Gondolindrim's Stories - Page 7

  • Ahsoka par E.K. Johnston

    Titre : Ahsoka
    Autrice : E.K. Johnston
    Éditeur : Disney press 11 octobre 2016
    Pages : 400

    Il y a un que l'Empire est né. Il y a un an que Ahsoka fut témoin de l'ordre 66 et du massacre commis par des clones contrôlés par une puce. Depuis, Ahsoka se cache car l'Empire devient plus puissant chaque jour qui passe. Son existence même est un danger pour les personnes qui la côtoie. Elle essaie donc de se rendre sur les planètes les plus éloignées du centre de la Galaxie. Malheureusement, l'Empire est toujours présent et fait preuve de sa force. Elle décide de se cacher sur une Lune qui ne possède rien d'autre que de champs. Pendant un temps, elle est tranquille. Mais là encore l'Empire vient. De l'extérieur, elle observe un mouvement de rébellion se mettre en place. Peut-elle aider ? Et ceci lui permettrait-elle de retrouver sa place au sein de la Galaxie ?

    SPOILERS

    Ahsoka est l'une de mes personnages préférés de l'univers Star Wars. Selon moi, elle est la raison première de la capacité d'Anakin Skywalker à éviter ses instincts les plus sombres. Sa disparation après l'avant-dernière saison de Clone Wars marquait un changement important et nous ne savions pas ce qui allait lui arriver. Ce roman y répond sans s'attarder. Nous savons seulement qu'elle luttait contre Maul lorsque l'ordre 66 eut lieu. Le roman s'intéresse bien plus à ce qui peut arriver à Ahsoka maintenant qu'elle n'est pas membre des jedis. Bien entendu, les personnes qui ont vu Star Wars Rebels savent exactement ce qu'elle devient. Mais son passage de la fuite à la mise en place d'un plan n'en est pas moins sympathique à lire.

    Tout comme Rebels, mais bien avant, ce roman marque aussi les débuts d’une rébellion ainsi que les débuts de l'Empire. Ce dernier est montré comme implacable. Il est basé sur le fonctionnement de la République durant la guerre. Les personnes qui étudient l'histoire savent que les dictatures sont souvent basées sur des fonctionnements antérieurs mis en place de manière légale. Mais l'Empire est aussi jeune et ses soldats ne sont pas encore parfaitement entrainés. La rébellion, elle, n'existe pas encore. Il n'y a que des actions symboliques ou des révoltes locales mais peu organisées. Seule l'existence d'Ahsoka dans ce roman permet de donner une chance aux paysan-ne-s qui se révoltent contre l'Empire. Ainsi, ce roman permet de faire le lien entre les films et la série Rebels.

    *

    **

    ***

    **** Un nouveau roman star wars que j'apprécie. Il faut dire qu'Ahsoka est l'un des meilleurs personnages de cet univers

    *****

    Image : Éditeur

  • Dark Disciple par Christie Golden

    Titre : Dark Disciple
    Autrice : Christie Golden
    Éditeur : Penguin 7 juillet 2015
    Pages : 336

    Nous sommes en plein milieu de la guerre des clones. Celle-ci est meurtrière. Dooku ne cache pas son amour des massacres. Lorsque des vaisseaux de sauvetage envoyés pour éviter un génocide sont détruits le Conseil des Jedis décide de prendre une action jamais envisagée auparavant : l'assassinat de Dooku et la fin de la guerre. Mais quel est le jedi qui pourrait accepter une telle mission ? Quel serait l'effet d'un assassinat sur l’ordre ? Et surtout, qui pourrait aider les jedis à détruire Dooku ? Obywan a une idée. Mais la personne qu'il a en tête fut un ennemi longtemps craint.

    SPOILERS

    Ce roman est constitué d'idées pour une dernière saison de la série Clone Wars. Il est donc basé sur des scripts qui n'ont jamais été tournés. Ayant apprécié cette série, je ne peux qu'aimer me retrouver dans ce même univers. Les personnages ressemblent d'ailleurs à ce qu'illes sont dans la série. Ce roman s'intéresse surtout à Quinlan Vos et Asajj Ventress. Le premier n'a été vu que peu dans la série. Mais Asajj est un personnage qui a eu de nombreux changements. Elle passe d'ennemi à assassine puis chasseuse de prime. Ce roman est donc l'occasion parfaite de terminer son intrigue et je pense que celle-ci est plutôt réussie. La fin du roman est particulièrement belle puisque Asajj entre enfin du côté bénéfique de la force

    Mais ce que j'apprécie dans ce roman est la manière dont il montre les effets de la guerre sur les Jedis. Dès le début, on observe qu'une grande partie du Conseil des Jedis est prêt à user d'outils peu orthodoxes pour terminer cette guerre. À plusieurs reprises, celleux-ci prennent des décisions absolues plutôt que de faire attention à leur capacité de pardon. Les effets sur les jedis sont surtout mis en scène sur Quinlan Vos. Ce dernier est petit à petit séduit par le côté sombre alors qu'il essaie de trouver un moyen d'assassiner Dooku de sang-froid. Le roman nous montre donc un jedi essayer de vaincre dans une guerre qui change sa manière de penser et d'être au prix de sa capacité de compassion et d'amour.

    *

    **

    ***

    **** Un roman que j'ai beaucoup apprécié pour son thème mais aussi ses personnages.

    *****

    Image : Éditeur

  • Le monde romain par Martin Colas

    Titre : Le monde romain
    Auteur : Martin Colas
    Éditeur : Armand Colin 12 juin 2019
    Pages : 276

    Ce n'est pas le premier ouvrage de synthèse que je lis sur l'histoire de la Rome antique. Ce n'est pas non plus mon premier ouvrage de la collection Cursus. Pour les personnes qui ne le savent pas, cette collection offre des synthèses sur de nombreux sujets. Celles-ci sont plutôt destinées aux étudiants universitaires mais les personnes intéressées peuvent parfaitement les lire. Ce livre s'intéresse à l'histoire romaine de sa fondation à la chute de l'Empire romain d'occident. Pour synthétiser cette longue histoire Martin Colas met en place quatre chapitres.

    Le premier chapitre examine les origines les plus anciennes de la ville. C'est une histoire que je ne connais que peu. L'auteur commence par examiner les récits des origines, connus principalement par des textes largement antérieurs aux événements. Il a aussi la bonne idée d'offrir une interprétation qui permet de mieux comprendre ce qui peut être réel dans la légende. Ensuite, il examine l'histoire royale de Rome, en particulier sous les étrusques dont les influences sont importantes sur le fonctionnement de la ville. Enfin, il replace la cité au sein d'un réseau de villes et de civilisations méditerranéennes, étrusques et grecques en particulier.

    Un second chapitre examine l'histoire romain de la République à la fin de l'Empire romain d'occident. C'est une longue histoire et ce livre doit forcément choisir les événements les plus importants. L'auteur nous permet de mieux comprendre le fonctionnement de la vie politique romaine. En particulier, il met en avant la création longue de la République qui ne peut pas être considérée comme une démocratie. Les différents organes ne sont ni divisés selon nos trois pouvoirs ni un moyen de rendre les citoyens égaux. Il explicite aussi les problèmes connus par la République lorsque les Imperator prennent une importance grandissante. Des problèmes qui mèneront à de nombreuses guerres civiles jusqu'à la prise de pouvoir d'Auguste. Le fonctionnement du pouvoir de ce dernier, ainsi que la suite du Principat, sont expliqués. L'auteur nous permet de comprendre de quelle manière Auguste prend le pouvoir tout en évitant d'être qualifié de roi. Enfin, le chapitre se terminer sur les changements du bas-empire.

    Un troisième chapitre s'intéresse à l'armée romain et à l'extension de son territoire. Là aussi la réussite de Rome n'est pas considérée comme inévitable. L'auteur considère que cette expansion dépend de choix précis lors d'événements ponctuels. Ces choix ont permis, progressivement, de prendre le contrôle du Latium, de l'Italie puis de devenir une puissance méditerranéenne. Mais Rome aurait pu perdre face à Carthage dont la puissance sur mer était importante. Les réussites militaires ont permis de recevoir des richesses mais aussi de changer l'idée de conquête. De défenses celles-ci deviennent des moyens d'enrichir certaines personnes précises et donc de gagner en pouvoir. Martin Colas nous explique aussi de quelle manière l'Empire est géré, dans le cadre des provinces.

    Le dernier chapitre s'intéresse à la civilisation romaine. Sous ce terme Martin Colas nous présente la société, l'économie et la religion. Ce sont de vastes sujets qu'il arrive à bien synthétiser tout en fournissant des références si l'on souhaite aller plus loin. La description de la société permet de comprendre la hiérarchie très importante en son sein ainsi que l'idéal du citoyen : l'agriculteur soldat. L'économie est plus difficile à examiner. Les statistiques n'existent pas et de nombreuses connaissances sont des extrapolations. Martin Colas prend beaucoup de temps à expliciter la place de la religion au sein de la société romaine. Celle-ci est fondamentalement liée au politique et tout le monde doit suivre certains rituels. Le père, en particulier, est chargé du culte familial. L'auteur s'attache aussi à la religion juive et à la religion chrétienne. Cette dernière devient rapidement sujet à des vexations car elle est accusée de mettre à mal le fonctionnement de la vie civique. Ce n'est que lorsque les empereurs se christianisent qu'elle est mieux acceptée au sein des élites.

    Ce livre est une bonne synthèse de la société romaine. L'auteur ajoute une courte bibliographie thématique qui permet d'avoir connaissance de recherches précises. Personnellement, j'ai beaucoup apprécié le glossaire qui permet de vérifier ses connaissances de certains termes importants pour comprendre cette époque. J'ai aussi apprécié les encadrés que je trouve très clairs. Ils permettent d'illustrer des points difficiles à comprendre, par exemples les fonctionnements des différentes magistratures.

    Image : Éditeur

  • Queen's Shadow par E. K. Johnston

    Titre : Queen's Shadow
    Autrice : E. K. Johnston
    Éditeur : Disney 5 mars 2019
    Pages : 400

    Ce roman, le premier que je lis dans l'univers canon de star wars, se déroule peu de temps après l'épisode 1 alors que la conclusion prend place à la fin de l'épisode 3. Nous suivons Padmé Amidala alors que son rôle de reine prend fin. Malgré certaines demandes, elle refuse d'amender la constitution de Naboo afin de continuer son rôle de reine. Mais cela ne l'empêche pas de souhaiter continuer à servir sa planète, la démocratie et la République. La question qu'elle se pose concerne la forme que prendra son nouveau rôle. Rapidement, la nouvelle reine lui demande de devenir la sénatrice de Naboo au sein du sénat. Passer de reine à sénatrice n'est pas simple et Padmé pourrait bien perdre ses illusions au sein d'un système qui fonctionne avec difficulté et dont certains membres se préparent à ce qui deviendra la guerre des clones.

    SPOILERS

    Il y a une chose que j'ai beaucoup apprécié dans ce roman : Padmé et ses compagnes. Dans les films celles-ci ne sont que des ombres à peine décrites et montrées. Padmé elle-même n'est pas explicité dans son rôle de reine puis de sénatrice. Le roman élabore ces rôles. Les compagnes ne sont pas de simples atours mais des gardes et des politiciennes entrainées capables de combattre, de soutenir et surtout de prendre la place de Padmé en cas de besoin. La garde-robe elle-même a une grande importance dans ce roman. Outre les aspects d'images et de fonctions celle-ci permet de se préparer à tous les imprévus en cachant des outils et des moyens de défenses importants.

    J'ai aussi apprécié l'ambition de parler moins de combats spatiaux et plus de politique. Ce roman prend place dans un moment charnière entre la fin de la République et le début de l'Empire. Un moment durant lequel, selon les films, la démocratie fonctionne de moins en moins bien. Malheureusement, il me semble que ce roman échoue à vraiment traiter son sujet. Bien qu'il soit intéressant de montrer le passage de reine à sénatrice le travail politique est assez peu décrit et peu présent. Ce n'est que vers les dernières pages que l'on voit Padmé véritablement agir au lieu de suivre, ce qui joue négativement sur mon avis.

    *

    ** Il manque un aspect politique plus assumé pour faire de ce roman une réussite malgré l'amour porté à Padmé par l'autrice.

    ***

    ****

    *****

    Image : Éditeur

  • Westworld saison 2

    Lors du dernier épisode de la saison 1 le créateur de Westworld, Ford, était tué par Dolores, une hôtesse. Alors que les invité-e-s se remettaient de leur surprise on pouvait voir, dans la forêt, les hôtes s'avancer vers les invité-e-s tandis que William se mettait à sourire. Cette seconde saison reprend immédiatement après la fin de la saison 1. Le soulèvement des hôtes a débuté par le massacre des invité-e-s qui ne sont plus considérés comme des personnes qu'il ne faut pas tuer. Les secours tardent à arriver car Delos, la compagnie derrière Westworld, souhaite quelque chose de précis avant de risquer son argent dans une opération de sauvetage. Car Westworld n'est pas ce qu'il semble être. Il y a un but différent du simple jeu derrière cet énorme endroit.

    SPOILER

    La première saison posait la question de la conscience. À partir de quel moment passe-t-on de simples automates à un individu capable de se penser, de construire sa place au sein du monde. Cette question n'était pas posée à l'aide des humain-e-s mais des hôtes qui, durant la saison, luttent pour accéder à cette conscience et se réveiller. Cependant, avoir conscience de son existence n'implique pas être libre de faire des choix. Ce qui permet à cette seconde saison de poser la question de la liberté et, plus précisément, le libre arbitre.

    Pour mettre en avant ce thème il me semble que la série joue sur deux points. Premièrement, à travers un scénariste, se pose la question de la réalité des sentiments et souvenirs des hôtes. Ces souvenirs ont été écris pour eux afin de suivre une histoire précise. Que se passe-t-il quand cette histoire continue sur sa lancée sans obstacle ni véritable fin ? Plus important, nos souvenirs ne sont-ils pas tous des histoires que l'on se raconte. Même si ceux-ci sont faux, leur existence et leurs effets ne sont-ils pas suffisants pour devenir réels ? Un second point concerne les humain-e-s. En effet, si les humain-e-s nient la conscience aux hôtes c'est à cause de leur nature artificielle, construite. Mais les humain-e-s sont-illes pour autant complètement libres ? Ne sommes-nous pas dépendant de nos souvenirs, construits et reconstruits au fil du temps, et de moments précis de nos histoires qui marquent notre identité ?

    Parler du libre arbitre et son existence dans une série est difficile. Une série se doit d'être dynamique. Au contraire d'une réflexion sur la conscience, dont je pense qu'elle peut être facilement mise en scène, une réflexion sur le libre arbitre me semple plus compliquée. Comment mettre en scène la capacité de choisir ? Je me demande donc si cette seconde saison ne m'a pas semblé plus vide que la première tout simplement parce que le thème que j'ai l'impression d'y voir est difficile à traiter sur un écran. Ce qui m'a donné l'impression de suivre des événements un peu mécaniques camouflés par une chronologie voulue confuse.

    *

    **

    *** Je ne sais pas vraiment quoi penser de cette seconde saison. Une réussite ou un camouflage ?

    ****

    *****

    Image : IMDB

    Site officiel

  • The consuming fire (The Interdependency 2) par John Scalzi

    Titre : The consuming fire (The Interdependency 2)
    Auteur : John Scalzi
    Éditeur : Pan Macmillan 18 octobre 2018
    Pages : 336

    L'impératrice Grayland II a annoncé au public la fin du système naturel qui permet les communications et le commerce entre les planètes qui constituent l'Interdépendance. Les effets furent mitigés. Personne ne la croit vraiment et le statu quo reste établi. Grayland décide donc d'agir sur un second levier à sa disposition : elle prend le titre de prophétesse et annonce des visions. Cela n'est jamais vu depuis la création de l'Interdépendance. Face à ces visions le monde politique entier est secoué. Rapidement, plusieurs mouvements différents se mettent d’accord : il est nécessaire de déposer cette impératrice qui souhaite absolument détruire leur pouvoir.

    SPOILER

    Ce second tome reprend immédiatement après le premier. Grayland II annonçait préparer un mensonge afin de permettre d'aider à la transition entre l'Interdépendance et le futur. Dans ce contexte il n'était pas forcément utile de continuer la description de cet univers. Celui-ci étant déjà établi. Pourtant, l'auteur a décidé de nous offrir quelques informations plus importantes sur le passé et le fonctionnement physique de ce qui permet les voyages et commerces entre systèmes. Sans nous donner trop d’éléments, on comprend mieux de quelle manière l'Interdépendance et la Terre se sont trouvés séparés et qui en est responsable.

    Tout comme le premier tome, ce second volume est en premier lieu politique. Les combats spatiaux sont très rares mais assez intéressants. En effet, la question principale concerne la réaction des personnes les plus puissantes face à la volonté de l'Impératrice de changer les choses afin de se préparer à la chute de la civilisation. Là où elle souhaite des changements majeurs ses ennemis souhaitent le statu quo. L'auteur nous montre que cela ne découle pas d'un refus de mettre en question la réalité de ce qui approche mais du souhaite de garder le contrôle et les richesses le plus longtemps possibles. Il est difficile de ne pas faire le lien avec notre monde actuel. Alors que le changement climatique est un fait scientifiquement avéré les décisions pour s'y préparer sont lentes, souvent soumises aux besoins de l'économie et donc d'un système stable le plus longtemps possibles, au prix de l'avenir.

    Image : Éditeur

  • Un quotidien sous contrainte De l’internement à la libération. Commission indépendante d'expert-e-s internements administratifs 8 par Loretta Seglias, Kevin Heiniger,Vanessa Bignasca, Mirjam Häsler Kristmann, Alix Heiniger, Deborah Morat et Noemi Dissler

    Titre : Un quotidien sous contrainte De l’internement à la libération. Commission indépendante d'expert-e-s internements administratifs 8
    Auteur-e-s : Loretta Seglias, Kevin Heiniger, Vanessa Bignasca, Mirjam Häsler Kristmann, Alix Heiniger, Deborah Morat et Noemi Dissler
    Éditeur : Alphil 2019
    Pages : 767

    Après plusieurs volumes consacrés aux différents aspects de l'internement administratif ce dernier volume de recherche - le prochain est une édition de sources commentées tandis que le dernier est le rapport destiné aux autorités fédérales - s'intéresse spécifiquement aux différents établissements qui ont acceptés des interné-e-s sous le régime administratif. Les auteur-e-s prennent l'exemple de 5 établissements dans les cantons de Fribourg, Berne, Zurich et le Tessin. Ce gros livre est divisé en un grand nombre de chapitres, suivis d'annexes, mais on peut le diviser en deux grosses parties, que nous allons présenter sans pour autant prétendre à l'exhaustivité.

    La première partie concerne la création des établissements. Elle est constituée d'un historique qui permet de comprendre les buts initiaux des autorités lors de la construction des différentes prisons. Bellechasse, par exemple, devait permettre la mise en valeur d'un large terrain agricole. Les auteur-e-s y examinent non seulement les idées derrière la construction mais aussi l'architecture précise. Cela permet de mettre en avant certaines caractéristiques, par exemple le fait d'être proche d'autres établissements ou de fabriques.

    Une seconde partie s'intéresse plus précisément aux conditions de vies à l'intérieur des établissements. Il faut noter que les auteur-e-s s'intéressent aussi aux gardien-ne-s. Même si les directeurs vivent assez bien les gardien-ne-s doivent longtemps accepter des conditions de vie proche de l'armée et du quotidien des personnes internées. La nourriture est de basse qualité, le travail est difficile sans vacances et la vie de famille presque impossible puisque les employé-e-s doivent vivre à l'intérieur des prisons, en tout cas en ce qui concerne Bellechasse. Ce n'est qu'après la Deuxième guerre mondiale que les conditions de travail s'améliorent quelque peu.

    Mais le gros du volume concerne les conditions connues par les personnes internées. Les auteur-e-s prennent en compte aussi bien le travail, la santé, la sexualité ou encore les violences subies. Pour ce dernier point, le volume permet de mettre en avant des actes de violences physiques qui confinent à la torture. Ces actes ont pour seuls buts de soumettre les personnes internées, sans avoir commis de crimes, à l'autorité des gardien-ne-s. Les auteur-e-s essaient d'expliquer ces actes de violences par le manque de formation concernant la gestion d'une population enfermée et l'exemple de personnes plus élevées en termes de grades.

    La nourriture est longuement examinée. C'est une revendication importante des gardien-ne-s et des interné-e-s. Elle est modeste, constituée souvent de la production interne lorsque l'établissement possède des champs. Ce sont les invendus ou les déchets. Les médecins et autorités ne considèrent pas cette nourriture comme mauvaise bien qu'elle ne soit pas adéquate pour un travail important. Cependant, ces mêmes médecins notent que les interné-e-s n'hésitent pas, parfois, à manger des animaux trouvés dans les champs. Loin de remettre en cause les portions de nourritures ces actes sont mis sur le compte de problèmes psychologiques personnels. Tandis que les portions peu ragoutantes permettent de suivre l'idée que les personnes emprisonnées doivent vivre moins bien que les personnes libres les plus pauvres.

    Le travail est aussi largement examiné puisque celui-ci est vu comme un moyen de réadaptation, de preuve de la réussite de l'internement et de préparation à la sortie. Le travail est souvent monotone car ce sont des emplois peu rémunérés et peu formateurs qui sont proposés. La rémunération n'est d'ailleurs pas un salaire mas un pécule qui permet d'éduquer à la prévoyance et qui ne donne pas forcément des droits à l'AVS. Le travail est au centre de la vie interne puisqu'une personne qui accepte de travailler est vue plus favorablement et pourrait sortir plus facilement, suivant en cela l'idée du travail comme moyen de rééducation à la vie dites normales en dehors de l'établissement. Mais celui-ci est aussi un moyen d'éviter des coûts importants pour les cantons. En effet, les directeurs utilisent les interné-e-s afin de créer des biens et de les vendre à l'extérieur, quand la production n'est pas directement utilisée à l'interne. Bien entendu, se pose la question de la concurrence avec des producteurs qui utilisent des employé-e-s libres. En effet, les personnes interné-e-s n'ont pas de véritables salaires, ne sont pas soumis aux cotisations sociales et ne sont pas protégées par le droit du travail. Cependant, cette question n'est jamais examinée sérieusement par les directeurs.

    Je n'ai fait que mettre en avant quelques aspects. Ce volume est le plus gros de ceux actuellement édités. L'examen de la vie quotidienne est très complet et permet de mieux comprendre les conditions de vie et leurs effets sur les personnes qui ont été internées et leur vie en dehors des prisons. Il faut noter le pouvoir important de la direction sur les possibilités de sortie, puisque les personnes internées sous régime administratif ne le sont pas toujours avec une date de sortie précise mais peuvent dépendre du choix des autorités.

    Image : Éditeur

  • The collapsing empire par John Scalzi

    Titre : The collapsing empire
    Auteur : John Scalzi
    Éditeur : Pan Macmillan 23 mars 2017
    Pages : 336

    L'Interdépendance est une union de plusieurs dizaines de systèmes planétaires connectés par ce que l'on nomme le flux, un espace incompris de l'univers. Ces systèmes sont unis par une personne, l'Emperox, qui contrôle l'équilibre du pouvoir entre l'Église officielle, le parlement et les guildes marchandes chargées de contrôler le commerce de plusieurs familles. L'Empire est à un point de changement. Le vieil emperox est mourant et son héritière n'était pas censée prendre le pouvoir. Mais Cardenia n'a pas le choix. Elle va devoir prendre le pouvoir et naviguer entre les demandes de plusieurs nobles et grandes familles. Dès son entrée au pouvoir elle apprend que le flux menace de s'effondrer détruisant l'Empire et impliquant la fin de l'humanité sur de nombreuses planètes.

    SPOILERS

    Je ne connais pas très bien John Scalzi mais j'entends parler de lui de temps en temps. À ma connaissance, ce roman est le premier de sa part que je lis. Si l'on se tient à la quatrième de couverture, nous avons là un roman de space-opera classique et sans surprises. D'une certaine manière c'est vrai. Le système politique n'est pas inattendu ni les problèmes de révoltes sur une planète reculée. Cependant, j'ai bien mieux apprécié ce roman que la plupart des space-opera classiques. L'une des raisons est la peinture du pouvoir comme d'un spectacle. Dès que Cardenia devient l'Impératrice elle comprend que tout ce qu'elle fait à des impacts sur son entourage et le monde. Elle comprend qu'elle doit créer un rôle et le suivre. Cet aspect est rendu plus fort encore par son accès à ses ancêtres qui lui permet de comprendre pourquoi l'Interdépendance a été mis en place.

    Ce qui donne à ce roman le petit plus qui permet de le faire sortir de la masse est son thème. Un thème qui, d'ailleurs, n'est encore que survolé puisqu'il existe une suite. On se trouve dans un univers qui fonctionne grâce à quelque chose que peu comprennent. Et cette chose, le flux, risque de ne plus fonctionner. Le roman montre ce que cela implique en ce qui concerne l'humanité et le commerce. La civilisation va chuter et tout le monde va mourir. Ce premier roman montre aussi que plusieurs scientifiques ne sont pas forcément d'accord sur leurs conclusions. Une scientifique pense que le flux va se reformer, poussant une grande maison à tenter de se placer au-dessus des autres. Un autre scientifique pense que le flux va tout simplement disparaitre et qu'il est nécessaire de se préparer immédiatement à la fin de l'Empire. Dans les deux cas, il existe des indices mais qui ne sont pas encore pris au sérieux. Le roman explique aussi à quel point il est important de valider les résultats par le peer review mais aussi ce que cela implique en termes de temps. On aura tous compris, le roman parle de notre époque et du changement climatique. De la nécessité de comprendre les changements et d'agir en conséquence mais aussi de l'inertie du monde politique, économique et scientifique qui empêche des décisions radicales et rapides.

    *

    **

    ***

    **** Un premier tome très prometteur qui tente de décrire la fin d'une civilisation. J'espère que la suite continue sur la même voie.

    *****

    Image : Éditeur

  • Thor 1. God of thunder reborn par Jason Aaron, Mike Del Mundo et Christian ward

    Titre : Thor 1. God of thunder reborn
    Auteurs : Jason Aaron, Mike Del Mundo et Christian ward
    Éditeur : Marvel 31 décembre 2018
    Pages : 136

    Ce premier volume contient Thor (2018) 1-6. Thor la déesse du tonnerre est tombée. Thor le dieu du tonnerre reprend le titre et le combat contre Malekith. Car ce dernier ne s'est pas arrêté lorsque Jane Foster est morte. Sa guerre a continué à ensanglanter les différents royaumes. Mais il y a pire, le dernier combat de Jane Foster a détruit à la fois Mjolnir et Asgardia. Les divinités se réfugient sur la Terre tandis qu'Odin essaie de reconstruire Asgard et le pont arc-en-ciel. En attendant, aucun royaume n'est sous la protection des divinités. Thor, lui, essaie de remplacer Mjolnir mais les marteaux aussi puissants que Mjolnir sont difficiles à créer.

    SPOILER

    Jason Aaron continue son effort pour mettre à mal Thor et son univers. Bien que ce dernier ait retrouvé son nom il n'est toujours pas digne de Mjolnir, qui de toute manière a été lancé dans le soleil... Cette destruction va plus loin puisque Asgardia est détruite. Et Thor n'a toujours pas de marteau acceptable puisqu'il les détruit tous dès les premières pages. Aaron n'a donc pas envie de relancer Thor dans toute sa puissance dès les premières pages. Au contraire, il le laisse risquer sa vie et devoir se battre avec difficulté pour redevenir ce qu'il était auparavant.

    Aaron continue aussi à placer les différents personnages pour son grand événement : War of the realms. Cette fois, il s'intéresse plus précisément à Hell dont il reforme le fonctionnement. Il pose la question des dangers que pose une armée des morts et de la place des héros du Walhalla. Sans avancer énormément l'intrigue les pages sont plutôt belles avec quelques bonnes idées ainsi que le retour de Loki.

    *

    **

    ***

    **** Un premier volume qui replace Thor au centre de l'intrigue. À voir comment la suite sera écrite avant l'événement qu'Aaron prépare depuis longtemps.

    *****

    Image : Amazon

    Éditeur

  • Ordre, morale et contrainte Internements administratifs et pratique des autorités. CIE internement administratif 7 par Rahel Bühler, Sara Galle, Flavia Grossmann, Matthieu Lavoyer, Michael Mülli, Emmanuel Neuhaus et Nadja Ramsauer

    Titre : Ordre, morale et contrainte Internements administratifs et pratique des autorités. Commission Indépendante d'Expert-e-s internement administratif 7
    Auteur-e-s : Rahel Bühler, Sara Galle, Flavia Grossmann, Matthieu Lavoyer, Michael Mülli, Emmanuel Neuhaus et Nadja Ramsauer
    Éditeur : Alphil 2019
    Pages : 591

    Après plusieurs tomes consacrés aux témoins, au quantitatif et aux égo-documents ce volume 7 s'intéresse au fonctionnement précis des procédures qui permettent d'interner administrativement une personne. Les auteur-e-s ne s'intéressent donc pas spécifiquement à la création des lois, déjà examinée, mais aux procédures et à l'usage plus ou moins légal de celles-ci. Cela conduit les auteur-e-s à se demander si les processus des différents cantons impliquent des procédures plus respectueuses, ou non, des droits fondamentaux des personnes. Pour répondre à cette question plusieurs exemples cantonaux sont analysés : Zurich, Schwitz, Fribourg et Vaud.

    Les exemples permettent de mettre en avant plusieurs types de cantons (langues et urbanisation) ce qui permet de faire une analyse comparative entre eux. La lecture du volume permet de comprendre qu'il existe une différence importante dans la pratique. Les cantons plus pauvres, comme Fribourg, ont tendant à user d'agents peu nombreux. Fribourg, par exemple, donne les pouvoirs d'enquête et de décision aux préfets. Bien que cela soit défendu par la connaissance du terrain et la nécessité d'éviter une attente trop longue au sein de la justice normale, ces procédures sont régulièrement dénoncées. Il ne faut pas oublier la place qu'avait la préfecture au sein de la République chrétienne. Les préfets reçoivent leur poste en remerciement de leur soutien au parti majoritaire et sont donc soumis au Conseil d'état. En ce qui concerne Zurich et Vaud les deux cantons utilisent des procédures plus professionnelles. Vaud, en particulier, offre le seul exemple de commissions annexes chargées de statuer sur les cas. Cependant, il ne faut pas sous-estimer les liens avec le pouvoir politique ni surestimer la volonté de contrôle du Conseil d'état, parfois instance de recours.

    Cependant, ces différences ne sont pas suffisantes pour impacter la capacité de défense de la part des personnes internées. Certes, Zurich et Vaud ont des procédures de défense. Contrairement à Fribourg et Schwitz. Mais les recours sont très compliqués. Les gouvernements cantonaux jouent de la différence entre procédures judiciaires et administratives afin de bloquer l'accès aux moyens de défenses. Ainsi, les personnes internées ne sont pas forcément mises au courant de leurs droits de recours. Si elles tentent un recours, les dossiers constitués sur elleux ne sont pas forcément communiqués, ou communiqués seulement en partie. Un exemple précis, sur Vaud, montre que les tentatives de recours et d'usage du droit sont utilisés par les experts psychiatriques pour justifier les besoins de soins de la personne. Étrange procédure dans laquelle demander l'accès à ses droits fondamentaux et jugés comme une maladie à soigner !

    Ce volume est très riche, en grande partie écrit en allemand ce qui a joué sur ma compréhension de certains faits. Malgré sa densité je ne peux que le conseiller aux personnes qui souhaitent comprendre le fonctionnement d'une procédure très particulière. En effet, les auteur-e-s ont réussis à présenter de manière fine le fonctionnement des processus de décisions et l'impact des personnes chargées de prendre ces décisions. Par les exemples mis en avant, les auteur-e-s démontrent aussi l'aspect classiste de cette procédure qui s'attaquent en premier lieu aux personnes les plus marginales. L'examen très précis de ces processus nous permet de mieux comprendre à quel point l'internement administratif fut scandaleux puisque les droits fondamentaux furent déniés à un grand nombre de personnes.

    Image : Éditeur

  • Spider-Man: Far from home

    Lors du dernier Avengers les personnes détruites par Thanos étaient revenues à la vie. Leur retour fut difficile pour le monde (un véritable cauchemar administratif à mon avis) et changea de nom pour devenir "l'éclipse." Outre des personnes sans histoire ce sont aussi des héro-ïne-s qui sont revenu-e-s. Spider-man est l'une de ces personnes. Depuis, il essaie de suivre l'exemple de Tony Stark. Il aide sa tante à trouver de l'argent pour les victimes de l'éclipse. Il s'occupe de son quartier. Il est un élève sans histoire dans son lycée. Lorsque sa classe a la chance de pouvoir faire un tour en Europe il pense que cela pourrait être l'occasion de se rapprocher de MJ. Malheureusement, Nick Fury a d'autres plans. Lui et un nouveau héros essaient d'éviter la destruction de la terre par des êtres qualifiés d’élémentaux.

    SPOILERS

    Le méchant de ce film est du même acabit que le méchant du premier Spider-Man. Ce dernier était basé sur le premier Avengers. Après avoir perdu son travail il volait la technologie alien récupérée par Tony Stark pour en faire des armes. Le vilain de ce film fait presque la même chose mais au lieu de lutter contre le chômage et pour sa famille il lutte pour lui et ses collègues des industries Stark. Lui, comme d'autres, sont d'anciennes personnes employées par Stark mais qu'il a humilié ou qu'il a licencié. Lors de la mort de Tony Stark, ces personnes ont décidé de mettre en commun leurs connaissances afin de créer un nouveau héros qui puisse leur permettre de valider leurs idées et de devenir riches. Au moins, leur réaction est logique.

    Ce film est aussi un passage de témoin. Durant les deux heures que dure ce Spider-Man il est régulièrement demandé à Peter Parker ce que deviennent les Avengers et s'il est le successeur de Tony Stark. Peter, bien entendu, ne se pense pas capable de sauver le monde. Il essaie simplement de s'occuper de son quartier. Ce passage de témoin est symbolisé par le contrôle de la technologie Stark. Un contrôle qui implique des drones capables d'opérer des frappes dans le monde entier... D'ailleurs, enfin une scène met en question cette technologie et ses capacités. Malheureusement elle ne se trouve que lors mid-credits. Mais cela manquait dans ces films qui questionnent peu, voire pas du tout, la technologie militaire des Avengers.

    *

    **

    ***

    **** Un Spider-Man un peu plus faible que le premier mais qui reste sympathique à voir si vous aimez le genre.

    *****

    Image : Site officiel

  • Yesterday

    Jack Malik est un auteur compositeur britannique. Il a abandonné une carrière d'enseignant de musique pour tenter de vivre de ses créations, ce qui implique un temps partiel dans un grand magasin. Sa manager est une ancienne collègue, enseignante en math. Ces deux personnes sont amies depuis longtemps lorsque tout le monde était certain que la carrière de Jack serait un succès grandissant. Mais celle-ci n'est qu'une suite de déception et personne ne semble aimer ses créations. Après un échec dans un festival local Jack décide d'abandonner la musique tout en rentrant chez lui. Un bus lui fonce dessus et, lorsqu'il se réveille, il se rend compte que tout le monde a oublié les Beatles. Ce groupe n'a même jamais existé. Il y a une opportunité à prendre mais Jack la saisira-t-elle ?

    SPOILERS

    Il est évident que ce film a été écrit par des personnes qui aiment profondément les Beatles et leur musique. Les chansons sont nombreuses et les références encore plus (je ne suis pas capable de toutes les trouver). Le film envoie même Jack dans la ville d'origine du groupe afin de revenir sur les influences des Beatles, passant par là un certain message sur la création sur lequel je reviendrais plus tard. Au premier regard, l'intrigue du film semble être Jack et sa vie amoureuse. Ellie, sa manager, est amoureuse de lui mais jamais il ne s'en est aperçu. Tout le film sera une succession de scène qui pousseront Jack à choisir entre la richesse et la célébrité et Ellie (malheureusement je ne suis pas très heureux de la scène finale lorsqu'il se déclare enfin son amour pour Ellie).

    Mais quand on regarde de plus près on se rend compte que le film s'intéresse à deux autres choses. Premièrement, la réalisation tente de parler de l'industrie de la musique. Le premier CD de Jack est enregistré dans un petit studio près d'une gare avec des idées très artisanales mais qui fonctionnent bien. Dès qu'il est remarqué, il est embrigadé dans une industrie gigantesque qui ne fonctionne que sur la nouveauté, le marketing et l'argent. On oublie l'artisanat et on ne fait que ce qui fonctionne directement. Les choix de Jack sont mis de côté lors d'une séance de marketing lors de laquelle les employé-e-s semblent ne faire qu'applaudir. Seul l'argent et la forme ont une importance, le fond n'est là que pour permettre d'être plus riche. Cette perspective est mise en avant par Debra parfaitement jouée par Kate McKinnon.

    Une autre perspective est celle de Jack. Il est auteur-compositeur. Durant le film, il essaie, avec difficulté, de retrouver les mélodies et les paroles de grandes chansons des Beatles. Loin d'être facile, on l'observe avoir beaucoup de mal à retrouver ces informations. Il travaille de longues heures pour recréer les chansons et vérifier ce qu'il pense être juste. Parfois, il se trompe pendant plusieurs jours et recommence dès le début. La création est donc montrée comme un processus, un travail, qui demande des efforts importants. Mais c'est aussi un processus qui dépend du vécu. À plusieurs reprises, on demande à Jack quelles sont les influences, les histoires, derrière ses chansons. N'ayant pas vécu la vie des Beatles il est difficile pour lui de répondre. D'où sa visite dans leur ville d'origine pour retrouver leur vécu et essayer de comprendre ce qui se cache derrière leurs chansons.

    *

    **

    ***

    ****

    ***** Un film qui permet de se sentir bien. Malgré une impression de simplicité il est plus riche qu'on peut ne le penser.

    Image : IMDB

    Site officiel

  • The unstoppable wasp: Unlimited 1. Fix everything par Jeremy Whitley et Gurihiru

    Titre : The unstoppable wasp: Unlimited 1. Fix everything
    Auteurs : Jeremy Whitley et Gurihiru
    Éditeur : Marvel 24 avril 2019
    Pages : 120

    CW : dépression

    Ce volume 1 contient Unstoppable Wasp (2018) 1-5. Nadia Van Dyne a tout ce qui lui est nécessaire pour être heureuse. GIRL est enfin sur les rails avec comme but de recruter les jeunes femmes les plus intelligentes du pays. Deux de ses amies sont en couple et heureuses. Elle-même est non seulement libre mais aussi membre des Champions. Elle a beaucoup de travail et peu de temps mais elle semble apprécier sa vie. Tout du moins, jusqu'à ce que l'AIM se mette à attaquer de laboratoires scientifiques en parlant d'une menace posée par Hank Pym, le père disparu de Nadia.

    SPOILER

    J'avais adoré les deux premiers volumes des aventures de Nadia, il ne fallait pas longtemps pour que je me lance dans la suite (malheureusement encore une fois annulée). Pendant une bonne moitié du volume il semble que la menace principale soit AIM. Étant donné qu'AIM est tenu par ce qui semble être des scientifiques et d'anciennes héroïnes il y a probablement quelque chose derrière qui sera résolu dans le prochain volume. Car dès la fin de l'attaque d'AIM on se rend compte que la véritable question est Nadia Van Dyne

    Nadia, dans la première série, est montrée comme une combattante compétente. Une scientifique de génie. Et une adolescente pleine d'énergie capable de tout voir sous un jour positif. C'est d'ailleurs cette dernière caractéristique qui me plait le plus dans ce personnage. Cette nouvelle série construit son intrigue sur ce qu'est Nadia. Les pages nous montrent que Nadia est de plus en plus débordée. Qu'elle n'a plus de bonnes idées mais qu'elle ne réussit pas à en parler, par peur de décevoir ses amies et Janet Van Dyne. Mais juste après l'attaque on comprend à quel point elle va mal. Le comics prend un tour qui, en ce qui me concerne, était inattendu puisque les auteurs décident de parler de la bipolarité de Nadia. Après sa période de perte d'énergie s'ensuit une période maniaque puis une période de dépression intense. Les auteurs ont la bonne idée de montrer que Nadia ne comprend pas ce qui lui arrive et réagit mal à ce qui est dépeint comme des tentatives d'aides de la part de ses amies. Ces pages mènent, selon moi, à l'un des moments les mieux écrits. Nadia seule en dépression suivie de l'une de ses amies qui tente de la sortir de son épisode dépressif.

    *

    **

    ***

    ****

    ***** Une suite encore meilleure que la première série.

    Image : Amazon

    Éditeur

  • The legend of Korra: Turf Wars par Bryan Konietzko, Michael Dante DiMartino, Irene Koh et Vivian Ng

    Titre :  The legend of Korra : Turf Wars
    Auteur-e-s : Bryan Konietzko, Michael Dante DiMartino, Irene Koh et Vivian Ng
    Éditeur : Dark Horse 13 mars 2019
    Pages : 240

    Cette édition librairie contient Turf Wars parties 1-3. Après de nombreuses recommandations j'ai décidé d'entrer à nouveau dans l'univers de Korra. Pour rappel, Korra est la nouvel Avatar, après Aang dont on suit les événements dans Avatar The last airbender. Ce statut fait de Korra un guide spirituel chargé de garder l'équilibre dans le monde. Lors des événements de la série, le monde a passé le cap de la révolution industrielle et l'équilibre est menacé par de nouvelles idées et personnes, la dernière étant Kuvira. Après un combat difficile qui a ouvert un nouveau passage entre le monde des humain-e-s et celui des esprits Korra et Asami décident de prendre un congé bien mérité. Mais lors de leur retour elles se rendent compte que les problèmes sont nombreux à Republic City.

    SPOILERS

    Comme toujours, dans cet univers, il existe à la fois une menace personnelle envers Korra et une menace plus politique. Ainsi, la menace personnelle est le nouveau chef d'une des triades de Republic City. Après un combat autours du portail ce chef est attaqué par un esprit ce qui modifie le corps de celui-ci. La question de cette bataille concerne le statut du portail. Est-ce un lieu sacré qui doit être préservé et protégé en harmonie avec les esprits ou faut-il en faire un lien d'entrée dans le monde des esprits pour les touristes dans un but marchand ? Autours de cette question se greffe les idées politiques de Raiko. Ce dernier n'a jamais eu beaucoup de chance dans la série. Il est presque uniquement une personne qui refuse de suivre Korra. Dans ce livre, il essaie de se faire réélire après avoir capitulé face à Kuvira. Pour Raiko, seules les décisions qui peuvent permettre une réélection sont dignes d'être examinées. Le reste n'est qu'accessoire. Bien entendu, cette manière de penser conduit la ville à une nouvelle crise...

    Cette suite sous forme de comics est aussi attendue à cause de la fin de la série. Lors de celle-ci Korra et Asami se rendait dans le monde des esprits en se tenant les mains, devenant un couple officiel. Dans ce comics, on les retrouve immédiatement après ce moment, en train d'apprendre à vivre en couple. Très rapidement, Korra décide d'en parler à ses parents. Cet événement, qui n'a pas lieu comme espéré, permet aux auteur-e-s d'expliquer de quelle manière est pensé l'homosexualité dans cet univers. J'étais d'ailleurs surpris, en bien, que le récit soit porté par Kya, fille de Aang (qui permet de savoir que l'avatar Kyoshi était bisexuelle). Il me semble que ce couple ne soit pas montré comme parfait. Leur relation est en construction et tout le monde ne sera pas forcément heureux de celle-ci.

    *

    **

    ***

    ****

    ***** J'apprécie beaucoup l'univers d'Avatar et de Korra. J'ai beaucoup aimé y entrer à nouveau et je pense que je lirais la suite.

    Image : Amazon

    Éditeur

  • The Dispossessed (Hainish Cycle #6) par Ursula K Le Guin

    Titre :  The Dispossessed (Hainish Cycle #6)
    Autrice : Ursula K Le Guin
    Éditeur : Harper 1 janvier 1970
    Pages : 387

    Autours de l'étoile de Tau Ceti les humain-e-s vivent sur deux planètes. L'une se nomme Ursa. Elle est formée de plusieurs nations. A-Io est un état de type démocratique fonctionnant selon la forme capitaliste. C'est l'une des grandes puissances de la planète. Thu est une nation que l'on ne voit que peu mais qui semble fonctionner selon la doctrine communiste, un état central et une bureaucratie importante. Le reste de la planète est constitué de petits états soumis à ces deux grandes puissances. La seconde planète est Annares. Il y a plusieurs centaines d'années, elle fut donnée à des révolutionnaire anarchistes afin d'y vivre. Depuis, Annares fonctionne plus ou moins en essayant de suivre les idées de sa fondatrice. Le héros du roman provient de cette planète. Il se nomme Shevek.

    SPOILERS

    Autant j'ai apprécié La main gauche de la nuit, autant je n'ai aimé ce roman. Je l'ai trouvé très lent et long. L'autrice me semble donner trop d'importance aux idées mathématiques de son personnage principal et pas assez à un examen plus anthropologique et sociologique des deux sociétés qu'elle présente. Il faut tout de même se rendre compte que La main gauche de la nuit introduit quelqu'un d'extérieur tandis que The Dispossessed suit quelqu'un qui connait et vit dans sa propre société. Que je n’aie pas apprécié ce roman ne lui enlève en rien ses qualités. Et surtout l'examen que Le Guin fait de l'anarchisme et de la démocratie libérale.

    Au vu de la structure du livre - le premier chapitre ouvre l'intrigue qui commence depuis le départ en direction d'Ursas jusqu'à sa fuite tandis que le chapitre 2 débute depuis l'enfance de Shevek jusqu'à l'idée du départ - on commence par apercevoir la nation d'A-Io qui sera présentée petit à petit. Celle-ci fonctionne sur l'idée de démocratie, de nation et de libéralisme économique. Le Guin nous montre une économie prospère basée sur la consommation. Mais c'est aussi un système profondément inégal. En suivant Shevek, on apprend que chaque personne a une place précise et doit faire attention à comprendre qui sont ses supérieurs. Les femmes, en particulier, sont considérées comme inférieures par nature et Sevek n'en rencontre que peu sur Ursas. Alors qu'une grande partie du livre nous montre le fonctionnement des personnes les plus riches, ce n'est que tardivement que l'on comprend que cette économie si prospère est problématique. Une grande partie de la population est soumise à des conditions de vie très précaires ainsi qu'à un contrôle policier et militaire important. Se définissant sur la liberté politique et économique ce système est en fait rempli d'interdictions et d'institutions chargées d'éviter les débordements.

    Mais Le Guin a aussi souhaité examiner le fonctionnement d'une société anarchiste. Anares suit les doctrines d'une fondatrice mythique, morte sur Ursas, et des premières personnes à avoir décidé de se rendre sur la planète. Celle-ci est un désert qui rend la vie des plus difficiles. Dès le début, la société d'Anares a supprimé les titres, les lois et la police. Il ne subsiste qu'une garde chargée du spatioport. Cette société fonctionne en syndicats créé librement par les personnes qui le souhaitent. Ces syndicats sont locaux et gèrent la production et les besoins, tout en se liant au monde plus large de la planète. Afin de gérer le travail, un système informatique peut envoyer et proposer des places aux personnes qui le souhaitent. La famille est bien plus aisée à créer. Il suffit de trouver une personne qui souhaite créer un couple, qui subsiste tant que possible. Tout le monde vit en commun soit dans de petites chambres soit dans des dortoirs. Bien que Le Guin ne lésine pas sur les problèmes économiques d'une telle société, une partie importante du roman se déroule durant une famine, elle essaie de montrer qu'une société anarchiste est possible. Cependant, elle démontre aussi les problèmes qui peuvent apparaitre et briser cette société. Vers la moitié et la fin du roman, on comprend que les personnes qui vivent sur Anares sont libres et pourtant personne n'ose remettre en question les décisions qui sont prises. D'autant que ces décisions sont prises de manière décentralisées sans que l'on sache vraiment qui en est l'auteur. De plus, les différentes crises poussent la société anarchiste à créer des bureaucraties de plus en plus importantes et difficiles à briser. Ainsi, l'autrice montre une utopie imparfaite qui, selon les mots du personnage principal, ne peut fonctionner que si elle se trouve en état de révolution permanente.

    *

    **

    *** Bien que très intéressant je n’ai pas réussi à apprécier ce roman

    ****

    *****

    Image : Éditeur

  • The White Crow

    Rudolf Nureyev est danseur de Ballet en URSS. En 1961, il est envoyé à Paris avec sa troupe afin de danser lors d'une tournée européenne. À Partir de ce moment la réalisation essaie de nous expliquer qui est cet homme et pourquoi il a décidé de quitter sa patrie pour devenir un réfugié politique en France. Pour cela, le film nous emmène dans le passé et le présent de Nureyev. On l'observe enfant aux alentours des années 40 et 50. On l'observe plus âgé alors qu'il intègre une prestigieuse école de ballet. Et on l'observe à Paris, en train de faire connaissance avec des parisien-ne-s et des musées. Tout ceci nous mènera à la scène de défection directement à l'aéroport.

    SPOILERS

    Bien que ce film m'ait semblé intéressant, de quelle manière un citoyen de l'URSS peut tenter de quitter son pays, je ne suis pas certain d'avoir été convaincu par la réalisation. En somme, je n'ai pas l'impression d'avoir compris ni les événements ni la personne sur laquelle ce film porte. La réalisation place Nureyev face à plusieurs mondes. Le premier est celui de son école de danse, dans laquelle il essaie d'être meilleur en se plaignant des enseignants. Mais aussi via laquelle il apprend à comprendre l'art. Le second monde est celui de Paris. Il y visite des musées pour ne voir qu'une seule œuvre par jours. Il y apprend aussi à connaitre des parisien-ne-s, en particulier des personnes liées aux hauts lieux du pouvoir. Tout cela est très contemplatif avec des dialogues sur la nécessité de l'art et la raison première de la danse.

    Ce qui rend ce film difficile à comprendre sont ses nombreux flash backs. Nous commençons alors que l'un des enseignants de Nureyev parle à ce qui semble être un inspecteur de l'URSS. Puis, nous partons à la naissance de Nureyev. Pour ensuite repartir à Paris, observer son enfant et son éducation à la danse. Bien que ces flash backs aient une logique il n'est pas toujours évident de comprendre la chronologie ni ce qui se déroule exactement lors de la scène. En particulier, une scène montre Nureyev attendant son père près d'un feu dans la forêt. Jamais il ne nous est expliqué ce qui se déroule après. La chronologie est donc particulièrement ardue et ne permet pas vraiment de comprendre comment Nureyev est devenu danseur.

    *

    **

    *** Explique-t-il vraiment la défection de Nureyev ?

    ****

    *****

    Image : Site officiel

  • Toy Story 4

    Comme beaucoup de monde j'ai connu Toy Story lors de mon enfance. Je n'ai jamais vu le 2 mais je me souviens très bien du 3. Toy Story réussit à capturer le lien avec les jouets mais aussi la nécessité de grandir et de changer lorsqu'on est enfant. Je pensais que le troisième était une bonne conclusion puisque l'on suivait Andy jusqu'à l'âge adulte et son entrée à l'université. Ce quatrième volet reprend immédiatement après la fin du troisième et quelques scènes pour que l'on se souvienne des autres films. Nous retrouvons donc Bonnie et les jouets. Tout se passe bien mais Woody est de moins en moins choisi. Il reste dans le placard. Woody reste fondamentalement loyal et suit Bonnie lors de son premier jour d'école. Durant cette journée Bonnie crée un jouet. Mais celui-ci ne sait pas qu'il est un jouet forçant Woodie à l'empêcher de fuir.

    SPOILERS

    Toy Story parle de la nécessité de grandir avec l'aide d'ami-e-s. Mais aussi de la nécessité de jouer afin de se créer un monde imaginaire permettant un développement personnel plus important et de vivre dans un sentiment de sécurité. Mais ce film me semble parler plus de Woody et de sa difficulté à accepter le changement. Woody est loyal. Son but est d'aider les enfants et en particulier les enfants avec lesquels il a été lié. Il est très difficile pour lui de changer d'enfants et d'être délaissé. Durant tout le film il essaie de faire uniquement ce qu'il connait alors qu'il n'est plus aussi utile qu'auparavant. Bien entendu, il nous parait clair en tant que spectateur qu'il est nécessaire pour Woody d'accepter le changement et de trouver un nouveau but dans sa vie. Ce but implique aussi de penser à lui-même et aux personnes vers qui il souhaite être.

    *

    **

    ***

    **** Attention, les enfants sont capables de créer la vie !

    *****

    Image : Site officiel

  • Brightburn

    CW : gore

    Brightburn est une petite ville des Etats-Unis. Dans cette ville un jeune couple rêve de fonder une famille mais n'y arrivent pas. Un soir, un vaisseau s'écrase dans la forêt voisine. À l'intérieur de ce vaisseau se trouve un bébé. Celui-ci est immédiatement adopté par le couple qui l’élève pendant 12 ans sans problèmes. À l'école, le jeune Brandon n'a pas beaucoup d'ami-e-s. Mais il est brillant et remarqué par ses enseignant-e-s. Cependant, tout change lors de ses 12 ans. Du jours au lendemain son attitude devient plus problématique. Petit à petit, ses humeurs inquiètent ses parents qui se demandent comment réagir de manière adéquate. Dans le même temps, Brandon développe des pouvoirs. Alors qu'il apprend à comprendre ses capacités et à tenter d'expliquer son origine plusieurs personnes disparaissent de la ville avec un simple symbole comme indice.

    SPOILERS

    L'idée du film est transparente. Que se passerait-il si Superman n'était pas bon mais mauvais ? Plusieurs comics ont déjà mis en avant une telle idée avec plus ou moins de réussites. Même dans la continuité des comics DC il existe des versions maléfiques de Superman. La base du film est donc relativement connue et sans véritable nouveauté. Le film joue beaucoup sur ce point en utilisant une mythologie et des images proches de ce que l'on connait de Superman. Brendan est un alien adopté. Ses pouvoirs sont les même que ceux de Superman. Il porte même une cape rouge, qu'il agrémente d'une cagoule.

    La question qui m'intéresse bien plus est le passage de "bon" à "mauvais". Brendan n'est pas maléfique dès l'origine. Il est d'abord un adolescent avec ses problèmes et ses questions. Je pensais que le film nous montrerait une progression. Un refus d'une frustration qui le mène à user de ses pouvoirs de manière de moins en moins éthique. Jusqu'à ce qu'il se rende compte que sa puissance implique qu'il peut faire tout ce qu'il souhaite sans que personne ne l'en empêche. Mais le film nous montre un passage instantané en direction de son côté maléfique. Je trouve cela simpliste et bien moins intéressant. D'où la question : Brandon devient-il mauvais où alors la réalisation souhaite-t-elle nous dire qu'il a toujours été mauvais ?

    *

    ** Un film trop gore à mon goût avec une intrigue moins intéressante que je ne le pensais

    ***

    ****

    *****

    Image : IMDB

    Site officiel

  • La main gauche de la nuit par Ursula K Le Guin

    Titre :  La main gauche de la nuit
    Autrice : Ursula K Le Guin
    Éditeur : Laffont 1971 (1969)
    Pages : 330

    J'avais déjà tenté de lire des romans de Le Guin, Terremer, mais je n'avais pas du tout aimé. Après réflexions, j'ai décidé de tenter ce roman. Il a reçu le prix Hugo et il est très bien considéré. Ce roman prend place dans un cycle qui décrit un univers géré par une forme d'association reliant toute l'humanité, l'Ekumen. Mais cette association n'est pas toute puissante, elle ne fait que faciliter les contacts. Le héros, est un envoyé de l'Ekumen afin de proposer une alliance à une planète nouvellement découverte : Gethen. Celle-ci est très froide et inhospitalière mais cela n'a pas empêché l'humanité de créer et de survivre jusqu'à mettre en place plusieurs états. Mais la plus grande surprise est la biologie. Les Gethenien-ne-s ne sont ni femmes ni hommes. La majeure partie du temps ce sont des personnes sans genres ni sexes. Ce n'est que lors de périodes précises, sexuelles, que ces humain-e-s peuvent intégrer les caractéristiques de l'un ou de l'autre sexe biologique. L'Envoyé est donc une bizarrerie à plus d'un titre et cela pourrait jouer sur sa réussite.

    SPOILERS

    Ce roman place deux personnages précis face à des informations qui ne sont pas maitrisées. L'envoyé, Genry, provient de l'Ekumen et de la Terre. Il se rend sur une planète dont il ne comprend pas totalement le fonctionnement sociologique et politique. Le seconde, Estraven, est un premier ministre qui tente de comprendre les conséquences de l'entrée dans l'Ekumen pour son peuple. Ce point de départ permet de parler d'un grand nombre de thème qui démontrent une influence de la sociologie et de l'anthropologie sur Ursula K Le Guin. Non seulement l'autrice tente de faire de Genry un observateur du fonctionnement des sociétés de la planète Gethen mais elle essaie d'expliciter la création des états. Je ne pense pas être tout à fait d'accord avec elle mais elle tente d'expliquer que les états modernes, nations, se construisent sur un temps long avec une unification de plus en plus importante et une centralisation du pouvoir. Celle-ci se met en place à l'aide des voies de communications, aussi bien les routes que la radio. Deux états sont visités dans ce roman. Le premier est un lieu quasi féodal avec un roi tandis que le second est gouverné par des Commissaires qui se basent sur une administration importante et le contrôle des déplacements et de l'identité. Ce dernier exemple est inquiétant et Le Guin montre que les personnes marginalisées peuvent souffrir d'un tel contrôle.

    On ne peut pas non plus passer outre l'information la plus importante de ce livre. Ces humain-e-s, sur Gethen, ne sont ni des femmes ni des hommes. Illes n'ont ni genre ni sexe définis pendant une grande partie de leur vie, en dehors des périodes de sexualité ou de grossesse. Toutes personnes peuvent donc intégrer les caractéristiques biologiques du sexe féminin ou masculin lors de leur vie. Le héros, Genly, est biologiquement homme. Bien entendu, la société de Gethen est beaucoup moins divisée en termes de genre. Étant donné qu'il n'y a pas de pensée de dualité biologique il n'y a pas non plus de pensées sur les différences en termes de rôles de genre. Seul Genry pense ces différences et, à plusieurs reprises dans le roman, il tente de masculiniser ou de féminiser ses interlocuteurs en prenant en compte le contexte.

    Bien que ces tentatives via Genry soient très traditionnelles, la personne qui le loge est vue comme féminine tandis qu'Estraven est vu comme masculin dans un contexte politique, on peut se demande si cela n'est pas souhaité par l'autrice. En tentant de genrer cette société en prenant en compte le contexte de ses interactions avec ses interlocuteurs Genry permet de questionner la division duale de la société, basée sur la vision externe des sexes dits biologiques. Si Genry est incapable de genrer sans utiliser le contexte cela ne veut-il pas dire que les divisions de genre sont des constructions sociales et historiques ? Et donc que Genry, et nous par la même occasion, avons tort d'essayer de consolider des différences qui n'existent pas réellement ?

    Ce roman est ma seconde tentative de lire Le Guin. Alors que la première ne fut pas une réussite j'ai bien apprécié ce roman. Il n'est pas parfait mais il est très intéressant. Le contexte général existe mais n'est pas trop important afin de ne pas écraser l'intrigue précise du roman. L'histoire de Genry et d'Estraven permet de présenter des réflexions sur le genre et la construction de l'état. Cela est aidé par des ajouts de type mythologiques au sein du texte, nous permettant de mieux comprendre le fonctionnement de l'humanité de cette planète. Ayant apprécié ce roman je vais tenter un second tome dans ce même cycle.

    *

    **

    ***

    **** Un roman qui subit son âge mais que j'ai beaucoup aimé.

    *****

    Image : Éditeur

  • Parasite / Gisaengchung

    La famille de Ki-taek est au chômage. Les quatre membres, deux parents avec un fils et une fille, vivent dans un appartement en sous-sol. Illes ont à peine une vue sur la rue et les passants. Sans travail, la famille fait tout ce qu'elle peut pour survivre et recevoir un peu d'argent de temps en temps. Mais cela ne fonctionne pas très bien. Cependant, tout le monde a des plans pour le futur. Ki-woo, par exemple, souhaite entrer à l'université. L'un de ses amis étudiants lui propose justement un travail lié à son envie d'étudier. Après avoir falsifié un diplôme, Ki-woo est envoyé dans une famille riche afin d'enseigner à leur fille l'anglais. Tout se passe plutôt bien et Ki-woo comprend qu'il pourrait placer toute sa famille et récolter encore plus d'argent. Mais un tel plan pourrait s'effondrer plus vite que prévu.

    Spoiler

    Ce film est particulièrement bien construit. Tous les éléments du plan qui permettent d'arnaquer la famille sont mis en place petit à petit. On observe, inquiet, chaque membre de la famille Ki-taek s'insérer dans la vie de personnes inconnues afin d'avoir du travail mais aussi de l'argent. Petit à petit, illes deviennent indispensables sans jamais avoir été questionné-e-s. Mais leur chute est aussi inévitable. Celle-ci, bien entendu, se déroule lors d'une soirée d'orage qui détruit leur appartement et implique une confrontation avec l'ancienne gouvernante, des secrets et le danger d'être découvert. Il serait trop simple de terminer le film là-dessus et ce n'est que lorsque le calme semble être revenu que tout est véritablement perdu.

    Le film parle aussi des liens de classes entre différentes personnes. Les Ki-taek sont des personnes pauvres qui se déplacent en métro, utilisent des produits d'hygiène bon marché et donc possèdent une odeur particulière. Cette odeur est mise en avant lors de plusieurs parties clés du film qui montrent les différentes entre personnes riches et pauvres. Alors que la pauvreté implique de chercher sa place et la voir être déniée la richesse implique de toujours se trouver à sa place. Les personnes pauvres sont donc toujours identifiables malgré leurs tentatives de l'éviter. De plus, le film montre que la richesse est souvent mêlée à l'impression, inconsciente normalement, de toujours être secondés dans ses journées. Bien que les victimes de la famille Ki-taek se pensent et sont montrés comme des personnes généreuses et respectueuses illes agissent d'une manière qui marque une différence et qui agresse, à petite dose, les personnes qui les servent. Avec la mise en place de ces agressions il est facile de comprendre pourquoi le père Ki-taek attaque son patron.

    Image : IMDB

  • Tolkien

    John Ronald Reul Tolkien est connu pour être le créateur du Hobbit et du Seigneur des anneaux. Deux romans adaptés en films. Mais il est aussi le créateur d'un univers bien plus vaste et surtout des langues qui vivent à l'intérieur de ces légendes. Tolkien est un film biographique qui se concentre sur la première partie de la vie de l'auteur. Le film débute lors de la bataille de la Somme. Tolkien et un soldat suivent les tranchées lors de la bataille afin de retrouver un ami. Ce parcours, au milieu de séquence d'hallucination basée sur les légendes de Tolkien, sont mêlées au passé qu'a connu l'auteur. On l'observe lors de son enfance en Angleterre, après l'Afrique du Sud, lorsqu'il perd son père puis sa mère et qu'il doit accepter le soutien de l’église. Le film le montre aussi tenter de réussir ses études avant de découvrir son véritable amour : les langues.

    Parlons d'un point qui m'a ennuyé dès le début. La vie de Tolkien est rendue largement plus sympathique. C'est à peine si l'on annonce ses problèmes de pauvreté. Jamais le film n'explicite sa religion, différente de celle de ses amis et d'Edith, sa future femme. Jamais le film ne montre la véritable relation entre Tolkien et Edith, une relation amoureuse mais basée sur un Tolkien qui n'hésite pas à forcer sa femme à faire des choix douloureux. Jamais sa relation avec l'église n'est montrée dans ce que cela implique de contrôle et d'autorité aux choix de son tuteur. Bref, sa vie est rendue plus lisse. Elle est plus facile comme si, dès le début, Tolkien était un génie qui n'attendait que le bon moment pour être reconnu.

    Bien entendu, le film ne peut pas passer outre la relation de Tolkien avec les histoires et les langues. Malheureusement, il me semble que sa relation avec les langues n'est pas assez bien mise en scène. Je doute que cela soit facile mais j'aurais aimé plus d'attention aux langues plutôt qu'aux histoires. Celles-ci sont créées, comme le film le dit, pour donner de la substance aux langues et porter leur signification. En revanche, le film considère que Tolkien a été fortement influencé par la guerre et son expérience de jeunesse. À plusieurs reprises, les références envers ses romans sont montrées comme provenant de sa vie. On peut considérer qu'une expérience telle que la guerre ne peut qu'avoir une influence sur ses créations. Mais il ne faut pas oublier, bien que je ne sois pas d'accord, que ni Tolkien ni ses héritiers n'acceptent cette thèse. Peut-être aurait-il fallu un peu plus de complexité ?

    *

    **

    *** pas très intéressant

    ****

    *****

    Image : IMDB

    Site officiel

  • «… je vous fais une lettre» Retrouver dans les archives la parole et le vécu des personnes internées. Commission indépendante d'expert-e-s internement administratif4 par Anne-Françoise Praz, Lorraine Odier, Thomas Huonker, Laura Schneider et Marco Nardone

    Titre : « … je vous fais une lettre » Retrouver dans les archives la parole et le vécu des personnes internées. Commission indépendante d'expert-e-s internement administratif 4
    Auteur-e-s : Anne-Françoise Praz, Lorraine Odier, Thomas Huonker, Laura Schneider et Marco Nardone
    Éditeur : Alphil 2019
    Pages : 448

    Sur les 6 tomes actuellement disponibles (3 autres devraient être rendus publics en juillet puis le dernier tome en septembre) celui-ci est le quatrième. Son but est d'analyser les égo-documents, en particuliers les lettres, afin de comprendre la pratique et les effets de l'internement administratif sur la population visée. Pour cela, les auteur-e-s se sont intéressé-e-s aux archives de l'établissement fribourgeois de Bellechasse. En effet, de nombreux confédérés furent envoyés d'autres cantons dans cette grande prison agricole, aussi bien des prostituées que des alcooliques ou encore des jeunes enfants placés. Bien que cela ne soit pas au centre de ce volume, il est nécessaire de prendre en compte le but de l'établissement de Bellechasse : l'apprentissage par le travail agricole. Ce travail est aussi un moyen de baisser les coûts de fonctionnement par l'usage d'une main d’œuvre bon-marché : les prisonniers et internés. Enfin, les auteur-e-s expliquent que les lettres sont particulièrement nombreuses dans les archives de Bellechasse tout simplement à cause de la censure importante appliquée par les différents directeurs. Le volume est divisé en trois parties qui portent sur différentes époques de l'internement. De plus, les chapitres sont parfois suivis d'encarts sur des sujets précis.

    La première partie s'intéresse à l'enquête et à la décision d'internement prononcée par différentes autorités cantonales. Le premier chapitre compare deux cantons romands : Vaud et Valais. Le premier interne pour une période précise à la suite d’une procédure stricte qui permet une défense. Les auteur-e-s notent dans ce volume que la connaissance du temps d'internement et de ses capacités de défenses jouent fortement dans les capacités d'adaptation et de survie des personnes en prison. Le Valais, en revanche, permet l'internement sur demande des communes. Celles-ci n'ont pas besoin d'entendre la personne ni de lui donner sa décision. Quelqu'un peut simplement se retrouver embarqué par la police et envoyé en prison. Le temps d'internement n'est pas non plus défini et il est parfois nécessaire d'attendre plusieurs mois pour qu'une décision légale soit transmise à la direction de Bellechasse, créant de la colère chez les personnes internées.

    Les auteur-e-s démontrent dans cette partie que les personnes qui tentent de se défendre face à un internement essaient d'éviter les catégorisation négatives mises en place par les autorités, quand elles y ont accès. Ces personnes sont aussi parfois surprises de leur envoi en prison, en particulier lorsqu'elles n'ont pas été entendues ni prévenues en avance. Selon les auteur-e-s, le fonctionnement particulier de l'internement administratif en fait une cause de mal être. Les interné-e-s sont enfermé-e-s avec des personnes emprisonnées selon le système pénal. Ce qui implique procédure de défense et connaissance du jours de sortie. Les interné-e-s n'ont pas forcément accès à ces deux points précis mais sont soumis au même régime et le subissent de manière exacerbée puisque leur destin leur est inconnu.

    La seconde partie s'intéresse à l'expérience de l'internement, encore une fois en commun avec les personnes emprisonnées selon le droit pénal. Les auteur-e-s s'intéressent à plusieurs aspects particuliers. La santé est l'un des points importants. En effet, l'expérience d'internement implique une santé défaillante pour plusieurs raisons. Premièrement, le travail difficile peut impliquer des risques. Les auteur-e-s intègrent ce risque pour la santé dans l'idée que la prison doit être plus dure que la vie des personnes les plus pauvres. Donc le travail doit être particulièrement difficile voire dangereux. De plus, la santé n'est pas la préoccupation principale des autorités. Vérifier l'état corporel des personnes internées et les soigner implique un coût que ni les communes, ni les états et encore moins Bellechasse ne souhaite. Régulièrement, le directeur de Bellechasse nie les ennuis de santé, les transformant en des simulations afin de se rendre dans un lieu plus facile à vivre

    Le second point concerne le travail. Celui accompli en prison est souvent difficile et rarement utile à l'extérieur, encore moins professionnalisant. Ce sont des travaux d'agriculture pour les hommes et des soins de ménage pour les femmes (défendant ici un ordre genré du travail). Les hommes craignent de perdre leur savoir-faire professionnel tandis que les femmes se plaignent d'un travail difficile et peu ragoutant. Dans les deux cas, il est possible de changer d'affectation mais cela dépend de la direction, qui possède ici un pouvoir important sur les interné-e-s.

    Enfin, un dernier point concerne les liens familiaux et amoureux des personnes interné-e-s. Les recherches de la Commission ont permis de comprendre que la direction de Bellechasse, et les autorités des communes et cantons, s'arrogent le droit de juger des relations connues par les personnes interné-e-s. Ces jugements concernent aussi bien la famille que de possibles mariages. Par exemple, il est possible que la direction de Bellechasse fasse pression sur les femmes afin d'accepter un abandon volontaire de leurs enfants, permettant une adoption légale. Ces pressions, bien entendu, remettent en question à la fois le caractère volontaire et le caractère légal de ces adoptions. De plus, les demandes en mariage et les liens affectifs avec des personnes extérieures peuvent être détruites par une censure des lettres, acte souvent mis en place pour attaquer une relation considérée comme dangereuse. Ainsi, les autorités essaient de défendre leur vision de ce qu'est une famille. Les femmes internées sont censées se marier afin d'éviter des enfants en dehors du mariage mais aussi de vivre comme femmes d'intérieurs. Cela implique un mariage avec un homme capable de subvenir à ses besoins et à ceux d'une famille, donc qui possède un travail salarié et n'est pas alcoolique. Bien entendu, les femmes internées jouent avec cela, acceptant des demandes en mariage qui permettent leur libération puis refusant le mariage. Ce qui pousse les communes à demander un mariage en prison avant toute libération.

    La dernière partie s'attache à comprendre la fin des internements et la vie qui suit, là aussi à partir des lettres conservées dans les archives (les interviews de personnes anciennement internées sont utilisées dans un autre volume). L'expérience de la sortie de prison dépend beaucoup de la procédure cantonale impliquée. Vaud, par exemple, offre une date précise avec une procédure de sortie anticipée en cas de bon comportement. D'autres cantons internent pour un temps indéterminé. La sortie dépend donc de la direction de la prison, des autorités cantonales et des autorités communales. Ce qui pousse la personne internée à chercher des aides internes et externes. Les lettres sont un moyen de prouver leur conformité avec les demandes des autorités. Cependant, dans les cas d'internements pour des temps indéterminés. Ces mêmes lettres peuvent être utilisées afin de contester l'internement et sa légalité. Celles-ci permettent aussi d'appeler à la pitié, souvent par l'usage des liens familiaux. De plus, les auteur-e-s démontrent que l'expérience d'internement a un impact sur la vie ultérieur des personnes qui l'ont connue. Avoir vécu un internement implique la constitution d'un dossier administratif qui peut être réutilisé par justifier un nouvel internement. Ne pas suivre les normes et les ordres, donnés dans le cadre d'un patronage, peuvent aussi implique un nouvel internement, parfois plus long. Les anciennes personnes internées en conscience de ce danger et essaient d'éviter les autorités, par les refus des aides sociales ou en déménageant (certaines vont jusqu'à s'inscrire à la légion étrangère). Loin de permettre une réinsertion l'internement crée un danger pour les personnes qui le subissent de ne pas pouvoir s'échapper d'une logique étatique de contrôle et d'enfermement des personnes considérées comme marginales pour des raisons économiques (chômage) ou morales (l'alcoolisme n'étant pas traité de manière médicale pendant longtemps mais selon son danger pour la vie familiale).

    Après un volume trois qui s'intéresse spécifiquement à l'aspect légal ce quatrième volume permet de mieux comprendre l'internement selon les personnes impliquées. Comme le disent les expert-e-s, les lettres analysées ne sont pas forcément représentatives de toutes les personnes interné-e-s. En particulier, les expert-e-s ont en accès aux lettres censurées et ne savent pas toujours ce qui a conduit à garder ces lettres. Seule l'accès à des lettres délivrées pourrait permettre de mieux comprendre les raisons d'en censurer certaines. Mais cela n'implique pas que leur lecture permet de mieux comprendre la vie à l'intérieur de la prison de Bellechasse et les effets d'un internement administratif aussi bien du point de vue professionnel que sur la santé ou encore les liens sociaux et familiaux.

    Image : Éditeur

  • The good place 2

    Eleanor a compris ! Ce qui lui a été vendu comme le paradis, après sa mort, n'est pas le paradis. C'est un concept forgé par Michael. Son but est de créer un moyen pour que des humain-e-s, choisis spécifiquement, se torturent mutuellement pendant plusieurs milliers d'années. Mais Michael a échoué, non seulement Eleanor a compris ce qui se déroule mais le petit groupe d'humain-e-s choisis pour cette expérimentation a réussi à travailler ensemble afin de se rendre meilleurs. Ceci n'est pas censé être possible et les autorités des enfers ne sont pas heureuses. Il est donc décidé de relancer l'expérimentation en effaçant les souvenirs des 4 humain-e-s impliqué-e-s. Mais cela suffira-t-il à les empêcher de comprendre et de s'entre-aider ?

    SPOILERS

    Depuis le début, la série se pose sur des questions philosophiques. L'une des questions principales est comment devenir une meilleure personne. Dans le monde de The Good Place les bonnes actions donnent des points positifs et les mauvaises actions des points négatifs. Il est donc logique de souhaiter faire de bonnes actions et entre dans un paradis. Cependant, il faut se demander comment le faire. Les actions ont des conséquences, parfois inattendues. La série montre très bien cette complexité des processus de décisions. Un acte pensé bénéfique peut impliquer du négatif tandis qu'un acte négatif peut être commis dans un but positif. Ainsi, il est clair dès le début que le système montré dans la série ne peut pas fonctionner car on ne peut pas quantifier facilement des processus de décisions complexes.

    Bien entendu, la seconde décision concerne la raison des bonnes actions. Dans le cadre de la série, une bonne action réalisée afin de recevoir quelque chose en retour est immédiatement annulée. En effet, agir simplement en vue d'une récompense n'est pas une action positive mais une action à but égoïste. Cette saison répond à la question lors du tout dernier épisode. Celui-ci nous montre Eleanor essayer d'être meilleure sur Terre. Mais ce qu'elle reçoit n'est pas positif. Elle perd des ami-e-s, son travail, son appartement et elle est attaquée en justice. On peut sérieusement se demander si être une personne qui agit positivement est utile si cela implique non seulement une absence de récompense mais une punition. La série répond grâce à un autre personnage, Chibbi, et sans donner celle-ci je la trouve plutôt intéressante. En conclusion, une seconde saison tout aussi bien écrite que la première. La réalisation n'hésite pas à poser des questions difficiles sans donner de réponses précises, nous laissant réfléchir.

    *

    **

    ***

    ****

    ***** Impossible de trouver des points négatifs.

    Image : Site officiel

  • The Expanse 2

    L'équipage du Rocinante a assisté, horrifié, à l'attaque contre la colonie d'Éros. Illes comprennent enfin quels sont les enjeux liés à la protomolécule. Une colonie entière, tout une population, détruite simplement pour comprendre le fonctionnement d'une forme de vie qui pourrait ne pas provenir du système solaire. Que ce soit son capitaine, Holden, ou les autres membres de l'équipage, tout le monde est d’accord : les responsables doivent être châtiés. Vu que Éros est un astéroïde, l'OPA souhaite aussi trouver les responsables et les empêcher définitivement de nuire. Cependant, il faut aussi prendre en compte Mars et la Terre. Les relations entre les deux planètes sont de plus en plus tendues et il se pourrait bien que l'humanité assiste aux débuts de sa première guerre interplanétaire. Que fera l'OPA dans ce contexte ? Personne ne le sait vraiment...

    SPOILERS

    La découverte de The Expanse fut une révélation pour moi. Je ne crois pas avoir vu une série de SF prise aussi au sérieux depuis Battlestar Galactica. The Expanse, adapté d'un roman, met en place un monde politique compliqué en nous donnant seulement quelques bribes d'informations. La série comprend aussi l'importance des détails pour la création d'un monde. On peut ne pas les voir mais leur existence permet d'accepter que cet univers fonctionne selon des règles logiques et compréhensibles.

    Tout comme la saison 1, la saison 2 réorganise le système politique en prenant en compte les tensions de la guerre et l'arrivée d'une nouvelle technologie potentiellement illimitée. La série n'hésite pas à montrer que la guerre ne dépend pas uniquement de complots ou de la volonté des dirigeant-e-s. Elle peut aussi éclater simplement par une incompréhension mutuelle ou une envie de contrôler de prêt ce que l'adversaire est en train de faire. Ainsi, les quelques batailles de la série, spectaculaires et dévastatrices, ont rarement lieu auprès de Mars ou de la Terre. Seule la destruction de l'une des lunes de Mars pourrait être considérée différemment. Mieux encore, la série fait la différence entre éthique, droit et realpolitik. On nous apprend que plusieurs accords existent pour réglementer les guerres. Mais cela n'empêche pas de les briser. La protomolécule est utilisée et testée contre des personnes pauvres, isolées, qui meurent. Malgré ces expériences sur des humain-e-s tous gouvernements veulent cette molécule et acceptent les tests, parfois au prix de leurs propres citoyen-ne-s. Bref, la série nous explique que l'éthique existe mais que la realpolitik pend rapidement devenir plus importante et rendre les relations entre états et personnes plus difficiles et dangereuses.

    Pour rendre la série intéressante il faut aussi s'intéresser aux personnages. The Expanse a de nombreux personnages intéressants et cette nouvelle saison ajout une martienne patriote et va-t-en-guerre. Son existence permet de mettre en question certains actes du gouvernement martien. Mais ce qui me semble le plus intéressant est l'équipage du Rocinante, constitué de personnes provenant de différents lieux. Amos et Alex sont surtout présent comme suiveurs. Naomi est la boussole morale du groupe. Holden, en revanche, est quelqu'un qui essaie toujours de choisir la meilleure voie, pour être quelqu'un de bien. Cette saison le montre devant des décisions de plus en plus compliquées. Afin de suivre son but, détruire toutes traces de la protomolécule, il doit accepter de commettre des actes de guerre et de piratage qui placent le bien de l'humanité avant le bien des individus. Cela n'est pas spécifiquement immoral mais peut impliquer de faire du mal ou de refuser d'aider des personnes. La question de savoir quelle est la limite se pose donc de plus en plus pour ce personnage et ses actions. D'une certaine manière, Holden incarne la capacité pour une personne morale de perdre sa capacité à différencier le bien du mal à partir du moment où les problèmes des individus sont oubliés face aux problèmes de l'humanité. Ce qui permet de (se) justifier des actes que l'on refuserait d'accomplir dans d'autres contextes.

    *

    **

    ***

    ****

    ***** Une saison 2 à la hauteur de la saison 1. La série est lente, certes, mais elle fait surtout attention aux détails et à la logique interne.

    Image : Site officiel

  • East of West 9 par Jonathan Hickman et Nick Dragotta

    Titre :  East of West 9
    Auteurs : Jonathan Hickman et Nick Dragotta
    Éditeur : Image Comics 22 mai 2019
    Pages : 136

    Ce volume contient East of West 39-42. Ce volume 9 est, si j'ai bien compris, l'avant-dernier. La fin des temps approche rapidement et tous les personnages sont progressivement placés à leur place par les auteurs. Ce neuvième volume est avant tout un moyen de comprendre le passé de ces personnages et de montrer quelques surprises. Bien que ce passé soit intéressant, il n'y a ici rien qui ne soit pas connu ou inattendu.

    Ce tome permet donc surtout de mettre en avant les raisons qui se cachent derrière la colère qui existe entre les 4 cavaliers de l'apocalypse. Enfin, on nous montre la bataille durant laquelle Mort s'est attaqué aux autres cavaliers. Et on sait que Mort et Guerre vont probablement se combattre à nouveau. On en sait aussi plus sur le fonctionnement de Chamberlain et du père du Prince John. Malheureusement, les auteurs ne nous donnent aucune information sur le fonctionnement et la raison de la fin des temps. Est-ce une véritable fin ou un recommencement ?

    *

    **

    ***

    **** Bien que ce volume permette surtout de remplir les vides avant la fin de la série, et que les informations offertes sont connues, j'ai apprécié ma lecture ainsi que les dessins de Dragotta, toujours aussi réussis.

    *****

    Image : Éditeur

  • Doctor Who: The good Doctor par Juno Dawson

    Titre :  Doctor Who: The good Doctor
    Autrice : Juno Dawson
    Éditeur : BBC Books 25 octobre 2018
    Pages : 240

    La Doctor arrive tout juste sur une planète. Celle-ci est contrôlée par une espèce canine, descendante de Laïka, et une petite colonie humaine. Mais les relations entre les deux espèces sont difficiles. Une guerre civile a lieu tuant de nombreuses personnes dans les deux camps. La Doctor arrive alors que cette guerre se termine, par la victoire de l'espèce canine locale. Mais elle n'accepte pas cela et en à peine quelques minutes elles réussit à créer un traité de paix égal devant permettre un nouvel âge de prospérité. Cette réussite est quelque peu amoindrie par Ryan qui perd son natel sur la planète. Le recherchant, l'équipe TARDIS se retrouve sur la même planète mais 600 ans plus tard. Et les choses sont bien différentes mais dans le mauvais sens du terme.

    SPOILERS

    À mon avis ce roman est l'un des meilleurs actuellement écrit. Tout simplement parce que, pour une fois, l'autrice examine les conséquences inattendues d'une action de la Doctor. Dans le cas précis, son arrivée devient un mythe qui fonde une religion. Celle-ci est basée sur un livre qui décrit les actes et paroles de la Doctor afin de justifier le fonctionnement de la société. Cependant, c'est Graham qui est pris pour le Doctor tandis que ses paroles sont modifiées afin de mettre en place une société à la fois raciste et misogyne. Les hommes sont en haut de l'échelle. Les femmes et les Lobas sont respectivement soumis et mis en esclavage. Il faut noter que l'autrice explicite cette organisation par les liens amoureux et sexuels entre femmes et Lobas. Ces liens auraient créé une épidémie considérée comme un châtiment divin. Bien entendu, on ne peut que penser au fonctionnement des églises actuelles qui ont justifié des infériorités en se basant à la fois sur des écrits et sur des interprétations.

    Mais ce qui j'apprécie le plus dans ce roman est la raison de l'existence de cette société. Celle-ci se base sur les propos de Graham et, en particulier, une blague qu'il a faites en partant de la planète la première fois. Bien qu'il ne souhaitât pas faire de mal cette blague a permis de justifier une vision spécifique des Lobas comme inférieurs et soumis à l'humanité. On ne peut que faire le parallèle avec l'humour raciste et/ou misogyne régulièrement défendu au nom de la liberté d'expression. Le roman montre parfaitement que ces blagues, même faites sans arrière-pensées, ont un effet délétère. À travers de simples mots se voulant drôle on peut défendre et justifier un ordre social inégalitaire. Il est tout aussi intéressant que Graham ait été mis en avant sur ce point. Graham, dans la série, est montré comme bienveillant. Cela ne l'empêche pas de ne pas forcément avoir conscience de sa place dans la société. L'épisode autours de Rosa Parks le montre en train de comprendre ce qu'il doit faire et donc ce qu'il doit être pour que l'histoire continue comme elle devrait. À mon avis, le choix de ce personnage comme fondateur de la société décrite dans ce livre n'est pas un hasard. Je pense que l'autrice a parfaitement compris son utilité et son rôle de la série et l'utilise de la même manière.

    *

    **

    ***

    **** Les romans Doctor Who sont souvent médiocres au mieux. Mais celui-ci est clairement au-dessus du lot.

    *****

    Image : Éditeur

  • Greta

    TW : harcèlement, mauvais traitements

    Frances est une jeune femme de Boston. Elle a récemment déménagé à New York chez une amie étudiante. Elle travaille en tant que serveuse dans un restaurant luxueux de la ville. Sa vie est loin d'être parfaite. Elle est brouillée avec son père après avoir perdu sa mère. Mais elle continue de vivre et de faire la fête. Un jour, elle découvre un sac oublié dans le métro. Les objets trouvés étant fermés elle décide de se rendre directement chez la personne pour le lui rendre. Cette personne se nomme Greta. Elle a perdu un grand nombre de personne dans sa vie et se sent seule. Alors que Frances tente de l'aider elle se rend compte, ainsi que sa colocataire, que quelque chose est bizarre dans le comportement de Greta.

    SPOILERS

    Ce film est particulièrement bon. J'ai été stressé du début à la fin alors que la réalisation nous donne des indices d'abord subtils puis de plus en plus inquiétant. Ce que le film nous montre est le fonctionnement d'une personne manipulatrice qui fait tout pour contrôler la vie de quelqu'un. Cela commence simplement par un rapprochement émotionnel. Le partage de son passé et du besoin de retrouver une mère ou une fille. Puis, Greta commence à agir comme une mère utilisant des mots et des gestes. Petit à petit, se met en place une prise de contrôle de la vie de Frances qui ne peut plus échapper à Greta, celle-ci la suivant partout. Le film montre particulièrement bien que tenter d'échapper à de telles personnes implique de risquer des réactions violentes de plus en plus importantes. Malheureusement, le film ne donne pas de recettes pour éviter ces situations, étant un thriller ce n'est pas son but.

    Le film nous parle aussi des personnes d'autorités, police comme patrons. À plusieurs reprises, Frances tente d'alerter la police. Celle-ci se contente d'enregistrer le problème mais ne le résout pas. Le seul conseil que le personnage reçoit est d'ignorer Greta, un conseil particulièrement dangereux et inutile. Pire encore, Frances n'est pas prévenue lorsque Greta est libérée par la police, la plaçant en danger. La justice aussi échoue puisqu'elle ne peut pas offrir une protection officielle à Frances. Son patron aussi échoue. Il s'intéresse plus au calme de son restaurant qu'aux risques que doit prendre son employée face à une personne dangereuse. Bref, on observe là quelque chose que beaucoup de personnes décrivent dans les cas de harcèlement : l'incapacité des autorités et des entreprises à gérer ces actes et à protéger les victimes qui doivent, souvent, enquêter seules et agir seules tout en risquant de perdre ami-e-s, famille, habitation et travail.

    *

    **

    ***

    ****

    ***** Un thriller qui me stress encore plusieurs heures après l'avoir vu. Toutes les actrices sont magistrales.

    Image : Site officiel

  • Men in Black International

    Il y a plusieurs années, deux agents des Men in Black ont sauvé le monde d'une espèce nommée la Ruche. Dans le même temps, une enfant nommée Molly voyait des Men in Blacks et un alien. Elle n'a jamais oublié et depuis 20 ans elle recherche le lieu où se trouve cette agence. Après toutes ces années de recherche elle a enfin un indice qui lui permettrait de trouver les MIB et surtout d'entrer en tant qu'agente. Mais la vie de ces personnes est loin d'être facile. Ce sont des inconnu-e-s qui n'auront jamais de vie sociale. Pire encore, illes risquent leur vie pour gérer le monde alien caché sur Terre. Le danger est démultiplié alors que l'agence de Londres semble être compromise. Mais qui croire, à qui faire confiance et comment lutter contre une agence entièrement secrète ?

    SPOILERS

    Ce film est sorte de reboot sans le dire. Le fonctionnement des MIB, tel qu'il a été mis en place dans les 3 films de la licence, n'est pas remis en cause. Les mêmes véhicules, les mêmes armes, les mêmes aliens parfois. Cependant, il remet en question l'histoire du MIB pour l'étendre quelque peu. Au lieu d'une unique agence à New York on apprend que le MIB possède plusieurs agences avec une hiérarchie précise. Plus encore, son histoire est plus ancienne. Au lieu d'un lancement dans les années 60 les MIB existent depuis le XIXème siècle par la création de la tour Eiffel par l'ingénieur du même nom. Cela pourrait être intéressant, si vous appréciez de connaitre l'histoire global d'un univers.

    Tout comme les opus précèdent, ce film est censé être humoristique. Bien que certaines scènes et blagues aient eu la capacité de me faire légèrement sourire, je suis resté majoritairement de marbre. Bien entendu, il est possible que la traduction n'ait pas permis de transmettre certaines subtilités. Mais j'ai eu l'impression que le film échoue à faire vraiment rire. Il semble surtout se reposer sur Hemsworth et les (in)capacités de son personnage, H. D'ailleurs, le film semble jouer sur l'aspect très esthétiquement appréciable de Chris Hemsworth à plusieurs reprises (et personne ne s'en plaint). Mais le plus problématique est la facilité à comprendre l'intrigue. Les surprises n'en sont pas et il suffit de réfléchir deux secondes pour comprendre dans quelle direction on va nous emmener.

    *

    ** Sans être affreusement mauvais je conseillerais d'attendre la sortie à la TV

    ***

    ****

    *****

    Image : Site officiel

  • Jessica Jones: Purple Daugter par Kelly Thompson, Mattia de Iulis, Filipe Andrade et Stephane Paitreau

    Titre :  Jessica Jones : Purple Daugter
    Auteur-e-s : Kelly Thompson, Mattia de Iulis, Filipe Andrade et Stephane Paitreau
    Éditeur : Marvel 7 mai 2019
    Pages : 136

    Le pire cauchemar de Jessica Jones a eu lieu. Un jour, sa fille est devenue violette. Ni elle ni son mari ne sont capables de comprendre ce qui est en train de leur arriver. Mais les deux savent que leur vie prend un tournant difficile. Danielle est-elle vraiment leur fille ? L'homme pourpre est-il réellement mort ? que va-t-il arriver à leur couple si les réponses ne sont pas celles espérées ? Et surtout : qui a fait ceci à Danielle ? Jessica Jones fait donc ce qu'elle est le mieux capable de faire : elle décide de mener l'enquête. Si elle trouve la personne responsable celle-ci pourrait bien ne pas s'en remettre.

    SPOILERS

    Kelly Thompson continue à écrire de bonnes histoires autours de Jessica Jones. Tout comme le précédent, ce volume permet aussi bien de lier Jessica Jones à l'univers Marvel que de s'intéresser aux effets précis sur elle et son couple d'un événement traumatique. Dès le début, Thompson ne sous-estime pas l'effet que peut avoir la perte d'un enfant sur un couple. Certes, Danielle n'est pas morte mais elle risque de changer définitivement. Mais l'autrice ne sous-estime pas non plus la force du couple qu'elle écrit. Illes ont peurs mais n'abandonnent pas.

    De plus, ce volume permet d'étendre un peu l'univers de Jessica Jones. Alors que nous connaissions surtout un ennemi, Purple Man, ce volume permet de mettre en avant les enfants de cet ennemi. Outre une jeune femme, Kara, l'autrice nous montre un groupe d'enfants dont le but semble être de contrôler leur père ou de réparer ses actes. Mieux encore, l'autrice joue sur le fonctionnement de Killgrave pour montrer l'impact que ses actes peuvent avoir sur un fils qui sait être une déception. En bref, un second volume que j'apprécie autant que le premier.

    *

    **

    ***

    ****

    ***** Encore une réussite pour les comics Jessica Jones

    Image : Amazon

  • Des lois d’exception ? Légitimation et délégitimation de l’internement administratif. CIE Internement administratif volume 3 par Christel Gumy, Sybille Knecht, Ludovic Maugué, Noemi Dissler et Nicole Gönitzer

    Titre : Des lois d’exception ? Légitimation et délégitimation de l’internement administratif. CIE Internement administratif volume 3

    Auteur-e-s : Christel Gumy, Sybille Knecht, Ludovic Maugué, Noemi Dissler et Nicole Gönitzer

    Éditeur : Alphil 2019

    Pages : 448

    Ce livre est le troisième volume, sur 10, des rapports de la Commission Indépendante d'Expert-e-s chargé-e-s d'examiner l'histoire des placements à fin d'assistances avant 1981 en Suisse. Le premier volume se concentrait sur des histoires de vie. Le second résumait la recherche. Ce troisième volume entre dans le vif du sujet en s'intéressant, spécifiquement, à l'histoire du droit de l'internement administratif. Cette histoire implique de remonter au XIXème afin de bien comprendre la mise en place des différentes lois cantonales, la manière dont les oppositions argumentent et la progressive délégitimation de l'internement administratif comme forme de prophylaxie sociale. Le livre est divisé en 5 parties.

    La première partie ainsi que la dernière forment l'introduction et la conclusion des réflexions du livre. Le premier chapitre est une longue explication de l'histoire juridique de l'internement administratif à Fribourg. Il permet d'exemplifier la conceptualisation de l'internement comme moyen de prophylaxie sociale. En effet, loin d'être un moyen d'assistance, l'internement administratif fribourgeois est pensé comme un moyen d'éviter les coûts importants de l'aide sociale pour les communes. De plus, un internement permet la mise au travail dans la prison de Bellechasse de catégories sociales qui remettent en cause le fonctionnement de la société chrétienne fribourgeoise (l'importante du travail et de la famille mais aussi d'une division des rôles selon le genre). La fin du livre permet d'ouvrir les réflexions sur le présent. En particulier, le dernier court chapitre nous parle de l'internement des populations dites requérantes d'asiles ou sans-papiers en vue de leur expulsion. L'autrice nous demande si nous ne nous trouvons pas dans un fonctionnement comparable aux lois examinées dans le livre et dans le cadre de la CIE.

    La seconde se concentre sur la question de l'alcoolisme. Entre le XIXème et le XXème siècle l'alcoolisme, en particulier la consommation des classes populaires, est problématisées par différentes associations laïques comme religieuses. La consommation abusive d'alcool est vue comme un danger pour la famille, les hommes buvant leur salaire au lieu de prendre soin de leur ménage. À Fribourg, et dans d'autres cantons, les législateurs ont donc décidé de prévoir des formes d'internement administratif en cas d'alcoolisme. Bien que, durant le XXème siècle, l'internement soit de plus en plus pensé comme moyen de cure les personnes impliquées étaient envoyées en prison, mis au travail. Le chapitre qui s'intéresse au canton de Fribourg démontre d'ailleurs les tensions entre logique médicale et logique policière, les préfets refusant de perdre le droit d'interner des personnes considérées comme socialement dangereuses et les médecins exigeant des certificats médicaux pour un internement.

    La troisième partie examine l'internement administratif comme moyen de contrôle social de comportements jugés déviants, en particulier les vagabonds et les femmes qui se prostituent (bien qu'il existe des hommes qui se prostituent ils ne sont que peu examinés par les instances d'internement, je ne serais pas étonné que l'usage du Code pénal soit prégnant ici). Les vagabonds sont considérés dangereux car ils mettent en question l'ordre social basé sur le travail salarié et l'habitat stable. Selon les autorités de l'époque, ces personnes coutent chers et sont dangereuses. Il est donc nécessaire de les interner afin de leurs apprendre à travailler. En ce qui concerne la prostitution, il faut insérer la Suisse dans les tentatives internationales de supprimer la prostitution. En Suisse les codes pénaux cantonaux ne s'intéressent pas toujours aux actes de prostitution, sauf dans les cas de racolages. Le Code pénal Suisse de 1942 ne pénalise que le racolage. Face à ce changement légal, et un contexte de prise de pouvoir socialiste, le canton de Vaud examine l'opportunité, durant les années trente, de créer une procédure d'internement administratif dédié aux femmes qui se prostituent. Celle-ci sera mise en place sous les pleins pouvoirs en 1939, sous la forme d'un arrêté, puis légalisé en 1942 et 1945 avant sa suppression dans les années 60. La recherche montre que cet internement s'intéresse spécifiquement aux femmes de Lausanne. Plutôt qu'une aide à la sortie de la prostitution, un travail qui peut être lié à une forme de précarité salariale, l'internement administratif est un moyen d'éviter les scandales publics. La police communale même avoue que la prostitution n'a pas disparu mais qu'elle est bien plus discrète. La fin de la guerre implique, d'ailleurs, une baisse spectaculaire des internements. Ainsi, dans les deux cas, le but officiel est l'éducation au travail mais le but tacite est de protéger un ordre sociale basé sur la division sexuelle du travail et l'ordre public.

    La quatrième partie se concentre sur l'internement en maison d'éducation des enfants et la justice des mineur-e-s. Celle-ci est progressivement mise en place à la fin du XIXème siècle en occident en se basant sur une pratique de Chicago. Le but est de s'intéresser à l'individu et non à l'acte. La justice ne pratique plus des peines mais donne des décisions en vue d'une modification du comportement de l'enfant, à l'aide d'expert-e-s en psychologie et en travail social. L'un des exemples examinés est celui du tribunal du canton de Vaud, déjà bien connu grâce à la thèse de Numa Graa. Le premier juge, connu dans toute l’Europe, est Maurice Veillard. L'examen de ses décisions et de ses idées permet de comprendre que l'internement des enfants répond à une logique de défense de l'ordre social. En particulier, l'action du juge dépend du sexe biologique des enfants. Les garçons sont en danger d'être violents et voleurs. Les filles sont examinées selon le danger de la prostitution et d'une sexualité considérée comme dangereuse et illégitime. Les actions sont différentes selon cette division duale. Alors que les garçons doivent devenir des hommes travailleurs capable de gagner assez d'argent pour s'occuper d'un ménage les filles sont entrainées à la maternité et à la tenue du ménage. Comme le démontre le chapitre, ce n'est que tardivement que cela est mis en question ainsi que la logique d'un internement fermé.

    Ce troisième tome permet de comprendre non seulement l'histoire du droit de l'internement administratif via quelques exemples mais aussi les raisons derrière les lois et leurs suppressions. Bien que l'internement administratif soit défendu comme moyen d'assistance et d'éducation la CIE a démontré que le but est de défendre un ordre social précis. En résumé : les hommes travaillent régulièrement et reçoivent un salaire tandis que les femmes vivent dans le cadre de la maternité. Les personnes qui ne s'inscrivent pas dans cet ordre sont emprisonnées afin d'être normalisées.

    Image : Éditeur