Histoire

  • Histoire de l'Europe urbaine 6. La ville contemporaine après 1945 par Guy Burgel

    Titre : Histoire de l'Europe urbaine 6. La ville contemporaine après 1945
    Auteur : Guy Burgel
    Éditeur : Seuil 2012
    Pages : 448

    J'avais lu le tome 2 de cette histoire de l’Europe urbaine. Il se concentrait sur la période médiévale. La période contemporaine est divisée en trois tomes, dont celui-ci. L'auteur n'est pas historien mais géographe et urbaniste. Son but est de nous faire comprendre les changements et le fonctionnement des villes après les destructions de la Deuxième guerre mondiale. Il termine avec une postface qui prend en compte les problèmes des années 2010 et les volontés de mutations des transports. Son propos se divise en 6 chapitres.

    L'auteur n'étant pas historien il fait moins attention aux questions historiques et aux mutations et tendances de l'histoire. Il nous montre plutôt comment les villes sont pensées au fil du temps des années 50 à maintenant ainsi que les questions plus humaines pour reprendre une terminologie scolaire. Ainsi, il début par des questions économiques et termine par des questions politiques. L'auteur me semble un peu pessimiste en ce qui concerne la capacité d'agir au sein de la ville, la postface conforme cette impression. En effet, l'auteur considère que les tentatives de démocratisations des villes, au sein des ensembles étatiques, n'ont pas fonctionné. Les villes perdent leur identité soit en sacralisant leur forme soit en la sacrifiant mais ne réussiraient pas à répondre aux problèmes sociaux.

    Si l'on veut trouver un thème récurrent de ce tome c'est la question du logement. Que ce soit dans les années 50 alors qu'il faut construire vite et bien, les questionnements des années 60-70 ou les critiques des années 90 le logement me semble être au cœur de ce livre. L'auteur en fait un défis important et questionne l'idée que la densifications soit forcément négative et que les grands ensembles sont à bannir. C'est une position que je n'avais encore jamais rencontrée.

    Ce dernier tome d'une grande histoire de la ville européenne est un peu étrange puisque la méthode est différente, car la discipline de son auteur est différente. Le livre n'est de loin pas inintéressant mais il m'a semblé plus aride que le tome 2, qui m'avait appris énormément sur la société médiévale dans sa forme urbaine.

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  • Le mariage pour tous et toutes. Reconnaître les couples de même sexe en Suisse par Thierry Delessert et Marta Roca i Escoda

    Titre : Le mariage pour tous et toutes. Reconnaître les couples de même sexe en Suisse
    Auteur-e-s : Thierry Delessert et Marta Roca i Escoda
    Éditeur : Presses polytechniques et universitaires romandes 31 mai 2022
    Pages : 168

    Le mariage pour touxtes fut accepté en Suisse récemment, après un référendum gagné largement contre des opposant-e-s ultra minoritaires. Mais l'histoire de cette modification législative est bien plus vaste que la campagne référendaire ne l'annonçait. Ce petit livre de la collection Savoir Suisse rejoint les ouvrages des deux auteur-e-s concernant les gays et lesbiennes en Suisse et la manière dont l'état a géré leur existence.

    Le livre est construit en 8 chapitres chronologiques, le dernier annonçant les futures luttes et points de discordes en discussion. Les deux auteur-e-s montrent que les premiers débats sur une forme d'égalité citoyenne débutent tôt, dès les années 50, par la mise en place d'arguments sur la naturalité des sexualités (basée sur les recherches de Kinsey aux USA et de Hirschfeld en Allemagne avant leur destruction par les nazis).

    Les auteur-e-s démontrent aussi la centralité des années SIDA. En effet, les associations gays et lesbiennes ont dû gérer les conséquences de la mort d'un ou d'une conjointe mais aussi la maladie. L'absence de droits reconnus implique des difficultés de visite, d'héritage et de bail. Ces problèmes ont permis de pousser vers l'idée d'une reconnaissance via des textes spécifiques. En effet, les associations de l'époque sont encore fortement impliquées dans la remise en question de l'hétéropatriarcat avec le mariage comme forme particulière de domination des hommes hétéros sur les femmes.

    Le livre met aussi en avant le fonctionnement de la politique en Suisse. Afin de faire avancer les débats les associations ont dû s’institutionnaliser, ce qui permet un rapprochement avec des politicien-ne-s. Ces rapprochements permettent ensuite de pouvoir appuyer une révisions vers une direction ou une autre, aux prix de victoires tronquées ou faibles comme le fut l'adoption interne. Cette institutionnalisation implique aussi une prudence, en vue d'une victoire d'étape, qui est immédiatement dénoncées comme une forme de tactique dites du salami. Ainsi, la demande d'un mariage égalitaire fut pensée par la droite comme une trahison d'accords ayant permis la création du PACS alors que les associations gays et lesbiennes y voient la continuité de leur demande, tronquées en vue de faibles améliorations qui n'ont pas vocation à stopper les demandes d'égalité.

    Ce livre ne fait pas qu'éclairer les conditions de l'accès aux droits égalitaires pour les gays et lesbiennes, encore imparfaits. Il permet d'expliquer le fonctionnement de la politique en Suisse et la manière dont des questions provenant des associations deviennent politiques et sont défendues ou stoppées par des considérations juridiques qui, elles même, se modifient au fil sur pression aussi bien interne au pays qu'externe.

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  • La Régénération. Le libéralisme suisse à l'épreuve du pouvoir (1830-1847) par Olivier Meuwly

    Titre : La Régénération. Le libéralisme suisse à l'épreuve du pouvoir (1830-1847)
    Auteur : Olivier Meuwly
    Éditeur : Presses polytechniques et universitaires romandes 31 mai 2022
    Pages : 150

    Olivier Meuwly est un historien bien connu du monde politique et médiatique romand. Il a écrit plusieurs ouvrages d'histoire sur la création du monde politique suisse. Ce livre est sa dernière production. Il s'y intéresse à un moment particulier de l'histoire de la Suisse. Après 1815 les grandes puissances européennes ont garanti l'existence et la neutralité du pays. Celui-ci est géré par un nouveau pacte fédéral dans un sens conservateur, en accord avec l’Europe de l'époque, qui devait permettre de minimiser les acquis de la Révolution française.

    Cependant, ce conservatisme ne va pas durer et la Suisse, mais elle n'est pas seule, voit la création du mouvement libéral qui demande des réformes économiques et politiques. L'auteur montre parfaitement bien les origines de cette doctrine et ses prises de pouvoirs. Il nous montre aussi que les prises de pouvoir ne permettent pas toujours de mettre en place les réformes souhaitées. Les libéraux eux-mêmes ne savent pas forcément comme agir. Il existe plusieurs courants internes dont les futurs radicaux. Mais il y a aussi des accointance avec les conservateurs. Ces courants et tensions internes et externes vont pousser le pays en direction de la guerre civile de 1847 qui permettra enfin de répondre aux souhaits libéraux et radicaux par la création d'un véritable pays centralisé.

    Il faut aussi noter que l'auteur n'oublie pas les actions des puissances. Le territoire suisse offre un refuge politique à de nombreuses personnes qui peuvent en profiter pour préparer des actions dans leurs pays d'origine. Ceci implique souvent des pressions politiques et économiques de la part des grandes puissances européennes sur la Diète. Ce qui permet d'unir les radicaux contre l'ingérence étrangère mais aussi en soutien avec les réfugiés politiques. De manière générale, les grandes puissances ne sont pas favorables à des révisions politiques internes à la suisse car elles craignent une remise en cause du fonctionnement de leurs propres pays. Ainsi, l'auteur réussit aussi bien à présenter un mouvement, ses contradictions, les divisions internes au pays et les pressions internationales qui ont eu lieu ce qui fait de ce petit livre un bon moyen de comprendre la période compliquée de la Régénération.

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  • L'histoire suisse en un clin d'oeil par Joëlle Kuntz

    Titre : L'histoire suisse en un clin d’œil
    Autrice : Joëlle Kuntz
    Éditeur : Zoé novembre 2006
    Pages : 192

    Les histoires de la Suisse sont de plus en plus nombreuses depuis la création de la Nouvelle histoire de la Suisse et des Suisses (que d'autres ouvrages ont mis à jour). Ce petit livre se veut une histoire du pays qui ne soit pas trop experte et qui permette à tout le monde d'avoir quelques connaissances de base. L'autrice se base sur une littérature un peu ancienne, mais parfaitement adéquate. Ainsi, elle résume assez bien l'histoire de notre pays.

    Son travail est divisé en trois grandes parties. La première permet de mettre en avant la Suisse en soit. Joëlle Kuntz y examine l'histoire du pays en lien avec les états voisins. Elle met en avant les grands moments de l'Europe et de la Suisse. Dans une seconde partie, elle s'intéresse à la question économique. Ce qui lui permet de nous décrire les créations industrielles et bancaires. La troisième partie, que je trouve plus stimulante, s'attache à l'histoire de quelques grandes villes. Elle se base sur une littérature locale que je connais aussi. On y comprend un peu mieux comment les cantons et villes se constituent. Certes, certains sous-chapitres sont dépassés par les histoires cantonales écrites au sein d'Alphil, mais ces pages restent une lecture sympathique.

    Certains détails des propos de l'autrice ne me convainquent pas totalement (par exemple quand elle explique que les radicaux jugent le Sonderbund illégal, lire le pacte de 1815 permet de dire que cette alliance était bien illégale, même si on peut l'expliquer). Cependant, cela reste des détails et je pense que le but de l'autrice est atteint: un petit ouvrage résumant l'histoire du pays pour le grand public. Aux lecteurs et lectrices de voir si une lecture plus spécialisée les intéresse.

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  • Comprendre le nazisme par Johann Chapoutot

    Titre : Comprendre le nazisme
    Auteur : Johann Chapoutot
    Éditeur : Tallandier 6 février 2020
    Pages : 448

    J'ai déjà mentionné Chapoutot dans ce blog. Il est un historien prolifique qui travaille surtout sur l'histoire du nazisme. Son dernier livre tentait de faire le lien avec le management actuel, livre que je n'ai pas lu. Ce livre est un recueil de textes, d'entretiens et d'émissions de radio édités afin de faciliter l'accès. Il est constitué de 33 textes divisés en 5 parties de tailles inégales. Les textes ont souvent un style oral, qui ne permet pas l'ajout de nombreuses notes de bas de page. Mais l'auteur a ajouté une courte bibliographie pour les personnes intéressées.

    Étant donné le but de ce livre les différents textes se répètent beaucoup. La création de grandes parties thématiques augmente ce problème. Cependant, ces répétitions permettent aussi de mettre en avant les idées directrices des analyses de Chapoutot concernant le nazisme. Ainsi, il explique souvent que le nazisme a d'abord utilisé des concepts et idéologies préexistantes, depuis le XIXème siècle. C'est le cas du darwinisme social et je pense que l'on peut voir dans ce qu'il dit au sein de ce livre le début de la création de son dernier livre.

    J'ai particulièrement apprécié deux entretiens, en fin d'ouvrage, qui examinent la question de la réédition, scientifique, de Mein Kampf. Celle-ci a donné lieu à un débat interne aux historien-ne-s. Finalement, le livre a bien été édité et disponible en librairie. Chapoutot proposait de rendre l'édition scientifique française disponible sur internet mais de ne pas mettre l'édition en vente au sein des librairies. Il s'attaque aussi à l'intérêt de ce livre pour comprendre le nazisme, la recherche ayant dépassé depuis longtemps la posture centrée sur hitler.

    Ce livre a le mérite d'être clair et facile à lire. On y trouve aussi de bons résumés des recherches de Chapoutot et de la manière dont il tente d'examiner le nazisme. Mais, bien entendu, les textes édités ici ne vont pas aussi loin que ses analyses au sein de sa thèse ou de sa thèse d'habilitation dans lesquelles il examine de nombreuses sources qui lui permettent de défendre sa position en tant qu'expert.

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  • Guerres indiennes. Du Mayflower à Wonded Knee (1620-1890) par Robert M. Utley et Wilcomb E. Washburn

    Titre : Guerres indiennes. Du Mayflower à Wonded Knee (1620-1890)
    Auteurs : Robert M. Utley et Wilcomb E. Washburn
    Éditeur : Albin Michel 1 septembre 2021
    Pages : 432

    Ce livre est le second que je parcoure sur l'histoire des autochtones aux Etats-Unis. Le premier offrait surtout des extraits de sources commentées. Celui-ci est une synthèse de plusieurs siècles de guerres, révoltes et de relations entre colons blanc et autochtones. Les deux auteurs se sont divisé le travail afin d'écrire ce qu'ils souhaitaient être un ouvrage cohérent et le plus impartial possible.

    Le livre est divisé en 1 chapitres chronologiques qui mettent en scène les révoltes de plusieurs tribus dans ce qui est en train de se transformer en en État libre plutôt qu'une colonie. Le récit démarre avec l'arrivée des premiers européens et leurs impressions. Immédiatement, les autochtones sont considérés comme une force de travail potentielle et celleux-ci souffrent des maladies provenant de l'Europe. Les relations sont empreintes d'efforts de paix de la part des autochtones avant que la pression migratoire, religieuse et les exactions ne mènent à des actions de guerres dont les conséquences sont toujours l'usage d'une armée punitive et la prise de contrôle de territoire. Ce livre nous montre des nations perdantes, petit à petit, le contrôle de leur vie et territoire alors que leur culture devient interdite.

    Quelqu'un qui souhaite uniquement une synthèse appréciera ce livre. Mais il ne fait guère mieux. Il manque une explication des actions des colons et des autochtones, une prise en compte des différents contextes. Ainsi, le fonctionnement idéologique et pratique du "Bureau des indiens" n'est jamais présenté. Les croyances et cultures des autochtones ne sont jamais décrites non plus, ou très peu. Le contexte historique est considéré comme connu par un public qui est probablement censé être déjà au courant de l'histoire des États-Unis. Il manque beaucoup pour faire de cet ouvrage plus qu'une synthèse de surface mais est véritable travail d'histoire profonde.

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  • Histoire de la décolonisation au XXe siècle par Bernard Droz

    Titre : Histoire de la décolonisation au XXe siècle
    Auteur : Bernard Droz
    Éditeur : Seuil 12 février 2009
    Pages : 400

    Les puissances européennes se sont lancées pendant plusieurs siècles dans la conquête de terres sur d'autres continents qu'elles ont colonisées. Par cette colonisation les habitant-e-s furent dépossédé de leur pouvoir politique, de leur identité parfois et de leur pouvoir économique. Bernard Droz n'explique pas cette histoire. Il essaie de nous synthétiser un siècle de décolonisation dans le monde à l'aide de 6 chapitres.

    Les chapitres 3 à 5 se portent sur un continent chacun. L'auteur commence par l'Asie. Il examine, bien entendu, la fin du contrôle de l'Inde par la couronne. Cette fin va permettre de rendre caduque les autres colonies britanniques sur le continent mais elle sera compliquée puisque des questions nationalistes et géopolitiques vont empêcher une transition pacifique. L'auteur examine aussi la question de l'Indochine française, mais pas de la guerre du Viêtnam. Dans le chapitre 4, Droz se concentre sur l'Afrique du Nord ce qui implique de prendre en compte la guerre d'Algérie comme exemple d'une décolonisation ratée. Et le chapitre 5 se concentre sur l'Afrique Noire dont les populations sont considérées pendant longtemps inaptes à l'autogouvernement.

    Les chapitres 1 et 2 ainsi que le 6 posent plus de questions de définitions, de méthodes et de contextes. Le premier chapitre permet à Droz d'expliquer comment il pense les problèmes posés par la colonisation et les différentes réponses qui y ont été apportées. Il examine les deux exemples, remis en question, de décolonisation ratées ou réussies que sont les cas français et britannique. Le chapitre 2 permet d'expliciter la mise en question de l'Impérialisme européen après les deux guerres mondiales. Bien que les colonies aient soutenus l'effort de guerre, avec mauvaises volontés parfois, les guerres et les échecs de pays comme la France permettent de penser l'opportunité d'une libération. Celle-ci dépendant aussi des questions géopolitiques autours du conflit qui aura lieu entre le bloc communiste et le bloc des États-Unis. Le dernier chapitre questionne la mémoire des colonisations et décolonisations en particulier en France. C'est, à mon avis, le plus faible du livre. Certaines réflexions de l'auteur me semblent trop francocentrée pour permettre un examen différent.

    En conclusion, nous avons là une synthèse à la lecture facile qui ne se contente pas de donner des événements mais qui tente de les inscrire dans un contexte continental voire mondiale. Il faut saluer aussi l'existence d'un glossaire qui permet d'avoir des informations biographiques sur les principaux acteurs de la décolonisation.

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  • Le monde chinois 1. De l'âge du bronze au Moyen Âge. 2100 avant J.-C. - Xème siècle après J.-C. par Jacques Gernet

    Titre : Le monde chinois 1. De l'âge du bronze au Moyen Âge. 2100 avant J.-C. - Xème siècle après J.-C.
    Auteur : Jacques Gernet
    Éditeur : Armand Colin 2005 (1972)
    Pages : 380

    Je suis finalement arrivé au bout de cette série de trois livres écrit par Jaques Gernet (à l'origine en un seul tome). Je les ai pris à rebours, du thème le plus récent jusqu'au plus ancien. Ce premier tome se concentre sur une très large période puisqu'elle inclut près de 3000 ans d'histoire. Comme le dit lui-même l'auteur, il est impossible d'entrer dans le détail de tous les mouvements de cette longue histoire mais on peut avoir une vision globale de ceux-ci et des changements sociaux et religieux. Ce tome 1 contient deux parties divisées en 4 livres selon la division adoptée par l'auteur.

    La première partie se concentre sur l'antiquité. Elle commence à l'âge du bronze. L'auteur y examine comment une civilisation que l'on pourrait qualifier de chinoise se constitue petit à petit sur un vaste territoire. Il montre la création des dynasties princières et royales qui se combattent jusqu'à ce que la création d'un état centralisé deviennent pensable, et pensé. Autours de cette révolution intellectuelle se forme une unification guerrière de royaumes qui permet la prise de pouvoir du premier empereur.

    La seconde partie, bien plus longue, est composée de 4 livres et 9 chapitres. Elle concerne le Moyen Âge chinois, si l'on peut parler ainsi. Cette partie permet de comprendre comment l'état centralisé antique perd, petit à petit, son contrôle sur le territoire ce qui permet à de nouvelles dynasties et de nouvelles pensées politiques de prendre le pas sur les anciennes. Avant que celles-ci ne perdent aussi le contrôle du monde politique et du territoire. Régulièrement, l'état central ne réussit pas à imposer son pouvoir. C'est l'une de ces crises que traverse la dernière dynastie avant ce que Gernet nomme les Temps Modernes. Ces crises sont aussi visibles au sein de la pensée politique et religieuse. Gernet examine en particulier la force du bouddhisme mais aussi les critiques d'une religion jugée étrangère qui questionne les pratiques antiques de la civilisation chinoise.

    Au finale, ces trois tomes offrent une histoire cohérente du monde chinois avec ses modifications politiques et sociales. L'auteur ne prétend ni offrir un texte complet ni avoir terminé l'étude de la Chine. Même si les nombreuses rééditions de ces trois livres montrent que celui-ci a atteint un statut important, ils souffrent tout de même d'une certaine ancienneté. En particulier, le tome 3 est bien moins important que les deux autres et mériterait une mise à jour qui ne se fera jamais.

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  • Les Vendéens par Jean-Clément Martin

    Titre : Les Vendéens
    Auteur : Jean-Clément Martin
    Éditeur : PUF 13 avril 2022
    Pages : 192

    Jean-Clément Martin, spécialiste de l'histoire de la Révolution française, a déjà été nommé ici pour trois livres, dont son infographie sur la Révolution. Ce dernier livre, sorti récemment, est une adaptation écrite d'une production sonore sous forme de CD. L'auteur revient sur la guerre de Vendée, dont il est l'un des experts, afin de l'examiner selon les dernières connaissances. Étant donné que ce livre est une adaptation, il n'y a pas de notes de bas de pages et la bibliographie est très succincte.

    Le livre est construit en 7 chapitres suivis d'une chronologie. Le premier chapitre permet de qualifier le terme de vendéens et d'expliciter son usage et sa nécessité en histoire mais aussi en géographie. Suivent plusieurs chapitres, le corps de l'ouvrage, qui mettent en récit la guerre. L'auteur nous montre comment celle-ci se développe en explicitant les questions d'armées, mais aussi de personnes. Ainsi, il n'y eu que peu de soutiens anglais tandis que les armées républicaines ne sont pas unies, pour raisons politiques. Jean-Clément Martin montre bien comment ces questions politiques ont modifié le fonctionnement de la guerre et pourquoi les premiers combats furent perdus pour la République. Il marque aussi l'importance de plusieurs batailles.

    Les derniers chapitres se concentrent sur la mémoire de la Vendée. L'auteur marque d'abord l'importance du XIXème siècle sous Napoléon mais aussi les deux monarchies. Dans tous les cas, la mémoire devient une bataille politique selon les besoins de Paris et non selon les besoins de la Vendée. Un dernier chapitre se concentre sur la mémoire plus récente. Ici, Jean-Clément Martin défend ses dernières recherches durant lesquelles il nie le caractère de génocide de la guerre. Il explique que cette qualification provient d'une bataille de mémoires inaugurée autours de Philippe de Villiers et son Puy du Fou (récemment analysé par un ouvrage à multiples mains).

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  • Le monde chinois 2. L'époque moderne Xème siècle - XIXème siècle par Jacques Gernet

    Titre : Le monde chinois 2. L'époque moderne Xème siècle - XIXème siècle
    Auteur : Jacques Gernet
    Éditeur : Armand Colin 2005 (1972)
    Pages : 380

    Ce second tome contient les livres 5 à 9 de l'ouvrage originale. L'auteur se concentre ici sur près de 10 siècles d'histoire, soit les Songs, les Mings et les Mongoles entre les deux. Afin de nous faire comprendre les changements que la société chinoise a connue durant cette longue période l'auteur ne s'intéresse pas uniquement à la question politique. Celle-ci est présentée, bien entendu, on apprend comment les changements de dynasties ont lieu et pourquoi elles deviennent nécessaires. L'auteur semble vouloir nous montre que chacune des dynasties se repose sur les échecs de la période précédente avant d'entrer dans une forme de décadence due à des problèmes de systèmes politiques. Ainsi, les dynasties tentent de créer de nouveaux systèmes ou de revenir aux anciens, mais la société elle-même a trop changé pour permettre un fonctionnement adéquat des institutions.

    L'auteur nous montre aussi la vie matérielle et intellectuelle de la Chine. Ce sont les inventions et les pensées qui sont décrites dans un grand nombre de chapitres. Ce qui permet à Gernet de nous démontrer la richesse intellectuelle de la civilisation chinoise mais aussi les remises en cause des Classiques alors que certains intellectuels commencent à fonder des écoles critiques d'études de l'histoire. Une idée stimulante de l'auteur concerne les relations entre la Chine et l'Europe avant le XIXème siècle. Selon Gernet, la conquête mongole a permis une communication inédite entre les mondes continentaux et la Chine aurait eu un impact oublié sur l'époque moderne européenne, lui offrant idées et techniques.

    Cet ouvrage se termine sur les relations sino-européennes. Celles-ci sont difficiles. Les religieux essaient de convertir des Chinois mais l'incapacité du Pape à comprendre la Chine pousse au refus des traditions rituelles ce qui ne permet pas de cohabitation. De plus, les techniques européennes commencent à entrer en Chine mais ne sont pas toujours mises en valeur car le pays est épuisé par les guerres civiles. Selon l'auteur, ce n'est donc pas un simple traditionalisme des élites qui expliquerait l'incapacité du pays à résister à l'Europe, au contraire de nombreux intellectuels essaient d'adapter techniques et pensées au monde chinois, mais les guerres et la corruption due à un système politique inadapté. Petit à petit, cela permet une ingérence de plus en plus importante du monde européen qui impose des traités inégalitaires à l'Empereur après des actions de guerre. Au fil du temps, ces traités font perdre le contrôle des ports et de certaines capacités régaliennes ce qui affaiblit encore plus le pouvoir de l'Empereur. Les critiques internes mèneront à des tentatives de réformes puis à une tentative démocratique alors que les communistes essaient de prendre le contrôle du pays, ce qui est décrit dans le tome 3.

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  • Histoire de la Chine ancienne et impériale par Damien Chaussende

    Titre : Histoire de la Chine ancienne et impériale
    Auteur : Damien Chaussende
    Éditeur : PUF 16 mars 2022
    Pages : 128

    Je ne connais que très peu de choses concernant l'histoire de la Chine. Je compte tenter de connaitre un peu mieux celle-ci prochainement. Mais elle est vaste. Pour m'aider, je me suis lancé dans cette courte synthèse, récente, écrite par Damien Chaussende. Le livre est construit de manière chronologique en 8 chapitres. L'auteur a eu la bonne idée d'ajouter aussi deux cartes, une chronologie et un lexique qui permettent de mieux se situer dans les événements, les lieux et de comprendre les termes importants.

    Le livre commence dans la Chine ancienne plusieurs milliers d'années avant JC et se terminer avec les Quinq en 1911. Il n'y a donc pas de chapitres concernant la Chine populaire ni la République. Les chapitres sont divisés selon les différentes dynasties qui ont pris le pouvoir. Ce qui permet à l'auteur de mettre en avant les réussites artistiques, politiques mais aussi de montrer comment les dynasties perdent le contrôle du pays avant qu'une nouvelle dynastie n'apparaisse.

    L'auteur réussit l'exploit de rendre intéressant un texte extrêmement synthétique. Il explicite les fonctionnements politiques mais aussi les idéologies qui existent aux différentes époques. Mieux encore, il donne envie d'aller plus loin et de comprendre le détail de l'histoire des différentes dynasties. De plus, ce livre me semble réussir à offrir des connaissances de bases sur lesquelles on pourrait se reposer lors de la lecture de livres plus spécialisés.

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  • Les routes de l'esclavage. Histoire des traites africaines, VIe-XXe siècle par Catherine Coquery-Vidrovitch

    Titre : Les routes de l'esclavage. Histoire des traites africaines, VIe-XXe siècle
    Autrice : Catherine Coquery-Vidrovitch
    Éditeur : Albin Michel et Arte 10 février 2021
    Pages : 312

    Ce livre est le seconde de Catherine Coquery-Vidrovitch que je termine. L'autrice avait déjà produit un petit ouvrage synthétique sur l'histoire de l'esclavage. Elle écrit aussi sur l'histoire du continent africain. Cet ouvrage se vend une adaptation de la série de 4 documentaires sur arte nommés "Les routes de l'esclavage." Ces documentaires étaient découpés chronologiquement jusqu'à nos jours. À noter que le coffret DVD ajoute un bonus concernant l'histoire d'une révolte d'esclaves.

    Cette adaptation prend la forme d'un livre de 11 chapitres qui suivent, plus ou moins, les propos des documentaires d'arte. L'autrice y fait une présentation générale de l'histoire de l'esclavage en commençant par sa définition. Elle mentionne l'esclavage aussi bien dû aux arabes et musulmans que l'esclavage dû aux européens et les liens avec les pouvoirs locaux, sur le continent africain, que cela implique. Bien entendu, elle place de l'importance sur les révoltes, et la peur des révoltes pour mieux terminer sur les mouvements abolitionnistes. Elle mentionne aussi la force des mouvements de marronnage, en particulier sur le continent sud-américain. Elle parle d'états capables de défendre une population et de contester le contrôle des colons blancs.

    Etant donné le but de ce livre, une adaptation d'une série de documentaire, l'autrice se repose principalement sur des entretiens avec des spécialistes. Les notes de bas de pages sont peu nombreuses et renvoient principalement à ces entretiens. Comme mentionné plus haut, la construction du livre n'est pas strictement chronologique. Une partie du livre est thématique, parlant aussi bien des personnes qui ont profité de l'esclavisation que des mouvements abolitionnistes pour terminer sur la question du racisme scientifique et de ses effets jusqu'à nos jours.

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  • Les sorcières. Une histoire de femmes par Céline du Chéné

    Titre : Les sorcières. Une histoire de femmes
    Autrice : Céline du Chéné
    Éditeur : Michel Lafon 24 octobre 2019
    Pages : 166

    J'ai un certain nombre de livre sur l'histoire de la chasse aux sorcières. Ce petit livre n'est pas une étude historique ni un essai comme Mona Chollet en écrit. C'est une adaptation écrite de l'émission LSD (La Série Documentaire) sur France Culture. Celle-ci a été diffusée du 16 au 19 avril 2018. Céline du Chéné, après avoir travaillé sur le format audio, a décidé de l'adapter en livre sous la forme de 4 chapitres, pour chaque émission.

    Les quatre chapitres concernent la chasse, proprement dites, la sorcellerie, la figure de la sorcière et finalement son aspect politique. Pour construire l'émission et le livre l'autrice s'est reposée sur des historiens et historiennes, des chercheuses mais aussi, pour la dernière partie, sur des sorcières revendiquées. Elle ajoute une iconographie en lien avec le propos ainsi qu'une bibliographie et une filmographie.

    Les personnes qui, comme moi, ont lu des recherches spécialisées pourraient être frustrées par ce livre. Il reste simpliste et ne gratte que la surface de la question. Même si j'ai apprécié qu'il commence par le cas de la Michée Chauderon, qui fut publié quelques temps avant l'émission, on sent que ce livre adapte en format papier un autre support. Ce qui fonctionne à la radio ne fonctionne pas tout à fait en format écrit. Parfois, les transitions me semblent un peu trop abrupts entre deux personnes, deux questions.

    Cependant, j'ai apprécié la mise en place d’une étude de la sorcellerie actuelle et de ses positions politiques. C'est un sujet que je connais très peu. Le livre nous montre que le politique est inscrit dans un mouvement religieux. Les deux fonctionnent ensemble afin de créer un mouvement qui mettent en cause le capitalisme et le patriarcat tout en créant une religion "féminine" en faveurs de la nature. Bien entendu, il y a bien plus à comprendre des Wicca et des sorcières politiques, et j'espère trouver d'autres études quand j'en aurais le temps.

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  • La révolution culturelle nazie par Johann Chapoutot

    Titre : La révolution culturelle nazie
    Auteur : Johann Chapoutot
    Éditeur : Gallimard 1 décembre 2016
    Pages : 288

    On ne présente plus vraiment Johann Chapoutot. L'historien est régulièrement invité par les médias en tant qu'expert du nazisme et de l'Allemagne. Son dernier livre avait continué sur cette célébrité en créant un lien entre management et nazisme. Mais il est aussi l'auteur d'une recherche sur les liens entre le nazisme et l'antiquité et la culture nazie.

    Ce livre s'inscrit dans ces recherches culturelles. Il est constitué de plusieurs articles réadaptés pour une édition sous forme de livres. Chapoutot divise son livre en quatre parties. La première montre comment le nazisme pense le droit germanique contre le droit romain. Ce dernier serait un droit stérile qui ne prend pas en compte le mouvement de la vie. Tandis que le droit germanique serait vivant, mouvant et suivrait la nature humaine. Ces critiques permettent aussi de remettre en question l'action de la Révolution française, vue comme un danger pour l'humanité en individualisation au lieu de mettre en avant la communauté. Une seconde partie suit qui permet de comprendre comment les élites nazies réutilisent l'antiquité et Kant afin de construire leur propre philosophie de l'histoire.

    La troisième partie permet de comprendre comment les nazis essaient de construire une nouvelle morale. Outre l'attaque contre le droit international qui se forme après le traité de Versailles, traité vu comme une continuation de la guerre dont le but est la destruction des germains, l'auteur examine la morale sexuelle. Cet article m'a beaucoup intéressé. On y comprendre de quelle manière la conjugalité est utilisée comme arme raciale pour défendre la race contre les dangers extérieurs que sont la guerre et les races dites inférieures. Le but ultime des femmes étant de devenir des mères. Ainsi, il faut casser la morale conjugale strictement chrétienne pour permettre d'avoir plusieurs femmes et accepter les enfants dits naturels. Enfin, le livre se termine sur trois articles qui examinent comment les nazis ont pu penser la destruction des juifs comme un acte de défense médicale. L'auteur y analyse des textes particulièrement ignobles mais qui éclairent la pensée nazie. Les juifs y étant vu comme des porteurs sains et donc un danger épidémique qu'il faut supprimer.

    La conclusion permet de relier définitivement les différents articles. Il en ressort une meilleure compréhension du fonctionnement de la révolution culturelle nazie. Celle-ci s'attaque à la culture chrétienne et juridiques sur des points fondamentaux en usant du texte mais aussi du cinéma, ce que Chapoutot n'analyse pas spécifiquement. Le lien aurait pu sembler artificiel, mais on découvre une recherche cohérente qui permet à Chapoutot de construire son propos sur le temps long de sa carrière.

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  • L'Amérique latine de 1890 à nos jours par Pierre Vayssière

    Titre : L'Amérique latine de 1890 à nos jours
    Auteur : Pierre Vayssière
    Éditeur : Hachette 2006
    Pages : 287

    Dans mes tentatives de diversifier mes connaissances en histoire j'ai lu un second livre concernant l'Amérique latine. Le premier était un manuel qui m'avait plutôt convaincu. Celui-ci est aussi un manuel, destiné au cycle bachelor et aux concours. L'auteur le construit en trois grandes parties.

    La première partie se concentre sur les années 1830-1930. Il n'y a pas de véritables examens des sociétés coloniales, l'auteur commence son histoire alors que la plupart des pays sont libérés des européens mais sous la domination de la doctrine Monroe. Cependant, la fin des Empires n'implique pas la fin du racisme ni la démocratisation. L'auteur nous montre que ces sociétés sont fortement oligarchiques et divisées selon les catégories raciales. Les différenciations sociales et les problèmes politiques et économiques permettent de justifier des mouvements révolutionnaires.

    Une seconde partie se base sur les années 1930-1960. À l'aide d'études de mouvements artistiques, l'auteur montre la difficulté de concilier un passé fantasmé avec un modernisme européen. Car cela implique d'oublier une identité particulière. L'auteur nous parle aussi de la mise en place des gouvernements militaires qui peuvent soutenir une vision du monde aussi bien communiste que proche des fascistes. Cependant, la dernière période de la deuxième guerre mondiale voit une quasi-unanimité dans les déclarations de guerre contre l'Allemagne.

    Enfin, la dernière partie permet de montrer comment les différents pays se sont démocratisés malgré des problèmes économiques et sociaux importants. Malgré tout, il existe encore quelques tentatives de dictatures de gauche tandis que les dictatures de droite semblent avoir disparu, sans que les coupables des exactions de ces gouvernements ne soient punis. Cette période est très instable avec de nombreux pays en proie à des dangers mafieux dû à la culture des drogues. Pour finir, l'auteur essaie de faire un bilan pour les années 2000 à 2005.

    Ce manuel ne m'a pas convaincu. Il ne me semble pas que l'auteur se trompe mais je n'arrive pas à le suivre dans la construction de son propos. Certaines divisions ne me semblent pas tout à fait fonctionnelles et l'auteur donne beaucoup de place aux questions culturelles, à l'art, semblant oublier les questions idéologiques et le fonctionnement des sociétés aussi bien en termes sociologiques que politiques. Sans être inintéressant, la lecture fut laborieuse.

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  • La Suisse et l'esclavage des noirs par Thomas David, Bouda Etemad et Janick Marina Schaufelbuehl

    Titre : La Suisse et l'esclavage des noirs
    Auteur-e-s : Thomas David, Bouda Etemad et Janick Marina Schaufelbuehl
    Éditeur : Antipodes 2005
    Pages : 184

    L'étude commence par un constat. La Suisse a signé la déclaration de Durban en 2001 qui déclare la traite et l'esclavagisme crimes contre l'humanité. Mais cette signature est assortie d'un refus de réparations puisque la Suisse ne serait pas une puissance occidentale coloniale, n'ayant jamais possédé de colonies. Ce point est mis en question par les dernières recherches comme un livre concernant une colonie helvétique en Algérie le prouve. Mais la question de l'esclavage touche aussi la Suisse et les trois auteur-e-s de ce livre souhaitaient à la fois faire le point historiographique et essayer de trouver de nouveaux éléments. Leur étude est divisée en trois chapitres.

    Le premier chapitre concerne la participation à la traite négrière. Il apparait que même si le pays n'est pas directement impliqué de grandes familles arment des vaisseaux dans le but d'acheter et de vendre des esclaves. Ces grandes familles sont liées aux réseaux commerciaux protestants et commencent à sortir de la Suisse pour devenir bien plus diverses en ce qui concerne leurs liens "nationaux". Ainsi, de grandes familles helvétiques n'hésitent pas à aller vivre dans les ports de la traite. Les auteurs mettent en avant la difficulté d'analyser les liens entre commerces des esclaves et personnalités helvétiques car les investisseurs sont nombreux lors des armements.

    Un second chapitre se concentre sur les Suisses qui possédaient des esclaves. Les auteur-e-s démontrent que plusieurs personnes ont fait l'achat d'esclaves afin de s'enrichir dans le cadre de l'économie de plantation. J'ai trouvé particulièrement intéressant le cas brésilien qui montre une tension importante entre des Suisses esclavagistes riches et des Suisses pauvres qui se rendent dans la colonie brésilienne en échange de leur travail pendant un temps maximum. Les esclaves y sont vus comme une disruption qui empêche l'enrichissement des Suisses pauvres ce qui pousse un politicien à demander l'interdiction de l'usage de l'esclavage pour les citoyens helvétiques.

    Un dernier chapitre se concentre sur l'antiesclavagisme helvétique. En dehors d'une chronologie spécifique, les auteur-e-s montrent aussi les liens importants au niveau international entre les différentes associations, en particulier dans le cadre protestant. Mais les auteur-e-s marquent aussi la question de l'apprentissage civilisationnel pour le continent africain défendus par les abolitionnistes. Les africains sont vus comme non civilisés, incapable de travail et donc à éduquer. Les auteur-e-s mettent aussi en avant l'anti-islamisme des sociétés contre l'esclavage qui voient dans cette religion une concurrence mais aussi une civilisation immorale. Cette question est fondamentale puisque l'action civilisationnelle sur le continent africain implique aussi une action moralisatrice en Suisse.

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  • La guerre froide par Catherine Durandin

    Titre : La guerre froide
    Autrice : Catherine Durandin
    Éditeur : Presses universitaires de France 18 septembre 2019
    Pages : 128

    La guerre froide fut une composant majeure de la vie de l'après-seconde guerre mondiale jusqu'au début des années 90 lorsque le bloc occidental, autours des USA, semble avoir vaincu le bloc de l'est, autours de l'URSS. Mais la guerre froide est aussi l'histoire d'une guerre qui n'a pas eu lieu, militairement du moins, puisque les combats ont été déplacés vers d'autres pays et sur les fronts économiques et culturels. Ce petit que sais-je offre une vision synthétique de cette histoire.

    L'autrice suit une forme chronologique. Les chapitres permettent de voir les débuts de la guerre, dont elle questionne la chronologie, jusqu'à sa fin et les conséquences de la chute de l'URSS. Il faut noter que l'autrice se concentre sur les questions militaires. Elle met en avant les conflits potentiels et les réflexions stratégiques aussi bien en URSS qu'aux USA. On ne lit que peu de passages concernant les questions politiques, intérieurs comme extérieurs, ou culturels et économiques.

    Cependant, ce petit ouvrage s'inscrit dans l'actualité puisque l'autrice met en avant les conséquences de la fin de L'URSS. Elle se concentre en particulier sur les tensions autour de l'extension de l'OTAN dans l'ancienne sphère soviétique. Quelle que soit la position des lecteurs et lectrices cette extension du livre permet de mieux comprendre les tensions actuelles et passées autours de l'Europe de l'Est. Ainsi, et par hasard en ce qui me concerne, ce livre permet d'illustrer ce qui est en train de se dérouler autours de l'Ukraine, même si l'autrice reste très synthétique à cause de la collection dans laquelle ce livre est édité.

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  • Histoire du Proche-Orient contemporain par Leyla Dakhli

    Titre : Histoire du Proche-Orient contemporain
    Autrice : Leyla Dakhli
    Éditeur : La découverte 28 mai 2015
    Pages : 128

    Ce livre de la collection Repères est écrit à la suite des révoltes au Proche-Orient qui ont mis en question le fonctionnement politique et social des pays locaux. L'autrice souhaite, dans ce livre offrir des clés de compréhension de ces événements en les recontextualisant au sein d'une histoire récente, un siècle. Nécessairement court, ce livre synthétise une période que la lecture des recherches mis en bibliographie doit permettre de complexifier.

    Afin de mettre en place sa synthèse l'autrice crée une table des matières chronologique. Chaque chapitre se concentrent sur une période précise de 20 à 30 ans. Pour justifier cette division chronologique, l'autrice se base sur des changements de nature politique. Ainsi, le premier chapitre questionne la fin de l'Empire Ottoman et les réformes qui étaient mises en place. Le second chapitre pose la question des luttes contre les puissances européennes. Le troisième chapitre questionne la création des nations arabes au sein du Proche-Orient. Ce qui permet d'introduire les luttes terroristes contre l'Europe et plus précisément Israël. Le dernier chapitre s'intéresse aux événements les plus contemporains, dès les années 90, sans terminer son histoire.

    Ce très court livre ne peut pas, comme je l'ai déjà mentionné, faire une histoire complète de la période et de l'espace géographique du Proche-Orient. L'autrice elle-même avoue que son livre ne traite pas certains points. En particulier, elle renonce à traiter d'Israël. Elle justifie ce refus à la fois par une difficulté méthodologique et par un cloisonnement des sociétés qui rend leur intégration au sein d'un même espace difficile. Je ne sais pas si l'autrice justifie correctement ce manque. Mais il est clair que ce livre permet de comprendre les réactions arabes à Israël et non l'inverse ce qui peut ouvrir le propos de l'autrice à des attaques de nature politique.

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  • Le nazisme. Des origines à 1945 par Enrique León et Jean-Paul Scot

    Titre : Le nazisme. Des origines à 1945
    Auteurs : Enrique León et Jean-Paul Scot
    Éditeur : Armand Colin novembre 1997
    Pages : 284

    La littérature scientifique sur le nazisme est extrêmement vaste. Seules quelques personnes qui passent leur vie à étudier le sujet peuvent dire connaitre la majorité de cette littérature. Les autres personnes, dont je fais partie, se contentent de livres classiques, d'état de la recherche et de quelques manuels. Ce livre fait partie de la dernière catégorie. Son but principal n'est pas de faire une histoire du nazisme ni de faire un état de la recherche mais d'introduire à l'histoire du nazisme via le commentaire de texte historique, un exercice important en études d'histoire.

    Comme le disent les auteurs dans l'introduction, ce livre ne fait pas une histoire complète du nazisme. Il prend en compte quelques questions principales afin de donner les interprétations majeures des historien.ne.s sur des sujets précis. Les chapitres sont suivis de courtes bibliographies et commencent par une courte chronologie. La fin du livre est constituée d'une table des documents, particulièrement utiles pour se retrouver dans les chapitres.

    La richesse de ce manuel n'est pas dans l'histoire racontée mais dans l'usage des documents. Le but des auteurs est d'initier au commentaire de documents en fournissant des sources historiques qu'ils décortiquent ensuite sur plusieurs pages. Ce travail permet de comprendre comment un travail historique est mené tout en introduisant au commentaire comme méthode. Bien entendu, les auteurs ont choisi des documents précis, outre les sources nous avons des cartes et des séries statistiques, pour répondre à des questions précises au sein d'un chapitre. Cependant, ce livre garde son intérêt malgré son ancienneté aussi bien en ce qui concerne l'apprentissage méthodologique pour les étudiant.e.s que pour la possibilité de l'utiliser dans le cadre scolaire.

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  • Le monde chinois 3. L'époque contemporaine. XXème siècle par Jacques Gernet

    Titre : Le monde chinois 3. L'époque contemporaine. XXème siècle
    Auteur : Jacques Gernet
    Éditeur : Armand Colin 2005
    Pages : 190

    Ce petit livre est le dernier de la division en trois tomes de l'œuvre de Jacques Gernet. Il contient les annexes et la bibliographie complète alors que le texte même prend 109 pages. Ce dernier volume se concentre sur le XXème siècle, en deux livres selon la division opérée par l'auteur. Nous avons donc ici la dernière et courte partie de son travail qui débute à l'âge du bronze. Les autres volumes sont plus conséquents et je me réjouis de les lire.

    Le premier livre se concentre sur l'époque de la chute de la dynastie impériale et les problèmes politiques et économiques du début du XXème siècle. La Chine est alors l'un des pays les plus pauvres au monde, la seule exportation est la force de travail. En dehors d'une économie mise à mal et contrôlée par d'autres pays, dont le Japon, le Chine connait de nombreux gouvernements et mouvements politiques qui n'ont pratiquement pas les moyens de résister à la désintégration du pays. Seules certains gouvernements sont soutenus, mais restent faibles.

    Le second livre, onzième si l'on prend en compte tous les tomes, est court et se concentre sur la République Populaire. L'auteur prend bien soin d'expliquer d'où proviennent les élites de la Chine communiste et comment ces élites réussissent à s'allier au monde agricole avant de prendre le contrôle du pays entier. Jacques Gernet explique aussi pourquoi l'URSS et la Chine ont des relations difficiles. Il met aussi en avant les décisions de Mao, leurs effets mais aussi leurs buts, en particulier en vue de garder le contrôle de l'état et du parti.

    Le livre a été régulièrement mis à jour depuis sa première édition en 1972. Mais cette dernière partie est aussi la plus courte puisque l'histoire s'écrit du vivant de Jacques Gernet. Cela n'enlève pas son intérêt à ce petit livre, mais les dernières années méritent probablement d'être complétées par des ouvrages plus récents.

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  • Histoire de la misogynie. Le mépris des femmes de l'antiquité à nos jours par Adeline Gargam et Bertrand Lançon

    Titre : Histoire de la misogynie
    Auteur.e.s : Adeline Gargam et Bertrand Lançon
    Éditeur : Arkhé 2020
    Pages : 352

    C'est un gros programme dans lequel ce sont lancés ces deux auteur.e.s. Illes tentent de nous offrir un panorama de l'histoire de la misogynie de l'antiquité à nos jours. La période est énorme, le sujet l'est tout autant. Mais la misogynie étant fondamentale dans le fonctionnement des sociétés occidentales sont étude est parfaitement justifiée.

    Les auteurs tentent d'étudier le sujet en essayant de comprendre la provenance de la misogynie. Cela les conduit à utiliser leurs connaissances de spécialistes afin d'examiner les anciens mythes. Une bonne partie du livre consiste à expliciter ces mythes et la manière de les comprendre et donc de savoir comment le monde humain est divisé entre Hommes et Femmes avec cette dernière comme forme soumise de l'humanité.

    Les auteur.e.s se concentrent aussi sur la Bible ainsi que ses commentateurs, en particulier les pères de l'église. J'ai trouvé cet examen particulièrement stimulant puisque les auteur.e.s commencent par décortiquer les traductions et les commentaires de la genèse. Illes nous parlent aussi du fonctionnement des termes et de leur traduction en termes de droits mais aussi de philosophies.

    Le livre est extrêmement vaste. Il est difficile de traiter tous les aspects comme il se doit. Il me semble que cette limite est particulièrement visible dans les chapitres qui s'intéressent au temps présent. Bien que les auteur.e.s réussissent avec succès à montrer les liens entre la mythologie et certaines idées du XIXème et du XXème siècle, leur propos se concentre sur la France contemporaine. Sans être inintéressant, loin de là, la lecture permet de sentir que ces derniers chapitres sont moins dans la réflexion et plus dans le commentaire de changements encore en cours. Mais, encore une fois, cela n'enlève rien à la richesse d'une livre qui fut sûrement difficile à écrire au vu du projet.

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  • Être esclave. Afrique-Amériques, XVe-XIXe siècle par Catherine Coquery-Vidrovitch et Eric Mesnard

    Titre : Être esclave. Afrique-Amériques, XVe-XIXe siècle
    Auteur.e.s : Catherine Coquery-Vidrovitch et Eric Mesnard
    Éditeur : La Découverte 5 septembre 2019
    Pages : 336

    Nombreux sont les ouvrages sur l'histoire de l'esclavagisme, un certain nombre de récits de vie ont été publiés et parfois adaptés pour le grand et le petit écran. Tout aussi nombreux sont les documentaires et les actions de mémoire. Ce livre se veut une synthèse prenant en compte les dernières découvertes et modifications de l'historiographique. Ce qui permet aux deux auteur.e.s de s'intéresser aussi bien à la traite atlantique qu'à la traite interne au continent africain, montrant les relations entre différents pays ayant permis la traite atlantique.

    Le livre est plus ou moins divisés chronologiquement, avec quelques chapitres plus thématiques. Cette construction permet d'observer de quelle manière les européens se greffent au fonctionnement de la traite interne à l'Afrique, provenant en particulier du monde musulman mais aussi de la création d'états côtiers organisant la capture et la vente d'esclaves en tant qu’intermédiaires. L'interdépendance, et les effets, des différentes traites permet de mieux comprendre pourquoi il faut si difficile de stopper le commerce des esclaves, trop de personnes mais aussi d'états avaient des intérêts dans l'esclavage, et l'ordre social-raciste impliqué, pour souhaiter la fin de la mise en esclavage.

    En dehors de ces points chronologiques, la postface explique avec raison que l'un des apports importants de ce livre, et de l'historiographie actuelle, est de prendre en compte les capacités d'action des personnes mises en esclavage. Ces personnes, hommes comme femmes, ne sont pas dénuées de possibilités de résister ou de parler. Certaines personnes mises en esclavages furent des princes, ou des marchands riches, capturés par des ennemis lors de raids et qui mirent en récit leur expérience (tout en continuant le commerce des esclaves). Les résistances sont nombreuses. Elles peuvent être de bas niveaux, un travail bâclé par exemple, mais aussi plus impressionnantes comme le furent les grandes révoltes. En particulier, l'exemple de Haïti fut une grande crainte pour les puissances esclavagistes qui y voyaient non seulement un exemple de ce qui peut arriver mais aussi un symbole d'espoir pour les populations mises en esclavage. Ce qui explique le traitement que subit Haïti qui ne fut reconnu qu'après avoir "remboursé" les possesseurs d'esclaves, créant une spirale de dettes qui a un effet jusqu'à nos jours. Ce livre me semble adéquat pour qui veut mieux comprendre cette histoire tout en ayant accès à des questionnements plus récents.

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  • Robespierre par Jean-Clément Martin

    Titre : Robespierre
    Auteur : Jean-Clément Martin
    Éditeur : Gallimard 22 février 2018
    Pages : 404

    Robespierre est intégralement lié à la Terreur. Cet épisode de la Révolution durant lequel de nombreux massacres ont été commis. Mais cet épisode, et le rôle de Robespierre, ont souvent été simplifié que ce soit pour blâmer l'entier de la Révolution ou simplement les plus acharnés dont Robespierre serait le chef incontesté. Jean-Clément Martin a remis en question un certain nombre de mythes autours de la Révolution. Dans ce livre, il entend comprendre Robespierre en écrivant une biographie.

    Cette biographie suit le format chronologique classique. Les chapitres se suivent selon les époques, qui sont mentionnées dans les titres. L'auteur débute par l'enfance, le début de la carrière puis l'entrée dans la Révolution et son importance pour terminer sur sa mort puis sur la reconstruction de son histoire en vue de créer le mythe du monstre Robespierre.

    Le but de Jean-Clément Martin n'est pas de vérifier si les récits monstrueux ou psychologisants sur ce personnage sont réels. Il essaie de replacer Robespierre au sein de l'état de la politique durant plusieurs périodes. Ce qui lui permet de montrer que le personnage fut, pendant longtemps, très isolé. Ses discours sont des idées avant d'être des appels au concret. Ce qui lui a permis de ne pas être impliqué et compromis par la marche du pouvoir. Cette absence de compromission lui a permis de se placer comme champion du peuple, tout en défendant la légitimité de la Convention, et de devenir l'une des personnes les plus puissantes du pays. Il est aidé par des amitiés loyales qui impliquent un contrôle fort du monde politique et militaire français.

    La déconstruction du mythe Robespierre est parfaitement mise en place par l'auteur. On comprend que le personnage prend des décisions qui dépendent de l'état des forces politiques. Un état qui aurait pu lui permettre de survivre aux événements de Thermidor si certaines actions avaient été prises. Jean-Clément Martin montre aussi que la création du monstre permet d'éviter de blâmer d'autres personnes, même si les Jacobins qui ont laissé tomber Robespierre vont aussi subir un retour de bâton. L'auteur montre toute la complexité d'un homme inséré dans un univers politique mouvant qu'il essaie de contrôler et, pendant longtemps, réussi à le faire.

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  • La résistance indienne aux Etats-Unis par Elise Marienstras

    Titre : La résistance indienne aux Etats-Unis
    Autrice : Elise Marienstras
    Éditeur : Gallimard 2014 (première édition 1980)
    Pages : 352

    Je suis totalement ignorant des questions "indiennes", pour reprendre le terme utilisé dans le titre, aux Etats-Unis. Il me semble donc normal de m'y intéresser afin d'essayer de comprendre les débats mais aussi les questions de droits posées par les populations autochtones. Ce livre, plutôt ancien même si cette édition est revue, tente de nous donner les clés de compréhension des luttes des autochtones depuis l'arrivée des européens jusqu'à nos jours.

    Le récit commence par les stéréotypes qui existent sur les populations autochtones. Dès le second chapitre, l'autrice se concentre sur un récit chronologique. Les chapitres sont des périodes qui permettent de comprendre comment les relations entre les populations résidentes et les migrant.e.s d'Europe fonctionnent. Rapidement, les migrant.e.s d'Europe veulent imposer leur manière de vivre, de penser et de gouverner sur les autochtones, afin d'en faire des populations soumises aux monarchies européennes. Les rois du territoire colonisé ont parfaitement compris cela et ont tenté de réagir soit par le refus des soumissions, la résistance armée ou une tentative de travailler avec les européens à égalité. L'autrice montre bien que toutes ces tactiques ont mené au même résultat : la destruction du peuple, des royaumes et de leurs cultures. Ainsi, le retour d'une certaine forme de militantisme au niveau du droit et des institutions internationales implique la reconnaissance des cultures autochtones et de leurs nationalités, au sein des Etats-Unis.

    Ce livre fut surprenant. En effet, il est constitué en grande partie d'extraits de sources commentées. Le commentaire est écrit dans une police inférieure à celle des sources, ce qui permet de bien identifier le type de texte. On peut aussi y voir une probable volonté de ne pas écraser les sources par le commentaire. La lecture seule permet déjà d'apprendre beaucoup de chose. Mais il me manque l'analyse historique, ce qui va plus loin que le simple commentaire. Ce manque pourrait provenir de la date de la première édition et donc de la nécessité de poser les questions et les débats avant de pouvoir y répondre.

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  • Histoire de l'Autriche. De l'empire multinational à la nation autrichienne (XVIIIe-XXe siècles) par Paul Pasteur

    Titre : Histoire de l'Autriche. De l'empire multinational à la nation autrichienne (XVIIIe-XXe siècles)
    Auteur : Paul Pasteur
    Éditeur : Armand Colin octobre 2011
    Pages : 320

    L'Autriche est proche de notre pays et pourtant j'ai rarement touché son histoire durant mes études, en dehors du mouvement des nations, du Congrès de Vienne et de l'Anschluss. Ce manuel de la collection U, destiné aux personnes en bachelor master ou aux écoles prépas françaises, doit permettre de synthétiser trois siècles d'histoire qui voient des changements majeurs pour ce qui fut un empire multinational. Le livre est composé de manière chronologique avec trois grandes parties.

    La première partie prend en compte les années 1740 à 1867 en trois chapitres. L'auteur débute en expliquant comment fonctionne la monarchie des Habsbourg. Celle-ci, aux époques étudiées, commence à réformer le fonctionnement de l'état pour lui offrir une bureaucratie moderne. Cette époque est aussi celle des crises de la Révolution française et de Napoléon. L'Autriche est fortement antirévolutionnaire et marque, avec Metternich, une tentative de retour à un ancien régime durant le congrès de Vienne. Metternich essaie de créer une Europe conservatrice dont les royaumes fonctionnent au sein d'un équilibre des puissances.

    La seconde partie, années 1867-1918, permet justement de marquer les problèmes nationaux que connait l'Empire. En effet, l'empereur possède deux couronnes et gouverne un espace divisé en plusieurs états qui commencent à se penser comme des nations. Cette diversité implique des concessions pour garder le contrôle d'un si vaste espace, mais les germanophones restent majoritaires au pouvoir. La période connait plusieurs tentatives de réformes de l'état en vue d'une démocratisation (et d'une lutte contre la gauche sur le modèle prussien). Les tensions vont permettre un éclatement de l'Empire après 1918 et la création de nouveaux états nationaux, possédant tout de même des minorités linguistiques.

    La dernière partie concerne la période 1918 à nos jours.  Le premier chapitre permet d'examiner la première république. Celle-ci voit la prise de pouvoir de la gauche à la mairie de Vienne et la réalisation d'une politique sociale ambitieuse dans cette ville, qui marque encore le paysage de la ville aujourd'hui. Dans un second chapitre, l'auteur examine la guerre civile de 1934 et la création d’une dictature catholique après celle-ci. Le parti chrétien décide d'abandonner la démocratie et de détruire l'opposition de gauche. La fin de la démocratie, l'interdiction de la gauche et le manque criant de popularité des dirigeants permet aux nazis de prendre le terrain afin de préparer l'annexion de l'Autriche, une annexion largement souhaitée et qui implique une forte politique antisémite qui se greffe sur un sentiment plus ancien. Le dernier chapitre s'attaque à la seconde république. L'auteur met en avant la création d'une démocratie de compromis qui se base sur l'oubli des événements de 1934 et de l'annexion. Cet oubli est remis en cause depuis quelques années et le monde politique et intellectuel est forcé à réexaminer l'histoire du pays.

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  • 19 février 1803: L'Acte de Médiation recrée la Suisse par Georges Andrey et Alain-Jacques Tornare

    Titre : 19 février 1803 : L'Acte de Médiation recrée la Suisse
    Auteurs : Georges Andrey et Alain-Jacques Tornare
    Éditeur : Savoir Suisse 21 octobre 2021
    Pages : 160

    1798, la Suisse devient un état unitaire centralisé en imitant le fonctionnement de la République française de l'époque. 1803, la République helvétique tombe après une guerre civile. Napoléon devient un médiateur chargé de permettre à la Suisse de recevoir et d'accepter un nouvel ordre. Celui-ci sera nommé l'Acte de Médiation. C'est ce régime que les auteurs se proposent de présenter en moins de 200 pages et 8 chapitres

    Les quatre premiers chapitres permettent de mieux comprendre cet acte et sa provenance. Ils permettent d'expliquer qui sont les personnes chargées de le rédiger et comment se place Napoléon dans cette demande de médiation. Loin de forcer son avis, même si les armées françaises sont toujours proches, sa médiation est demandée. L'acte permet de revenir à un fonctionnement traditionnel en redonnant aux cantons une souveraineté tout en cassant une grande partie es pouvoirs de l'organe centrale : la Diète. Celle-ci ne siège qu'un mois par année tandis qu'un Landamman s'intéresse aux affaires de tous les jours. Les auteurs s'intéressent aussi aux différentes constitutions cantonales réécrites dans le cadre de la médiation.

    Les trois chapitres suivants permettent aux auteurs de nous montrer comment le régime de la Médiation fonctionne. Pour cela, on nous présente les personnalités importantes. Outre le premier Landamman les auteurs parlent longuement du premier chancelier de la Confédération. Ces chapitres permettent aussi de mettre en avant la période de prospérité et de paix que fut cette Médiation. L'Europe est en guerre et des Suisses meurent sous les drapeaux français, mais le territoire helvétique est sauf jusqu'à la toute fin du régime.

    Enfin, le dernier chapitre permet de questionner la mémoire de cette période. Celle-ci fut, selon les deux auteurs, aussi peu mémorisée que la République helvétique. Dans les deux cas, nous avons des régimes imposés par les Français et qui semblent impliquer une soumission à une force étrangère au lieu d'une alliance. La mémoire est si difficile à accepter que le canton de Berne ait préféré célébrer l'anniversaire de son entrée dans la confédération au lieu de la Médiation, moment de la parte définitive des cantons sujets et donc d'une certaine prospérité. Pour les auteurs, la Médiation est surtout le début de la Suisse telle qu'on la connait. La nation helvétique n'existe pas encore, mais commence à se construire, tandis que l'idée de consensus semble être au centre d'un acte qui voulait éviter à la fois la Révolution et le retour à l'Ancien Régime, ce qui impliquait de relier des positions politiques bien différentes.

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  • La Japon d'Edo par François Macé et Mieko Macé

    Titre : La Japon d'Edo
    Auteur-e-s : François Macé et Mieko Macé
    Éditeur : Les belles lettres 14 avril 2006
    Pages : 320

    J'ai continué mon voyage dans l'histoire du Japon d'Edo avec ce livre des éditions Belles Lettres dans la collection Civilisations. Une collection qui édite des livres sur les grandes civilisations de l'histoire humaine. Le livre est construit en trois grandes parties. La dernière est constituée d'annexes. Celles-ci commencent par plusieurs courtes biographies, classifiée par ordre orthographique, de quelques personnages mentionnés. Elles sont aussi l'occasion d'ajouter plusieurs index complets permettant de naviguer au sein du livre. Car ce livre est construit comme un manuel dans lequel on peut naviguer selon les besoins. Il n'y a pas d'ordre de lecture imposé. Pour faciliter ce voyage, les chapitres annoncent quand un sujet précis est élaboré dans une autre partie du livre. Les personnes qui lisent sont aussi aidé par une table des matières bien conçue qui synthétise les propos principaux et donne toutes les sous-parties.

    La première partie est nommée "Le Japon d'Edo." Elle s'intéresse aux questions politiques, économiques et sociales. Je fus très heureux de voir que le premier chapitre est l'occasion d'offrir une courte synthèse de l'histoire du Japon depuis la plus haute antiquité jusqu'à la fin de la période Edo. Cette connaissance me manquait dans le livre précédent. Les chapitres me semblent complet, mais très synthétique, avec un effort pour permettre au plus grand nombre de comprendre les tenants et aboutissants de la période.

    La seconde partie se nomme "Les japonais" et s'intéresse bien plus à l'élément humain. Nous y trouvons des informations sur la culture, le temps, la vie de tous les jours... Nécessairement, au vu de la construction du livre, certains points sont répétés à plusieurs reprises. J'ai été particulièrement intéressé par les jeux mais aussi par les "voies" qui impliquent une connaissance approfondie des arts impliqués. On ressort de ce chapitre avec une compréhension nécessairement incomplète de la vie culturelle japonaise, mais qui reste meilleure que celle que j'avais auparavant.

    Après ma lecture, je dois avouer avec eu l'impression de bien mieux comprendre cette période qu'avec le livre précédent. Ceci est sûrement dû aux fonctionnements différents des deux ouvrages. L'un est une partie d'un programme plus important tandis que celui-ci souhaite se suffire à lui-même. Il faut aussi noter, dans ce livre, une importante iconographie.

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  • Le Japon pré-moderne 1573-1867 par Ninomiya Hiroyuki

    Titre : Le Japon pré-moderne 1573-1867
    Auteur : Ninomiya Hiroyuki
    Éditeur : CNRS 2017
    Pages : 234

    Je ne connais pas l'histoire du Japon. Je ne suis pas non plus fasciné par la culture japonaise comme certaines personnes peuvent l'être. Ce qui ne veut pas dire que je ne m'y intéresse pas, tout en avouant mon absence de connaissances dans le domaine. En dehors de quelques séries adaptées d’œuvres japonaises, je ne connais que peu de choses. Souhaitant réparer un manque dans ma culture générale, je me suis lancé dans ce petit livre qui promettait d'être une introduction à une période précise de l'histoire du Japon.

    Il m'est impossible de savoir si comment ce livre s'inscrit dans l'historiographie, si c'est une bonne lecture ou quelles sont ses réelles limites (en dehors de celle que je peux trouver malgré mon manque de connaissances). Le premier point à mettre en avant concerne le but de ce livre. C'est un tiré à part d'un chapitre précis, offert à l'écriture à Ninomiya Hiroyuki, au sein d'un projet plus large malheureusement indisponible actuellement. Ainsi, ce livre commence et se termine de manière abrupte. L'auteur considère que nous savons ce qui s'est déroulé après et que la continuité sera offerte par un autre chapitre. Ce n'est pas le cas pour cette édition, ce qui crée une certaine forme de frustration.

    Ce livre est aussi un exercice synthétique. Le but de l'auteur est de communiquer des informations de base sur une période précise, on perd en complexité mais cela permet à des personnes profanes de mieux suivre les événements. Le livre est constitué aussi bien de chapitres événementiels, le premier et le dernier chapitres ouvrent la période et la referme, que d'étude socio-économique. Nous avons une vision complète de la période, au prix de quelques répétitions et de simplifications. En ce qui me concerne, c'était acceptable. Trop de complexité ne m'aurait pas permis de vraiment entrer dans ce livre.

    Il est dommage que ce livre ne soit pas accompagné d'une bibliographique, il y a des notes de bas de pages, qui permette de savoir vers quels livres se diriger pour une thématique précise. Mais ce que je déplore sont l'absence d'annexes concernant les biographies des personnes nommées et d'un glossaire pour les personnes, comme moi, qui ne sont pas familières des termes. Cependant, la lecture n'est pas forcément obérée par ces quelques manques. Au contraire, je souhaite en apprendre plus.

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  • L'âge global. L'Europe de 1950 à nos jours par Ian Kershaw

    Titre : L'âge global. L'Europe de 1950 à nos jours
    Auteur : Ian Kershaw
    Éditeur : Seuil 9 janvier 2020
    Pages : 752

    Ian Kershaw fait partie d'un groupe d'historiens chargés d'écrire une histoire de l'Europe de l'antiquité à nos jours. Il doit s'occuper du XXème siècle. Son premier tome s'occupait de la période 1914-1950 (soit la première guerre mondiale au début véritable de la guerre froide), ce second tome s'occupe de la période 1950 à 2017 (fin de l'écriture du livre) avec une postface qui mentionne la période 2017-2019. Le livre est constitué de 12 chapitres dans l'ordre chronologiques qui s'intéressent aussi bien aux évènements qu'aux questions économiques et culturelles.

    Logiquement, une des questions majeures du livre est la division de l'Europe entre l'Est et l'Ouest. Une partie du continent étant capitaliste et l'autre communiste. Cette division impacta les relations internationales durant des décennies, avec la crainte d'une nouvelle guerre, nucléaire, en Europe. Les relations avec l'URSS sont importantes pour comprendre les décisions des chefs d'états européens ainsi que leurs craintes. Cependant, ni l'Ouest ni l'Est ne sont des blocs toujours stables. Les deux parties du continent ont connu des changements de direction et des contestations. On parle de mai 68, bien entendu, mais aussi du printemps de Prague. En ce qui concerne l'URSS, les dernières mutations ont mené à la fin rapide et inattendue du bloc communiste, permettant une réunion de l'Allemagne que personne ne pensait possible avant au moins un siècle.

    Un second point majeur mis en avant par Kershaw est la construction européenne. Son but est de créer une Europe pacifiée, riche et de préparer une union politique plus avancée mais lointaine. En ce qui concerne la pacification et la richesse, Kershaw montre que l'Europe a réussi. Les pays de l'Ouest ont vécu de lourdes destructions lors de la deuxième guerre mondiale et il a fallu du temps pour reconstruire et recréer un niveau de vie acceptable. Mais la population européenne n'a jamais vécu dans un continent aussi stable et riche que durant la période 1950-1970. Ce qui a permis la construction d'un état social capable de donner à toute la population une capacité minimale à vivre. À partir des années 70, des crises économiques se multiplient. Elles mettent en question l'état social alors qu'une nouvelle doctrine économique, le néolibéralisme, commence à être adoptée par les dirigeant-e-s aussi bien de gauche que de droite. Cette doctrine implique des réformes fortes et impopulaires de l'état et leur capacité à minimiser les crises économiques et financières est questionnée. Les crises se multiplient tout de même jusqu'à nos jours et la dernière grande crise, les subprimes, qui a forcé les gouvernements à nationaliser des banques pour éviter leurs faillites puis, face aux dettes que cela implique, à mettre en place une politique d'austérité mise en question par une population qui se demande pourquoi elle devrait payer pour les erreurs des dirigeants des banques. Cependant, même si l'Europe a rencontré des difficultés à gérer les problèmes économiques à cause d'un manque de capacités à prendre des décisions économiques globales (l'Euro fonctionne mais les états ont refusé de créer une instance transnationale de gestion de l'économie ce qui ne permet pas d'action politique en cas de crise), Ian Kershaw considère que l'Europe a réussi à atteindre ses deux principaux buts.

    Mais, comme l'explique Ian Kershaw, cette réussite implique paradoxalement une mise en question de l'Union Européenne. Celle-ci est critiquée pour prendre des décisions déconnectées du peuple par des dirigeant-e-s d'états européens (un bon moyen de placer le blâme ailleurs que sur leur propre gouvernement). La constitution d'une entité démocratique supranationale, souhaitée à ses débuts mais jamais concrétisée, était déjà difficile et devient pratiquement impossible après les crises des années 2010. Pourtant, une réforme du fonctionnement de l'Union devient nécessaire face aux besoins des états mais aussi face aux grandes crises, migratoires, économiques et politiques. Ian Kershaw doute de cette capacité de réforme en direction d'un système intégrateur et démocratique, d'autant plus après la décision du brexit, mais il pense qu'une Union Européenne pourrait retrouver un but commun en essayant d'agir sur la crise climatique.

    Ce gros livre, 752 pages, permet de retrouver un livre synthétique sur l'histoire de l'Europe au XXème siècle après le fameux Âge des extrêmes de Hobsbawm et Après-guerre de Tony Judt (deux livres que je n'ai pas encore lu). Ian Kershaw conclut avec des propos pessimistes. Les forces antieuropéennes n'ont pas réussi à mettre à mal l'Union mais elles sont de plus en plus présentes dans un monde qui nécessite une politique commune. Ian Kershaw ne prétend pas savoir ce qui va arriver à l'avenir, mais il pense que les crises vont se multiplier. Reste à savoir si l'Union saura se reconstituer pour y répondre ou si elle disparaitra. Ce dernier choix n'étant pas forcément souhaité par les forces antieuropéennes, celles-ci ayant vu les conséquences du brexit.

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  • Infographie de la Révolution française par Jean-Clément Martin et Julien Peltier

    Titre : Infographie de la Révolution française
    Auteurs : Jean-Clément Martin et Julien Peltier
    Éditeur : Passés/Composés 12 octobre 2021
    Pages : 128

    J'ai récemment pris connaissance des magnifiques infographies publiés par les éditions Passés/Composés. Après m'être procuré celle sur la Rome antique j'ai décidé de prendre celle sur la Révolution française publiée ce mois d'octobre 2021. Elle est conçue par un spécialiste de la période et un infographiste. L'ouvrage est constitué de trois grandes parties et d'une bibliographie thématique.

    Il est difficile de résumer une infographie mais je vais m'y essayer. Celle-ci fonctionne de manière globalement chronologique. Nous suivons différentes périodes de la Révolution jusqu'à la mémoire actuelle. Les doubles pages se concentrent sur des thèmes particuliers qui peuvent, parfois, continuer sur d'autres doubles pages. Bien que Jean-Clément Martin effectue un travail exemplaire de synthèse et d'introduction, je me demande tout de même si cette infographie peut être lue sans avoir une connaissance basique de la période révolutionnaire.

    En ce qui concerne le fonctionnement du livre, on peut y entrer comme l'on souhaite sans forcément suivre l'ordre des chapitres. Les différentes infographies peuvent être très denses mais elles sont souvent faciles à comprendre, même si certaines demandent un peu de temps pour les décortiquer. Les deux auteurs ont réussi à clarifier beaucoup de sujets à l'aide des différentes infographies utilisées. Personnellement, j'ai grandement apprécié que les bas de pages soient constitués d'une frise chronologique qui permet de situer le thème de la double page dans la chronologie générale de la Révolution française.

    Il m'est difficile de dire si cet ouvrage est adapté à l'amateur d'histoire. Mais il est adapté à un usage pédagogique, avec un commentaire bien entendu. L'ouvrage est riche, particulièrement bien conçu et facile à parcourir. Encore une fois, les éditeurs ont mis sur le marché une infographie réussie.

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