moderne

  • L'Europe et le monde. XVIe-XVIII siècle par François Lebrun

    Titre : L'Europe et le monde. XVIe-XVIII siècle
    Auteur : François Lebrun
    Éditeur : Armand Colin 9 février 2018
    Pages : 352

    Voilà un livre dont la lecture fut laborieuse. Que je n'apprécie pas particulièrement l'époque dites moderne a dû jouer sur ma capacité à terminer ce livre. Il faut aussi ajouter une grande densité des événements, personnages et lieux puisque l'auteur essaie de synthétiser trois siècles extrêmement riches tout en souhaitant parler du monde entier. Un programme aussi ambitieux peut difficilement tenir sur un nombre de pages restreint. Le nombre de chapitres permet de le comprendre, pas moins de 22. Au vu de la densité il est difficile de résumer un tel ouvrage mais je vais m'y essayer.

    Sans user d'une présentation chapitres par chapitres, inutile dans le cas présent, il faut tout de même essayer de mettre en avant une certaine construction. L'auteur, François Lebrun, nous montre tout d'abord une histoire politique riche. Les différents royaumes de l'Europe se constituer les uns par rapports aux autres lors de différentes guerres qui permettent d'amoindrir ou d'augmenter la force de certaines couronnes. L'auteur réussit aussi à nous parler d'états peu connus, en Suisse, comme la Suède, les Provinces-Unies mais aussi la Russie.

    L'auteur essaie aussi de mettre en avant les changements culturels et scientifiques. L'art, le baroque et le classicisme, se voient consacrés des chapitres entiers. Le rationalisme est aussi mis en avant permettant d'introduire les Lumières et d'expliquer comment les scientifiques commencent à être des professionnels soutenus par les états. Mais c'est surtout la religion qui prend une place importante dans ce livre. En effet, les trois siècles examinés sont ceux de nombreuses guerres de religions entre protestants et catholiques. Ces guerres ne permettent plus d'unir l'Europe sous une religion unique ce qui a des conséquences politiques.

    Enfin, l'auteur essaie de faire une histoire mondiale. Bien que les deux points précédents soient réussis, je pense que ce dernier essai est un échec. Certes, l'auteur parler des Indes, des Grandes Découvertes et des Amériques. Mais ce sont surtout les colonies européennes qui sont mises en avant et les actions européennes. L'histoire du continent africain est à peine explicitée dans un unique chapitre avant de disparaitre. L'histoire de l'Inde dépend de l'examen des rivalités coloniales. L'Amérique du Sud et celle du Nord sont dans le même cas alors que les empires ne sont que peu décrits. Je ne connais pas grand-chose à ces histoires, mais l'auteur échoue, à mon avis, largement à les mettre en avant. Il reste centré sur l'Europe et sa main mise sur le monde.

    Image : Éditeur

  • Les femmes dans la France moderne. XVIème-XVIIIème siècle par Dominique Godineau

    Titre : Les femmes dans la France moderne. XVIème-XVIIIème siècle
    Autrice : Dominique Godineau
    Éditeur : Armand Colin 19 août 2015
    Pages : 312

    Je l'ai déjà dit, la période moderne n'est de loin pas ma préférée. Elle commence par la fin de la magnifique période médiévale et se termine par mon intérêt le plus important : l'époque contemporaine. Mais que je ne sois pas très intéressé par la période moderne n'implique pas que tout soit inintéressant. Au contraire, l'histoire des femmes et les études de genre montre à quel point la période est passionnante. Ce livre de la collection U se destine à constituer un ouvrage synthétique sur l'histoire des femmes de la période. Un programme ambitieux qui est, je crois, réussi. L'autrice divise son ouvrage en trois grandes parties.

    La première partie débute par un examen du "cadre mental et juridique." Ce chapitre nous permet de comprendre comment les intellectuel-le-s de la période moderne pensent la place des femmes et les femmes. On y trouve l'idée que les femmes sont imparfaites. Mais bien qu'une partie importante des penseurs en déduisent une infériorité légale, qui existe, d'autres pensent les femmes comme égales aux hommes. L'infériorité ne dépendant que de circonstances sociales. Deux autres chapitres permettent de comprendre la place des femmes dans le monde public, par exemple le travail, mais aussi dans la famille. Ces chapitres permettent de mettre en question l'idée que les femmes ne travailleraient pas, au contraire elles ont toujours travaillé.

    Une seconde partie se concentre sur les "domaines interdits." L'autrice commence par parler du pouvoir politique en examinant la place des reines. Alors que celles-ci sont d'abord liées au pouvoir politique, mais inférieures, elles perdent peu à peu de leur pouvoir symbolique ne devant que des campagnes du roi. Ce qui ne les empêche pas de pouvoir prétendre à la régence, suivant en cela une tradition féodale. Le domaine de la religion est aussi un lieu d'interdits. En particulier, les femmes ne devraient pas tenter d'apprendre à lire la Bible et ne devraient pas prêcher. Ces interdits sont mis en question par les réformé-e-s qui voient dans l'éducation biblique des femmes un moyen d'éduquer leur famille. Mais elles restent inférieures aux hommes. Enfin, se pose la question du monde intellectuel. Bien que des femmes aient écrit, elles doivent le faire en suivant un rôle féminin basé sur la modestie et l'infériorité intellectuelle face aux hommes. Elles ne peuvent écrire que par le contrôle des hommes et leur éducation en dépend aussi. Des exceptions existent, mais elles servent surtout à exemplifier la nécessité d'empêcher un accès important à l'éducation et à la culture pour les femmes.

    Une dernière partie se concentre le siècle des Lumières et de la Révolution française. L'autrice montre que l'éducation des femmes n'est plus un réel problème. Bien que celle-ci doit dépendre de leur rôle futur, elle est bien plus acceptée dans la société. Le mariage change de forme aussi. D'un mariage arrangé pour des raisons patrimoniales et de place dans la société on commence à penser le mariage comme dépendant d'un amour commun. Cependant, les plus gros changements ont lieu lors de la Révolution. L'autrice montre l'importance centrale des femmes dans les événements de la Révolution française que ce soit lors des émeutes de la faim ou lors des débats parlementaires. Les femmes s'expriment et poussent les hommes à la révolte armée. Cependant, la période du Directoire implique une reprise de contrôle de la foule et des femmes. Ces dernières ont l'interdiction de se battre, de se réunir en clubs et d'accéder aux tribunes lorsque les députés débattent. De plus, les nouvelles lois reviennent sur certaines avancées comme le droit au divorce et surtout sur la possibilité de demander une recherche en paternité afin de forcer les hommes à payer une pension en faveurs de leurs enfants.

    Ce livre, à la fois court et dense, est une bonne entrée des matières pour l'histoire des femmes dans la période moderne. J'ai personnellement beaucoup apprécié l'examen de la période révolutionnaire. En effet, j'avais connaissance des faits amenés par l'autrice mais sans les avoir réellement étudiés. Ce livre m'a donné l'occasion d'en savoir plus et de pouvoir justifier des propos.

    Image : Éditeur

  • L'ombre du Diable. Michée Chaudron dernière sorcière exécutée à Genève par Michel Porret

    Titre : L'ombre du Diable. Michée Chaudron dernière sorcière exécutée à Genève
    Auteur : Michel Porret
    Éditeur : Georg 2019
    Pages : 304

    Michée Chaudron est connu pour être la dernière femme accusée de sorcellerie morte pour ce crime à Genève, en 1652. Ce livre propose d'analyser et de publier le procès de Michée Chaudron afin de mieux comprendre sa place dans l'histoire de Genève. En effet, le livre contient l'édition intégral du procès dans un appendice. En ce qui concerne le livre, il est divisé en 5 chapitres.

    Les deux premiers chapitres se concentrent sur les archives ainsi que sur la mise en place d'une peur du diable. Les auteur-e-s expliquent comment les archives sont constituées, quels sont les ouvrages qui parlent du cas durant la période mais aussi la vision physique des archives. Le second chapitre permet de comprendre le contexte idéologique de l'époque en explicitant la manière dont la justice pense l'existence du diable et de la sorcellerie. Le livre montre que le procès se place à une intersection entre une justice qui accepte le merveilleux et une justice qui va commencer à le refuser.

    Le troisième chapitre, conséquent, permet de parler de la manière dont le cas de la Michée Chaudron a été (ré)utilisé au fil du temps par la culture populaire. Le livre examine largement les différentes productions, donnant leur titre et souvent un rapide résumé. Mieux encore, l'analyse permet d'expliquer comment ces productions pensent le cas. Cependant, je déplore l'usage immodéré des termes "politiquement correct" qui permettent à l'ouvrage d'éviter d'analyser les raisons de la reprise du cas par des mouvements actuels et qui donne l'impression d'une condamnation sans une réelle réflexion. C'est une impression, qui peut être fausse, qui a largement teinté ma lecture de ce chapitre pourtant très intéressant.

    Le quatrième et le cinquième chapitres se concentrent sur le procès proprement dit. Le livre commence par présenter le récit de l'enquête puis du procès. On apprend comment Michée Chaudron commence à être connue négativement par son entourage puis par la justice. Les auteur-e-s explicitent ensuite la manière dont elle est interrogée et piégée jusqu'à avouer le crime et donc être condamnée à mort. Le dernier chapitre examine le procès. Il explique les raisons de la peur de la sorcellerie et les différentes manières d'examiner le cas par les experts de l'époque. En particulier, les auteur-e-s se concentrent sur deux termes : merci et bailler le mal. Les auteur-e-s expliquent leur signification au sens du XVIIème siècle et le lien de la sorcellerie avec le crime de poison.

    Ce livre permet donc de mieux connaitre un cas local. La dernière sorcière de Genève, mais pas la dernière de Suisse, un pays protestant. Les auteur-e-s expliquent comme le cas de la Michée Chaudron fut utilisé pour s'attaquer à la justice irrationnelle mais aussi au protestantisme. Même si les informations biographiques sont peu nombreuses, on comprend un peu mieux la vie de cette femme.

    Image : Éditeur

  • L'europe de la Renaissance par Alain Tallon

    Titre : L’Europe de la Renaissance
    Auteur : Alain Tallon
    Éditeur : PUF 28 août 2013
    Pages : 128

    La période qui se déroule entre le Moyen Âge et l'époque contemporaine ne m'a jamais réellement intéressé. D'où un manque important de connaissances de ma part. Ce qui explique la raison de mes lectures actuelles, puisque je suis censé connaitre cette période pour mon travail. La lecture des que sais-je permet d'avoir des informations concises qui peuvent, ensuite, être développées à l'aide des biographies. Ce que sais-je essaie de synthétiser la Renaissance en 6 chapitres.

    Les deux premiers sont plus concentrés sur les questions politiques. Après un premier chapitre qui nous offre un récit de la période jusqu'à la fin du XVIème siècle un second chapitre explicite la pensée du politique. Ce second chapitre permet aussi de présenter l'extension des états durant la Renaissance. On y découvre les liens entre les Princes et la manière dont ceux-ci justifient leur pouvoir, aussi bien par le contrôle des arts que par la puissance militaire. On pourrait étendre cette question au chapitre 3 qui montre de quelle manière l'Europe s'étend au reste du monde et surtout ce qui arrive aux aristocraties. Celles-ci se ferment alors que les Princes essaient d'y ajouter des personnes anoblies à cause de leurs services envers l'état.

    Les chapitres 4 et 5 se concentrent sur les arts et l'humanisme. On y découvre un récit qui examine les élites artistiques et scientifiques de l'époque et, en particulier, leur pensée du monde. Comme le dit l'auteur, la période permet de créer l'artiste comme génie créateur, bien que de nombreux artistes restent anonymes. On observe une modification de l'art qui voyage rapidement au sein de l'Europe. L'Humanisme, lui, repose sur la centralité de l'homme mais reste fortement lié à la question religieuse. Même si de nouvelles méthodes de critiques des écrits se développent, le but est de revenir à une pureté originelle et non de mettre en question la Bible ou la chrétienté.

    Enfin, dans un dernier chapitre, l'auteur se concentre sur les aspects religieux. L'Europe est entièrement chrétienne mais la religion entre en crise. La papauté, les ordres mendiants et les membres du clergé sont critiqués pour leurs incapacités et leur richesse. Cette critique sera particulièrement forte lors du combat entre le Pape et Luther. Combat qui débouche sur le Protestantisme qui remet en cause les dogmes de l'Église. Celle-ci va réagir au sein de la contre-réforme, mais les travaux du Concile de Trente vont déboucher sur une défense des traditions contre les idées réformées et les souhaits de compromis, aboutissant à une Europe religieusement divisée.

    Ce que sais-je suit parfaitement son programme de présentation concise d'une période spécifique. L'auteur présente chacun des points classiques de la période, ce qui nous permet d'avoir les connaissances nécessaires pour la comprendre. Seule une étude plus spécifique permettrait de questionner certaines idées, même si l'auteur marque sa position au sein de l'historiographie.

    Image : Éditeur

  • Les guerres de religion par Nicolas Le Roux

    Titre : Les guerres de religion
    Auteur : Nicolas Le Roux
    Éditeur : PUF 17 octobre 2018
    Pages : 128

    La période du XVIème siècle est chaotique car marquée par l'apparition de la religion dites protestante et des guerres de religion entre les tenants du catholicisme et les personnes qui décident de suivre Luther. De nombreux pays européens furent impliqués dans cette lutte sanglante qui, souvent, dépendit aussi de cause purement économique. Ce petit livre permet de mieux comprendre de quelle manière la France a subi les guerres de religion et le fonctionnement des différentes factions. Le pays ne put s'en relever qu'après 8 guerres et plusieurs traités de tolérances jusqu'au fameux édit de Nantes en 1598. Pour cela, l'auteur divise son texte en six chapitres.

    Ces six chapitres permettent à l'auteur de mettre en place un récit chronologique des différentes guerres, de leur déroulement et du moyen de les terminer. Le récit met au centre les personnages nobles, les rois de France et Catherine de Médicis. On comprend rapidement que ces guerres portent moins sur des questions religieuses qu'on ne pourrait le croire. La religion est souvent utilisée comme contexte pour porter des questions politiques. Ainsi, lorsque le roi est trop proche des protestants on commence à penser la possibilité de le détrôner. De plus, on essaie surtout de garantir l'ordre public même si cela implique une tolérance envers les protestants et donc la colère du Pape.

    Malheureusement, je trouve ce livre un peu faible sur plusieurs points. En premier lieu, la quatrième de couverture donnait l'impression d'un examen européen des guerres de religion. Ce n'est pas du tout le cas puisque l'auteur se concentre uniquement sur la France. Bien que celui-ci montre à quel point les intérêts des autres royaumes jouent au sein de la France jamais on ne nous donne des informations sur l'Empire, par exemple. D'ailleurs, ces guerres de religion ne sont pas explicitées. On ne sait pas ce que sont les doctrines réformées et l'on ne sait que très peu de choses sur la population réformée. On se contente des grands noms, sans jamais avoir d'informations sur la population. Ce livre demande donc des connaissances importantes pour bien comprendre le contexte dans lequel il s'inscrit.

    Image : Éditeur

  • L'Europe des Lumières par Pierre-Yves Beaurepaire

    Titre : L'Europe des Lumières
    Auteur : Pierre-Yves Beaurepaire
    Éditeur : PUF 27 juin 2018
    Pages : 125

    Je dois avouer que la période moderne, les Lumières et les guerres de religions en particulier, ne m'a jamais intéressé. Malheureusement, je suis dans l'obligation de connaitre les bases de la période pour des raisons professionnelles. Sans forcément me lancer dans des recherches universitaires, il est toujours possible de consulter de petits livres synthétiques afin d'intégrer les informations les plus importantes d'un sujet donné.

    L'auteur tente une synthèse de l'Europe des Lumières en 4 chapitres. Le premier chapitre permet de passer outre l'histoire des grands hommes afin de mettre en avant un fonctionnement social et culturel du monde européen. Dans ces pages, l'auteur explicite la construction des académies mais aussi les liens de sociabilités. Ceux-ci impliquent de connaitre des codes précis. La méconnaissance implique l'éjection du milieu, qui devient très difficile d'accès.

    Un second chapitre, que j'ai beaucoup apprécié, se concentre sur la circulation des imprimés. L'auteur y examine les journaux mais aussi les productions plus confidentielles qui tentent de s'extraire de la censure. Les productions écrites essaient de lever le voile du fonctionnement politique du monde, mais doivent rester dans certaines limites pour avoir le droit d'être diffusés publiquement. Les journaux plus clandestins essaient de jouer sur l'exclusivité des informations pour créer l'intérêt et avoir des abonnés. Ces écrits sont lus par les personnes même qui sont à la charge de l'état, et peuvent être des instruments importants de diplomatie.

    Enfin, les troisième et quatrième chapitres tentent de parler de deux sujets antinomiques : l'intégration européenne et les divisions internes. L'auteur met en avant l'existence d'une élite européenne qui essaie de créer une union qui dépasse les frontières, en particulier via les loges maçonniques. Mais la période moderne se trouve aussi dans un contexte de guerres qui créent des divisions importantes au sein du continent. L'auteur pense, d'ailleurs, que la période voit l'apparition d'un début de conscience nationale, ce qui n'implique pas un nationalisme. Malgré les tentatives de paix mondiales et d'union entre les peuples le continent est fortement divisé entre certaines puissances.

    J'ai apprécié que ce petit volume abandonne les grands hommes pour essayer de comprendre une société européenne. On ressort de ce livre avec l'impression de l'importance des circulations d'écrits et d'hommes pour créer un continent uni dans l'idée de Lumières, de progrès et de science. Nous n'y trouvons pas d'événements politiques, en dehors de ceux qui permettent de mieux comprendre certains points. Il peut être nécessaire d'avoir un peu de connaissances sur ce sujet pour certains chapitres.

    Image : Éditeur

  • Histoire de l'Inde par Michel Boivin

    Titre : Histoire de l'Inde
    Auteur : Michel Boivin
    Éditeur : PUF 1996
    Pages : 128

    Comme beaucoup de personnes, mon parcours scolaire en histoire est principalement européocentriste. Je n'ai vu que peu de choses sur le continent africain, en dehors de l'Égypte antique, et encore moins sur le reste du monde en dehors des luttes contre le colonialisme. Mais je souhaite avoir plus d'informations sur l'histoire de pays qui ne sont pas européens. Cependant, cela implique d'apprendre des concepts et des événements que je n'ai jamais vu auparavant, voilà pourquoi je me suis lancé dans ce petit livre.

    L'auteur nous offre une histoire synthétique de l'Inde en 4 chapitres. Le premier chapitre s'occupe de l'Inde dites ancienne. L'auteur y met en avant des sources archéologiques et religieuses qui permettent de comprendre le fonctionnement politique et social des premières civilisations indiennes. On trouve, dans ce chapitre, des informations concernant les religions et leurs doctrines mais aussi les différentes réformes et les liens avec le politique.

    Un second chapitre s'intéresse aux liens entre l'Inde et le monde musulman. Après avoir subi de nombreuses invasion l'Inde subit une domination de nature musulmane. Mais celle-ci forme de nombreuses dynasties plus ou moins centralisées. Ce n'est que tardivement que se met en place un empire Moghol auquel les différents princes locaux doivent une certaine forme de loyauté. Cependant, l'Empire est assez faible permettant d'ouvrir la voie aux européens.

    Dans un troisième chapitre l'auteur s'intéresse donc au mouvement colonial. Il montre que ce mouvement est d'abord un moyen de commerce de différents pays. Ce n'est que plus tard que l'Angleterre, via la Compagnie des Indes, prend de l'importance. D'ailleurs, ce ne fut pas une politique explicite. C'est la défense des intérêts britanniques qui poussa la couronne à prendre plus d'importance, une importance qui ne fut théorisée sous forme d'impérialisme que durant le début du XIXème siècle.

    Cependant, la domination britannique implique aussi des résistances qui sont décrites par le chapitre précédent. Celles-ci ne sont pas toujours pacifiques et permettent de théoriser une forme de nation indienne face à un empire britannique qui pense l'Inde comme incapable de se gouverner elle-même, en particulier en se basant sur l'idée d'une supériorité raciale britannique. Les résistances durant les deux guerres poussèrent les anglais à accepter des négociations pour modifier le fonctionnement administratif de l'Inde. Mais ce n'est qu'à reculons que l'indépendance est acceptée. Celle-ci implique la création d'une constitution spécifique et d'une lutte entre centralisation et nationalisme. Le dernier chapitre se concentre sur ces tensions liées à des problèmes au sein de la classe politique indienne. Ces tensions impliquent des révoltes liées à des identités religieuses. Cependant, l'Inde réussit tout de même à réguler les souhaits d'indépendances et l'unité centralisatrice.

    Image : Éditeur

  • Des Suisses au coeur de la traite négrière par Olivier Pavillon

    Titre : Des Suisses au cœur de la traite négrière
    Auteur : Olivier Pavillon
    Éditeur : Antipodes 2017
    Pages : 160

    Les travaux sur les relations de familles suisses avec la traite ne sont pas nombreux. Ce n'est que récemment que des historien-ne-s s'y sont intéressé-e-s, nous offrant un livre de base pour comprendre ces liens. Ce livre s'inscrit dans ce mouvement. Il est constitué de trois articles qui permettent d'examiner des exemples familiaux précis afin de comprendre comment elles ont pu avoir des liens avec l'esclavage et la traite. Ces trois familles recherchent toutes la richesse dans les colonies et subissent les changements politiques du continent européen.

    La première est celle des Larguier des Bancels. L'auteur l'examine sur plusieurs générations et sur un espace géographique large. En effet, cette famille tente de gagner en fortune depuis plusieurs générations, malgré des problèmes de dettes, ce qui implique l'achat de fiefs et droits seigneuriaux. Leurs efforts impliqueront des achats en Ile de France. Ces possessions se trouvent dans la tourmente alors que des problèmes de successions et des changements politiques ont lieu. Ainsi, l'un des fils de la famille fait partie des colons qui tentent d'empêcher la lecture du décret d'abolition de l'esclavage. Celui-ci aura bel et bien lieu, au grand regret de la mère de ce dernier qui considère que les anciens esclaves sont dorénavant mieux lotis que les européen-ne-s. Pour finir, la famille perdra toute sa fortune.

    Un second article permet de comprendre de quelle manière trois familles suisses se sont liées afin d'investir dans le commerce maritime. Ces investissements se font à Marseille, alors que la Révolution approche, le but est de consolider les finances et de faire fortune. Mais ces investissements sont particulièrement risqués et peuvent demander plusieurs années avant que l'information n'arrive aux investisseurs. Le nombre important de personnes qui se retrouvent pour un voyage permet de diminuer les risques tout en gardant une possibilité d'enrichissement important. Mais ces trois familles ne vont pas être très heureuses en affaire, tout en ne se posant que peu la question de la traite vue uniquement comme une affaire économique.

    Enfin, une dernière étude de cas se concentre sur Alfred Jacques Henri Berthoud. Ce dernier se rend au Surinam ou il acquiert une petite propriété, qu'il risque rapidement de perdre. Heureusement pour lui, son mariage au sein d'une famille riche lui permet de gagner en statut et en monnaie. Sa femme meurt, mais elle lui laisse tout son héritage au grand désarroi de sa belle-mère. Il rentre en Suisse et ne gère ses affaires que de loin avant de souhaiter les liquider. Il se place en "humaniste" car il tente d'éviter de séparer ses esclaves, ce qui ne l'empêche pas d'user de punitions... Son argent lui permet de gagner un statut important en Suisse, au sein du monde politique.

    Ces trois exemples, tirés d'articles déjà publiés dans des revues locales, permettent d'illustrer l'importance des familles suisses au sein du système esclavagiste. Mais les informations ne sont que parcellaires. En effet, comme le dit Gilbert Couttaz en postface, les sources se trouvent au sein d'archives privées et certaines familles souhaitent éviter la mauvaise publicité d'un lien avec l'esclavage. Ce n'est que lorsque ces archives sont déposées au sein d'institutions publiques qu'il devient plus facile de travailler sur ce sujet.

    Image : Éditeur

  • Les abolitions de l'esclavage par Marcel Dorigny

    Titre : Les abolitions de l'esclavage
    Auteur : Marcel Dorigny
    Éditeur : PUF avril 2018
    Pages : 128

    Je ne connais que peu de choses sur l'histoire de l'esclavage. J'en connais tout aussi peu sur l'histoire de l'abolition. Ce petit que-sais-je me permet de combler un manque dans mes connaissances en histoire et des conséquences de l'esclavage et des choix qui ont mené à l'abolition. Ce livre est suivi d'une chronologie qui se termine en 2001 et d'une bibliographie thématique. Ce petit livre est divisé en 7 chapitres.

    Les trois premiers chapitres permettent de situer le thème et d'expliciter ce que veut faire le livre. Bien entendu, l'auteur doit nous montrer de quelle manière fonctionnent les sociétés esclavagistes occidentales. Le but de ce livre n'est pas d'en faire l'analyse mais de parler des abolitions, ce qui explique le peu de pages qui s'intéressent aux pratiques. L'auteur essaie d'abord d'expliquer quelles sont les résistances à l'esclavage. Il démontre que les révoltes furent pratiquement immédiates, ce qui mène à une certaine peur des colons face à une population importante. Dans un troisième chapitre, il explique ce sont que les anti-esclavagistes et les abolitionnistes. Les deux ne sont pas identiques et surtout les moyens changent. Ainsi, il est rare qu'une personne pense que l'esclavage pourra disparaitre par une loi, les européens abolitionnistes préfèrent tenter une disparation par étape, presque "naturelle". L'abolitionnisme n'est pas non plus forcément basé sur la morale, ce sont souvent des questions économiques qui sont mobilisées. L'esclavagisme est vu comme une pratique ancienne économiquement peu fiable.

    Les chapitres 4 et 5 s’intéressent aux tentatives d'abolitions de l'esclavage et de la traite. Les premières abolitions se mettent en place par la France après la Révolution. Mais celle-ci dépend des insurrections locales, en particulier à Saint-Domingue, et non d'une décision de Paris. Ce n'est qu'après des tentatives de répressions que les envoyés de Paris décident unilatéralement, et illégalement, de supprimer l'esclavage. Mais cette première abolition échoue à cause de Napoléon qui rétablit la pratique. Le chapitre 5, en revanche, permet de comprendre de quelle manière le XIXème siècle a permis l'abolition. L'auteur commence par expliciter les décisions du Congrès de Vienne et de l'Angleterre avant de présenter les décisions de plusieurs pays. Il montre que, dans tous les cas, les décisions sont critiquées voire refusées par les colons.

    Les deux derniers chapitres s'intéressent aux suites de l'abolition. Le chapitre 6 pose la question de l’indemnisation des colons. Celle-ci dépend de la manière dont on pense l'humanité mise en esclavage : est-ce que ce sont des humain-e-s avec des droits naturels ou des possessions protégés par les droits de propriété. Malgré certains discours véhéments, les colons sont progressivement indemnisés par les états (sauf aux Etats-Unis). Enfin, le dernier chapitre essaie de comprendre de quelle manière les sociétés se sont développées après les abolitions. L'auteur montre que l'esclavagisme et son abolition ont eu des conséquences importantes sur les sociétés. Même égaux, les anciens esclaves ne sont pas toujours libres de leurs mouvements ou dans leur choix de travail. De plus, le racisme est toujours présent.

    Image : Éditeur

  • De la différence des sexes. Le genre en histoire sous la direction de Michèle Riot-Sarcey

    Titre : De la différence des sexes. Le genre en histoire
    Direction : Michèle Riot-Sarcey
    Éditeur : Bibliothèque historique Larousse 2010
    Pages : 287

    L'usage du concept de genre est de plus en plus utilisé en sciences sociales et humaines malgré une tentative d'empêcher son usage. Mais la manière dont on use d'un concept moderne dans le cadre des études historiques pose question, que ce soit à cause du manque de sources ou de la nécessité de ne pas user de termes anachroniques. Dans ce livre, dirigé par Michèle Riot-Sarcey, plusieurs auteur-e-s essaient de montrer la capacité d'explication de ce concept en histoire occidentale de l'antiquité à nos jours.

    Le livre est divisé en 9 chapitres. L'introduction et la conclusion sont écrits par la directrice du volume. En introduction, l'autrice pose la question de l'usage du concept en histoire. Comme je l'ai noté plus haut, l'une des questions concerne l'anachronisme. Mais elle met aussi en avant la capacité du concept à mettre en avant des questions qui n'existaient pas aux époques étudiées. Le genre permet donc de découvrir des relations de pouvoirs qui ne sont pas explicitées dans les sources. En conclusion, l'autrice mobilise les écrits de Michel Foucault afin d'expliquer en quoi les études genres sont utiles pour comprendre ces mêmes relations de pouvoirs en histoire. Elle s'étonne aussi de l'usage plus important de Foucault dans le contexte états-unien en comparaison avec la France. Les autres chapitres s'intéressent à des civilisations et périodes occidentales précises.

    Les deux premiers chapitres concernent Athènes et Rome. Le premier auteur montre que les connaissances des sources anciennes athéniennes ne permettent pas de comprendre le fonctionnement de la société. En effet, nous avons accès à des écrits qui essaient de mettre en place un idéal dans lequel les femmes sont sous tutelles. Mais elles possèdent des capacités proches de celles des hommes. La véritable division se forme entre les personnes citoyennes et non-citoyennes, comme les esclaves. Rome, cependant, fonctionne selon l'idée que les femmes sont soumises aux hommes. Une partie des écrits de contemporains utilisés pour comprendre le Principat usent justement de la domination des femmes sur les hommes pour critiques les premiers empereurs, vus comme dévirilisés. Mais le chapitre montre que ces femmes ne font qui suivre leur rôle en haussant leur famille dans la hiérarchie sociale.

    Les trois chapitres suivants concernent plutôt la période médiévale et l'Ancien Régime. Le livre commence avec un article sur Byzance, un empire que je ne connais pas bien. L'auteur tente de comprendre de quelle manière fonctionne la tri-sexualisation à Byzance. En effet, il existe des hommes et des femmes mais aussi des eunuques. Ceux-ci gagnent un pouvoir de plus en plus important dans la ville, jusqu'à être représentés dans les églises, car ils possèdent le rôle de pacifier la cité. Non seulement ils protègent l'empereur mais ils évitent aussi les coups d'états militaires qui pourraient déstabiliser l'empire. Un autre chapitre s'intéresse aux relations entre l’Église et les communautés monacales. Ces dernières se basent sur une interprétation de la Bible pour justifier l'entrée des femmes et la supériorité des personnes vierges. Mais leur interprétation met à mal la puissance ecclésiastique et la première période médiévale voit les princes et l’Église tenter de contrôler les communautés monacales afin d'éviter une concurrence de l'intercession envers la divinité. Enfin, le troisième chapitre s'intéresse à l'Ancien Régime. L'autrice tente de nous montrer que même s'il existe des différences de pouvoirs entre hommes et femmes ces dernières peuvent gagner en supériorité, celle-ci comprise comme masculine. En effet, la noblesse est conçue comme un donné du sang qui se traduit par des comportements masculins que des femmes nobles peuvent donc recevoir, devenant combattantes aussi bien que des hommes.

    Les deux derniers chapitres s'intéressent bien plus à l'histoire contemporaine française. Le premier parle du XIXème siècle est des luttes en faveurs de l'égalité. L'autrice montre que des femmes essaient d’accéder à la citoyenneté mais que celle-ci est toujours refusée au nom du respect de l'ordre sociale. Les socialistes eux-mêmes ont peur de l'accès au travail des femmes, considérés comme dangereux pour les femmes et contraires à l'idéal de l'homme pourvoyeur et de la femme ménagère. Le dernier chapitre est une peinture des tentatives d'accès au droit de vote durant le XXème siècle. L'autrice explique que la France est une exception en Europe occidentale. Elle critique aussi l'accès au droit de votre comme récompense pour des actions de résistance lors de la Deuxième guerre mondiale. Enfin, l'autrice pose la question du passage du droit de vote à la parité. Elle montre la difficulté d'accepter l'idée dans une république qui se pense universelle et égalitaire mais aussi face à des partis qui préfèrent payer des amendes plutôt que de suivre la loi. Le chapitre se termine sur l'élection de Sarkozy face à Ségolène Royal qui a souffert de la misogynie de ses adversaires comme des membres de son propre parti.

    Ce livre me semble intéressant car il essaie non pas de réfléchir de manière désincarnée sur l'usage d'un concept mais de montrer de quelle manière on peut l'utiliser afin de comprendre des thèmes précis. Le découpage, plus ou moins classique, permet d'avoir des exemples utiles pour les étudiant-e-s de France et d'Europe. Je déplore tout de même le manque d'exemples non-occidentaux, on reste sur des thèmes très européens. Cependant, ce livre permet de mettre en avant la fécondité du concept alors que celui-ci est attaqué par certains milieux.

    Image : Éditeur

    9782035839831-T.jpg?itok=gN4jqKYU

  • Le déclin de l'Ancien Régime en Suisse. Un tableau de l'histoire économique et sociale du 18ème siècle par Rudolf Braun

    Titre : Le déclin de l'Ancien Régime en Suisse. Un tableau de l'histoire économique et sociale du 18ème siècle
    Auteur : Rudolf Braun
    Éditeur : Éditions d'en bas et Éditions de la maison des sciences de l'homme 1988
    Pages : 284

    Sous le terme Ancien Régime les historien-ne-s prennent en compte un fonctionnement économique et social basé sur la tradition et l'autorité obtenue de la divinité. De plus, le terme met en contradiction l'Ancien et le Nouveau, celui-ci étant mis en place à la suite de la Révolution française. On peut légitimement se demander si le terme d'Ancien Régime peut fonctionner en Suisse puisque la Révolution française n'est pas suisse, si tant est que la Suisse existe à l'époque en tant que communauté nationale. Mais ce serait oublier, justement, les changements majeurs en Europe, l'impact des idées dont l'idée de nation et la République helvétique. Cela ne dit rien sur le fonctionnement de la Confédération au XVIIIème siècle, ce que Rudolf Braun entreprend d'examiner dans ce livre qu'il pense autant comme un manuel destiné aux études qu'un moyen de poser sur la table les manques de l'historiographie suisse lors de sa rédaction (le livre ayant 20 ans). Il rédige 6 chapitres qui examinent des parties précises du fonctionnement de la Confédération sous l'Ancien Régime.

    Les trois premiers chapitres forment le versant économique et démographique de cette étude. L'auteur commence son examen par le fonctionnement des populations, mais aussi les moyens de connaitre le nombre de personnes en vie durant cette période. Ce premier chapitre permet de mettre en avant le fonctionnement de la démographie lors des crises, aussi bien économiques que dans le cadre d'épidémies, ou des moments de haute conjoncture. L'examen de la démographie par les experts de l'époque est délicat car les autorités considèrent ce sujet comme potentiellement dangereux. En effet, la population commence à être considérée comme un bien pour l'état.

    Un second chapitre s'intéresse plus spécifiquement à l’agriculture. L'auteur y explique les problèmes posés par une agriculture basée sur des cultures obligatoires et des terrains publics. Bien que ceux-ci permettent aux personnes pauvres de survivre cela implique aussi une productivité moindre et des difficultés pour créer de nouvelles cultures, comme la patate. Les changements seront difficiles à défendre, en particulier par des groupes d'experts comme les économistes patriotes. L'auteur s'intéresse aussi à la production de fromage qui peut rapporter beaucoup d'argent mais dont les risques sont portés par une seule catégorie de la population.

    Le troisième chapitre s'intéresse à la proto-industrie. Celle-ci implique que des commerçants fournissent de la matière première à des familles qui transforment cette matière en produit finit qui est finalement vendu par les commerçants. Cette proto-industrie permet à des familles pauvres de ne plus subsister uniquement de l'agriculture mais de trouver une autre forme de ressources. Cependant, elle implique aussi une nouvelle manière de vivre, à domicile, qui est en contradiction avec la tenue du ménage, ce qui pousse un certain nombre de personnes à considérer ce travail comme un vecteur de démoralisation. Ce travail implique aussi une division du temps en heure et minutes afin d'atteindre une productivité suffisante pour vivre, qui dépend de conjoncture parfois saisonnière

    Dans le quatrième et cinquième chapitre l'auteur s'intéresse à la vie en ville et au fonctionnement des gouvernements. Le milieu urbain est caractérisé par une division de la population en "classes." Celles-ci permettent d'atteindre des droits spécifiques, civils et politiques. Ainsi, la bourgeoisie, et une minorité de celle-ci, possèdent les droits politiques et l'exercice effectif du gouvernement. Les habitants possèdent un droit d'établissement et donc des capacités civiles sans droits politiques. Cette division, ici simplifiée, implique de plus en plus de tensions. Les gouvernements sont basés sur une élite de plus en plus restreinte, alors que l'accès à la bourgeoisie est de plus en plus difficile. On observe des cantons urbains qui tiennent un vaste territoire sujet, basés sur des coutumes anciennes liées aux seigneuries, et des cantons ruraux fonctionnant en Landsgemeinde avec, là aussi, une minorité capable de gouverner. Les fonctionnements des divers gouvernements sont variés et permettent d'observer aussi bien des cooptations, des achats de charge que l'usage du hasard.

    Le dernier chapitre s'intéresse aux résultats des tensions mentionnées plus haut, les révoltes. L'auteur y démontre que les difficultés d'accès aux fonctions gouvernementales mènent certaines catégories à exiger des droits politiques. Un second type de récolte est lié à un retour au passé. Face à ce qui est conçu comme des exagérations voire de la corruption une partie de la population demande un retour aux anciennes chartes, mais dont l'accès est réglementé. On trouve ici l'importance des archives pour justifier une révolte et l'absence de volonté d'un changement majeur du régime. Les autorités de l'Ancien Régime réagissent ensembles, quel que soit le canton, contre ces révoltes et les punitions peuvent être très sévères, du bannissement à la peine de mort. Ce n'est que la menace française qui permet plusieurs révolutions avant que l'invasion par les troupes française ne permette d'imposer la République Helvétique.

    Ce livre est assez laborieux. Bien qu'intéressant les nombreuses pages qui examinent la production agricole et le commerce du fromage furent loin de m'intéresser. Cette difficulté est aussi due au but de l'auteur, proposer un tableau complet de la Suisse de l'Ancien Régime. Cela implique beaucoup de description concernant de nombreux sujets mais aussi une certaine rigueur et le choix d'exemples précis. Il est donc normal que de nombreux sujets ne soient pas étudiées aussi profondément qu'une personne intéressée ne le souhaiterait. De plus, on peut se demander quelles sont les avancées de la recherche que ce livre ne présente pas, ayant été édité en 1988 en français et 1984 en allemand.

    Image : Éditeur

    thumbnail.declin.jpg

  • Histoire de Genève 2. De la cité de Calvin à la ville Française (1530-1813) par Corinne Walker

    Titre : Histoire de Genève 2. De la cité de Calvin à la ville Française (1530-1813)
    Autrice : Corinne Walker
    Éditeur : Alphil 2014
    Pages : 160

    Ce second tome de l'Histoire de Genève s'intéresse aux années durant lesquelles la ville change de religion et lutte contre l'influence grandissante de la France, pour terminer comme chef-lieu du Département du Léman. L'autrice peint cette histoire en 15 chapitres. Bien entendu, la religion et Calvin ont une place importante dans ce livre. Mais l'autrice n'oublie pas de mettre en avant d'autres points. Elle explique que Genève est, à cette époque, une République qui a pris le contrôle des droits de seigneurie après la fuite de l’Évêque. Petit à petit, une oligarchie se met en place avec un contrôle de plus en plus fort du pouvoir par une minorité de bourgeois. Comme dans d'autres villes suisses, la bourgeoisie se restreint de plus en plus et empêche l'accession aux droits politiques des autres catégories de population. Ce système est le terreau des révolutions qui auront lieu à la fin du XVIIIème, avant la prise de contrôle française.

    L'autrice explique que la ville est, à l'époque, considérée comme importante, belle et prospère. Elle est l'un des plus importants centres de la Réforme mais aussi de la culture et des sciences, preuve en sont les dons et collections de personnalités. Ainsi, Rousseau possède-t-il une influence importante dans la Cité. La ville elle-même change de forme à la suite de la prise en compte des besoins urbains. Des lumières sont mises en place tandis que les égouts sont créés, avec quelques maisons reliées à l'eau courante. Mieux encore, des places sont dessinées. Mais la ville fait aussi attention aux remparts qui sont fréquemment reconstruits, malgré les coûts.

    L'autrice explique aussi que la ville est fortement contrôlée par les autorités, en particulier en ce qui concerne les aspects moraux. Les pouvoirs publics essaient de réguler la mode, mais échouent régulièrement. Le but principal est d'atteindre une forme de modestie liée à son statut social. On ne devrait pas porter des habits qui sont au-dessus de son statut. Des lois dites somptuaires sont déclarées et s'intéressent de près aux habits mais aussi aux fêtes. On peut recevoir une amende pour une fête trop riche en victuailles ou en cadeau, par exemple dans le cadre d'un mariage. De plus, les contestations politiques sont réprimées. Les cercles, par exemple, sont interdits avant d'être acceptés si les réunions ont lieu en public. Cependant, cela n'a pas empêché des émeutes puis une révolution. Le livre se termine sur le fonctionnement de la Cité sous la domination française du Directoire puis de l'Empire.

    Image : Éditeur

    12-sitealphil-histoiregeneve2.jpg

  • Histoire du canton de Neuchâtel 2. Le temps de la monarchie, politique, religion et société de la Réforme à la Révolution de 1848 par Philippe Henry

    Titre : Histoire du canton de Neuchâtel 2. Le temps de la monarchie, politique, religion et société de la Réforme à la Révolution de 1848
    Auteurs : Philippe Henry
    Éditeur : Alphil 2011
    Pages : 160

    L'auteur, en 8 chapitres, essaient de nous montrer de quelle manière Neuchâtel fonctionne dans le cadre de ce que l'on nomme l'Ancien Régime (terme qui ne peut se comprendre sans faire référence à la Révolution française). Pour cela, il s'intéresse aussi bien à la politique, l'économie qu'aux relations de la principauté avec les têtes couronnées de France et de Prusse. En effet, Neuchâtel n'entre que tardivement dans la Confédération et reste un pays soumis à un souverain étranger jusque dans le XIXe siècle.

    L'auteur nous démontre que le fonctionne de la principauté est particulièrement traditionnel, les élites au pouvoir ne souhaitent pas modifier le fonctionnement du pays et préfèrent se référer à une coutume considérée comme la raison du destin favorable du peuple neuchâtelois et de son territoire. Le pouvoir contrôle la presse et le politique tout en refusant tout changements concernant le fonctionnement pénal du pays. Ce n'est que tardivement que la peine de mort, les peines corporelles et la torture seront abandonnées ou réformées, sous la pression de l'étranger. Sur place, les volontés de réformes sont qualifiées de sédition et rapidement surveillées et réprimées. Seule la presse du reste de la Confédération ainsi que l'exemple de cette dernière permet de penser un potentiel changement.

    Mais l'auteur analyse aussi une époque de changements économiques. Face aux contrôles étroits de l'industrie dans les villes, des entrepreneurs décident de fonctionner en lien avec des habitant-e-s de la campagne afin de créer de nouvelles industries. Ces entrepreneurs contrôlent la vente et l'achat de matière première, la transformation dépendant d'un travail personnel à domicile. Les ouvriers et ouvrières sont soumis au bon vouloir de l'entrepreneur. L'indiennage profite de ces changements mais aussi l'industrie de la montre, malgré quelques problèmes conjoncturels.

    L'Ancien régime est aussi une époque de changements importants pour la principauté en matière de souveraineté. Les bourgeois réussissent à défendre l'idée que Neuchâtel ne peut pas être divisé et, plus important encore, d'être capable de choisir leur propre souverain. À plusieurs reprises, un tribunal doit décider quel prétendant reçoit la souveraineté sur la principauté. Bien que la France souhaite contrôler le territoire c'est le roi de Prusse qui est choisi, moyen de défendre les acquis de la Réforme. Face aux royalistes, une partie des habitant-e-s souhaitent rejoindre la Confédération et abandonner l'idée d'une double appartenance et donc les particularités que cela implique, particularités de moins en moins acceptées par Berlin. L'auteur écrit un second tome riche qui réussit, selon moi, à mettre en avant le fonctionnement du pays tout en l'inscrivant dans le contexte de l'Ancien régime. Bien que les informations décrites ne soient pas des surprises pour les personnes qui connaissent la période, l'examen de Neuchâtel permet d'observer plus précisément ce que cela implique au niveau régional.

    Image : Éditeur

    8_henry.jpg

  • Histoire de Fribourg 2. Une ville-Etat pour l'éternité (XVIe-XVIIIe siècle) par François Walter

    Titre : Histoire de Fribourg 2. Une ville-État pour l'éternité
    Auteur : François Walter
    Éditeur : Alphil 2018
    Pages : 178

    Ce second tome de l'histoire de Fribourg est écrit par François Walter, auteur de l'histoire Suisse en 5 tomes chez le même éditeur. La période examinée est celle de l'Ancien Régime qui débute après l'époque médiévale et se termine par la Révolution française, en tout cas ses effets en Suisse. L'auteur divise son livre en deux parties. La première prend en compte le XVIe siècle, siècle qu'il qualifie de réformes, tandis que la seconde partie s'intéresse aux deux siècles qui suivent que l'avant-propos qualifie de plus stable. Mis à part cela, le livre est divisé en 15 chapitres, les 6 premiers étant intégrés à la première partie.

    Bien que la période étudiée soit moins longue que pour le premier volume (5 siècles contre 3) l'histoire est tout aussi riche. La division en deux parties permet de mettre en avant les différences entre deux périodes, une de conflits et une stable, permettant la consolidation du système de l'Ancien régime. La période du XVIe siècle est un moment de changements territoriaux mais aussi religieux. Non seulement la concurrence bernoise gagne des points en prenant le contrôle du pays de Vaud mais Luther prend de l'importance. La ville de Fribourg choisit résolument de rester proche de la religion catholique alors que l’évêque de Lausanne perd ses possessions ainsi que son siège, bien que Fribourg tente de l'attirer dans ses murs.

    La seconde partie du livre s'intéresse aussi à ces sujets, mais le contexte est stabilisé si l'on en croit l'auteur. Cela lui permet d'examiner le fonctionnement politique de la ville. Il montre tout d'abord que la bourgeoisie commence à se fermer. Ce qui permet de créer des statuts divers à l'intérieur même de celle-ci entre les bourgeois qui ont des droits politiques et les familles qui peuvent régner. Ceux-ci ont de plus en plus de privilèges tandis que le système politique donne un pouvoir important à un groupe précis de personnes. Mais cela n'empêche pas des révoltes contre les seigneurs, basés sur les demandes d'accès aux archives qui pourraient posséder des exemptions.

    L'auteur essaie aussi de montrer des changements économiques, parfois liés au mercenariat. Celui-ci est contrôlé par les familles les plus riches qui intègrent des personnes faisant partie des lieux sous leurs contrôles. Empêchant une possible concurrence. L'époque permet aussi de mettre en avant l'importance de la production du fromage à pâte dure. Sa production implique de posséder des bêtes mais aussi des pâturages en montagne et des routes pour les marchands. Ceux-ci sont encore soumis à de nombreuses taxes.

    Le livre se termine sur l'annonce de la Révolution française et les Lumières. Bien que les événements de Paris soient vus de loin les inquiétudes sont de plus en plus importantes alors que des bannis fribourgeois sont libérés et que des exilés et soldats suisses rentrent en ville. La période est aussi celle d'une censure plus importante des idées et des textes, alors que les révoltes sont considérées comme une violation de l'ordre naturel provenant de dieu. Bien que la période ne soit de loin pas ma préférée, j'ai apprécié la lecture de ce livre qui permet de mieux comprendre les changements importants de ces trois siècles dans une ville helvétique. J'ai particulièrement apprécié comprendre de quelle manière fonctionnait politiquement l'Ancien régime dans cette ville, système qualifié de patriciat qui n'est pas universel sur le territoire de la Confédération.

    Image : Éditeur

    20-sitealphil-histoirefr-walter.jpg

  • Black Sails 1-4

    TW : viols, meurtres, esclavage, tortures

    Les Bahamas, Nassau, le XVIIIème siècle : Le monde connait ce que l'on nomme l'âge d'or de la piraterie. Alors que deux Empires se combattent afin de prendre le contrôle de ce que l'on nomme encore les Indes Occidentales plusieurs petites îles échappent au contrôle des britanniques ou des espagnoles. Ces ports permettent à des personnes peu recommandables de prendre la mer afin d'attaquer des navires, vendre les biens pillés et repartir après un ravitaillement. Bien que l'on aime dépeindre ces lieux comme anarchiques, Nassau est loin d'être en dehors d'une forme de gouvernement. Une femme, Eleanor Guthrie, filles du gouverneur, a pris la tête du commerce local qu'elle contrôle fermement. Mais elle est rêve de légitimité et de grandeur pour sa ville. Face à elle, de nombreux grands noms de la piraterie combattent pour le contrôle du port, Barbe Noir, Rakham, Charles Vane, Anne Bonny, ... Mais aucune de ces personnes ne sont aussi crainte que le capitaine Flint. Car Flint possède une vision et il ne reculera devant rien, ni la mort de son équipage ni la destruction de Nassau, pour rendre ses souhaits réels.

    SPOILERS

    Il est très difficile de ne pas donner de spoilers sur une série à la fois ambitieuse et très restreinte. Bien que les personnages semblent nombreux on connait rapidement les plus importants. Même si une partie de l'intrigue a lieu en mer une grande partie se déroule autour de Nassau. Et même si le thème est très vaste il se concentre sur un ou deux personnages et leur relation avec celui-ci. De plus, la réalisation porte sur une histoire connue, souvent romantisée, la piraterie. Nous avons tous au moins entendu parler de Pirates des Caraïbes et certains noms de pirates célèbres sont encore connu assez largement. Cette série ne s'attache pas aux évènements. Une grande partie des morts n'ont lieu ni à l'époque ni à la manière dont on les connait. Le Capitaine Flint est une invention de Stevenson. Cependant, il me semble, du moins selon les connaissances que j'ai de l'époque, que le fonctionnement d'un navire et d'une bataille navale sont bien mis en scène. Même si elles sont rares, les batailles sont très prenantes et l'on est rapidement inquiet pour le bien être des personnages. Mieux encore, la série n'hésite pas à prendre en compte l'importance de l'esclavage, et les problèmes posé pour les personnages. Il n'est pas rare de rencontrer des esclaves et, en particulier durant les saisons 3 et 4, ce sont des personnes qui ont fui leur condition qui prennent une part importante dans le déroulement de l'intrigue. Ainsi, il n'est pas rare de côtoyer d'anciens esclaves dans des positions de pouvoir tandis que des hommes libres sont forcés à donner leur vie pour l'Empire britannique. Dans ce cadre, la série considère que leur condition, qui n'est pas identique, peut permettre un rapprochement des luttes en direction d'un idéal de liberté.

    Cependant, la question principale de la série ne concerne ni l'histoire ni les personnages mais la relation que nous avons avec la civilisation. On nous montre une ville considérée comme en dehors de la civilisation. Mais celle-ci fonctionne plus ou moins bien selon les personnes en charge. Au début de la série, la personne en charge est Eleanor Guthrie. Elle est décrite comme la fille du gouverneur qui, afin de s'enrichir, a accepté la piraterie. Bien qu'elle soit fragilisée parce qu'une femme elle réussit à prendre le contrôle du commerce et donc des pirates, qu'elle n'hésite pas à confronter. Sous son auspice, la violence est au plus bas car elle est défavorable au commerce et dont à l'enrichissement de tout le monde. Cependant, elle souhaite mettre en place une forme de légitimité que celle-ci soit sous l'égide de l'un des Empires ou d'une manière autonome. Cette légitimité est un moyen pour elle de garantir le commerce mais aussi le bien être des personnes qui vivent à Nassau, et qui sont loin d'être toutes des pirates. Au fil de la série, elle sera de moins en moins violente pour se rapprocher d'un idéal lorsqu'elle se marie au nouveau gouverneur. Mais cela n'enlève rien à ses capacités de décisions. Elle est "secondée" par Max, une ancienne esclave qui se prostitue et amante d'Eleanor. Max débute avec comme seul but de se libérer afin d'éviter toute servitude. Mais, rapidement, elle deviendra la seconde personne la plus puissante de Nassau et aide aux efforts de stabilité, là aussi pour aider le commerce. Ainsi, les personnages féminins de la série ont des capacités fortes de décisions et sont très intelligentes. Plus encore, elles sont les catalyseurs de la mise en place d'un ordre voire d'un retour de ce que l'on nomme civilisation. Il est révélateur que les intrigues se concluent, lors de la saison 4, par une entente entre plusieurs femmes qui possèdent le réel pouvoir derrière leurs maris.

    Face aux femmes, il y a les hommes. Et en particulier le Capitaine Flint et Woodes Roger. Bien entendu, ces deux hommes sont secondés par un grand nombre d'autres personnages, en particulier Flint qui doit lutter contre Silver et Billy Bones. Mais ce sont Flint et Roger qui tiennent la seconde partie de l'intrigue entre leurs mains. Les deux ont connu un scandale qui les a changés. Ce sont les deux des personnes en hausse dans la société militaire britannique. Flint perd son poste après avoir soutenu la mise en place de pardons pour les pirates et avoir été mêlé à un scandale sexuel. Roger est en disgrâce après une bataille navale, ruiné mais célèbre. Les deux personnages sont très proches car leurs idéaux, leurs capacités tactiques et leurs volontés sont presque identique. L'un défend une forme d'anarchie tandis que le second défend la civilisation. Dès la saison 4, mais cela est mentionné lors de la saison 3, on apprend que Roger a des tendances violentes et que sa défense de la civilisation britannique peut passer par des actes de cruauté extrême voir de rébellions contre la couronne. Flint, lui, est d'abord dépeint comme un romantique qui souhaite la mise en place d'une nation de pirates, autonomes, capable de résister aux deux Empires. Mais il atteint un point de non-retour dès la saison 3, après la mort de la dernière personne à le relier à son passé. De plus en plus, sa guerre n'est plus montrée ni défendue comme une défense contre un pays tortionnaire et autocrate mais une vengeance. Flint a perdu toutes les personnes qu'il aime et son combat est un moyen pour lui de faire payer à l'Angleterre la manière dont il a été traité. Alors qu'il souhaite une guerre totale les autres personnages qui le suivent préfèrent un retour à une forme de normalité, ce qui inclut des concessions. Flint est donc montré comme une personne endommagée, de plus en plus violente, incapable de faire son deuil. Heureusement, la série réussit à éviter sa mort et lui offre une fin bien plus intéressante. Au final, les hommes de la série sont des facteurs de guerre et de destruction tandis que les femmes sont montrées comme les personnes qui possèdent véritablement le pouvoir, que ce soit en cachette ou non.

    *
    **
    ***
    **** Si vous souhaitez en apprendre plus sur l'histoire de la piraterie cette série n'est pas très adéquate, malgré une bonne mise en scène du fonctionnement d'un navire selon mes connaissances. Mais si vous voulez une série qui parle de pouvoir et de civilisation sans cacher les problèmes que cela implique elle est adaptée à vos envies.
    *****

    Image : Site officiel

    wp_fullscreen_10.jpg

  • Histoire de la Suisse 3. Le temps des révolutions (1750-1830) par François Walter

    Titre : Histoire de la Suisse 3. Le temps des révolutions (1750-1830)
    Auteur : François Walter
    Éditeur : Alphil et Presses universitaires suisses 2015
    Pages : 155

    Pendant longtemps la Suisse fonctionne sous ce que l'on nomme l'Ancien Régime. Cette période est examinée dans le tome précédent. L'auteur montrait de quelle manière les charges politiques et militaires étaient prises en charge par une minorité qualifiée de patricienne. La bourgeoisie est le moyen par lequel les familles qui se pensent nobles réussissent à garder le pouvoir face aux dissensions. Cependant, la période du XVIIIème siècle est aussi celle de changements importants qui éclatèrent lors de la Révolution française de 1789. La question posée par ce tome concerne l'impact de ce changement sur le fonctionnement du pays ainsi que les tentatives de restaurations.

    Une partie importante du tome s'intéresse à une période courte, quelques décennies. L'une de ces périodes est celle de la République helvétique. En effet, sous la pression de la France, ainsi que son occupation armée, la Suisse se voit imposer une constitution basée sur celle de la Révolution. Le pays ne possède plus des cantons avec des pays sujets mais une organisation centralisée basée sur le Directoire. Cependant, le régime est très instable et de nombreux changements de gouvernement ont lieu durant la brève période de l'Helvétique. Finalement, le régime tome lorsque les troupes françaises de Napoléon quittent le territoire, ce qui permet à ce dernier de convoquer les représentants des cantons afin de remodeler le fonctionnement politique et territorial du pays.

    La période qui suit voit la restauration des cantons dans leurs prérogatives avec la mise en place d'une Diète fédérale. Cependant, les pays sujets ne sont pas recréés tandis que le pays doit accepter une forme de démocratie. L'auteur montre que la Suisse est soumise à la France, à qui elle fournit des troupes "volontaires." De plus, les familles dites patriciennes gardent la main mise sur le pouvoir politique. Ce qui permet, lors de la chute de Napoléon, aux cantons de restaurer les anciennes formes politiques. Mais les princes étrangers, comme le montre l'auteur, souhaitent stabiliser le territoire et imposent une nouvelle forme de gouvernement qui devrait être capable de fonctionner pour plus longtemps, tout en offrant des compensations territoriales comme, par exemple, le Jura à Berne qui a perdu le territoire vaudois. Bien que les rédacteurs du projet aient imaginé que celui-ci puisse ne pas être remis en cause avant longtemps, les exemples des Etats-Unis ainsi que les troubles en France créent des tensions entre les villes et les territoires ruraux, tandis que des milieux Libéraux commencent à diffuser leurs idées. Ceci aboutira sur un changement majeur qui sera probablement étudié dans le prochain tome.

    Au final, ce tome s'attaque à une période méconnue et surtout peu appréciée. En effet, j'entends régulièrement que la République helvétique est le régime le plus détesté de l'histoire Suisse. Mais celui-ci est suivi d'une période mieux appréciée, bien que pensée comme une forme de décadence. L'auteur tente de passer outre ces préconceptions pour mieux mettre en avant les conséquences. En effet, la République a permis de débuter la constitution d'une pensée de la nation suisse, mais aussi de défendre des concepts révolutionnaires comme la liberté et l'égalité, dans un sens large. L'auteur montre aussi à quel point le territoire est soumis aux besoins et souhaits des princes étrangers. Au lieu d'un pays unit qui se soulève dans son intérêt le territoire dépend des accords avec d'autres pays tandis que la neutralité est imposée de l'extérieur. Pire encore, les armées ont régulièrement envahi le pays alors que la Suisse se voit obligée de fournir des contingents à plusieurs groupes, parfois antagonistes. L'auteur montre aussi de quelle manière les mythes commencent à être mobilisés pour justifier les révoltes mais aussi constitution une identité partagée dans un territoire qui n'est pas encore une nation.

    Image : Éditeur

    3_hist-suisse-t3.jpg

  • Histoire de la Suisse 1. L'invention d'une confédération (XVe-XVIe siècles) par François Walter

    Titre : Histoire de la Suisse 1. L'invention d'une confédération (XVe-XVIe siècles)
    Auteur : François Walter
    Éditeur : Alphil et Presses universitaires suisses
    Pages : 136

    Qu'est-ce que la Suisse ? Quand est-ce que le pays est-il né ? Comment fonctionne-t-il durant l’histoire ? Dans ce petit livre, partie d'un tout de 5 tomes, François Walter essaie de comprendre de quelle manière une confédération s'est constituée autour de territoires alpins, tiraillés entre plusieurs influences dont celle de l'Empire germanique. Car la connaissance de l'histoire suisse est enveloppée de mythes, une partie ayant été mis en place au XIXème siècle. Il est donc nécessaire de revenir sur les connaissances scientifiques afin d'affirmer que si la Suisse n'est pas née en 1291, ni au XVème siècle, sa genèse en tant que nation provient de la mise en place progressive d'une forme d'identité commune.

    Ce livre est divisé en plusieurs petits chapitres que l'auteur a souhaité concevoir comme autant de points d'entrées dans son livre, selon les intérêts des personnes qui le lisent. Bien que le titre du livre annonce une étude des XVème et XVIème siècle l'auteur débute par 4 chapitres qui résument l'histoire du pays depuis les Helvètes jusqu'à 1476. Ces chapitres permettent de casser le mythe de 1291, qui serait la date de fondation d'un pacte contre les envahisseurs étrangers. Au contraire, ce pacte est non seulement antidaté mais il s'inscrit dans un mouvement global qui permet de se placer sous l'autorité directe de l'Empereur, ce qui implique certains privilèges. La fondation mythique du pays n'est donc qu'un épisode parmi de nombreux autres.

    Cependant, l'auteur montre que durant le XVème et XVIème siècle le territoire est distinct des autres. Bien qu'il soit toujours sous influence impériale les cantons et les pays alliés vendent leurs troupes à plusieurs forces étrangères, permettant de récolter une fortune. Selon les circonstances politiques, le soutien militaire du pays peut changer, moyennant finances de la part des diplomates extérieurs. Cependant, le territoire n'est pas uni. Les frictions sont nombreuses aussi bien envers le voisinage immédiat qu'à l'intérieur.

    L'une des causes de frictions est, bien entendu, la réforme. En Suisse, le réformiste le plus important est tout d'abord Zwingli, dont les thèses ne sont pas compatibles avec celles de Luther. Il réussit à modifier la religion officielle du canton de Zurich qui prêche la réforme dans le reste du pays. Cependant, celle-ci se heurte à deux problèmes. Premièrement, le soutien extérieur peut influer sur le fonctionnement religieux des territoires sous contrôle de la Diète suisse. Ensuite, tous les cantons ne sont pas réformés mais une partie des territoires sont gérés à la fois par des cantons catholiques et des cantons réformés. Il y a donc une tension envers la politique religieuse dans ces territoires, celle-ci pouvant être modifiée selon les années et le canton en charge. Les nécessités de compromis sont donc nombreuses si la confédération ne veut pas entrer en guerre contre elle-même. De plus, François Walter n'oublie pas de mettre en avant les conséquences morales de la Réforme et de la Contre-Réforme qui aboutissent à un refus de plus en plus important de certains comportements non seulement de la part des membres du clergé mais aussi de la jeunesse et des femmes.

    Selon moi, ce petit livre réussit son exercice. Il présente rapidement deux siècles dans leurs conséquences sociales et culturelles pour un pays qui n'existe pas encore. Ce qui deviendra la Suisse n'est, pour l'instant, qu'un réseau d'alliance dont l'origine est le souhait de conserver des privilèges garantis par l'Empereur et non de développer une défense contre l'extérieur. Cette thèse explique le titre du livre qui ne souhaite pas mettre en avant un mythe encore important actuellement, la date de 1291.

    Image : Éditeur

    1_hist-suisse-t1_2.jpg

  • Effusion et tourment le récit des corps. Histoire du peuple au XVIIIème siècle par Arlette Farge

    Titre : Effusion et tourment le récit des corps. Histoire du peuple au XVIIIème siècle
    Autrice : Arlette Farge
    Éditeur : Odile Jacob mars 2007
    Pages : 248
    TW : Harcèlement sexuel

    Qu'est-ce que le peuple ? Comment peut-on le décrire ? Comment faire l'histoire du corps et du rapport au corps ? Est-ce que ceci a changé durant l’histoire ? Ce sont autant de questions que posent et auxquelles Arlette Farge tente de répondre en utilisant des archives de police du XVIIIème siècle, peu de temps avant la Révolution Française. Ce livre permet aux personnes intéressées non seulement de comprendre de quelle manière on pense le peuple mais aussi ce qui forme le corps du peuple. Que ce soit la justice, le voyage ou la maladie et surtout le travail.

    Arlette Farge examine son objet, le peuple et les corps, en 6 chapitres. Le premier permet à l'autrice de définir ce qu'elle entend par le terme de peuple. Pour cela, elle décrit trois sources qu'elle utilise comme moyen de comprendre ce qu'est le peuple parisien au XVIIIème siècle. Ces sources sont policières mais aussi plus prosaïques voir des peintures. Les documents utilisés permettent non seulement de comprendre ce qu'est le peuple mais aussi de quelle manière le corps est pensé, vu. Que ce soit celui des pauvres ou des enfants. Les auteurs qu'elle utilise semblent fascinés par la description des aventures du peuple et des conséquences corporelles. Ce qui permet à l'autrice de nous faire comprendre comment on pense le corps au XVIIIème siècle. Elle se base aussi fortement, et ce n'est pas étonnant, sur Foucault. Une personne avec laquelle elle a collaboré par le passé.

    Les chapitres mis en place par Arlette Farge sont à la fois larges et précis. Elle débute par le bruit, l'omniprésence des sons et des paroles dans un espace précis. Puis, elle continue sur le voisinage. Qu'est-ce que cela implique de vivre ensemble dans un lieu donné. Elle explique que Paris est divisé en quartiers qui fonctionnent selon des logiques de pays, les habitant-e-s ayant leurs propres coutumes et patois. Mais le voisinage est aussi un moyen de valider l'existence et l’honnêteté des personnes face à la justice. Parfois, il agit dans le cadre du ménage en aidant la police de l'époque. Ce qui permet à l'autrice de porter son regard sur les foules. Elle nous explique que celles-ci font peurs aux autorités, qui craignent que les foules ne se transforment en émeutes après s'être réunies pour examiner le prix du grain par exemple. Mais elles sont aussi impossibles à stopper. La ville est remplie de personnes et les dames de l'aristocratie doivent accepter d'être suivies par la foules, malgré les tentatives de contrôle de personnes chargées de tenir les lieux et les personnes.

    L'autrice s'intéresse aussi à des cas plus individuels. En premier lieu, elle tente de comprendre de quelle manière la violence, qu'elle soit étatique ou non, s'inscrit dans les corps. Comment les conflits se créent et se résolvent. Elle met en avant l'importance de lieux de rencontres qui permettent non seulement de trouver du travail, de créer des contacts mais aussi de se réchauffer lors de l'hiver. Ces conflits peuvent être justifiés par les personnes qui en sont coupables à l'aide d'arguments invoquant la défense de l'honneur. Mais ils peuvent aussi être stoppé et puni par les personnes les plus proches qui refusent certaines attaques, ou décident de s'en amuser dans des cas que nous qualifierions de harcèlement sexuel de nos jours. L'autrice s'intéresse aussi à l'abandon des enfants. Elle essaie de montrer que les abandons peuvent être temporaires. Mais elle montre aussi que le traitement des enfants abandonnés peut être tragiques. Les voyage entre la province et Paris impliquent la possibilité de la mort, ou l'incompréhension de la part d'enfants jeunes. Dans ce dernier cas, l'abandon provient de la mort des parents et du refus par une nourrice de continuer à s'occuper de l'enfant sans recevoir d'argent, nécessaire pour survivre. Car les enfants coutent cher et l'abandon peut être un moyen d'éviter de mal s'en occuper alors que les institutions de l’État sont considérées comme capables de permettre aux enfants de survivre.

    Ce livre essaie de ne s’intéresser ni aux rois et reines ni à l'aristocratie mais au peuple à l'aide de sources qui décrivent le fonctionnement de ce peuple et les coûts du travail, de la pauvreté et de la maladie pour ce même peuple. Bien que le livre soit intéressant, je trouve dommage de ne pas y trouver plus de citations, commentées bien entendu. J'ai eu l'impression, à la lecture, de rester un peu en dehors des sources, de ne pas réellement savoir ce qu'elles disent mais de suivre un récit d'Arlette Farge, certes constitué autour de ses recherches. Cependant, elle réussit à rendre vivant une époque, un peuple autrement désincarné et oublié et c'est la principale raison pour laquelle j'aurais aimé entrer de manière plus importante dans des documents qu'elle semble beaucoup apprécier.

    Image : Éditeur

    9782738119254.jpg

  • La Révolution française 1789-1799 par Michel Vovelle

    Titre : La Révolution française 1789-1799
    Auteur : Michel Vovelle
    Éditeur : Armand Colin 2015
    Pages : 220

    La Révolution française est l'un de ces grands moments de l'histoire que nous sommes censés connaitre. On en parle un peu partout et, selon le pays, c'est une référence majeure. Pourtant, la Révolution n'est qu'un évènement court qui s'est terminé par un coup d'état et un Empire. Alors pourquoi s'y intéresser ? Parce que la Révolution française a pensé des textes qui se trouvent au centre de la pensée démocratique occidentale. Il est donc nécessaire de les replacer dans le contexte de production afin de mieux comprendre ce qui se cache derrière mais aussi de passer outre.

    L'auteur est un spécialiste qui, ici, écrit un manuel destiné principalement à un public étudiant. Ainsi, le but principal est le synthétisme d'un évènement et non son analyse complète ou l'entrée dans une école précise. L'auteur, Michel Vovelle, tente donc de construire son livre selon plusieurs points d'analyses qui devraient permettre de mieux comprendre la décennie 1789-1799 mais aussi de donner un minimum de connaissances sur le sujet, ce qui implique 6 chapitres. Le dernier étant un retour sur l'historiographie pour cette troisième édition.

    Le premier chapitre est le plus évènementiel. L'auteur y décrit chronologiquement ce qui se déroule pendant la Révolution ce qui permet de construire les autres chapitres à la suite. Ce chapitre permet aussi de mieux comprendre les causes non seulement de la Révolution mais aussi de la fin du régime du Directoire. Il est suivi d'un chapitre qui examine les constructions institutionnelles et le fonctionnement du système politique. Les informations sont nombreuses sur des sujets qui, parfois, n'ont pas été mis en applications. Ces deux chapitres sont suivis de trois chapitres plus "humains". En effet, l'auteur y examine des sujets aussi divers que l'armée, la culture ou la violence. Ces trois chapitres sont ceux qui donnent le plus de substances au livre mais ce sont aussi ceux qui s'intéressent le plus à des thèmes précis. On voit ici la nécessité de parler d'un sujet vaste tout en mettant en avant des idées précises, examinées par des historien-ne-s.

    En conclusion, ce livre réussit parfaitement à atteindre son but. Il donne une chronologie des évènements, examine le fonctionnement de l’État et s'intéresse aux aspects plus culturels tout en s'ouvrant aux conséquences pour le reste du monde, aussi bien en ce qui concerne les colonies que l'Europe. Mieux encore, l'auteur joint de nombreux extraits de sources qui permettent d'illuminer certains points précis du propos. Une grande partie de ces sources sont déjà connues mais les avoir à disposition n'est jamais inutile. Enfin, le grand nombre de sujets étudiés permet de choisir ceux que l'on souhaiterait mieux connaitre, en suivant la bibliographie que l'auteur met en place.

    Image : Éditeur

    9782200601287-T.jpg?itok=46vdXjNA

  • Histoire de la sorcellerie par Colette Arnould

    Titre : Histoire de la sorcellerie
    Autrice : Colette Arnould
    Éditeur : Tallandier 1992
    Pages : 494

    Durant la Renaissance de nombreux bûchers, dont en Suisse, furent mis en place afin de brûler l'une des menaces les plus importantes de l’époque : les sorcières. Mais identifier les personnes ne permet pas toujours de comprendre les raisons idéologiques derrière le massacre des sorcières. Colette Arnould essaie, dans ce livre épais, de nous expliquer de quelle manière, durant plusieurs siècles, la croyance envers le pouvoir des sorcières et leur danger s'est imposé et a permis des procès, la torture et la mise à mort d'un nombre impressionnant de personnes. Pour cela, elle se base sur de nombreux textes qui courent de l'Antiquité à quasiment notre époque.

    Bien que le livre soit construit en 10 chapitres on pourrait l'expliquer en créant des parties plus courtes. La première et la seconde sont, en quelques sortes, l'introduction du livre. Dans les premiers chapitres l'autrice tente de nous expliquer de quelle manière le diable a été pensé et de quelle manière la magie a été construite. Pour cela, elle décide de partir de l'époque antique pour, ensuite, écrire un essai sur l'identité du diable durant l'Antiquité tardive et l'époque médiévale. Deux de ces chapitres sont assez difficiles à lire car assez laborieux dans l'écriture et l'explication. Suit un chapitre sur l'hérésie et sa signification dans le cadre de l’Église et de la société médiévale. Ces chapitres permettent de créer un fond idéologique sur lequel le reste du livre repose afin d'expliquer les raisons des bûchers.

    Suivent trois chapitres qui permettent d'examiner la pensée de la sorcellerie comme un danger ainsi que la montée des outils qui permettent de s'y attaquer. L'autrice s'intéresse ici plutôt à la moitié de l'époque médiévale dès le XIème-XIIème siècle. Elle y met en évidence les décisions des papes mais aussi les créations de l'Inquisition et de leurs droits dans le monde médiévale. Plus important encore, elle explicite le fonctionnement des textes démonologiques qui parlent du diable et de la sorcellerie. Après ces chapitres on comprend mieux comment une frange de la société pense le monde, malheureusement l'autrice n'explique pas de quelle manière cette pensée se répand dans le peuple.

    Enfin, les chapitres VII et VIII entrent dans le vif du sujet en examinant les débuts des procès de sorcellerie. L'autrice explique de quelle manière les textes et idées précédentes sont utilisés afin de s'attaquer aux personnes incriminées et justifier l'usage de la torture ainsi que de la mort. Ces chapitres décrivent une époque, qualifiée de Renaissance, durant laquelle la raison fonctionne en même temps que les croyances en des pouvoirs supérieurs (ce qui n'est pas forcément incompatible). Ces deux chapitres permettent à l'autrice de mettre en avant son hypothèse principale. Selon elle, les procès de sorcellerie sont à la fois un outil politique et un indice d'une "société malade". L'autrice explique que, pour elle, les inquisiteurs, le peuple, les religieux et religieuses sont victimes d'une forme de pathologie mentale. Ces chapitres continuent sur la fin des procès avec une ouverture sur notre époque qui marque, pour l'autrice, une continuité d'une forme de croyance en certains pouvoirs mais avec un diable qui n'a plus rien à voir avec le danger qu'il créait à l'époque médiévale.

    Les premières pages de ce livre ne sont pas faciles à lire. La lecture me fut laborieuse et, semble-t-il, je ne suis pas le seul à l'avoir ressenti. Mais, les deux premiers chapitres passés, les choses deviennent de plus en plus intéressantes. Cependant, il me semble dommage que l'autrice laisse transparaitre une forme de mépris pour les personnes de l'époque. Bien que l'on puisse condamner les raisons politiques et idéologique de la mise à mort de femmes, qualifiées de sorcières, il faut aussi prendre en compte une époque, ses tensions, ses problèmes. Personnellement, je ne suis pas totalement convaincu par l'hypothèse de l'autrice. Si je dois faire une comparaison, le livre de Silvia Federici me semble bien mieux réussir à prouver son hypothèse.

    Image: Éditeur

    978-2-84734-565-0.jpg

  • Les anormaux. Cours au Collège de France, 1974-1975 par Michel Foucault

    Titre : Les anormaux. Cours au Collège de France, 1974-1975
    Auteur : Michel Foucault
    Éditeur : EHESS, Gallimard et Seuil mars 1999
    Pages : 351

    Michel Foucault, malgré les problèmes évidents que son travail pose, est l'un de mes auteurs préférés. Bien que je considère avant tout comme un boute à outil bien utile pour comprendre certains faits sociaux cela ne m'empêche pas de le lire avec plaisir (à défaut de tout comprendre). Ses livres peuvent être ardus mais ses cours au collège de France le sont un peu moins. C'est aussi un bon moyen de voir la pensée de Foucault en construction avant la rédaction d'un ouvrage (ou pas, parfois il annonce des livres qui ne sortiront jamais). Cette édition, comme d'habitude, reprend le cours proprement dit et ajoute son résumé ainsi qu'une situation écrite par Valerio Marchetti et Antonella Salomoni. Cette situation permet de placer le cours dans la pensée de Foucault, l'époque ainsi que la recherche de l'époque et la méthode de travail de Foucault.

    Dans ce cours Foucault se pose la question de la construction des anormaux. En particulier, il essaie de comprendre comment la psychiatrie est devenue un moyen de tester l'anormalité dans le cadre judiciaire. Foucault définit trois types d'anormaux. Il y a le monstre qui montre une violation des lois naturelles et sociales. Ce dernier est un mélange d'attributs qu'ils soient humains et animaux ou de des sexes. Ce qui permet à Foucault d'analyser quelques procès d’hermaphrodites. Cette catégorie deviendra celle des personnes dangereuses dont la psychiatrie doit analyser le degré de dangerosité en vue d'une décision judiciaire qui prenne en compte le danger, la possible rééducation et la possibilité de libérer l'individu. La seconde catégorie est celle des onanistes. Foucault considère que cette catégorie a deux origines. Tout d'abord, il y a la mise en place de questionnements de plus en plus précis afin de permettre la repentance ecclésiastique sous la forme de la technique de l'aveu. Ensuite, il y a une croisade contre la masturbation qui se forme sous le fonds d'un changement de relations entre les familles et l'état. L'état prend en charge l'éducation mais laisse la sexualité aux mains des familles. Un grand nombre de livres et de techniques existent afin d'éviter la pratique de la masturbation chez les enfants. Que ce soit la surveillance, les liens ou des actes chirurgicaux. Enfin, il y a l'individu à corriger que Foucault ne développe que dans le dernier cours. Ce dernier est principalement un élève que l'on doit dresser aussi bien moralement que physiquement afin qu'il accepte les règles sociales (et scolaires)

    Que penser de ces 11 cours donnés par Foucault ? Bien qu'ils soient moins denses et moins compliqués à lire que ses livres ils restent tout de même d'un certain niveau. On retrouve aussi plusieurs thèmes qu'il développera dans son Histoire de la sexualité. C'est, par exemple, le cas du discours sur la sexualité ainsi que la mécanique de l'aveu. Ce cours est aussi un moyen de comprendre comment se sont formés les discours psychiatriques dans le milieu judiciaire. Ceux-ci ont la tâche de devoir évaluer la dangerosité d'une personne présumée innocente (mais qu'on considère dangereuse...). Les discours que Foucault analyse sont basés sur des termes anciens et/ou peu précis qui permettent surtout de donner l'avis du psychiatre sur une personne plutôt que de créer un discours scientifique. Ces cours sont donc un bon moyen de remettre en question la manière dont on parle des personnes dites dangereuses et dont on analyse leur dangerosité. Ce travail reste, aujourd'hui encore, d'actualité.

    Image : Éditeur

     

    9782020307987.jpg

     

  • Surveiller et Punir. Naissance de la prison par Michel Foucault

    Titre : Surveiller et Punir. Naissance de la prisonproduct_9782070729685_195x320.jpg
    Auteur : Michel Foucault
    Éditeur : Gallimard 1975
    Pages : 360

    La prison, la justice, la gestion de la délinquance sont des thèmes qui font régulièrement l'actualité. Mais d'où viennent ces différentes formes de réponses à l'illégalité? Alors que les prisons sont en ébullition en France, tandis que le Groupe Info Prisons fait ses premiers pas, Michel Foucault décide de faire la généalogie de la prison après avoir analysé l'enfermement des fous et des malades.

    Foucault analyse cette histoire en quatre parties. La première, nommée supplice, ainsi que la seconde, punition, permettent à Foucault de montrer que, avant le secret de la prison, la peine devait être subie en publique. Tout l'appareil lancé contre la délinquance visait à créer un spectacle que les gens honnêtes se devaient de voir et même, parfois, de réagir face à des décisions trop ou pas assez sévères. Les pendaisons avaient lieu en publique après une cérémonie d'aveu de la part de la personne coupable. Aveu qui pouvait permettre d'attaquer des complices.

    La troisième partie, discipline, est celle que je trouve la plus intéressante. En effet, on y trouve de nombreux concepts qui peuvent nous permettre de mieux comprendre comment fonctionne, en partie, notre société. Le premier chapitre parle des corps dociles. Dans celui-ci nous trouvons les discours qui théorisent la disciplinarisation des corps des citoyens. Celle-ci se forme aussi bien dans la caserne que dans les écoles. Le moyen est de contrôler plusieurs choses dont l'espace, les activités, le temps et leur combinaison. Le second chapitre nous offre une réflexion sur le dressement. Ce qui m'y a le plus intéressé est l'analyse des examens. Ceux-ci permettent non seulement de classer mais aussi de normaliser les connaissances et les résultats de chacun en direction d'un idéal précis d'utilité pour la société. Enfin, nous avons le chapitre nommé panoptique. Ce concept est probablement l'un des plus intéressants, en tout cas selon moi, de la réflexion de Foucault. En effet, à travers une idée architecturale Foucault découvre un dispositif de pouvoir. Un dispositif qui permet de penser la surveillance totale et anonyme de toute une population. Bien que le panoptisme soit un idéal impossible à atteindre, et heureusement, il reste très intéressant à utiliser pour comprendre notre société actuelle et ses envies de surveillance. Enfin, la dernière partie s'intéresse à la prison. Foucault y analyse autant la mise en place de l'idée de prison, son architecture, que le lien entre la justice et la délinquance. Autrement dit, comment la délinquance fonctionne en relation avec la prison. Là encore, on trouve des analyses intéressantes pour la réflexion actuelle.

    Au final je ressors d'un livre dont j'ai souvent lu des extraits. C'est un ouvrage qui m'a offert beaucoup pour ma réflexion bien que je le regarde d'une manière critique. Foucault fait une histoire basée sur les discours mais n'observe pas vraiment les pratiques. Ainsi, les exemples de règlements qu'il nous offre n'ont probablement jamais pu être mis en place. Ce que Foucault nous offre ce sont donc des outils que l'on peut utiliser pour comprendre notre société. Et ces outils, avec la réflexion qui y est liée, m'intéressent beaucoup.

    Image: Éditeur

  • La nudité. Pratiques et significations par Christophe Colera

    Titre : La nudité. Pratiques et significations1couv_nudite.jpg
    Auteur : Christophe Colera
    Éditeur : Cygne 2008
    Pages : 187

    La nudité fait partie de ces objets que l'on n'ose pas trop étudier ni trop mentionner. C'est une forme d'être vue comme fondamentalement privée et l'observer avec un regard scientifique peut être difficile aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur de la discipline. Mais c'est aussi un sujet qui intéresse et qui fait parler de lui. C'est, en tout cas, un sujet qui m'intéresse. C'est la raison du choix de ce petit livre. Christophe Colera y étudie les pratiques et les significations de la nudité dans diverses cultures et civilisations selon un angle d'attaque qui porte sur la construction d'idéaux-types. Mais, avant de s'y lancer, il examine les aspects anatomiques et psychologiques. Ce qui lui permet de remonter à la préhistoire pour expliquer comment la nudité s'est probablement modifiée suite à la marche debout et à la perte des poils. Malheureusement ce chapitre pose aussi quelques problèmes puisque l'auteur y naturalise des comportements masculins et féminins. Ainsi, l'homme nu est vu comme dangereux alors que la femme nu est vue comme une invite qui ressent du plaisir suite à la passivité de sa dénudation par le mâle. Inutile de dire que je pense dangereux de naturaliser un comportement en ne prenant pas en compte l'histoire humaine depuis la préhistoire. De nombreuses cultures sont passées par là.

    Dès le chapitre suivant l'auteur examine ses idéaux-types. Il commence par ce qu'il nomme la nudité fonctionnelle. Celle-ci, selon l'auteur, serait une nudité qui aurait lieu dans des endroits précis pour des buts précis. C'est le cas, par exemple, du bain ou du lit dans lesquels la nudité à une fonction d'aide à l'hygiène et à la sexualité. Mais il examine aussi la nudité qui a lieu lors de la mort qui peut avoir un aspect rituel en sortant du monde comme l'on est rentré. Ainsi que la nudité médicale qui est entourée de codes permettant de supprimer la composante érotique du nu. L'auteur y place aussi une nudité de classe qui aurait une fonction d'unification du groupe autours de valeurs communes.

    Le second idéal-type est celui de la nudité comme affirmation. Que ce soit de manière politique ou artistique l'auteur y examine des pratiques qui permettent de créer une rupture dans l'ordre. Ces ruptures sont autant créées qu'aidées par la nudité. Par exemple, les manifestations nues des étudiant-e-s du Québec il y a quelque temps permettaient de valoriser le corps faible des étudiant-e-s face à un État fortement répressif. Ce côté politique peut se faire à côté comme être rattrapé par l'art. C'est le cas de certaines œuvres de Spencer Tunick qui peuvent fonctionner selon un idéal politique.

    Le troisième idéal-type est celui de la nudité comme humiliation. Nous y trouvons une analyse de la dénudation pour reconstruire un ordre social. En effet, dénuder quelqu'un permet de punir un acte précèdent ou d'empêcher une destruction de l'ordre social (par exemple patriarcal). Ainsi, l'auteur montre le nombre important de dénudations de femmes en Inde dans un contexte de plus en plus revendicatif envers l'égalité. Il est dommage que l'aspect genré de la dénudation ne soit pas vraiment observée par Christophe Colera mais on observe que les femmes sont beaucoup plus humiliées que les hommes par la nudité. En effet, c'est un moyen de briser leur pudeur qui devrait, selon les hommes, être gardées par les femmes. Mais on y trouve aussi la nudité par la justice, que ce soit comme punition ou comme examen de la personne, et de la guerre. Est-il nécessaire de rappeler que le viol est une arme de guerre? La aussi les femmes sont les principales concernées.

    Enfin, l'auteur termine sur l'idée de la nudité comme don. Que ce soit un don envers une personne connue ou un don envers un inconnu à l'instar de la pornographie le nu est vu ici comme un don des femmes envers les hommes. En effet, jamais l'auteur ne parle du nu masculin comme don. Mais les exemples cités montrent des femmes qui offrent leur nudité à dieu, aux hommes ou pour l’État.

    Que peut-on dire de ce petit livre au final? J'ai apprécié l'effort important de synthèse général des cultures. Synthèse possible car l'auteur crée des idéaux-types qui, bien entendu, ne sont pas réels mais permettent de mieux comprendre le fonctionnement de la nudité. Mais je trouve que Christophe Colera mélange parfois les typologies. Ainsi, je pense que le nudisme des classes moyennes et supérieurs pourrait être considéré non comme une nudité fonctionnelle mais une nudité affirmative d'une capacité de passer outre l'animalité du sexe pour accepter le nu comme normal. L'auteur manque aussi les explications en terme de genre. Nombreux sont les exemples qui auraient mérité un examen sous cet angle qui aurait pu montrer une différenciation de la nudité masculine et de la nudité féminine. Au contraire l'auteur préfère naturaliser le nu féminin comme don et le nu masculin comme guerrier. À mon avis c'est une erreur importante. Cependant ceci n'empêche pas le reste du propos d'être intéressant si on est attentif à ces naturalisations.

    Image: Éditeur

  • La matrice de la race généalogie sexuelle et coloniale de la nation française par Elsa Dorlin

    Titre : La matrice de la race généalogie sexuelle et coloniale de la nation française9782707159052.gif
    Auteure : Elsa Dorlin
    Éditeur : La découverte 2006
    Pages : 307

    Dans ce livre Elsa Dorlin tente de faire une histoire des discours qui ont entourés la formation de la race et des différences de sexe. Pour cela elle remonte au XVIIe siècle durant lequel un certains nombres de traités médicaux ont été écrit et qui régulent la vision des femmes et des races comme inférieures à l'homme blanc européen. Cette étude lui permet de nous expliquer comment les différenciations ont été théorisées et utilisées comme dispositifs de pouvoirs pour réussir à dominer très concrètement une partie importante de l'humanité. Pour ce faire elle construit trois parties.

    La première partie examine la manière dont les médecins ont considérés le corps féminin et sa relation avec la maladie. Elsa Dorlin y démontre que l’infériorité considérée naturelle des femmes est construite dans leur fonctionnement face à la santé. En effet, selon Dorlin, les médecins de l'époque considèrent le corps féminin comme nécessairement malsain alors que le corps masculin est nécessairement sain. Ainsi, un homme malade est un homme qui se dévirilise alors qu'une femme saine est une femme qui se virilise. Ces considérations se basent sur la théorie des humeurs qui considère que les sexes, et les humains, sont différenciés par certaines humeurs qui impliquent aussi un mental.

    La seconde partie examine la manière dont la nation est née entre le XVIIe et le XVIIIe siècle. L'auteure y montre comment les mères ont été créées mais aussi de quelle manière les médecins tentent de réguler, voir d'interdire, le travail des sages-femmes et des nourrices. Les premières sont vues comme des femmes proche de la sorcellerie qui, dans le secret, pourraient bien permettre aux femmes de perdre leurs enfants. Tandis que les secondes sont considérées comme dangereuses car le lait venant de leur corps et offert à l'enfant transmet les caractéristiques morales de la nourrice. L'auteure montre aussi de quelle manière les sages-femmes sont exclues de la profession médicale face aux hommes grâce à la mise en place de nouvelles normes. Cette partie permet aussi de comprendre comment un début de théorie raciale se met en place via les thèses de l'hybridation. Celle-ci permettrait de garder un peuple fort via l'adjonction d'un sang nouveau et l'esclavage pourrait être le moyen de la pratiquer.

    Enfin, la dernière partie permet d'examiner la construction des races via l'exemple des colonies françaises. Elsa Dorlin montre comment la domination des hommes blancs sur les esclaves et les autochtones s'est construite et justifiée via le discours médical. Ainsi, par exemple, l'esclavage est théorisé comme un bien pour les populations déportées africaines car il permet de passer outre leur fainéantise et leur inconduite naturelle. Ce sont aussi des peuples capables de subir une forme de travail particulièrement rude. Dans ces thèses la fuite des esclaves est vue comme une anomalie qui peut être expliquée médicalement.

    Ce livre permet donc de comprendre comment la nation française, masculine, s'est constituée à la fois face aux femmes et aux autres "races". C'est la mise en place de nombreux discours qui présupposent une infériorité du corps de l'autre qui permettent de considérer l'homme blanc comme supérieur et parfait. La domination est donc légitimée via la santé à la fois morale et physique des européens. La lecture en est très intéressante. L'auteure réussit à montrer comment les discours peuvent être concrètement utilisés comme dispositifs de pouvoirs et justifier une inégalité. Le livre permet aussi d'en savoir un peu plus sur l'histoire de la médecine et son fonctionnement face aux femmes et aux africains. C'est donc un ouvrage que je recommande chaudement.

    Image: Éditeur

  • Histoire de la virilité. L'invention de la virilité. De l'antiquité aux lumières sous la direction de Georges Vigarello

    Titre : Histoire de la virilité. L'invention de la virilité. De l'antiquité aux lumières
    Directeur : Georges Vigarello
    Éditeur : Seuil 2011
    Pages : 578

    J'ai reçu ce (gros) livre en cadeau. Il pose la question de la virilité et de son histoire. En effet, si on ne naît pas femme mais on le devient il semble logique d'avoir la même position sur l'homme. Alors qu'elle est l'histoire de la masculinité et de cette vertu qui serait au centre des hommes: la virilité. Voila tout le programme de ce premier tome qui passe de l'antiquité aux lumières. C'est un gros morceau!

    Assez logiquement le livre est divisé selon les périodes historiques classiques. On commence donc tout naturellement par l'antiquité et, en particulier, les civilisations grecques et romaines. Les deux grandes civilisations se retrouvent sur certains points tout en s'écartant sur d'autres. Ainsi, la pratique de l'"homosexualité" (que je met entre guillemet car le terme est anachronique) se retrouve aussi bien à Athènes qu'à Rome. Mais cette pratique consiste surtout en une différenciation entre passif et actif qui est valable et possible pour une période particulière ou/et face à une personne particulière. Il est ainsi bien vu, en Grèce, d'avoir une relation passive avec un homme plus âgé mais celle-ci ne doit pas dépasser l'entrée dans l'âge d'homme. La pratique du sport est aussi très différente. Chez les deux peuples elle permet l’entraînement à la guerre mais Rome refuse catégoriquement la pratique de la nudité dans le sport alors qu'elle est vue comme le sommet de la civilisation en Grèce. La virilité porte donc surtout sur une capacité à prendre les armes et à se battre en lien avec des codes de comportements sociaux très précis.

    L'époque médiéval et la période qui la précède est le lieu de profondes mutations. Les barbares sont à la fois des hommes parfaits et virils dans leur pratique de la guerre, bien que non-civilisés, et se romanisent. Mais, durant l'époque médiévale, c'est la guerre qui importe. Cette vision, un peu caricaturale, que les romains ont du barbare est corrigée par les auteurs. En effet, l'homme barbare considère la guerre comme importante mais les morts emportent aussi dans la tombe des objets ayant un lien avec la sociabilité et la force contre la nature. L'homme viril doit être capable de combattre et de mourir avec courage. Il doit être capable de frapper de toute sa force et de faire état de ses capacités par des vantardises exagérées. La sexualité et le combat sont donc brutes et directes.

    S'ensuit la partie la plus importante du livre (8 chapitres) et la conclusion sur les lumières. L'époque moderne est tout autant l'occasion de mutation dans la vision de la virilité. Plutôt que la force brute les hommes modernes doivent être capables de grâce et de rhétorique. On peut expliquer ceci par une modification à la fois du rôle du noble dans la société française et de l'épée qui permet maintenant une escrime gracieuse et élaborée en direction de coup d'estoc plutôt que de taille. Le noble mâle doit être capable aussi bien de se battre que de faire la preuve d'un maintien de sois et d'une tempérance. Il doit prendre soin de lui et pouvoir combattre avec les mots dans le cadre de la société de cour. Cette période commence aussi à élaborer une construction de la virilité du roi qui doit se montrer et être montrée comme exemple (un chapitre entier y est consacré). Enfin, un dernier chapitre examine ce que les grandes découvertes et le contact avec des "sauvages" implique dans la vision de la virilité. Les sauvages sont-ils des hommes parfaits et forts épargnés par la civilisation ou de simples animaux instinctifs? La partie qui conclut le livre en parlant des Lumières est l'occasion d'examiner les mutations dans la pratique des jeux et du sport ainsi que le modèle populaire. Ce dernier montre une prégnance de la violence dans les lieux publics dont sont victimes les femmes comme possibles partenaires sexuels (de force s'il le faut). Mais créer une famille est un besoin tout aussi impérieux et implique une forme de virilité différente. Dans la famille l'homme doit dominer la femme et non le contraire.

    Bien que j'ai beaucoup apprécié la lecture de ce livre je me dois de faire quelques critiques. Tout d'abord, ce premier tome permet de (dé)montrer qu'être un homme ne vient pas de sois. Cela implique de suivre des rôles et des rituels particuliers qui mutent selon la période considérée et la civilisation. Ainsi, notre vision de la virilité n'est absolument pas la même que celle de la noblesse française au XVIe siècle. Cette historisation de la virilité est nécessaire pour comprendre notre propre vision et les possibilités de changements.

    Ma première critique concerne la place donnée aux époques antiques et médiévales. Celles-ci ne prennent qu'un quart du livre. Les chapitres les concernant sont très généralistes. J'aurais apprécié des chapitres plus pointus sur des points particuliers. Par exemple l'éducation, le sport et la pédérastie. Ce qui aurait permis de mieux comprendre les différences et les similitudes entre civilisations voir entre villes (Athènes et Sparte par exemple). Ensuite, les chapitres de ce premier tome se basent principalement sur les élites des différentes époques considérées. Par exemple, le chapitre sur la peinture et les portraits et très intéressant mais est-ce que le peuple les comprend? Je trouve que l'on oublie largement la population la plus importante. Mais ce point s'explique très probablement par le problème des sources. Difficile de savoir ce qu'un paysan du XVe siècle pense de sa virilité. Enfin, ce livre, comme souvent dans les livres d'histoire français. est très eurocentriste (si ce n'est franco-centré). On examine la virilité telle qu'elle a été conceptualisé dans le cadre de l'Europe et de deux grands exemples: la France et l'Angleterre (un peu). Les autres civilisations, antiques ou non, et pays sont ignorés. Mais n'y aurait-il pas des points intéressants à examiner en Égypte ou en Russie voir, pour aller plus loin, au Japon? Bref, cette histoire de la virilité oublie de dire qu'elle est une histoire de la virilité européenne. Mais ces critiques ne m'empêchent pas de considérer que ce livre est non seulement intéressant mais plaisant.

    Image: Éditeur

    9782020980678.jpg

  • De l'horrible danger de la lecture par Voltaire

    Titre : De l'horrible danger de la lecturearton221.jpg
    Auteur : Voltaire
    Éditeur : Éditions de Londres
    Pages : 16

    Voici un très court texte écrit par Voltaire en 1765. Il décrit une décision d'un fonctionnaire de l'Empire Ottoman suite à la découverte de l'imprimerie. Les décisions sont radicales. L’imprimerie est fortement condamnée à cause de sa capacité à faire circuler et à diffuser des idées qui pourraient ne pas être en accord avec les théories officielles. Comme toujours, quand un auteur du XVIIIe parle de l'Empire Ottoman il veut parler de la France.

    Mais ce qui est intéressant, mis à part le texte lui-même, c'est la raison pour laquelle les Éditions de Londres ont édité, et fournissent gratuitement, un si petit texte? Cette maison d'édition publie seulement des livres numériques. Il y a de nombreux débats sur ce mode de lecture. Certains ont peur pour la culture. D'autres ont peur pour les auteurs. Et enfin on peut avoir un certain scepticisme face à ce changement de support. Le papier n'est-il pas beaucoup plus agréable? Ces critiques mènent à dénier tout caractère de lecture au support numérique quand on décide d'atteindre la plus extrême des pensées.

    Mais ce que le livre numérique offre, et les Éditions de Londres le disent aussi, c'est la possibilité de diffuser de manière large et rapide des ouvrages et des idées. La connaissance peut atteindre des individus qui ne sont pas les cibles habituelles des éditeurs. C'est, d'ailleurs, aussi l'un des arguments de Doctorow.

    Image: Éditeur

  • Le Prince par Nicolas Machiavel

    Titre : Le Prince
    Auteur : Nicolas Machiavel
    Éditeur : Ebooks libres et gratuits
    Pages : 116

    Nous avons tous entendu parler de Machiavel. Son nom est devenu intemporel fixé dans l'adjectif machiavélique. On a tellement mal compris l’œuvre de Machiavel que cet adjectif est devenu la manière de décrire des personnes ou des actes particulièrement rusées et déloyales voir même perfide. Ce sont des termes plutôt négatif pour une œuvre bien plus riche. Le Prince n'est pas un traité qui décrit comment garder le pouvoir de manière "machiavélique". C'est un livre qui a été écrit dans le but d'analyser comment on doit prendre le pouvoir et l'exercer. Au contraire des Miroirs des Princes Machiavel ne décrit donc pas le gouvernement idéal mais un gouvernement nécessaire. Pour nous en faire la démonstration Machiavel utilise des exemples historiques et contemporains. Ceux-ci permettent d'illustrer les erreurs et réussites de chacun. Au final, ce n'est pas un livre de perfidie que l'on lit mais l'un des premier vrai traité qui analyse le pouvoir politique et son exercice.

    Ce livre est injustement méconnu. Il est aussi injustement incompris. Machiavel a donné son nom à l'un des mots les plus défavorables de la langue française pour avoir écrit ce qu'il observait. Et pourtant ce qu'il écrit, bien que ce soit daté, est encore en partie valable. Certaines théories politiques trouvent leurs fondements dans ce traité qui parle aussi bien des relations internationales que du gouvernement interne au pays. Sa lecture permet donc de mieux comprendre certaines décisions prisent par certains gouvernements. Cependant, ce livre a été écrit en direction d'un prince et non d'une démocratie. Il ne faut donc pas oublier cette limitation bien que Machiavel parle aussi du cas démocratique de manière moins développée. En conclusion je conseille la lecture de ce traité qui est non seulement intéressant mais qui est aussi disponible gratuitement sur le site de l'éditeur (et sans DRM le livre vous appartient donc vraiment!).

  • Discours de la servitude volontaire par Etienne de la Boétie

    Titre : Discours de la servitude volontairearton68-a7855.jpg
    Auteur : Étienne de la Boétie
    Éditeur : Éditions de Londres
    Pages : 40

    Un classique que je n'avais jamais lu mais dont j'ai beaucoup entendu parler lors de différents cours. Le projet de ce discours écrit au XVIe siècle est de comprendre pourquoi on obéit. Pourquoi on accepte d'être les sujets d'un prince, d'un état ? La première idée qui vient à l'esprit concerne la puissance policière et militaire du prince. Mais, comme le dit de la Boétie, cette puissance est moindre face au nombre bien plus importants de sujets. D'ailleurs, les servants de cette puissance sont eux-même des sujets et on devrait expliquer leur accord avec l'état. Est-ce donc la lâcheté qui fait que nous acceptons les ordres de l'état sans nous rebeller ? Peut-être que c'est un début d'explication. Mais, à mon avis, de la Boétie donne deux autres explications bien plus intéressantes. Tout d'abord, ce qui permet à l'état de gouverner des masses c'est l'habitude. Celle-ci vient d'une histoire. On a toujours eu un état et nous sommes nés à l'intérieur de celui-ci. On nous apprend qu'il est nécessaire et qu'il faut le respecter et suivre ses ordres. On a là un début d'explication presque sociologique qui voit l'obéissance comme une domination. Nous ne sommes pas très éloignés du pouvoir symbolique de Bourdieu qui explique la domination non par les armes mais pas un nombre élevé de discours, d'institutions et de personnes qui servent l'état. D'ailleurs, de la Boétie explique aussi l'obéissance par les serviteurs. Ces derniers ont gagné à servir l'état. Ils ont eux-même aidé d'autres serviteurs qui gagnent à ce poste et ainsi de suite. Au final nous avons une gigantesque chaîne d'obligations et gains mutuels qui tiennent la société dans le giron du prince. Une chaîne incassable puisqu'elle tient tout le monde aussi bien les puissants que les modestes.

    La préface considère qu'on parle beaucoup de ce livre mais qu'il est rare de l'avoir lu. Ce serait donc un de ces classiques de la pensée politique que personne ne connaît vraiment. Je suis donc fier d'avoir enfin pris le temps de le consulter. Mais que peut-on retirer d'un livre du XVIe siècle ? On peut, en tout cas, observer le génie d'un homme qui réussit à trouver des explications assez convaincantes pour être mentionnée encore de nos jours. En effet, les idées de la Boétie concernant le caractère non-violent de la domination de l'état sont plutôt convaincantes. Je ne dis pas que l'état ne peut pas s'appuyer sur des forces armées. Mais il suffit d'observer un peu pour se rendre compte que ces dernières n'expliquent pas pourquoi on obéit. En effet, pourquoi, par exemple, utilise-t-on l'heure d'été alors que personne ne vient nous punir si on s'y refuse ? Pourquoi accepte-t-on le pouvoir d'un professeur quand on est étudiant ? Pourquoi obéit-t-on à un policier dans la rue (outre l'arme) ? Ces questions, légitimes, ne peuvent être répondues que si l'on prend en compte les explications en termes de pouvoirs symboliques dont la Boétie est, à mon avis, un lointain précurseur.

    Image : Éditeur

  • Les adieux à la Reine

    Le film qui m'intéressait le plus cette semaine revient sur l'un des épisodes les plus connus de l'histoire: la révolution française de 1789. Le film nous place à Versailles durant 4 jours depuis le 14 juillet. Nous y suivons une servante de la reine: Sidonie. Cette dernière est la lectrice de la Reine. Elle lui est profondément dévouée et on peut dire sans trop s'avancer qu'elle est prête à tout pour lui faire plaisir. Malheureusement, les jours de Marie-Antoinette sont comptés. En effet, non seulement les révolutionnaires sont très défavorables envers la Reine mais sa lubie de nommer comtesse madame de Polignac. Derrière cette amitié certains se demandent s'il ne se cache pas une relation plus inavouable... Sidonie tentera d'être présenter pour sa maîtresse alors que les événements se précipitent et que Versailles s'agite comme une fourmilière. Tandis que certains fuient d'autres décident de croire en la capacité du roi de défendre la noblesse.

    Le film ne fait pas une histoire de la Révolution. Nous n'avons que quelques informations éparses et rarement la caméra quitte Versailles. Au mieux, elle se déplacera sur le pas de la porte du palais. Ce que le réalisateur nous montre c'est la manière dont les aristocrates qui vivent au palais subissent, comprennent et réagissent face à la prise de la Bastille et aux revendications de la population. Nous n'avons pas non plus beaucoup de visions du roi. La seule personne que nous pouvons connaître c'est Sidonie. Mais je ne crois pas que l'intérêt de ce film soit dans les personnages. À mon avis ce qui est intéressant c'est la manière dont on parle de Versailles. Elias montrait que le palais fonctionne autours du roi. Plusieurs phrases vont dans le sens de cette affirmation. Quand, par exemple, le bibliothécaire explique que tel riche aristocrate vit dans une petite chambre froide simplement pour avoir la chance de voir le roi de temps en temps. Ou encore, plus ouvertement, quand Sidonie explique que si elle quitte la cours elle ne sera plus personne. En effet, son identité c'est d'être la servante de la reine. Sans la reine qui est-elle? Nous avons aussi quelques scènes qui montrent le roi et son gouvernement se représenter devant les nobles qui accourent pour le voir. Tout fonctionne selon le roi centre de l'univers de Versailles. Ce sont aussi les réactions des nobles et servants qu'il est intéressant d'observer. De l'incrédulité on passe par la peur et la fuite à tous prix même celui du suicide. A mon avis, ce que nous offre ce film c'est une interprétation des derniers jours de Versailles à travers les yeux de Sidonie et de la reine plus que l'histoire d'une personne. Cependant, je ne considère pas avoir été conquis. Je ne suis pas certain de pouvoir en expliciter la raison mais le film m'a donné l'impression d'être poussif si ce n'est un peu arrogant. Je n'ai pas vraiment eu de plaisir à le regarder. Ce manque ne peut que jouer en sa défaveur. Ce n'est pas un mauvais film raté mais je pense qu'il est loin d'être bon.

    Image: Allociné

    20027720.jpg
  • Ecrits féministes de Christine de Pizan à Simone de Beauvoir sous la présentation de Nicole Pellegrin

    Titre: Ecrits féministes de Christine de Pizan à Simone de Beauvoir41r7bt5jWvL._SL500_AA300_.jpg
    Présentation: Nicole Pellegrin
    Éditeur: Flammarion 2010
    Pages: 254

    Nicole Pellegrin nous présente, dans ce petit livre, les principaux auteurs féministes de l'histoire française. Elle commence par Christine de Pizan, une femme dont je n'avais jamais entendu parler jusqu'à maintenant, pour terminer avec Simone De Beauvoir l'auteure du Deuxième Sexe. Bien que les textes présentés dans cette anthologie soient majoritairement écrits par des femmes nous y trouvons aussi quelques hommes. Ces derniers sont au nombre de trois et permettent de démontrer que la lutte pour les droits des femmes n'est pas revendiquée que par ces dernières. Les différents textes qui ont été choisi dans le cadre de cette anthologie sont intéressants et permettent d’observer non seulement la variété des arguments et des luttes mais aussi de comprendre que les droits des femmes ont été revendiqués depuis le Moyen-Âge. Chacun des auteur-e-s sont précédés par une présentation écrite par Nicole Pellegrin. Bien que courte et synthétiques elles sont bienvenues puisqu'elles permettent à des lecteurs qui ne connaissent pas forcément les auteur-e-s de se faire une idée du contexte, de la vie et des idées qui les ont guidé-e-s.

    Quand on présente une anthologie la première critique que l'on peut faire concerne le choix des textes édités. En effet, comme le dit Nicole Pellegrin, une anthologie est, par définition, arbitraire. Je suis très heureux d'avoir découvert des auteur-e-s que je ne connaissais pas mais la question que je me pose concerne surtout la fin du livre. En effet, pourquoi terminer avec Simone de Beauvoir? Je pense que cette anthologie aurait pu intégrer des textes plus récents comme, pour ne prendre qu'un exemple, des textes de Christine Delphy. Cependant, mis à part cette critique attendue et comprise par Nicole Pellegrin je n'ai pas grand-chose à déplorer. Cette anthologie permet de lire des textes célèbres que je n'avais jamais rencontré en entier comme la fameuse Déclaration des droits de la Femme d'Olympe de Gouges écrite en réaction à la Déclaration des droits de l'Homme. La lecture de ce livre est donc une belle opportunité de se frotter aux classiques du féminisme français et ces lectures m'ont donné envie d'aller plus loin.

    Image: Amazon