moderne

  • Guerres indiennes. Du Mayflower à Wonded Knee (1620-1890) par Robert M. Utley et Wilcomb E. Washburn

    Titre : Guerres indiennes. Du Mayflower à Wonded Knee (1620-1890)
    Auteurs : Robert M. Utley et Wilcomb E. Washburn
    Éditeur : Albin Michel 1 septembre 2021
    Pages : 432

    Ce livre est le second que je parcoure sur l'histoire des autochtones aux Etats-Unis. Le premier offrait surtout des extraits de sources commentées. Celui-ci est une synthèse de plusieurs siècles de guerres, révoltes et de relations entre colons blanc et autochtones. Les deux auteurs se sont divisé le travail afin d'écrire ce qu'ils souhaitaient être un ouvrage cohérent et le plus impartial possible.

    Le livre est divisé en 1 chapitres chronologiques qui mettent en scène les révoltes de plusieurs tribus dans ce qui est en train de se transformer en en État libre plutôt qu'une colonie. Le récit démarre avec l'arrivée des premiers européens et leurs impressions. Immédiatement, les autochtones sont considérés comme une force de travail potentielle et celleux-ci souffrent des maladies provenant de l'Europe. Les relations sont empreintes d'efforts de paix de la part des autochtones avant que la pression migratoire, religieuse et les exactions ne mènent à des actions de guerres dont les conséquences sont toujours l'usage d'une armée punitive et la prise de contrôle de territoire. Ce livre nous montre des nations perdantes, petit à petit, le contrôle de leur vie et territoire alors que leur culture devient interdite.

    Quelqu'un qui souhaite uniquement une synthèse appréciera ce livre. Mais il ne fait guère mieux. Il manque une explication des actions des colons et des autochtones, une prise en compte des différents contextes. Ainsi, le fonctionnement idéologique et pratique du "Bureau des indiens" n'est jamais présenté. Les croyances et cultures des autochtones ne sont jamais décrites non plus, ou très peu. Le contexte historique est considéré comme connu par un public qui est probablement censé être déjà au courant de l'histoire des États-Unis. Il manque beaucoup pour faire de cet ouvrage plus qu'une synthèse de surface mais est véritable travail d'histoire profonde.

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  • Le monde chinois 2. L'époque moderne Xème siècle - XIXème siècle par Jacques Gernet

    Titre : Le monde chinois 2. L'époque moderne Xème siècle - XIXème siècle
    Auteur : Jacques Gernet
    Éditeur : Armand Colin 2005 (1972)
    Pages : 380

    Ce second tome contient les livres 5 à 9 de l'ouvrage originale. L'auteur se concentre ici sur près de 10 siècles d'histoire, soit les Songs, les Mings et les Mongoles entre les deux. Afin de nous faire comprendre les changements que la société chinoise a connue durant cette longue période l'auteur ne s'intéresse pas uniquement à la question politique. Celle-ci est présentée, bien entendu, on apprend comment les changements de dynasties ont lieu et pourquoi elles deviennent nécessaires. L'auteur semble vouloir nous montre que chacune des dynasties se repose sur les échecs de la période précédente avant d'entrer dans une forme de décadence due à des problèmes de systèmes politiques. Ainsi, les dynasties tentent de créer de nouveaux systèmes ou de revenir aux anciens, mais la société elle-même a trop changé pour permettre un fonctionnement adéquat des institutions.

    L'auteur nous montre aussi la vie matérielle et intellectuelle de la Chine. Ce sont les inventions et les pensées qui sont décrites dans un grand nombre de chapitres. Ce qui permet à Gernet de nous démontrer la richesse intellectuelle de la civilisation chinoise mais aussi les remises en cause des Classiques alors que certains intellectuels commencent à fonder des écoles critiques d'études de l'histoire. Une idée stimulante de l'auteur concerne les relations entre la Chine et l'Europe avant le XIXème siècle. Selon Gernet, la conquête mongole a permis une communication inédite entre les mondes continentaux et la Chine aurait eu un impact oublié sur l'époque moderne européenne, lui offrant idées et techniques.

    Cet ouvrage se termine sur les relations sino-européennes. Celles-ci sont difficiles. Les religieux essaient de convertir des Chinois mais l'incapacité du Pape à comprendre la Chine pousse au refus des traditions rituelles ce qui ne permet pas de cohabitation. De plus, les techniques européennes commencent à entrer en Chine mais ne sont pas toujours mises en valeur car le pays est épuisé par les guerres civiles. Selon l'auteur, ce n'est donc pas un simple traditionalisme des élites qui expliquerait l'incapacité du pays à résister à l'Europe, au contraire de nombreux intellectuels essaient d'adapter techniques et pensées au monde chinois, mais les guerres et la corruption due à un système politique inadapté. Petit à petit, cela permet une ingérence de plus en plus importante du monde européen qui impose des traités inégalitaires à l'Empereur après des actions de guerre. Au fil du temps, ces traités font perdre le contrôle des ports et de certaines capacités régaliennes ce qui affaiblit encore plus le pouvoir de l'Empereur. Les critiques internes mèneront à des tentatives de réformes puis à une tentative démocratique alors que les communistes essaient de prendre le contrôle du pays, ce qui est décrit dans le tome 3.

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  • Histoire de la Chine ancienne et impériale par Damien Chaussende

    Titre : Histoire de la Chine ancienne et impériale
    Auteur : Damien Chaussende
    Éditeur : PUF 16 mars 2022
    Pages : 128

    Je ne connais que très peu de choses concernant l'histoire de la Chine. Je compte tenter de connaitre un peu mieux celle-ci prochainement. Mais elle est vaste. Pour m'aider, je me suis lancé dans cette courte synthèse, récente, écrite par Damien Chaussende. Le livre est construit de manière chronologique en 8 chapitres. L'auteur a eu la bonne idée d'ajouter aussi deux cartes, une chronologie et un lexique qui permettent de mieux se situer dans les événements, les lieux et de comprendre les termes importants.

    Le livre commence dans la Chine ancienne plusieurs milliers d'années avant JC et se terminer avec les Quinq en 1911. Il n'y a donc pas de chapitres concernant la Chine populaire ni la République. Les chapitres sont divisés selon les différentes dynasties qui ont pris le pouvoir. Ce qui permet à l'auteur de mettre en avant les réussites artistiques, politiques mais aussi de montrer comment les dynasties perdent le contrôle du pays avant qu'une nouvelle dynastie n'apparaisse.

    L'auteur réussit l'exploit de rendre intéressant un texte extrêmement synthétique. Il explicite les fonctionnements politiques mais aussi les idéologies qui existent aux différentes époques. Mieux encore, il donne envie d'aller plus loin et de comprendre le détail de l'histoire des différentes dynasties. De plus, ce livre me semble réussir à offrir des connaissances de bases sur lesquelles on pourrait se reposer lors de la lecture de livres plus spécialisés.

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  • Les routes de l'esclavage. Histoire des traites africaines, VIe-XXe siècle par Catherine Coquery-Vidrovitch

    Titre : Les routes de l'esclavage. Histoire des traites africaines, VIe-XXe siècle
    Autrice : Catherine Coquery-Vidrovitch
    Éditeur : Albin Michel et Arte 10 février 2021
    Pages : 312

    Ce livre est le seconde de Catherine Coquery-Vidrovitch que je termine. L'autrice avait déjà produit un petit ouvrage synthétique sur l'histoire de l'esclavage. Elle écrit aussi sur l'histoire du continent africain. Cet ouvrage se vend une adaptation de la série de 4 documentaires sur arte nommés "Les routes de l'esclavage." Ces documentaires étaient découpés chronologiquement jusqu'à nos jours. À noter que le coffret DVD ajoute un bonus concernant l'histoire d'une révolte d'esclaves.

    Cette adaptation prend la forme d'un livre de 11 chapitres qui suivent, plus ou moins, les propos des documentaires d'arte. L'autrice y fait une présentation générale de l'histoire de l'esclavage en commençant par sa définition. Elle mentionne l'esclavage aussi bien dû aux arabes et musulmans que l'esclavage dû aux européens et les liens avec les pouvoirs locaux, sur le continent africain, que cela implique. Bien entendu, elle place de l'importance sur les révoltes, et la peur des révoltes pour mieux terminer sur les mouvements abolitionnistes. Elle mentionne aussi la force des mouvements de marronnage, en particulier sur le continent sud-américain. Elle parle d'états capables de défendre une population et de contester le contrôle des colons blancs.

    Etant donné le but de ce livre, une adaptation d'une série de documentaire, l'autrice se repose principalement sur des entretiens avec des spécialistes. Les notes de bas de pages sont peu nombreuses et renvoient principalement à ces entretiens. Comme mentionné plus haut, la construction du livre n'est pas strictement chronologique. Une partie du livre est thématique, parlant aussi bien des personnes qui ont profité de l'esclavisation que des mouvements abolitionnistes pour terminer sur la question du racisme scientifique et de ses effets jusqu'à nos jours.

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  • Les sorcières. Une histoire de femmes par Céline du Chéné

    Titre : Les sorcières. Une histoire de femmes
    Autrice : Céline du Chéné
    Éditeur : Michel Lafon 24 octobre 2019
    Pages : 166

    J'ai un certain nombre de livre sur l'histoire de la chasse aux sorcières. Ce petit livre n'est pas une étude historique ni un essai comme Mona Chollet en écrit. C'est une adaptation écrite de l'émission LSD (La Série Documentaire) sur France Culture. Celle-ci a été diffusée du 16 au 19 avril 2018. Céline du Chéné, après avoir travaillé sur le format audio, a décidé de l'adapter en livre sous la forme de 4 chapitres, pour chaque émission.

    Les quatre chapitres concernent la chasse, proprement dites, la sorcellerie, la figure de la sorcière et finalement son aspect politique. Pour construire l'émission et le livre l'autrice s'est reposée sur des historiens et historiennes, des chercheuses mais aussi, pour la dernière partie, sur des sorcières revendiquées. Elle ajoute une iconographie en lien avec le propos ainsi qu'une bibliographie et une filmographie.

    Les personnes qui, comme moi, ont lu des recherches spécialisées pourraient être frustrées par ce livre. Il reste simpliste et ne gratte que la surface de la question. Même si j'ai apprécié qu'il commence par le cas de la Michée Chauderon, qui fut publié quelques temps avant l'émission, on sent que ce livre adapte en format papier un autre support. Ce qui fonctionne à la radio ne fonctionne pas tout à fait en format écrit. Parfois, les transitions me semblent un peu trop abrupts entre deux personnes, deux questions.

    Cependant, j'ai apprécié la mise en place d’une étude de la sorcellerie actuelle et de ses positions politiques. C'est un sujet que je connais très peu. Le livre nous montre que le politique est inscrit dans un mouvement religieux. Les deux fonctionnent ensemble afin de créer un mouvement qui mettent en cause le capitalisme et le patriarcat tout en créant une religion "féminine" en faveurs de la nature. Bien entendu, il y a bien plus à comprendre des Wicca et des sorcières politiques, et j'espère trouver d'autres études quand j'en aurais le temps.

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  • Histoire de la misogynie. Le mépris des femmes de l'antiquité à nos jours par Adeline Gargam et Bertrand Lançon

    Titre : Histoire de la misogynie
    Auteur.e.s : Adeline Gargam et Bertrand Lançon
    Éditeur : Arkhé 2020
    Pages : 352

    C'est un gros programme dans lequel ce sont lancés ces deux auteur.e.s. Illes tentent de nous offrir un panorama de l'histoire de la misogynie de l'antiquité à nos jours. La période est énorme, le sujet l'est tout autant. Mais la misogynie étant fondamentale dans le fonctionnement des sociétés occidentales sont étude est parfaitement justifiée.

    Les auteurs tentent d'étudier le sujet en essayant de comprendre la provenance de la misogynie. Cela les conduit à utiliser leurs connaissances de spécialistes afin d'examiner les anciens mythes. Une bonne partie du livre consiste à expliciter ces mythes et la manière de les comprendre et donc de savoir comment le monde humain est divisé entre Hommes et Femmes avec cette dernière comme forme soumise de l'humanité.

    Les auteur.e.s se concentrent aussi sur la Bible ainsi que ses commentateurs, en particulier les pères de l'église. J'ai trouvé cet examen particulièrement stimulant puisque les auteur.e.s commencent par décortiquer les traductions et les commentaires de la genèse. Illes nous parlent aussi du fonctionnement des termes et de leur traduction en termes de droits mais aussi de philosophies.

    Le livre est extrêmement vaste. Il est difficile de traiter tous les aspects comme il se doit. Il me semble que cette limite est particulièrement visible dans les chapitres qui s'intéressent au temps présent. Bien que les auteur.e.s réussissent avec succès à montrer les liens entre la mythologie et certaines idées du XIXème et du XXème siècle, leur propos se concentre sur la France contemporaine. Sans être inintéressant, loin de là, la lecture permet de sentir que ces derniers chapitres sont moins dans la réflexion et plus dans le commentaire de changements encore en cours. Mais, encore une fois, cela n'enlève rien à la richesse d'une livre qui fut sûrement difficile à écrire au vu du projet.

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  • Être esclave. Afrique-Amériques, XVe-XIXe siècle par Catherine Coquery-Vidrovitch et Eric Mesnard

    Titre : Être esclave. Afrique-Amériques, XVe-XIXe siècle
    Auteur.e.s : Catherine Coquery-Vidrovitch et Eric Mesnard
    Éditeur : La Découverte 5 septembre 2019
    Pages : 336

    Nombreux sont les ouvrages sur l'histoire de l'esclavagisme, un certain nombre de récits de vie ont été publiés et parfois adaptés pour le grand et le petit écran. Tout aussi nombreux sont les documentaires et les actions de mémoire. Ce livre se veut une synthèse prenant en compte les dernières découvertes et modifications de l'historiographique. Ce qui permet aux deux auteur.e.s de s'intéresser aussi bien à la traite atlantique qu'à la traite interne au continent africain, montrant les relations entre différents pays ayant permis la traite atlantique.

    Le livre est plus ou moins divisés chronologiquement, avec quelques chapitres plus thématiques. Cette construction permet d'observer de quelle manière les européens se greffent au fonctionnement de la traite interne à l'Afrique, provenant en particulier du monde musulman mais aussi de la création d'états côtiers organisant la capture et la vente d'esclaves en tant qu’intermédiaires. L'interdépendance, et les effets, des différentes traites permet de mieux comprendre pourquoi il faut si difficile de stopper le commerce des esclaves, trop de personnes mais aussi d'états avaient des intérêts dans l'esclavage, et l'ordre social-raciste impliqué, pour souhaiter la fin de la mise en esclavage.

    En dehors de ces points chronologiques, la postface explique avec raison que l'un des apports importants de ce livre, et de l'historiographie actuelle, est de prendre en compte les capacités d'action des personnes mises en esclavage. Ces personnes, hommes comme femmes, ne sont pas dénuées de possibilités de résister ou de parler. Certaines personnes mises en esclavages furent des princes, ou des marchands riches, capturés par des ennemis lors de raids et qui mirent en récit leur expérience (tout en continuant le commerce des esclaves). Les résistances sont nombreuses. Elles peuvent être de bas niveaux, un travail bâclé par exemple, mais aussi plus impressionnantes comme le furent les grandes révoltes. En particulier, l'exemple de Haïti fut une grande crainte pour les puissances esclavagistes qui y voyaient non seulement un exemple de ce qui peut arriver mais aussi un symbole d'espoir pour les populations mises en esclavage. Ce qui explique le traitement que subit Haïti qui ne fut reconnu qu'après avoir "remboursé" les possesseurs d'esclaves, créant une spirale de dettes qui a un effet jusqu'à nos jours. Ce livre me semble adéquat pour qui veut mieux comprendre cette histoire tout en ayant accès à des questionnements plus récents.

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  • Le Japon pré-moderne 1573-1867 par Ninomiya Hiroyuki

    Titre : Le Japon pré-moderne 1573-1867
    Auteur : Ninomiya Hiroyuki
    Éditeur : CNRS 2017
    Pages : 234

    Je ne connais pas l'histoire du Japon. Je ne suis pas non plus fasciné par la culture japonaise comme certaines personnes peuvent l'être. Ce qui ne veut pas dire que je ne m'y intéresse pas, tout en avouant mon absence de connaissances dans le domaine. En dehors de quelques séries adaptées d’œuvres japonaises, je ne connais que peu de choses. Souhaitant réparer un manque dans ma culture générale, je me suis lancé dans ce petit livre qui promettait d'être une introduction à une période précise de l'histoire du Japon.

    Il m'est impossible de savoir si comment ce livre s'inscrit dans l'historiographie, si c'est une bonne lecture ou quelles sont ses réelles limites (en dehors de celle que je peux trouver malgré mon manque de connaissances). Le premier point à mettre en avant concerne le but de ce livre. C'est un tiré à part d'un chapitre précis, offert à l'écriture à Ninomiya Hiroyuki, au sein d'un projet plus large malheureusement indisponible actuellement. Ainsi, ce livre commence et se termine de manière abrupte. L'auteur considère que nous savons ce qui s'est déroulé après et que la continuité sera offerte par un autre chapitre. Ce n'est pas le cas pour cette édition, ce qui crée une certaine forme de frustration.

    Ce livre est aussi un exercice synthétique. Le but de l'auteur est de communiquer des informations de base sur une période précise, on perd en complexité mais cela permet à des personnes profanes de mieux suivre les événements. Le livre est constitué aussi bien de chapitres événementiels, le premier et le dernier chapitres ouvrent la période et la referme, que d'étude socio-économique. Nous avons une vision complète de la période, au prix de quelques répétitions et de simplifications. En ce qui me concerne, c'était acceptable. Trop de complexité ne m'aurait pas permis de vraiment entrer dans ce livre.

    Il est dommage que ce livre ne soit pas accompagné d'une bibliographique, il y a des notes de bas de pages, qui permette de savoir vers quels livres se diriger pour une thématique précise. Mais ce que je déplore sont l'absence d'annexes concernant les biographies des personnes nommées et d'un glossaire pour les personnes, comme moi, qui ne sont pas familières des termes. Cependant, la lecture n'est pas forcément obérée par ces quelques manques. Au contraire, je souhaite en apprendre plus.

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  • Histoire de l'Inde moderne. 1480-1950 sous la direction de Claude Markovits

    Titre : Histoire de l'Inde moderne. 1480-1950
    Direction : Claude Markovits
    Éditeur : Fayard 11 mai 1994
    Pages : 744

    Je ne connais pratiquement rien à l'histoire de l'Inde. Ce gros livre qui début bien après la constitution de la civilisation indienne n'est probablement pas un bon moyen d'entrer dans cette histoire si l'on n'a pas un minimum de connaissances. Les premiers chapitres sont les plus difficiles pour entrer dans ce livre. Dès que l'on entre dans la période des colonisations le récit devient plus facile pour quelqu'un ne connaissant rien à l'Inde. Le livre est constitué de 6 parties pour 27 chapitres écrits par plusieurs personnes.

    Les deux premières parties se déroulent avant la création de l'Empire colonial anglais. Les relations avec l'Europe sont présentes, mais moins importantes qu'elles ne le seront. Ces deux premières parties vont jusqu'au XVIIIème siècle. Les auteurs y décrivent d'abord une Inde contrôlée par différents royaumes aux forces militaires et économiques différentes. Leurs relations sont basées sur le conflit ce qui permet de se débarrasser de certains dirigeants. La seconde partie montre l'importance grandissante de l'Empire Moghol, musulman, qui prend progressivement le contrôle du continent tout en laissant les différents dirigeants en place. La dynastie change de dirigeants à la suite de guerres civiles internes. À la fin de la seconde partie, les auteurs expliquent les raisons de la perte de puissance de l'Empereur, en particulier militaire et fiscale, mais celui-ci reste la source de la légitimité. Les Anglais en useront pour se présenter comme des dirigeants légaux puis comme les successeurs de l'Empire Moghol.

    L'importance grandissante du Royaume-Uni intéresse un grand nombre de chapitres des parties 3 et 4 qui examinent la transition entre l'Empire Moghol et l'Empire colonial anglais, le Raj. Les auteurs nous montrent que le Royaume-Uni aurait pu ne pas prendre cette importance. Premièrement, la France est une rivale directe. Mais les différentes guerres et le manque de volonté royale implique rapidement l'abandon de l'Inde en faveurs des îles à sucre. En second lieu, le Royaume-Uni ne souhaitait pas conquérir l'entier du continent. D'ailleurs, la conquête est faite par une entreprise privée qui prend, progressivement, le contrôle des impôts et de la défense des princes au nom d'un commerce capable de créer des profits. Le contrôle commence par un lien direct avec l'Empereur puis par des traités avec les différents princes. Cette période de prise de contrôle du territoire se termine avec une révolte importante contre les Anglais : la révolte des Cipayes.

    Les deux dernières parties sont assez différentes. La sixième partie se concentre sur un territoire français et une île contrôlée par les Anglais. Le but est de donner des points de comparaisons permettant de comprendre le fonctionnement de l'Empire colonial anglais. La partie 5, elle, se concentre sur la période impériale pour se terminer avec l'indépendance et les raisons de la partition en deux pays. Les auteurs commencent par décrire le fonctionnement rural, urbain et religieux du pays. Dans un second temps, les auteurs se concentrent sur les contestations de plus en plus importantes de l'Empire et des Anglais. Celle-ci commence au sein d'un Congrès créé par un Anglais. Ce Congrès devient vite l'une des bases de la contestation, peu prise au sérieux, avant que Gandhi ne réussisse à créer des mouvements de masse contre l'Empire. Cependant, ce n'est qu'après la Deuxième guerre mondiale que les Anglais proposent un calendrier précis, après avoir compris qu'ils ne pouvaient pas garder le contrôle du pays sans de nombreuses forces armées. Les différentes tensions religieuses et politiques mènent à une partition en deux pays basés sur des critères religieux.

    Ce livre ne peut pas tout expliciter. Il commence au XVème siècle et se termine en 1950. Une grande partie de l'histoire indienne est donc absente. Mais peut-on en vouloir aux auteurs de s'être concentrés sur une période précise ? Même ainsi, les informations données par auteurs dans les différents chapitres sont nombreuses et permettent de comprendre le fonctionnement actuel de cette région, ainsi que les tensions internationales actuelle.

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  • Histoire des Etats-Unis sous la direction de Bernard Vincent

    Titre : Histoire des Etats-Unis
    Direction : Bernard Vincent
    Éditeur : Flammarion 21 septembre 2016 (champs histoire, 4ème édition)
    Pages : 719

    Cette histoire des Etats-Unis est le second livre qui tente de faire une histoire globale de ce pays que je lis en peu de temps. Le contraste n'est pas saisissant entre le manuel présenté ici le 2 juillet et ce livre qui regroupe des contributions de plusieurs spécialistes. Une différence majeure est l'adjonction au texte d'encadrés qui explicitent certaines questions précises. Une autre est la fin du livre, là où le manuel commençait une étude de la présidence Trump se livre collectif se termine en 2016 avant l'élection de Trump à la présidence.

    Le livre dirigé par Bernard Vincent suit une structure chronologique qui début lors de la création des colonies, 1607, jusqu'en 2016. Le champ d'investigation est donc large et les chapitres découpent ce temps en 20 à 30 ans (sauf le premier et le dernier). Tout comme le manuel, la place des présidences est importante dans ce découpage chronologique ce qui donne à l'état fédéral et aux actions présidentielles une importance supérieure, dans le texte, aux autres parties du pays. Les histoires des différents États qui constituent les Etats-Unis sont peu explicitées.

    Cependant, il me semble que ce livre commun réussit mieux que le manuel de Lacroix à mettre en avant l'importance des questions socio-économiques. Il me semble aussi que les auteurs du livre donnent plus d'importances aux questions des luttes sociales. Ainsi, on apprend quelques petites choses sur les autochtones et leurs relations aux États-Unis mais aussi sur la place toujours subalterne des noirs américains. Ce qui n'empêche pas les auteurs d'afficher une neutralité de façade face aux revendications antiracistes après les meurtres commis par des policiers. Certes, les auteurs marquent l'importance de ces faits pour comprendre la division des États-Unis, mais ils échouent, à mon avis, à conceptualiser ces faits.

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  • Histoire des femmes en occident 3. XVIe-XVIIIe siècle sous la direction de Natalie Zemon Davis et Arlette Farge

    Titre : Histoire des femmes en occident 3. XVIe-XVIIIe siècle
    Direction : Natalie Zemon Davis et Arlette Farge
    Éditeur : Perrin 28 février 2002
    Pages : 672

    En 1991 était édité 5 volumes d'histoire des femmes en occident, réédités en poche chez Perrin. Ce livre est le troisième tome. Je n'ai toujours pas le quatrième. Il se concentre sur la période moderne ce qui implique d'observer les changements durant une période de transition entre le moyen âge et l'époque contemporaine, la Révolution française. Les directrices ont utilisé 14 auteur-e-s pour 16 chapitres en 3 grandes parties. Je relie les deux dernières parties qui parlent de dissidences. Il ne faut pas oublier deux extraits de sources sur deux vies de femmes.

    La première partie, constituée de 6 chapitres, s'intéresse à la place des femmes au sein de la société moderne occidentale. Les chapitres présentent aussi bien l'éducation que le travail ou le politique. Les différentes autrices mettent en avant que les femmes ne soient pas à égalité avec les hommes. Ainsi, l'éducation n'est pas complète et vise surtout à donner des connaissances sommaires afin de permettre aux femmes de tenir le ménage et de vivre professionnellement. Le travail n'est pas le même non plus. Cependant, il peut arriver que des femmes doivent gérer les magasins de leurs anciens maris, ou lors d'un long voyage de celui-ci. Deux chapitres s'intéressent aussi à la beauté et aux soins. La beauté peut être un bien mais aussi un danger, surtout pour les femmes pauvres. Tandis que les soins se modifient avec la peur de l'eau. Il devient plus important de se poudrer, de se parfumer et de porter un linge de corps blanc.

    Une seconde partie s'intéresse aux paroles autours des femmes. 4 chapitres sont édités. Ils s'intéressent à la littérature, au théâtre, à la philosophie mais aussi à la médecine et à la science. Ces chapitres se rejoignent en montrant que les auteurs et scientifiques modernes défendent un rôle différent pour les femmes. Rares sont les hommes qui considèrent que les femmes ont les mêmes capacités que les hommes (mais ils existent). Ces différentes paroles permettent aussi de montrer des craintes spécifiques. Ainsi, le théâtre, selon le chapitre dédié, implique un danger pour les actrices qui risquent d'entrer dans une forme de prostitution. Tandis que la science et la médecine naturalisent un rôle féminin différent de celui des hommes.

    Enfin, une troisième partie se concentre sur les dissidences en 5 chapitres. Deux chapitres se concentrent sur les femmes qui essaient d'entrer dans les conversations politiques et scientifiques. D'une part, les précieuses et la création des salons sont examinés. D'autre part, un chapitre se concentrer sur les femmes journalistes et les journaux féminins dont certains sont très critiques envers le fonctionnement de la société. Les trois chapitres suivants parlent plutôt de criminalité. Bien entendu, cela implique de parler des sorcières. Mais on apprend aussi des choses sur les criminalités féminines. Celle-ci est vue comme dangereuse lorsqu'elle implique les enfants mais aussi lorsque les servantes volent leurs maîtres. Enfin, un dernier chapitre se concentre sur les émeutes qu'il conçoit comme un passage du privé au politique. Les émeutes débutent souvent face à des denrées dont les prix augmentent sans assez de justification. IL faut donc forcer un prix juste avant de retourner au privé.

    Comme tous les autres tomes, cette histoire des femmes en occident est très dense. Les chapitres donnent beaucoup d'informations et une connaissance générale de la période est un plus. Cependant, il me semble que cette histoire des femmes en occident parle peu d'autres espaces que le royaume de France.

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  • Histoire de l'Europe par Jean Carpentier, Jean-Pierre Pautreau, Alain Tranoy, Elisabet Carpentier, Jean-Pierre Arrignon, François Lebrun, Dominique Borne et Jean-Jacques Becker

    Titre : Histoire de l'Europe
    Auteur-e-s :  Jean Carpentier, Jean-Pierre Pautreau, Alain Tranoy, Elisabet Carpentier, Jean-Pierre Arrignon, François Lebrun, Dominique Borne et Jean-Jacques Becker
    Éditeur : Seuil 1 décembre 2014
    Pages : 672

    L'Europe est défini en termes géographiques et politiques. Géographiquement on prendre en compte aussi bien l'ouest qu'une partie de l'est. On s'arrête vers la Turquie et sur les côtes de la méditerranée. Politiquement, l'Europe se définit comme un ensemble d'entités politiques qui, au fil de l'histoire, forment la civilisation dites occidentale qui sera imposée via l'impérialisme à une grande partie du monde actuel. Ce livre souhaite faire l'histoire de cet ensemble d'entités basées sur une forme de culture commune qui s'est construite, difficilement, historiquement. Il commence dans la préhistoire pour se terminer aux années 2000.

    Le livre est écrit à plusieurs mains, une nécessité pour ce type de programme puisque personne ne peut être expert de toutes les époques et de tous les pays impliqués dans cette histoire globale du continent européen. Il est divisé en 5 parties chacune se concentrant sur une période particulière et donc sans remettre en cause le découpage chronologique classique. Ce n'est pas le but de l'ouvrage qui souhaite offrir une base synthétique de l'histoire européenne. Ce programme est une réussite. Le texte est fluide et bien écrit. Les spécialistes ou les amateurs pourraient souhaiter en savoir plus sur certains événements, mais le livre est déjà bien gros et seul un projet bien plus vaste pourrait permettre d'entrer dans des détails spécifiques. Les auteur-e-s ont aussi la bonne idée d'ajouter des sources brièvement commentées ainsi que de nombreuses annexes (les arbres généalogiques des dynasties européennes me durent particulièrement utiles.)

    Une personne qui ne souhaite que des informations globales lui permettant de combler des trous dans ses connaissances appréciera ce livre. Les historien-ne-s pourraient être frustré-e-s. En effet, l'énormité de l'espace et du temps considéré implique des difficultés en ce qui concerne la mise en place d'une problématique. Un problème récurrent dans les ouvrages qui se souhaitent des manuels. Personnellement, je suis sceptique face au début du livre. Je ne crois pas qu'il soit possible de parler d'Europe lors de la préhistoire voire lors de l'antiquité. En effet, Europe est un terme aussi politique que géographique. Or, ce n'est que tardivement durant la période romaine que les peuples commencent à penser un espace politique et géographique commun. Même là, une partie de ce qui est considéré européen aujourd'hui est marginalisé. Le choix de la chronologie me semble donc questionnable.

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  • Les féminismes en Europe. 1700-1950 par Karen Offen

    Titre : Les féminismes en Europe. 1700-1950
    Autrice :  Karen Offen
    Éditeur : Presses Universitaires de Rennes 2012
    Pages : 544

    J'ai lu plusieurs ouvrages d'histoire des féminismes. Ceux-ci sont, malheureusement, souvent centrés uniquement sur la France voire même à Paris spécifiquement. Il existe des exceptions comme le très bon Histoire mondiale des féminismes. Je souhaitais en savoir plus sur des féminismes non-francophones je me suis donc lancé dans la lecture de ce livre qui se concentre sur l'Europe entière. Il est construit en trois parties chronologiques. Le livre débute par un chapitre qui permet à l'autrice de conceptualiser le terme de féminisme tout en explicitant le fonctionnement de son livre.

    La première partie se concentre sur les années du XVIIIème siècle à l'aide de deux chapitres qui nous parlent des Lumières et de la Révolution Française. Karen Offen explique que cette période ne connait pas le terme de féminisme, mais cela ne doit pas empêcher d'examiner les moments de luttes en faveurs des droits des femmes. En effet, aussi bien des hommes que des femmes ont débattus et écrits afin de savoir si les femmes peuvent avoir une place égale aux hommes au sein de la Cité. En particulier, la Révolution Française est un premier moment de débat concernant les droits de vote. En effet, les hommes reçoivent ce droit mais les femmes en sont exclues. Outre cette question, les femmes revendiquent une éducation identique à celle des hommes en récusant une capacité de réflexion moindre face aux hommes. La question de l'éducation se retrouve dans plusieurs textes. L'autrice nous explique aussi que le rejet de la Révolution implique un rejet des droits des femmes, vus comme révolutionnaires.

    La seconde partie, de 5 chapitres, s'intéresse au XIXème siècle. C'est un siècle remplit d'événements politiques et de tentatives de révolutions, réussies ou non. Les mouvements féministes se greffent et tentent d'utiliser ces insurrections pour gagner des droits civils et civiques et sont mis sous silence lors des moments de reprises de contrôles. Ainsi, 1848 mais aussi les chutes des différentes monarchies françaises permettent aux femmes de demandes des droits égaux et, en particulier, le droit de vote. La période permet également de relancer le souhait d'une même éducation et la possibilité d'entrer au sein des universités. Cependant, le XIXème siècle est aussi un moment de lutte antiféministe avec la mise en place de ce que l'autrice nomme une guerre des savoirs. Les hommes et femmes antiféministes tentent de prouver une incapacité spécifiquement féminine de faire les mêmes choses que les hommes ce qui permet de justifier leur place au sein du foyer, protégée. Même les mouvements socialistes commencent à refuser les causes féministes au profit d'une part de la cause ouvrière mais aussi du travail des hommes. Les femmes sont vues comme des concurrentes potentielles dont le travail doit être régulé et protégé. Dans l'idéal, les ouvriers considèrent que le travail féminin ne doit exister que durant une période de célibat avant un mariage avec un homme qui offre des ressources financières adéquate à toute la famille.

    La dernière partie, en 4 chapitres, nous parle de la première partie du XXème siècle. En effet, l'autrice a décidé de ne pas traiter des mouvements féministes après 1950. Ces 4 chapitres font très attention aux périodes de guerres. Alors que certains mouvements féministes, nationaux comme internationaux, tentent d'éviter une guerre et considèrent que le féminisme est fondamentalement pacifique et la guerre fondamentalement masculine, d'autres mouvements féministes s'inscrivent dans le nationalisme et l'effort de guerre ou de résistance par la maternité. Il faut prendre en compte que nous sommes dans une période de craintes face aux pertes démographiques qui impliquent une pénalisation de plus en plus importante des contraceptions et de l'avortement. La guerre est aussi un moment qui met en danger les mouvements féministes. En effet, un grand nombre de femmes sont mortes et ne peuvent donc pas transmettre leurs archives, leurs connaissances ou le contrôle des organisations. Mais c'est aussi un moment d'internationalisation à l'aide de la SDN puis de l'ONU qui, tous les deux, s'intéressent à la cause des femmes en faveurs de l'égalité menant des recherches et enquêtes internationales.

    Ce livre est une somme importante de connaissances. L'autrice s'intéresse à un grand nombre de pays. Seuls quelques chapitres se concentrent sur des pays précis afin de permettre de répondre à des questions précises à l'aide d'un examen comparatif. L'autrice utilise et analyse un nombre impressionnant de sources de natures diverses et qui permettent de justifier son propos. Ainsi, malgré une idée souvent exprimée, les premiers mouvements féministes ne se contentent pas de parler du droit de vote. Déjà au XIXème siècle se pose la question du travail, de l'éducation, du salaire mais aussi de la politique familiale via la protection de la maternité et de l'amour libre, tenté par quelques couples. Cependant, je déplore que l'autrice ne se soit que peu intéressées aux relations entres les féministes européennes et les populations des colonies. La question de la race est un angle mort de ce livre. Les livres Ne nous libérez, pas on s'en charge ainsi qu’Histoire mondiale des féminismes donnent bien plus d'informations sur ce point et permettent de mettre en avant les tensions entre féminismes européens et féminismes dans les colonies et par les personnes racisées.

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  • La République Helvétique. Laboratoire de la Suisse moderne par Biancamaria Fontana

    Titre : La République Helvétique. Laboratoire de la Suisse moderne
    Autrice : Biancamaria Fontana
    Éditeur : Presses polytechniques et universitaires romandes 3 novembre 2020
    Pages : 160

    La République Helvétique est souvent décrite ainsi : c'est une période méconnue de l'histoire du pays et c'est le régime le plus détesté de l'histoire de la Suisse. En dehors de ces deux proclamations peu de personnes ont réellement des connaissances concernant cette courte période de ce qui deviendra, ensuite, un pays reconnu et modelé par les grandes puissances européennes. Pourtant, cette courte période est riche aussi bien en événements qu'en idées qui sont ensuite réutilisée pour la construction de l'état Suisse. Biancamaria Fontana, dans ce petit livre, tente de mettre en avant la richesse des débats de l'époque autours des différentes questions posées par la République Helvétique.

    Le premier et le dernier chapitres font offices d'introductions et de conclusions à l'ouvrage. Le second chapitre pose la question du lien entre la France, sous le régime du Directoire, et les demandes d'aides de la part de milieux prorévolutionnaire en Suisse. Ce chapitre permet d'expliquer les raisons derrière la construction d'un état uni, du moins sur le papier, et donc la destruction des états cantonaux ancestraux. Cette union permet de détruire les anciennes aristocraties mais, sans le vouloir, cela permet aussi de concrétiser l'existence de la Suisse en tant qu'état en Europe.

    Les chapitres 3 et 4 s'intéressent aux débats internes au pays. Tout d'abord, se pose la question de la nouvelle constitution. Celle-ci garde l'idée de démocratie mais imite les institutions françaises. Ce qui implique une séparation des pouvoirs qui n'existait pas auparavant. Ensuite, se pose la question du fonctionnement du fédéralisme dans un monde moderne. Plusieurs auteur.e.s sont ici mobilisé.e.s par Biancamaria Fontana. Ce qui lui permet de mettre en avant une certaine contemporanéité des questions soulevées, par exemple le lien entre les dirigeants politiques et la population.

    Le chapitres 5 et 6 me semblent s'intéresser aux relations avec le reste du monde et la France en particulier. En effet, la République Helvétique est souvent intégrée aux républiques sœurs mises en place lors des guerres du Directoire aussi bien comme moyen d'étendre les idées révolutionnaires que comme moyen de défense externes. Ces républiques sœurs ont eu une courte histoire, subissant soit la reprise de contrôle de la part de monarchie soit l'intégration au sein de la France tout en ayant vécu des spoliations militaires par l'armée française. Le destin de la Suisse est différent puisque, comme l'explique le chapitre 6, Napoléon convoque des suisses afin de créer un nouveau régime, plus stable et qui durera jusqu'au congrès de Vienne en 1815, sous le nom de Médiation. Même si une partie de ce qui est la République Helvétique est abandonné cet acte de Médiation consolide d'autres points, en faisant des acquis.

    Ce livre est très synthétique et s'intéresse peu aux événements ou aux questions sociales. L'autrice analyse les différentes œuvres philosophiques et politiques tout en les insérant dans un contexte précis. Par son analyse elle permet de comprendre de quelle manière des idées permettent de remodeler le pays ou sont confrontées à la réalité et donc amendées. Selon moi, nous avons ici un bon livre qui permet à tout un chacun de mieux comprendre cette courte période de notre histoire, période pourtant si liée à la constitution de 1848.

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  • Ne nous libérez pas, on s'en charge. Une histoire des féminismes de 1789 à nos jours par Bibia Pavard, Florence Rochefort et Michelle Zancarini-Fournel

    Titre : Ne nous libérez pas, on s'en charge. Une histoire des féminismes de 1789 à nos jours
    Autrices : Bibia Pavard, Florence Rochefort et Michelle Zancarini-Fournel
    Éditeur : La Découverte 2020
    Pages : 510

    Il existe plusieurs synthèses d'histoire des féminismes. Deux des autrices du présent ouvrage en ont écrit, ce sont deux livres que je possède et que je recommande chaudement. Ces trois chercheuses ont décidé de relier leurs connaissances afin d'écrire une synthèse historique des féminismes en France. L'attente, de ma part, fut intense. Lorsque j'ai acheté ce magnifique ouvrage de près de 500 pages seule une force de volonté importante m'empêcha de me plonger dedans sans pauses ni sommeil. Il faut dire que, outre un texte extrêmement bien écrit, les autrices ont ajouté une bibliographie intéressante mais aussi une iconographie qui est directement reliée au propos. Le livre est construit de manière chronologique en 4 parties.

    La première partie se concentre sur la période 1789-1871 avec 4 chapitres. Les autrices justifient leur choix tout en notant que les féminismes, en tant que mouvement politique, ne sont pas encore nés en 1789. Personnellement, j'aurais apprécié un chapitre entier sur les penseurs et penseuses des droits des femmes de l'époque médiévale. Les autrices se concentrent sur les moments révolutionnaires pour expliciter les tentatives de libéralisation des droits des femmes. Elles notent surtout que ces tentatives sont toujours et presque immédiatement contré par les pouvoirs politiques et les hommes.

    La seconde partie s'intéresse à la période 1871-1944. C'est une période qui est entourée par deux régimes autoritaires avec la création de la Troisième République au centre. C'est aussi la fin du XIXème et donc l'arrivée des thèses marxistes et des luttes syndicales. Bien que des socialistes utopistes aient existé, ils sont moins importants après 1871. L'époque voit deux questions principales. Premièrement, se pose la question de la capacité des femmes à travailler. Faut-il une protection spéciale des femmes ou doit-on leur donner les même droits et devoirs que les hommes ? Une seconde question concerne le droit de vote qui ne sera accepté, en France, qu'en 1944. La période permet aussi d'observer les premiers mouvements antiféministes, on peut mentionner le misogyne Proudhon dont les propos sont difficilement soutenables.

    La troisième partie concerne 1945-1981. Après une perte de vitesse des mouvements féministes, ceux-ci reprennent de l'importance à la suite du livre de Simone de Beauvoir mais aussi après les événements de 68. Les mouvements se rajeunissent fortement tout en théorisant de nombreuses idées. En France, la période permet de poser la question du droit au contrôle de son corps. Dans un pays qui pénalise l'avortement, la contraception et la simple information concernant ces deux thèmes, le militantisme commence par se baser sur des questions purement médicales concernant la contraception. Ce n'est que plus tard que des mouvements féministes décident de s'attaquer à la criminalisation de l'avortement en pratiquant publiquement et en défendant les femmes qui risquent la prison. Marquant l'impossibilité de faire respecter une loi de moins en moins défendable.

    La dernière partie est la plus proche de nous puisqu'elle débute dans les années 80 pour se terminer en mars 2020. Les premiers chapitres démontrent l'intégration des mouvements féministes et des féministes au sein de l'état via des organes officiels mais aussi à l'aide de subventions. Des solutions militantes deviennent des actions professionnelles soutenues par l'appareil d'état et les membres du gouvernement. La période marque aussi les débuts des études sur les femmes, féministes puis de genre à l'université. Mais les autrices marquent aussi le renouveau d'un militantisme qui utilise fortement les outils de communications que sont les réseaux sociaux et internet. Grâce à ces outils, de nouvelles militantes entrent dans les mouvements et revendiquent des idées inclusives, en contradiction avec un féminisme universel. L'inclusion de nombreux combats, contre le racisme, contre l'homophobie, contre la transphobie, est contrée à la fois par des antiféministes et des féministes universalistes. La fin de cette période est marquée par le moment metoo qui aboutit à des condamnations en France même et aux réactions outrées des féministes face aux Césars de 2020, récompensant un homme condamné pour viol ayant fui la justice.

    Ce livre parle des féminismes français. Mais au lieu d'en rester à une histoire classique les autrices mettent en avant les multiples féminismes. En particulier, elles décrivent les féminismes pensés par les personnes racisées de nationalité française et leurs critiques des féminismes des femmes blanches. Les autrices réussissent aussi à montrer la richesse de ces mouvements et leurs combats internes entre différentes tendances. Même en ne s'intéressant qu'à la France, ce livre est riche et permet de bien mieux comprendre un mouvement qui est en train de se renouveler avec l'aide des réseaux sociaux.

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  • La Révolution Française. 1787-1804 par Michel Biard et Pascal Dupuy

    Titre : La Révolution Française. 1787-1804
    Auteurs : Michel Biard et Pascal Dupuy
    Éditeur : Armand Colin 16 juillet 2020
    Pages : 382

    On écrit beaucoup sur la Révolution Française. Les ouvrages peuvent être très spécialisés ou écrit par des personnes qui souhaitent défendre un point de vue politique. Elle est à la fois la source de certaines de nos idées démocratiques et accusée d'être à l'origine de tout le mal actuel. J'avais lu le manuel de Michel Vovelle mais cet autre manuel est plus récent. Il prend en compte les progrès de l'historiographie depuis la fête du bicentenaire de la Révolution, permettant d'avoir une vue ressourcée sur cette période dense de l'histoire occidentale. Le livre est divisé en 14 chapitres dont la moitié est chronologique et l'autre moitié thématique.

    La "première partie" se déroule sur 6 chapitres. Les auteurs commencent par expliquer l'état de l'opinion avant la Révolution. Ils mettent en cause plusieurs explications de l'arrivée de la Révolution, par exemple les explications purement économiques ou culturelles, mais expliquent qu'il existe un effet révolutionnaire en Europe à la suite de la création des États-Unis. Les autres chapitres se concentrent sur les événements. Loin d'en faire un simple récit les auteurs souhaitent nous montrer les problèmes, les tensions internes et les solutions trouvées sur le moment par une population qui vit le moment révolutionnaire.

    La seconde partie est thématique. Les auteurs examinent des sujets classiques. Ainsi, on retrouver l'examen de la religion sous la période révolutionnaire. Mais aussi l'examen de la culture révolutionnaire (et de ses possibilités de survivre plus ou moins longtemps). J'ai particulièrement apprécié les chapitres concernant la contre-révolution et l'antirévolution, deux thèmes que je connais mal, mais aussi le lien avec le milieu international. Bien que les auteurs restent proches de la surface, ils expliquent clairement comment les autres pays ont suivi et importé la révolution puis réagi face à la conquête française. Je déplore tout de même que ce manuel ne parle pas de l'histoire des femmes, pourtant présentent lors de la Révolution. Pour leur histoire, on se reportera au manuel "les femmes dans la France moderne." Le livre nous offre aussi quelques schémas, un calendrier républicain lié au nôtre et surtout une longue chronologie.

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  • De l'Empire britannique au Commonwealth par Henri Grimal

    Titre : De l'Empire britannique au Commonwealth
    Auteur : Henri Grimal
    Éditeur : Armand Colin 1999
    Pages : 416

    La période actuelle semble adéquate pour en savoir plus sur l'histoire britannique. En effet, la fin du brexit approche et celui-ci met fin à des relations fortes avec l'UE suivi de la promesse d'un retour à un âge d'or britannique. Ce livre permet de mieux comprendre comment s'est constitué cet âge d'or qui implique la prise de contrôle économique et politique de larges territoires et leur intégration ultérieure au sein d'une organisation internationale censée fonctionner sur l'idée d'égalité des états. Une organisation qui a tout de même souffert du mouvement des décolonisations. Le livre est constitué de 14 chapitres organisés en 4 parties.

    Le premier chapitre, court, se concentre sur les XVIIème et XVIIIème siècles. L'auteur débute par définir les deux types de colonisations : commerce et peuplement. Le premier type implique des droits sur de petits territoires dans le but exclusif d'échanger et de contrôler le commerce local et international. Le second implique une émigration britannique au sein d'un territoire qui peut s'étendre selon les besoins. L'auteur explicite aussi les premières zones colonisées que sont les colonies d'Amériques mais aussi l'entrée sur le territoire des West Indies. Enfin, l'auteur nous explique que les colonies s'inscrivent dans un système mercantiliste qui implique que la richesse dépend de l'exportation, il faut éviter les importations et donc la fuite de monnaie.

    La seconde partie reprend la période que l'auteur nomme impérialiste. Cela implique de définir le terme mais aussi d'expliquer comment les anglais devinrent impérialistes. En effet, une partie du monde politique et économique anglo-saxon considère les colonies comme des dépenses inutiles qu'il faudrait abandonner. Un effort de propagande est nécessaire pour faire des colonies une nécessité morale pour une nation européenne. L'auteur explique aussi le passage des colonies qu'il nomme blanches à une forme de gouvernement autonome. Cela dépend de l'état local des gouvernements mais permet aussi d'éviter de détruire le lien entre colonies et Londres. Cependant, les Indes ne sont pas concernées. Elles sont administrées par une compagnie privée, avant qu'elle ne disparaisse, dans un but purement commercial. La prise de contrôle de territoires est fortuite avant de devenir un programme défendu par la nécessité de la défense de la paix. Celle-ci étant payée par les Indes et ses habitant-e-s.

    La troisième et la quatrième partie permettent de comprendre le passage d'une logique impériale à une logique de Commonwealth, concept défini au cours du temps par les britanniques. Les colonies blanches entrent facilement dans cette logique. Les colonies du contient africains sont plus délicates. En effet, alors que les britanniques, au XXème siècle, souhaitent une égalité entre personnes ces territoires sont gérées sur une logique de supériorité de race face aux habitant-e-s, un racisme qui permet de justifier une inégalité civique mais aussi le travail forcé qui peut être de l'esclavage. Les colonies telles que l'Inde atteignent plus difficilement le liberté et l'égalité. Ce ne sont que les deux premières guerres mondiales qui permettent de mettre à bas la supériorité virtuelle des britanniques, économiquement et politiquement, qui ouvre la voie à une indépendance. Enfin, l'auteur termine sur un examen du fonctionnement du Commonwealth, de ses crises mais aussi des possibilités futures. Le livre marque ici son âge. Bien qu'il fût réédité en 1999 il fut écrit en 1971.

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  • La réforme par Richard Stauffer

    Titre : La réforme
    Auteur : Richard Stauffer
    Éditeur : Presses universitaires de France 2003
    Pages : 127

    Ni la Réforme ni la période moderne ne sont mes thèmes préférés. Pourtant, il est nécessaire de comprendre un minimum la réforme si l'on souhaite comprendre le fonctionnement politique de la période moderne. Pour cela, je me suis plongé dans ce vieux que-sais-je, la première édition date de 1970, qui examine trois lieux de la réforme en Europe. Ce petit livre permet donc d'avoir une idée générale de la réforme, de ses idées et du fonctionnement politique de celle-ci.

    Le premier et le second chapitre se concentrent sur les débuts de la réforme. L'auteur se concentre sur Luther dont il explique la recherche de salut et les conclusions que cela lui permet d'atteindre. Luther, dans un contexte de remise en cause du fonctionnement de l'église catholique, critique un certain nombre de dogmes dont l'achat des indulgences. Alors qu'il ne souhaite pas forcément créer un schisme il est condamné et doit accepter que son mouvement, d'abord intellectuel, devient une critique externe de l'église. Il refuse tout de même de mettre en cause le fonctionnement social ce qui lui permet d'être soutenu par les princes de l'Empire.

    Les chapitres 3 et 4 se concentrent sur trois lieux de réforme : Strasbourg, Zurich et Genève. L'auteur commence par examiner de quelle manière la réforme est acceptée par les magistrats de Zurich. Ils commencent par créer une dispute qui permet de justifier les idées réformées. Cependant, les réformés sont encore minoritaires au sein de la confédération helvétique et les cantons catholiques essaient de bloquer le mouvement lors de plusieurs guerres de religion internes à l'alliance. Malgré tout, les réformés prennent de l'importance en particulier à Berne. Ce canton, l'un des puissants de la confédération, permet de créer une forme de paix des religions au sein du pays. Genève suit la réforme afin de permettre de s'éloigner à la fois des seigneurs locaux et de l'église catholique. Mais Calvin ne réussit pas à imposer toutes ses vues aux magistrats. Cependant, Genève deviendra l'un des centres les plus importants de la réforme en Europe. La ville soutient les œuvres de Calvin après l'avoir rappelé ce qui permet de créer un horizon pour les réformés du royaume de France.

    Enfin, l'auteur se concentre sur l'anglicanisme. Il explique que celui-ci dépend d'abord de la couronne britannique. Cela le conduit à examiner l'importance de Henry VIII, de son fils Edouard VI et d'Elisabeth I. Bien que Marie Tudor ait tenté un retour au catholicisme, la division avec le Pape est consacrée par Elisabeth I. Cette réforme permet de donner un pouvoir important à la couronne face à l'église catholique. Mais elle est aussi ambiguë puisque l'église anglicane se rapproche des réformés tout en acceptant certaines idées catholiques. Ce qui supporte des partis plus ou moins proches ou éloignés du catholicisme et de Luther tout en offrant la capacité à Henry VIII de se rapprocher de l'un ou de l'autre selon les besoins.

    Un si petit livre ne peut pas donner une vision complète de la réforme, de ses effets ni des personnages. Son but est d'offrir une introduction au thème. Bien que le livre soit ancien et que les recherches plus récentes aient probablement mis en question beaucoup d'informations, l'auteur explicite tout de même les débats historiographiques de son époque.

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  • Un monde en nègre et blanc. Enquête historique sur l'ordre racial par Aurélia Michel

    Titre : Un monde en nègre et blanc. Enquête historique sur l'ordre racial
    Autrice : Aurélia Michel
    Éditeur : Seuil janvier 2020
    Pages : 391

    Je ne connais que peu l'histoire du racisme et de l'esclavage. J'en connais ce que j'ai appris à l'école mais pas plus. J'en connais ce que je lis à l'aide des militant-e-s antiracistes. Je ne suis donc pas la bonne personne pour savoir si l'autrice et ce livre sont bons. Aurélia Michel est, selon la quatrième de couverture, historienne spécialiste des Amériques noires et chercheuse au centre d'étude en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques. Dans ce livre, elle tente de comprendre de quelle manière l'ordre raciale s'est constitué en commençant pas établir ce qu'est la race et l'esclavage. Elle conceptualise l'esclavage par le refus d'un accès à la parenté et l'ordre racial comme un moyen de justifier et concrétiser ce non-accès. Pour cela elle construit trois parties.

    La première partie conceptualise l'esclavage en l'inscrivant dans le temps long. L'autrice notre que l'esclavage implique une sortie de l'ordre social et de la parenté. Elle note aussi que l'institution fonctionne dans une large partie des communautés humaines et ne concerne pas forcément des personnes noires. En ce qui concerne l'Europe, des personnes blanches peuvent être vendues car elles ne sont pas membres de la communauté chrétienne. On découvre la même chose pour les personnes musulmanes. Ce n'est que parce que l'Europe occidentale perd son statut de centralité au sein du monde que l’esclavage y perd en importance en faveurs du servage. Mais la découverte des Amériques et des côtes de l'Afrique par des Européens permet de retrouver et de recréer les routes de l'esclavage.

    Dans une seconde partie l'autrice examine le fonctionnement de la traite. Elle montre que l'esclavage implique une déshumanisation. On n'achète pas un être humain mais une force de travail. Cette force de travail implique un contrôle et une productivité économique. Mais il existe des tensions entre la déshumanisation et l’humanité des personnes en esclavage. Celle-ci commence à être niée par des constructions scientifiques de ce qui deviendra la race. Elle permet d'user de violence, de créer des différences irréconciliables entre personnes blanches et noires et surtout de justifier ses actes. Même si certaines personnes, en métropole, sont contre l'esclavage ce n'est pas pour des raisons humanitaires mais économique. L'esclavage est vu comme économiquement moins rationnel que le travail libre, qui deviendra le salariat. La fin de l'esclavage s'accompagnant de lois en faveurs du travail forcé chez les anciens maitres mais aussi d'une compensation des anciens maitres.

    Une troisième partie s'intéresse aux nations et à la création des races entre 1790 et 1950. L'autrice explique de quelle manière la fin de l'esclavage a impliqué une création dites scientifique des races. Cette création permet de distinguer les personnes blanches des autres tout en rapprochant les personnes racisées, et particulièrement les personnes noires, de la barbarie et de l'absence de civilisation. Ceci permet de justifier l'inégalité dans les colonies et au sein des sociétés. En effet, les personnes noires ne seraient pas prêtes à atteindre le niveau de civilisation des personnes blanches. C'est le travail qui serait, en particulier, le marqueur de la civilisation. Tant que les personnes noires ne seraient pas capables de travailler il serait nécessaire d'introduire le travail forcé. La création du racisme permet aussi de justifier un ordre racial hiérarchisé qui puisse prendre en compte les personnes nées d'un parent blanc et d'un parent racisé. L'autrice mentionne aussi l'importance d'un tel ordre en faveurs des classes les plus défavorisées en Europe. Elles seraient toujours supérieures aux autochtones au sein des colonies. Tout comme l'autrice commence par le refus scientifique de l'existence des races elle termine là-dessus. Mais sa conclusion indique que le racisme n'a pas disparu. Il est encore systématique au sein de nos sociétés et l'on en trouve des traces dans toutes les interactions sociales et dans les institutions de nos démocraties.

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  • Nations et nationalisme depuis 1870. Programme, mythe, réalité par Eric Hobsbawm

    Titre : Nations et nationalisme depuis 1870. Programme, mythe, réalité
    Auteur : Eric Hobsbawm
    Éditeur : Gallimard 24 janvier 2001 (1992)
    Pages : 384

    Je doute avoir besoin de présenter Eric Hobsbawm. Il est connu pour ses travaux sur les révoltes mais aussi pour son triptyque sur le XIXème siècle suivi par son histoire du court vingtième siècle. Il est aussi connu pour ses positions politiques dont il use dans ses travaux. Ce livre est un agrégat de conférences données dans le cadre d'un événement précis. Hosbawm les a réécrites et ajoutées une introduction et un dernier chapitre conclusif qui lui permet de faire le lien avec les événements les plus récents lors de la première édition du livre en 1990. Le livre est donc constitué de 6 chapitres qui permettent à l'auteur d'expliquer, à l'aide de l'histoire, ce qu'est la nation et le nationalisme.

    Les différentes conférences essaient de nous expliquer ce qu'est la nation et le nationalisme et leur construction. Il est donc assez logique de débuter durant le XIXème siècle lorsque celle-ci ont été conçues comme entités historiques. Hobsbawm considère que les nations ne sont pas formées par le peuple mais par des élites qui essaient d'imposer une histoire commune et une culture commune. La culture est portée, en particulier, par la langue qui est (re)construite et défendue face aux autres langues du pays.

    De plus, il explicite le projet nationaliste. Selon l'auteur, le but n'est pas de créer une multitude de petites nations mais un petit nombre de grandes nations avant de créer un gouvernement mondial. Personnellement, je ne sais pas si je suis en accord avec l'auteur concernant ce point. Mais ceci lui permet d'expliquer pourquoi les petits groupes linguistiques ne sont pas immédiatement pensés comme des nations en droit d'avoir leur propre état souverain. Même la doctrine Wilson souhaite d'abord relier les grands ensembles linguistiques et non créer des petites nations linguistiques. Ce changement serait plus récent.

    Hobsbawm explicite aussi l'échec de l'internationalisme de gauche. Celui-ci devait créer un lien transnational entre membres d'une même classe : les ouvriers. Mais ce lien fut détruit lors de la Première guerre mondiale alors que les ouvriers acceptèrent de se battre contre d'autres ouvriers lors de la guerre. Hobsbawm explique ceci par l'absence, pour les ouvriers, d'un différentialisme entre l'identité nationale et l'identité de classe.

    Je ne suis pas tout à fait certain d'avoir compris la pensée d'Hobsbawm au sein de ce livre. Je ne pense pas non plus être d'accord avec lui. Bien que je ne pense pas qu'Hobsbawm essaie de défendre la fin des nations il souhaite cette fin qu'il considère, si j'ai bien compris, être un changement quasiment naturel puisque des états multinationaux et multiethniques sont de plus en plus nombreux. Ses propos permettent aussi de questionner l'impression de la naturalité des langues, ethnies et nations qui sont construites au fil du XIXème et du XXème siècle. Mais peut-on pour autant penser que le nationalisme arrive à sa fin ? J'ai des doutes.

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  • L'Europe et le monde. XVIe-XVIII siècle par François Lebrun

    Titre : L'Europe et le monde. XVIe-XVIII siècle
    Auteur : François Lebrun
    Éditeur : Armand Colin 9 février 2018
    Pages : 352

    Voilà un livre dont la lecture fut laborieuse. Que je n'apprécie pas particulièrement l'époque dites moderne a dû jouer sur ma capacité à terminer ce livre. Il faut aussi ajouter une grande densité des événements, personnages et lieux puisque l'auteur essaie de synthétiser trois siècles extrêmement riches tout en souhaitant parler du monde entier. Un programme aussi ambitieux peut difficilement tenir sur un nombre de pages restreint. Le nombre de chapitres permet de le comprendre, pas moins de 22. Au vu de la densité il est difficile de résumer un tel ouvrage mais je vais m'y essayer.

    Sans user d'une présentation chapitres par chapitres, inutile dans le cas présent, il faut tout de même essayer de mettre en avant une certaine construction. L'auteur, François Lebrun, nous montre tout d'abord une histoire politique riche. Les différents royaumes de l'Europe se constituer les uns par rapports aux autres lors de différentes guerres qui permettent d'amoindrir ou d'augmenter la force de certaines couronnes. L'auteur réussit aussi à nous parler d'états peu connus, en Suisse, comme la Suède, les Provinces-Unies mais aussi la Russie.

    L'auteur essaie aussi de mettre en avant les changements culturels et scientifiques. L'art, le baroque et le classicisme, se voient consacrés des chapitres entiers. Le rationalisme est aussi mis en avant permettant d'introduire les Lumières et d'expliquer comment les scientifiques commencent à être des professionnels soutenus par les états. Mais c'est surtout la religion qui prend une place importante dans ce livre. En effet, les trois siècles examinés sont ceux de nombreuses guerres de religions entre protestants et catholiques. Ces guerres ne permettent plus d'unir l'Europe sous une religion unique ce qui a des conséquences politiques.

    Enfin, l'auteur essaie de faire une histoire mondiale. Bien que les deux points précédents soient réussis, je pense que ce dernier essai est un échec. Certes, l'auteur parler des Indes, des Grandes Découvertes et des Amériques. Mais ce sont surtout les colonies européennes qui sont mises en avant et les actions européennes. L'histoire du continent africain est à peine explicitée dans un unique chapitre avant de disparaitre. L'histoire de l'Inde dépend de l'examen des rivalités coloniales. L'Amérique du Sud et celle du Nord sont dans le même cas alors que les empires ne sont que peu décrits. Je ne connais pas grand-chose à ces histoires, mais l'auteur échoue, à mon avis, largement à les mettre en avant. Il reste centré sur l'Europe et sa main mise sur le monde.

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  • Les femmes dans la France moderne. XVIème-XVIIIème siècle par Dominique Godineau

    Titre : Les femmes dans la France moderne. XVIème-XVIIIème siècle
    Autrice : Dominique Godineau
    Éditeur : Armand Colin 19 août 2015
    Pages : 312

    Je l'ai déjà dit, la période moderne n'est de loin pas ma préférée. Elle commence par la fin de la magnifique période médiévale et se termine par mon intérêt le plus important : l'époque contemporaine. Mais que je ne sois pas très intéressé par la période moderne n'implique pas que tout soit inintéressant. Au contraire, l'histoire des femmes et les études de genre montre à quel point la période est passionnante. Ce livre de la collection U se destine à constituer un ouvrage synthétique sur l'histoire des femmes de la période. Un programme ambitieux qui est, je crois, réussi. L'autrice divise son ouvrage en trois grandes parties.

    La première partie débute par un examen du "cadre mental et juridique." Ce chapitre nous permet de comprendre comment les intellectuel-le-s de la période moderne pensent la place des femmes et les femmes. On y trouve l'idée que les femmes sont imparfaites. Mais bien qu'une partie importante des penseurs en déduisent une infériorité légale, qui existe, d'autres pensent les femmes comme égales aux hommes. L'infériorité ne dépendant que de circonstances sociales. Deux autres chapitres permettent de comprendre la place des femmes dans le monde public, par exemple le travail, mais aussi dans la famille. Ces chapitres permettent de mettre en question l'idée que les femmes ne travailleraient pas, au contraire elles ont toujours travaillé.

    Une seconde partie se concentre sur les "domaines interdits." L'autrice commence par parler du pouvoir politique en examinant la place des reines. Alors que celles-ci sont d'abord liées au pouvoir politique, mais inférieures, elles perdent peu à peu de leur pouvoir symbolique ne devant que des campagnes du roi. Ce qui ne les empêche pas de pouvoir prétendre à la régence, suivant en cela une tradition féodale. Le domaine de la religion est aussi un lieu d'interdits. En particulier, les femmes ne devraient pas tenter d'apprendre à lire la Bible et ne devraient pas prêcher. Ces interdits sont mis en question par les réformé-e-s qui voient dans l'éducation biblique des femmes un moyen d'éduquer leur famille. Mais elles restent inférieures aux hommes. Enfin, se pose la question du monde intellectuel. Bien que des femmes aient écrit, elles doivent le faire en suivant un rôle féminin basé sur la modestie et l'infériorité intellectuelle face aux hommes. Elles ne peuvent écrire que par le contrôle des hommes et leur éducation en dépend aussi. Des exceptions existent, mais elles servent surtout à exemplifier la nécessité d'empêcher un accès important à l'éducation et à la culture pour les femmes.

    Une dernière partie se concentre le siècle des Lumières et de la Révolution française. L'autrice montre que l'éducation des femmes n'est plus un réel problème. Bien que celle-ci doit dépendre de leur rôle futur, elle est bien plus acceptée dans la société. Le mariage change de forme aussi. D'un mariage arrangé pour des raisons patrimoniales et de place dans la société on commence à penser le mariage comme dépendant d'un amour commun. Cependant, les plus gros changements ont lieu lors de la Révolution. L'autrice montre l'importance centrale des femmes dans les événements de la Révolution française que ce soit lors des émeutes de la faim ou lors des débats parlementaires. Les femmes s'expriment et poussent les hommes à la révolte armée. Cependant, la période du Directoire implique une reprise de contrôle de la foule et des femmes. Ces dernières ont l'interdiction de se battre, de se réunir en clubs et d'accéder aux tribunes lorsque les députés débattent. De plus, les nouvelles lois reviennent sur certaines avancées comme le droit au divorce et surtout sur la possibilité de demander une recherche en paternité afin de forcer les hommes à payer une pension en faveurs de leurs enfants.

    Ce livre, à la fois court et dense, est une bonne entrée des matières pour l'histoire des femmes dans la période moderne. J'ai personnellement beaucoup apprécié l'examen de la période révolutionnaire. En effet, j'avais connaissance des faits amenés par l'autrice mais sans les avoir réellement étudiés. Ce livre m'a donné l'occasion d'en savoir plus et de pouvoir justifier des propos.

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  • L'ombre du Diable. Michée Chaudron dernière sorcière exécutée à Genève par Michel Porret

    Titre : L'ombre du Diable. Michée Chaudron dernière sorcière exécutée à Genève
    Auteur : Michel Porret
    Éditeur : Georg 2019
    Pages : 304

    Michée Chaudron est connu pour être la dernière femme accusée de sorcellerie morte pour ce crime à Genève, en 1652. Ce livre propose d'analyser et de publier le procès de Michée Chaudron afin de mieux comprendre sa place dans l'histoire de Genève. En effet, le livre contient l'édition intégral du procès dans un appendice. En ce qui concerne le livre, il est divisé en 5 chapitres.

    Les deux premiers chapitres se concentrent sur les archives ainsi que sur la mise en place d'une peur du diable. Les auteur-e-s expliquent comment les archives sont constituées, quels sont les ouvrages qui parlent du cas durant la période mais aussi la vision physique des archives. Le second chapitre permet de comprendre le contexte idéologique de l'époque en explicitant la manière dont la justice pense l'existence du diable et de la sorcellerie. Le livre montre que le procès se place à une intersection entre une justice qui accepte le merveilleux et une justice qui va commencer à le refuser.

    Le troisième chapitre, conséquent, permet de parler de la manière dont le cas de la Michée Chaudron a été (ré)utilisé au fil du temps par la culture populaire. Le livre examine largement les différentes productions, donnant leur titre et souvent un rapide résumé. Mieux encore, l'analyse permet d'expliquer comment ces productions pensent le cas. Cependant, je déplore l'usage immodéré des termes "politiquement correct" qui permettent à l'ouvrage d'éviter d'analyser les raisons de la reprise du cas par des mouvements actuels et qui donne l'impression d'une condamnation sans une réelle réflexion. C'est une impression, qui peut être fausse, qui a largement teinté ma lecture de ce chapitre pourtant très intéressant.

    Le quatrième et le cinquième chapitres se concentrent sur le procès proprement dit. Le livre commence par présenter le récit de l'enquête puis du procès. On apprend comment Michée Chaudron commence à être connue négativement par son entourage puis par la justice. Les auteur-e-s explicitent ensuite la manière dont elle est interrogée et piégée jusqu'à avouer le crime et donc être condamnée à mort. Le dernier chapitre examine le procès. Il explique les raisons de la peur de la sorcellerie et les différentes manières d'examiner le cas par les experts de l'époque. En particulier, les auteur-e-s se concentrent sur deux termes : merci et bailler le mal. Les auteur-e-s expliquent leur signification au sens du XVIIème siècle et le lien de la sorcellerie avec le crime de poison.

    Ce livre permet donc de mieux connaitre un cas local. La dernière sorcière de Genève, mais pas la dernière de Suisse, un pays protestant. Les auteur-e-s expliquent comme le cas de la Michée Chaudron fut utilisé pour s'attaquer à la justice irrationnelle mais aussi au protestantisme. Même si les informations biographiques sont peu nombreuses, on comprend un peu mieux la vie de cette femme.

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  • L'europe de la Renaissance par Alain Tallon

    Titre : L’Europe de la Renaissance
    Auteur : Alain Tallon
    Éditeur : PUF 28 août 2013
    Pages : 128

    La période qui se déroule entre le Moyen Âge et l'époque contemporaine ne m'a jamais réellement intéressé. D'où un manque important de connaissances de ma part. Ce qui explique la raison de mes lectures actuelles, puisque je suis censé connaitre cette période pour mon travail. La lecture des que sais-je permet d'avoir des informations concises qui peuvent, ensuite, être développées à l'aide des biographies. Ce que sais-je essaie de synthétiser la Renaissance en 6 chapitres.

    Les deux premiers sont plus concentrés sur les questions politiques. Après un premier chapitre qui nous offre un récit de la période jusqu'à la fin du XVIème siècle un second chapitre explicite la pensée du politique. Ce second chapitre permet aussi de présenter l'extension des états durant la Renaissance. On y découvre les liens entre les Princes et la manière dont ceux-ci justifient leur pouvoir, aussi bien par le contrôle des arts que par la puissance militaire. On pourrait étendre cette question au chapitre 3 qui montre de quelle manière l'Europe s'étend au reste du monde et surtout ce qui arrive aux aristocraties. Celles-ci se ferment alors que les Princes essaient d'y ajouter des personnes anoblies à cause de leurs services envers l'état.

    Les chapitres 4 et 5 se concentrent sur les arts et l'humanisme. On y découvre un récit qui examine les élites artistiques et scientifiques de l'époque et, en particulier, leur pensée du monde. Comme le dit l'auteur, la période permet de créer l'artiste comme génie créateur, bien que de nombreux artistes restent anonymes. On observe une modification de l'art qui voyage rapidement au sein de l'Europe. L'Humanisme, lui, repose sur la centralité de l'homme mais reste fortement lié à la question religieuse. Même si de nouvelles méthodes de critiques des écrits se développent, le but est de revenir à une pureté originelle et non de mettre en question la Bible ou la chrétienté.

    Enfin, dans un dernier chapitre, l'auteur se concentre sur les aspects religieux. L'Europe est entièrement chrétienne mais la religion entre en crise. La papauté, les ordres mendiants et les membres du clergé sont critiqués pour leurs incapacités et leur richesse. Cette critique sera particulièrement forte lors du combat entre le Pape et Luther. Combat qui débouche sur le Protestantisme qui remet en cause les dogmes de l'Église. Celle-ci va réagir au sein de la contre-réforme, mais les travaux du Concile de Trente vont déboucher sur une défense des traditions contre les idées réformées et les souhaits de compromis, aboutissant à une Europe religieusement divisée.

    Ce que sais-je suit parfaitement son programme de présentation concise d'une période spécifique. L'auteur présente chacun des points classiques de la période, ce qui nous permet d'avoir les connaissances nécessaires pour la comprendre. Seule une étude plus spécifique permettrait de questionner certaines idées, même si l'auteur marque sa position au sein de l'historiographie.

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  • Les guerres de religion par Nicolas Le Roux

    Titre : Les guerres de religion
    Auteur : Nicolas Le Roux
    Éditeur : PUF 17 octobre 2018
    Pages : 128

    La période du XVIème siècle est chaotique car marquée par l'apparition de la religion dites protestante et des guerres de religion entre les tenants du catholicisme et les personnes qui décident de suivre Luther. De nombreux pays européens furent impliqués dans cette lutte sanglante qui, souvent, dépendit aussi de cause purement économique. Ce petit livre permet de mieux comprendre de quelle manière la France a subi les guerres de religion et le fonctionnement des différentes factions. Le pays ne put s'en relever qu'après 8 guerres et plusieurs traités de tolérances jusqu'au fameux édit de Nantes en 1598. Pour cela, l'auteur divise son texte en six chapitres.

    Ces six chapitres permettent à l'auteur de mettre en place un récit chronologique des différentes guerres, de leur déroulement et du moyen de les terminer. Le récit met au centre les personnages nobles, les rois de France et Catherine de Médicis. On comprend rapidement que ces guerres portent moins sur des questions religieuses qu'on ne pourrait le croire. La religion est souvent utilisée comme contexte pour porter des questions politiques. Ainsi, lorsque le roi est trop proche des protestants on commence à penser la possibilité de le détrôner. De plus, on essaie surtout de garantir l'ordre public même si cela implique une tolérance envers les protestants et donc la colère du Pape.

    Malheureusement, je trouve ce livre un peu faible sur plusieurs points. En premier lieu, la quatrième de couverture donnait l'impression d'un examen européen des guerres de religion. Ce n'est pas du tout le cas puisque l'auteur se concentre uniquement sur la France. Bien que celui-ci montre à quel point les intérêts des autres royaumes jouent au sein de la France jamais on ne nous donne des informations sur l'Empire, par exemple. D'ailleurs, ces guerres de religion ne sont pas explicitées. On ne sait pas ce que sont les doctrines réformées et l'on ne sait que très peu de choses sur la population réformée. On se contente des grands noms, sans jamais avoir d'informations sur la population. Ce livre demande donc des connaissances importantes pour bien comprendre le contexte dans lequel il s'inscrit.

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  • L'Europe des Lumières par Pierre-Yves Beaurepaire

    Titre : L'Europe des Lumières
    Auteur : Pierre-Yves Beaurepaire
    Éditeur : PUF 27 juin 2018
    Pages : 125

    Je dois avouer que la période moderne, les Lumières et les guerres de religions en particulier, ne m'a jamais intéressé. Malheureusement, je suis dans l'obligation de connaitre les bases de la période pour des raisons professionnelles. Sans forcément me lancer dans des recherches universitaires, il est toujours possible de consulter de petits livres synthétiques afin d'intégrer les informations les plus importantes d'un sujet donné.

    L'auteur tente une synthèse de l'Europe des Lumières en 4 chapitres. Le premier chapitre permet de passer outre l'histoire des grands hommes afin de mettre en avant un fonctionnement social et culturel du monde européen. Dans ces pages, l'auteur explicite la construction des académies mais aussi les liens de sociabilités. Ceux-ci impliquent de connaitre des codes précis. La méconnaissance implique l'éjection du milieu, qui devient très difficile d'accès.

    Un second chapitre, que j'ai beaucoup apprécié, se concentre sur la circulation des imprimés. L'auteur y examine les journaux mais aussi les productions plus confidentielles qui tentent de s'extraire de la censure. Les productions écrites essaient de lever le voile du fonctionnement politique du monde, mais doivent rester dans certaines limites pour avoir le droit d'être diffusés publiquement. Les journaux plus clandestins essaient de jouer sur l'exclusivité des informations pour créer l'intérêt et avoir des abonnés. Ces écrits sont lus par les personnes même qui sont à la charge de l'état, et peuvent être des instruments importants de diplomatie.

    Enfin, les troisième et quatrième chapitres tentent de parler de deux sujets antinomiques : l'intégration européenne et les divisions internes. L'auteur met en avant l'existence d'une élite européenne qui essaie de créer une union qui dépasse les frontières, en particulier via les loges maçonniques. Mais la période moderne se trouve aussi dans un contexte de guerres qui créent des divisions importantes au sein du continent. L'auteur pense, d'ailleurs, que la période voit l'apparition d'un début de conscience nationale, ce qui n'implique pas un nationalisme. Malgré les tentatives de paix mondiales et d'union entre les peuples le continent est fortement divisé entre certaines puissances.

    J'ai apprécié que ce petit volume abandonne les grands hommes pour essayer de comprendre une société européenne. On ressort de ce livre avec l'impression de l'importance des circulations d'écrits et d'hommes pour créer un continent uni dans l'idée de Lumières, de progrès et de science. Nous n'y trouvons pas d'événements politiques, en dehors de ceux qui permettent de mieux comprendre certains points. Il peut être nécessaire d'avoir un peu de connaissances sur ce sujet pour certains chapitres.

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  • Histoire de l'Inde par Michel Boivin

    Titre : Histoire de l'Inde
    Auteur : Michel Boivin
    Éditeur : PUF 1996
    Pages : 128

    Comme beaucoup de personnes, mon parcours scolaire en histoire est principalement européocentriste. Je n'ai vu que peu de choses sur le continent africain, en dehors de l'Égypte antique, et encore moins sur le reste du monde en dehors des luttes contre le colonialisme. Mais je souhaite avoir plus d'informations sur l'histoire de pays qui ne sont pas européens. Cependant, cela implique d'apprendre des concepts et des événements que je n'ai jamais vu auparavant, voilà pourquoi je me suis lancé dans ce petit livre.

    L'auteur nous offre une histoire synthétique de l'Inde en 4 chapitres. Le premier chapitre s'occupe de l'Inde dites ancienne. L'auteur y met en avant des sources archéologiques et religieuses qui permettent de comprendre le fonctionnement politique et social des premières civilisations indiennes. On trouve, dans ce chapitre, des informations concernant les religions et leurs doctrines mais aussi les différentes réformes et les liens avec le politique.

    Un second chapitre s'intéresse aux liens entre l'Inde et le monde musulman. Après avoir subi de nombreuses invasion l'Inde subit une domination de nature musulmane. Mais celle-ci forme de nombreuses dynasties plus ou moins centralisées. Ce n'est que tardivement que se met en place un empire Moghol auquel les différents princes locaux doivent une certaine forme de loyauté. Cependant, l'Empire est assez faible permettant d'ouvrir la voie aux européens.

    Dans un troisième chapitre l'auteur s'intéresse donc au mouvement colonial. Il montre que ce mouvement est d'abord un moyen de commerce de différents pays. Ce n'est que plus tard que l'Angleterre, via la Compagnie des Indes, prend de l'importance. D'ailleurs, ce ne fut pas une politique explicite. C'est la défense des intérêts britanniques qui poussa la couronne à prendre plus d'importance, une importance qui ne fut théorisée sous forme d'impérialisme que durant le début du XIXème siècle.

    Cependant, la domination britannique implique aussi des résistances qui sont décrites par le chapitre précédent. Celles-ci ne sont pas toujours pacifiques et permettent de théoriser une forme de nation indienne face à un empire britannique qui pense l'Inde comme incapable de se gouverner elle-même, en particulier en se basant sur l'idée d'une supériorité raciale britannique. Les résistances durant les deux guerres poussèrent les anglais à accepter des négociations pour modifier le fonctionnement administratif de l'Inde. Mais ce n'est qu'à reculons que l'indépendance est acceptée. Celle-ci implique la création d'une constitution spécifique et d'une lutte entre centralisation et nationalisme. Le dernier chapitre se concentre sur ces tensions liées à des problèmes au sein de la classe politique indienne. Ces tensions impliquent des révoltes liées à des identités religieuses. Cependant, l'Inde réussit tout de même à réguler les souhaits d'indépendances et l'unité centralisatrice.

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  • Des Suisses au coeur de la traite négrière par Olivier Pavillon

    Titre : Des Suisses au cœur de la traite négrière
    Auteur : Olivier Pavillon
    Éditeur : Antipodes 2017
    Pages : 160

    Les travaux sur les relations de familles suisses avec la traite ne sont pas nombreux. Ce n'est que récemment que des historien-ne-s s'y sont intéressé-e-s, nous offrant un livre de base pour comprendre ces liens. Ce livre s'inscrit dans ce mouvement. Il est constitué de trois articles qui permettent d'examiner des exemples familiaux précis afin de comprendre comment elles ont pu avoir des liens avec l'esclavage et la traite. Ces trois familles recherchent toutes la richesse dans les colonies et subissent les changements politiques du continent européen.

    La première est celle des Larguier des Bancels. L'auteur l'examine sur plusieurs générations et sur un espace géographique large. En effet, cette famille tente de gagner en fortune depuis plusieurs générations, malgré des problèmes de dettes, ce qui implique l'achat de fiefs et droits seigneuriaux. Leurs efforts impliqueront des achats en Ile de France. Ces possessions se trouvent dans la tourmente alors que des problèmes de successions et des changements politiques ont lieu. Ainsi, l'un des fils de la famille fait partie des colons qui tentent d'empêcher la lecture du décret d'abolition de l'esclavage. Celui-ci aura bel et bien lieu, au grand regret de la mère de ce dernier qui considère que les anciens esclaves sont dorénavant mieux lotis que les européen-ne-s. Pour finir, la famille perdra toute sa fortune.

    Un second article permet de comprendre de quelle manière trois familles suisses se sont liées afin d'investir dans le commerce maritime. Ces investissements se font à Marseille, alors que la Révolution approche, le but est de consolider les finances et de faire fortune. Mais ces investissements sont particulièrement risqués et peuvent demander plusieurs années avant que l'information n'arrive aux investisseurs. Le nombre important de personnes qui se retrouvent pour un voyage permet de diminuer les risques tout en gardant une possibilité d'enrichissement important. Mais ces trois familles ne vont pas être très heureuses en affaire, tout en ne se posant que peu la question de la traite vue uniquement comme une affaire économique.

    Enfin, une dernière étude de cas se concentre sur Alfred Jacques Henri Berthoud. Ce dernier se rend au Surinam ou il acquiert une petite propriété, qu'il risque rapidement de perdre. Heureusement pour lui, son mariage au sein d'une famille riche lui permet de gagner en statut et en monnaie. Sa femme meurt, mais elle lui laisse tout son héritage au grand désarroi de sa belle-mère. Il rentre en Suisse et ne gère ses affaires que de loin avant de souhaiter les liquider. Il se place en "humaniste" car il tente d'éviter de séparer ses esclaves, ce qui ne l'empêche pas d'user de punitions... Son argent lui permet de gagner un statut important en Suisse, au sein du monde politique.

    Ces trois exemples, tirés d'articles déjà publiés dans des revues locales, permettent d'illustrer l'importance des familles suisses au sein du système esclavagiste. Mais les informations ne sont que parcellaires. En effet, comme le dit Gilbert Couttaz en postface, les sources se trouvent au sein d'archives privées et certaines familles souhaitent éviter la mauvaise publicité d'un lien avec l'esclavage. Ce n'est que lorsque ces archives sont déposées au sein d'institutions publiques qu'il devient plus facile de travailler sur ce sujet.

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  • Les abolitions de l'esclavage par Marcel Dorigny

    Titre : Les abolitions de l'esclavage
    Auteur : Marcel Dorigny
    Éditeur : PUF avril 2018
    Pages : 128

    Je ne connais que peu de choses sur l'histoire de l'esclavage. J'en connais tout aussi peu sur l'histoire de l'abolition. Ce petit que-sais-je me permet de combler un manque dans mes connaissances en histoire et des conséquences de l'esclavage et des choix qui ont mené à l'abolition. Ce livre est suivi d'une chronologie qui se termine en 2001 et d'une bibliographie thématique. Ce petit livre est divisé en 7 chapitres.

    Les trois premiers chapitres permettent de situer le thème et d'expliciter ce que veut faire le livre. Bien entendu, l'auteur doit nous montrer de quelle manière fonctionnent les sociétés esclavagistes occidentales. Le but de ce livre n'est pas d'en faire l'analyse mais de parler des abolitions, ce qui explique le peu de pages qui s'intéressent aux pratiques. L'auteur essaie d'abord d'expliquer quelles sont les résistances à l'esclavage. Il démontre que les révoltes furent pratiquement immédiates, ce qui mène à une certaine peur des colons face à une population importante. Dans un troisième chapitre, il explique ce sont que les anti-esclavagistes et les abolitionnistes. Les deux ne sont pas identiques et surtout les moyens changent. Ainsi, il est rare qu'une personne pense que l'esclavage pourra disparaitre par une loi, les européens abolitionnistes préfèrent tenter une disparation par étape, presque "naturelle". L'abolitionnisme n'est pas non plus forcément basé sur la morale, ce sont souvent des questions économiques qui sont mobilisées. L'esclavagisme est vu comme une pratique ancienne économiquement peu fiable.

    Les chapitres 4 et 5 s’intéressent aux tentatives d'abolitions de l'esclavage et de la traite. Les premières abolitions se mettent en place par la France après la Révolution. Mais celle-ci dépend des insurrections locales, en particulier à Saint-Domingue, et non d'une décision de Paris. Ce n'est qu'après des tentatives de répressions que les envoyés de Paris décident unilatéralement, et illégalement, de supprimer l'esclavage. Mais cette première abolition échoue à cause de Napoléon qui rétablit la pratique. Le chapitre 5, en revanche, permet de comprendre de quelle manière le XIXème siècle a permis l'abolition. L'auteur commence par expliciter les décisions du Congrès de Vienne et de l'Angleterre avant de présenter les décisions de plusieurs pays. Il montre que, dans tous les cas, les décisions sont critiquées voire refusées par les colons.

    Les deux derniers chapitres s'intéressent aux suites de l'abolition. Le chapitre 6 pose la question de l’indemnisation des colons. Celle-ci dépend de la manière dont on pense l'humanité mise en esclavage : est-ce que ce sont des humain-e-s avec des droits naturels ou des possessions protégés par les droits de propriété. Malgré certains discours véhéments, les colons sont progressivement indemnisés par les états (sauf aux Etats-Unis). Enfin, le dernier chapitre essaie de comprendre de quelle manière les sociétés se sont développées après les abolitions. L'auteur montre que l'esclavagisme et son abolition ont eu des conséquences importantes sur les sociétés. Même égaux, les anciens esclaves ne sont pas toujours libres de leurs mouvements ou dans leur choix de travail. De plus, le racisme est toujours présent.

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  • De la différence des sexes. Le genre en histoire sous la direction de Michèle Riot-Sarcey

    Titre : De la différence des sexes. Le genre en histoire
    Direction : Michèle Riot-Sarcey
    Éditeur : Bibliothèque historique Larousse 2010
    Pages : 287

    L'usage du concept de genre est de plus en plus utilisé en sciences sociales et humaines malgré une tentative d'empêcher son usage. Mais la manière dont on use d'un concept moderne dans le cadre des études historiques pose question, que ce soit à cause du manque de sources ou de la nécessité de ne pas user de termes anachroniques. Dans ce livre, dirigé par Michèle Riot-Sarcey, plusieurs auteur-e-s essaient de montrer la capacité d'explication de ce concept en histoire occidentale de l'antiquité à nos jours.

    Le livre est divisé en 9 chapitres. L'introduction et la conclusion sont écrits par la directrice du volume. En introduction, l'autrice pose la question de l'usage du concept en histoire. Comme je l'ai noté plus haut, l'une des questions concerne l'anachronisme. Mais elle met aussi en avant la capacité du concept à mettre en avant des questions qui n'existaient pas aux époques étudiées. Le genre permet donc de découvrir des relations de pouvoirs qui ne sont pas explicitées dans les sources. En conclusion, l'autrice mobilise les écrits de Michel Foucault afin d'expliquer en quoi les études genres sont utiles pour comprendre ces mêmes relations de pouvoirs en histoire. Elle s'étonne aussi de l'usage plus important de Foucault dans le contexte états-unien en comparaison avec la France. Les autres chapitres s'intéressent à des civilisations et périodes occidentales précises.

    Les deux premiers chapitres concernent Athènes et Rome. Le premier auteur montre que les connaissances des sources anciennes athéniennes ne permettent pas de comprendre le fonctionnement de la société. En effet, nous avons accès à des écrits qui essaient de mettre en place un idéal dans lequel les femmes sont sous tutelles. Mais elles possèdent des capacités proches de celles des hommes. La véritable division se forme entre les personnes citoyennes et non-citoyennes, comme les esclaves. Rome, cependant, fonctionne selon l'idée que les femmes sont soumises aux hommes. Une partie des écrits de contemporains utilisés pour comprendre le Principat usent justement de la domination des femmes sur les hommes pour critiques les premiers empereurs, vus comme dévirilisés. Mais le chapitre montre que ces femmes ne font qui suivre leur rôle en haussant leur famille dans la hiérarchie sociale.

    Les trois chapitres suivants concernent plutôt la période médiévale et l'Ancien Régime. Le livre commence avec un article sur Byzance, un empire que je ne connais pas bien. L'auteur tente de comprendre de quelle manière fonctionne la tri-sexualisation à Byzance. En effet, il existe des hommes et des femmes mais aussi des eunuques. Ceux-ci gagnent un pouvoir de plus en plus important dans la ville, jusqu'à être représentés dans les églises, car ils possèdent le rôle de pacifier la cité. Non seulement ils protègent l'empereur mais ils évitent aussi les coups d'états militaires qui pourraient déstabiliser l'empire. Un autre chapitre s'intéresse aux relations entre l’Église et les communautés monacales. Ces dernières se basent sur une interprétation de la Bible pour justifier l'entrée des femmes et la supériorité des personnes vierges. Mais leur interprétation met à mal la puissance ecclésiastique et la première période médiévale voit les princes et l’Église tenter de contrôler les communautés monacales afin d'éviter une concurrence de l'intercession envers la divinité. Enfin, le troisième chapitre s'intéresse à l'Ancien Régime. L'autrice tente de nous montrer que même s'il existe des différences de pouvoirs entre hommes et femmes ces dernières peuvent gagner en supériorité, celle-ci comprise comme masculine. En effet, la noblesse est conçue comme un donné du sang qui se traduit par des comportements masculins que des femmes nobles peuvent donc recevoir, devenant combattantes aussi bien que des hommes.

    Les deux derniers chapitres s'intéressent bien plus à l'histoire contemporaine française. Le premier parle du XIXème siècle est des luttes en faveurs de l'égalité. L'autrice montre que des femmes essaient d’accéder à la citoyenneté mais que celle-ci est toujours refusée au nom du respect de l'ordre sociale. Les socialistes eux-mêmes ont peur de l'accès au travail des femmes, considérés comme dangereux pour les femmes et contraires à l'idéal de l'homme pourvoyeur et de la femme ménagère. Le dernier chapitre est une peinture des tentatives d'accès au droit de vote durant le XXème siècle. L'autrice explique que la France est une exception en Europe occidentale. Elle critique aussi l'accès au droit de votre comme récompense pour des actions de résistance lors de la Deuxième guerre mondiale. Enfin, l'autrice pose la question du passage du droit de vote à la parité. Elle montre la difficulté d'accepter l'idée dans une république qui se pense universelle et égalitaire mais aussi face à des partis qui préfèrent payer des amendes plutôt que de suivre la loi. Le chapitre se termine sur l'élection de Sarkozy face à Ségolène Royal qui a souffert de la misogynie de ses adversaires comme des membres de son propre parti.

    Ce livre me semble intéressant car il essaie non pas de réfléchir de manière désincarnée sur l'usage d'un concept mais de montrer de quelle manière on peut l'utiliser afin de comprendre des thèmes précis. Le découpage, plus ou moins classique, permet d'avoir des exemples utiles pour les étudiant-e-s de France et d'Europe. Je déplore tout de même le manque d'exemples non-occidentaux, on reste sur des thèmes très européens. Cependant, ce livre permet de mettre en avant la fécondité du concept alors que celui-ci est attaqué par certains milieux.

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