Histoire

  • Histoire de l'Amérique latine et des Caraïbes. De l'indépendance à nos jours par José Del Pozo

    Titre : Histoire de l'Amérique latine et des Caraïbes. De l'indépendance à nos jours
    Auteur :  José Del Pozo
    Éditeur : Septentrion 2008
    Pages : 446

    Je ne connais pratiquement rien à l'histoire de l'Amérique latine. J'ai des connaissances basiques concernant les grandes civilisations antiques, la colonisation mais très peu sur l'indépendance et l'histoire récente. Ce livre, qui se concentre sur la période la plus récente de l'histoire du continent, devait me permettre de remplir un peu mes manques en ce qui concerne l'Amérique latine. L'auteur construit son livre en 6 chapitres chronologiques dont les formes sont identiques : examen politique, économique culturel et synthèse.

    Utiliser une même forme pour l'examen de différentes périodes permet d'avoir les mêmes informations et de mieux comprendre les similitudes mais aussi les différences durant le temps. Mais cela implique un désavantage puisque l'auteur doit tenter de garder un propos clair, synthétique et surtout résumer le fonctionnement de différents pays ce qui ne lui permet que rarement de nous montrer leurs richesses spécifiques.

    Cependant, l'auteur réussit tout de même à mettre en avant un fait spécifique à l'Amérique latine : la difficulté de créer des démocraties libérales. Il montre que les colonies ont été libérées par des luttes internes assez rapidement. Mais il fut très difficile de démocratiser ces pays. Il considère que cela s'explique par un système de type oligarchique (il explique le terme dans un appendice). Une partie minoritaire de la population n'a pas intérêt à accepter une forte démocratisation et fait alliance avec d'autres puissances si cela permet de défendre son pouvoir économique et politique.

    La fin récente des dictatures militaires n'a pas non plus réussi à totalement démocratiser les pays. Les crimes ne sont pas poursuivis, du moins rarement car il y a des exceptions. Les anciennes élites des dictatures sont toujours au pouvoir. Pire encore, une partie importante des populations n'est pas fondamentalement opposées aux dictatures. Même si leur disparition et la démocratisation a permis une forme relative de pacification grâce à l'entrée en politique des opposant.e.s.

    Ce livre est court, en effet l'auteur parle de nombreux pays sur deux siècles en 400 pages ce qui est court, il est aussi particulièrement dense. De nombreux aspects culturels ne sont que survolés tandis que l'auteur se concentre sur les questions économiques et politiques. Je ne critique pas ce choix, qui est justifiable, mais j'aurais aimé en savoir plus sur d'autres aspects. Je déplore, en revanche, l'usage du terme "la femme" quand l'auteur parle des femmes. Est-ce un problème de traduction ?

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  • Histoire de l'Inde moderne. 1480-1950 sous la direction de Claude Markovits

    Titre : Histoire de l'Inde moderne. 1480-1950
    Direction : Claude Markovits
    Éditeur : Fayard 11 mai 1994
    Pages : 744

    Je ne connais pratiquement rien à l'histoire de l'Inde. Ce gros livre qui début bien après la constitution de la civilisation indienne n'est probablement pas un bon moyen d'entrer dans cette histoire si l'on n'a pas un minimum de connaissances. Les premiers chapitres sont les plus difficiles pour entrer dans ce livre. Dès que l'on entre dans la période des colonisations le récit devient plus facile pour quelqu'un ne connaissant rien à l'Inde. Le livre est constitué de 6 parties pour 27 chapitres écrits par plusieurs personnes.

    Les deux premières parties se déroulent avant la création de l'Empire colonial anglais. Les relations avec l'Europe sont présentes, mais moins importantes qu'elles ne le seront. Ces deux premières parties vont jusqu'au XVIIIème siècle. Les auteurs y décrivent d'abord une Inde contrôlée par différents royaumes aux forces militaires et économiques différentes. Leurs relations sont basées sur le conflit ce qui permet de se débarrasser de certains dirigeants. La seconde partie montre l'importance grandissante de l'Empire Moghol, musulman, qui prend progressivement le contrôle du continent tout en laissant les différents dirigeants en place. La dynastie change de dirigeants à la suite de guerres civiles internes. À la fin de la seconde partie, les auteurs expliquent les raisons de la perte de puissance de l'Empereur, en particulier militaire et fiscale, mais celui-ci reste la source de la légitimité. Les Anglais en useront pour se présenter comme des dirigeants légaux puis comme les successeurs de l'Empire Moghol.

    L'importance grandissante du Royaume-Uni intéresse un grand nombre de chapitres des parties 3 et 4 qui examinent la transition entre l'Empire Moghol et l'Empire colonial anglais, le Raj. Les auteurs nous montrent que le Royaume-Uni aurait pu ne pas prendre cette importance. Premièrement, la France est une rivale directe. Mais les différentes guerres et le manque de volonté royale implique rapidement l'abandon de l'Inde en faveurs des îles à sucre. En second lieu, le Royaume-Uni ne souhaitait pas conquérir l'entier du continent. D'ailleurs, la conquête est faite par une entreprise privée qui prend, progressivement, le contrôle des impôts et de la défense des princes au nom d'un commerce capable de créer des profits. Le contrôle commence par un lien direct avec l'Empereur puis par des traités avec les différents princes. Cette période de prise de contrôle du territoire se termine avec une révolte importante contre les Anglais : la révolte des Cipayes.

    Les deux dernières parties sont assez différentes. La sixième partie se concentre sur un territoire français et une île contrôlée par les Anglais. Le but est de donner des points de comparaisons permettant de comprendre le fonctionnement de l'Empire colonial anglais. La partie 5, elle, se concentre sur la période impériale pour se terminer avec l'indépendance et les raisons de la partition en deux pays. Les auteurs commencent par décrire le fonctionnement rural, urbain et religieux du pays. Dans un second temps, les auteurs se concentrent sur les contestations de plus en plus importantes de l'Empire et des Anglais. Celle-ci commence au sein d'un Congrès créé par un Anglais. Ce Congrès devient vite l'une des bases de la contestation, peu prise au sérieux, avant que Gandhi ne réussisse à créer des mouvements de masse contre l'Empire. Cependant, ce n'est qu'après la Deuxième guerre mondiale que les Anglais proposent un calendrier précis, après avoir compris qu'ils ne pouvaient pas garder le contrôle du pays sans de nombreuses forces armées. Les différentes tensions religieuses et politiques mènent à une partition en deux pays basés sur des critères religieux.

    Ce livre ne peut pas tout expliciter. Il commence au XVème siècle et se termine en 1950. Une grande partie de l'histoire indienne est donc absente. Mais peut-on en vouloir aux auteurs de s'être concentrés sur une période précise ? Même ainsi, les informations données par auteurs dans les différents chapitres sont nombreuses et permettent de comprendre le fonctionnement actuel de cette région, ainsi que les tensions internationales actuelle.

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  • Histoire du Moyen Âge par Georges Minois

    Titre : Histoire du Moyen Âge
    Auteur : Georges Minois
    Éditeur : Perrin 2019 (2)
    Pages : 768

    Le Moyen Âge est souvent incompris voire mal compris par les commentateurs politiques ou médiatiques. On peut pardonner une méconnaissance d'une période longue, 1 000 ans, aux nombreuses mutations. Une période qui, dès la Renaissance, fut considérée comme un temps de décadence entre le retour aux anciens et la fin de l'Empire romain d'occident. Ce gros livre, mais bien court pour ce qu'il propose de faire, nous offre une synthèse des 1 000 d'une période riche en art, philosophie et événements. Le livre suit la chronologie classique et il est divisé en 3 grandes parties, qui reprennent les divisions traditionnelles de la période médiévale.

    La première partie porte sur la période 400 à 1 000. Elle est formée de 5 chapitres. L'auteur, Georges Minois, débute sa présentation en explicitant les causes, multiples, de la fin de l'Empire roman d'occident en n'omettant pas d'expliquer qu'il existe encore un Empire romain d'orient, que nous connaitrons plus tard sous le nom de Byzance. Alors que l'occident mute en liant anciennes traditions romaines et traditions barbares l'est, lui, gagne en importance. Byzance, riche. Sa capitale religieuse et politique est Constantinople. L'orient voit aussi l'arrivée des musulmans qui commencent à prendre le contrôle des territoires proches et se heurte à l'Empire Byzantin.

    Une seconde partie se déroule de 1 000 à 1 300, elle est considérée par l'auteur comme le renouveau de l'occident. L'est perd en importance alors que l'occident crée une nouvelle forme de pouvoir politique basée sur la théorie des deux sceptres. L'Empereur d'occident chargé de gouverner le temporel et le Pape chargé de gouverner le spirituel. Les deux pouvoirs vont s'affronter afin de savoir qui du Pape ou de l'Empereur à la prééminence. Cet affrontement se déroule sur fonds de réflexions religieuses et juridiques créant une nouvelle forme de culture liant foi et raison. Il faut aussi noter l'importance de la féodalité qui crée des liens forts entre personnes. L'auteur met aussi en avant l'importance de la stagnation économique. On produit pour nourrir les vivant-e-s, un équilibre pensé comme bénéfique et fonctionnant selon le statut social. Mais la hausse démographique met à mal cet équilibre ce qui débouche sur des crises.

    Ces crises sont l'objet de la dernière partie du livre qui se concentre sur la période 1 300 à 1 500. Bien entendu, l'auteur met avant les problèmes posés par les guerres, les famines et les épidémies. Les destructions, pertes démographiques et le recul de l'urbain et des villages sont massifs, ce qui permet aussi une hausse du statut social des travailleurs les plus humbles. Mais l'auteur met surtout en avant la mutation du monde politique. L'Empereur n'a pas pu s’imposer. Le Pape s'est épuisé en luttant contre l'Empereur et les rois. L'Église même subit un schisme avec, parfois, trois Papes. Face à ces crises, les royaumes et les rois "nationaux" prennent de l'importance faisant oublier l'idéal d’un occident uni, idéal qui restera un rêve de Charles Quint plus tard. L'économique aussi mute avec la force de plus en plus massive de l'argent dans une société qui quitte progressivement le monde médiéval pour entrer dans le monde qui sera nommé la Renaissance. L'auteur explicite les différentes ruptures, aussi bien événementielles (la chute de Constantinople) qui civilisationnelles. Mais il terminer en expliquant que la Renaissance s'est certes construite contre le Moyen Âge mais elle est médiévale dans son essence.

    Ce livre, court pour parler de 1 000 ans d'histoire, évite les spécialisations scientifiques. Il n'y a aucun appareil critique et l'auteur cite rarement des historien-ne-s. Même si je salue l'effort de synthèse concernant les aspects politiques et économiques, il faut noter que l'auteur laisse de côté les recherches les plus récentes concernant les femmes et les plus humbles. Heureusement, il prend la peine de marquer l'importance du monde oriental face à un moyen âge occidental. Je note aussi un côté fortement misérabiliste dans l'introduction concernant l'enseignement que l'auteur considère être de plus en plus mauvais. Mais il ne prouve pas son propos, rejoignant mes observations sur l'absence d'appareil critique.

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  • The Mauritanian / Présumé coupable

    CW : torture, flashs lumineux

    The Mauritanian parle de Mohamedou Ould Slahi un homme qui a vécu en Allemagne, à la suite d’une bourse, qui a lutté en Afghanistan dans les années 90 et est arrêté secrètement par le gouvernement états-unien dans les années 2000 après le 11 septembre 2001. Il passe 14 ans au sein de la prison secrète, et extrajudiciaire, de Guantanamo. Il est considéré comme le principal recruteur qui a mené aux attentats. Mais il ne fut jamais réellement accusé selon une procédure judiciaire. Lorsque la Cours Suprême force le gouvernement à juger les prisonniers, une avocate décide de s'intéresser à son cas. Son premier but est de consolider les normes juridiques du pays, mais elle comprend rapidement que les preuves, comme Mohamedou Ould Slahi le lui a souvent répété, sont inexistantes. Face à elle, l'accusation est tout autant perplexe car elle n'a accès à rien qui lui permette de justifier la condamnation de Mohamedou Ould Slahi.

    SPOILERS

    Ce film n'est pas misérabiliste. Il ne dépeint pas Mohamedou Ould Slahi comme une victime sauvée par une femme blanche. Cet homme est dépeint comme un témoin d'actes illégaux, un témoin qui garde ses capacités de réflexions et qui regagne, petit à petit, une capacité d'agir. Cette capacité d'agir dépend du récit écrit de son expérience (un livre qui est à la base de ce film).

    Ce film met aussi en avant l'importance du respect de l'état de droit. Rapidement, l'avocate, jouée par Jodie Foster, et le procureur militaire, joué par Benedict Cumberbatch, se demandent pour quelles raisons la prison se trouve sur une base militaire en dehors du territoire des Etats-Unis. Ceci permet de nier les droits des prisonniers. Mais ce sont surtout les gardiens qui sont protégés puisque la loi du pays ne s'applique pas nécessairement à elleux. Dès le début et surtout dans la seconde partie, le film questionne les méthodes. Le mot torture n'est jamais utilisé au profit d'un terme juridique. Mais il est clair que ce sont des actes de torture. Ces actes empêchent de croire tout ce qu'a avoué Mohamedou Ould Slahi. En effet, ce n'est que par la pression de la torture qu'il avoue. Les preuves n'existant pas il est innocent et pourrait se retourner contre les Etats-Unis. Pourtant, il lui faudra encore 7 ans avant de sortir de prison.

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  • Benedetta

    CW : torture, sexualité

    Il m'a fallu plusieurs jours avant de pouvoir écrire cette note, plusieurs jours durant lesquels j'ai pu mettre en ordre mes impressions. Benedetta commence au XVIIème siècle. Une enfant est envoyée par ses parents dans un monastère afin d'être donnée à dieu. Cette enfant semble être très pieuse, et provenir d'une famille riche aide. Plusieurs années plus tard, l'enfant est devenu une femme qui a des visions de Jésus. Elle aide aussi une autre jeune femme à devenir une sœur. Les deux femmes se rapprocheront tandis que les visions deviennent corporelles posant la question de la sainteté potentielle de Benedetta.

    SPOILERS

    Le film est fortement imprégné d'histoire. La réalisation fait attention de bien situer les événements dans un contexte quasiment apocalyptique. Des flagellants se trouvent dans les rues. La peste tue tout le monde. Les personnages essaient de savoir s'ils seront envoyés en enfer ou non. Seule la ville de Benedetta semble sauve de la peste, protégée par la sainteté et dieu ? Le film essaie aussi de montrer que l’église s'inscrit dans des luttes de pouvoirs. Dès le début, l'entrée dans les ordres implique une dot mais aussi des dons en argent et en bien par les personnes qui souhaitent faire entrer leurs filles. On nous montre aussi l'importance, pour le prévôt, des miracles. Cela permettrait non seulement une montée dans la hiérarchie de l’église mais aussi des rentrées d'argent pour la ville et le monastère.

    La réalisation place beaucoup de symbolisme autours de Benedetta. Dès la première scène le film la montre comme pieuse et proche de la divinité. Peu de temps après, elle survit à la chute de la statue de la vierge. Ses visions sont aussi pleines de symboles religieux. Rapidement, se pose la question de la réalité des visions et des traces corporelles. Une partie de l'église doute tandis qu'une autre partie y croit ou pense pouvoir les utiliser comme moyens politiques. Benedetta elle-même ne peut pas forcément répondre à la question. Le film ne répond pas à cette question. Benedetta pourrait s'être infligé les stigmates, mais ne pourrait-elle pas se les infliger sur ordre du divin ? Quoi qu'il en soit, ces traces lui permettent de gagner en statut. Un statut qu'elle tente de rendre plus important en se déclarant sainte lors de certains actes.

    Face à cela, il n'est pas étonnant que l'église utilise le lesbianisme de Beneditta comme moyen de la confronter et de la juger. La sexualité de cette femme, et de sa compagne, est souvent mise en scène et questionnée par un homme d'église en particulier. Bien entendu, juger la sexualité des deux femmes permet de juger les visions de Beneditta. Car, comme le montre le film, personne dans l'église n'est réellement innocent. Le nonce qui juge Beneditta est père. Le prévôt ne croit pas et souhaite uniquement le pouvoir. D'une certaine manière, ce film pourrait s’inscrire dans les romans critiques de l'église lors de l'époque moderne, romans qui ne lésinent pas sur les péchés sexuels des prêtres et des nonnes.


    ** 
    *** Trop de sexualité pour moi, mais cela en fait-il un mauvais film ? Honnêtement, je ne sais pas exactement quoi penser
    **** 
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  • Histoire des Etats-Unis sous la direction de Bernard Vincent

    Titre : Histoire des Etats-Unis
    Direction : Bernard Vincent
    Éditeur : Flammarion 21 septembre 2016 (champs histoire, 4ème édition)
    Pages : 719

    Cette histoire des Etats-Unis est le second livre qui tente de faire une histoire globale de ce pays que je lis en peu de temps. Le contraste n'est pas saisissant entre le manuel présenté ici le 2 juillet et ce livre qui regroupe des contributions de plusieurs spécialistes. Une différence majeure est l'adjonction au texte d'encadrés qui explicitent certaines questions précises. Une autre est la fin du livre, là où le manuel commençait une étude de la présidence Trump se livre collectif se termine en 2016 avant l'élection de Trump à la présidence.

    Le livre dirigé par Bernard Vincent suit une structure chronologique qui début lors de la création des colonies, 1607, jusqu'en 2016. Le champ d'investigation est donc large et les chapitres découpent ce temps en 20 à 30 ans (sauf le premier et le dernier). Tout comme le manuel, la place des présidences est importante dans ce découpage chronologique ce qui donne à l'état fédéral et aux actions présidentielles une importance supérieure, dans le texte, aux autres parties du pays. Les histoires des différents États qui constituent les Etats-Unis sont peu explicitées.

    Cependant, il me semble que ce livre commun réussit mieux que le manuel de Lacroix à mettre en avant l'importance des questions socio-économiques. Il me semble aussi que les auteurs du livre donnent plus d'importances aux questions des luttes sociales. Ainsi, on apprend quelques petites choses sur les autochtones et leurs relations aux États-Unis mais aussi sur la place toujours subalterne des noirs américains. Ce qui n'empêche pas les auteurs d'afficher une neutralité de façade face aux revendications antiracistes après les meurtres commis par des policiers. Certes, les auteurs marquent l'importance de ces faits pour comprendre la division des États-Unis, mais ils échouent, à mon avis, à conceptualiser ces faits.

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  • Histoire des Etats-Unis par Jean-Michel Lacroix

    Titre : Histoire des Etats-Unis
    Auteur : Jean-Michel Lacroix
    Éditeur : Presses Universitaires de France 18 avril 2018 (sixième réédition)
    Pages : 688

    Les Etats-Unis est le pays qui a le plus influencé l'histoire contemporaine. Les combats idéologiques entre les Etats-Unis, capitaliste et libéral, et l'URSS communiste ont créé une longue division du monde. Cependant, la compréhension de la place prise par les USA ainsi que de la culture de ce pays implique de se placer dans l'histoire longue de la création d'une nation. Ce manuel vise à donner les clés nécessaires pour comprendre un pays encore majeur dans le monde de ce début du XXIème siècle. Cette nouvelle édition ajoute quelques informations sur la présidence Trump mais, bien entendu, l'auteur ne peut rien conclure puisque le livre fut édité en avril 2018.

    La construction du livre est strictement chronologique avec une mise en avant des différents présidents et de leurs impacts sur le pays, voire le monde. Les 10 chapitres examinent environ 30 ans d'histoire à chaque fois. Bien entendu, l'auteur commence avant la création des USA par la colonisation du continent qui deviendra les USA. Il explique de quelle manière les anglo-saxons prennent le contrôle de quelques terres, avec des difficultés en hiver, et les tensions avec les populations autochtones. Rapidement, des tensions auront lieu avec l'Angleterre royale, surtout en ce qui concerne les impôts et la représentation.

    Ce qui m'a frappé, dans ce livre, est l'importance de la frontière. La conquête de l'ouest et donc la lutte contre les autochtones est au centre d'une philosophie de prise de contrôle d'une étendue. On comprend mieux l'importance du thème en ce qui concerne la conquête de l'espace mais aussi dans les productions de space opera. On est frappé aussi par l'importance des divisions. Divisions raciales, oui, mais aussi politiques. L'auteur montre bien que ces divisions sont très importantes de nos jours et risquent de créer des problèmes pour le fonctionnement des USA.

    Bien que la culture des USA me soit familière, grâce à son hégémonie, je ne suis pas un grand connaisseur en histoire des Etats-Unis. Ce manuel permet de répondre aux questions principales des personnes qui le lise. Mais, comme tous les manuels, il doit nécessairement passer outre un certain nombre de sujets. Parfois, je ne comprends pas les choix de l'auteur. Les événements de 68 sont peu mentionnés ainsi que la guerre en Afghanistan. L'auteur se concentre sur l'histoire politique, présidentielle, et moins sur les questions socio-culturelles. En revanche, je déplore que l'auteur ne fasse que très peu attentions aux populations dites minoritaires. Je pense en particulier aux esclaves, aux afro-américains mais aussi et surtout aux populations autochtones qui ne sont que peu présentent dans ce livre.

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  • Anatomie de la Terreur. Le processus révolutionnaire (1787-1793) par Timothy Tackett

    Titre : Anatomie de la Terreur. Le processus révolutionnaire (1787-1793)
    Auteur : Timothy Tackett
    Éditeur : Seuil 2018
    Pages : 669

    Que dire de la Révolution française et surtout de la Terreur. De nombreuses personnes, artistes comme historiens et historiennes, ont écrit sur le sujet. La Terreur, encore aujourd’hui, pose des questions et implique souvent un jugement moral sur la Révolution elle-même. L’épisode de la Vendée en fait partie et n’est toujours pas un débat pacifié au sein de la société française, les royalistes y voyant un génocide (des massacres ont bel et bien été commis). Dans ce livre Timothy Tackett essaie d’appliquer sa lecture des ouvrages privés des révolutionnaires pour expliquer comment la Terreur a pu avoir lieu. Il examine ces papiers sur plusieurs années mais il ne fait pas le véritable récit des événements avant le dernier chapitre. Il préfère expliquer comment on en arrive là.

    Les explications de Tackett sont multidimensionnelles et la construction de son livre selon la chronologie de la Révolution permet de mettre en avant ces différentes causes, au prix parfois de quelques répétitions. Bien entendu, les événements ont un impact. Les révolutionnaires ne savent pas ce qui est train de se dérouler. Ils agissent dans un temps d’incertitude, recevant des nouvelles parfois avec du retard, devant créer un nouveau système lorsque le roi est démis de ses fonctions puis exécutés.

    Tackett insiste aussi sur les émotions qu’il analyse à l’aide des écrits personnels de témoins, militant-e-s et députés. Il observe le souhait de créer un monde meilleur mais aussi la surprise face au refus des anciennes élites. Ces refus sont vus comme s’attaquant à ce qui est considéré comme bénéfique par des personnes de plus en plus convaincues de devoir tout modifier. Mais les refus sont justifiés, eux aussi, par une légitimité ancienne. Les aristocrates et les nobles ne peuvent pas accepter une remise en cause de principe qu’ils considèrent divins. La confrontation est pratiquement inévitable.

    Il faut prendre aussi en compte les craintes. Les révolutionnaires pensaient facilement vaincre, ils sont stoppés à la fois par les armées européennes et les crises internes. Il est tentant d’y voir un complot organisé qui lie des événements pourtant différents. Lorsqu’on accepte l’existence d’un tel complot, justifié par les nobles qui ont fuis et militent activement en faveurs d’une guerre contre la Révolution parfois après l’avoir servie, il faut trouver des coupables. Petit à petit, tout le monde peut devenir suspect et il devient nécessaire d’agir.

    Cependant, Tackett montre que les députés n’ont pas forcément voulu la Terreur. A plusieurs reprises, il y a des tentatives de freiner les militant-e-s populaires les plus radicaux. Mais les assassinats, les trahisons et les circonstances convainquent les députés récalcitrants de la nécessité de défendre la Révolution par des actions illégales ou, en tout cas, extraordinaire. Tackett montre bien ces incertitudes, ces craintes et les nécessaires réponses que cela implique. De son livre se dégage des impressions fortes de peur et de complots mais aussi la nécessité de la vengeance pour les révolutionnaires tombés.

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  • Histoire des femmes en occident 3. XVIe-XVIIIe siècle sous la direction de Natalie Zemon Davis et Arlette Farge

    Titre : Histoire des femmes en occident 3. XVIe-XVIIIe siècle
    Direction : Natalie Zemon Davis et Arlette Farge
    Éditeur : Perrin 28 février 2002
    Pages : 672

    En 1991 était édité 5 volumes d'histoire des femmes en occident, réédités en poche chez Perrin. Ce livre est le troisième tome. Je n'ai toujours pas le quatrième. Il se concentre sur la période moderne ce qui implique d'observer les changements durant une période de transition entre le moyen âge et l'époque contemporaine, la Révolution française. Les directrices ont utilisé 14 auteur-e-s pour 16 chapitres en 3 grandes parties. Je relie les deux dernières parties qui parlent de dissidences. Il ne faut pas oublier deux extraits de sources sur deux vies de femmes.

    La première partie, constituée de 6 chapitres, s'intéresse à la place des femmes au sein de la société moderne occidentale. Les chapitres présentent aussi bien l'éducation que le travail ou le politique. Les différentes autrices mettent en avant que les femmes ne soient pas à égalité avec les hommes. Ainsi, l'éducation n'est pas complète et vise surtout à donner des connaissances sommaires afin de permettre aux femmes de tenir le ménage et de vivre professionnellement. Le travail n'est pas le même non plus. Cependant, il peut arriver que des femmes doivent gérer les magasins de leurs anciens maris, ou lors d'un long voyage de celui-ci. Deux chapitres s'intéressent aussi à la beauté et aux soins. La beauté peut être un bien mais aussi un danger, surtout pour les femmes pauvres. Tandis que les soins se modifient avec la peur de l'eau. Il devient plus important de se poudrer, de se parfumer et de porter un linge de corps blanc.

    Une seconde partie s'intéresse aux paroles autours des femmes. 4 chapitres sont édités. Ils s'intéressent à la littérature, au théâtre, à la philosophie mais aussi à la médecine et à la science. Ces chapitres se rejoignent en montrant que les auteurs et scientifiques modernes défendent un rôle différent pour les femmes. Rares sont les hommes qui considèrent que les femmes ont les mêmes capacités que les hommes (mais ils existent). Ces différentes paroles permettent aussi de montrer des craintes spécifiques. Ainsi, le théâtre, selon le chapitre dédié, implique un danger pour les actrices qui risquent d'entrer dans une forme de prostitution. Tandis que la science et la médecine naturalisent un rôle féminin différent de celui des hommes.

    Enfin, une troisième partie se concentre sur les dissidences en 5 chapitres. Deux chapitres se concentrent sur les femmes qui essaient d'entrer dans les conversations politiques et scientifiques. D'une part, les précieuses et la création des salons sont examinés. D'autre part, un chapitre se concentrer sur les femmes journalistes et les journaux féminins dont certains sont très critiques envers le fonctionnement de la société. Les trois chapitres suivants parlent plutôt de criminalité. Bien entendu, cela implique de parler des sorcières. Mais on apprend aussi des choses sur les criminalités féminines. Celle-ci est vue comme dangereuse lorsqu'elle implique les enfants mais aussi lorsque les servantes volent leurs maîtres. Enfin, un dernier chapitre se concentre sur les émeutes qu'il conçoit comme un passage du privé au politique. Les émeutes débutent souvent face à des denrées dont les prix augmentent sans assez de justification. IL faut donc forcer un prix juste avant de retourner au privé.

    Comme tous les autres tomes, cette histoire des femmes en occident est très dense. Les chapitres donnent beaucoup d'informations et une connaissance générale de la période est un plus. Cependant, il me semble que cette histoire des femmes en occident parle peu d'autres espaces que le royaume de France.

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  • L'Homme-Bus. Une histoire des controverses psychiatriques (1960-1980) par Cristina Ferreira, Ludovic Maugué et Sandrine Maulini

    Titre : L'Homme-Bus. Une histoire des controverses psychiatriques (1960-1980)
    Auteur-e-s : Cristina Ferreira, Ludovic Maugué et Sandrine Maulini
    Éditeur : Georg 22 janvier 2021
    Pages : 304

    1986, après être devenu le héros d'un court-métrage Martial Richoz est interné de force à Cery, institut psychiatrique. Immédiatement, la presse s'empare du cas pour en faire une affaire et questionner le lien entre police et psychiatrie. L'internement de Martial Richoz est questionné, ce n'est pas un moyen de l'aider mais un moyen de garder la ville en ordre face à un homme fainéant, bizarre, un fou en somme. Autours de ce cas, les auteur-e-s de ce livre questionnent le fonctionnement de la psychiatre Suisse après la révision du Code civil, permettant des placements à des fins d'assistance (PLAFA). Illes questionnent aussi le militantisme antipsychiatrique et ses réseaux internationaux. Ce travail est construit en 3 parties et 9 chapitres.

    La première partie se constitue de trois chapitres. Elle permet aux auteur-e-s de placer le décor de leur recherche. Illes commencent par expliciter ce contre quoi les PLAFA seront conçus. Depuis le XIXème siècle il est possible d'interner, en prison, des personnes pour des questions de moralités et de pauvreté et de les astreindre au travail forcé dans un but considéré comme thérapeutique. Cependant, cette forme d'emprisonnement implique des possibilités d'abus et empêche la Suisse de signer la Convention européenne des droits de l'homme. Les PLAFA visent à réformer les internements afin d'en faire un outil spécifiquement thérapeutique et non policiers, au contraire des internements. Cependant, leur conception pose des problèmes étant donné que la décision est prise par une instance judiciaire avec possibilité de recours. Les médecins-thérapeutes y voient une atteinte à leur profession par des personnes n'ayant aucune connaissance de la science psychiatrique. Un dernier chapitre permet aussi de voir comment le droit peut être utilisé pour mettre en cause l'existence même de la psychiatrie et des asiles, par la présentation de l'exemple de l'Italie.

    La seconde partie se concentre sur l'affaire proprement dites. Les auteur-e-s débutent par la présentation de Martial Richoz et de ses activités. Ce n'est que lors du second chapitre que l'examen de l'affaire débute. Les auteur-e-s se concentrent d'abord sur les médias et leurs questionnements face au peu d'informations fournies par les autorités. Ces recherches par les journalistes ne sont pas forcément appréciées, ni par les autorités ni par le directeur de Cery. Ce dernier agira judiciairement contre un collègue et publiquement contre le directeur du musée de l'Art Brut de Lausanne. Ce dernier, en effet, critique l'internement de Martial Richoz qu'il considère être un moyen d'éviter les désordres d'une personne dont les travaux sont fondamentalement artistiques. Plusieurs de ses dessins et engins se trouvent dans les collections de l'Art Brut.

    Les auteur-e-s se concentrent dans la troisième partie sur l'antipsychiatrie. Dans le second chapitre, on trouve le collègue psychiatre attaqué en justice par le directeur de Cery. Bierens de Haan a travaillé à Genève. Il a tenté de réformer le fonctionnement de la psychiatrie mais cela a impliqué de se heurter au docteur Tissot, mis en cause dans plusieurs scandales dont la mort d'un interné et l'usage d'électrochoc sur une militante. Ses idées impliquent une remise en cause de la hiérarchie interne à un asile. Le directeur de Cery qui considère normal qu'il existe une hiérarchie et ne comprend pas pourquoi ses patients devraient pouvoir prendre des décisions se heurte frontalement à Bierens de Haan. Le premier chapitre de cette troisième partie permet de comprendre les réseaux internationaux de l'antipsychiatrie et le fonctionnement de Cery à cette époque. Les auteur-e-s se concentrent aussi sur le cas d'un infirmier qui souhaite des réformes, mais qui se heurte à un fonctionnement fortement hiérarchisé. Même la lecture des livres de la bibliothèque de Cery est soumise à un contrôle !

    La lecture de ce livre permet donc, à l'aide d'un cas spécifique, de comprendre le passage d'internements administratifs aux PLAFA et les problèmes que cela implique au sein de la société helvétique. Les milieux antipsychiatriques contestent de plus en plus le caractère scientifique et médicale de la psychiatrie, vue comme un milieu d'imposition du pouvoir des médecins sur des patients qui perdent leurs droits et leur autonomie. Les auteur-e-s nous permettent de comprendre les débats parfois vifs d'une période qui a connu de nombreuses formes de militantisme en vue de modifier la société mais aussi de détruire les relations de pouvoir entre personnes.

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  • Le mythe Hitler. Image et réalité sous le IIIème Reich par Ian Kershaw

    Titre : Le mythe Hitler. Image et réalité sous le IIIème Reich
    Auteur : Ian Kershaw
    Éditeur : Flammarion 28 août 2013
    Pages : 430

    Ce livre fut d'abord écrit en allemand lors d'un séjour en Allemagne par son auteur. Plus tard, lors de sa traduction en anglais, il ajouta une troisième partie basée spécifiquement sur le lien entre la popularité de hitler et l'antisémitisme. Ian Kershaw, dans ce livre, prépare ses prochaines études sur hitler. Ici, il se base spécifiquement sur les études de popularité, ce qui lie cette étude à son livre sur le nazisme en Bavière. Il annonce aussi son usage du concept de charisme, qui sera utilisé dans un autre de ses livres pour expliquer le pouvoir d'hitler. Ce livre est divisé en trois parties et 9 chapitres.

    La première partie, constituée de 5 chapitres, se concentre sur les années 1920 à 1940. Kershaw commence par examiner comment le mythe se constitue au sein du parti nazi avec l'aide de certaines des personnes qui lui sont les plus loyales. Il ne commence pas immédiatement à se proclamer comme sauveur de l'Allemagne mais annonce l'arrivée de celui-ci. Il s'insère dans le souhait de retrouver de bonnes conditions de vies face à un monde politique en perte de légitimité et de confiance. Lors de son accession au pouvoir, le mythe hitler va se détacher du parti. Alors que hitler sera de plus en plus populaire, quasiment incapable de faire des erreurs, ce sont ses subordonnés mais aussi le parti qui seront accusés des maux du pays. Le mythe gagnera en force lors des réussites pacifiques de hitler face au reste du monde.

    Cependant, et c'est la question de la seconde partie, Kershaw pose la question de la réussite du mythe lors d'une guerre peu souhaitée par la majorité de la population, qui préfère les réussites pacifiques, et qui traine en longueur malgré les promesses de réussites spectaculaires et imminentes. Bien que hitler reste peu touchés par ses erreurs pendant la première moitié de la guerre deux échecs mettent à mal son infaillibilité. Premièrement, l'échec de la prise de Stalingrad, pourtant annoncée comme une réussite imminente, met en question hitler directement. Ensuite, les raids aériens alliés ne rencontrent plus aucunes défenses efficaces. Une bonne partie de l'Allemagne peut subir les bombardements, ce qui démoralise la population. Progressivement, le mythe hitler est questionné puis rejeté par une partie de plus en plus importante de la population. Même si Kershaw met en question ce rejet par l'examen d'études d'opinions formées après la guerre.

    Enfin, Ian Kershaw termine son examen par une troisième partie ajoutée plus tard. C'est, à mon avis, la partie la moins convaincante du livre. Ian Kershaw y examine le lien entre popularité de hitler et son antisémitisme. Il montre que hitler a agi selon des questions politiques. Il a évité de se lier aux violences de son parti tout en attaquant plus fortement le communisme, ce qui lui permet d'être plus facilement accepté par les élites politiques et militaires de la République de Weimar. Cependant, il accepte et pousse à des actes antisémites de plus en plus violente jusqu'à annoncer la destruction des juifs en cas de guerre. Une destruction qui n'est pas concrètement expliquée au public mais qui sera mise en place avec son assentiment.

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  • Hitler. Essai sur le charisme en politique par Ian Kershaw

    Titre : Hitler. Essai sur le charisme en politique
    Auteur : Ian Kershaw
    Éditeur : Folio Histoire 10 octobre 2001
    Pages : 416

    Ian Kershaw est considéré comme l'un des historiens actuels les plus importants concernant l'histoire de l'Allemagne hitlérienne. En dehors de la biographie d'Hitler il a écrit des ouvrages sur l'opinion allemande sous le nazisme, les questions historiographiques concernant la période nazie et il vient d'écrire un diptyque sur l'histoire de l'Europe au XXème siècle. Dans ce livre, Ian Kershaw essaie de dépasser l'opposition entre les positions basées purement sur les structures et celles qui se concentrent uniquement sur hitler. Pour cela, il emprunte à Max weber le concept de pouvoir charismatique qui, selon Kershaw, permet d'analyser de manière complexe la relation entre le pouvoir d'hitler, une communauté et les structures sociales et économiques. Cet examen se déroule sur 8 chapitres qui débutent un peu avant la conquête du pouvoir pour se terminer lors des derniers jours de la guerre.

    Ainsi, Kershaw pense hitler comme une personne qui possède un pouvoir charismatique qui lui est concédé par une communauté de fidèles. Celle-ci voit en hitler un homme au destin exceptionnel chargé d'offrir les solutions à la faiblesse de l'Allemagne après la première guerre mondiale. Le fonctionnement du pouvoir hitlérien est basé sur des relations directes entre l'homme et ses subordonnés. Il est la seule personne capable de dire le droit et de trancher entre diverses stratégies. Ce qui implique des luttes de pouvoirs autours de lui afin d'avoir accès à lui mais aussi pour le mener à accepter une ligne spécifique que l'on pense en adéquation avec les buts d'hitler.

    Cependant, comme l'explique Kershaw, hitler n'était pas destiné à gagner le pouvoir. Lors de sa conquête du pouvoir il est le chef d'un petit parti qui ne réussit à devenir important que tardivement. De plus, lors de son accession à la Chancellerie son part était en perte de vitesse. Sa prise de pouvoir n'a été permise que par une conspiration d'élites économiques, militaires et politiques qui tentaient de modifier le fonctionnement de la République de Weimar en direction d'un régime autoritaire.

    De plus, Kershaw montre bien que le système du pouvoir autours d'hitler est fondamentalement antiétatique. En effet, les élites traditionnelles mais aussi l'administration impliquent un risque de remise en cause du pouvoir hitlérien. Le fonctionnement est donc basé sur une destruction du régime légal-rationnel au profit d'une multiplicité de centres de décisions dépendant directement d'hitler. Que ces centres n'aient pas des missions précises permet encore de rendre l'état plus faible et donc plus dépendant d'hitler. Kershaw conclut en expliquant que le pouvoir nazi était destructeur par définition. Son système ne pouvait que disparaitre avec hitler, qui incarne l'état et le destin allemand.

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  • Histoire de l’Allemagne de 1806 à nos jours par Johann Chapoutot

    Titre : Histoire de l’Allemagne de 1806 à nos jours
    Auteur : Johann Chapoutot
    Éditeur : Puf 11 janvier 2017
    Pages : 128

    On n’étudie pas forcément scolairement l’Allemagne. On parle, bien entendu, de Charlemagne, de l’Empire germanique mais on s’intéresse à ce pays surtout dans le cadre du mouvement des nations. Il n’est donc pas surprenant que l’auteur de ce livre débute après 1806, soit en pleine période Napoléonienne, pour se terminer avec Angela Merkel. Le livre est divisé en 10 chapitres.

    Les trois premiers chapitres sont ancrés dans le XIXème siècle. L’Allemagne n’existe pas encore en tant qu’état-nation mais le monde germanique et intégré aux problématiques de l’Europe. L’auteur commence par les réactions face à Napoléon et à la Révolution française. L’échec de l’armée prussienne pousse à invoquer le peuple comme défenseur du pays, autours du roi de la Prusse. Suit l’épisode de 1815 qui voit une forme de restauration en Europe. Celle-ci est contestée jusqu’à l’explosion révolutionnaire de 1848 qui, après des espoirs de démocratisation, se terminer avec le retour au pouvoir des conservateurs.

    Les chapitres 4 et 5 permettent de montrer de quelle manière l’Allemagne se constitue, après une manipulation de Napoléon III par Bismarck, et sa puissance industrielle en hausse face au Royaume-Uni. L’Allemagne devient une grande puissance que le chancelier guide face à l’ennemi français. Mais l’approche de la Première guerre mondiale voir la chute de la diplomatie de Bismarck et le retour de la France sur le devant de la scène. La diplomatie européenne débouche sur la guerre.

    Les chapitres 6 et 7 permettent de mettre en avant les effets de la guerre. Un premier chapitre montre l’édifice tremblant qu’est la République de Weimar. Celle-ci est proclamée dans un contexte politique difficile, détestée aussi bien par la droite que par la gauche. Le contexte économique et financier est tout aussi compliqué. La République ne tient que par une large coalition qui tombe face à la hausse des parlementaires communistes et nazis. Ces derniers vont être intégrés au gouvernement pour lutter contre le communisme. Ces deux chapitres permettent de voir comme un édifice démocratique peut être utilisé pour détruire la démocratie et déboucher sur une dictature sanguinaire.

    Enfin, les trois derniers chapitres se concentrent sur les deux Allemagnes, puis leur réunification. C’est, probablement, le moment de l’histoire allemande que je connais le moins. Chapoutot décrit le fonctionnement politique et sociale des deux Allemagnes, l’une se voulant démocratique et l’autre communiste. Dans les deux cas, les promesses ne sont pas tenues. L’Allemagne de l’ouest se veut libre mais les contestations sont durement réprimées. L’Allemagne de l’est organise la surveillance totale de sa population afin d’empêcher la possibilité même de contester l’ordre établi. Ce n’est que dans les années 90, après la chute du mur, que la réunification devient pensable à court terme malgré les coûts sociaux et économiques importants pour la population allemande.

    Ce petit livre n’est qu’une synthèse qui résume fortement des phénomènes historiques complexes. Mais on sent l’amour de l’auteur pour son sujet. Il s’essaie à ne pas réduire l’histoire de l’Allemagne à la période nazie. Plutôt que de ne faire de l’histoire qu’un prélude au nazisme puis des conséquences il nous présente rapidement la richesse politique d’un jeune état-nation.

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  • Héritages coloniaux. Les Suisses d'Algérie par Marisa Fois

    Titre : Héritages coloniaux. Les Suisses d'Algérie
    Autrice :  Marisa Fois
    Éditeur : Seismo Verlag 2021
    Pages : 184

    La question de la colonisation reste chaude pour les anciens colonisateurs et les pays colonisés. L'accès aux archives, les relations internationales mais aussi l'enseignement ou encore la mémoire ne sont pas des questions complétement réglées. La Suisse, elle, s'est longtemps présentée comme étrangère à l'histoire coloniale (et esclavagiste) puisque le pays n'a jamais possédé de colonies. Pourtant, la Suisse a envoyé des personnes dans des pas colonisés. Ce petit livre, proposé en accès libre pour sa version PDF, tente d'examiner les liens entre la Confédération et les colons helvétique en Algérie. Le livre est divisé en 5 chapitres.

    Les deux premiers chapitres se concentrent sur les débuts de la colonisation et l'arrivée des populations helvétiques en Algérie. L'autrice explique que l'expatriation, au XIXème siècle, n'est pas vu comme un moyen de créer des lieux utiles industriellement parlant mais d'exporter des populations marginalisées. Celles-ci doivent accepter un cadre de vie difficile avant de pouvoir vivre de leur propre terre à l'aide de l'agriculture. Petit à petit, ces colons sont un moyen d'exporter la culture helvétique au sein du monde et d'aider à créer des liens entre l'Algérie et la Suisse.

    La chapitre 3 se concentre sur la guerre de libération. Les colons helvétiques sont dans une position difficile puisqu'illes sont de provenance européenne mais illes sont aussi proche d'un pays qui permet à la France et à la future Algérie de travailler ensemble afin de permettre une libération du pays. Illes sont donc considérés négativement par les populations d'origine française. La Suisse, elle, est dans une position difficile aussi. Elle doit non seulement permettre des négociations entre deux forces combattantes mais aussi protéger ses citoyen-ne-s.

    Les deux derniers chapitres se concentrent sur le départ puis les revendications des populations suisses d'Algérie. Comme la majorité des habitant-e-s d'Europe, la population helvétique a quitté l'Algérie en laissant de nombreux bien, nationalisés par le gouvernement algérien. Se pose donc la question des réparations à la suite de ces "spoliations". Mais le gouvernement Suisse n'a jamais accepté l'idée de payer pour des actes d'un pays étranger. Ce qui pousse ces populations à créer une association commune et de s'insérer dans un réseau d'associations de colons européens revendiquant des aides économiques par suite de leur départ forcé. L'autrice nous montre l'incapacité totale de faire accepter ces revendications au sein du pays ainsi que les types d'arguments qui critiquent l'aide aux pays en voie de développement. Enfin, le livre se termine sur quelques portraits.

    Les liens entre la Suisse et la colonisation me semblent encore peu connus. Mais ce thème est de plus en plus examiné et analysé par des historien-ne-s qui utilisent aussi bien des archives d'états que des archives privées ainsi que des interviews. Ce qui a permis à Marisa Fois de mettre en avant des trajectoires semblables entre les populations européennes, pourtant diverses lors de leur vie en Algérie. De plus, elle illustre différentes phases dans la gestion des "colonies" composées de sujets helvétiques.

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  • Histoire de l'Europe par Jean Carpentier, Jean-Pierre Pautreau, Alain Tranoy, Elisabet Carpentier, Jean-Pierre Arrignon, François Lebrun, Dominique Borne et Jean-Jacques Becker

    Titre : Histoire de l'Europe
    Auteur-e-s :  Jean Carpentier, Jean-Pierre Pautreau, Alain Tranoy, Elisabet Carpentier, Jean-Pierre Arrignon, François Lebrun, Dominique Borne et Jean-Jacques Becker
    Éditeur : Seuil 1 décembre 2014
    Pages : 672

    L'Europe est défini en termes géographiques et politiques. Géographiquement on prendre en compte aussi bien l'ouest qu'une partie de l'est. On s'arrête vers la Turquie et sur les côtes de la méditerranée. Politiquement, l'Europe se définit comme un ensemble d'entités politiques qui, au fil de l'histoire, forment la civilisation dites occidentale qui sera imposée via l'impérialisme à une grande partie du monde actuel. Ce livre souhaite faire l'histoire de cet ensemble d'entités basées sur une forme de culture commune qui s'est construite, difficilement, historiquement. Il commence dans la préhistoire pour se terminer aux années 2000.

    Le livre est écrit à plusieurs mains, une nécessité pour ce type de programme puisque personne ne peut être expert de toutes les époques et de tous les pays impliqués dans cette histoire globale du continent européen. Il est divisé en 5 parties chacune se concentrant sur une période particulière et donc sans remettre en cause le découpage chronologique classique. Ce n'est pas le but de l'ouvrage qui souhaite offrir une base synthétique de l'histoire européenne. Ce programme est une réussite. Le texte est fluide et bien écrit. Les spécialistes ou les amateurs pourraient souhaiter en savoir plus sur certains événements, mais le livre est déjà bien gros et seul un projet bien plus vaste pourrait permettre d'entrer dans des détails spécifiques. Les auteur-e-s ont aussi la bonne idée d'ajouter des sources brièvement commentées ainsi que de nombreuses annexes (les arbres généalogiques des dynasties européennes me durent particulièrement utiles.)

    Une personne qui ne souhaite que des informations globales lui permettant de combler des trous dans ses connaissances appréciera ce livre. Les historien-ne-s pourraient être frustré-e-s. En effet, l'énormité de l'espace et du temps considéré implique des difficultés en ce qui concerne la mise en place d'une problématique. Un problème récurrent dans les ouvrages qui se souhaitent des manuels. Personnellement, je suis sceptique face au début du livre. Je ne crois pas qu'il soit possible de parler d'Europe lors de la préhistoire voire lors de l'antiquité. En effet, Europe est un terme aussi politique que géographique. Or, ce n'est que tardivement durant la période romaine que les peuples commencent à penser un espace politique et géographique commun. Même là, une partie de ce qui est considéré européen aujourd'hui est marginalisé. Le choix de la chronologie me semble donc questionnable.

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  • La crise des sociétés impériales. allemagne, France, Grande-Bretagne, 1900-940. Essai d'histoire sociale comparée par Christophe Charle

    Titre : La crise des sociétés impériales. Allemagne, France, Grande-Bretagne, 1900-940. Essai d'histoire sociale comparée
    Auteur :  Christophe Charle
    Éditeur : Seuil 7 mars 2001
    Pages : 608

    Christophe Charle, dans ce livre, essaie de comprendre le fonctionnement et la chute éventuelle de trois sociétés qu'il qualifie d'impériales. Ces sociétés fonctionnement de manière différentes mais elles ont toutes connus des crises comparables, en particulier concernant les tensions entre classes sociales. Ces trois sociétés sont aussi impliquées dans deux guerres mondiales et Christophe Charle essaie non seulement de comprendre l'effet de ces guerres mais aussi les raisons qui ont permis de justifier l'entrée en guerre de ces sociétés. Le livre est divisé en quatre parties.

    La première partie est constituée de trois chapitres. C'est une partie introductive qui permet é l'auteur de placer les éléments du décor de son essai de comparaison sociale. Chacun des chapitres se concentrent sur l'un des pays examinés afin de nous montrer son fonctionnement socio-politique. Deux de ces pays sont fortement inégalitaires. L'Allemagne est, en plus, peu démocratisé alors que la Grande-Bretagne connait une forme minimale de démocratie. Seule la France est une véritable démocratie, basée sur l'importance des paysans afin de contrecarrer la force ouvrière. Il ressort de ces chapitres que ces trois pays sont fortement inégalitaires en ce qui concerne les classes sociales.

    La seconde partie, en trois chapitres aussi, abandonne cette division en pays pour s'intéresser à des questions thématiques. Cet abandon est possible grâce à la première partie. Christophe Charle débute son examen par les dynamiques sociales. Ceci lui permet de nous expliquer comment les différentes classes sociales gagnent ou perdent en capitale politique et économique avant l'entrée en guerre de 1914. Cette entrée en guerre est expliquée dans le chapitre 5. Loin de se contenter de la culpabilité de l'Allemagne ou de l'attentat de Sarajevo Christophe Charle préfère mettre en avant des explications sociales. Ainsi, toutes les élites des pays concernées ont intérêt à une guerre mais sous-estiment ses effets. La durée de la guerre, qui était inattendue, serait due au besoin de justifier les sacrifices par une victoire de plus en plus importante. Un dernier chapitre examine le fonctionnement des sociétés durant la guerre. En plus de la division entre l'avant et l'arrière, Christophe Charle montre que les classes sociales des trois pays ne sont pas divisées de la même manière. Par exemple, les classes supérieures britanniques sont fortement impliquées dans la guerre.

    La troisième partie, 3 chapitres, se concentre sur l'entre-deux-guerres. L'auteur retourne à un examen par pays. Il débute par la République de Weimar qui connait des crises politique, sociale, économique et financière importante. Ces crises permettent de comprendre les raisons derrière la chute de la démocratie et l'arrivée au pouvoir des nazis qui annoncent défendre la petite bourgeoisie contre la gauche, au sens large. La France aussi connait une crise de classe importante qui débouche sur la grève générale de 1936 et l'arrivée au pouvoir de la gauche. La réaction est violente et empêche une union nationale interclasse. Enfin, la Royaume-Uni est tout aussi inégalitaire mais réussit à créer une forme de solidarité qui évite les solutions extrêmes.

    La dernière partie n'est constituée que de deux chapitres. Le premier examine l'état impérial nazi. Ce chapitre est assez restreint car il doit rester dans la problématique générale du livre. Christophe Charle examine le fonctionnement de la société et montre que l'état nazi garde une partie des anciennes élites en place, sauf si celles-ci proviennent d'un gouvernement de gauche. Cependant, l'état nazi offre de nouvelles entrées à des personnes plus jeunes qui se trouvent en dehors du bassin sociale des élites. Le dernier chapitre, lui, permet de comprendre pourquoi la France s'est effondrée alors que le Royaume-Uni a résisté lors de la deuxième guerre mondiale. Selon l'auteur, il faut voir une explication dans la solidarité plus importante entre les classes sociales au Royaume-Uni alors que la France est démoralisée rapidement suite, aussi, à de mauvaises décisions militaires.

    Ce livre est assez massif et les explications de l'auteur sont très riches. J'ai bien apprécié la problématique mise en place, même si les trois premiers chapitres sont plus difficiles à lire que les autres. Ils sont, en effet, bien plus arides. Mais dès la seconde partie, la lecture devient bien plus plaisante.

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  • La Suisse, le national-socialisme et la Seconde Guerre mondiale Rapport final par Commission Indépendente d'Experts Suisse – Seconde Guerre Mondiale

    Titre : La Suisse, le national-socialisme et la Seconde Guerre mondiale Rapport final
    Auteur-e-s :  Commission Indépendante d'Experts Suisse – Seconde Guerre Mondiale
    Éditeur : Pendo 2002
    Pages : 569

    Il a fallu beaucoup de temps avant que je ne me lance dans ce rapport final. Bien que j'aie lu quelques productions de la CIE Seconde guerre mondiale une grande partie de ses travaux ne m'est pas connu. Ce rapport final est donc l'occasion de lire un résumé des principales questions posées à la CIE par le Conseil fédéral durant les années 90. Outre une édition papier, la CIE a fourni une version PDF du livre sur son site internet (toujours en ligne). Ce rapport final est divisé en 5 chapitres si l'on enlève l'introduction et la conclusion (respectivement chapitres 1 et 7).

    Le premier chapitre, juste après l'introduction, vise à donner les connaissances minimales nécessaires pour comprendre la période. Il décrit la guerre, la Suisse mais aussi l’immédiat après-guerre et les crimes du régime national-socialiste. Immédiatement après, un chapitre 3 s'intéresse à la question des réfugié-e-s, une question qui a été réévaluées récemment. Ce chapitre résume l'examen fait dans un autre volume des rapports de la CIE. On retrouver donc les même questions et réponses. En particulier, les auteur-e-s mettent en avant les décisions restrictives des autorités helvétiques face à des personnes en danger de morts, marquant encore une fois l'impact de l'année 1942. On ne peut pas arguer du manque de connaissances de la part des autorités, plusieurs personnes avaient donnés des preuves irréfutables des crimes en train d'être commis. Les auteur-e-s examinent aussi les excuses de l'époque pour ne pas accueillir plus de réfugié-e-s et concluent en leur invalidité.

    Le chapitre 4 est le plus important du rapport, il est constitué de 12 sous-chapitres et de près de 200 pages. Ce chapitre examine dans le détail les relations économiques entre la Suisse et l'Allemagne. Des secteurs précis sont examinés comme l'électricité, le transit ferroviaire mais aussi les banques, les assurances et les achats de biens culturels. Les auteur-e-s font attention de bien montrer les différents moments chronologiques et les pressions aussi bien de la part des alliés que des autorités allemandes. Il est, en effet, difficile de commercer avec les alliés après que l'Allemagne a pris le contrôle des tous les territoires entourant la Suisse. Néanmoins, les auteur-e-s montrent que les secteurs d'activités qui commercent avec l'Allemagne ont accepté les lois raciales allemandes sans remises en question, allant parfois même plus loin que demandé. Une partie de ce chapitre examine, d'ailleurs, les aryanisations des entreprises helvétiques qui impliquent le licenciement du personnel juif jusqu'en Suisse. Les auteur-e-s examinent aussi la question du travail forcé et expliquent que l'existence de celui-ci est connue dans par les décideurs économiques.

    Le chapitre 5, court, est un examen des questions de droit suisse en lien avec le droit racial allemand et les mises en causes impliquées pour l'ordre public helvétique. Il est placé avant le chapitre 6 qui examine les questions de restitutions de biens spoliés. La question se pose à la fin et après la guerre. Les auteur-e-s démontrent le peu d'empressement des autorités mais aussi des banques, assurances et musées pour résoudre cette question. En particulier, le secret bancaire a ici joué contre les victimes en empêchant des enquêtes au sein des banques qui souhaitaient protéger ce concept. Il est aussi nécessaire, pour les autorités helvétiques, de protéger le droit de possession mis à mal par l'idée de restitution, malgré les acquisitions douteuses voire directement illégales. Les auteur-e-s proposent une explication à ce manque d'empressement concernant les restitutions. Illes ne défendent pas la thèse de la corruption mais celle qui implique de suivre rigoureusement un droit précis qui permet de défendre, à l'international, un pays stable et sûr en ce qui concerne la finance.

    Ce rapport final n'est pas une lecture facile. Il est très dense et il ne fait que résumer 25 volumes. Les auteur-e-s savent que leurs conclusions n'impliquent pas la fin de la recherche. La fin de la conclusion permet de mettre en avant plusieurs questions en suspens à l'époque tout en présentant l'espoir d'un débat scientifique serein non seulement en Suisse mais aussi à l'étranger.

    Éditeur

  • Placés, déplacés, protégés ? L’histoire du placement d’enfants en Suisse, XIXe-XXe siècles par Joëlle Droux et Anne-Françoise Praz

    Titre : Placés, déplacés, protégés ? L’histoire du placement d’enfants en Suisse, XIXe-XXe siècles
    Autrice :  Joëlle Droux et Anne-Françoise Praz
    Éditeur : Alphil 2020
    Pages : 142

    Depuis quelques années les politiciens et chercheurs/euses se concentrent sur une histoire oubliée de la Suisse, ceci sous pression de personnes qui ont subi des décisions de placements et d'internements. La confédération a fait ses excuses ainsi que des autorités cantonales. Un fond a été mis en place pour atténuer, financièrement, les conséquences des placements à des fins d'assistances. Et des programmes de recherches ont été financé pour comprendre ce qui s'est déroulé et pourquoi (dont le PNR 76 toujours en cours). Ce petit livre vise à synthétiser les conclusions d'un projet de recherche sur les placements d'enfants. Il est construit en deux parties chronologiques.

    La première partie se concentre sur le XIXème siècle jusque dans les années 40, soit la mise en place du Code pénal suisse. Les autrices examinent la mise en place de la protection de l'enfance et des placements. Elles démontrent que cette protection de l'enfance dépend d'un effort international concernant non seulement les droits des enfants mais aussi les réformes de la justice. La justice des mineur-e-s est vue comme devant proposer des moyens de réformes et non punir un fait précis. Cela implique de proposer des mesures dont le temps n'est pas défini et qui peuvent être révisées, créant une forte incertitude pour les enfants concernés. Les placements ont lieu dans des milieux privés dont les finances ne sont pas très bonnes. Ces maisons fonctionnent par concurrences entre elles, empêchant des pensions trop élevées, et jouent sur le travail bénévole des enfants, travail vu comme un moyen de réforme. La vie dans ces établissements, parfois des prisons, est difficile avec un manque flagrant de chaleur humaine.

    La seconde partie se concentre sur les critiques et réformes pour se terminer de nos jours. Certains chapitres reprennent des périodes déjà examinées, mais dans une problématique différente. En effet, les autrices démontrent que les critiques existent depuis longtemps. L'aspect privé des établissements lié au souhait des communes de contrôler les coûts de l'assistance mène à une course au moindre frais qui se fait au détriment des personnes. Mais les critiques ne permettent pas de mettre en place des réformes. Ce n'est que dans les années 50 que les établissements commencent à essayer de suivre un fonctionnement qualifié de familial. Les résistances sont fortes et seules une révision du code pénal et du code civil permet d'une part de mettre en avant les droits des enfants et de créer un contrôle fédéral sur les établissements avec une surveillance plus importante par les assistant-e-s sociales. La partie se termine sur un historique des demandes de recherches. Les autrices inscrivent ces demandes dans un effort international de révision du passé des états et de leur gestion de la pauvreté.

    Alphil publie ici un petit livre synthétique, dont il offre la version PDF (une bonne idée étant donné que les librairies sont fermées). Bien que court, il est dense et je n'ai fait qu'effleurer ce qui est examiné par les autrices. Ce petit livre permet à tout le monde de mieux connaitre les recherches actuelles sur les placements et internements à des fins d'assistance dont les victimes cherchent encore une reconnaissance publique et une aide réelle. Je rappelle, d'ailleurs, que les conclusions de la Commissions d'expert-e-s internement administratif n'ont pas été suivies par le gouvernement qui semble vouloir se contenter de l'aspect financier pour mieux oublier les recherches et leurs questionnements pour aujourd'hui et demain.

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  • Le meurtre de Weimar par Johann Chapoutot

    Titre : Le meurtre de Weimar
    Auteur :  Johann Chapoutot
    Éditeur : Presses Universitaires de France 11 mars 2015
    Pages : 108

    Les livres sur l'état nazi et ses crimes sont très nombreux. Il est extrêmement facile de les trouver et de les acheter. Les livres qui parlent de la République de Weimar et de sa fin sont moins nombreux dans les étagères des librairies. Il y a quelques années, j'avais lu un petit livre qui examinait le fonctionnement politique et institutionnel de cette république. Ce livre, le second de Chapoutot que je lis, s'intéresse à un fait divers précis pour mieux expliquer pourquoi et comment la République tombe et comment fonctionne, idéologiquement, le nazisme.

    On peut donc diviser ce livre en deux thèmes. Le premier concerne la République de Weimar. Usant d'un fait divers l'auteur explicite le fonctionnement de la République dans le cadre d'une crise politique et économique majeure. Alors que cette République devait être fortement démocratique l'ampleur de la crise et l'incapacité de créer une majorité parlementaire poussent la présidence à gouverner par décrets-lois. Cette incapacité de créer une majorité est due à la fois par le nazisme et les communistes, les deux extrêmes refusent le fonctionnement démocratique de la République. Vu que Weimar ne peut tenir sur une minorité le gouvernement essaie de créer des alliances avec l'extrême droite, tout en lui refusant l'entrée au gouvernement. Par la même occasion, des décisions sont prises contre les milices politiques, mais celles-ci sont souvent annulées quelques temps plus tard.

    Un second thème concerne la place du nazisme au sein de la société et ses tactiques pour prendre le pouvoir. Le livre se concentre sur une période de légalisme pour le parti. Le but est de prendre le pouvoir de manière légale sans coup d'état (mais les nazis veulent détruire la démocratie de l'intérieur, pas respecter ses institutions). Mais les troupes SA souhaitent le pouvoir et combattre contre l'ennemi. Il est donc nécessaire de justifier la violence des SA aussi bien en nommant un ennemi (juif, polonais et communiste) qu'en argumentant sur l'existence d'une guerre civile face à laquelle seuls les nazis ont résisté. La violence devient une défense et non une attaque. Le fait divers mis en avant par l'auteur permet aussi d'expliciter la vision du droit par les nazis. Ceux-ci considèrent que certaines personnes valent moins que d'autres et donc leur destruction est justifiée si cela permet de défendre la nation, biologique, allemande.

    Ce petit livre me semble mieux réussi que ma dernière lecture de Chapoutot. L'auteur use d'un meurtre précis pour mieux montrer l'état d'une société sur le point d'être dépassée par un état nazi. Je déplore que, de temps en temps, il y ait quelques propos qui créent de la confusion dans la chronologie. De plus, je trouve le livre bien trop court pour bien expliquer pourquoi la République de Weimar chute aux nazis. C'est dommage car les choix iconographiques et les sources mises en avant sont bien choisis et permettent à l'auteur de mettre en avant une thèse intéressante.

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  • Les féminismes en Europe. 1700-1950 par Karen Offen

    Titre : Les féminismes en Europe. 1700-1950
    Autrice :  Karen Offen
    Éditeur : Presses Universitaires de Rennes 2012
    Pages : 544

    J'ai lu plusieurs ouvrages d'histoire des féminismes. Ceux-ci sont, malheureusement, souvent centrés uniquement sur la France voire même à Paris spécifiquement. Il existe des exceptions comme le très bon Histoire mondiale des féminismes. Je souhaitais en savoir plus sur des féminismes non-francophones je me suis donc lancé dans la lecture de ce livre qui se concentre sur l'Europe entière. Il est construit en trois parties chronologiques. Le livre débute par un chapitre qui permet à l'autrice de conceptualiser le terme de féminisme tout en explicitant le fonctionnement de son livre.

    La première partie se concentre sur les années du XVIIIème siècle à l'aide de deux chapitres qui nous parlent des Lumières et de la Révolution Française. Karen Offen explique que cette période ne connait pas le terme de féminisme, mais cela ne doit pas empêcher d'examiner les moments de luttes en faveurs des droits des femmes. En effet, aussi bien des hommes que des femmes ont débattus et écrits afin de savoir si les femmes peuvent avoir une place égale aux hommes au sein de la Cité. En particulier, la Révolution Française est un premier moment de débat concernant les droits de vote. En effet, les hommes reçoivent ce droit mais les femmes en sont exclues. Outre cette question, les femmes revendiquent une éducation identique à celle des hommes en récusant une capacité de réflexion moindre face aux hommes. La question de l'éducation se retrouve dans plusieurs textes. L'autrice nous explique aussi que le rejet de la Révolution implique un rejet des droits des femmes, vus comme révolutionnaires.

    La seconde partie, de 5 chapitres, s'intéresse au XIXème siècle. C'est un siècle remplit d'événements politiques et de tentatives de révolutions, réussies ou non. Les mouvements féministes se greffent et tentent d'utiliser ces insurrections pour gagner des droits civils et civiques et sont mis sous silence lors des moments de reprises de contrôles. Ainsi, 1848 mais aussi les chutes des différentes monarchies françaises permettent aux femmes de demandes des droits égaux et, en particulier, le droit de vote. La période permet également de relancer le souhait d'une même éducation et la possibilité d'entrer au sein des universités. Cependant, le XIXème siècle est aussi un moment de lutte antiféministe avec la mise en place de ce que l'autrice nomme une guerre des savoirs. Les hommes et femmes antiféministes tentent de prouver une incapacité spécifiquement féminine de faire les mêmes choses que les hommes ce qui permet de justifier leur place au sein du foyer, protégée. Même les mouvements socialistes commencent à refuser les causes féministes au profit d'une part de la cause ouvrière mais aussi du travail des hommes. Les femmes sont vues comme des concurrentes potentielles dont le travail doit être régulé et protégé. Dans l'idéal, les ouvriers considèrent que le travail féminin ne doit exister que durant une période de célibat avant un mariage avec un homme qui offre des ressources financières adéquate à toute la famille.

    La dernière partie, en 4 chapitres, nous parle de la première partie du XXème siècle. En effet, l'autrice a décidé de ne pas traiter des mouvements féministes après 1950. Ces 4 chapitres font très attention aux périodes de guerres. Alors que certains mouvements féministes, nationaux comme internationaux, tentent d'éviter une guerre et considèrent que le féminisme est fondamentalement pacifique et la guerre fondamentalement masculine, d'autres mouvements féministes s'inscrivent dans le nationalisme et l'effort de guerre ou de résistance par la maternité. Il faut prendre en compte que nous sommes dans une période de craintes face aux pertes démographiques qui impliquent une pénalisation de plus en plus importante des contraceptions et de l'avortement. La guerre est aussi un moment qui met en danger les mouvements féministes. En effet, un grand nombre de femmes sont mortes et ne peuvent donc pas transmettre leurs archives, leurs connaissances ou le contrôle des organisations. Mais c'est aussi un moment d'internationalisation à l'aide de la SDN puis de l'ONU qui, tous les deux, s'intéressent à la cause des femmes en faveurs de l'égalité menant des recherches et enquêtes internationales.

    Ce livre est une somme importante de connaissances. L'autrice s'intéresse à un grand nombre de pays. Seuls quelques chapitres se concentrent sur des pays précis afin de permettre de répondre à des questions précises à l'aide d'un examen comparatif. L'autrice utilise et analyse un nombre impressionnant de sources de natures diverses et qui permettent de justifier son propos. Ainsi, malgré une idée souvent exprimée, les premiers mouvements féministes ne se contentent pas de parler du droit de vote. Déjà au XIXème siècle se pose la question du travail, de l'éducation, du salaire mais aussi de la politique familiale via la protection de la maternité et de l'amour libre, tenté par quelques couples. Cependant, je déplore que l'autrice ne se soit que peu intéressées aux relations entres les féministes européennes et les populations des colonies. La question de la race est un angle mort de ce livre. Les livres Ne nous libérez, pas on s'en charge ainsi qu’Histoire mondiale des féminismes donnent bien plus d'informations sur ce point et permettent de mettre en avant les tensions entre féminismes européens et féminismes dans les colonies et par les personnes racisées.

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  • La conquête d'un droit. Le suffrage féminin en Suisse (1848-1971) par Brigitte Studer

    Titre : La conquête d'un droit. Le suffrage féminin en Suisse (1848-1971)
    Autrice : Brigitte Studer
    Éditeur : Alphil 2020
    Pages : 160

    Lorsque la Suisse sort de la guerre du Sonderbund une nouvelle constitution est écrite et mise en application. Celle-ci, offre le suffrage universel. Mais, comme le dit l'autrice, ce suffrage n'est pas si universel qu'on ne le croit. En dehors des personnes interdites du droit de vote car trop pauvres il faut noter les femmes qui, jusqu'en 1990, n'auront pas le droit de vote dans tous les cantons de la confédération, malgré un droit de vote au niveau fédéral en 1971. L'autrice nous présente les combats en faveurs du suffrage de 1948 jusqu'en 1971 en dix chapitres.

    Ces dix chapitres s'organisent de manière chronologique. On commence au XIXème siècle pour suivre les différents débats et votes en passant par la première et seconde guerre mondiale, les années 50 et les premières victoires cantonales. Cette organisation nous permet d'observer les différents échecs du mouvement en faveurs de l'accès au droit de vote et donc de comprendre les raisons de cet échec.

    En effet, l'autrice commence par mettre en question l'idée répandue d'une difficulté de nature historique, d'un conservatisme de la société helvétique. Elle essaie de comprendre pourquoi ce conservatisme a empêché si longtemps le droit de vote en Suisse. Une explication consiste à mettre en avant la difficulté de réussir à forcer un changement au sein de la Constitution, forcé par des doctrines conservatrices de celle-ci. On peut aussi noter l'usage de tactiques politiques très policées qui ne sont pas réellement suivies d'effets, l'arrivée du MLF permet de dépoussiérer le répertoire d'action et de forcer une prise en compte de différents sujets. Mais il faut aussi noter la difficulté d'imposer le sujet à l'agenda politique. Il est rare que les exécutifs discutent spontanément du droit de vote et lorsqu'ils y sont obligés leurs réactions sont lentes, marquant le souhait d'éviter le sujet.

    Ce petit livre est une bonne lecture, synthétique, du sujet pour les personnes qui souhaitent en savoir plus. Comme il est d'usage pour cet éditeur, les différents chapitres sont agrémentés de propositions bibliographiques. J'ai personnellement apprécié l'ajout de différentes affiches électorales qui permettent d'illustrer les débats, même si j'aurais apprécié des copies numériques de bonne qualité. Je suis très heureux d'avoir pu me le procurer. En effet, l'éditeur annonce une rupture de stock à ce jour et une nouvelle édition n'aura lieu qu'en janvier.

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  • Histoire du XIXe siècle par Serge Berstein et Pierre Milza

    Titre : Histoire du XIXe siècle
    Auteurs : Serge Berstein et Pierre Milza
    Éditeur : Hatier 2 mai 1995
    Pages : 538

    Je l'ai déjà dit, je ne suis pas un grand connaisseur de l'histoire du XIXème siècle. Après avoir lu les classiques de Hobsbawm qui tentent d'expliquer le passage d'un ancien régime à un impérialisme j'avais lu un manuel dont la question principale concernait l'éveil des nationalités. Ce manuel est destiné à des étudiant-e-s de France qui préparent l'un des nombreux concours de ce pays. Contrairement aux autres ouvrages mentionnés, ce manuel n'a pas de problématique au profit d'un ensemble d'informations thématiques touchant toute l’Europe et, minoritairement, le reste du monde.

    Le livre est construit en deux parties. La première partie concerne le monde de 1815. Après la victoire contre Napoléon le monde européen est reconstitué autours d'une idée précise : éviter le retour de la Révolution et l'éveil des nations. Plusieurs couronnes sont reliées dans cet effort commun : la Russie, l'Autriche et le Royaume-Uni bientôt rejoints par la France à la monarchie restaurée. Mais cette alliance fait fi de l'importance des idées nationales et révolutionnaires au sein des populations européennes. Les tensions monteront jusqu'en 1848 lorsqu'une grande partie de l'Europe subira des mouvements révolutionnaires.

    La seconde partie concerne la destruction de l'Europe de 1815. Les mouvements des nationalités sont de plus en plus nombreux soutenus par la France mais aussi par les pays allemands qui y voient un moyen de s'unir contre la couronne autrichienne. Les différents royaumes doivent accepter la remise en cause de l'ordre européen. Mais l'arrivée de nouvelles nations implique de nouvelles tensions selon que l'unification de certains pays est soutenue ou combattue par d'autres puissances. La seconde partie du siècle est aussi celle de la course aux colonies qui créent aussi de nouvelles tensions, malgré des tentatives de pacification. Le livre se terminer sur l'état du monde diplomatique au début du XXème siècle et l'annonce des crises qui mèneront à la guerre mondiale.

    Cet ouvrage est très dense. Il contient aussi des schémas et cartes particulièrement utiles pour comprendre le propos des auteurs. Ceux-ci nous donnent beaucoup d'information sur de nombreux sujets. Mais ces informations permettent d'utiliser le livre non comme un ouvrage à parcourir de A à Z mais comme un outil de travail en cas de besoin d'informations sur un sujet précis. D'ailleurs, les auteurs renvoient souvent certains points à d'autres chapitres. Cependant, il est dommage qu'une bibliographie thématique ne soit pas jointe aux divers chapitres.

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  • La République Helvétique. Laboratoire de la Suisse moderne par Biancamaria Fontana

    Titre : La République Helvétique. Laboratoire de la Suisse moderne
    Autrice : Biancamaria Fontana
    Éditeur : Presses polytechniques et universitaires romandes 3 novembre 2020
    Pages : 160

    La République Helvétique est souvent décrite ainsi : c'est une période méconnue de l'histoire du pays et c'est le régime le plus détesté de l'histoire de la Suisse. En dehors de ces deux proclamations peu de personnes ont réellement des connaissances concernant cette courte période de ce qui deviendra, ensuite, un pays reconnu et modelé par les grandes puissances européennes. Pourtant, cette courte période est riche aussi bien en événements qu'en idées qui sont ensuite réutilisée pour la construction de l'état Suisse. Biancamaria Fontana, dans ce petit livre, tente de mettre en avant la richesse des débats de l'époque autours des différentes questions posées par la République Helvétique.

    Le premier et le dernier chapitres font offices d'introductions et de conclusions à l'ouvrage. Le second chapitre pose la question du lien entre la France, sous le régime du Directoire, et les demandes d'aides de la part de milieux prorévolutionnaire en Suisse. Ce chapitre permet d'expliquer les raisons derrière la construction d'un état uni, du moins sur le papier, et donc la destruction des états cantonaux ancestraux. Cette union permet de détruire les anciennes aristocraties mais, sans le vouloir, cela permet aussi de concrétiser l'existence de la Suisse en tant qu'état en Europe.

    Les chapitres 3 et 4 s'intéressent aux débats internes au pays. Tout d'abord, se pose la question de la nouvelle constitution. Celle-ci garde l'idée de démocratie mais imite les institutions françaises. Ce qui implique une séparation des pouvoirs qui n'existait pas auparavant. Ensuite, se pose la question du fonctionnement du fédéralisme dans un monde moderne. Plusieurs auteur.e.s sont ici mobilisé.e.s par Biancamaria Fontana. Ce qui lui permet de mettre en avant une certaine contemporanéité des questions soulevées, par exemple le lien entre les dirigeants politiques et la population.

    Le chapitres 5 et 6 me semblent s'intéresser aux relations avec le reste du monde et la France en particulier. En effet, la République Helvétique est souvent intégrée aux républiques sœurs mises en place lors des guerres du Directoire aussi bien comme moyen d'étendre les idées révolutionnaires que comme moyen de défense externes. Ces républiques sœurs ont eu une courte histoire, subissant soit la reprise de contrôle de la part de monarchie soit l'intégration au sein de la France tout en ayant vécu des spoliations militaires par l'armée française. Le destin de la Suisse est différent puisque, comme l'explique le chapitre 6, Napoléon convoque des suisses afin de créer un nouveau régime, plus stable et qui durera jusqu'au congrès de Vienne en 1815, sous le nom de Médiation. Même si une partie de ce qui est la République Helvétique est abandonné cet acte de Médiation consolide d'autres points, en faisant des acquis.

    Ce livre est très synthétique et s'intéresse peu aux événements ou aux questions sociales. L'autrice analyse les différentes œuvres philosophiques et politiques tout en les insérant dans un contexte précis. Par son analyse elle permet de comprendre de quelle manière des idées permettent de remodeler le pays ou sont confrontées à la réalité et donc amendées. Selon moi, nous avons ici un bon livre qui permet à tout un chacun de mieux comprendre cette courte période de notre histoire, période pourtant si liée à la constitution de 1848.

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  • La ville médiévale. Histoire de l'europe urbaine 2 par Patrick Boucheron et Denis Menjot et sous la direction de Jean-Luc Pinol

    Titre : La ville médiévale. Histoire de l’Europe urbaine 2
    Auteurs : Patrick Boucheron, Denis Menjot et Jean-Luc Pinol
    Éditeur : Seuil 2011
    Pages : 544

    Je l'ai sûrement déjà écrit, je connais mal l'histoire urbaine. Le connais encore moins dans le cadre de l'histoire médiévale. Alors que je connais bien la place des villes au sein de l'antiquité romaine leur déclin, mais non disparition, lors de la longue période médiévale a rarement été questionné par mes choix de lectures. Souhaitant mettre en question mes connaissances je me suis donc intéressé à un manuel mais aussi à ce livre écrit à plusieurs mains. Il est tiré à part, et sous format poche, d'un ouvrage bien plus important qui s'intéresse à l'histoire urbaine européenne depuis l'antiquité jusqu'à nos jours (tous ces livres sont disponibles en poches dans 5 autres volumes).

    Le livre est construit en 4 parties de 2 à 3 chapitres. La première partie concerne le haut moyen-âge soit le VIIIème siècle au XIème siècle. Un premier chapitre nous permet de comprendre l'effacement des villes mais aussi la continuité d'une forme de pouvoir ecclésiastique. Cette continuité permet aux villes de garder une certaine forme de domination sur leur espace proche, sous la conduite de l'Église. Un troisième chapitre permet de s'intéresser aux cités musulmanes, un thème que je connais très peu. Plusieurs exemples permettent d'illustrer le fonctionnement de ces villes en ce qui concerne la place des différentes professions mais aussi du pouvoir au sein de l'urbain. Il faut aussi mentionner un chapitre qui examine les nouvelles formes urbaines qui quittent, souvent, les milieux urbanisés sous la civilisation romaine. Après cette introduction concernant la ville et ses transformations une nouvelle partie s'intéresse au renouveau urbain du XIème au XIVème siècles.

    En deux chapitres cette seconde partie permet de comprendre pourquoi des villes sont fondées. En dehors du commerce qui permet aux villes de retrouver une population importante il faut prendre en compte les besoins spatiaux des différents royaumes. Fonder une ville permet un contrôle de l'espace et des voies de commerce tout en créant un milieu favorable à l'économie locale. Les auteurs examinent aussi la construction des villes qu'elles soient anciennes ou nouvelles. En particulier, les enceintes et les marchés sont directement examinés. En effet, les enceintes permettent de défendre la ville mais aussi de marquer son importance à l'aide d'un ouvrage de prestige. D'ailleurs, certaines familles sont censées s'occuper de certaines parties de l'enceinte. Les marchés, eux, permettent de contrôler l'espace économique de la ville.

    La troisième partie s'intéresse, enfin, aux personnes qui habitent dans les villes en nous parlant du travail mais aussi des sociabilités. Le chapitre sur le travail permet de comprendre la richesse des différents métiers urbains mais aussi leurs organisations au sein de guildes ou de hanses. Ainsi, les personnes qui travaillent ont des statuts, donc des droits et devoirs, spécifiques qui permettent une inscription dans la hiérarchie urbaine. J'ai particulièrement apprécié l'autre chapitre qui permet réellement d'imaginer la vie en ville. Les auteurs nous montrent que la ville est divisée en quartiers contrôlés par différentes familles. Ces quartiers peuvent même être séparés par des portes marquant le contrôle local. Ce chapitre donne l'impression de villes profondément divisées selon les capacités de contrôle de l'espace urbain.

    Enfin, la dernière partie s'intéresse au politique en relation avec les villes. Petit à petit, certaines villes commencent à prendre leur autonomie, contrôlant une région en tant que seigneurs. Ce qui implique la constitution d'un mode de gouvernement mais aussi d'une élite urbaine aussi bien politique qu'économique qui met en question le contrôle spatial des grandes familles sur le commun. La fin de l'époque médiévale est aussi un moment de crises pour les villes qui subissent les épidémies et les guerres, ce qui implique des ponctions fiscales importantes ainsi que des frais pour la défense et le ravitaillement. Dans le même temps, les différentes monarchies tentent de reprendre le contrôle des villes en détruisant, parfois, les enceintes ou en cooptant les élites administratives au sein de leur gouvernement. Ce qui permet aux auteurs du livre de considérer la ville médiévale comme un moyen de créer l'état.

    En conclusion, nous avons ici un livre riche dont je n'ai fait qu'effleurer le propos. Il faut avouer que je n'ai pas compris toutes les thèses des auteurs, ceci dépendant de mes propres méconnaissances de l'histoire urbaine. Mais ce livre n'est pas non plus impossible à lire pour les personnes qui ne sont pas expertes. Il demande simplement certaines connaissances de bases de l'époque médiévale et d'accepter de remettre en cause certaines idées sur la période.

    Image : Éditeur

  • La République romaine 133-44 av. J.-C. par Janine Cels Saint-Hilaire

    Titre : La République romaine 133-44 av. J.-C.
    Auteur : Janine Cels Saint-Hilaire
    Éditeur : Armand Colin 20 mai 2020
    Pages : 254

    Ce court livre se concentre sur une période précise de la République romaine : les années de crises. Cette période, ses différents problèmes, permet de comprendre pourquoi et comment on est sorti de la légalité républicaine pour entrer dans un nouveau régime, le Principat. Pour cela, l'auteur écrit 7 chapitres. Il ajoute, comme de coutume dans cette collection cursus, un examen de plusieurs écrits dans le cadre d'annexes.

    Le premier chapitre permet de placer le décor. Janine Cels Saint-Hilaire y fait un résumé du fonctionnement de la République et des différents mots qui permettent de la comprendre. Il faut, en particulier, faire attention au terme mos maiorum fréquemment invoqué pour condamner des adversaires.

    Les trois chapitres qui suivent permettent d'expliciter les tentatives de réformes. La première est la réforme agraire tentée par les frères Gracques. Celle-ci a comme but de restaurer l'idéal de citoyen soldat capable de payer ses armes à l'aide son travail de la terre. Mais les guerres ont mis à mal cet idéal. La population s'est appauvrie, une minorité devenant extrêmement riche, ce qui crée un risque pour l'armée dont les membres sont de moins en moins nombreux. La deuxième réforme est, justement, celle de l'armée. À la suite de Marius, les soldats ne sont plus des citoyens mobilisés mais des volontaires qui acceptent le service en échange d'une participation au butin, en terre, esclaves ou en monnaie. Enfin, l'auteur mentionne la guerre sociale entre les alliés et la République romaine. Celle-ci découle des demandes de plus en plus fortes envers les alliés tout en fermant l'accès à la citoyenneté romaine, et ses avantages.

    Les trois derniers chapitres montrent les problèmes créés par les guerres civiles. Bien entendu, la République romain a souvent connu des problèmes sociaux entre les membres de sa société. Mais l'auteur explique que ces problèmes étaient résolus de manière politique par une modification des règles. Depuis les Gracques, c'est la violence qui régule les contestations. De plus, par suite de Marius puis Sylla, les soldats sont fortement liés à leurs généraux qui leurs permettent de gagner de l'argent, et bien moins à la République. Ce lien de clientélisme permettra à Pompée, Jules César et Octave de pouvoir faire la guerre contre d'autres romains. Pour finir, les personnes les plus importantes commencent aussi à prendre sur eux des charges illégales. Sylla fut dictateur à vie, comme Jules César. Sans mentionner Octave qui fut consul, tribun, grand pontife, etc.

    Ce petit livre est un bon moyen de comprendre les raisons de la fin de la République. Le propos est clair, structuré et pas trop spécialiste tout en définissant les termes importants pour comprendre l'époque et la société romaine antique. Ce livre peut permettre d'entrer dans des ouvrages plus spécialisés.

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  • The singing club

    Il y a quelques années, en Grande-Bretagne, des soldats durent partir en guerre en Afghanistan. Ce film parle des personnes qui sont laissées derrière : les femmes et les enfants des soldats. Celles-ci vivent au sein des bases militaires dans lesquelles elles tiennent une partie de l'économie. Leur statut peut dépendre du grade de leurs maris. Elles vivent ensemble et se soutiennent alors que, souvent, elles ne savent pas ce qui est en train d'arriver durant la guerre. Pour passer le temps et éviter de penser au danger elles décident de créer un club de chant mais ce qui est d'abord un simple hobby devient quelque chose de plus professionnel.

    SPOILERS

    Il y a peu de choses à dire sur ce film car il est entièrement sans surprises. On sait ce qui va arriver, comment et pourquoi. Cela n'implique pas que le film soit un échec. Au contraire, la réalisation sait ce qu'elle veut faire et le fait bien même si rien de transcendant ni de surprenant nous arrive. Le but est de créer un film drôle mais aussi tragique. Des personnages réels mais aussi imaginaires dont les propos peuvent parfois être proche de l'absurde. Le film réussit à créer des sentiments et un attachement envers les différents personnages sans avoir besoin de beaucoup d'efforts.

    Bien entendu, le fait que le film parle des femmes de militaires lors d'une guerre implique nécessairement de parler du rapport à la mort. Deux personnages ont connu une perte alors que les autres essaient de réguler leurs craintes en usant de plusieurs techniques que ce soit de ranger toutes les possessions du militaire afin de ne pas avoir à le faire si besoin ou de préparer des paquets pleins d'objets humoristiques. Le lien de ces femmes avec la mort de leurs proches résonne facilement avec nos propres expériences, même si nous ne sommes pas liés à des militaires.

    *
    **
    *** Sans surprises mais sympathique
    ****
    *****

  • Ne nous libérez pas, on s'en charge. Une histoire des féminismes de 1789 à nos jours par Bibia Pavard, Florence Rochefort et Michelle Zancarini-Fournel

    Titre : Ne nous libérez pas, on s'en charge. Une histoire des féminismes de 1789 à nos jours
    Autrices : Bibia Pavard, Florence Rochefort et Michelle Zancarini-Fournel
    Éditeur : La Découverte 2020
    Pages : 510

    Il existe plusieurs synthèses d'histoire des féminismes. Deux des autrices du présent ouvrage en ont écrit, ce sont deux livres que je possède et que je recommande chaudement. Ces trois chercheuses ont décidé de relier leurs connaissances afin d'écrire une synthèse historique des féminismes en France. L'attente, de ma part, fut intense. Lorsque j'ai acheté ce magnifique ouvrage de près de 500 pages seule une force de volonté importante m'empêcha de me plonger dedans sans pauses ni sommeil. Il faut dire que, outre un texte extrêmement bien écrit, les autrices ont ajouté une bibliographie intéressante mais aussi une iconographie qui est directement reliée au propos. Le livre est construit de manière chronologique en 4 parties.

    La première partie se concentre sur la période 1789-1871 avec 4 chapitres. Les autrices justifient leur choix tout en notant que les féminismes, en tant que mouvement politique, ne sont pas encore nés en 1789. Personnellement, j'aurais apprécié un chapitre entier sur les penseurs et penseuses des droits des femmes de l'époque médiévale. Les autrices se concentrent sur les moments révolutionnaires pour expliciter les tentatives de libéralisation des droits des femmes. Elles notent surtout que ces tentatives sont toujours et presque immédiatement contré par les pouvoirs politiques et les hommes.

    La seconde partie s'intéresse à la période 1871-1944. C'est une période qui est entourée par deux régimes autoritaires avec la création de la Troisième République au centre. C'est aussi la fin du XIXème et donc l'arrivée des thèses marxistes et des luttes syndicales. Bien que des socialistes utopistes aient existé, ils sont moins importants après 1871. L'époque voit deux questions principales. Premièrement, se pose la question de la capacité des femmes à travailler. Faut-il une protection spéciale des femmes ou doit-on leur donner les même droits et devoirs que les hommes ? Une seconde question concerne le droit de vote qui ne sera accepté, en France, qu'en 1944. La période permet aussi d'observer les premiers mouvements antiféministes, on peut mentionner le misogyne Proudhon dont les propos sont difficilement soutenables.

    La troisième partie concerne 1945-1981. Après une perte de vitesse des mouvements féministes, ceux-ci reprennent de l'importance à la suite du livre de Simone de Beauvoir mais aussi après les événements de 68. Les mouvements se rajeunissent fortement tout en théorisant de nombreuses idées. En France, la période permet de poser la question du droit au contrôle de son corps. Dans un pays qui pénalise l'avortement, la contraception et la simple information concernant ces deux thèmes, le militantisme commence par se baser sur des questions purement médicales concernant la contraception. Ce n'est que plus tard que des mouvements féministes décident de s'attaquer à la criminalisation de l'avortement en pratiquant publiquement et en défendant les femmes qui risquent la prison. Marquant l'impossibilité de faire respecter une loi de moins en moins défendable.

    La dernière partie est la plus proche de nous puisqu'elle débute dans les années 80 pour se terminer en mars 2020. Les premiers chapitres démontrent l'intégration des mouvements féministes et des féministes au sein de l'état via des organes officiels mais aussi à l'aide de subventions. Des solutions militantes deviennent des actions professionnelles soutenues par l'appareil d'état et les membres du gouvernement. La période marque aussi les débuts des études sur les femmes, féministes puis de genre à l'université. Mais les autrices marquent aussi le renouveau d'un militantisme qui utilise fortement les outils de communications que sont les réseaux sociaux et internet. Grâce à ces outils, de nouvelles militantes entrent dans les mouvements et revendiquent des idées inclusives, en contradiction avec un féminisme universel. L'inclusion de nombreux combats, contre le racisme, contre l'homophobie, contre la transphobie, est contrée à la fois par des antiféministes et des féministes universalistes. La fin de cette période est marquée par le moment metoo qui aboutit à des condamnations en France même et aux réactions outrées des féministes face aux Césars de 2020, récompensant un homme condamné pour viol ayant fui la justice.

    Ce livre parle des féminismes français. Mais au lieu d'en rester à une histoire classique les autrices mettent en avant les multiples féminismes. En particulier, elles décrivent les féminismes pensés par les personnes racisées de nationalité française et leurs critiques des féminismes des femmes blanches. Les autrices réussissent aussi à montrer la richesse de ces mouvements et leurs combats internes entre différentes tendances. Même en ne s'intéressant qu'à la France, ce livre est riche et permet de bien mieux comprendre un mouvement qui est en train de se renouveler avec l'aide des réseaux sociaux.

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  • L'Europe au XIXème siècle. Des nations au nationalismes (1815-1914) par Jean-Claude Caron et Michel Vernus

    Titre : L'Europe au XIXème siècle. Des nations au nationalismes (1815-1914)
    Auteurs : Jean-Claude Caron et Michel Vernus
    Éditeur : Armand Colin 15 mai 2019
    Pages : 509

    Pour des raisons personnelles, je n'ai jamais vraiment apprécié le XIXème siècle. Je le trouve peu intéressant face à la première partie du XXème qui voit des changements socio-économiques importants. Mais je suis un peu obligé de m'intéresser au XIXème et, après les livres de Hobsbawm, je me suis plongé dans ce manuel. Les auteurs ont écrit 12 chapitres en plus d'une introduction et d'une conclusion. Dès le début, et régulièrement, ils marquent l'importance du XIXème pour comprendre le monde actuel. C'est pourquoi les auteurs utilisent le nationalisme en tant que question globale de ce manuel.

    D'une certaine manière, on pourrait diviser ce livre en deux parties. L'une s'intéresse à la période 1870-1914 et la première à la période 1815-1870. Cette première partie parle, bien entendu, du Congrès de Vienne et de la réalisation d'un ordre européen basé sur l'Ancien Régime et l'équilibre des monarchies face à une France considérée dangereuse. Cependant, ces équilibres sont mis à mal par des tentatives de constructions d'états-nations aussi bien en Allemagne qu'en Italie mais aussi dans les Balkans, malgré les efforts de l'Autriche-Hongrie. Les auteurs mettent aussi en avant l'importance de l'année 1848 même si les révolutions échouèrent.

    Une seconde partie pourrait permettre de comprendre de quelle manière la création idéologique des nationalismes permit de former les nations et de les mettre en concurrence. Chacun des pays d'Europe, qui ne sont pas tous des nations, souhaitent être puissant dans un contexte précis ou un autre, ce qui permet de relancer les colonisations en particulier sur le continent africain. Les auteurs essaient aussi d'y expliquer les raisons de l’introduction des nationalismes. Ceci permet, en effet, de consolider l'union des états et des peuples en créant un autre différent et externe.

    Bien que la lecture soit dense, ce manuel répond à une question précise tout en offrant des informations basiques sur différents pays européens. Toute l'Europe n'est pas décrite mais cela ne nuit pas au propos. Il est tout de même dommage que la question des colonisations et du système raciste qui en découle n'est examiné que dans un unique chapitre. Ce point aurait mérité plus de développement. On apprécie aussi l'ajout de nombreuses cartes qui permettent de mieux comprendre les explications des auteurs.

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  • L'ère des empires 1875-1914 par Eric J. Hobsbawm

    Titre : L'ère des empires 1875-1914
    Auteur : Eric J. Hobsbawm
    Éditeur : Fayard 2010
    Pages : 495

    J'ai enfin terminé le dernier volume de la trilogie de Hobsbawm autours du XIXème siècle. Pour rappel, ce dernier voulait comprendre de quelle manière le XIXème est devenu le siècle de deux révolutions : une révolution économique et sociale et une révolution politique. La première voyait le triomphe du capitalisme et de la bourgeoisie tandis que la seconde permet de justifier et de pousser à une participation de plus en plus importante de la population au sein des états, dont certains deviennent des démocraties. Ce troisième, et dernier, livre contient 13 chapitres sans compter les introductions et conclusions.

    Ce dernier livre pose une question difficile : comment est-on passé d'un monde libéral qui se pense en progrès constant à un monde en guerre en 1914. Pour cela, Hobsbawm tente de nous expliquer le monde de 1875. Bien que le capitalisme soit triomphant, les révolutions n'ont pas eu lieu, des tensions se préparent. Hobsbawm commence pour nous expliquer le fonctionnement de l'économie et définit ce qu'il entend par l'ère des empires. Les pays européens se sont, en effet, taillé des empires dans le monde entier, seules quelques états asiatiques et l'Amérique du Sud sont épargnés.

    Hobsbawm met en avant aussi des changements de nature sociales. D'une part, le prolétariat prend en importance avec la hausse de l'urbanisation et de l'industrialisation. Ce prolétariat inquiète car il pourrait soutenir des idéologies révolutionnaires. La bourgeoisie, en particulier la petite bourgeoisie, est inquiète face aux risques de déclassements. Les symboles prennent de l'importance pour marquer sa place. De plus, Hobsbawm se concentre sur la force de plus en plus importante de la question des nations qui pose problèmes à certains grands empires. Il explicite aussi l'entrée en scène des suffragettes et la tentative de libérer les femmes pour en faire des citoyennes. Mais celles-ci sont poussées à suivre le modèle de la femme au foyer qui peut être moins bien payée, avant le mariage, puis être soutenue par son mari. Au vu du salaire des femmes, qui n'est pensé comme secondaire face au salaire du mari, elles risquent de devenir des concurrentes des hommes ce qui pose la question de leur accès au travail pour les syndicats.

    Hobsbawm s'intéresse aussi aux arts et aux sciences. Les arts se constituent en réaction face au passé pour tenter de créer de nouvelles formes. En particulier, une partie du monde de l'art tente d'atteindre une pureté sans fioritures. En ce qui concerne les sciences, Hobsbawm met en avant une rupture des sciences de la physique tandis que la génétique est utilisée pour justifier l'eugénisme en Europe. Le livre se terminer sur la marche de la société européenne vers une guerre mondiale. Hobsbawm l'explique par des tensions entre états mais aussi par les besoins d'extensions à cause du système capitaliste, la prise de contrôle des ressources est source de tensions.

    Hobsbawm écrit un épilogue qui essaie de faire le bilan de son œuvre et de l'importance du XIXème pour comprendre le XXème siècle. Le livre est traduit en 1987 et Hobsbawm, bien que prenant en compte des risques de guerres mondiales, pense que le XXIème siècle serait probablement meilleur que le XXème. Il ajoute aussi une bibliographie commentée ainsi que des tableaux et des cartes. Malheureusement, cette édition ne fournit pas table de matières...

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  • La Révolution Française. 1787-1804 par Michel Biard et Pascal Dupuy

    Titre : La Révolution Française. 1787-1804
    Auteurs : Michel Biard et Pascal Dupuy
    Éditeur : Armand Colin 16 juillet 2020
    Pages : 382

    On écrit beaucoup sur la Révolution Française. Les ouvrages peuvent être très spécialisés ou écrit par des personnes qui souhaitent défendre un point de vue politique. Elle est à la fois la source de certaines de nos idées démocratiques et accusée d'être à l'origine de tout le mal actuel. J'avais lu le manuel de Michel Vovelle mais cet autre manuel est plus récent. Il prend en compte les progrès de l'historiographie depuis la fête du bicentenaire de la Révolution, permettant d'avoir une vue ressourcée sur cette période dense de l'histoire occidentale. Le livre est divisé en 14 chapitres dont la moitié est chronologique et l'autre moitié thématique.

    La "première partie" se déroule sur 6 chapitres. Les auteurs commencent par expliquer l'état de l'opinion avant la Révolution. Ils mettent en cause plusieurs explications de l'arrivée de la Révolution, par exemple les explications purement économiques ou culturelles, mais expliquent qu'il existe un effet révolutionnaire en Europe à la suite de la création des États-Unis. Les autres chapitres se concentrent sur les événements. Loin d'en faire un simple récit les auteurs souhaitent nous montrer les problèmes, les tensions internes et les solutions trouvées sur le moment par une population qui vit le moment révolutionnaire.

    La seconde partie est thématique. Les auteurs examinent des sujets classiques. Ainsi, on retrouver l'examen de la religion sous la période révolutionnaire. Mais aussi l'examen de la culture révolutionnaire (et de ses possibilités de survivre plus ou moins longtemps). J'ai particulièrement apprécié les chapitres concernant la contre-révolution et l'antirévolution, deux thèmes que je connais mal, mais aussi le lien avec le milieu international. Bien que les auteurs restent proches de la surface, ils expliquent clairement comment les autres pays ont suivi et importé la révolution puis réagi face à la conquête française. Je déplore tout de même que ce manuel ne parle pas de l'histoire des femmes, pourtant présentent lors de la Révolution. Pour leur histoire, on se reportera au manuel "les femmes dans la France moderne." Le livre nous offre aussi quelques schémas, un calendrier républicain lié au nôtre et surtout une longue chronologie.

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