Politique - Page 6

  • L'identité à l'ère numérique par Guillaume Desgens-Pasanau et Eric Freyssinet

    Titre: L'identité à l'ère numérique2247080618_lib_fiche.jpg
    Auteurs: Guillaume Desgens-Pasanau et Eric Freyssinet
    Éditeur: Dalloz 2009
    Pages: 170

    Alors que l'on parle de plus en plus des problèmes liés aux nouvelles technologies de l'information et de la communication il est plutôt rare que l'on en fasse une véritable analyse. Il faut dire que ces technologies sont relativement neuves et que nous n'avons eu que peu de temps pour les comprendre. Personnellement, je pense même qu'actuellement personne n'est encore capable d'utiliser ces technologies. Ainsi, nous lisons souvent des articles qui montrent les dérives de l'Internet et ses effets sur la vie privée mais aucun n'essaie vraiment d'analyser les changements dans la vie privée qu'impliquent ces nouvelles technologies. C'est pourquoi il pourrait être utile de lire ce petit livre écrit par un polytechnicien et un juriste.

    Ces deux auteurs ont divisé leur livres ont trois parties. La première pose la question de ce qu'ils nomment le corps identité. Sous ce terme ils analysent les effets de la biométrie sur la société. Bien qu'ils oublient le mouvement historique qui a mené à la mise en place d'une identité étatisée les auteurs concluent en démontrant un effet particulier de la biométrie. En effet, d'une identité peu sûre on passe à une identité quasiment certaine et imposée par le corps même vu par l'état. Une seconde partie pose la question des identité connectées. Autrement dit, la manière dont on s'identifie sur l'Internet et les réseaux sociaux. Les auteurs y analysent l'anonymat qu'ils considèrent comme plutôt positif bien qu'utopique. Mais ils y montrent surtout comment un individu peut être identifié via les réseaux. Ce qui démontre que toutes les traces que nous laissons sur Internet peuvent permettre de créer un portrait robot de nous même. Enfin, on termine sur l'identité mémorisée qui pose la question de l'archivage des informations. Ce qui permet aux auteurs de réfléchir sur le droit à l'oubli en articulation avec un archivage nécessaire pour les recherches policières (et historiques bien qu'ils n'en parlent pas). En conclusion, les auteurs lancent quelques pistes de réflexions concernant la vie privée, les relations entre l'état et les citoyens et une réflexion sur la preuve.

    Bien que le sujet m'intéresse je me suis profondément ennuyé lors de la lecture de ce livre. Bien entendu, les propos développé par les auteurs sont utiles et intéressants mais ils sont aussi peu passionnant. Il faut dire que nous nous trouvons face à un livre qui analyse surtout les conséquences juridiques des nouvelles technologies plutôt que les conséquences sociales. Ainsi, je trouve que les auteurs sont passé à coté d'un certains nombres de points qu'il faudrait analyser. Par exemple, la construction de l'identité dans le cadre des NTIC est très peu développée. Les auteurs ont aussi totalement passé à coté du mouvement historique qui mène l'état à la mise en place d'une identité certifiée par lui-même. On a l'impression, à la lecture, que l'on passe d'une sorte d'impossibilité de mettre en place une identité à une obligation, pour les citoyens, d'accepter une identité basée sur leur propre corps. Hors, d'autres ouvrages montrent qu'inscrire l'identité selon le corps est un mouvement qui existe depuis des centaines d'années. Bref, un livre intéressant mais qui passe à coté d'un certain nombre de points importants et qui n'est de loin pas passionnant à lire.

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  • Savants sous l'occupation. Enquête sur la vie scientifique française entre 1940 et 1944 par Nicolas Chevassus-Au-Louis

    Titre: Savants sous l'occupation. Enquête sur la vie scientifique française entre 1940 et 1944
    Auteur: Nicolas Chevassus-Au-Louis
    Éditeur: Seuil 2004
    Pages: 251

    Ce livre répond, semble-t-il, a un vide historiographique. En effet, selon l'auteur, les recherches sur les compromissions et résistances des scientifiques français lors de la seconde guerre mondiale et de l'occupation sont rares. Il souhaite donc créer une forme d'attention envers ce point particulier de l'histoire en écrivant ce livre. Pour cela, l'auteur offre, selon ses propres mots, un double travail. Une partie du livre est, avant tout, une recherche précise des faits en utilisant un nombre impressionnant de recherches, de mémoires ou d'archives. Ce qui lui permet, dans un second temps, d'écrire une histoire de douze scientifiques et de leurs actions lors de l'occupation durant laquelle il ne donne pas les références (celles-ci sont inscrites en fin de chapitre avec un commentaire). Pour, encore une fois, reprendre les mots de l'auteur nous nous trouvons face à un livre en trois parties.

    La première se compose d'un seul chapitre sur près de 80 pages. Celui-ci permet à l'auteur de mettre en place le contexte de l'époque qu'il soit scientifique ou proche du champs scientifique. Ce chapitre est aussi l'un des deux seuls durant lequel l'auteur met en place un appareil de notes de bas de pages. Bref, en l'écrivant l'auteur nous permet de nous rendre compte de la force de la science française durant l'entre deux guerres et l'occupation. Il nous montre les choix politiques de ces derniers. Ceux-ci peuvent aussi bien fuir que rester et s’accommoder de l'occupant ou alors résister ou collaborer. L'auteur nous montre aussi comment le champs scientifique français a été touché par les réformes et les lois anti-juives.

    La seconde partie se compose d'une douzaine de chapitres. Chacun de ceux-ci présente un événement ou un scientifique particulier. Ce qui permet à l'auteur de nous montrer quels ont été les différentes réactions face à l'Allemagne. Que ce soit l'opportunisme, la résistance relative et remise en question d'un Jolliot ou la collaboration d'un Georges Montandon. Mais ce que nous montrent ces chapitres c'est surtout une forme d’accommodation face à l'occupation. Les scientifiques tentent de faire leur métier et de garder un certains prestige à la science française tout en essayant de ne pas trop attirer l'attention des forces occupantes. Dans le même temps, le gouvernement de Vichy essaie de contrôler la science et de la réformer en créant de nouveaux instituts qui furent gardé après la Libération.

    Enfin, le dernier chapitre et aussi la dernière partie tente d'expliquer pourquoi les scientifiques ont été aussi peu atteint par l'épuration d'après guerre. En effet, selon l'auteur, contrairement aux écrivains, les scientifiques furent rarement atteint par la justice et il n'y eut pas de débats aussi intenses qu'entre les écrivains. L'explication semble se trouver dans l'autonomie du champs scientifique. Alors que les écrivains ont été mis au service de l'occupant et de Vichy d'une manière intense les scientifiques ont été délaissé par l'occupant. Celui-ci ayant une piètre opinion de la science française. De plus, les réformes de Vichy en vue de contrôler la science française semble avoir toutes échoués. Donc, même si certains hommes de sciences étaient très proches des nazis et de Vichy, il n'y eut pas une collaboration aussi importante vis à vis de l'opinion publique mais plutôt une accommodation plus ou moins forte. Les résistants et les collaborateurs ne furent que relativement rare chez les scientifiques.

    Mon avis sur ce livre est positif. L'auteur, cela se sent, a lu une grande partie de la littérature disponible sur le sujet et sur l'époque et en fait une large utilisation pour prouver ses propos. La lecture est, de plus, très agréable. Je trouve que le sujet est particulièrement intéressant et j'ai beaucoup apprécié les explications de l'auteur sur le rapport particulier des scientifiques avec l'occupant et Vichy. Je suis, personnellement, pas loin d'être convaincu par les positions de l'auteur. Mais j'ai, tout de même, des critiques. La première c'est que certains points auraient pu être largement décrit plus en profondeur. En fait, les douze chapitres bibliographiques auraient pu devenir un livre entier dans lequel on aurait examiné d'une manière plus précise les événements. Ce livre n'ayant qu'un but synthétique et une vue large sur les événements ce n'était, évidemment, pas possible de développer autant les recherches. J'ai, tout simplement, été frustré et je souhaite en savoir plus ce qui est aussi un but de l'auteur. Le second point c'est que, bien que je le comprenne, je n'aime pas l'idée de noter les références en fin de chapitres. Je préférerais les rencontrer directement dans le texte sous formes de notes de bas de pages ce qui me permettrait de savoir ce qui a été utilisé à quel moment. Mais ce n'est qu'un détail et mon avis sur ce livre reste favorable d'autant que l'auteur permet de mieux connaître un aspect oublié de l'occupation.

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  • La conquête

    Rien que la bande annonce annonçait des répliques cultes. De plus, comment résister, en tant qu'étudiant en science politique, à l'idée d'un film sur la montée au pouvoir de l'un des présidents les plus puissants dans le monde médiatique (même si il ne possède pas ces médias comme c'est le cas pour Berlusconi). Dès que le rideau s'ouvre le film est annoncé. Ce n'est pas la trajectoire d'un homme politique standard qui sera montrée mais celle d'un homme qui utilise et contrôle les médias pour réussir. Le générique nous offre, donc, les noms des acteurs incarnant les différents personnages politiques sous le crépitement des flash des appareil photographiques. Celui-ci se termine sur un Nicolas Sarkozy assis, seul, dans son salon en robe de chambre et essayant de joindre sa femme, Cécila, le jours de son élection à 53%. Nous aurons donc droit aux mémoires de Sarkozy lors de SA journée, des mémoires sur les luttes qu'il a menée pour en arriver à ce point et des confrontations qu'il a eu avec les membres de son propre camps, mais tout de même ennemis, que sont Chirac et Villepin.

    J'ai beaucoup aimé ce film. L'un des premier points positifs que je noterais c'est qu'il n'a pas de prise de position. On observe comment deux camps opposés d'un même partis luttent l'un contre l'autre pour le pouvoir. Sous réformes se cachent les coups bas et les fausses déclarations d'amitiés comme en est témoin cette phrase de Chirac dans le film "Oui il est là. Tout va bien. Il m'a déclaré sa loyauté je ne l'ai pas cru, je lui ai souhaité bonne chance pour l'UMP et il ne m'a pas cru". Oui, un autre point que j'ai apprécié dans ce film ce sont ces petites phrases assassines. Il ne faut pas oublier que la politique est avant tout une affaire de mots. Ces mots ne sont pas anodins ils annoncent des coups, des positions tout autant que le mépris ou la loyauté. En politique, les mots sont des glaives qu'il s'agit de manier pour contrer son adversaire dans une forme d'escrime. Et ce film est constellé de ces petites phrases que l'on a pu entendre dans le cadre de l'actualité politique française.

    Ce que ce film offre est, donc, un spectacle de la politique. Il nous montre que le but des politiciens n'est pas le bien commun, bien qu'ils puissent être persuadé de le défendre, mais la recherche ou l'entretient du pouvoir. Ainsi, nous observons les deux camps tout faire pour que l'autre perde son pouvoir. L'élection est dans cinq ans, et pourtant, Sarkozy commence sa compagne dès son entrée comme ministre en sachant bien qu'un candidat ne se construit pas en une nuit. Ces batailles politiques plus ou moins polies et policées sont mises à mal par un Sarkozy qui ne suit pas les règles du jeu en annonçant de façon tonitruante ses opinions et volonté. Ce qui ne peut que le rendre peu populaire pour les chiraquiens. Alors, on ne sait pas vraiment si les évènements sont réels et on ne le saura sûrement jamais. Mais je pense que ce film montre très bien comment un politicien prend le pouvoir et réussit à le gagner avant même les élections officiels. Pour conclusion je dirais que ce film illustre bien une caractéristique fondamentale du jeu politique. Celui-ci est un sport de gentlemen mais joué par des brutes.

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    Site officiel

  • "Notre ventre, leur loi!" Le mouvement de libération des femmes de Genève par Carole Villiger

    Titre: "Notre ventre, leur loi!" Le mouvement de libération des femmes de Genèveartoff201.jpg
    Auteure: Carole Villiger
    Éditeur: Alphil 2009
    Pages: 151

    Je m'intéresse régulièrement au féminisme dans le cadre de ce blog. Mais je n'ai pas encore présenté de livre qui analyse un mouvement particulier de la lutte féministe. D'ailleurs, les mouvements sociaux, féministes comme non féministes, font aussi partie des thèmes qui m'intéressent. C'est pourquoi j'ai décidé de lire ce livre qui m'intéressait depuis longtemps. Cet ouvrage semble avoir tiré beaucoup d'informations du travail de mémoire de l'auteure, Carole Viliger, actuellement en train d'écrire sa thèse de doctorat. Il tente d'analyser les origines, les actions mais aussi la construction interne et la fin du MLF de Genève en une petite centaine de pages.

    Nous y apprenons beaucoup de chose sur le mouvement néo-féministe en général et sur le MLF de Genève en particulier. Il apparaît que ce mouvement prend naissance dans la vague d'un renouveau mondial du féminisme qui ne lutte plus pour des droits politiques mais pour une remise en cause globale de la société. Ce qui ne peut que créer des frictions avec les anciennes militantes qui agissent d'une manière moins tapageuse. Ainsi, les thèmes de lutte du MLF concerne avant tout la sexualité et le corps féminin ainsi que la division sexuelle du travail. La lutte en faveur de ces thèmes se font sur le ton de la dérision et de l'humour mais aussi par des actions plus spectaculaires. Ainsi, les militantes n'hésitent pas à perturber des congrès ou des colloques de médecin ou à occuper des locaux voir des bureaux administratifs. Mais il ne faudrait pas croire que le mouvement est exempt de problèmes. Non seulement il doit faire face à une division interne sur les méthodes d'action et à des attaques externes mais il doit aussi se poser la question de la manière dont il traite ses militantes lesbiennes. Cette problématique semble avoir conduit à une forme de scission dans le MLF. De plus, après dix ans le mouvement s’essouffle et laisse la place à un féminisme plus institutionnel et moins révolutionnaire.

    J'ai beaucoup aimé ce livre. Il est très bien écrit ce qui permet de le parcourir avec plaisir sans s'ennuyer en apprenant énormément de choses sur le MLF. De plus, j'ai beaucoup apprécié l'aspect critique envers le fonctionnement interne du MLF de Genève qui permet de se rendre compte qu'il n'est de loin pas parfait et absent de formes de dominations interne. J'ai tout autant apprécié que le livre soit constellé de tracts et de caricature écrites par le mouvement. En effet, voir les sources permet de se rendre compte de leur style et leur ton ainsi que de savoir comment elles sont véritablement. Ce que nous ne pouvons pas avoir avec de simples citations. Je suis aussi très favorable envers la démarche de l'auteure. En effet, aux cotés des sources écrites elle met en place des sources orales qui lui permettent de préciser certains points. C'est, donc, à mon avis un très bon livre de synthèse sur le sujet. Bien entendu, j'aurais aimé avoir plus d'informations sur certains points comme l'épisode de l'occupation des locaux d'un bistro de Genève ou le fonctionnement interne. Mais ce n'était pas dans la démarche de cette recherche et, donc, on ne peut pas le lui reprocher.

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  • Histoire de l'identification des personnes par Ilsen About et Vincent Denis

    Titre: Histoire de l'identification des personnes51FnAuN1I2L._SL500_AA300_.jpg
    Auteurs: Ilsen About et Vincent Denis
    Éditeur: La Découverte 2010
    Pages: 125

    Je l'ai déjà dit, je suis très intéressé par les thématiques concernant la surveillance surtout quand celles-ci sont en lien avec les nouvelles technologies de l'information et de la communication. C'est une littérature de plus en plus abondante, en est témoin la bibliographie à la fin de ce livre, mais semble qu'il manque un ouvrage synthétique sur le sujet. Ce tome de la collection Repère des édition de La Découverte a le but de créer cet ouvrage synthétique. Ici cette synthèse se fait d'une manière historique en analysant les différents usages et objets de l'identification des personnes depuis l'an mil jusqu'à nos jours.

    Il y a donc cinq chapitres principaux qui sont autant de phases différentes dans le processus d'identification. Le moyen âge, ainsi, est connu pour l’inter-connaissance qui implique l'identification. Mais c'est oublier qu'il existe aussi de nombreux autres moyens de savoir qui se trouve en face de nous. Ceux-ci sont les sceaux mais aussi, et surtout, l'héraldique qui est devenu un véritable langage symbolique que des experts analysaient. Mais il existait aussi des papiers qui impliquaient un droit de traverser un territoire. Moins qu'une identification c'est surtout un prestige qui supporte le pouvoir d'un personnage le porteur n'étant qu'accessoire. Nous y trouvons aussi une volonté d'identifier les criminels selon leurs crimes en les marquant physiquement. L'époque qui suit voit l'arrivée de nombreux papiers qui permettent de contrôler les déplacements de certaines catégories de population. Dans une époque qui a connu de grandes épidémies il est parfois nécessaire de certifier son état de santé pour pouvoir voyager. Les registres se multiplient en permettent d'identifier les individus sans qu'il ne soit présent. Dans le même temps se développe les techniques de descriptions du corps qui devaient permettre d'assurer l'identification d'une personne.

    L'arrivée de l'état-nation voit se confirmer la tendance à contrôler les personnes présentent sur le sol national. Il devient nécessaire de savoir qui est présent et quel est son statut. Non seulement pour savoir qui paie les taxes mais aussi pour contrôler l'entrée dans l'armée. Le contrôle de certaines "classes dangereuses" (ouvriers et étrangers) s'intensifient dans le même temps. Ce contrôle sera de plus en plus avancé dans la période qui précède la seconde guerre mondiale et qui a conduit aux abus que nous connaissons. Ce que nous pouvons voir se dessiner c'est, non seulement, une identification permanente et intégrée de tous les citoyens mais aussi, et surtout, un contrôle de qui a le droit de voyager dans les limites de l'état national. C'est pourquoi les étrangers commencent à être contrôlé en tout temps. Le début du XXIe siècle voit arriver une société dans laquelle seules les personnes identifiables peuvent accéder aux droits civils, politiques et de voyages excluant irrémédiablement ceux qui sont sans papiers ou qui refusent d'intégrer le système de surveillance. Mais, même en refusant, il est de moins en moins possible de sortir d'un système capable d’observer et d'identifier n'importe qui à l'aide de dispositifs de surveillances et de registres tentaculaires. Ce que cette démarche montre c'est que les moyens sont différents selon l'époque mais les outils visent trois points qui sont historiquement stables: les moyens d'identifications sont les même (corps, signature), les discours de légitimations qui visent à faire accepter la surveillance au nom de la prévention du crime et le contrôle des déplacements.

    Il me reste à dire ce que j'ai pensé de ce livre. Tout d'abord, il ne faut pas oublier que nous nous trouvons face à un livre de synthèse. De nombreux points auraient pu faire l’objet de recherches et de développements plus poussé. C'est pourquoi il est nécessaire de se référer à la bibliographie qui permettra aux intéressés d'entrer plus profondément dans le sujet. Ensuite, ce livre n'a pour objet de créer un débat citoyen actif. Il souhaite poser des points que la recherche tient pour sur. Mais il ne prend pas véritablement parti pour l'une ou l'autre des parties bien que les auteurs s’inquiètent du manque de débat démocratique sur le sujet. Personnellement, j'aurais apprécié un livre plus critique mais ce n'est pas l'objet d'un ouvrage de synthèse. Il est aussi normal que ce livre ne soit pas passionnant. On passe très rapidement sur de nombreux sujets sans avoir le temps de les développer et permettre un intérêt. Les auteurs sont obligés de rester à la surface du sujet ce qui n'est jamais bon pour l'intérêt d'un livre. Cependant, je trouve qu'il est louable d'avoir écrit cet ouvrage et si on accepte son but les différentes informations qu'il donne permettent de comprendre comment l'identification a muté ou s'est pérennisée dans différentes périodes historiques. C'est, donc, un très bon ouvrage pour entrer dans le sujet et pour avoir des informations de base sur celui-ci. A noter, ce livre existe aussi en version numérique.

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  • La démocratie à l'ère numérique par Henri Oberdorff

    Titre: La démocratie à l'ère numérique9782706115745_cv_medium.jpg?1265979892
    Auteur: Henri Oberdorff
    Éditeur: Presses Universitaires de Grenobles 2010
    Pages: 205

    Comme je l'ai déjà dit je suis très intéressé par les utilisations des nouvelles technologies de l'information et de la communication. Je suis particulièrement attentif à leurs utilisations en matière de surveillance. Que celle-ci soit le fait de l'état ou d'entreprises privées comme facebook ou apple. C'est pourquoi je me suis intéressé au livre de M. Obrdorff. Ce livre tente de comprendre comment les NTIC influent et transforment la société démocratique. Non seulement en la facilitant mais aussi par les défis que le numérique offre à la démocratie. La question est donc de savoir comment utiliser au mieux les outils que fournissent les NTIC mais aussi de savoir comment éviter ou stopper les dérives qu'impliquent ces même outils.

    Le livre de M. Oberdorff se divise en deux grandes parties. La première tente de comprendre comment le numérique peut étendre la démocratie. L'auteur considère que les outils de l'internet permettent, non seulement, de créer des outils de votes en lignes mais surtout de créer une communication plus importante entre le citoyen et l'administration ou/et les élus. Ainsi l'auteur observe que les politiciens et l'état mettent en place de nombreuses plateformes pour communiquer les résultats et les idées mais aussi pour écouter les citoyens. Parallèlement, une e-administration se développe. Celle-ci permet d’accéder beaucoup plus facilement aux outils administratifs dont les citoyens pourraient avoir besoin et, donc, à rendre la réponse plus rapide pour un coût moindre.

    La seconde partie du livre permet à l'auteur de se poser la question des dérives et des défis que l'internet offre à la démocratie. Ainsi, l'auteur commence par examiner la cyberdélinquance d'une manière très détaillée ainsi que les réponses que l'état offre à celle-ci. M. Oberdorff considère que la cybercriminalité atteint souvent les droits fondamentaux et, donc, doit être stoppée. Dans un second temps l'auteur examine les dérives sécuritaires de l'internet en observant qu'il est de plus en plus difficile, pour le citoyen, d'éviter d'être fiché à un endroit ou un autre. Ensuite M. Oberdorff examine quel type de citoyen implique une cyber-démocratie. Il propose d'offrir un accès de qualité à un nombre élevé de citoyens pour que ceux-ci puissent participer à la prise de décision ou contester une décision.

    Je suis très critique face à ce livre. Par parce que je suis fondamentalement contre les positions de l'auteur ou parce que je considère ce livre comme mauvais mais plutôt parce que je considère qu'il n'est pas complet. Premièrement, je considère que ce livre est beaucoup trop franco-centriste pour être convainquant et beaucoup trop axé sur le droit (français). Je trouve que l'on perd une grande partie des usages réels d'internet si on se base sur un seul pays, l'auteur semble ne pas considère qu'il puisse exister une forme de démocratie directe, et sur le droit. En effet, le droit n'indique pas les usages mais les contrôles que la société souhaite créer. Ensuite, au contraire de l'auteur je considère que les technologies sont formée dans un contexte socio-politique et communiquent une pensée socio-politique particulière. Donc, les technologies sont loin d'être neutres. Je trouve aussi que l'auteur est beaucoup trop positif face aux usages démocratiques de l'internet. En effet, non seulement je pense qu'il faudrait analyser la manière dont les citoyens utilisent ces outils plus que leur existence mais je pense aussi qu'il faudrait être plus prudent face aux utilisations malveillantes de l'internet. Dans ce cadre je trouve révélateur que l'auteur n'analyse que très rapidement la surveillance étatique ou/et des entreprises. J'ai donc eu l'impression de me trouver en face d'un livre techniciste qui analyse l'existence d'outils et qui souhaite créer un nouveau type de citoyens mais qui oublie les usages réels et les attentes de la part de ces même citoyens. Je déplore aussi l'absence d'analyse de l'internet que je qualifierais alternatif. Alternatif dans le sens ou il ne s'inscrit pas dans la société capitaliste telle que nous la connaissons. Ainsi, aucun chapitre ne mentionne le mouvement du libre alors que c'est une action très importante. Cependant, cela ne veut pas dire que je n'ai pas apprécié les propose de M. Oberdorff. Simplement, je suis très critique face à ses positions que je trouve trop détachées du monde social.

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  • Liberté économique et responsabilité sociale. Des corporations au mondialisme sous la direction de Jean-François cavin

    Titre: Liberté économique et responsabilité sociale. Des corporations au mondialisme
    Directeur: Jean-François Cavin
    Éditeur: Centre Patronal 2004
    Pages: 185

    Un peu par intérêt et beaucoup par obligation j'ai décidé de lire ce 31ème tome de la série études et enquêtes éditée par le Centre Patronal. Ce centre est un groupement patronal du canton de Vaud qui souhaite organiser les différentes professions du canton et les aider dans ce sens. Il offre aussi de nombreux services et agit assez fortement dans certaines compagnes de votations (comme la dernière en date sur Vaud concernant les prestations complémentaires). L'avant-propos de ce livre nous communique le but de ce recueil d'articles. Le centre patronal souhaite y étudier les idéologies de ses fondateurs historiques et observer comment celles-ci peuvent être mises en place, revendiquées, dans notre monde actuel. Concrètement, ce livre est divisé en trois parties que je vais tenter de présenter.

    La première partie est, en quelque sorte, une étude "historique". D'ailleurs, son titre est "retour aux sources". Je met historique entre guillemets car les deux articles qui s'y trouvent ne sont historiques que parce qu'ils étudient des événements passés. Je m'explique, le premier article examine la fondation des ancêtres du Centre Patronal et de la Fédération Patronal Vaudoise en nous offrant de nombreux faits utiles. Mais l'auteur passe rapidement sur des aspects problématique de cette histoire. Ainsi certains personnages et certaines organisations sont mentionnées comme ayant été important historiquement parlant pour le Centre Patronal mais l'auteur ne mentionne jamais l'aspect pro-fascistes d'un nombre important de ceux-ci. Un aspect qu'il faudrait étudier dans le cadre d'une étude historique sérieuse. Le second article est une grossière hagiographie des fondateurs des associations patronales vaudoises qui sont tous intelligents avec une personnalité forte mais juste et capable de faire du profit tout en observant le bien commun. Je suis surpris que l'auteur de cet article ne mentionne pas de miracles!

    La seconde partie est plus technique puisqu’elle examine la manière dont l'action collective patronale s'est organisée en Suisse. Mais on y trouve tout de même des informations importantes concernant l'idéologie du Centre. Ainsi, le Centre considère que al lutte des syndicats est un danger quand elle s'oppose résolument aux patrons et à l'ordre économique "légitime". Au contraire, les ouvriers devraient s'organiser dans des organisations communes avec les patrons pour réfléchir ensemble au mieux être commun. On retrouve ici l'idéologie néo-corporatiste du Centre. Les auteurs considèrent aussi que les prestations sociales devraient être de la responsabilité des organisations patronales et non de l'état. Il faudrait donc laisser les patrons organiser et créer des caisses sociales avec leurs règles et leurs contrôle avec toutes les dérives que cela peut impliquer.

    Une dernière et troisième partie examine l'opportunité du néo-corporatisme dans la mondialisation actuelle. Cette idéologie est considérée en alternative au néo-libéralisme mais aussi face aux altermondialistes. Ceux-ci sont d'ailleurs conspués allégrement dans le cadre des différents articles de ce livre. Les auteurs y sont convaincus de la supériorité de leur idéologie qui permettrait de passer outre tous les problèmes sociaux en réunissant les membres de la société autour des professions. L'état, dans ce cadre, devrait être limité au maximum puisque les organisations professionnelles prendraient le relais de certaines de ses missions.

    En conclusion, je dirais que ce livre est principalement un outil de propagande au service de l'idéologie défendue par le Centre Patronal. En défendant celle-ci les auteurs attaquent le néo-libéralisme mais aussi la gauche et particulièrement son aile critique. De plus, les idées qui sont développées dans ce livre pourraient conduire à mettre dangereusement à mal certains droits sociaux communs. J'ai aussi ressenti un anti-féminisme non-revendiqué mais fort dans les lignes de ce recueil. Ainsi, mesdames, vous serez heureuses d'apprendre que lorsque vous travaillez ce n'est pas pour vous mais soit parce que vous être seules avec un membre de la famille à charge soit pour un salaire d'appoint! Bref, à moins que vous ne souhaitiez vous lever en criant "Vive les patrons, vive le capitalisme et à bas la gauche!" à la fin de ce livre je déconseille fortement sa lecture sans réflexion fortement critique. Bref, un seul mot suffit pour résumer ce livre et mona vis sur lui: Propagande.

  • Logique du pire, logique d'empire ou la guerre sans fin des Etats-Unis par Jean-Philipp Melchior et Gérard Gourmel

    Titre: Logique du pire, logique d'empire ou la guerre sans fin des Etats-Unisv_book_99.jpg
    Auteurs: Jean-Philipp Melchior et Gérard Gourmel
    Éditeur: Cénomane 2003
    Pages: 221

    Si vous cherchez un livre engagé vous serez largement servi avec celui-ci! Les deux auteurs, avec des passages d'autres collaborateurs en fin du livre, souhaitent y analyser les guerres que les USA ont engagées contre différents pays dit voyous. Selon eux nous pouvons trouver, dans l'histoire des USA, une forme de culture politique de l'impérialisme. Culture politique qui pourrait venir de la conscience d'une forme d'exception du destin du pays. Celle-ci justifiant les actes guerriers au nom de la civilisation. Les auteurs font cette analyse sur quatre parties. Tout d'abord ils tentent d'analyser les raisons utilisées par le gouvernement de Bush pour justifier une attaque sur l'Irak. On y découvre, si on ne le savait pas déjà, que l'administration de Bush a utilisé des mensonges pour détruire une nation déjà passablement mal au point (à cause autant de Sadam que de l'embargo).

    Les deux prochains chapitres nous montrent comment une partie de l'intelligentsia des États-Unis considère le monde selon leurs besoins. Selon les auteurs ces penseurs essaient de garder le contrôle du monde en utilisant le libéralisme, qui est largement favorable au pays, et une forme de répression. Cette répression se base sur un discours dogmatique manichéen qui identifie des ennemis diaboliques face à un défenseur du bien: les USA. Dans ce contexte on ne peut pas critiquer la politique étasunienne sans être conte eux. Enfin, les auteurs analysent l'appareil militaires des USA. Ils montrent à quel point celui-ci est sophistiqué. Ceci cachant la stratégie d'empêcher la constitution de défenses appropriées et de concurrents possibles sur la scène internationale. C'est dans ce contexte que le concept de guerre préventive prend tout son sens: détruire les capacités ennemies avant même qu'elles puissent exister. La seuls défense possible est donc, pour l’ennemi, de développer le plus vite possible une technologie fortement intimidante: le nucléaire.

    Ce livre est fondamentalement engagé et c'est pourquoi je l'apprécie. Je sais que ses détracteurs pourraient utiliser le mot facile d'anti-américanisme. Un mot souvent utilisé quand on critique les concepts et agissements de cette hyperpuissance. Mais ce serait trop simple d'évacuer cette analyse de la politique internationale des USA. On y découvre un cynisme et une hypocrisie qui ne sont freinés par aucun autre pays puisque personne ne possède la même puissance militaire. Ce qui permet aux États-Unis d'agir sans risquer d'être remis en question. C'est ainsi que le gouvernement peut soutenir des régimes dictatoriaux et aider à écraser des résistances au nom de la démocratie et de la lutte contre le terrorisme. C'est ainsi que les agences nationales peuvent mettre en place des stratégies qui répondent parfaitement à la définition du terrorisme au nom de la liberté. C'est pourquoi nous ne devons pas rester aveugle face à des agissements dangereux pour la stabilité mondiale.

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  • La décadence sécuritaire par Gilles Sainati et Ulrich Schalchli

    Titre: La décadence sécuritairearton212.jpg
    Auteurs: Gilles Sainati et Ulrich Schalchli
    Éditeur: La Fabrique
    Pages: 105

    Pour ceux qui ne s'en seraient pas déjà rendu compte j'ai un intérêt particulier pour les sujets concernant la surveillance et le contrôle des citoyens. Que ceux-ci soient menés par l'état ou des organismes privés. Ce livre concerne la mise en place d'une forme de surveillance et de criminalisation des citoyens au nom de la sécurité. Il est écrit par deux anciens secrétaires du syndicat de la magistrature française ce qui explique, probablement, certaines caractéristiques de ce livre. Ces deux auteurs tentent, donc, de nous brosser le tableau des différentes réformes de la justice qui ont été menées en France. Mais ils font aussi le lien avec une doctrine nord-américaine qui considère que tout acte potentiellement criminel doit être puni fortement pour éviter une supposée extension de ces actes.

    Bref, après une introduction et un tableau historique de la doctrine répressive nord-américaine les deux auteurs nous donnent les effets de ces réformes. Celles-ci, considérant qu'un acte doit être puni sans délai, mettent en place un système judiciaire bureaucratisé qui viole largement certains points fondamentaux de la démocratie. Non seulement la séparation des pouvoirs est mise en péril à cause du contrôle massif de l’exécutif sur les magistrats et la police mais, en plus, les procédures sont accélérées en coupant court aux possibilités d'examens contradictoires et d'une partie des droits de contestation. De plus, la culture du résultat, qui implique financement, implique la police et les magistrats doivent réussir à régler le plus d'affaires avec le moins de temps possibles. Il devient donc de plus en plus difficile de mettre en place une enquête de longue durée sur un crime compliqué alors que l'on peut résoudre quinze affaires mineurs par jours sans trop d'efforts. Mais, bien entendu, sans réussir à vraiment rendre justice.

    A la fin de ce livre on peut considérer que la démocratie et la justice semblent voir été oublié au nom d'un idéal de sécurité qui implique le droit de contrôler tous les citoyens. Mais il n'y a pas que cela. Derrière ce contrôle se cache une cible: les classes dites dangereuses. Celles-ci sont, en effet, de probables contestataires violents qui pourraient créer de larges problèmes à la société actuelle. Il est donc nécessaire d'empêcher que ces classes puissent se révolter d'une manière violente en réprimant tout acte possiblement criminel de celles-ci sans, pour autant, aller à la source du problème. Il est d'ailleurs révélateur que les élites ne soient pas soumises aux réformes menées. Cependant, le lecteur pourrait se sentir frustré dans sa lecture. En effet, les auteurs ne font souvent que mentionner certains cas exemplaires alors que l'on souhaiterait une analyse plus poussée. De plus, le livre manque singulièrement de références scientifiques et médiatiques ce qui nuit à sa crédibilité. Il serait donc souhaitable d'entreprendre un véritable travail de recherche sur le sujet.

    Image: Éditeur

  • Citoyens sous surveillance. La face cachée d'internet par François Fortier (traduction de Virtuality Check)

    Titre: Citoyens sous surveillance. La face cachée d'internet (Virtuality Check)t069.jpg
    Auteur: François Fortier
    Traducteur: Danielle Collignon
    Éditeur: Ecosociété 2002 (Verso 2001 édition originale)
    Pages: 128

    Les influences et les significations politiques que les nouvelles technologies de l'information et de la communication ont sur la société est un thème qui me tient particulièrement à cœur et qui explique pourquoi je suis tenté de supporter le parti pirate. Il ne m'a donc pas fallu un temps de réflexion très long avant de me décider d'emprunter cet ouvrage. Celui-ci est, selon l'auteur, tiré de la thèse qu'il écrite entre 1991 et 1996 à York. Le livre datant du début du millénaire il est facile, et logique, d'observer qu'il date un peu vu le nombre de changement qu'a connu l'internet entre temps. Mais cela ne veut pas dire que les conclusions et appréhensions de l'auteur ne soient pas encore d'actualité voir exacerbée quand on examine les dernier changements.

    Ce livre est structuré en trois chapitres sans compter l'introduction et la conclusion. Le premier permet à l'auteur de définir deux concepts importants: la société civile et les technologies de l'information et de la communication. Ce chapitre sert aussi à l'auteur pour présenter les différents courants qui ont analysé ces TIC et leurs caractéristiques. Alors que certains oublient totalement l'aspect politique et social des TIC d'autres, donc le courant dans lequel s'inscrit l'auteur, considèrent que les TIC sont non seulement inscrit dans la société mais, plus encore, sont les supports d'une certaine idéologie politique et, donc, ne sont pas neutres. Le troisième chapitre tente, lui, de trouver des moyens d'utiliser les TICs dans une autre perspective que l'idéologie libérale qui en sont constitutifs. L'auteur milite donc pour une réappropriation par les citoyens eux-même, et non une élite, de ces outils selon leur propres besoins et non ceux que l'on pense qu'ils pourraient avoir.

    Le second chapitre, le plus long des trois, examine quatre aspects problématiques des TICs. Le premier de ces aspects est le contrôle qui est imposé aux travailleurs par l'utilisation des TICs. Non seulement ceux-ci perdent leurs capacités d'arguer de compétences propres, maintenant utilisable via les machines, mais en plus ils perdent l'autonomie de leur temps puisque les TICs permettent de contrôler l'utilisation qui est faite du temps de travail (le pointage) voir, même, du temps de loisir (voir un article très intéressant sur le portail des quotidiennes qui montre que les cadres sont aussi victimes de cet aspect: Smartphone ou l'esclavage moderne). Le second aspect concerne l'information. François Fortier fait le constat, déjà connu avant lui, que les médias sont de plus en plus condensés en quelques groupes monopolistiques qui sont capable de contrôler très largement l'information. Mais internet semble rendre ce processus encore plus rapide et plus complet en contrôlant non seulement l'information mais aussi les médiateurs de cette information que sont les télévisions, les téléphones et l'internet. Cet aspect montre que l'internet, loin d'être cette ouverture vers les opinions de tous les citoyens, a tendance à être de plus en plus cadré et les opinions non-orthodoxes ostracisées.

    Dans un troisième temps l'auteur nous montre que les citoyens sont aussi de plus en plus surveillé par les entreprises. Au nom de l'information pertinente et du marketing les entreprises s'arrogent le droit de surveiller et de constituer des dossiers personnels sur leurs clients qu'ils revendent ou utilisent pour cibler leur ventes. Le citoyen perd, donc, le contrôle de sa vie privée qui est archivée, analysée et commercialisée au nom du libéralisme. Enfin, et en lien avec l'exemple précédent, l'auteur analyse les contrôles que l'état, mais aussi certains groupes privés, tente d'instituer sur l'internet. Au nom d'une lutte légitime contre une forme de criminalité et contre la pédophilie et, moins légitime, la défense des droits d'auteurs les dispositifs de filtrage des contenus et de surveillance des citoyens se multiplient et deviennent de plus en plus complexes. Pire encore, ce ne sont pas les fournisseurs qui sont criminalisés mais les receveurs qui, je le concède pas toujours, ne sont pas forcément avertis du caractère illégale de leur activité. Au nom d'une défense de certains intérêts on criminalise un citoyen de moins en moins conçu comme innocent jusqu'à preuve du contraire.

    Au final, j'ai été convaincu par les thèses avancées par l'auteur. Bien que l'ouvrage puisse souffrir d'un manque de développement il est compensé par une rigueur de l'analyse et des références. Je suis donc parfaitement satisfait de ma lecture et je considère que ce livre devrait connaître une diffusion plus vaste à cause des problématiques qu'il soulève. Donc le monde actuel qui connaît une diffusion énorme des TICs mais aussi une hausse considérable des appareils de répressions, de surveillance ou de contrôle du citoyen je trouve étonnant que ce type d'analyse, même si c'est pour la contester scientifiquement, n'est pas plus nombreuses. Cet ostracisme d'un sujet important dans notre société actuel est dommageable non seulement à la compréhension scientifique des outils d'informations et de communications mais aussi, et surtout, au débat politique et de la société civile sur l'utilisation favorable ou non envers les citoyens de ces même outils.

    Image: Site de l'éditeur

  • Les jeunes et les médias les raisons du succès sous la direction de Laurence Corroy

    Titre: Les jeunes et les médias les raisons du succès
    Directrice: Laurence Corroy
    Éditeur: Vuibert 2008
    Pages: 266

    Nous connaissons, actuellement, une hausse spectaculaire de l'utilisation des nouvelles technologies par les jeunes. Que ce soit la radio, la télévision ou les blogs il semble que ce que l'on nomme la jeunesse (de 12 à 25 ans selon diverses définitions des auteurs de ce collectif) utilise massivement ces nouveaux médias. Il semble, donc, important que la recherche se demande pourquoi cette catégorie de la population s'intéresse tant et s'investit autant dans ces supports souvent lié à l'informatique. Il est aussi nécessaire de se demander ce que cette population trouve dans ces médias qui leur permette de rester connecté quasiment en permanence.

    Les différents auteurs qui ont contribué à cet ouvrage tentent, donc, de comprendre pourquoi et comment les jeunes s'approprient différents supports.  La première partie pose la question des livres et des magazines. Nous y trouvons une analyse des gratuits, des magazines féminins et du phénomène Harry Potter. La seconde partie se concentre sur les médias télévisés et, particulièrement, les séries (par l'exemple de 24H et Plus Belle la Vie) et la télé-réalité. Enfin, les auteurs concluent l'ouvrage en tentant de comprendre l'utilisation des nouveaux médias que sont les blogs, les forums, le sms et la radio qu'elle soit en ligne ou non.

    Ces différentes analyses semblent aboutir à quelque points précis. Premièrement, l'utilisation des médias, que ceux-ci soient de papiers ou virtuels, permet aux adolescents de se construire une identité. Cette thèse est particulièrement vérifiable dans le cas des magazines féminins, des forums ou encore des séries télévisées. En effet, ces médias permettent de donner des exemples aux adolescents qui leur permettent de comprendre comment agir, qu'est ce que la normalité et comme grandir pour devenir adultes. Secondement, ces médias permettent de créer un lieux alternatifs hors de la société des adultes incarnée par la famille et l'école. Les forums d'adolescents, par exemples, sont destinés et réservés à cette catégorie de la population qui s'y "rencontre" seule. Enfin, l'utilisation de certains de ces médias, particulièrement les blogs et les sms, permettent non seulement de garantir le lien amical entre les jeunes en l'activant presque constamment mais aussi de construire une identité validée et positive en direction des pairs.

    La lecture de ce livre est, donc, intéressante parce qu'elle permet de poser des questions sur des objets difficile à saisir. De plus, il permet de passer outre des positions peu réfléchies face à l'utilisation de ces même médias par les jeunes. L'usage de l'écriture sms est dédramatisée lorsqu'on sait qu'elle n'est utilisée que dans un usage précis et non dans le cadre professionnel par exemple. On apprend aussi comment ces objets sont utilisés et investit par cette catégorie particulière de la population pour trouver des réponses et se construire une identité. Cependant, je n'ai, personnellement, aucune passion pour le sujet et j'ai trouvé que certains articles étaient fastidieux à lire.

    Image: éditeur

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  • Ce que soulève la jupe par Christine Bard

    Titre: Ce que soulève la jupe2-7467-1408-3.jpg
    Auteur: Christine Bard
    Éditeur: Autrement 2010
    Pages: 170

    Christine Bard est professeure en histoire contemporaine à l'université d'Angers. Elle a écrit ce court récit de la jupe alors qu'elle terminait son histoire politique du pantalon. En effet, c'est en écrivant ce livre sur le pantalon que l'auteure s'est interrogée sur ce paradoxe apparent, pour une féministe, qu'est la revendication de la jupe alors que la lutte a été de pouvoir mettre un pantalon. Pourquoi des femmes pensaient-elles plus difficile de mettre une jupe qu'un pantalon à peine cinquante après qu'elles aient eu le droit de porter les même vêtements que les hommes? Cette question a mené l'auteure à s'interroger sur la jupe forcée, la jupe revendiquée mais aussi sur la jupe portée par des hommes.

    C'est donc un livre en trois actes que j'ai entre les mains. Le premier acte résume l'histoire du jupon féminin sur plusieurs siècles. Quel est son origine et quel est son lien avec la mode? Ce premier chapitre nous montre que la jupe a été utilisée dans le cadre de la libéralisation sexuelle en érotisant un corps désormais libre des contraintes sociales. Mais celle-ci était aussi imposée. Que ce soit textuellement dans le cadre de certains lieux comme l'école ou l'aviation ou que ce soit une norme tue comme en politique (bien qu'une femme féminine en politique puisse aussi jouer sur ce caractère).

    Le second acte montre comment la jupe est passé de vêtement féminin légitime à vêtement dangereux. En effet, selon l'auteure, son port risque de donner le message d'une disponibilité sexuelle. Dans ce cadre le pantalon, et le voile, sont des moyens de se protéger d'une atteinte sexuelle. Les deux annuleraient la vision sexuelle du corps et créeraient une forme d'armure pour réutiliser les termes de Christine Bard. Ce qui ne veut pas dire que la résistance n'existe pas. Un exemple est la journée de la jupe et du respect (il faut souligner ce dernier mot) organisé dans un lycée de province à Etrelles. C'est un droit à la féminité qui est revendiqué. Mais ce droit revendiqué peut aussi cacher des obligations de normes. Une norme qui annonce qui a le droit et qui n'a pas le droit d'être féminin.

    Enfin, le troisième acte annonce l'arrivée de l'homme en jupe. Ce retour à un habit long est assez récent même si on peut l'observer dans la mode depuis le milieu du XXe siècle (à moins d'une erreur de ma part). Cette jupe n'est pas qu'un habit mais aussi un moyen de contester un ordre genré du costume. Par le port de la jupe ces hommes mettent en cause un ordre normatif qui impose une certaine tenue aux hommes et permet aux femmes de porter des habits aussi bien féminins que masculins (un masculin parfois revisité il est vrai). Ces hommes semblent développer, en partie, une forte conscience de l'effet politique de l'habit dans la société et revendiquent non un droit au travestissement mais un droit au choix qui rejoint parfaitement certaines consciences féministes.

    J'ai trouvé ce petit livre passionnant. Au travers de nombreuses questions il permet de remettre en questions certaines idées préconçues largement acceptées dans nos sociétés. Mais ce que j'ai le plus apprécié n'est pas seulement cette remise en question ni l'utilisation, inédite pour moi puisque je ne l'avais jamais vue auparavant, de sources internet alliées à des sources audiovisuels, écrites et à une littérature secondaire large. J'ai particulièrement apprécié le message qui semble se dégager de ce petit livre. Un message qui consiste à militer pour un droit à tous et toutes de choisir une tenue sans être arrêté par des normes qu'elles soient légales ou morales. C'est, à mon avis, un message extensible à de nombreux autres problèmes. Personnellement, je considère que le féminisme est une idéologie qui devrait aboutir non à une lutte entre les sexes (comme certains le croient aussi bien pro-féministes qu'anti-féministes) mais à une égalité et une harmonie entre les sexes dans le respect mutuel. Le libre choix de l'habit pourrait être un début vers de féminisme. Bref, ce que soulève la jupe ce ne sont pas seulement les mains de certains passants ou le vent mais surtout un grand nombre de questions.

    Image: Éditions Autrement

  • Même la pluie

    Il n'y a pas eu beaucoup de films, cet hiver, qui m'ont paru mémorable. J'ai déjà parlé de The King's speech qui, à mon avis, mérite amplement ses oscars. Aujourd'hui je vais vous parler d'un film franco-mexicain-espagnol nommé Même la Pluie. L'intrigue de ce film nous emmène en Bolivie sur les traces d'un réalisateur espagnol qui souhaite réaliser une histoire de l'arrivée de Christophe Colomb aux Amériques. Ce film lui permettrait de montrer comment l'homme blanc a pris le pouvoir sur les populations autochtones en lui volant ses terres et ses ressources à l'aide d'une brutalité impressionnante. Mais aussi de montrer ceux qui se sont élevés contre ces traitements inhumains. Mais le contexte politique bolivien est lourd de tensions. En effet, le gouvernement souhaite privatiser l'accès aux ressources naturelles hydrauliques en interdisant même la récolte de pluie (d'où le titre du film...). Le réalisateur se rend rapidement compte que ses acteurs sont très impliqués dans cette lutte. Il doit donc choisi entre son film et les droits des populations locales à vivre.

    Je suis très emprunté à l'idée de parler de ce film. Il est tellement bon et impressionnant que j'ai peur de ne pas en parler comme il le mérite. Je peux, en tout cas, affirmer que c'est probablement l'un des deux meilleurs films de ce début d'année. La réalisation et les acteurs sont tout simplement magnifiques dans leurs rôles respectifs et l'intrigue n'a rien à rougir de la comparaison. J'ai énormément apprécié les liens qui sont faits entre le film et les événements politiques. On observe le leader des "indiens" se soulever en même temps que son interprète se soulève contre la privatisation de l'eau. Alors que les personnages historiques espagnols répriment ou soutiennent les indiens on observe que les policiers et les espagnols se retrouvent dans la même situation. Les deux événements sont, donc, superbement mis en parallèle.

    Le message principal que j'ai ressorti du film concerne une lutte pour l'eau et, donc, pour la survie puisque, comme le dit le héros, l'eau c'est la vie. La question est donc de savoir si une entreprise privée quelconque à le droit légitime (le droit peut être légal mais ne pas être légitime) de contrôler des ressources nécessaire à la survie de populations locales. Le film permet de mettre en place une intense contestation de la volonté de certains de contrôler les ressources en eau sans égards pour les êtres humains qui ont en besoin. Au travers du vol légal de cet eau c'est aussi la main mise - que je suis tenté de qualifier de néocolonialiste - de sociétés occidentales sur les ressources de pays dit émergent qui est dénoncées. Une main mise encouragée par des organismes internationaux dont l'idéologie et la structure conduit à avantager une partie de la population mondiale face au reste du monde. C'est aussi un film qui montre la difficulté de critiquer une main mise qui nous est avantageuse mais dont on peut contester la moralité. C'est, donc, un film de combat.

    Image: Allocine

     

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  • Les voleurs de sexe. Anthropologie d'une rumeur africaine par Julien Bonhomme

    Titre: Les voleurs de sexe. Anthropologie d'une rumeur africaine
    Auteur: Julien Bonhomme
    Éditeur: Seuil 2009
    Pages: 192

    Un titre qui attire et pour cause il implique un point sensible chez beaucoup de personnes. Mais qu'est ce qui se cache derrière lui? Il s'y cache une rumeur qui fit rire de nombreuses personnes. Cette rumeur est celle d'hommes (et de femmes mais rarement) qui, par simple touché, seraient capables de faire disparaître le sexe de leurs victimes masculines. Cette rumeur a fait rire mais c'est de manière très sérieuse que Julien Bonhomme se propose de l'examiner. En effet, cette rumeur semble exister depuis les années 70 et avoir été connue sporadiquement sur une large région de l'Afrique. Alors pourquoi a-t-elle autant de succès? Qu'est ce qu'elle implique?

    Après une discussion théorique sur ce qu'est une rumeur l'auteur tente de mobiliser plusieurs explications possibles de son succès Par exemple, est-ce que la crise économique pourrait expliquer ce fantasme de vol de sexe. La crise mènerait à une forme de dé-virilisation de l'homme parce qu'il ne serait plus capable de subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. C'est une explication fréquemment utilisée en sociologie des banlieues françaises, d'après mes connaissances, pour expliquer leurs flambées de violence. Mais l'auteur récuse son caractère explicatif dans le cadre de cette rumeur. Une seconde explication possible ne pourrait-elle pas être l'émancipation des femmes africaines. Celles-ci, pouvant même mieux réussir que les hommes, deviendraient des castratrices dans le sens ou les hommes perdraient leurs moyens de dominations. Cependant, là encore, l'auteur balaie cette thèse en faisant remarquer que les vols de sexes se font entre hommes et rarement avec des femmes (qu'elles soient victimes ou voleuses).

    Non, pour Bonhomme cette rumeur concernant une forme de sorcellerie qui touche à l'intime prend son sens si on examine l'urbanisation de l'Afrique. En effet, selon l'auteur, l'Afrique connaît des coutumes de salutations compliquées et largement utilisées dans la société. Mais la ville est un monde particulièrement anonyme dans laquelle les salutations peuvent être dangereuses. En effet, en saluant on impose sa présence à son interlocuteur qui peut ne pas l'apprécier. La salutation devient donc dangereuse puisqu'un inconnu utilise la sociabilité pour accomplir un forfait. D'ailleurs, selon Bonhomme, les témoignages des vols répertoriés semblent être proches des réactions purement physiologiques à la peur.

    En tant que lecteur j'ai bien aimé parcourir ce livre. Julien Bonhomme écrit de manière assez fluide sans utiliser des termes particulièrement abscons comme on peut en trouver en sociologie (il critique, d'ailleurs, cette science pour son abstraction alors que l'anthropologie serait plus proche des évènements). Ce livre nous offre aussi quelques informations de base sur la sorcellerie africaine qui sont nécessaires si on veut comprendre la rumeur examinée. De plus, l'auteur tente de reconstituer le déroulement précis d'un vol de sexe jusqu'à sa conclusion ce qui permet de nous rendre compte de ce qu'elle implique. J'ai aussi été convaincu par la thèse avancée par l'auteur. Il faut tout de même noter que je ne connais pas grand chose à la sorcellerie et à l'Afrique. Je suis aussi totalement novice en anthropologie. Des erreurs ou des imperfections dans le développement ont donc pu m'échapper.

    Image: Seuil

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  • Les usages sociaux de la science. Pour une sociologie clinique du champs scientifique par Pierre Bourdieu

    Titre: Les usages sociaux de la science. Pour une sociologie clinique du champs scientifique27380100258880M.gif
    Auteur: Pierre Bourdieu
    Éditeur: INRA éditions 1997
    Pages: 79

    Après tous ces petits romans il devenait nécessaire que je redevienne un peu sérieux et que je lise un ouvrage plus adapté à mes études. J'ai donc choisis ce petit livre d'une conférence donnée par Pierre Bourdieu à l'INRA. Très petit livre puisqu'il ne fait que 79 pages en comptant la préface qui introduit le conférencier, la conférence et les questions et réponses qui prennent place, traditionnellement, à la fin de celle-ci. 79 pages peuvent même paraître très courts quand on annonce vouloir faire un peu sérieux. Mais il ne faut pas oublier qu'il s'agit de Pierre Bourdieu. Un des sociologues français les plus connu du XXe siècle il est aussi l'un des auteurs les plus difficiles à lire puisqu'il utilise des termes très techniques dans des phrases encore plus absconses. Mais cet auteur reste très intéressant à lire et la lecture d'un ouvrage de cette taille ne devrait pas poser trop de problèmes de mal de tête. D'autant que l'auteur est bien plus compréhensibles dans ses conférences que dans ses œuvres plus massives.

    Cette conférence a pris place à l'INRA, Institut national de la recherche agronomique, dans le cadre d'un programme nommé Science en Question qui a donné lieu à de nombreuses publications. Ce programme souhaite poser la question des usages de la science à l'INRA mais aussi dans la société et des interactions entre ces deux champs. Bourdieu a donc été invité a parler de la manière dont la société utilise la recherche sans, forcément, l'utiliser scientifiquement. Cette question l'a conduit à poser le problème de l'autonomie du champs scientifique (un champs, pour Bourdieu, est un univers relativement autonome par rapport aux autres champs prenant place dans le macrocosme social il possède ses propres règles et rémunérations symboliques ou non). Bourdieu considère que le champs scientifique, surtout dans le cadre des sciences humaines, n'est que peu autonome par rapport à la société. Il est donc nécessaire, si on souhaite posséder une recherche forte et inventive, de s'autonomiser pour que les acteurs prenant la paroles soient ceux qui aient le plus de capital selon le règles du champs scientifique. Cette autonomisation devrait se faire, selon Bourdieu, en se posant la question non pas des besoins de la société mais des besoins de la science. Les scientifiques devraient revendiquer leurs besoins et non tenter d'accepter ce que la société leur impose. De plus, Bourdieu considère qu'un champs scientifique autonome devrait être capable de répondre aux réels besoins sociaux en les identifiant, en les annonçant mais, surtout, en combattant les faux problèmes induit par l’interaction des champs politico-médiatiques.

    Heureusement pour moi, et pour d'autres lecteurs, ce livre est court. Mais ça n'empêche pas Bourdieu de mettre en place de nombreux concepts qui ne seront pas forcément évident aux profanes (moi même ais-je réellement compris ces concepts?). Mais cette conférence pose, probablement, des questions que les scientifiques devraient s'approprier et débattre. L'une des principales questions que j'en ai sorti est de savoir quels sont les réelles attentes de la société face à la recherche? Est-ce que ce sont les questions des journalistes? Les demandes politiques? Ou alors les questions soulevées par des sondages plus ou moins (et plutôt moins d'ailleurs) sérieux? Ou alors ces questions sont-elles, parfois, peu ou pas exprimée pas incapacité de relayer l'information au niveau politique? Bref, c'est aussi un petit livre qui ne devrait pas être lu que par des scientifiques et qui pose des questions non seulement intelligentes mais aussi légitimes.

    Image: INRA

  • L'état démantelé, enquête sur une révolution silencieuse sous la direction de Laurent Bonelli et Willy Pelletier

    Titre: L'état démantelé, enquête sur une révolution silencieuse41WRfIfL68L._SL500_AA300_.jpg
    Directeurs: Laurent Bonelli et Willy Pelletier
    Éditeur: La découverte 2010
    Pages: 323

    Le titre en dit beaucoup, ce livre pose la question de la vision de l'état. Est-il un bien qu'il faut développer pour entourer les citoyens ou un mal qu'il faut minimiser en faveurs des lois "naturelles" du marché? Cette question les libéraux et les néo-libéraux se la sont posées et ont pris une décision: l'état doit être minimisé et le marché doit devenir la seule force de régulation de la société. Ce qui amène ces penseurs et théoriciens a réformer les missions et corps de l'état en direction d'une concurrence et d'un abandon du service public remplacé par le profit. Pour cela les auteurs nous montrent comment le néo-libéralisme a, progressivement, pris une position dominante dans la pensée des intellectuels d'état et des grandes écoles traditionnelles. Les différents articles inclus nous permettent aussi d'observer différents exemples de privatisations et de réformes dans la société française mais aussi anglaise et allemande. Nous y observons les résultats réels ainsi que les conséquences de ces réformes. Conséquences lourdes puisque la qualité du service public semble baisser aussi rapidement que la qualité du travail et le moral des ex-fonctionnaires.

    La lecture des différents articles de ce livre a eu l'effet de me rendre pessimiste sur l'avenir. En effet, on y trouve des articles sur des réformes massives qui ont pour conséquences de faire perdre de la qualité au service et de faire souffrir les employés. Dans le même temps, des personnes qui croient au néo-libéralisme - peut être de manière sincère? - s'enrichissent et font tout pour gagner de plus en plus d'argent. Je ne suis pas un libérale et la lecture des différents articles de ce livre ne vont surtout pas me faire changer d'avis. Car j'ai eu l'impression que toutes ces réformes, ces appels à la responsabilité individuelle, cachent la volonté de se faire de l'argent, plus d'argent encore et toujours plus d'argent. Ceci même si des personnes doivent en souffrir. Mis a part ces impressions j'ai trouvé la lecture très intéressante. Je pense, d'ailleurs, qu'il est nécessaire de communiquer ce type d'articles pour que les citoyens puissent comprendre ce qu'impliquent ces réformes. Car il me semble normal que les citoyens puissent choisir quel est l'intérêt supérieur des services publics: le profit ou le bien commun?

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  • Les violences politiques en Europe: Un état des lieux. Sous la direction de Xavier Crettiez et de Laurent Mucchielli

    Titre: Les violences politiques en Europe: Un état des lieux41rZbaZNtDL._SL500_AA300_.jpg
    Auteurs: Sous la direction de Xavier Crettiez et de Laurent Mucchielli
    Éditeur: La Découverte 2010
    Pages: 336

    Les violences politiques font souvent la une des journaux. Que celles-ci soient liées à un nationalisme précis, à une idéologie, à un sport ou à des émeutes voir aux actions de la police et des états et même, récemment, des causes religieuses. Mais nous n'avons pas, dans les médias traditionnels, d’interprétation de ces violences qui permette de comprendre les raisons et les facteurs de ces violences. Ce livre, édité après un colloque ayant eu lieu à Nice en 2008, essaie de donner des faits précis sur différentes formes de violences politiques. C'est pourquoi il est divisé en cinq parties.

    La première partie pose la question des violences idéologiques. Nous y trouvons trois articles. Le premier pose la question de la manière d'analyser les violences dites islamiques dans la littérature. Il montre que celle-ci se cite elle-même sans avoir accès aux données qui permettraient de prouver les idées posées. De plus, on y trouve beaucoup d'auteurs qui sont plus ou moins liés à l'antiterrorisme et qui peuvent mettre en place des notions politisées que ce soit de manière volontaire ou non. Les deux autres sont plus traditionnels puisqu'ils se concentrent sur les violences des extrêmes gauche et des extrêmes droites. Dans le cas de l'extrême gauche on apprend que les recherches sont partielles si ce n'est partiales. Ce qui n'empêche pas l'auteur, Isabelle Sommier, de montrer comment certaines affaires de terrorisme d'extrême gauche ont été montées en prenant l'exemple des "terroristes" de Tarnac. L'extrême droite, elle, est analysée dans un sens classique puisque l'article fait le constat d'une montée croissante de ses thèmes.

    La seconde partie parle des violences liées à des facteurs nationalistes. Les trois articles de cette partie nous montrent comment différents mouvements nationalistes d’Europe de l'ouest ont changés durant le XXe siècle. Ce sont les mouvements d'Irlande du Nord et sa réaction face au processus de paix, les mouvements nationalistes basques et la reconstruction de leur sociabilité et de leur argumentaire après la chute de la dictature de Franco et les mouvements Corse.

    La troisième partie est l'une de celles que j'ai trouvée les plus intéressantes puisqu'elle parle des émeutes. Nous y trouvons un article sur les émeutes urbaines de la France qui reprend les thèses acceptées par les différents auteurs pour expliquer ces émeutes. Ces thèses prennent en compte la situation socio-économique mais aussi les relations avec différents appareils d'état (en particulier l'école et la police). Un second article fait une comparaison très instructive avec la Grande Bretagne et nous montre que les facteurs des émeutes anglaises ne sont pas fondamentalement différents des facteurs français. Enfin, un dernier article analyse les acte des hooligans. Plutôt que d'en parler comme des actions irréfléchies cet article tente de montrer les liens qui peuvent être noués avec certains groupes d'extrême droite qui investiraient les tribunes pour se faire entendre.

    La quatrième partie m'a aussi beaucoup passionné puisqu’elle s'intéresse aux violences d'état qu'elles soient policières ou politiques. Nous y trouvons deux articles concernant la police. Le premier analyse la manière dont l'institution policière réagit et régit les mouvements sociaux. Selon l'auteur, Olivier Fillieule, la police agit selon des modalités différentes selon l'acteur qui se trouve en face d'elle. Ceci en lien avec une légitimité plus ou moins grandes des protestataires, une histoire des mobilisations mais aussi, et surtout, la manière dont les élites politiques parlent des protestataires. Si ces derniers sont délégitimés par les pouvoirs publiques il y a de grandes chances que la police agisse de manière plus violente. Nous retrouvons ce constat dans l'article de Salvatore Palidda en ce qui concerne l'Italie. Un article de Pierre Piazza analyse, lui, la violence d'état symbolique dans la mise en place des différents papiers d'identités. L'auteur tente de montrer que ces papiers participent d'une obligation de suivre une identité imposée. Mais aussi que ces identités permettent de créer une frontière symbolique parmi les citoyens eux-même. Il y aurait les citoyens légitimes qui acceptent que l'état s’insère dans leur vie privée pour contrôler leur identité et les citoyens illégitimes vu comme dangereux qui, en refusant ces papiers, perdent les droits qu'ils devraient posséder comme celui de se déplacer librement. Enfin, la dernière partie est une réflexion sur des points précis. Le premier concerne les liens entre les mouvements sociaux et la violence. Le second montre comment les scientifiques se sont laissés piégés par la violence de la Roumanie pour expliquer le supposé retard démocratique de ce pays.

    En conclusion, la lecture de ces différents articles apporte beaucoup à la compréhension des phénomènes de la violence politique. En effet, le livre nous permet de nous faire une idée générale des différentes formes existantes de violence puisqu'il ne se contente pas d'analyser les facteurs idéologiques et nationalistes. De plus, les articles sont écrits d'une manière critique avec une revue de la littérature sur les différents sujets. Ce bilan nous permet de nous faire une idée assez précise de la manière dont ont été analysé les différents points qui sont vu dans le livre et des critiques que l'on peut faire à ces analyses. Enfin, les articles sont rédigés d'une manière précise tout en ouvrant les thèmes grâce à des bibliographies très larges. Ce qui devrait permettre aux intéressés de trouver des livres assez facilement. Bref, je pense que l'on peut conseiller la lecture de ce livre à toutes les personnes qui essaient de comprendre les raisons des violences politiques.

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  • Moi Pierre Seel, déporté homosexuel

    Titre: Moi Pierre Seel, déporté homosexuel9782702122778-G.JPG
    Auteur: Pierre Seel
    Éditeur: Calmann-Lévy 1994
    Pages: 198

    Je viens de finir, encore une fois, un livre de mémoire sur la déportation par un acteur de celle-ci. Un récit écrit par le seul déporté homosexuel français ayant témoigné: Pierre Seel. C'est presque la malchance qui l'a mené à ce destin. Un vol contre lui un soir, un rapport de police suivi d'un fichage dans une liste des homosexuels de la ville. Peu de temps après, alors que les allemands ont envahis l'Alsace, ce fichier illégal le mène à la connaissance des allemands qui l'internent dans un camps de concentration proche de la frontière. Nous avons tous entendu les atrocités qui se déroulaient dans ces camps. Pierre Seel réussit à en parler, parfois, réussit à nous communiquer son passé. Après voir été libéré les allemands décident de l'intégrer de force dans l'armée allemande comme de nombreux autres alsaciens. Il est donc obligé de combattre pour ses tortionnaires contre les soldats qui ont le but de le libérer. Durant ces années de guerre il taira toujours son expérience et fera tout pour éviter d'être remarqué. Jusqu'à ce que, enfin, l’Allemagne d'hitler tombe.

    C'est alors que nous avons une partie que d'autres livres de mémoires que j'ai lu ne possèdent pas. Une partie dans laquelle Pierre Seel décrit sa tentative de vivre "normalement". Il tait son expérience, encore, il cherche une femme et se marie. Essayant longtemps de trouver du travail il est souvent expulsé. Pendant ce temps il se débat avec sa vie de famille mais aussi avec sa mémoire qui le hante jours et nuits. Jusqu'à ce que, un jours, il décide de témoigner, d'abord anonymement puis à visage découvert. Il s'ensuit une lutte sans fin pour se voir reconnaitre son statut de déporté par les institutions.

    Ce livre est poignant non seulement à cause des événements des camps et de son enrôlement forcé mais aussi à cause de ses écrits sur la vie qui suivit. Comment quelqu'un qui a été déporté et torturé peut réussir à revivre normalement? A accepter ses souvenirs et à passer outre. D'autant plus lorsque ses souvenirs sont honteux et refusé par une grande partie de la société? C'est donc un récit de souffrance non seulement pendant la guerre mais aussi après. Les paroles d'un homme qui fut hanté par des souvenirs qu'il ne pouvait faire partager et qui faillirent le détruire. Mais c'est aussi un récit de combat, un combat pour vivre mais aussi un combat pour être reconnu et accepté par l'état et la société. C'est un livre dur, mais nécessaire.

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  • La politique internationale: Théories et enjeux contemporains par Pierre de Senarclens et Yohan Ariffin

    Titre: La politique internationale: Théories et enjeux contemporains41o3qqjUtBL._SL500_AA300_.jpg
    Auteurs: Pierre de Senarclens et Yohan Ariffin
    Éditeur: Armand Colin 2010 (sixième édition) collection Cursus
    Pages: 287

    Les relations internationales sont une branche importante des sciences politiques. En effet, cette branche est toujours d'actualité puisque les relations internationales se font tous les jours. Mais ce n'est pas qu'une analyse des cas de relations. C'est aussi un moyen d'expliquer comment fonctionnent ces relations. J'ai donc voulu, dans le cadre d'un cours, m'intéresser de plus près à ces théories. C'est dans ce cadre que j'ai pris ce livre de Pierre de Senarclens et Yohan Ariffin. Celui-ci se propose d'analyser la politique internationale selon trois directions pour autant de parties: les interactions entre états, les interactions politico-économiques et les relations institutionnelles.

    La première partie concerne donc les relations entre états. Dans ce cadre les auteurs nous proposent d'analyser le paradigme dit des réalistes. Celui-ci voit les relations internationales comme étant fondamentalement anarchique. En effet, puisqu'il n'y a pas de supérieurs communs ayant le monopole de la violence légitime chacun des états peut intervenir à sa guise pour protéger ses intérêts, y compris par la force. Dans un second temps, les auteurs nous montrent les aspects concernant plus spécifiquement les causes de la paix et de la guerre avec un long développement concernant les armes nucléaires.

    La seconde partie, comme dit plus haut, concerne l'économie. Comment la sphère économique agit ou réagit dans le cadre des relations internationales? Certains rendent cette sphère inférieure à la politique tendis que d'autre la rendent supérieurs. Il faut donc analyser les diverses doctrines économiques que celles-ci soient libérales, mercantilistes ou nationalistes (dans le sens économique du terme) ou encore marxistes. C'est plus tard que les auteurs nous montreront comment l'économie et les relations inter-étatiques se lient.

    Enfin, la dernière partie concerne les institutions internationales. C'est dans celle-ci que nous trouvons les développement concernant les différentes normes acceptées par tous les états. C'est aussi dans cette longue partie que nous trouvons le chapitre le plus développé du livre. Il faut dire qu'il y a énormément de matière puisqu'il concerne les activités des organisations internationales. Les auteurs y analysent longuement le rôle du FMI, de l'ONU et de la Banque Mondiale dans le monde. Mais aussi les doctrines qui sous-tendent leurs fonctionnement. Bien que les auteurs aient l'air d'être très peu optimiste sur l'efficacité et la neutralité de ces organisations ils ne considèrent pas qu'elles soient inutiles.

    Bien que la matière soit intéressante et largement développée dans ce livre je n'ai pas réussi à me passionner. Ce n'est pas de la faute des auteurs. Je pense, tout simplement, que les relations internationales ne font pas parties de mes intérêts. Ce qui ne veut pas dire que ce livre ne soit pas de bonne qualité. Au contraire, la matière est très bien structurée dans les différents chapitres et dans les parties. La manière d'écrire est claire et on comprend facilement de quoi parlent les auteurs. Bien que le dernier chapitre puisse paraître difficile à lire à cause de son caractère précis il nous donne de nombreuses informations sur des événements récents ainsi que sur le fonctionnement d'organisations que l'on ne peut critiquer sans cela. Bref, c'est un livre d'introduction, oui, mais un livre récent qui nous offre des interprétations scientifiques d'événements très récents avec les outils pour que nous puissions les comprendre.

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  • L'anatomie politique. Catégorisations et idéologies du sexe par Nicole-Claude Mathieu

    Titre: L'anatomie politique. Catégorisations et idéologies du sexebook_185.jpg
    Auteur: Nicole-Claude Mathieu
    Éditeur: côté-femmes 1991
    Pages: 291

    Encore une fois, je me suis lancé dans une recherche sur le genre. Cette fois j'ai lu le livre de Nicole-Claude Mathieu: L'anatomie politique. L'auteure est, entre autre, maître de conférence à l'EHSS, membre du laboratoire d'anthropologie sociale de Paris et cofondatrice de la revue Questions féministes. Ce livre est un recueil de différents articles et rapports que Nicole-Claude Mathieu a rendu dans des revues ou pour des institutions. Néanmoins, les articles qui se trouvent liés dans ce livres sont semblables. En effet, ils ont tous une fonction critique face à une certains vision de l'ethnologie.

    La première partie du livre nous offre des articles plutôt anciens. Ceux-ci sont écrits alors que le féminisme vient de renaître mais qu'il n'a pas encore touché les méthodes de travail des ethnologues. L'auteure essaie, donc, de démontrer que ces même méthodes occultent une grande partie de la réalité. Non seulement les femmes sont sous-évaluées, par exemple dans le travail fourni, mais elles ne semblent pas être acceptées comme objet digne de recherche alors que l'on croit, presque sans discussions, le discours des hommes sur elles. Ces articles essaient de revenir sur des recherches pour montrer leur biais masculins mais aussi les manques de recherches envers les femmes. Manque de recherches qui conduit à ne pas comprendre réellement le fonctionnement des sociétés étudiées.

    Dans une seconde partie l'auteure, tout d'abord, au consentement supposé des dominés pour, ensuite, analyser des modes d’identités sexuées. Le premier article discute cette thèse, souvent utilisée, du consentement des dominés à la domination. L'auteure essaie de savoir si ce consentement existe mais surtout si il est possible. Sa thèse est que la domination peut être si forte sur les dominés que ces dernier/dernières ne sont pas capables d'être conscient de cette même domination. Pour cela, elle utilise de nombreux exemples de la recherche ethnologique mais aussi de la vie de tout le jours. Dans le second article, l'auteure nous montre les trois modes du rapport entre le sexe et le genre. Le premier mode lie la biologie au sexe, le second mode lie le groupe à la conceptualisation du sexe et le dernier mode montre comment une conscience de classe peut construire le sexe. Ces trois modes ne sont pas équivalents et peuvent mener à des conclusions très différentes.

    Bien que la plupart des articles de ce recueil soient datés j'ai trouvé leur lecture très intéressante. L'auteure nous fournit une critique intéressante des recherches ethnologiques pré-féministes qui nous permettent de mieux discuter les résultats de ces recherches. Néanmoins, cette longue partie critique peut être ressentie comme peu passionnante par les non-intéressés. Alors que la seconde partie, plus prospective, nous offre un développement plus intéressant. Je pense particulièrement au premier article de la seconde partie dans lequel l'auteur nous offre de multiples exemples, sous formes de citations, pour expliciter ses propose. Ces exemples nous permettent de nous projeter plus facilement dans les thèses et de mieux les comprendre. J'ai, donc, surtout apprécié la seconde partie de ce livre.

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  • Le référendum en Europe bilan et perspective sous la direction de Francis Hamon et Olivier Passelecq

    Titre: Le référendum en Europe bilan et perspective2747502147r.jpg
    Direction: Francis Hamon et Olivier Passelecq
    Éditeur: l'Harmattan 2001 collection Logiques Juridiques
    Pages: 266

    Je vais être direct. Le thème de ce livre ne me passionnait pas au premier abord. Je souhaitais emprunter une recherche sur l'altermondialisme mais les aléas des bibliothèques m'ont conduit à emprunter celui-ci. Ce livre est un acte d'un colloque ayant eu lieu à la Maison de L’Europe à Paris les 28 et 29 janvier 2000. Ce qui implique des articles courts, écrits d'une manière à être présentés oralement et qui n'ont pas la profondeur de recherches et de références d'un article de revue ou d'un livre. Ce qui ne veut pas dire que les présentations ne soient pas scientifiques. Les actes d'un colloque ont, tout de même, l'avantage de réunir des spécialistes durant deux journées de débats et de présentations ce qui permet de connaître les états de la recherche et des débats à un moment donné.

    En l’occurrence, ce livre est divisé en quatre parties qui ne sont pas toutes équivalentes. Les deux plus gros thèmes dans ces actes sont les deux premier. Un thème analyse la place du référendum en Europe occidentale ce qui inclut des pays aussi différents que la Suisse, l'Italie, la France et l'Angleterre. Le second thème analyse les référendums en Europe de l'est surtout après la chute du Communisme. Lors de la lecture de ces deux thèmes on découvre qu'il n'existe pas un référendum mais de multiples sortes de référendums avec des possibilités et des conséquences très diverses.

    Le troisième thème, peut être le plus intéressant bien qu'il ne soit que peu développé, concerne l'apport des nouvelles technologies. Comment Internet peut-il être utilisé pour créer un lien entre le peuple et les autorités? Comment faire en sorte que le vote par Internet soit démocratique et sur? Bien qu'il y ait eu, déjà à l'époque, des tests ces deux communications sont très prospectives.

    Enfin, un dernier thème pose la question de l'impact juridique et politique des référendums. La mise en place d'une large démocratie directe mène-t-elle à la mise en place d'une industrie de la communication? Au risque de confisquer la démocratie. Comment peut-on contrôler la légitimité de ces même référendums. Et, surtout, comment l'Europe peut-elle utiliser cet outil? De manière nationale ou transnationale?

    Bien qu'étant intéressant la lecture de ce livre n'est de loin pas passionnante. Une grande partie des articles utilisent un vocabulaire juridique technique. Alors que je n'ai que peu d'intérêt pour le droit. Mais ce livre nous permet de nous faire une idée intéressante de l'utilisation du référendum en Europe et des différentes manières de l'utiliser. Le thème le plus intéressant, à mon avis, est celui qui concerne l'apport des nouvelles technologies bien que je trouve les communications sur ce point trop prospectives ou trop enthousiastes. Pour terminer, bien que le livre soit de nature neutre, j'ai eu l'impression que l'expérience française était sur-représentée et que les communications directeurs du colloques semblaient, à mon avis, peu enthousiastes voir contre le référendum. Néanmoins, c'est une impression personnelle qui peut tout a fait se révéler fausse.

    Image: Harmattan

  • Le système de genre Introduction aux concepts et théories par Lorena Parini

    Titre: Le système de genre Introduction aux concepts et théories9782883510340.jpg
    Auteur: Lorena Parini
    Éditeur: Seismo 2006
    Pages: 129

    J'ai déjà parlé de plusieurs livres féministes sur ce blog le dernier parlant du problème des lesbiennes pour la société patriarcale. Mais je n'avais jamais parcouru d'ouvrages de théorie du féminisme. Ce livre en est un. Mais il va plus loin puisqu'il pose aussi la questions des différents concepts utilisés dans la recherche. La première chose que fait l'auteur est de nous donner un bref historique des luttes féministes. Mais non dans l'optique factuelle mais dans l'optique académique. L'auteure nous montre comment les différentes analyses de l'inégalité sexuelle dans la société se sont faites et comment elles se sont influencées. C'est aussi l'occasion d'introduire le concept de genre. Ce concept décrit un pan de la recherche qui n'est pas basé que sur les femmes et qui ne possède pas les présupposés politiques du féminisme. Néanmoins le but reste d'observer les différences de rapports sociaux selon le sexe.

    Le livre, ensuite, nous fait observer comment le système sociale fonctionne selon une division genrée. Pour cela l'auteure prend plusieurs exemples qu'elle sait ne pas forcément être les seuls existant. Elle nous montre donc comment les femmes ont été dépossédées de leurs corps à cause de leur capacité reproductive et pourquoi la reprise du pouvoir sur ce point fut si difficile. Mais elle nous montre aussi comment le travail et le savoir continuent d'être différent selon son sexe ainsi que le manque de femmes dans les sphères de décisions politiques. on y voit que les femmes n'ont pas accès aux plus hautes sphères du pouvoir et n'ont pas les même métiers que les hommes. D'ailleurs, les femmes ont moins de sécurité dans le travail que les hommes puisqu'elles sont privilégiées dans les formes de travail précaires.

    Dans un quatrième chapitre l'auteure nous montre trois formes différentes de féminismes. Le premier est libéral et se divise en deux visions. L'une, libertaire, laisse l'état simplement créer les garanties de l'égalité. La seconde, égalitarienne, pense que l'état doit aussi agir pour rendre l'égalité réelle dans les faits. Une autre voie est le féministe marxiste qui considère que l'inégalité des femmes avec les hommes est principalement dû à la propriété. Cette théorie a ensuite évolué en dénonçant les méfaits du capitalisme sur les femmes en particulier. Enfin, une dernière voie, la radicale, critique directement la société. Cette vision souhaite changer la société et non appliquer des recettes particulières à chaque problèmes. C'est aussi dans le féminisme radicale que la vision des femmes comme fondamentalement différentes des hommes est nées. Dans cette optique on souhaite l'égalité entre les sexes mais on ne pense pas que les femmes sont équivalentes aux hommes. Ce problème est, d'ailleurs, discuté dans le chapitre cinq.

    Ce livre est une introduction aux concepts et théories comme le titre nous l'apprend. Bien qu'il soit intéressant à lire il n'est pas passionnant à parcourir et possède le défaut principal des livres théoriques: une certaine aridité du propos. Heureusement il est court et on peut donc le finir avant d'être découragé. Mais ceux qui souhaiteraient faire l'effort de le terminer gagneront une meilleure compréhension des recherches en genre ce qui est toujours valable.

    Image: Seismo

  • Quelle démocratie voulons-nous ? Pièces pour un débat sous la direction d'Alain Caillé

    Titre: Quelle démocratie voulons-nous ? Pièces pour un débat9782707148001R1.jpg
    Auteur: sous la direction d'Alain Caillé
    Éditeur: La Découverte 2006
    Pages: 142

    La démocratie est un but qui semble atteint. L'occident, du moins, semble fonctionner parfaitement bien dans le système démocratique et souhaite montrer la voie au reste du monde. Il semble que nous connaissions un fonctionnement parfaitement stable de la démocratie. On élit des représentants qui prennent des décisions. Dans certains cas on conteste. Mais la démocratie est-elle vraiment atteinte? Ne serait-elle pas une quête qu'il est impossible de réussir? Ce petit livre essaie de créer une réflexion sur les institutions démocratiques: Comment les améliorer? Comment les rendre plus sûre? Et, surtout, comment passer outre le danger de l'économie?

    En effet, les auteurs voient tous en l'économie un danger pour la démocratie. En détruisant le citoyen pour en faire un consommateur on détruit la possibilité même de démocratie. Car comment créer une démocratie dans un monde de consommation dirigé par des entreprises? Ce livre essaie, donc, de montrer plusieurs voies possibles pour améliorer, voir recréer, une forme de démocratie plus proche du citoyen. Que ce soit par la mise en place de vrais débats ou d'assemblée de citoyens ayant pour mission de créer un avis raisonné et impartial sur des sujets de sociétés.

    Même pour ceux qui ne partagent pas les croyances politiques d'ATTAC je pense qu'il peut être utile de parcourir cet ouvrage. Vous n'y trouverez pas de longs développements théoriques, la plupart des articles font une dizaine de pages, mais des pistes de réflexions. Néanmoins, on sent clairement que les auteurs possèdent des avis politiques précis. D'ailleurs, bien que tous les textes soient soumis aux critères de scientificités, le livre n'est pas assez développé pour créer de vrais modèles. J'en retire, principalement, une réflexion sur le fonctionnement de la démocratie et ce qui peut l'affaiblir. Ainsi, il semble que les liens entre les politiques et les entreprises devraient être soumis à un contrôle plus strict alors que les citoyens, la véritable société civile, devraient retrouver des pouvoirs d'interventions plus forts dans le processus institutionnel. C'est, en tout cas, mon point de vue.

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  • La CIA et la fabrique du terrorisme islamiste par Mahmood Mamdani

    Titre: La CIA et la fabrique du terrorisme islamiste513XpfN%2BEBL._SL500_AA300_.jpg
    Titre original: Good Muslim, Bad Muslim
    Auteur: Mahmood Mamdani
    Traducteur: Ousmane Kane
    Éditeur: Demopolis 2007 (2004 édition originale)
    Pages: 330

    Le terrorisme est devenu le danger que nous connaissons tous, le danger qui ne cesse d'être condamné. Bien plus, le terrorisme est devenu constitutif d'un "peuple" entier: les musulmans. Alors que l'on peut légitimement se demander si on peut mettre tous les musulmans dans le même sac. Les Algériens sont-ils vraiment pareils que les Iraniens ou les Irakiens? Et je ne parle même pas des musulmans vivant dans différents pays occidentaux, voir en étant originaire. Le livre de Mamdani essaie de comprendre d'où vient le terrorisme politique musulman. Comment est-il né et pourquoi. L'auteur observe que les principaux créateurs de ce terrorisme sont loin d'être des théologiens fondamentalistes. Au contraire le principal coupable est la CIA. En effet, l'auteur nous montre que la CIA a créé les mouvements terroristes pour lutte contre les Soviétiques. Le but était d'éviter une guerre directe en utilisant des forces armées locales que l'on instrumentalise. Cette tactique fut longtemps utilisée depuis la fin de la guerre du Vietnam jusqu'au 11 septembre.

    L'auteur nous montre aussi les conséquences de cette tactique. Non seulement les USA sont coupables d'avoir aidé si ce n'est créé des groupes qui pratiques des attaques contre des civils mais ils sont aussi coupables du mode de financement de ces groupes. En effet, l'auteur nous montre que la CIA collabora activement avec des barons de la drogue. Il faut savoir que le congrès américain a tenté de restreindre les possibilités de la CIA en contrôlant le budget. Il fallait donc trouver une autre source de financement et la drogue en était une. L'auteur nous montre aussi l'irrespect total que montre les USA envers les lois internationales. Cet irrespect étant la source de nombreuses injustices voir de massacres et de famines.

    Néanmoins, le véritable aspect important de ce livre ne sont pas ces points. A mon avis, le point le plus important du livre concerne la critique faites à la vision culturelle du monde. En effet, le monde est divisé par de nombreuses personnes entre l'occident moderne te laïque et le monde musulman incapable de modernité et engoncé dans ses traditions archaïques. Mamdani critique cette idée en montrant que la "résistance" à la modernité dans les pays musulmans n'est pas du à un caractère culturelle. Au contraire, on observe une réaction en parallèle aux changements. Loin d'être spécifiquement musulmane on retrouve cette réaction aux USA et dans d'autres pays (l'auteur cite les fondamentalistes chrétiens au début du XXe siècle mais qui existent encore sous le nom des évangéliques). L'actuel terrorisme politique est donc une création récente dans un contexte de guerre froide.

    En tant que lecteur j'ai trouvé le livre de Mamdani très intéressant. Les différentes critiques de l'auteur sont plus que pertinentes et m'ont permis de mieux comprendre les discours actuels que nous lisons et retrouvons dans les médias. La manière dont l'auteur dépeint les activités de la CIA et ses conséquences sont tout aussi bonnes. Grâce à ça nous connaissons mieux l'origine du terrorisme islamique mais, surtout, nous savons pourquoi les USA acceptèrent, voir créèrent, ces structures. Mais il ne faudrait pas croire que l'auteur ait décidé de s'en prendre exclusivement aux États-Unis. Le but de ce livre est de comprendre l'origine véritable de ces mouvements terroristes. Il se trouve que la CIA est très impliquée tout simplement. Mais il y a d'autres acteurs importants comme, par exemple, Angleterre. Ce n'est donc pas un livre ayant un but de propagande mais un livre qui a un but de compréhension. Ce but est, à mon avis, atteint.

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  • La Bulle Universitaire: Faut-Il Poursuivre Le Rêve Américain? par Libero Zuppiroli

    Titre: La Bulle Universitaire: Faut-Il Poursuivre Le Rêve Américain?27000100033860L.gif
    Directeur: Libero Zuppiroli
    Éditeur: Editions d'en bas 2010
    Pages: 156

    L'université se retrouve de plus en plus fréquemment dans les médias. Que ce soit pour la critiquer à cause de son manque d'adéquation avec la réalité économique où pour nous offrir des comptes-rendus de découvertes stupéfiantes. Tout le monde, en tout cas, semblent s'accorder sur une vision proche de l'économie pour l'université. Une université dont les recherches peuvent créer de l'argent ici et maintenant. C'est dans ce contexte que l'EPFL, dont Zuppiroli est professeur, est pris comme exemple. Un campus dans un cadre magnifique, lui même très impressionnant et qui met en place des recherches de pointes tout en s'alliant aux entreprises (après tout le dernier bâtiment est bien le Rolex Learning Center). La réussite semble parfaite mais l'auteur souhaite nuancer ceci...

    Pour ceci il a écrit un livre en trois actes. Tout d'abord, l'EPFL est pris comme exemple pour montrer comment une certaine vision de la recherche peut mener à cette réussite médiatique. Dès cette partie l'ironie mordante de l'auteur commence déjà à s'accrocher aux quelques manques qu'il observe. Par exemple, l'impossibilité pour les professeurs de faire de la recherche et de l'enseignement alors qu'ils doivent chercher du financement. Plutôt étrange non? Imaginer des professeurs qui n'enseignent pas et qui ne cherchent pas. Dans un second temps, l'auteur nous brosse un tableau général de l'université européenne. Dans cette partie il s'attaque à l'uniformisation des savoirs tout en déplorant une perte de sens critique. Selon lui, la mise en place du processus de Bologne a créé des savoirs spécialisés mais qui existent tous dans toutes les universités selon la mode du moment. Il observe aussi des étudiants et des recherches de plus en plus médiocres. Pour ces dernières, tout simplement parce que le professeur doit publier pour être côté et rendre son université cotée dans les Rankings internationaux. Le nombre d'étudiants jouant aussi dans ces classements. D'ailleurs, l'auteur n'oublie pas de souligner l'aspect subjectif de ces classements qui ne parlent que la langue de Shakespeare et le modèle universitaire américain. Ainsi, le seul moyen d'y être bien vu est de parler anglais et d'agir comme un universitaire américain. Enfin, l'auteur décide de nous montrer un autre modèle d'université. Un modèle ou la pensée est plus importante que la communication et l'argent. Une forme d'université qui s'essaie à l'excellence et non à la surveillance de la productivités des chercheurs (d'ailleurs, peut-on vraiment quantifier le savoir?). Un contre-modèle américain en somme.

    Ce livre devrait être lu par les étudiants et les chercheurs, bien entendu, mais aussi par les journalistes, les politiciens et les citoyens. Car il nous montre une vision de l'intérieur de ce qui se passe. Une vision qui peut être étonnante et angoissante puisqu'elle nous montre une recherche en perte de vitesse et de plus en plus médiocre. Nous y voyons aussi qu'une grande partie de l'argent public alloué à la recherche part dans les caisses de bureaucraties de la communication et n'atteint pas le but qui est celui de tels fonds. Suite à une telle décadence de la recherche et des universités ne serait-il pas mieux d'aller vers une autre voie? Une voie moins clinquante et moins médiatique mais de meilleurs qualité et qui accomplit la véritable mission des universités plutôt que de feindre l'accomplir.

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  • La zone grise entre accommodement et collaboration sous la direction de Philippe Mesnard et Yannis Thanassekos

    Titre: La zone grise entre accommodement et collaboration9782841745166.jpg
    Directeur: Philippe Mesnard et Yannis Thanassekos
    Éditeur: Kimé 2010
    Pages: 255

    Il y a quelque mois j'ai connu, par hasard, la notion de zone grise. Celle-ci fut développée par Primo Levi pour expliciter, dans les camps, les relations et séparations entre les bourreaux et les victimes. Ce concept m'avait, à l'époque, frappé par son idée. Le gris, en effet, inclut l'idée que la différenciation entre le bien et le mal peuvent être brouillé. Lorsque j'ai ris connaissance de l'existence de ce livre je me suis dis qu'il était temps d'en apprendre un peu plus sur ce concept. Nous y trouvons plusieurs communications ayant traits à ce concept. Tout d'abord les auteurs définissent et contextualisent le concept dans l’œuvre et les influences de Primo Levi ainsi que dans l'historiographie et les recherches actuelles. Primo Levi l'avait pensée spécifiquement pour l'appliquer aux camps mais il acceptait la possibilité de généraliser son concept envers les sociétés totalitaires et le monde normal. Néanmoins, il fait faire attention à la manière d'utiliser la Zone Grise. En effet, son utilisation implique une suspension du jugement moral envers les acteurs impliqués qui, justement, ont perdu leur capacité de choix.

    Dans un second temps, les différents auteurs de ce livre nous donnent des analyses plus détaillées de cas spécifiques. En effet, ces communications posent la question de l'applicabilité du concept de Zone Grise. Ainsi, on peut lire des analyses sur les Judenräte, l'administration des camps et de souvenirs de survivants. Mais ce ne sont pas les seuls sujets sur lesquels on peut trouver des questionnements puisque d'autres auteurs se sont appliqués à observer la pertinence de la notion de Primo Levi dans le cas de l'Italie d'après la seconde guerre mondiale, de la Russie Soviétique et, en particulier, des Goulags ainsi que dans certaines actions militaires commises dans les tranchées de la première guerre mondiale: le nettoyage.

    Au travers de ces différentes analyses nous pouvons mieux comprendre comment fonctionne la Zone Grise. Ce n'est, en effet, pas tant une accommodation ou une collaboration criminelle qu'une zone ou n'importe quel choix peut mener à la souffrance voir à la mort. Le système des camps était tel que survivre impliquait de marcher sur le corps d'un autre, qu'aider quelqu'un ou un groupe quelconque impliquait d'accepter la destruction d'autres. Nous nous trouvons donc face à une notion qui se place au-delà du jugement moral et de l'éthique puisqu'elle décrit une zone qui ne connaît pas de moral.

    Ce livre fut très stimulant et je l'ai trouvé extrêmement intéressant. Néanmoins, je me dois d'être honnête. Je n'ai pas encore compris parfaitement les tenants et aboutissants de ce concept et il faudra, un jours, que je me plonge directement dans l’œuvre de Primo Levi pour pouvoir comprendre véritablement ce que pensait l'homme et non ce que pensent d'autres. Mais ceci ne m'empêchera pas de recommander ce livre à tous les intéressés.

    Image: laprocure.com

  • 11/9. Autopsie des terrorismes entretiens avec Noam Chomsky

    Titre: 11/9. Autopsie des terrorismes41BJK3V9TQL._SL500_AA300_.jpg
    Titre original: 9-11
    Auteur: Noam Chomsky
    Traducteur: Hélène Morita et Isabelle genet
    Éditeur: Le serpent à plume 2001 (Seven Stories 2001 édition originale)
    Pages: 153

    Ce livre est le second que j'aie lu de Noam Chomsky bien que, d'un point de vue purement technique, ce livre ne soit pas de Chomsky mais sur des entretiens auxquels Chomsky a participé. Ces entretiens ont tous été fait peu après les attentats tristement célèbre du 11 septembre 2001. Lors de ce jeu de questions réponses nous découvrons ce que pense Chomky de ces attentats. Selon lui, ces attentats sont une réponse à la politique américaine, et occidentale, qui aurait mené à des destructions de grande ampleur au Moyen Orient et en Afrique. Plus encore, et on ne sera pas surpris si on se rappelle ce que j'ai dis du livre précédent que j'avais lu, Noam Chomsky définit les USA et les pays occidentaux comme coupables de terrorisme selon la définition strictement juridique du terme. Pour cela il utilise plusieurs exemples dont celui du Nicaragua qui aurait eu comme impudence extrême, lors des attaques des USA, l'envie de se défendre. Mais Chomsky essaie aussi de communiquer ses idées sur la manière dont les USA devraient réagir. Loin d'une attaque aveugle il pense que nous devrions tenter de comprendre les raisons et d'agir sur elles tout en, bien entendu, cherchant les coupables pour les traduire en justice.

    Comme je l'ai dit ce livre est composé d'une série d'entretiens retravaillés. Ceux-ci nous permettent d'avoir le point de vue d'un penseur connu pour ses prises de positions mais il comporte de nombreux défauts dont la plupart sont du à la forme. Tout d'abord, il arrive fréquemment que Chomsky n'aie pas jusqu'au bout de son développement, préférant en appeler à des travaux précédents, en tant que lecteur cette manière de faire m'a frustré car j'aurais souhaité connaître ces développements. Ensuite, les réponses sont nécessairement courtes et dépendent de la qualité de la question. Ce qui n'est, on s'en doute, pas adéquat pour développer un discours cohérent. Enfin, comme je l'avais dit pour son livre précédent, nous ne trouvons ici aucune références sauf quelques rares livres. Mais comment critiquer et vérifier des propos si nous ne possédons pas, a priori, les moyens de les vérifier? Donc, nous nous trouvons en face d'un livre qui se voulait, probablement, comme un moyen de communiquer les idées de Chomsky. Personnellement, j'aurais préféré lire un livre qui m'explique vraiment ces idées plutôt que de passer rapidement dessus.

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  • Ni Dieu ni Maître. Anthologie de l'anarchisme tome 2 par Daniel Guérin

    Titre: Ni Dieu ni Maître. Anthologie de l’anarchisme tome 2419TJEVB69L._BO2,204,203,200_PIsitb-sticker-arrow-click,TopRight,35,-76_AA300_SH20_OU08_.jpg
    Auteur: Daniel Guérin
    Éditeur: La Découverte 1999
    Pages: 361

    le second tome de cette anthologie de l'anarchisme nous permet de nous replonger dans la philosophie anarchiste. Ce second tome s'occupe surtout de la première partie du XXe siècle. Nous y trouvons donc des noms comme Malatesta, Voline et Durruti. Cependant, ce qui est le plus intéressant ne sont pas forcément les textes mais la manière dont l'anarchisme réagit face aux évènements de l'époque que sont la Révolution d'Octobre et la montée du fascisme.

    Tout d'abord nous pouvons observer comment la Russie Bolchévique a réagit face aux anarchistes et comment ces dernier réagirent face à la "dictature du prolétariat". Les premier essaient de discréditer les anarchistes et de trouver un moyen de s'en débarrasser alors que les second se demandent si il faut soutenir la Révolution ou lutter contre la dictature? Lors de la montée du fascisme les différents auteurs nous montrent comment les bolchéviques auraient tenté de prendre le contrôle de la lutte parfois au détriment de cette dernière.

    Mais ce qui m'a le plus intéressé dans ces différents textes sont ceux qui parlent de l'application concrète de la philosophie anarchiste. Comment les Communes se mettent en place et s'organisent en fédérations libres. Comment l'économie réagit face à ce contrôle par les travailleurs. Lors de la lecture de ces textes nous avons l'impression de découvrir une philosophie qui fonctionne particulièrement bien. Une philosophie qui semble convaincre lors de son application et qui semble n'avoir des défauts qu'à cause de la guerre. En bref tout ceci semble trop beau pour être vrai. Car, même si j'apprécie les théorie anarchiste, j'ai du mal à croire que l'application concrète ait vraiment fonctionné aussi bien. Il faudrait se tourner vers des sources annexes si elles existent.

    Néanmoins, ce tome garde les défauts du premier tome. Des défauts dû principalement à ce que nous nous trouvons face à une anthologie. Comme je l'ai dit précédemment, il aurait été intéressant de pouvoir lire plus que ce qui est donné. De plus, malheureusement, les textes anarchistes s'arrêtent à l'entre-deux guerres. Nous ne pouvons donc pas savoir comment la philosophie s'est développée ensuite. Pour cela, il faudra se tourner vers d'autres livres.

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  • Ni Dieu ni Maître. Anthologie de l'anarchisme tome 1 par Daniel Guérin

    Titre: Ni Dieu ni Maître. Anthologie de l’anarchisme tome 1412JMJ1TAVL._BO2,204,203,200_PIsitb-sticker-arrow-click,TopRight,35,-76_AA300_SH20_OU08_.jpg
    Auteur: Daniel Guérin
    Éditeur: La Découverte 1999
    Pages: 413

    Depuis quelque temps je me considère très proche des idées anarchistes même si je ne crois pas en leur applicabilité pratique. Néanmoins, je ne connais que très peu les écrits des penseurs anarchistes. C'est pourquoi j'ai décidé de lire cette anthologie. Ce premier tome nous fait voyager parmi les intellectuels anarchistes les plus connu du XIXe siècle. C'est ainsi que Guérin nous offre un choix de textes parmi les plus célèbres ou les moins connu nous permettant de nous faire une idée plus précise des idées anarchistes. Par la même occasion Guérin nous offre quelques informations biographiques et factuels. Ces dernières étant souvent donnée par l'intermédiaire d'auteurs eux-même anarchistes parfois même de l'époque des événements. Nous avons donc quelque textes de Stirner, suivi par Proudhon et Bakounine et se terminant par Kropotkine.

    J'apprécie de livre tout simplement parce qu'il m'a permis de me plonger plus avant dans les thèses anarchistes. J'y ai découvert une richesse de pensée que j'attendais et que j'apprécie. De plus, les informations bibliographiques nous permettent de mieux comprendre le contexte dans lequel s'inscrivent les auteurs. C'est ainsi que nous découvrons l'importance de la Suisse pour les révolutionnaires. Néanmoins, j'ai quelque critiques à faire. Premièrement, Guérin a tendance à couper les passages. Je comprends que l'on puisse vouloir aller à l'essentiel mais j'apprécie de pouvoir lire un passage en entier. En second lieu les informations contextuelles et bibliographiques, intéressantes, peuvent être contestées. Pourquoi? Parce que les auteurs de ces passages sont eux-même anarchistes avec leurs idées et préjugés. Par exemple, Marx est souvent attaqué. Mais ce qui est dit est-il vrai? Enfin, j'aurais apprécié avoir d'autres œuvres. Mais, dans une anthologie, il est nécessaire de faire un choix.

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  • Un nouveau paradigme par Alain Touraine

    Titre: Un nouveau paradigme41PdUUJk9nL._SL500_AA300_.jpg
    Auteur: Alain Touraine
    Éditeur: Fayard 2005
    Pages: 412

    Alain Touraine, dans ce livre, souhaite nous montrer que notre monde est en train de changer. Après avoir passé d'un monde politique à un monde social nous serions en train d'entrer dans un monde culturel. La société serait donc en train de disparaître au profit de ce qu'il nomme le sujet. Pour expliquer ce passage il divise son livre en deux grandes parties. La première relate les causes de la fin de la société. Pour cela il se base sur la rupture, supposée, du 11 septembre 2001 qui mènerait à une société de guerre. Il prend aussi en compte la mondialisation économique. Sa thèse est que les catégories sociales sont en train de se détruire et que de moins en moins de personnes se reconnaissent dans celles-ci.

    Dans la seconde partie le sociologue tente de comprendre comment le monde est en train de se modifier. Pour cela il décrit ce qu'est, pour lui, le sujet. Non seulement un individu mais surtout quelqu'un qui met au dessus de tout le respect de principes moraux universels qui sont lisibles dans les Droits de l'Homme. Il mène aussi son analyse vers le problème des droits culturels qui sont, pour lui, le droit d'être autre. Pour terminer il dépeint la société future comme une société féminine dans laquelle les visions féminines du monde seraient prégnantes.

    Normalement je devrais être enthousiaste. Cependant, et ce dès l'introduction, il m'est apparu beaucoup de problèmes dans les thèses de Touraine. Premièrement, je doute sur la réalité de la fin de la société. Je suis d'accord que les formes du social changent et se modifient au cours du temps mais peut-on vraiment parler d'une fin du social? Ne voit-on pas plutôt une mutation vers des liens sociaux moins globaux que les identités de classes ou de religions? Ensuite, j'avoue avoir du mal à concevoir les Droits de l'Homme, malgré mon accord avec les principes professés, comme une expression d'une morale universelle et anhistorique. En tant qu'étudiant historien je ne peux qu'observer que ce texte, important, est fortement contextualisé dans une période historique précise. Néanmoins, je suis d'accord avec Touraine quand il pose le problème des droits culturels. Même si il le fait d'une manière très française. Oui, il faut réfléchir aux droits des cultures à être reconnues dans leurs spécificités.

    En fait, le problème principal de ce livre est que ce n'est pas un livre de sociologie. On pourrait même se demander si c'est un travail scientifique. On y trouve plus des réflexions philosophiques qui utilisent des termes sociologiques. Mais on ne trouve aucune références, ou presque, à des travaux antérieurs. Les seuls ouvertures que nous pouvons trouver sont dans la bibliographie. Mais, mis à part celle-ci, l'auteur semble ne s'appuyer sur rien pour développer ses thèses.

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