dreyfus sera une tâche indélébile sur l'histoire de la troisième république française. Il avait raison.

    Image: Éditeur

  • De l'horrible danger de la lecture par Voltaire

    Titre : De l'horrible danger de la lecturearton221.jpg
    Auteur : Voltaire
    Éditeur : Éditions de Londres
    Pages : 16

    Voici un très court texte écrit par Voltaire en 1765. Il décrit une décision d'un fonctionnaire de l'Empire Ottoman suite à la découverte de l'imprimerie. Les décisions sont radicales. L’imprimerie est fortement condamnée à cause de sa capacité à faire circuler et à diffuser des idées qui pourraient ne pas être en accord avec les théories officielles. Comme toujours, quand un auteur du XVIIIe parle de l'Empire Ottoman il veut parler de la France.

    Mais ce qui est intéressant, mis à part le texte lui-même, c'est la raison pour laquelle les Éditions de Londres ont édité, et fournissent gratuitement, un si petit texte? Cette maison d'édition publie seulement des livres numériques. Il y a de nombreux débats sur ce mode de lecture. Certains ont peur pour la culture. D'autres ont peur pour les auteurs. Et enfin on peut avoir un certain scepticisme face à ce changement de support. Le papier n'est-il pas beaucoup plus agréable? Ces critiques mènent à dénier tout caractère de lecture au support numérique quand on décide d'atteindre la plus extrême des pensées.

    Mais ce que le livre numérique offre, et les Éditions de Londres le disent aussi, c'est la possibilité de diffuser de manière large et rapide des ouvrages et des idées. La connaissance peut atteindre des individus qui ne sont pas les cibles habituelles des éditeurs. C'est, d'ailleurs, aussi l'un des arguments de Doctorow.

    Image: Éditeur

  • De la démocratie en Amérique I par Alexis de Tocqueville

    Titre : De la démocratie en Amérique I
    Auteur : Alexis de Tocqueville
    Éditeur : In libro Veritas
    Pages : 231

    Dans ma lecture des classiques de la science politique je pouvais difficilement passer longtemps à coté de Tocqueville. Cet auteur, célèbre pour le livre que je vais tenter de présenter ici, est considéré comme l'un des premiers sociologues. Qu'étudie-t-il dans ce livre dont je viens de terminer la première partie? Il y fait l'étude et la description des USA. Celle-ci s'intéresse aussi bien aux aspects géographiques qu'à la politique et aux mœurs du peuple américain. Tocqueville essaie plus particulièrement de comprendre comment la démocratie peut fonctionner et utilise, pour cela, l'exemple qu'il juge le plus parfait (ce en quoi on peut être en désaccord) soit les États-Unis.

    Je suis agréablement surpris par la prose de Toqueville. Je m'attendais à un livre peu intéressant. Mais la manière dont Tocqueville écrit, bien que d'un style ancien, n'est pas trop lourde. Tocqueville, dans cette première partie, examine surtout les institutions américaines. Il s'intéresse surtout aux aspects fédéraux et à l'équilibre des pouvoirs. L'auteur conclut que le peuple des États-Unis a réussit à mettre en place une démocratie qui fonctionne grâce à un subtil équilibre dans les institutions. L'état central est puissant mais seulement dans certains domaines tandis que les états peuvent s'occuper des problèmes locaux qui sont inconnus de l'état central. Les institutions sont équilibrées de par leurs puissance entre elles. Ce qui permet d'éviter que l'un de pouvoirs ne devienne tyrannique. Mais Tocqueville nous avertit. Le système mis en place aux États-Unis ne peut fonctionner que dans un pays sans ennemis et donc sans besoins de guerres. Un pays qui est aussi particulièrement homogène du point de vue socio-économique, du point de vue des mœurs et de l'éducation.

  • Pourquoi sommes-nous anarchistes? par Elisée Reclus

    Titre : Pourquoi sommes-nous anarchistes?
    Auteur : Elisée Reclus
    Éditeur : Éditions de Londres
    Pages : 13

    Ce texte est très court. Si on ne prend pas en compte la préface et la notice biographique il fait moins de 5 pages. Nous n'y trouverons donc pas un examen argumenté de l'anarchisme et de ses buts. Non, ce que nous offre Reclus n'est même pas un programme. C'est une réponse à une question. Cette réponse ne peut pas être considérée comme un appel à tous les anarchistes de suivre son idée. Alors pourquoi être anarchiste? Parce que nous sommes révoltés? Parce que nous sommes jeunes? Parce que nous n'aimons pas l'état? C'est plus compliqué que cela. Nous sommes anarchistes parce que nous souhaitons la justice. Nous vivons dans un monde qui n'est pas égalitaire ni juste. De nombreux arguments peuvent soutenir cette thèse. L'anarchisme c'est vouloir créer un monde égalitaire et juste dans lequel la liberté est donnée à chacun. Mais doit-on attendre? Reclus pense que la société se dirige, évolue, vers un changement de paradigme. Cependant, le changement devra se faire par une révolution et non par l'attente longue. Bref, être anarchiste c'est être en lutte pour l'humanité. Du moins si on décide de suivre Reclus.

    Alors que penser de ce très court texte? On retrouve certaines idées phares de Reclus cependant ce ne sera pas le texte le plus intéressant de vos lectures. C'est surtout une profession de foi. Elisée Reclus nous annonce croire en l'anarchisme et en son programme. Il explique pourquoi il suit cette doctrine mais il n'examine ni la doctrine même ni sa faisabilité. Bref, un texte court mais intense qui ne convaincra que les convaincus. Et parfois il le faut. Mais d'autres souhaiterons peut-être avoir un texte plus substantiel pour comprendre l'anarchisme. Quel quel soit la position idéologique de cette personne.

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  • L’évolution, la révolution et l’idéal anarchique par Elisée Reclus

    Titre : L’évolution, la révolution et l’idéal anarchiquethumbnail.png
    Auteur : Elisée Reclus
    Éditeur : Efele
    Pages : 106

    Je continue avec Elisée Reclus. Cette fois je me suis intéressé à un texte un peu plus long que d'habitude puisqu'il fait 100 pages. Le livre a été originalement publié en 1902 soit peu de temps avant la mort d'Elisée Reclus. Quel est le discours de l'auteur? Le titre du livre permet déjà d'en savoir un peu puisqu'il sera développé dans le livre. Celui-ci permet à Reclus de faire une analyse des termes évolutions et révolutions mais surtout d'expliquer en quoi ceux-ci s'appliquent au mouvement de luttes des travailleurs vers un système anarchiste?

    Pour Reclus l'évolution et la révolution sont deux aspects d'un même processus. La différence qui existe entre eux consiste surtout de la condamnation morale qui est faites des révolutions et du temps impliqué. L'évolution serait acceptée et plus lente que la révolution qui est, elle, particulièrement condamnée. Mais surtout, la révolution étant une forme d'évolution elle est inévitable. Tous les événements du monde amènerait une révolution nécessaire et proche. Mais quels sont les forces capables de mettre en place cette révolution? Selon Reclus on ne doit pas croire les élites ou les personnes qui souhaitent mettre en place un système politique possédant une autorité. Ceux-ci seront nécessairement corrompus. Reclus développe aussi une analyse des institutions. Selon lui, et il rejoint en cela certains sociologues plus tardifs, les institutions évoluent aussi mais vers une direction de plus en plus mauvaise. Selon l'auteur les institutions et ceux qui y travaillent deviennent rapidement des parasites qui ne peuvent structurellement pas se remettre en cause. C'est donc une force de réaction. Enfin, Reclus tente de faire le bilan des dernières luttes et de leurs réussites et échecs. Au final nous avons un livre qui développe une vision globale intéressante des luttes sociales de son époque.

    Image: Éditeur