Histoire

  • Anatomie de la Terreur. Le processus révolutionnaire (1787-1793) par Timothy Tackett

    Titre : Anatomie de la Terreur. Le processus révolutionnaire (1787-1793)
    Auteur : Timothy Tackett
    Éditeur : Seuil 2018
    Pages : 669

    Que dire de la Révolution française et surtout de la Terreur. De nombreuses personnes, artistes comme historiens et historiennes, ont écrit sur le sujet. La Terreur, encore aujourd’hui, pose des questions et implique souvent un jugement moral sur la Révolution elle-même. L’épisode de la Vendée en fait partie et n’est toujours pas un débat pacifié au sein de la société française, les royalistes y voyant un génocide (des massacres ont bel et bien été commis). Dans ce livre Timothy Tackett essaie d’appliquer sa lecture des ouvrages privés des révolutionnaires pour expliquer comment la Terreur a pu avoir lieu. Il examine ces papiers sur plusieurs années mais il ne fait pas le véritable récit des événements avant le dernier chapitre. Il préfère expliquer comment on en arrive là.

    Les explications de Tackett sont multidimensionnelles et la construction de son livre selon la chronologie de la Révolution permet de mettre en avant ces différentes causes, au prix parfois de quelques répétitions. Bien entendu, les événements ont un impact. Les révolutionnaires ne savent pas ce qui est train de se dérouler. Ils agissent dans un temps d’incertitude, recevant des nouvelles parfois avec du retard, devant créer un nouveau système lorsque le roi est démis de ses fonctions puis exécutés.

    Tackett insiste aussi sur les émotions qu’il analyse à l’aide des écrits personnels de témoins, militant-e-s et députés. Il observe le souhait de créer un monde meilleur mais aussi la surprise face au refus des anciennes élites. Ces refus sont vus comme s’attaquant à ce qui est considéré comme bénéfique par des personnes de plus en plus convaincues de devoir tout modifier. Mais les refus sont justifiés, eux aussi, par une légitimité ancienne. Les aristocrates et les nobles ne peuvent pas accepter une remise en cause de principe qu’ils considèrent divins. La confrontation est pratiquement inévitable.

    Il faut prendre aussi en compte les craintes. Les révolutionnaires pensaient facilement vaincre, ils sont stoppés à la fois par les armées européennes et les crises internes. Il est tentant d’y voir un complot organisé qui lie des événements pourtant différents. Lorsqu’on accepte l’existence d’un tel complot, justifié par les nobles qui ont fuis et militent activement en faveurs d’une guerre contre la Révolution parfois après l’avoir servie, il faut trouver des coupables. Petit à petit, tout le monde peut devenir suspect et il devient nécessaire d’agir.

    Cependant, Tackett montre que les députés n’ont pas forcément voulu la Terreur. A plusieurs reprises, il y a des tentatives de freiner les militant-e-s populaires les plus radicaux. Mais les assassinats, les trahisons et les circonstances convainquent les députés récalcitrants de la nécessité de défendre la Révolution par des actions illégales ou, en tout cas, extraordinaire. Tackett montre bien ces incertitudes, ces craintes et les nécessaires réponses que cela implique. De son livre se dégage des impressions fortes de peur et de complots mais aussi la nécessité de la vengeance pour les révolutionnaires tombés.

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  • Histoire des femmes en occident 3. XVIe-XVIIIe siècle sous la direction de Natalie Zemon Davis et Arlette Farge

    Titre : Histoire des femmes en occident 3. XVIe-XVIIIe siècle
    Direction : Natalie Zemon Davis et Arlette Farge
    Éditeur : Perrin 28 février 2002
    Pages : 672

    En 1991 était édité 5 volumes d'histoire des femmes en occident, réédités en poche chez Perrin. Ce livre est le troisième tome. Je n'ai toujours pas le quatrième. Il se concentre sur la période moderne ce qui implique d'observer les changements durant une période de transition entre le moyen âge et l'époque contemporaine, la Révolution française. Les directrices ont utilisé 14 auteur-e-s pour 16 chapitres en 3 grandes parties. Je relie les deux dernières parties qui parlent de dissidences. Il ne faut pas oublier deux extraits de sources sur deux vies de femmes.

    La première partie, constituée de 6 chapitres, s'intéresse à la place des femmes au sein de la société moderne occidentale. Les chapitres présentent aussi bien l'éducation que le travail ou le politique. Les différentes autrices mettent en avant que les femmes ne soient pas à égalité avec les hommes. Ainsi, l'éducation n'est pas complète et vise surtout à donner des connaissances sommaires afin de permettre aux femmes de tenir le ménage et de vivre professionnellement. Le travail n'est pas le même non plus. Cependant, il peut arriver que des femmes doivent gérer les magasins de leurs anciens maris, ou lors d'un long voyage de celui-ci. Deux chapitres s'intéressent aussi à la beauté et aux soins. La beauté peut être un bien mais aussi un danger, surtout pour les femmes pauvres. Tandis que les soins se modifient avec la peur de l'eau. Il devient plus important de se poudrer, de se parfumer et de porter un linge de corps blanc.

    Une seconde partie s'intéresse aux paroles autours des femmes. 4 chapitres sont édités. Ils s'intéressent à la littérature, au théâtre, à la philosophie mais aussi à la médecine et à la science. Ces chapitres se rejoignent en montrant que les auteurs et scientifiques modernes défendent un rôle différent pour les femmes. Rares sont les hommes qui considèrent que les femmes ont les mêmes capacités que les hommes (mais ils existent). Ces différentes paroles permettent aussi de montrer des craintes spécifiques. Ainsi, le théâtre, selon le chapitre dédié, implique un danger pour les actrices qui risquent d'entrer dans une forme de prostitution. Tandis que la science et la médecine naturalisent un rôle féminin différent de celui des hommes.

    Enfin, une troisième partie se concentre sur les dissidences en 5 chapitres. Deux chapitres se concentrent sur les femmes qui essaient d'entrer dans les conversations politiques et scientifiques. D'une part, les précieuses et la création des salons sont examinés. D'autre part, un chapitre se concentrer sur les femmes journalistes et les journaux féminins dont certains sont très critiques envers le fonctionnement de la société. Les trois chapitres suivants parlent plutôt de criminalité. Bien entendu, cela implique de parler des sorcières. Mais on apprend aussi des choses sur les criminalités féminines. Celle-ci est vue comme dangereuse lorsqu'elle implique les enfants mais aussi lorsque les servantes volent leurs maîtres. Enfin, un dernier chapitre se concentre sur les émeutes qu'il conçoit comme un passage du privé au politique. Les émeutes débutent souvent face à des denrées dont les prix augmentent sans assez de justification. IL faut donc forcer un prix juste avant de retourner au privé.

    Comme tous les autres tomes, cette histoire des femmes en occident est très dense. Les chapitres donnent beaucoup d'informations et une connaissance générale de la période est un plus. Cependant, il me semble que cette histoire des femmes en occident parle peu d'autres espaces que le royaume de France.

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  • L'Homme-Bus. Une histoire des controverses psychiatriques (1960-1980) par Cristina Ferreira, Ludovic Maugué et Sandrine Maulini

    Titre : L'Homme-Bus. Une histoire des controverses psychiatriques (1960-1980)
    Auteur-e-s : Cristina Ferreira, Ludovic Maugué et Sandrine Maulini
    Éditeur : Georg 22 janvier 2021
    Pages : 304

    1986, après être devenu le héros d'un court-métrage Martial Richoz est interné de force à Cery, institut psychiatrique. Immédiatement, la presse s'empare du cas pour en faire une affaire et questionner le lien entre police et psychiatrie. L'internement de Martial Richoz est questionné, ce n'est pas un moyen de l'aider mais un moyen de garder la ville en ordre face à un homme fainéant, bizarre, un fou en somme. Autours de ce cas, les auteur-e-s de ce livre questionnent le fonctionnement de la psychiatre Suisse après la révision du Code civil, permettant des placements à des fins d'assistance (PLAFA). Illes questionnent aussi le militantisme antipsychiatrique et ses réseaux internationaux. Ce travail est construit en 3 parties et 9 chapitres.

    La première partie se constitue de trois chapitres. Elle permet aux auteur-e-s de placer le décor de leur recherche. Illes commencent par expliciter ce contre quoi les PLAFA seront conçus. Depuis le XIXème siècle il est possible d'interner, en prison, des personnes pour des questions de moralités et de pauvreté et de les astreindre au travail forcé dans un but considéré comme thérapeutique. Cependant, cette forme d'emprisonnement implique des possibilités d'abus et empêche la Suisse de signer la Convention européenne des droits de l'homme. Les PLAFA visent à réformer les internements afin d'en faire un outil spécifiquement thérapeutique et non policiers, au contraire des internements. Cependant, leur conception pose des problèmes étant donné que la décision est prise par une instance judiciaire avec possibilité de recours. Les médecins-thérapeutes y voient une atteinte à leur profession par des personnes n'ayant aucune connaissance de la science psychiatrique. Un dernier chapitre permet aussi de voir comment le droit peut être utilisé pour mettre en cause l'existence même de la psychiatrie et des asiles, par la présentation de l'exemple de l'Italie.

    La seconde partie se concentre sur l'affaire proprement dites. Les auteur-e-s débutent par la présentation de Martial Richoz et de ses activités. Ce n'est que lors du second chapitre que l'examen de l'affaire débute. Les auteur-e-s se concentrent d'abord sur les médias et leurs questionnements face au peu d'informations fournies par les autorités. Ces recherches par les journalistes ne sont pas forcément appréciées, ni par les autorités ni par le directeur de Cery. Ce dernier agira judiciairement contre un collègue et publiquement contre le directeur du musée de l'Art Brut de Lausanne. Ce dernier, en effet, critique l'internement de Martial Richoz qu'il considère être un moyen d'éviter les désordres d'une personne dont les travaux sont fondamentalement artistiques. Plusieurs de ses dessins et engins se trouvent dans les collections de l'Art Brut.

    Les auteur-e-s se concentrent dans la troisième partie sur l'antipsychiatrie. Dans le second chapitre, on trouve le collègue psychiatre attaqué en justice par le directeur de Cery. Bierens de Haan a travaillé à Genève. Il a tenté de réformer le fonctionnement de la psychiatrie mais cela a impliqué de se heurter au docteur Tissot, mis en cause dans plusieurs scandales dont la mort d'un interné et l'usage d'électrochoc sur une militante. Ses idées impliquent une remise en cause de la hiérarchie interne à un asile. Le directeur de Cery qui considère normal qu'il existe une hiérarchie et ne comprend pas pourquoi ses patients devraient pouvoir prendre des décisions se heurte frontalement à Bierens de Haan. Le premier chapitre de cette troisième partie permet de comprendre les réseaux internationaux de l'antipsychiatrie et le fonctionnement de Cery à cette époque. Les auteur-e-s se concentrent aussi sur le cas d'un infirmier qui souhaite des réformes, mais qui se heurte à un fonctionnement fortement hiérarchisé. Même la lecture des livres de la bibliothèque de Cery est soumise à un contrôle !

    La lecture de ce livre permet donc, à l'aide d'un cas spécifique, de comprendre le passage d'internements administratifs aux PLAFA et les problèmes que cela implique au sein de la société helvétique. Les milieux antipsychiatriques contestent de plus en plus le caractère scientifique et médicale de la psychiatrie, vue comme un milieu d'imposition du pouvoir des médecins sur des patients qui perdent leurs droits et leur autonomie. Les auteur-e-s nous permettent de comprendre les débats parfois vifs d'une période qui a connu de nombreuses formes de militantisme en vue de modifier la société mais aussi de détruire les relations de pouvoir entre personnes.

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  • Le mythe Hitler. Image et réalité sous le IIIème Reich par Ian Kershaw

    Titre : Le mythe Hitler. Image et réalité sous le IIIème Reich
    Auteur : Ian Kershaw
    Éditeur : Flammarion 28 août 2013
    Pages : 430

    Ce livre fut d'abord écrit en allemand lors d'un séjour en Allemagne par son auteur. Plus tard, lors de sa traduction en anglais, il ajouta une troisième partie basée spécifiquement sur le lien entre la popularité de hitler et l'antisémitisme. Ian Kershaw, dans ce livre, prépare ses prochaines études sur hitler. Ici, il se base spécifiquement sur les études de popularité, ce qui lie cette étude à son livre sur le nazisme en Bavière. Il annonce aussi son usage du concept de charisme, qui sera utilisé dans un autre de ses livres pour expliquer le pouvoir d'hitler. Ce livre est divisé en trois parties et 9 chapitres.

    La première partie, constituée de 5 chapitres, se concentre sur les années 1920 à 1940. Kershaw commence par examiner comment le mythe se constitue au sein du parti nazi avec l'aide de certaines des personnes qui lui sont les plus loyales. Il ne commence pas immédiatement à se proclamer comme sauveur de l'Allemagne mais annonce l'arrivée de celui-ci. Il s'insère dans le souhait de retrouver de bonnes conditions de vies face à un monde politique en perte de légitimité et de confiance. Lors de son accession au pouvoir, le mythe hitler va se détacher du parti. Alors que hitler sera de plus en plus populaire, quasiment incapable de faire des erreurs, ce sont ses subordonnés mais aussi le parti qui seront accusés des maux du pays. Le mythe gagnera en force lors des réussites pacifiques de hitler face au reste du monde.

    Cependant, et c'est la question de la seconde partie, Kershaw pose la question de la réussite du mythe lors d'une guerre peu souhaitée par la majorité de la population, qui préfère les réussites pacifiques, et qui traine en longueur malgré les promesses de réussites spectaculaires et imminentes. Bien que hitler reste peu touchés par ses erreurs pendant la première moitié de la guerre deux échecs mettent à mal son infaillibilité. Premièrement, l'échec de la prise de Stalingrad, pourtant annoncée comme une réussite imminente, met en question hitler directement. Ensuite, les raids aériens alliés ne rencontrent plus aucunes défenses efficaces. Une bonne partie de l'Allemagne peut subir les bombardements, ce qui démoralise la population. Progressivement, le mythe hitler est questionné puis rejeté par une partie de plus en plus importante de la population. Même si Kershaw met en question ce rejet par l'examen d'études d'opinions formées après la guerre.

    Enfin, Ian Kershaw termine son examen par une troisième partie ajoutée plus tard. C'est, à mon avis, la partie la moins convaincante du livre. Ian Kershaw y examine le lien entre popularité de hitler et son antisémitisme. Il montre que hitler a agi selon des questions politiques. Il a évité de se lier aux violences de son parti tout en attaquant plus fortement le communisme, ce qui lui permet d'être plus facilement accepté par les élites politiques et militaires de la République de Weimar. Cependant, il accepte et pousse à des actes antisémites de plus en plus violente jusqu'à annoncer la destruction des juifs en cas de guerre. Une destruction qui n'est pas concrètement expliquée au public mais qui sera mise en place avec son assentiment.

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  • Hitler. Essai sur le charisme en politique par Ian Kershaw

    Titre : Hitler. Essai sur le charisme en politique
    Auteur : Ian Kershaw
    Éditeur : Folio Histoire 10 octobre 2001
    Pages : 416

    Ian Kershaw est considéré comme l'un des historiens actuels les plus importants concernant l'histoire de l'Allemagne hitlérienne. En dehors de la biographie d'Hitler il a écrit des ouvrages sur l'opinion allemande sous le nazisme, les questions historiographiques concernant la période nazie et il vient d'écrire un diptyque sur l'histoire de l'Europe au XXème siècle. Dans ce livre, Ian Kershaw essaie de dépasser l'opposition entre les positions basées purement sur les structures et celles qui se concentrent uniquement sur hitler. Pour cela, il emprunte à Max weber le concept de pouvoir charismatique qui, selon Kershaw, permet d'analyser de manière complexe la relation entre le pouvoir d'hitler, une communauté et les structures sociales et économiques. Cet examen se déroule sur 8 chapitres qui débutent un peu avant la conquête du pouvoir pour se terminer lors des derniers jours de la guerre.

    Ainsi, Kershaw pense hitler comme une personne qui possède un pouvoir charismatique qui lui est concédé par une communauté de fidèles. Celle-ci voit en hitler un homme au destin exceptionnel chargé d'offrir les solutions à la faiblesse de l'Allemagne après la première guerre mondiale. Le fonctionnement du pouvoir hitlérien est basé sur des relations directes entre l'homme et ses subordonnés. Il est la seule personne capable de dire le droit et de trancher entre diverses stratégies. Ce qui implique des luttes de pouvoirs autours de lui afin d'avoir accès à lui mais aussi pour le mener à accepter une ligne spécifique que l'on pense en adéquation avec les buts d'hitler.

    Cependant, comme l'explique Kershaw, hitler n'était pas destiné à gagner le pouvoir. Lors de sa conquête du pouvoir il est le chef d'un petit parti qui ne réussit à devenir important que tardivement. De plus, lors de son accession à la Chancellerie son part était en perte de vitesse. Sa prise de pouvoir n'a été permise que par une conspiration d'élites économiques, militaires et politiques qui tentaient de modifier le fonctionnement de la République de Weimar en direction d'un régime autoritaire.

    De plus, Kershaw montre bien que le système du pouvoir autours d'hitler est fondamentalement antiétatique. En effet, les élites traditionnelles mais aussi l'administration impliquent un risque de remise en cause du pouvoir hitlérien. Le fonctionnement est donc basé sur une destruction du régime légal-rationnel au profit d'une multiplicité de centres de décisions dépendant directement d'hitler. Que ces centres n'aient pas des missions précises permet encore de rendre l'état plus faible et donc plus dépendant d'hitler. Kershaw conclut en expliquant que le pouvoir nazi était destructeur par définition. Son système ne pouvait que disparaitre avec hitler, qui incarne l'état et le destin allemand.

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  • Histoire de l’Allemagne de 1806 à nos jours par Johann Chapoutot

    Titre : Histoire de l’Allemagne de 1806 à nos jours
    Auteur : Johann Chapoutot
    Éditeur : Puf 11 janvier 2017
    Pages : 128

    On n’étudie pas forcément scolairement l’Allemagne. On parle, bien entendu, de Charlemagne, de l’Empire germanique mais on s’intéresse à ce pays surtout dans le cadre du mouvement des nations. Il n’est donc pas surprenant que l’auteur de ce livre débute après 1806, soit en pleine période Napoléonienne, pour se terminer avec Angela Merkel. Le livre est divisé en 10 chapitres.

    Les trois premiers chapitres sont ancrés dans le XIXème siècle. L’Allemagne n’existe pas encore en tant qu’état-nation mais le monde germanique et intégré aux problématiques de l’Europe. L’auteur commence par les réactions face à Napoléon et à la Révolution française. L’échec de l’armée prussienne pousse à invoquer le peuple comme défenseur du pays, autours du roi de la Prusse. Suit l’épisode de 1815 qui voit une forme de restauration en Europe. Celle-ci est contestée jusqu’à l’explosion révolutionnaire de 1848 qui, après des espoirs de démocratisation, se terminer avec le retour au pouvoir des conservateurs.

    Les chapitres 4 et 5 permettent de montrer de quelle manière l’Allemagne se constitue, après une manipulation de Napoléon III par Bismarck, et sa puissance industrielle en hausse face au Royaume-Uni. L’Allemagne devient une grande puissance que le chancelier guide face à l’ennemi français. Mais l’approche de la Première guerre mondiale voir la chute de la diplomatie de Bismarck et le retour de la France sur le devant de la scène. La diplomatie européenne débouche sur la guerre.

    Les chapitres 6 et 7 permettent de mettre en avant les effets de la guerre. Un premier chapitre montre l’édifice tremblant qu’est la République de Weimar. Celle-ci est proclamée dans un contexte politique difficile, détestée aussi bien par la droite que par la gauche. Le contexte économique et financier est tout aussi compliqué. La République ne tient que par une large coalition qui tombe face à la hausse des parlementaires communistes et nazis. Ces derniers vont être intégrés au gouvernement pour lutter contre le communisme. Ces deux chapitres permettent de voir comme un édifice démocratique peut être utilisé pour détruire la démocratie et déboucher sur une dictature sanguinaire.

    Enfin, les trois derniers chapitres se concentrent sur les deux Allemagnes, puis leur réunification. C’est, probablement, le moment de l’histoire allemande que je connais le moins. Chapoutot décrit le fonctionnement politique et sociale des deux Allemagnes, l’une se voulant démocratique et l’autre communiste. Dans les deux cas, les promesses ne sont pas tenues. L’Allemagne de l’ouest se veut libre mais les contestations sont durement réprimées. L’Allemagne de l’est organise la surveillance totale de sa population afin d’empêcher la possibilité même de contester l’ordre établi. Ce n’est que dans les années 90, après la chute du mur, que la réunification devient pensable à court terme malgré les coûts sociaux et économiques importants pour la population allemande.

    Ce petit livre n’est qu’une synthèse qui résume fortement des phénomènes historiques complexes. Mais on sent l’amour de l’auteur pour son sujet. Il s’essaie à ne pas réduire l’histoire de l’Allemagne à la période nazie. Plutôt que de ne faire de l’histoire qu’un prélude au nazisme puis des conséquences il nous présente rapidement la richesse politique d’un jeune état-nation.

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  • Héritages coloniaux. Les Suisses d'Algérie par Marisa Fois

    Titre : Héritages coloniaux. Les Suisses d'Algérie
    Autrice :  Marisa Fois
    Éditeur : Seismo Verlag 2021
    Pages : 184

    La question de la colonisation reste chaude pour les anciens colonisateurs et les pays colonisés. L'accès aux archives, les relations internationales mais aussi l'enseignement ou encore la mémoire ne sont pas des questions complétement réglées. La Suisse, elle, s'est longtemps présentée comme étrangère à l'histoire coloniale (et esclavagiste) puisque le pays n'a jamais possédé de colonies. Pourtant, la Suisse a envoyé des personnes dans des pas colonisés. Ce petit livre, proposé en accès libre pour sa version PDF, tente d'examiner les liens entre la Confédération et les colons helvétique en Algérie. Le livre est divisé en 5 chapitres.

    Les deux premiers chapitres se concentrent sur les débuts de la colonisation et l'arrivée des populations helvétiques en Algérie. L'autrice explique que l'expatriation, au XIXème siècle, n'est pas vu comme un moyen de créer des lieux utiles industriellement parlant mais d'exporter des populations marginalisées. Celles-ci doivent accepter un cadre de vie difficile avant de pouvoir vivre de leur propre terre à l'aide de l'agriculture. Petit à petit, ces colons sont un moyen d'exporter la culture helvétique au sein du monde et d'aider à créer des liens entre l'Algérie et la Suisse.

    La chapitre 3 se concentre sur la guerre de libération. Les colons helvétiques sont dans une position difficile puisqu'illes sont de provenance européenne mais illes sont aussi proche d'un pays qui permet à la France et à la future Algérie de travailler ensemble afin de permettre une libération du pays. Illes sont donc considérés négativement par les populations d'origine française. La Suisse, elle, est dans une position difficile aussi. Elle doit non seulement permettre des négociations entre deux forces combattantes mais aussi protéger ses citoyen-ne-s.

    Les deux derniers chapitres se concentrent sur le départ puis les revendications des populations suisses d'Algérie. Comme la majorité des habitant-e-s d'Europe, la population helvétique a quitté l'Algérie en laissant de nombreux bien, nationalisés par le gouvernement algérien. Se pose donc la question des réparations à la suite de ces "spoliations". Mais le gouvernement Suisse n'a jamais accepté l'idée de payer pour des actes d'un pays étranger. Ce qui pousse ces populations à créer une association commune et de s'insérer dans un réseau d'associations de colons européens revendiquant des aides économiques par suite de leur départ forcé. L'autrice nous montre l'incapacité totale de faire accepter ces revendications au sein du pays ainsi que les types d'arguments qui critiquent l'aide aux pays en voie de développement. Enfin, le livre se termine sur quelques portraits.

    Les liens entre la Suisse et la colonisation me semblent encore peu connus. Mais ce thème est de plus en plus examiné et analysé par des historien-ne-s qui utilisent aussi bien des archives d'états que des archives privées ainsi que des interviews. Ce qui a permis à Marisa Fois de mettre en avant des trajectoires semblables entre les populations européennes, pourtant diverses lors de leur vie en Algérie. De plus, elle illustre différentes phases dans la gestion des "colonies" composées de sujets helvétiques.

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  • Histoire de l'Europe par Jean Carpentier, Jean-Pierre Pautreau, Alain Tranoy, Elisabet Carpentier, Jean-Pierre Arrignon, François Lebrun, Dominique Borne et Jean-Jacques Becker

    Titre : Histoire de l'Europe
    Auteur-e-s :  Jean Carpentier, Jean-Pierre Pautreau, Alain Tranoy, Elisabet Carpentier, Jean-Pierre Arrignon, François Lebrun, Dominique Borne et Jean-Jacques Becker
    Éditeur : Seuil 1 décembre 2014
    Pages : 672

    L'Europe est défini en termes géographiques et politiques. Géographiquement on prendre en compte aussi bien l'ouest qu'une partie de l'est. On s'arrête vers la Turquie et sur les côtes de la méditerranée. Politiquement, l'Europe se définit comme un ensemble d'entités politiques qui, au fil de l'histoire, forment la civilisation dites occidentale qui sera imposée via l'impérialisme à une grande partie du monde actuel. Ce livre souhaite faire l'histoire de cet ensemble d'entités basées sur une forme de culture commune qui s'est construite, difficilement, historiquement. Il commence dans la préhistoire pour se terminer aux années 2000.

    Le livre est écrit à plusieurs mains, une nécessité pour ce type de programme puisque personne ne peut être expert de toutes les époques et de tous les pays impliqués dans cette histoire globale du continent européen. Il est divisé en 5 parties chacune se concentrant sur une période particulière et donc sans remettre en cause le découpage chronologique classique. Ce n'est pas le but de l'ouvrage qui souhaite offrir une base synthétique de l'histoire européenne. Ce programme est une réussite. Le texte est fluide et bien écrit. Les spécialistes ou les amateurs pourraient souhaiter en savoir plus sur certains événements, mais le livre est déjà bien gros et seul un projet bien plus vaste pourrait permettre d'entrer dans des détails spécifiques. Les auteur-e-s ont aussi la bonne idée d'ajouter des sources brièvement commentées ainsi que de nombreuses annexes (les arbres généalogiques des dynasties européennes me durent particulièrement utiles.)

    Une personne qui ne souhaite que des informations globales lui permettant de combler des trous dans ses connaissances appréciera ce livre. Les historien-ne-s pourraient être frustré-e-s. En effet, l'énormité de l'espace et du temps considéré implique des difficultés en ce qui concerne la mise en place d'une problématique. Un problème récurrent dans les ouvrages qui se souhaitent des manuels. Personnellement, je suis sceptique face au début du livre. Je ne crois pas qu'il soit possible de parler d'Europe lors de la préhistoire voire lors de l'antiquité. En effet, Europe est un terme aussi politique que géographique. Or, ce n'est que tardivement durant la période romaine que les peuples commencent à penser un espace politique et géographique commun. Même là, une partie de ce qui est considéré européen aujourd'hui est marginalisé. Le choix de la chronologie me semble donc questionnable.

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  • La crise des sociétés impériales. allemagne, France, Grande-Bretagne, 1900-940. Essai d'histoire sociale comparée par Christophe Charle

    Titre : La crise des sociétés impériales. Allemagne, France, Grande-Bretagne, 1900-940. Essai d'histoire sociale comparée
    Auteur :  Christophe Charle
    Éditeur : Seuil 7 mars 2001
    Pages : 608

    Christophe Charle, dans ce livre, essaie de comprendre le fonctionnement et la chute éventuelle de trois sociétés qu'il qualifie d'impériales. Ces sociétés fonctionnement de manière différentes mais elles ont toutes connus des crises comparables, en particulier concernant les tensions entre classes sociales. Ces trois sociétés sont aussi impliquées dans deux guerres mondiales et Christophe Charle essaie non seulement de comprendre l'effet de ces guerres mais aussi les raisons qui ont permis de justifier l'entrée en guerre de ces sociétés. Le livre est divisé en quatre parties.

    La première partie est constituée de trois chapitres. C'est une partie introductive qui permet é l'auteur de placer les éléments du décor de son essai de comparaison sociale. Chacun des chapitres se concentrent sur l'un des pays examinés afin de nous montrer son fonctionnement socio-politique. Deux de ces pays sont fortement inégalitaires. L'Allemagne est, en plus, peu démocratisé alors que la Grande-Bretagne connait une forme minimale de démocratie. Seule la France est une véritable démocratie, basée sur l'importance des paysans afin de contrecarrer la force ouvrière. Il ressort de ces chapitres que ces trois pays sont fortement inégalitaires en ce qui concerne les classes sociales.

    La seconde partie, en trois chapitres aussi, abandonne cette division en pays pour s'intéresser à des questions thématiques. Cet abandon est possible grâce à la première partie. Christophe Charle débute son examen par les dynamiques sociales. Ceci lui permet de nous expliquer comment les différentes classes sociales gagnent ou perdent en capitale politique et économique avant l'entrée en guerre de 1914. Cette entrée en guerre est expliquée dans le chapitre 5. Loin de se contenter de la culpabilité de l'Allemagne ou de l'attentat de Sarajevo Christophe Charle préfère mettre en avant des explications sociales. Ainsi, toutes les élites des pays concernées ont intérêt à une guerre mais sous-estiment ses effets. La durée de la guerre, qui était inattendue, serait due au besoin de justifier les sacrifices par une victoire de plus en plus importante. Un dernier chapitre examine le fonctionnement des sociétés durant la guerre. En plus de la division entre l'avant et l'arrière, Christophe Charle montre que les classes sociales des trois pays ne sont pas divisées de la même manière. Par exemple, les classes supérieures britanniques sont fortement impliquées dans la guerre.

    La troisième partie, 3 chapitres, se concentre sur l'entre-deux-guerres. L'auteur retourne à un examen par pays. Il débute par la République de Weimar qui connait des crises politique, sociale, économique et financière importante. Ces crises permettent de comprendre les raisons derrière la chute de la démocratie et l'arrivée au pouvoir des nazis qui annoncent défendre la petite bourgeoisie contre la gauche, au sens large. La France aussi connait une crise de classe importante qui débouche sur la grève générale de 1936 et l'arrivée au pouvoir de la gauche. La réaction est violente et empêche une union nationale interclasse. Enfin, la Royaume-Uni est tout aussi inégalitaire mais réussit à créer une forme de solidarité qui évite les solutions extrêmes.

    La dernière partie n'est constituée que de deux chapitres. Le premier examine l'état impérial nazi. Ce chapitre est assez restreint car il doit rester dans la problématique générale du livre. Christophe Charle examine le fonctionnement de la société et montre que l'état nazi garde une partie des anciennes élites en place, sauf si celles-ci proviennent d'un gouvernement de gauche. Cependant, l'état nazi offre de nouvelles entrées à des personnes plus jeunes qui se trouvent en dehors du bassin sociale des élites. Le dernier chapitre, lui, permet de comprendre pourquoi la France s'est effondrée alors que le Royaume-Uni a résisté lors de la deuxième guerre mondiale. Selon l'auteur, il faut voir une explication dans la solidarité plus importante entre les classes sociales au Royaume-Uni alors que la France est démoralisée rapidement suite, aussi, à de mauvaises décisions militaires.

    Ce livre est assez massif et les explications de l'auteur sont très riches. J'ai bien apprécié la problématique mise en place, même si les trois premiers chapitres sont plus difficiles à lire que les autres. Ils sont, en effet, bien plus arides. Mais dès la seconde partie, la lecture devient bien plus plaisante.

    Site de l'éditeur

  • La Suisse, le national-socialisme et la Seconde Guerre mondiale Rapport final par Commission Indépendente d'Experts Suisse – Seconde Guerre Mondiale

    Titre : La Suisse, le national-socialisme et la Seconde Guerre mondiale Rapport final
    Auteur-e-s :  Commission Indépendante d'Experts Suisse – Seconde Guerre Mondiale
    Éditeur : Pendo 2002
    Pages : 569

    Il a fallu beaucoup de temps avant que je ne me lance dans ce rapport final. Bien que j'aie lu quelques productions de la CIE Seconde guerre mondiale une grande partie de ses travaux ne m'est pas connu. Ce rapport final est donc l'occasion de lire un résumé des principales questions posées à la CIE par le Conseil fédéral durant les années 90. Outre une édition papier, la CIE a fourni une version PDF du livre sur son site internet (toujours en ligne). Ce rapport final est divisé en 5 chapitres si l'on enlève l'introduction et la conclusion (respectivement chapitres 1 et 7).

    Le premier chapitre, juste après l'introduction, vise à donner les connaissances minimales nécessaires pour comprendre la période. Il décrit la guerre, la Suisse mais aussi l’immédiat après-guerre et les crimes du régime national-socialiste. Immédiatement après, un chapitre 3 s'intéresse à la question des réfugié-e-s, une question qui a été réévaluées récemment. Ce chapitre résume l'examen fait dans un autre volume des rapports de la CIE. On retrouver donc les même questions et réponses. En particulier, les auteur-e-s mettent en avant les décisions restrictives des autorités helvétiques face à des personnes en danger de morts, marquant encore une fois l'impact de l'année 1942. On ne peut pas arguer du manque de connaissances de la part des autorités, plusieurs personnes avaient donnés des preuves irréfutables des crimes en train d'être commis. Les auteur-e-s examinent aussi les excuses de l'époque pour ne pas accueillir plus de réfugié-e-s et concluent en leur invalidité.

    Le chapitre 4 est le plus important du rapport, il est constitué de 12 sous-chapitres et de près de 200 pages. Ce chapitre examine dans le détail les relations économiques entre la Suisse et l'Allemagne. Des secteurs précis sont examinés comme l'électricité, le transit ferroviaire mais aussi les banques, les assurances et les achats de biens culturels. Les auteur-e-s font attention de bien montrer les différents moments chronologiques et les pressions aussi bien de la part des alliés que des autorités allemandes. Il est, en effet, difficile de commercer avec les alliés après que l'Allemagne a pris le contrôle des tous les territoires entourant la Suisse. Néanmoins, les auteur-e-s montrent que les secteurs d'activités qui commercent avec l'Allemagne ont accepté les lois raciales allemandes sans remises en question, allant parfois même plus loin que demandé. Une partie de ce chapitre examine, d'ailleurs, les aryanisations des entreprises helvétiques qui impliquent le licenciement du personnel juif jusqu'en Suisse. Les auteur-e-s examinent aussi la question du travail forcé et expliquent que l'existence de celui-ci est connue dans par les décideurs économiques.

    Le chapitre 5, court, est un examen des questions de droit suisse en lien avec le droit racial allemand et les mises en causes impliquées pour l'ordre public helvétique. Il est placé avant le chapitre 6 qui examine les questions de restitutions de biens spoliés. La question se pose à la fin et après la guerre. Les auteur-e-s démontrent le peu d'empressement des autorités mais aussi des banques, assurances et musées pour résoudre cette question. En particulier, le secret bancaire a ici joué contre les victimes en empêchant des enquêtes au sein des banques qui souhaitaient protéger ce concept. Il est aussi nécessaire, pour les autorités helvétiques, de protéger le droit de possession mis à mal par l'idée de restitution, malgré les acquisitions douteuses voire directement illégales. Les auteur-e-s proposent une explication à ce manque d'empressement concernant les restitutions. Illes ne défendent pas la thèse de la corruption mais celle qui implique de suivre rigoureusement un droit précis qui permet de défendre, à l'international, un pays stable et sûr en ce qui concerne la finance.

    Ce rapport final n'est pas une lecture facile. Il est très dense et il ne fait que résumer 25 volumes. Les auteur-e-s savent que leurs conclusions n'impliquent pas la fin de la recherche. La fin de la conclusion permet de mettre en avant plusieurs questions en suspens à l'époque tout en présentant l'espoir d'un débat scientifique serein non seulement en Suisse mais aussi à l'étranger.

    Éditeur

  • Placés, déplacés, protégés ? L’histoire du placement d’enfants en Suisse, XIXe-XXe siècles par Joëlle Droux et Anne-Françoise Praz

    Titre : Placés, déplacés, protégés ? L’histoire du placement d’enfants en Suisse, XIXe-XXe siècles
    Autrice :  Joëlle Droux et Anne-Françoise Praz
    Éditeur : Alphil 2020
    Pages : 142

    Depuis quelques années les politiciens et chercheurs/euses se concentrent sur une histoire oubliée de la Suisse, ceci sous pression de personnes qui ont subi des décisions de placements et d'internements. La confédération a fait ses excuses ainsi que des autorités cantonales. Un fond a été mis en place pour atténuer, financièrement, les conséquences des placements à des fins d'assistances. Et des programmes de recherches ont été financé pour comprendre ce qui s'est déroulé et pourquoi (dont le PNR 76 toujours en cours). Ce petit livre vise à synthétiser les conclusions d'un projet de recherche sur les placements d'enfants. Il est construit en deux parties chronologiques.

    La première partie se concentre sur le XIXème siècle jusque dans les années 40, soit la mise en place du Code pénal suisse. Les autrices examinent la mise en place de la protection de l'enfance et des placements. Elles démontrent que cette protection de l'enfance dépend d'un effort international concernant non seulement les droits des enfants mais aussi les réformes de la justice. La justice des mineur-e-s est vue comme devant proposer des moyens de réformes et non punir un fait précis. Cela implique de proposer des mesures dont le temps n'est pas défini et qui peuvent être révisées, créant une forte incertitude pour les enfants concernés. Les placements ont lieu dans des milieux privés dont les finances ne sont pas très bonnes. Ces maisons fonctionnent par concurrences entre elles, empêchant des pensions trop élevées, et jouent sur le travail bénévole des enfants, travail vu comme un moyen de réforme. La vie dans ces établissements, parfois des prisons, est difficile avec un manque flagrant de chaleur humaine.

    La seconde partie se concentre sur les critiques et réformes pour se terminer de nos jours. Certains chapitres reprennent des périodes déjà examinées, mais dans une problématique différente. En effet, les autrices démontrent que les critiques existent depuis longtemps. L'aspect privé des établissements lié au souhait des communes de contrôler les coûts de l'assistance mène à une course au moindre frais qui se fait au détriment des personnes. Mais les critiques ne permettent pas de mettre en place des réformes. Ce n'est que dans les années 50 que les établissements commencent à essayer de suivre un fonctionnement qualifié de familial. Les résistances sont fortes et seules une révision du code pénal et du code civil permet d'une part de mettre en avant les droits des enfants et de créer un contrôle fédéral sur les établissements avec une surveillance plus importante par les assistant-e-s sociales. La partie se termine sur un historique des demandes de recherches. Les autrices inscrivent ces demandes dans un effort international de révision du passé des états et de leur gestion de la pauvreté.

    Alphil publie ici un petit livre synthétique, dont il offre la version PDF (une bonne idée étant donné que les librairies sont fermées). Bien que court, il est dense et je n'ai fait qu'effleurer ce qui est examiné par les autrices. Ce petit livre permet à tout le monde de mieux connaitre les recherches actuelles sur les placements et internements à des fins d'assistance dont les victimes cherchent encore une reconnaissance publique et une aide réelle. Je rappelle, d'ailleurs, que les conclusions de la Commissions d'expert-e-s internement administratif n'ont pas été suivies par le gouvernement qui semble vouloir se contenter de l'aspect financier pour mieux oublier les recherches et leurs questionnements pour aujourd'hui et demain.

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  • Le meurtre de Weimar par Johann Chapoutot

    Titre : Le meurtre de Weimar
    Auteur :  Johann Chapoutot
    Éditeur : Presses Universitaires de France 11 mars 2015
    Pages : 108

    Les livres sur l'état nazi et ses crimes sont très nombreux. Il est extrêmement facile de les trouver et de les acheter. Les livres qui parlent de la République de Weimar et de sa fin sont moins nombreux dans les étagères des librairies. Il y a quelques années, j'avais lu un petit livre qui examinait le fonctionnement politique et institutionnel de cette république. Ce livre, le second de Chapoutot que je lis, s'intéresse à un fait divers précis pour mieux expliquer pourquoi et comment la République tombe et comment fonctionne, idéologiquement, le nazisme.

    On peut donc diviser ce livre en deux thèmes. Le premier concerne la République de Weimar. Usant d'un fait divers l'auteur explicite le fonctionnement de la République dans le cadre d'une crise politique et économique majeure. Alors que cette République devait être fortement démocratique l'ampleur de la crise et l'incapacité de créer une majorité parlementaire poussent la présidence à gouverner par décrets-lois. Cette incapacité de créer une majorité est due à la fois par le nazisme et les communistes, les deux extrêmes refusent le fonctionnement démocratique de la République. Vu que Weimar ne peut tenir sur une minorité le gouvernement essaie de créer des alliances avec l'extrême droite, tout en lui refusant l'entrée au gouvernement. Par la même occasion, des décisions sont prises contre les milices politiques, mais celles-ci sont souvent annulées quelques temps plus tard.

    Un second thème concerne la place du nazisme au sein de la société et ses tactiques pour prendre le pouvoir. Le livre se concentre sur une période de légalisme pour le parti. Le but est de prendre le pouvoir de manière légale sans coup d'état (mais les nazis veulent détruire la démocratie de l'intérieur, pas respecter ses institutions). Mais les troupes SA souhaitent le pouvoir et combattre contre l'ennemi. Il est donc nécessaire de justifier la violence des SA aussi bien en nommant un ennemi (juif, polonais et communiste) qu'en argumentant sur l'existence d'une guerre civile face à laquelle seuls les nazis ont résisté. La violence devient une défense et non une attaque. Le fait divers mis en avant par l'auteur permet aussi d'expliciter la vision du droit par les nazis. Ceux-ci considèrent que certaines personnes valent moins que d'autres et donc leur destruction est justifiée si cela permet de défendre la nation, biologique, allemande.

    Ce petit livre me semble mieux réussi que ma dernière lecture de Chapoutot. L'auteur use d'un meurtre précis pour mieux montrer l'état d'une société sur le point d'être dépassée par un état nazi. Je déplore que, de temps en temps, il y ait quelques propos qui créent de la confusion dans la chronologie. De plus, je trouve le livre bien trop court pour bien expliquer pourquoi la République de Weimar chute aux nazis. C'est dommage car les choix iconographiques et les sources mises en avant sont bien choisis et permettent à l'auteur de mettre en avant une thèse intéressante.

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  • Les féminismes en Europe. 1700-1950 par Karen Offen

    Titre : Les féminismes en Europe. 1700-1950
    Autrice :  Karen Offen
    Éditeur : Presses Universitaires de Rennes 2012
    Pages : 544

    J'ai lu plusieurs ouvrages d'histoire des féminismes. Ceux-ci sont, malheureusement, souvent centrés uniquement sur la France voire même à Paris spécifiquement. Il existe des exceptions comme le très bon Histoire mondiale des féminismes. Je souhaitais en savoir plus sur des féminismes non-francophones je me suis donc lancé dans la lecture de ce livre qui se concentre sur l'Europe entière. Il est construit en trois parties chronologiques. Le livre débute par un chapitre qui permet à l'autrice de conceptualiser le terme de féminisme tout en explicitant le fonctionnement de son livre.

    La première partie se concentre sur les années du XVIIIème siècle à l'aide de deux chapitres qui nous parlent des Lumières et de la Révolution Française. Karen Offen explique que cette période ne connait pas le terme de féminisme, mais cela ne doit pas empêcher d'examiner les moments de luttes en faveurs des droits des femmes. En effet, aussi bien des hommes que des femmes ont débattus et écrits afin de savoir si les femmes peuvent avoir une place égale aux hommes au sein de la Cité. En particulier, la Révolution Française est un premier moment de débat concernant les droits de vote. En effet, les hommes reçoivent ce droit mais les femmes en sont exclues. Outre cette question, les femmes revendiquent une éducation identique à celle des hommes en récusant une capacité de réflexion moindre face aux hommes. La question de l'éducation se retrouve dans plusieurs textes. L'autrice nous explique aussi que le rejet de la Révolution implique un rejet des droits des femmes, vus comme révolutionnaires.

    La seconde partie, de 5 chapitres, s'intéresse au XIXème siècle. C'est un siècle remplit d'événements politiques et de tentatives de révolutions, réussies ou non. Les mouvements féministes se greffent et tentent d'utiliser ces insurrections pour gagner des droits civils et civiques et sont mis sous silence lors des moments de reprises de contrôles. Ainsi, 1848 mais aussi les chutes des différentes monarchies françaises permettent aux femmes de demandes des droits égaux et, en particulier, le droit de vote. La période permet également de relancer le souhait d'une même éducation et la possibilité d'entrer au sein des universités. Cependant, le XIXème siècle est aussi un moment de lutte antiféministe avec la mise en place de ce que l'autrice nomme une guerre des savoirs. Les hommes et femmes antiféministes tentent de prouver une incapacité spécifiquement féminine de faire les mêmes choses que les hommes ce qui permet de justifier leur place au sein du foyer, protégée. Même les mouvements socialistes commencent à refuser les causes féministes au profit d'une part de la cause ouvrière mais aussi du travail des hommes. Les femmes sont vues comme des concurrentes potentielles dont le travail doit être régulé et protégé. Dans l'idéal, les ouvriers considèrent que le travail féminin ne doit exister que durant une période de célibat avant un mariage avec un homme qui offre des ressources financières adéquate à toute la famille.

    La dernière partie, en 4 chapitres, nous parle de la première partie du XXème siècle. En effet, l'autrice a décidé de ne pas traiter des mouvements féministes après 1950. Ces 4 chapitres font très attention aux périodes de guerres. Alors que certains mouvements féministes, nationaux comme internationaux, tentent d'éviter une guerre et considèrent que le féminisme est fondamentalement pacifique et la guerre fondamentalement masculine, d'autres mouvements féministes s'inscrivent dans le nationalisme et l'effort de guerre ou de résistance par la maternité. Il faut prendre en compte que nous sommes dans une période de craintes face aux pertes démographiques qui impliquent une pénalisation de plus en plus importante des contraceptions et de l'avortement. La guerre est aussi un moment qui met en danger les mouvements féministes. En effet, un grand nombre de femmes sont mortes et ne peuvent donc pas transmettre leurs archives, leurs connaissances ou le contrôle des organisations. Mais c'est aussi un moment d'internationalisation à l'aide de la SDN puis de l'ONU qui, tous les deux, s'intéressent à la cause des femmes en faveurs de l'égalité menant des recherches et enquêtes internationales.

    Ce livre est une somme importante de connaissances. L'autrice s'intéresse à un grand nombre de pays. Seuls quelques chapitres se concentrent sur des pays précis afin de permettre de répondre à des questions précises à l'aide d'un examen comparatif. L'autrice utilise et analyse un nombre impressionnant de sources de natures diverses et qui permettent de justifier son propos. Ainsi, malgré une idée souvent exprimée, les premiers mouvements féministes ne se contentent pas de parler du droit de vote. Déjà au XIXème siècle se pose la question du travail, de l'éducation, du salaire mais aussi de la politique familiale via la protection de la maternité et de l'amour libre, tenté par quelques couples. Cependant, je déplore que l'autrice ne se soit que peu intéressées aux relations entres les féministes européennes et les populations des colonies. La question de la race est un angle mort de ce livre. Les livres Ne nous libérez, pas on s'en charge ainsi qu’Histoire mondiale des féminismes donnent bien plus d'informations sur ce point et permettent de mettre en avant les tensions entre féminismes européens et féminismes dans les colonies et par les personnes racisées.

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  • La conquête d'un droit. Le suffrage féminin en Suisse (1848-1971) par Brigitte Studer

    Titre : La conquête d'un droit. Le suffrage féminin en Suisse (1848-1971)
    Autrice : Brigitte Studer
    Éditeur : Alphil 2020
    Pages : 160

    Lorsque la Suisse sort de la guerre du Sonderbund une nouvelle constitution est écrite et mise en application. Celle-ci, offre le suffrage universel. Mais, comme le dit l'autrice, ce suffrage n'est pas si universel qu'on ne le croit. En dehors des personnes interdites du droit de vote car trop pauvres il faut noter les femmes qui, jusqu'en 1990, n'auront pas le droit de vote dans tous les cantons de la confédération, malgré un droit de vote au niveau fédéral en 1971. L'autrice nous présente les combats en faveurs du suffrage de 1948 jusqu'en 1971 en dix chapitres.

    Ces dix chapitres s'organisent de manière chronologique. On commence au XIXème siècle pour suivre les différents débats et votes en passant par la première et seconde guerre mondiale, les années 50 et les premières victoires cantonales. Cette organisation nous permet d'observer les différents échecs du mouvement en faveurs de l'accès au droit de vote et donc de comprendre les raisons de cet échec.

    En effet, l'autrice commence par mettre en question l'idée répandue d'une difficulté de nature historique, d'un conservatisme de la société helvétique. Elle essaie de comprendre pourquoi ce conservatisme a empêché si longtemps le droit de vote en Suisse. Une explication consiste à mettre en avant la difficulté de réussir à forcer un changement au sein de la Constitution, forcé par des doctrines conservatrices de celle-ci. On peut aussi noter l'usage de tactiques politiques très policées qui ne sont pas réellement suivies d'effets, l'arrivée du MLF permet de dépoussiérer le répertoire d'action et de forcer une prise en compte de différents sujets. Mais il faut aussi noter la difficulté d'imposer le sujet à l'agenda politique. Il est rare que les exécutifs discutent spontanément du droit de vote et lorsqu'ils y sont obligés leurs réactions sont lentes, marquant le souhait d'éviter le sujet.

    Ce petit livre est une bonne lecture, synthétique, du sujet pour les personnes qui souhaitent en savoir plus. Comme il est d'usage pour cet éditeur, les différents chapitres sont agrémentés de propositions bibliographiques. J'ai personnellement apprécié l'ajout de différentes affiches électorales qui permettent d'illustrer les débats, même si j'aurais apprécié des copies numériques de bonne qualité. Je suis très heureux d'avoir pu me le procurer. En effet, l'éditeur annonce une rupture de stock à ce jour et une nouvelle édition n'aura lieu qu'en janvier.

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  • Histoire du XIXe siècle par Serge Berstein et Pierre Milza

    Titre : Histoire du XIXe siècle
    Auteurs : Serge Berstein et Pierre Milza
    Éditeur : Hatier 2 mai 1995
    Pages : 538

    Je l'ai déjà dit, je ne suis pas un grand connaisseur de l'histoire du XIXème siècle. Après avoir lu les classiques de Hobsbawm qui tentent d'expliquer le passage d'un ancien régime à un impérialisme j'avais lu un manuel dont la question principale concernait l'éveil des nationalités. Ce manuel est destiné à des étudiant-e-s de France qui préparent l'un des nombreux concours de ce pays. Contrairement aux autres ouvrages mentionnés, ce manuel n'a pas de problématique au profit d'un ensemble d'informations thématiques touchant toute l’Europe et, minoritairement, le reste du monde.

    Le livre est construit en deux parties. La première partie concerne le monde de 1815. Après la victoire contre Napoléon le monde européen est reconstitué autours d'une idée précise : éviter le retour de la Révolution et l'éveil des nations. Plusieurs couronnes sont reliées dans cet effort commun : la Russie, l'Autriche et le Royaume-Uni bientôt rejoints par la France à la monarchie restaurée. Mais cette alliance fait fi de l'importance des idées nationales et révolutionnaires au sein des populations européennes. Les tensions monteront jusqu'en 1848 lorsqu'une grande partie de l'Europe subira des mouvements révolutionnaires.

    La seconde partie concerne la destruction de l'Europe de 1815. Les mouvements des nationalités sont de plus en plus nombreux soutenus par la France mais aussi par les pays allemands qui y voient un moyen de s'unir contre la couronne autrichienne. Les différents royaumes doivent accepter la remise en cause de l'ordre européen. Mais l'arrivée de nouvelles nations implique de nouvelles tensions selon que l'unification de certains pays est soutenue ou combattue par d'autres puissances. La seconde partie du siècle est aussi celle de la course aux colonies qui créent aussi de nouvelles tensions, malgré des tentatives de pacification. Le livre se terminer sur l'état du monde diplomatique au début du XXème siècle et l'annonce des crises qui mèneront à la guerre mondiale.

    Cet ouvrage est très dense. Il contient aussi des schémas et cartes particulièrement utiles pour comprendre le propos des auteurs. Ceux-ci nous donnent beaucoup d'information sur de nombreux sujets. Mais ces informations permettent d'utiliser le livre non comme un ouvrage à parcourir de A à Z mais comme un outil de travail en cas de besoin d'informations sur un sujet précis. D'ailleurs, les auteurs renvoient souvent certains points à d'autres chapitres. Cependant, il est dommage qu'une bibliographie thématique ne soit pas jointe aux divers chapitres.

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  • La République Helvétique. Laboratoire de la Suisse moderne par Biancamaria Fontana

    Titre : La République Helvétique. Laboratoire de la Suisse moderne
    Autrice : Biancamaria Fontana
    Éditeur : Presses polytechniques et universitaires romandes 3 novembre 2020
    Pages : 160

    La République Helvétique est souvent décrite ainsi : c'est une période méconnue de l'histoire du pays et c'est le régime le plus détesté de l'histoire de la Suisse. En dehors de ces deux proclamations peu de personnes ont réellement des connaissances concernant cette courte période de ce qui deviendra, ensuite, un pays reconnu et modelé par les grandes puissances européennes. Pourtant, cette courte période est riche aussi bien en événements qu'en idées qui sont ensuite réutilisée pour la construction de l'état Suisse. Biancamaria Fontana, dans ce petit livre, tente de mettre en avant la richesse des débats de l'époque autours des différentes questions posées par la République Helvétique.

    Le premier et le dernier chapitres font offices d'introductions et de conclusions à l'ouvrage. Le second chapitre pose la question du lien entre la France, sous le régime du Directoire, et les demandes d'aides de la part de milieux prorévolutionnaire en Suisse. Ce chapitre permet d'expliquer les raisons derrière la construction d'un état uni, du moins sur le papier, et donc la destruction des états cantonaux ancestraux. Cette union permet de détruire les anciennes aristocraties mais, sans le vouloir, cela permet aussi de concrétiser l'existence de la Suisse en tant qu'état en Europe.

    Les chapitres 3 et 4 s'intéressent aux débats internes au pays. Tout d'abord, se pose la question de la nouvelle constitution. Celle-ci garde l'idée de démocratie mais imite les institutions françaises. Ce qui implique une séparation des pouvoirs qui n'existait pas auparavant. Ensuite, se pose la question du fonctionnement du fédéralisme dans un monde moderne. Plusieurs auteur.e.s sont ici mobilisé.e.s par Biancamaria Fontana. Ce qui lui permet de mettre en avant une certaine contemporanéité des questions soulevées, par exemple le lien entre les dirigeants politiques et la population.

    Le chapitres 5 et 6 me semblent s'intéresser aux relations avec le reste du monde et la France en particulier. En effet, la République Helvétique est souvent intégrée aux républiques sœurs mises en place lors des guerres du Directoire aussi bien comme moyen d'étendre les idées révolutionnaires que comme moyen de défense externes. Ces républiques sœurs ont eu une courte histoire, subissant soit la reprise de contrôle de la part de monarchie soit l'intégration au sein de la France tout en ayant vécu des spoliations militaires par l'armée française. Le destin de la Suisse est différent puisque, comme l'explique le chapitre 6, Napoléon convoque des suisses afin de créer un nouveau régime, plus stable et qui durera jusqu'au congrès de Vienne en 1815, sous le nom de Médiation. Même si une partie de ce qui est la République Helvétique est abandonné cet acte de Médiation consolide d'autres points, en faisant des acquis.

    Ce livre est très synthétique et s'intéresse peu aux événements ou aux questions sociales. L'autrice analyse les différentes œuvres philosophiques et politiques tout en les insérant dans un contexte précis. Par son analyse elle permet de comprendre de quelle manière des idées permettent de remodeler le pays ou sont confrontées à la réalité et donc amendées. Selon moi, nous avons ici un bon livre qui permet à tout un chacun de mieux comprendre cette courte période de notre histoire, période pourtant si liée à la constitution de 1848.

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  • La ville médiévale. Histoire de l'europe urbaine 2 par Patrick Boucheron et Denis Menjot et sous la direction de Jean-Luc Pinol

    Titre : La ville médiévale. Histoire de l’Europe urbaine 2
    Auteurs : Patrick Boucheron, Denis Menjot et Jean-Luc Pinol
    Éditeur : Seuil 2011
    Pages : 544

    Je l'ai sûrement déjà écrit, je connais mal l'histoire urbaine. Le connais encore moins dans le cadre de l'histoire médiévale. Alors que je connais bien la place des villes au sein de l'antiquité romaine leur déclin, mais non disparition, lors de la longue période médiévale a rarement été questionné par mes choix de lectures. Souhaitant mettre en question mes connaissances je me suis donc intéressé à un manuel mais aussi à ce livre écrit à plusieurs mains. Il est tiré à part, et sous format poche, d'un ouvrage bien plus important qui s'intéresse à l'histoire urbaine européenne depuis l'antiquité jusqu'à nos jours (tous ces livres sont disponibles en poches dans 5 autres volumes).

    Le livre est construit en 4 parties de 2 à 3 chapitres. La première partie concerne le haut moyen-âge soit le VIIIème siècle au XIème siècle. Un premier chapitre nous permet de comprendre l'effacement des villes mais aussi la continuité d'une forme de pouvoir ecclésiastique. Cette continuité permet aux villes de garder une certaine forme de domination sur leur espace proche, sous la conduite de l'Église. Un troisième chapitre permet de s'intéresser aux cités musulmanes, un thème que je connais très peu. Plusieurs exemples permettent d'illustrer le fonctionnement de ces villes en ce qui concerne la place des différentes professions mais aussi du pouvoir au sein de l'urbain. Il faut aussi mentionner un chapitre qui examine les nouvelles formes urbaines qui quittent, souvent, les milieux urbanisés sous la civilisation romaine. Après cette introduction concernant la ville et ses transformations une nouvelle partie s'intéresse au renouveau urbain du XIème au XIVème siècles.

    En deux chapitres cette seconde partie permet de comprendre pourquoi des villes sont fondées. En dehors du commerce qui permet aux villes de retrouver une population importante il faut prendre en compte les besoins spatiaux des différents royaumes. Fonder une ville permet un contrôle de l'espace et des voies de commerce tout en créant un milieu favorable à l'économie locale. Les auteurs examinent aussi la construction des villes qu'elles soient anciennes ou nouvelles. En particulier, les enceintes et les marchés sont directement examinés. En effet, les enceintes permettent de défendre la ville mais aussi de marquer son importance à l'aide d'un ouvrage de prestige. D'ailleurs, certaines familles sont censées s'occuper de certaines parties de l'enceinte. Les marchés, eux, permettent de contrôler l'espace économique de la ville.

    La troisième partie s'intéresse, enfin, aux personnes qui habitent dans les villes en nous parlant du travail mais aussi des sociabilités. Le chapitre sur le travail permet de comprendre la richesse des différents métiers urbains mais aussi leurs organisations au sein de guildes ou de hanses. Ainsi, les personnes qui travaillent ont des statuts, donc des droits et devoirs, spécifiques qui permettent une inscription dans la hiérarchie urbaine. J'ai particulièrement apprécié l'autre chapitre qui permet réellement d'imaginer la vie en ville. Les auteurs nous montrent que la ville est divisée en quartiers contrôlés par différentes familles. Ces quartiers peuvent même être séparés par des portes marquant le contrôle local. Ce chapitre donne l'impression de villes profondément divisées selon les capacités de contrôle de l'espace urbain.

    Enfin, la dernière partie s'intéresse au politique en relation avec les villes. Petit à petit, certaines villes commencent à prendre leur autonomie, contrôlant une région en tant que seigneurs. Ce qui implique la constitution d'un mode de gouvernement mais aussi d'une élite urbaine aussi bien politique qu'économique qui met en question le contrôle spatial des grandes familles sur le commun. La fin de l'époque médiévale est aussi un moment de crises pour les villes qui subissent les épidémies et les guerres, ce qui implique des ponctions fiscales importantes ainsi que des frais pour la défense et le ravitaillement. Dans le même temps, les différentes monarchies tentent de reprendre le contrôle des villes en détruisant, parfois, les enceintes ou en cooptant les élites administratives au sein de leur gouvernement. Ce qui permet aux auteurs du livre de considérer la ville médiévale comme un moyen de créer l'état.

    En conclusion, nous avons ici un livre riche dont je n'ai fait qu'effleurer le propos. Il faut avouer que je n'ai pas compris toutes les thèses des auteurs, ceci dépendant de mes propres méconnaissances de l'histoire urbaine. Mais ce livre n'est pas non plus impossible à lire pour les personnes qui ne sont pas expertes. Il demande simplement certaines connaissances de bases de l'époque médiévale et d'accepter de remettre en cause certaines idées sur la période.

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  • La République romaine 133-44 av. J.-C. par Janine Cels Saint-Hilaire

    Titre : La République romaine 133-44 av. J.-C.
    Auteur : Janine Cels Saint-Hilaire
    Éditeur : Armand Colin 20 mai 2020
    Pages : 254

    Ce court livre se concentre sur une période précise de la République romaine : les années de crises. Cette période, ses différents problèmes, permet de comprendre pourquoi et comment on est sorti de la légalité républicaine pour entrer dans un nouveau régime, le Principat. Pour cela, l'auteur écrit 7 chapitres. Il ajoute, comme de coutume dans cette collection cursus, un examen de plusieurs écrits dans le cadre d'annexes.

    Le premier chapitre permet de placer le décor. Janine Cels Saint-Hilaire y fait un résumé du fonctionnement de la République et des différents mots qui permettent de la comprendre. Il faut, en particulier, faire attention au terme mos maiorum fréquemment invoqué pour condamner des adversaires.

    Les trois chapitres qui suivent permettent d'expliciter les tentatives de réformes. La première est la réforme agraire tentée par les frères Gracques. Celle-ci a comme but de restaurer l'idéal de citoyen soldat capable de payer ses armes à l'aide son travail de la terre. Mais les guerres ont mis à mal cet idéal. La population s'est appauvrie, une minorité devenant extrêmement riche, ce qui crée un risque pour l'armée dont les membres sont de moins en moins nombreux. La deuxième réforme est, justement, celle de l'armée. À la suite de Marius, les soldats ne sont plus des citoyens mobilisés mais des volontaires qui acceptent le service en échange d'une participation au butin, en terre, esclaves ou en monnaie. Enfin, l'auteur mentionne la guerre sociale entre les alliés et la République romaine. Celle-ci découle des demandes de plus en plus fortes envers les alliés tout en fermant l'accès à la citoyenneté romaine, et ses avantages.

    Les trois derniers chapitres montrent les problèmes créés par les guerres civiles. Bien entendu, la République romain a souvent connu des problèmes sociaux entre les membres de sa société. Mais l'auteur explique que ces problèmes étaient résolus de manière politique par une modification des règles. Depuis les Gracques, c'est la violence qui régule les contestations. De plus, par suite de Marius puis Sylla, les soldats sont fortement liés à leurs généraux qui leurs permettent de gagner de l'argent, et bien moins à la République. Ce lien de clientélisme permettra à Pompée, Jules César et Octave de pouvoir faire la guerre contre d'autres romains. Pour finir, les personnes les plus importantes commencent aussi à prendre sur eux des charges illégales. Sylla fut dictateur à vie, comme Jules César. Sans mentionner Octave qui fut consul, tribun, grand pontife, etc.

    Ce petit livre est un bon moyen de comprendre les raisons de la fin de la République. Le propos est clair, structuré et pas trop spécialiste tout en définissant les termes importants pour comprendre l'époque et la société romaine antique. Ce livre peut permettre d'entrer dans des ouvrages plus spécialisés.

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  • The singing club

    Il y a quelques années, en Grande-Bretagne, des soldats durent partir en guerre en Afghanistan. Ce film parle des personnes qui sont laissées derrière : les femmes et les enfants des soldats. Celles-ci vivent au sein des bases militaires dans lesquelles elles tiennent une partie de l'économie. Leur statut peut dépendre du grade de leurs maris. Elles vivent ensemble et se soutiennent alors que, souvent, elles ne savent pas ce qui est en train d'arriver durant la guerre. Pour passer le temps et éviter de penser au danger elles décident de créer un club de chant mais ce qui est d'abord un simple hobby devient quelque chose de plus professionnel.

    SPOILERS

    Il y a peu de choses à dire sur ce film car il est entièrement sans surprises. On sait ce qui va arriver, comment et pourquoi. Cela n'implique pas que le film soit un échec. Au contraire, la réalisation sait ce qu'elle veut faire et le fait bien même si rien de transcendant ni de surprenant nous arrive. Le but est de créer un film drôle mais aussi tragique. Des personnages réels mais aussi imaginaires dont les propos peuvent parfois être proche de l'absurde. Le film réussit à créer des sentiments et un attachement envers les différents personnages sans avoir besoin de beaucoup d'efforts.

    Bien entendu, le fait que le film parle des femmes de militaires lors d'une guerre implique nécessairement de parler du rapport à la mort. Deux personnages ont connu une perte alors que les autres essaient de réguler leurs craintes en usant de plusieurs techniques que ce soit de ranger toutes les possessions du militaire afin de ne pas avoir à le faire si besoin ou de préparer des paquets pleins d'objets humoristiques. Le lien de ces femmes avec la mort de leurs proches résonne facilement avec nos propres expériences, même si nous ne sommes pas liés à des militaires.

    *
    **
    *** Sans surprises mais sympathique
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  • Ne nous libérez pas, on s'en charge. Une histoire des féminismes de 1789 à nos jours par Bibia Pavard, Florence Rochefort et Michelle Zancarini-Fournel

    Titre : Ne nous libérez pas, on s'en charge. Une histoire des féminismes de 1789 à nos jours
    Autrices : Bibia Pavard, Florence Rochefort et Michelle Zancarini-Fournel
    Éditeur : La Découverte 2020
    Pages : 510

    Il existe plusieurs synthèses d'histoire des féminismes. Deux des autrices du présent ouvrage en ont écrit, ce sont deux livres que je possède et que je recommande chaudement. Ces trois chercheuses ont décidé de relier leurs connaissances afin d'écrire une synthèse historique des féminismes en France. L'attente, de ma part, fut intense. Lorsque j'ai acheté ce magnifique ouvrage de près de 500 pages seule une force de volonté importante m'empêcha de me plonger dedans sans pauses ni sommeil. Il faut dire que, outre un texte extrêmement bien écrit, les autrices ont ajouté une bibliographie intéressante mais aussi une iconographie qui est directement reliée au propos. Le livre est construit de manière chronologique en 4 parties.

    La première partie se concentre sur la période 1789-1871 avec 4 chapitres. Les autrices justifient leur choix tout en notant que les féminismes, en tant que mouvement politique, ne sont pas encore nés en 1789. Personnellement, j'aurais apprécié un chapitre entier sur les penseurs et penseuses des droits des femmes de l'époque médiévale. Les autrices se concentrent sur les moments révolutionnaires pour expliciter les tentatives de libéralisation des droits des femmes. Elles notent surtout que ces tentatives sont toujours et presque immédiatement contré par les pouvoirs politiques et les hommes.

    La seconde partie s'intéresse à la période 1871-1944. C'est une période qui est entourée par deux régimes autoritaires avec la création de la Troisième République au centre. C'est aussi la fin du XIXème et donc l'arrivée des thèses marxistes et des luttes syndicales. Bien que des socialistes utopistes aient existé, ils sont moins importants après 1871. L'époque voit deux questions principales. Premièrement, se pose la question de la capacité des femmes à travailler. Faut-il une protection spéciale des femmes ou doit-on leur donner les même droits et devoirs que les hommes ? Une seconde question concerne le droit de vote qui ne sera accepté, en France, qu'en 1944. La période permet aussi d'observer les premiers mouvements antiféministes, on peut mentionner le misogyne Proudhon dont les propos sont difficilement soutenables.

    La troisième partie concerne 1945-1981. Après une perte de vitesse des mouvements féministes, ceux-ci reprennent de l'importance à la suite du livre de Simone de Beauvoir mais aussi après les événements de 68. Les mouvements se rajeunissent fortement tout en théorisant de nombreuses idées. En France, la période permet de poser la question du droit au contrôle de son corps. Dans un pays qui pénalise l'avortement, la contraception et la simple information concernant ces deux thèmes, le militantisme commence par se baser sur des questions purement médicales concernant la contraception. Ce n'est que plus tard que des mouvements féministes décident de s'attaquer à la criminalisation de l'avortement en pratiquant publiquement et en défendant les femmes qui risquent la prison. Marquant l'impossibilité de faire respecter une loi de moins en moins défendable.

    La dernière partie est la plus proche de nous puisqu'elle débute dans les années 80 pour se terminer en mars 2020. Les premiers chapitres démontrent l'intégration des mouvements féministes et des féministes au sein de l'état via des organes officiels mais aussi à l'aide de subventions. Des solutions militantes deviennent des actions professionnelles soutenues par l'appareil d'état et les membres du gouvernement. La période marque aussi les débuts des études sur les femmes, féministes puis de genre à l'université. Mais les autrices marquent aussi le renouveau d'un militantisme qui utilise fortement les outils de communications que sont les réseaux sociaux et internet. Grâce à ces outils, de nouvelles militantes entrent dans les mouvements et revendiquent des idées inclusives, en contradiction avec un féminisme universel. L'inclusion de nombreux combats, contre le racisme, contre l'homophobie, contre la transphobie, est contrée à la fois par des antiféministes et des féministes universalistes. La fin de cette période est marquée par le moment metoo qui aboutit à des condamnations en France même et aux réactions outrées des féministes face aux Césars de 2020, récompensant un homme condamné pour viol ayant fui la justice.

    Ce livre parle des féminismes français. Mais au lieu d'en rester à une histoire classique les autrices mettent en avant les multiples féminismes. En particulier, elles décrivent les féminismes pensés par les personnes racisées de nationalité française et leurs critiques des féminismes des femmes blanches. Les autrices réussissent aussi à montrer la richesse de ces mouvements et leurs combats internes entre différentes tendances. Même en ne s'intéressant qu'à la France, ce livre est riche et permet de bien mieux comprendre un mouvement qui est en train de se renouveler avec l'aide des réseaux sociaux.

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  • L'Europe au XIXème siècle. Des nations au nationalismes (1815-1914) par Jean-Claude Caron et Michel Vernus

    Titre : L'Europe au XIXème siècle. Des nations au nationalismes (1815-1914)
    Auteurs : Jean-Claude Caron et Michel Vernus
    Éditeur : Armand Colin 15 mai 2019
    Pages : 509

    Pour des raisons personnelles, je n'ai jamais vraiment apprécié le XIXème siècle. Je le trouve peu intéressant face à la première partie du XXème qui voit des changements socio-économiques importants. Mais je suis un peu obligé de m'intéresser au XIXème et, après les livres de Hobsbawm, je me suis plongé dans ce manuel. Les auteurs ont écrit 12 chapitres en plus d'une introduction et d'une conclusion. Dès le début, et régulièrement, ils marquent l'importance du XIXème pour comprendre le monde actuel. C'est pourquoi les auteurs utilisent le nationalisme en tant que question globale de ce manuel.

    D'une certaine manière, on pourrait diviser ce livre en deux parties. L'une s'intéresse à la période 1870-1914 et la première à la période 1815-1870. Cette première partie parle, bien entendu, du Congrès de Vienne et de la réalisation d'un ordre européen basé sur l'Ancien Régime et l'équilibre des monarchies face à une France considérée dangereuse. Cependant, ces équilibres sont mis à mal par des tentatives de constructions d'états-nations aussi bien en Allemagne qu'en Italie mais aussi dans les Balkans, malgré les efforts de l'Autriche-Hongrie. Les auteurs mettent aussi en avant l'importance de l'année 1848 même si les révolutions échouèrent.

    Une seconde partie pourrait permettre de comprendre de quelle manière la création idéologique des nationalismes permit de former les nations et de les mettre en concurrence. Chacun des pays d'Europe, qui ne sont pas tous des nations, souhaitent être puissant dans un contexte précis ou un autre, ce qui permet de relancer les colonisations en particulier sur le continent africain. Les auteurs essaient aussi d'y expliquer les raisons de l’introduction des nationalismes. Ceci permet, en effet, de consolider l'union des états et des peuples en créant un autre différent et externe.

    Bien que la lecture soit dense, ce manuel répond à une question précise tout en offrant des informations basiques sur différents pays européens. Toute l'Europe n'est pas décrite mais cela ne nuit pas au propos. Il est tout de même dommage que la question des colonisations et du système raciste qui en découle n'est examiné que dans un unique chapitre. Ce point aurait mérité plus de développement. On apprécie aussi l'ajout de nombreuses cartes qui permettent de mieux comprendre les explications des auteurs.

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  • L'ère des empires 1875-1914 par Eric J. Hobsbawm

    Titre : L'ère des empires 1875-1914
    Auteur : Eric J. Hobsbawm
    Éditeur : Fayard 2010
    Pages : 495

    J'ai enfin terminé le dernier volume de la trilogie de Hobsbawm autours du XIXème siècle. Pour rappel, ce dernier voulait comprendre de quelle manière le XIXème est devenu le siècle de deux révolutions : une révolution économique et sociale et une révolution politique. La première voyait le triomphe du capitalisme et de la bourgeoisie tandis que la seconde permet de justifier et de pousser à une participation de plus en plus importante de la population au sein des états, dont certains deviennent des démocraties. Ce troisième, et dernier, livre contient 13 chapitres sans compter les introductions et conclusions.

    Ce dernier livre pose une question difficile : comment est-on passé d'un monde libéral qui se pense en progrès constant à un monde en guerre en 1914. Pour cela, Hobsbawm tente de nous expliquer le monde de 1875. Bien que le capitalisme soit triomphant, les révolutions n'ont pas eu lieu, des tensions se préparent. Hobsbawm commence pour nous expliquer le fonctionnement de l'économie et définit ce qu'il entend par l'ère des empires. Les pays européens se sont, en effet, taillé des empires dans le monde entier, seules quelques états asiatiques et l'Amérique du Sud sont épargnés.

    Hobsbawm met en avant aussi des changements de nature sociales. D'une part, le prolétariat prend en importance avec la hausse de l'urbanisation et de l'industrialisation. Ce prolétariat inquiète car il pourrait soutenir des idéologies révolutionnaires. La bourgeoisie, en particulier la petite bourgeoisie, est inquiète face aux risques de déclassements. Les symboles prennent de l'importance pour marquer sa place. De plus, Hobsbawm se concentre sur la force de plus en plus importante de la question des nations qui pose problèmes à certains grands empires. Il explicite aussi l'entrée en scène des suffragettes et la tentative de libérer les femmes pour en faire des citoyennes. Mais celles-ci sont poussées à suivre le modèle de la femme au foyer qui peut être moins bien payée, avant le mariage, puis être soutenue par son mari. Au vu du salaire des femmes, qui n'est pensé comme secondaire face au salaire du mari, elles risquent de devenir des concurrentes des hommes ce qui pose la question de leur accès au travail pour les syndicats.

    Hobsbawm s'intéresse aussi aux arts et aux sciences. Les arts se constituent en réaction face au passé pour tenter de créer de nouvelles formes. En particulier, une partie du monde de l'art tente d'atteindre une pureté sans fioritures. En ce qui concerne les sciences, Hobsbawm met en avant une rupture des sciences de la physique tandis que la génétique est utilisée pour justifier l'eugénisme en Europe. Le livre se terminer sur la marche de la société européenne vers une guerre mondiale. Hobsbawm l'explique par des tensions entre états mais aussi par les besoins d'extensions à cause du système capitaliste, la prise de contrôle des ressources est source de tensions.

    Hobsbawm écrit un épilogue qui essaie de faire le bilan de son œuvre et de l'importance du XIXème pour comprendre le XXème siècle. Le livre est traduit en 1987 et Hobsbawm, bien que prenant en compte des risques de guerres mondiales, pense que le XXIème siècle serait probablement meilleur que le XXème. Il ajoute aussi une bibliographie commentée ainsi que des tableaux et des cartes. Malheureusement, cette édition ne fournit pas table de matières...

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  • La Révolution Française. 1787-1804 par Michel Biard et Pascal Dupuy

    Titre : La Révolution Française. 1787-1804
    Auteurs : Michel Biard et Pascal Dupuy
    Éditeur : Armand Colin 16 juillet 2020
    Pages : 382

    On écrit beaucoup sur la Révolution Française. Les ouvrages peuvent être très spécialisés ou écrit par des personnes qui souhaitent défendre un point de vue politique. Elle est à la fois la source de certaines de nos idées démocratiques et accusée d'être à l'origine de tout le mal actuel. J'avais lu le manuel de Michel Vovelle mais cet autre manuel est plus récent. Il prend en compte les progrès de l'historiographie depuis la fête du bicentenaire de la Révolution, permettant d'avoir une vue ressourcée sur cette période dense de l'histoire occidentale. Le livre est divisé en 14 chapitres dont la moitié est chronologique et l'autre moitié thématique.

    La "première partie" se déroule sur 6 chapitres. Les auteurs commencent par expliquer l'état de l'opinion avant la Révolution. Ils mettent en cause plusieurs explications de l'arrivée de la Révolution, par exemple les explications purement économiques ou culturelles, mais expliquent qu'il existe un effet révolutionnaire en Europe à la suite de la création des États-Unis. Les autres chapitres se concentrent sur les événements. Loin d'en faire un simple récit les auteurs souhaitent nous montrer les problèmes, les tensions internes et les solutions trouvées sur le moment par une population qui vit le moment révolutionnaire.

    La seconde partie est thématique. Les auteurs examinent des sujets classiques. Ainsi, on retrouver l'examen de la religion sous la période révolutionnaire. Mais aussi l'examen de la culture révolutionnaire (et de ses possibilités de survivre plus ou moins longtemps). J'ai particulièrement apprécié les chapitres concernant la contre-révolution et l'antirévolution, deux thèmes que je connais mal, mais aussi le lien avec le milieu international. Bien que les auteurs restent proches de la surface, ils expliquent clairement comment les autres pays ont suivi et importé la révolution puis réagi face à la conquête française. Je déplore tout de même que ce manuel ne parle pas de l'histoire des femmes, pourtant présentent lors de la Révolution. Pour leur histoire, on se reportera au manuel "les femmes dans la France moderne." Le livre nous offre aussi quelques schémas, un calendrier républicain lié au nôtre et surtout une longue chronologie.

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  • Le monde grec antique par M.-C. Amouretti, F. Ruzé et Ph. Jockey

    Titre : Le monde grec antique
    Auteur-e-s : M.-C. Amouretti, F. Ruzé et Ph. Jockey
    Éditeur : Hachette
    Pages : 352

    Ce livre est destiné aux personnes qui commencent des études en histoire antique mais il peut être lu par n'importe qui. Les auteur-e-s y font une peinture du monde grec de moins 6500 à 31 après J.-C. Bien entendu, il n'est pas possible de tout dire en si peu de pages mais les auteur-e-s réussissent, c'est le but de l'édition, à marquer les différents débats historiographiques et les différentes méthodes d'analyse des sources. Ce qui fait de ce livre un manuel intéressant mais, comme tous les autres de cette collection que j'ai lue, un ouvrage particulièrement dense et ardu à lire. Il est divisé en quatre parties marquant autant de périodes du monde grec antique.

    La première partie se concentre sur l'installation des grecs, les palais crétois et le monde mycénien. C'est une période dont l'analyse est difficile car les écrits furent longtemps incompréhensibles. Mais nous la connaissons de mieux en mieux grâce à l'apport de l'archéologie. Les auteur-e-s nous expliquent le fonctionnement de cette société basée sur les palais. De plus, illes mettent en question l'idée que cette civilisation aurait disparu par la violence. Il est possible que des mutations plus lentes aient pu la terminer.

    Une seconde partie se base sur la période archaïque. Celle-ci permet d'observer la création des Cités. Mais leur histoire est souvent mythifiée alors que la création des principales institutions est offerte à un ancêtre mythique qui peut avoir existé mais qui n'a pas forcément construit autant que les auteurs anciens l'ont dit. Ces Cités ne sont pas stables et connaissent des crises, des départs de populations mais aussi des guerres entre-elles et contre des populations extérieures. Cependant, le fonctionnement en Cité reste une base importante puisqu'elle implique un ordre religieux et civique.

    Une troisième partie se concentre sur la Grèce classique. Les sources sont plus nombreuses puisqu'on connait des pièces de théâtre mais aussi des écrits philosophiques et historiques. Même si leur lecture doit être critique on peut mieux comprendre les institutions et les crises sociales et politiques. Cela permet de mieux expliquer le fonctionnement politiques des Cités et leurs transformations.

    Enfin, une quatrième partie nous parle du monde Hellénistique en commençant par Philippe puis les conquêtes d'Alexandre. Le premier unit le monde grec en leur imposant une structure commune tandis que le seconde poursuit une longue aventure jusqu'en Inde. Après la mort d'Alexandre, les Cités restent sous contrôle de rois tout en ayant accès à une forme de liberté. Mais les coûts des Cités sont très importants et seuls des rois et des personnes riches peuvent leur offrir monuments ou aides en biens de premières nécessités. De plus, la puissance de Rome commence à se faire sentir menant à la fin de l’Égypte lagide en 31 après la bataille d'Actium.

    Le livre se termine sur des annexes. Nous y trouvons une chronologie, un index et surtout un ensemble de cartes utiles pour se retrouver au sein du propos durant la lecture. Il faut ajouter que cette collection utilise les marges pour y mettre de l'iconographie, des extraits de sources voire des liens directs avec des livres anciens comme actuels.

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  • Les Carolingiens. Une famille qui fit l'Europe par Pierre Riché

    Titre : Les Carolingiens. Une famille qui fit l'Europe
    Auteur : Pierre Riché
    Éditeur : Fayard 2010
    Pages : 496

    Après un petit livre sur le couronnement de Charlemagne il était normal que je m'intéresse un peu plus aux carolingiens. Malgré ma fascination pour leur époque qui voit un changement de dynastie, une renaissance, la christianisation de l'Europe et surtout le retour d'un empereur et d'un empire (mis à mal par les raids vikings) je ne connais que peu cette époque. Ce livre fait le récit de l'époque carolingienne depuis Pépin jusqu'à Otton 1er soit un peu plus de deux siècles. Un tel récit implique nécessairement un grand nombre de personnages mais aussi une explication du contexte politique et sociale de chacun des carolingiens. L'auteur divise sont livre en 5 parties.

    La première partie se déroule alors que les futurs carolingiens sont encore soumis aux rois mérovingiens. Ceux-ci perdent petit à petit leur pouvoir face aux maires du palais mais ils restent nécessaires dans le cadre des sociétés de l'époque. Il y a un lien entre le roi et son peuple qui n'est pas facilement brisé. Même s'il y eut une tentative de prise de pouvoir, ce n'est qu'avec le soutien du Pape que les derniers mérovingiens vont disparaitre du pouvoir. Le Pape, bien entendu, agit en faveurs de ses propres intérêts.

    La seconde et la troisième partie permettent de comprendre comment se constitue l'Empire carolingien et donc comment Charlemagne est finalement couronné empereur. Le récit est très dense. L'auteur s'occupe de chacun des empereurs l'un après l'autre et examine leurs conquêtes mais aussi les liens avec l'aristocratie. Il montre comment l'Empire perd son unité afin de respecter la tradition du partage de l'héritage entre frères. Le récit montre les alliances, les difficultés mais aussi les trahisons entre frères alors que l’Église essaie de garder réel le rêve d'une unité européenne en vue d'une christianisation plus facile.

    La quatrième partie explique de quelle manière l'Empire s'est finalement disloqué. Face aux divisions entre frères carolingiens les aristocrates commencent à prendre de plus en plus de pouvoir. On le voit en particulier en ce qui concerne la justice mais aussi la possession des terres qui ne sont plus un don durant un temps limité mais qui sont de plus en plus pensés comme des propriétés. Les carolingiens, en fait, subissent ce qu'ils ont fait subir aux mérovingiens. La réalité du pouvoir leur échappe alors que des rois concurrents se forment. Petit à petit, se constitue les embryons des grands royaumes de l'époque médiévale.

    Enfin, une dernière partie s'intéresse aux questions culturelles et économiques. L'auteur y présente aussi bien l'art que les sciences ou encore l'architecture. Il nous montre le lien important que les carolingiens forment avec les sciences de l'époque ce qui permet une restauration du latin. Le lien entre l'Église et l'Empereur sont tout aussi important puisque les deux se soutiennent mutuellement, dans l'idéal. Les carolingiens se font les champions de la christianisation tandis que les Papes aident à justifier le pouvoir des empereurs. Une église occidentale de plus en plus forte se forme face à l'église byzantine.

    Le livre est suivi de trois annexes. Une première est constituée de nombreux arbres généalogiques particulièrement utiles pour naviguer dans les différentes familles mentionnées par l'auteur (qui renvoie fréquemment à ces arbres). La seconde est composée de cartes et la troisième est une chronologie. Ce livre, très dense, ne se lit pas facilement. Le récit n'est pas confus mais le nombre important de personnages et d'événements complique la compréhension pour quelqu'un qui, comme moi, ne connait pas très bien l'époque carolingienne.

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  • L'ère du capital 1848-1875 par Eric J. Hobsbawm

    Titre : L'ère du capital 1848-1875
    Auteur : Eric J. Hobsbawm
    Éditeur : Fayard 2010
    Pages : 463

    Ce livre suit le premier volume qui s'intéressait aux années 1789-1848. Hobsbawm s'intéresse ici à ce qu'il nomme l'ère du capital car, selon lui, nous sommes dans une période de triomphe du capitalisme après une courte mise en cause lors de 1848. Le livre est constitué de trois parties. Elles sont suivies d'annexes, d'une bibliographie commentée, d'un index et de notes de fin d'ouvrage. Tout comme le premier volume, les parties se découpent selon un développement puis des résultats qui prennent en compte, dans les deux cas, les changements de nature socio-économique plus qu'un récit des événements.

    La première partie se concentre sur l'année 1848. Celle-ci est restée comme une année de révolutions dans l'Europe entière. Même la Suisse la subit, bien qu'un peu en avance. Cependant, ces révolutions échouèrent toutes à construire un système différent et, rapidement, l'Europe continua dans la voie du capitalisme. Hobsbawm nous montre que 1848 était loin d'être une surprise. On s'attendait à une explosion révolutionnaire sans savoir quand elle aurait lieu précisément.

    La seconde partie, développement, permet à Hobsbawm d'expliquer le fonctionnement de l'Europe, et du monde, durant cette période. Il explicite l'avancée économique impressionnante de la période qui permet de supporter l'impression d'un progrès inaltérable au niveau économique. Il explique aussi le fonctionnement de plus en plus globalisé et uni du monde grâce au train mais aussi au télégraphe. Ces deux technologies s'étendent fortement durant ces années du XIXème siècle et permettent une communication rapide d'un bout à l'autre du monde. Bien entendu, il s'intéresse aussi au fonctionnement de la démocratie et à la construction des nations. Ces dernières sont progressivement pensées et construites par des élites intellectuelles tandis que la démocratie implique de relier les masses à l'état mais sans, pour autant, leur donner une égalité de fait.

    La troisième partie s'intéressent aux thèmes culturels et socio-économiques. Outre les arts et la science, que Hobsbawm décrit comme ayant atteint un palier avant une prochaine (r)évolution, il décrit le fonctionnement de la terre mais surtout des classes sociales. Dans deux gros chapitres il nous décrit la classe ouvrière et la classe bourgeoise. La classe ouvrière commence à se penser mais elle est coincée dans une pauvreté voulue par la bourgeoisie. En effet, il est important de garder une forme de hiérarchie des classes sociales et même si le progrès implique de meilleures conditions de vie pour tout le monde il ne faut pas, pour autant, égaliser les hiérarchies. Dans le même temps, les milieux de gauche commencent à théoriser un progrès en direction d'une dernière révolution qui ferait tomber la bourgeoisie. Celle-ci met en exergue l'importance de l'individualisme et de la réussite personnelle. L'échec est donc un problème individuel et non un problème que l'on peut expliquer par des causes structurelles. Ce qui importe pour la bourgeoisie est de montrer son statut en ayant une capacité de direction et d'ordonner des personnes inférieures. Le livre se termine sur l'annonce d'une période de dépression économique qui sera suivie de l'ère des empires.

    Contrairement au livre précédent, Hobsbawm s'intéresse ici au reste du monde et pas uniquement à l'Europe. Cependant, ses propos dépendent surtout de ce que fait l'Europe et des réactions des autres civilisations. Ainsi, le monde est décrit comme porté par l'Europe tandis que les reste du monde semble n'avoir pas eu d'histoire avant l'arrivée de l'occident et leur prise de contrôle des autres civilisations. Hobsbawm ne voulait probablement pas faire ceci mais c'est l'impression que j'ai eu à la lecture.

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  • L'ère des révolutions 1789-1848 par Eric J. Hobsbawm

    Titre : L'ère des révolutions 1789-1848
    Auteur : Eric J. Hobsbawm
    Éditeur : Fayard 2010
    Pages : 434

    L'ère des révolutions est le premier tome d'une trilogie concernant de Hobsbawm sur le XIXème siècle. Il fait se terminer ce siècle en 1914 et un livre sur le XXème siècle, l’Age des extrêmes, suit. Ce premier tome se concentre sur 1789 à 1848. Il commence par une révolution et se termine sur une période révolutionnaire européenne qui a aussi touché la Suisse. Celle-ci a subi la guerre civile dites du Sonderbund. Le livre est constitué de 15 chapitres en deux grandes parties.

    La première partie est nommée "évolution." Hobsbawm y examine les changements menés par ce qu'il nomme la double révolution : la française et l'industrielle. L'une se déroule en France et implique un changement de nature politique et sociale. La seconde se déroule au Royaume-Uni et implique un changement de nature socio-économique. Les 7 premiers chapitres permettent de comprendre ce que ces deux révolutions impliquent pour le monde, et l'Europe en particulier. De plus, Hobsbawm examine le fonctionnement de la guerre et de la paix. La France est montrée comme le premier pays à avoir mis en place une guerre de masse face à des armées européennes d'ancien régime. La partie se terminer sur un examen de l'idée de nationalité.

    La seconde partie se nomme "les résultats." Hobsbawm l'utilise afin d'examiner certains points particuliers et la manière dont des changements ont lieu suite à la double révolution. Il s'intéresse à la terre comme propriété foncière mais aussi à l'industrialisation et aux raisons de la force anglo-saxonne, et de ses limites. Plus intéressant encore, il examine le fonctionnement des sociétés de ce début du XIXème siècle. Il montre ce que peuvent faire les populations dans un monde en pleine industrialisation mais il montre aussi les limites de ces opportunités face à des besoins importants de mains d’œuvre peu couteuses. Il s'intéresse aussi à la place des religions et des normes laïques mais aussi au fonctionnement des arts et des sciences. Cette partie offre donc un panorama presque complet du monde entre 1789 et 1848. Le livre se termine sur une conclusion qui ouvre au prochain tome. En effet, 1848 est une période de révolutions en Europe mais la suite ne sera pas un changement de système. Le capitalisme et les industries seront triomphantes.

    Si l'on doit noter des manques il faut dire que ce livre est très européocentriste. Hobsbawm ne parle que peu du reste du monde et quand il le fait ses propos peuvent être peu adéquat. Ainsi, il semble suivre l'idée que le Raj britannique fut fondamentalement bon après une histoire indienne médiocre. Les chercheurs et chercheuses sont loin d'être d'accord avec cela. De plus, Hobsbawm ne parle que peu des femmes. Son livre est surtout une histoire des hommes. On peut y voir une marque de l'époque mais cela n'empêche pas de le déplorer.

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  • De l'Empire britannique au Commonwealth par Henri Grimal

    Titre : De l'Empire britannique au Commonwealth
    Auteur : Henri Grimal
    Éditeur : Armand Colin 1999
    Pages : 416

    La période actuelle semble adéquate pour en savoir plus sur l'histoire britannique. En effet, la fin du brexit approche et celui-ci met fin à des relations fortes avec l'UE suivi de la promesse d'un retour à un âge d'or britannique. Ce livre permet de mieux comprendre comment s'est constitué cet âge d'or qui implique la prise de contrôle économique et politique de larges territoires et leur intégration ultérieure au sein d'une organisation internationale censée fonctionner sur l'idée d'égalité des états. Une organisation qui a tout de même souffert du mouvement des décolonisations. Le livre est constitué de 14 chapitres organisés en 4 parties.

    Le premier chapitre, court, se concentre sur les XVIIème et XVIIIème siècles. L'auteur débute par définir les deux types de colonisations : commerce et peuplement. Le premier type implique des droits sur de petits territoires dans le but exclusif d'échanger et de contrôler le commerce local et international. Le second implique une émigration britannique au sein d'un territoire qui peut s'étendre selon les besoins. L'auteur explicite aussi les premières zones colonisées que sont les colonies d'Amériques mais aussi l'entrée sur le territoire des West Indies. Enfin, l'auteur nous explique que les colonies s'inscrivent dans un système mercantiliste qui implique que la richesse dépend de l'exportation, il faut éviter les importations et donc la fuite de monnaie.

    La seconde partie reprend la période que l'auteur nomme impérialiste. Cela implique de définir le terme mais aussi d'expliquer comment les anglais devinrent impérialistes. En effet, une partie du monde politique et économique anglo-saxon considère les colonies comme des dépenses inutiles qu'il faudrait abandonner. Un effort de propagande est nécessaire pour faire des colonies une nécessité morale pour une nation européenne. L'auteur explique aussi le passage des colonies qu'il nomme blanches à une forme de gouvernement autonome. Cela dépend de l'état local des gouvernements mais permet aussi d'éviter de détruire le lien entre colonies et Londres. Cependant, les Indes ne sont pas concernées. Elles sont administrées par une compagnie privée, avant qu'elle ne disparaisse, dans un but purement commercial. La prise de contrôle de territoires est fortuite avant de devenir un programme défendu par la nécessité de la défense de la paix. Celle-ci étant payée par les Indes et ses habitant-e-s.

    La troisième et la quatrième partie permettent de comprendre le passage d'une logique impériale à une logique de Commonwealth, concept défini au cours du temps par les britanniques. Les colonies blanches entrent facilement dans cette logique. Les colonies du contient africains sont plus délicates. En effet, alors que les britanniques, au XXème siècle, souhaitent une égalité entre personnes ces territoires sont gérées sur une logique de supériorité de race face aux habitant-e-s, un racisme qui permet de justifier une inégalité civique mais aussi le travail forcé qui peut être de l'esclavage. Les colonies telles que l'Inde atteignent plus difficilement le liberté et l'égalité. Ce ne sont que les deux premières guerres mondiales qui permettent de mettre à bas la supériorité virtuelle des britanniques, économiquement et politiquement, qui ouvre la voie à une indépendance. Enfin, l'auteur termine sur un examen du fonctionnement du Commonwealth, de ses crises mais aussi des possibilités futures. Le livre marque ici son âge. Bien qu'il fût réédité en 1999 il fut écrit en 1971.

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  • Le monde des villes au Moyen Âge par Simone Roux

    Titre : Le monde des villes au Moyen Âge
    Autrice : Simone Roux
    Éditeur : Hachette Supérieur 15 juillet 2004
    Pages : 256

    Nous connaissons bien les villes. Nous sommes nombreux à vivre au sein de ces structures. Mais celle-ci ont une histoire que, personnellement, je ne connais que peu. Je sais que durant la fin de l'antiquité les villes ont perdu en puissance au profit des campagnes pour des raisons socio-politiques. Mais les villes sont aussi restées importantes à cause de la puissance de l'Église et des évêques. Ce petit livre se veut une introduction à l'histoire médiévale des villes. Il fonctionne de manière chronologique du XIème au XVème siècle.

    La première partie se concentre sur les XIème au XIIIème siècles. Deux chapitres permettent de définir ce que l'on entend par ville durant la période médiévale. Un se concentre sur une définition globale basée sur le nombre d'habitant-e-s mais aussi la (re)création de villes. Un second nous montre la diversité des villes en se concentrant sur trois pôles et plusieurs exemples : le monde méridional, le monde flamand, le monde germanique et les grands royaumes en cours de formation soit l'Angleterre et la France. En dehors de ces deux chapitres, l'autrice essaie de nous expliquer le fonctionnement d'une ville. En particulier, elle montre leur place dans un monde basé sur la terre et le lien avec une seigneurie. Les villes, dans cet univers, reçoivent des droits et des devoirs particuliers qui leur permettent d'être des entités parfois proches de l'indépendance.

    La seconde partie se concentre sur le XIV siècle. L'autrice se concentre sur les problèmes posés par les villes. Bien que celles-ci aient des droits une partie de leur population souhaite un changement politique. Cependant, l'autrice montre que ces changements n'impliquent pas forcément de révolution. Il est demandé plus d'intégration de catégories externes mais la prise de pouvoir est immédiatement suivie d'une fermeture de la ville aux externes. Ces révoltes ne sont pas acceptées par les souverains qui répriment fortement les villes et bourgeois révoltés en leur supprimant des droits ou par un contrôle militaire. Ces échecs des révoltes dépendent aussi du souhait de paix et de calme d'une partie de la population.

    Les deux dernières parties se concentrent sur le XVème siècle et la fin de la période médiévale. Ces périodes sont celles d'une forme de pacification mais aussi d'une importance grandissante des villes. Elles deviennent des lieux de savoirs et de communications de ces savoirs. Les villes se transforment pour se rendre plus belles, suivant les modes de l'époque. Les universités se construisent, gagnant leur droit à être géré directement par la papauté. Mais ce sont aussi des moments de changements socio-politiques. Les marchands sont de plus en plus nombreux dans le milieu de la banque. De plus, la pauvreté est de moins en moins acceptée. Elle est vue comme un danger social. Les pauvres sont aussi considérés comme méritant leur condition. Seuls certains pauvres mériteraient une aide tandis que les autres sont expulsés.

    Ce petit livre ne fait qu'effleurer un large sujet. L'autrice nous offre une bibliographie importante qui permet d'aller plus avant dans les différents points qu'elle soulève. Elle ajoute aussi un grand nombre de documents en fin de chapitres qui permettent d'illustrer certains points précis. J'ai aussi apprécié les différents plans qui illustrent les chapitres, malheureusement la résolution est très mauvaise rendant difficile une bonne lecture. Je déplore aussi un certain nombre de coquilles.

    Image : Éditeur

  • La réforme par Richard Stauffer

    Titre : La réforme
    Auteur : Richard Stauffer
    Éditeur : Presses universitaires de France 2003
    Pages : 127

    Ni la Réforme ni la période moderne ne sont mes thèmes préférés. Pourtant, il est nécessaire de comprendre un minimum la réforme si l'on souhaite comprendre le fonctionnement politique de la période moderne. Pour cela, je me suis plongé dans ce vieux que-sais-je, la première édition date de 1970, qui examine trois lieux de la réforme en Europe. Ce petit livre permet donc d'avoir une idée générale de la réforme, de ses idées et du fonctionnement politique de celle-ci.

    Le premier et le second chapitre se concentrent sur les débuts de la réforme. L'auteur se concentre sur Luther dont il explique la recherche de salut et les conclusions que cela lui permet d'atteindre. Luther, dans un contexte de remise en cause du fonctionnement de l'église catholique, critique un certain nombre de dogmes dont l'achat des indulgences. Alors qu'il ne souhaite pas forcément créer un schisme il est condamné et doit accepter que son mouvement, d'abord intellectuel, devient une critique externe de l'église. Il refuse tout de même de mettre en cause le fonctionnement social ce qui lui permet d'être soutenu par les princes de l'Empire.

    Les chapitres 3 et 4 se concentrent sur trois lieux de réforme : Strasbourg, Zurich et Genève. L'auteur commence par examiner de quelle manière la réforme est acceptée par les magistrats de Zurich. Ils commencent par créer une dispute qui permet de justifier les idées réformées. Cependant, les réformés sont encore minoritaires au sein de la confédération helvétique et les cantons catholiques essaient de bloquer le mouvement lors de plusieurs guerres de religion internes à l'alliance. Malgré tout, les réformés prennent de l'importance en particulier à Berne. Ce canton, l'un des puissants de la confédération, permet de créer une forme de paix des religions au sein du pays. Genève suit la réforme afin de permettre de s'éloigner à la fois des seigneurs locaux et de l'église catholique. Mais Calvin ne réussit pas à imposer toutes ses vues aux magistrats. Cependant, Genève deviendra l'un des centres les plus importants de la réforme en Europe. La ville soutient les œuvres de Calvin après l'avoir rappelé ce qui permet de créer un horizon pour les réformés du royaume de France.

    Enfin, l'auteur se concentre sur l'anglicanisme. Il explique que celui-ci dépend d'abord de la couronne britannique. Cela le conduit à examiner l'importance de Henry VIII, de son fils Edouard VI et d'Elisabeth I. Bien que Marie Tudor ait tenté un retour au catholicisme, la division avec le Pape est consacrée par Elisabeth I. Cette réforme permet de donner un pouvoir important à la couronne face à l'église catholique. Mais elle est aussi ambiguë puisque l'église anglicane se rapproche des réformés tout en acceptant certaines idées catholiques. Ce qui supporte des partis plus ou moins proches ou éloignés du catholicisme et de Luther tout en offrant la capacité à Henry VIII de se rapprocher de l'un ou de l'autre selon les besoins.

    Un si petit livre ne peut pas donner une vision complète de la réforme, de ses effets ni des personnages. Son but est d'offrir une introduction au thème. Bien que le livre soit ancien et que les recherches plus récentes aient probablement mis en question beaucoup d'informations, l'auteur explicite tout de même les débats historiographiques de son époque.

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