Politique

  • Rouge

    Nour Hamadi est une infirmière qui a récemment dû partir de son poste aux urgences à la suite d’une potentielle erreur de sa part. Son père lui a trouvé un travail en tant qu'infirmière pour une entreprise locale dans laquelle il travaille. Nour Hamadi doit suivre les employé.e.s, donner des cours de premier secours et vérifier que tout le monde est protégé en utilisant les outils et habits adéquats. Mais elle se pose des questions. Un grand nombre d'employé.e.s sont malades. D'autres ont des accidents qui ne sont pas déclarés. De manière générale, la médecine du travail ne semble pas suivre ce qui se déroule. L'entreprise aurait-elle quelque chose à cacher ?

    SPOILERS

    Ce film montre comment des violations du droit sont possibles tout en étant parfaitement légales. Il suffit d'avoir une suite de décisions personnelles. Un comité de surveillance qui ne fait pas réellement son travail. Du copinage entre personnes qui dirigent, syndicats et patrons en particulier. Un monde politique qui ne réagit que sur la pression médiatique. Tout le film montre des personnes qui essaient de faire au mieux, mais qui acceptent des compromissions pour des raisons politiques. De bonnes raisons puisque cela permet d'éviter le chômage et de faire attention aux personnes qui ont besoin d'aides. Mais ces magouilles permettent de violer la loi. Il faut saluer la réalisation de mettre en avant cet aspect individuel.

    Ce film parle aussi de militantisme. Il y a des manières différentes de militer. Les syndicats, par le père d'Anour Hamadi, ont une grande place dans ce film. Devenir délégué implique de parler au patronat pour protéger les employé.e.s et, parfois, de se compromettre pour éviter la fermeture d'une usine. Les partis aussi ont leur place, mais ils doivent agir dans un cadre légal et électoral qui ne leur permet pas toujours d'être efficace et, parfois, d'oublier la nécessité d'être proche des personnes qu'ils représentent. On peut aussi militer par le journalisme et à l'aide d'actions directes voire en devenant une personne qui lance une alerte. Dans tous les cas, la manière de militer à des conséquences sur d'autres personnes, ce qui implique de prendre en compte leurs besoins. Fermer une usine dangereuse est nécessaire. Très bien, mais que faire des employé.e.s? Ainsi, ce film pourrait se terminer par la phrase suivante : une véritable écologie est nécessairement anticapitaliste.

    Image : IMDB

  • L'Homme-Bus. Une histoire des controverses psychiatriques (1960-1980) par Cristina Ferreira, Ludovic Maugué et Sandrine Maulini

    Titre : L'Homme-Bus. Une histoire des controverses psychiatriques (1960-1980)
    Auteur-e-s : Cristina Ferreira, Ludovic Maugué et Sandrine Maulini
    Éditeur : Georg 22 janvier 2021
    Pages : 304

    1986, après être devenu le héros d'un court-métrage Martial Richoz est interné de force à Cery, institut psychiatrique. Immédiatement, la presse s'empare du cas pour en faire une affaire et questionner le lien entre police et psychiatrie. L'internement de Martial Richoz est questionné, ce n'est pas un moyen de l'aider mais un moyen de garder la ville en ordre face à un homme fainéant, bizarre, un fou en somme. Autours de ce cas, les auteur-e-s de ce livre questionnent le fonctionnement de la psychiatre Suisse après la révision du Code civil, permettant des placements à des fins d'assistance (PLAFA). Illes questionnent aussi le militantisme antipsychiatrique et ses réseaux internationaux. Ce travail est construit en 3 parties et 9 chapitres.

    La première partie se constitue de trois chapitres. Elle permet aux auteur-e-s de placer le décor de leur recherche. Illes commencent par expliciter ce contre quoi les PLAFA seront conçus. Depuis le XIXème siècle il est possible d'interner, en prison, des personnes pour des questions de moralités et de pauvreté et de les astreindre au travail forcé dans un but considéré comme thérapeutique. Cependant, cette forme d'emprisonnement implique des possibilités d'abus et empêche la Suisse de signer la Convention européenne des droits de l'homme. Les PLAFA visent à réformer les internements afin d'en faire un outil spécifiquement thérapeutique et non policiers, au contraire des internements. Cependant, leur conception pose des problèmes étant donné que la décision est prise par une instance judiciaire avec possibilité de recours. Les médecins-thérapeutes y voient une atteinte à leur profession par des personnes n'ayant aucune connaissance de la science psychiatrique. Un dernier chapitre permet aussi de voir comment le droit peut être utilisé pour mettre en cause l'existence même de la psychiatrie et des asiles, par la présentation de l'exemple de l'Italie.

    La seconde partie se concentre sur l'affaire proprement dites. Les auteur-e-s débutent par la présentation de Martial Richoz et de ses activités. Ce n'est que lors du second chapitre que l'examen de l'affaire débute. Les auteur-e-s se concentrent d'abord sur les médias et leurs questionnements face au peu d'informations fournies par les autorités. Ces recherches par les journalistes ne sont pas forcément appréciées, ni par les autorités ni par le directeur de Cery. Ce dernier agira judiciairement contre un collègue et publiquement contre le directeur du musée de l'Art Brut de Lausanne. Ce dernier, en effet, critique l'internement de Martial Richoz qu'il considère être un moyen d'éviter les désordres d'une personne dont les travaux sont fondamentalement artistiques. Plusieurs de ses dessins et engins se trouvent dans les collections de l'Art Brut.

    Les auteur-e-s se concentrent dans la troisième partie sur l'antipsychiatrie. Dans le second chapitre, on trouve le collègue psychiatre attaqué en justice par le directeur de Cery. Bierens de Haan a travaillé à Genève. Il a tenté de réformer le fonctionnement de la psychiatrie mais cela a impliqué de se heurter au docteur Tissot, mis en cause dans plusieurs scandales dont la mort d'un interné et l'usage d'électrochoc sur une militante. Ses idées impliquent une remise en cause de la hiérarchie interne à un asile. Le directeur de Cery qui considère normal qu'il existe une hiérarchie et ne comprend pas pourquoi ses patients devraient pouvoir prendre des décisions se heurte frontalement à Bierens de Haan. Le premier chapitre de cette troisième partie permet de comprendre les réseaux internationaux de l'antipsychiatrie et le fonctionnement de Cery à cette époque. Les auteur-e-s se concentrent aussi sur le cas d'un infirmier qui souhaite des réformes, mais qui se heurte à un fonctionnement fortement hiérarchisé. Même la lecture des livres de la bibliothèque de Cery est soumise à un contrôle !

    La lecture de ce livre permet donc, à l'aide d'un cas spécifique, de comprendre le passage d'internements administratifs aux PLAFA et les problèmes que cela implique au sein de la société helvétique. Les milieux antipsychiatriques contestent de plus en plus le caractère scientifique et médicale de la psychiatrie, vue comme un milieu d'imposition du pouvoir des médecins sur des patients qui perdent leurs droits et leur autonomie. Les auteur-e-s nous permettent de comprendre les débats parfois vifs d'une période qui a connu de nombreuses formes de militantisme en vue de modifier la société mais aussi de détruire les relations de pouvoir entre personnes.

    Image : Éditeur

  • Sortons du ghetto. Histoire politique des homosexualités en Suisse, 1950-1990 par Thierry Delessert

    Titre : Sortons du ghetto. Histoire politique des homosexualités en Suisse, 1950-1990
    Auteur :  Thierry Delessert
    Éditeur : Seismo Verlag 2021
    Pages : 280

    Ce livre est disponible en version papier et PDF chez l'éditeur selon les normes de l'open access. J'attends ce travail de Thierry Delessert depuis longtemps. Annoncé pour l'été 2020, le livre est finalement sorti en février 2021. Comme l'annonce l'auteur, ce livre est une continuation d'un travail plus ancien sous forme de thèse, disponible chez Antipode. Il permet aussi d'aller plus loin que le petit ouvrage chez Savoir Suisse publié avec Michaël Voegtli. Le livre est divisé en 5 chapitres.

    Le premier chapitre se concentre sur les années 50-60. Après un bref retour en arrière concernant le Code pénal Suisse de 1942, Delessert nous explique que la semi-dépénalisation permet surtout d'éviter un militantisme public, l'auteur entre dans la période de l'après-guerre qu'il considère répressive. C'est la prostitution masculine qui pose un problème aux autorités politiques et policières. Celle-ci est vu comme un danger car elle risque de créer un lien avec les milieux criminogènes, en particulier par les chantages qui peuvent impliquer un danger d'espionnage. Des attaques policières, médiatiques et politiques auront lieu durant la fin des années 50 qui aboutiront à la fin de l'organisation homophile Der Kreis.

    Les deux chapitres suivant se concentrent sur les efforts de révision du code pénal civil comme militaire. Ces efforts débutent au sein d'une commission d'expert.e.s avant de passer devant les deux chambres du parlement. L'auteur démontre que la pénalisation de l'homosexualité est rapidement mise en question, car considérée naturelle. Mais se pose la question de l'âge de maturité sexuelle. Celui-ci doit-il être différencié selon les sexualités ? Se pose aussi la question de la pénalisation au sein du code pénal militaire. Son maintien implique que les hommes pourraient être sanctionnés en tant que militaires pour une pratique dépénalisée pour les civils. Finalement, la pénalisation dans le code militaire restera au nom de l'importance de l'ordre interne d'un milieu masculin.

    Les deux derniers chapitres permettent de comprendre l'essor du militantisme gay et lesbien et leur insertion dans les débats concernant les révisions du code pénal. Deux formes de militantismes se heurtent. L'une est plutôt basée sur la discrétion tandis que l'autre souhaite mettre en avant son droit à l'existence publique. Ceci pousse aux manifestations qui seront connues sous le nom de Pride. L'auteur s'intéresse spécifiquement à l'exemple de la manifestation de Lausanne qui a été bloquée par les autorités communales et cantonales malgré son caractère pacifique. Cependant, le militantisme radical rend difficile les liens avec la politique institutionnelle. Ainsi, la révision du CPS implique une forme de discrétion alors que les parlementaires acceptent la dépénalisation totale sans accepter l'égalité pour autant.

    Ce livre est un bon moyen de comprendre comment se forme les demandes es militant-e-s des mouvements gays et lesbiens dans une période de changements importants. L'auteur en profite pour expliciter le fonctionnement institutionnel du pays et donc les raisons derrière les changements législatifs qui impliquent, pour les gays et lesbiennes, d'accepter de ne pas être considérés à égalité et d'être invisibilisé.e.s.

    Image : Éditeur

  • Masculinités. Enjeux sociaux de l'hégémonie par Raewyn Connell

    Titre : Masculinités. Enjeux sociaux de l'hégémonie
    Autrice :  Raewyn Connell
    Éditeur : Amsterdam 2014
    Pages : 285

    Comme le dit Eric Fassin en postface de ce livre, l'ouverture des recherches sur les femmes a permis de considérer un impensé de la recherche. Les femmes avaient une histoire, une place dans le monde et la société. Mais cette ouverture implique aussi la destruction de l'idée fantaisiste de l'universel masculin. Ainsi, la création des études sur les femmes a permis, par extension, d'étudier les hommes, puis les masculinités, et donc de mettre en question l'universalité de l'Homme au profit d'une spécificité des masculinités. Ce livre est tiré de l'une de ces études. Il est constitué de plusieurs chapitres et articles de la sociologue australienne Raewyn Connell. Il est construit en trois parties.

    La première partie est théorique. Elle est constituée de deux chapitres tirés du livre Masculinities de la sociologue traduite ici. Le premier chapitre permet d'examiner le lien entre masculinités et pratiques corporelles. Bien que l'autrice y crée une division entre plusieurs masculinités elle se repose fortement sur des observations et des récits de vie qui permettent de mettre en question ses divisions. Le second chapitre utilise la même méthode d'analyse de récits de vie afin de créer une typologie des masculinités au sein de la société. L'autrice y démontre que même si certaines personnes mettent en question une certaine forme de masculinité cela n'implique pas une révolution dans l'ordre des genres. Elle questionne aussi l'idée d’une masculinité antiféministe des classes populaires en montrant l'accord d'hommes issus de ces classes avec certaines idées féministes d'égalité économique, les problèmes économiques étant plus important que la mise en question d'une masculinité ici.

    La seconde partie est celle que j'ai préférée. Deux chapitres permettent de placer les idées théoriques de l'autrice face à la réalité sociale et donc de vérifier leurs capacités à comprendre et expliquer le monde. Ces chapitres ne se concentrent pas uniquement sur des hommes hétérosexuels mais aussi sur des hommes homosexuels afin de mettre en avant plusieurs types de masculinités, certaines étant considérées moins favorablement que d'autres dans notre société. Ainsi, être un homme n'est pas la même chose pour un biker que pour un membre de la scène gay de Sidney. Mais, dans les deux cas, il existe une construction de ce que signifie la masculinité et les rapports avec d'autres hommes.

    Enfin, la dernière partie se concentre sur les questions de santé. Elle est constituée de trois chapitres. Le premier chapitre parle beaucoup de pratiques sexuelles par des hommes homosexuels. Le but est d'offrir un moyen de créer des politiques de santé réussies face à l'épidémie de VIH/ Sida. Le deuxième chapitre se concentre sur les raisons derrière la santé, ou la perte de santé, des hommes. Souhaitant aller plus loin que des considérations essentialistes l'autrice lie les questions de classes, de races et de genre afin de mieux comprendre pourquoi certains hommes ont une santé moins importante que d'autres hommes ou femme. La troisième partie se terminer sur des considérations théoriques qui permettent à l'autrice de proposer une politique de la santé qui prenne en compte le genre comme processus en fonction. Ce qui devrait permettre de créer des politiques de la santé plus efficaces.

    Image : Éditeur

  • La conquête d'un droit. Le suffrage féminin en Suisse (1848-1971) par Brigitte Studer

    Titre : La conquête d'un droit. Le suffrage féminin en Suisse (1848-1971)
    Autrice : Brigitte Studer
    Éditeur : Alphil 2020
    Pages : 160

    Lorsque la Suisse sort de la guerre du Sonderbund une nouvelle constitution est écrite et mise en application. Celle-ci, offre le suffrage universel. Mais, comme le dit l'autrice, ce suffrage n'est pas si universel qu'on ne le croit. En dehors des personnes interdites du droit de vote car trop pauvres il faut noter les femmes qui, jusqu'en 1990, n'auront pas le droit de vote dans tous les cantons de la confédération, malgré un droit de vote au niveau fédéral en 1971. L'autrice nous présente les combats en faveurs du suffrage de 1948 jusqu'en 1971 en dix chapitres.

    Ces dix chapitres s'organisent de manière chronologique. On commence au XIXème siècle pour suivre les différents débats et votes en passant par la première et seconde guerre mondiale, les années 50 et les premières victoires cantonales. Cette organisation nous permet d'observer les différents échecs du mouvement en faveurs de l'accès au droit de vote et donc de comprendre les raisons de cet échec.

    En effet, l'autrice commence par mettre en question l'idée répandue d'une difficulté de nature historique, d'un conservatisme de la société helvétique. Elle essaie de comprendre pourquoi ce conservatisme a empêché si longtemps le droit de vote en Suisse. Une explication consiste à mettre en avant la difficulté de réussir à forcer un changement au sein de la Constitution, forcé par des doctrines conservatrices de celle-ci. On peut aussi noter l'usage de tactiques politiques très policées qui ne sont pas réellement suivies d'effets, l'arrivée du MLF permet de dépoussiérer le répertoire d'action et de forcer une prise en compte de différents sujets. Mais il faut aussi noter la difficulté d'imposer le sujet à l'agenda politique. Il est rare que les exécutifs discutent spontanément du droit de vote et lorsqu'ils y sont obligés leurs réactions sont lentes, marquant le souhait d'éviter le sujet.

    Ce petit livre est une bonne lecture, synthétique, du sujet pour les personnes qui souhaitent en savoir plus. Comme il est d'usage pour cet éditeur, les différents chapitres sont agrémentés de propositions bibliographiques. J'ai personnellement apprécié l'ajout de différentes affiches électorales qui permettent d'illustrer les débats, même si j'aurais apprécié des copies numériques de bonne qualité. Je suis très heureux d'avoir pu me le procurer. En effet, l'éditeur annonce une rupture de stock à ce jour et une nouvelle édition n'aura lieu qu'en janvier.

    Image: Éditeur

  • La République Helvétique. Laboratoire de la Suisse moderne par Biancamaria Fontana

    Titre : La République Helvétique. Laboratoire de la Suisse moderne
    Autrice : Biancamaria Fontana
    Éditeur : Presses polytechniques et universitaires romandes 3 novembre 2020
    Pages : 160

    La République Helvétique est souvent décrite ainsi : c'est une période méconnue de l'histoire du pays et c'est le régime le plus détesté de l'histoire de la Suisse. En dehors de ces deux proclamations peu de personnes ont réellement des connaissances concernant cette courte période de ce qui deviendra, ensuite, un pays reconnu et modelé par les grandes puissances européennes. Pourtant, cette courte période est riche aussi bien en événements qu'en idées qui sont ensuite réutilisée pour la construction de l'état Suisse. Biancamaria Fontana, dans ce petit livre, tente de mettre en avant la richesse des débats de l'époque autours des différentes questions posées par la République Helvétique.

    Le premier et le dernier chapitres font offices d'introductions et de conclusions à l'ouvrage. Le second chapitre pose la question du lien entre la France, sous le régime du Directoire, et les demandes d'aides de la part de milieux prorévolutionnaire en Suisse. Ce chapitre permet d'expliquer les raisons derrière la construction d'un état uni, du moins sur le papier, et donc la destruction des états cantonaux ancestraux. Cette union permet de détruire les anciennes aristocraties mais, sans le vouloir, cela permet aussi de concrétiser l'existence de la Suisse en tant qu'état en Europe.

    Les chapitres 3 et 4 s'intéressent aux débats internes au pays. Tout d'abord, se pose la question de la nouvelle constitution. Celle-ci garde l'idée de démocratie mais imite les institutions françaises. Ce qui implique une séparation des pouvoirs qui n'existait pas auparavant. Ensuite, se pose la question du fonctionnement du fédéralisme dans un monde moderne. Plusieurs auteur.e.s sont ici mobilisé.e.s par Biancamaria Fontana. Ce qui lui permet de mettre en avant une certaine contemporanéité des questions soulevées, par exemple le lien entre les dirigeants politiques et la population.

    Le chapitres 5 et 6 me semblent s'intéresser aux relations avec le reste du monde et la France en particulier. En effet, la République Helvétique est souvent intégrée aux républiques sœurs mises en place lors des guerres du Directoire aussi bien comme moyen d'étendre les idées révolutionnaires que comme moyen de défense externes. Ces républiques sœurs ont eu une courte histoire, subissant soit la reprise de contrôle de la part de monarchie soit l'intégration au sein de la France tout en ayant vécu des spoliations militaires par l'armée française. Le destin de la Suisse est différent puisque, comme l'explique le chapitre 6, Napoléon convoque des suisses afin de créer un nouveau régime, plus stable et qui durera jusqu'au congrès de Vienne en 1815, sous le nom de Médiation. Même si une partie de ce qui est la République Helvétique est abandonné cet acte de Médiation consolide d'autres points, en faisant des acquis.

    Ce livre est très synthétique et s'intéresse peu aux événements ou aux questions sociales. L'autrice analyse les différentes œuvres philosophiques et politiques tout en les insérant dans un contexte précis. Par son analyse elle permet de comprendre de quelle manière des idées permettent de remodeler le pays ou sont confrontées à la réalité et donc amendées. Selon moi, nous avons ici un bon livre qui permet à tout un chacun de mieux comprendre cette courte période de notre histoire, période pourtant si liée à la constitution de 1848.

    Image : Éditeur

  • Watchmen saison 1

    2019, une série événement déferle sur les écrans : Watchmen. Celle-ci se déroule dans un univers uchronique d'abord dans un comics, Watchmen suivi de suites peu acceptées (à raison), par un film de Snyder incapable de créer et se contentant de copier les cases du comics puis une série et un second comics qui relie cet univers à celui de DC. Cet univers alternatif se déroule aux USA. Nixon a pu être réélu à de nombreuses reprises. Les USA ont gagné la guerre du Vietnam. Et après une loi les héros costumés ont été interdits. La série se déroule plusieurs décennies après les événements du comics dans la ville de Tulsa. Celle-ci est le lieu de l'affrontement entre la police et une milice suprémaciste blanche : la septième cavalerie. La septième cavalerie avait disparu depuis des années, planifiant dans l'ombre afin de reprendre la guerre. Mais comment ? Et pourquoi ?

    SPOILERS

    Que l'on soit immédiatement clair, cette série est une véritable réussite. La photographie est superbe. Je ne compte pas les scènes dont la création sont tout simplement confondantes de maitrise et de symbolisme. La musique est magnifique et accompagne parfaitement l'ambiance. Les dialogues et l'intrigue sont tout aussi bons, et inscrit dans l'époque actuelle plutôt que de jouer sur la nostalgie du comics. Bien entendu, cela aurait pu ne pas fonctionner sans de très bons acteurs et actrices.

    Comme je l'ai dit plus haut, cette série est fortement inscrite dans le contexte actuel. Il est d'ailleurs assez piquant de la regarder alors que Trump perd la présidentielle. Cette série nous parle de racisme, du racisme inscrit dans l'histoire et le fonctionnement socio-économique des USA (ce qui ne veut pas dire que d'autres pays ne sont pas structurellement racistes). Les intrigues se divisent entre un passé, le massacre de Tulsa, et le présent, 2019 à Tulsa. Entre ces deux périodes, le monde a changé et des décisions ont été prises pour atténuer le racisme structurel et stopper les suprémacistes blancs. Mais, comme la série le monde, ces personnes sont toujours présentes dans l'ombre. Elles souhaitent le retour à un moment historique considéré comme meilleure, avec une place naturelle hiérarchiquement pour les personnes blanches face aux autres. Ce que dit le sénateur, textuellement, dans la série. Ainsi, les suprémacistes ne sont plus forcément visibles mais la série montre que ces personnes existent encore dans la société mais aussi au sein de la police et des milieux politiques.

    La série parle aussi de pouvoir et du bien commun en particulier à l'aide du Dr Manhattan, de Lady Trieu et, bien entendu, Ozymandias. Les deux derniers personnages sont des génies qui utilisent leur intelligence pour guider le monde en direction d'un avenir qu'illes considèrent meilleurs. Mais illes ne prennent pas en compte les dégâts sur les gens ni leur libre arbitre. Nous avons donc deux personnages qui usent de leur pouvoir sans prendre en compte l'éthique de leurs actes. Face à elleux, nous avons une figure divine capable de tout qui choisit de ne pas agir et de camoufler son existence. Il pourrait tout changer, tout modifier, mais il s'y refuse. Se pose donc la question de ce que l'on peut et ce que l'on doit faire quand on est tout puissant. Faut-il agir au risque de devenir un tyran ou renoncer à la possibilité d’agir ?

    *
    **
    ***
    ****
    ***** Est-ce possible d'être parfait ? Je ne pense pas, mais cette série approche de la perfection.

    Site officiel

  • Ne nous libérez pas, on s'en charge. Une histoire des féminismes de 1789 à nos jours par Bibia Pavard, Florence Rochefort et Michelle Zancarini-Fournel

    Titre : Ne nous libérez pas, on s'en charge. Une histoire des féminismes de 1789 à nos jours
    Autrices : Bibia Pavard, Florence Rochefort et Michelle Zancarini-Fournel
    Éditeur : La Découverte 2020
    Pages : 510

    Il existe plusieurs synthèses d'histoire des féminismes. Deux des autrices du présent ouvrage en ont écrit, ce sont deux livres que je possède et que je recommande chaudement. Ces trois chercheuses ont décidé de relier leurs connaissances afin d'écrire une synthèse historique des féminismes en France. L'attente, de ma part, fut intense. Lorsque j'ai acheté ce magnifique ouvrage de près de 500 pages seule une force de volonté importante m'empêcha de me plonger dedans sans pauses ni sommeil. Il faut dire que, outre un texte extrêmement bien écrit, les autrices ont ajouté une bibliographie intéressante mais aussi une iconographie qui est directement reliée au propos. Le livre est construit de manière chronologique en 4 parties.

    La première partie se concentre sur la période 1789-1871 avec 4 chapitres. Les autrices justifient leur choix tout en notant que les féminismes, en tant que mouvement politique, ne sont pas encore nés en 1789. Personnellement, j'aurais apprécié un chapitre entier sur les penseurs et penseuses des droits des femmes de l'époque médiévale. Les autrices se concentrent sur les moments révolutionnaires pour expliciter les tentatives de libéralisation des droits des femmes. Elles notent surtout que ces tentatives sont toujours et presque immédiatement contré par les pouvoirs politiques et les hommes.

    La seconde partie s'intéresse à la période 1871-1944. C'est une période qui est entourée par deux régimes autoritaires avec la création de la Troisième République au centre. C'est aussi la fin du XIXème et donc l'arrivée des thèses marxistes et des luttes syndicales. Bien que des socialistes utopistes aient existé, ils sont moins importants après 1871. L'époque voit deux questions principales. Premièrement, se pose la question de la capacité des femmes à travailler. Faut-il une protection spéciale des femmes ou doit-on leur donner les même droits et devoirs que les hommes ? Une seconde question concerne le droit de vote qui ne sera accepté, en France, qu'en 1944. La période permet aussi d'observer les premiers mouvements antiféministes, on peut mentionner le misogyne Proudhon dont les propos sont difficilement soutenables.

    La troisième partie concerne 1945-1981. Après une perte de vitesse des mouvements féministes, ceux-ci reprennent de l'importance à la suite du livre de Simone de Beauvoir mais aussi après les événements de 68. Les mouvements se rajeunissent fortement tout en théorisant de nombreuses idées. En France, la période permet de poser la question du droit au contrôle de son corps. Dans un pays qui pénalise l'avortement, la contraception et la simple information concernant ces deux thèmes, le militantisme commence par se baser sur des questions purement médicales concernant la contraception. Ce n'est que plus tard que des mouvements féministes décident de s'attaquer à la criminalisation de l'avortement en pratiquant publiquement et en défendant les femmes qui risquent la prison. Marquant l'impossibilité de faire respecter une loi de moins en moins défendable.

    La dernière partie est la plus proche de nous puisqu'elle débute dans les années 80 pour se terminer en mars 2020. Les premiers chapitres démontrent l'intégration des mouvements féministes et des féministes au sein de l'état via des organes officiels mais aussi à l'aide de subventions. Des solutions militantes deviennent des actions professionnelles soutenues par l'appareil d'état et les membres du gouvernement. La période marque aussi les débuts des études sur les femmes, féministes puis de genre à l'université. Mais les autrices marquent aussi le renouveau d'un militantisme qui utilise fortement les outils de communications que sont les réseaux sociaux et internet. Grâce à ces outils, de nouvelles militantes entrent dans les mouvements et revendiquent des idées inclusives, en contradiction avec un féminisme universel. L'inclusion de nombreux combats, contre le racisme, contre l'homophobie, contre la transphobie, est contrée à la fois par des antiféministes et des féministes universalistes. La fin de cette période est marquée par le moment metoo qui aboutit à des condamnations en France même et aux réactions outrées des féministes face aux Césars de 2020, récompensant un homme condamné pour viol ayant fui la justice.

    Ce livre parle des féminismes français. Mais au lieu d'en rester à une histoire classique les autrices mettent en avant les multiples féminismes. En particulier, elles décrivent les féminismes pensés par les personnes racisées de nationalité française et leurs critiques des féminismes des femmes blanches. Les autrices réussissent aussi à montrer la richesse de ces mouvements et leurs combats internes entre différentes tendances. Même en ne s'intéressant qu'à la France, ce livre est riche et permet de bien mieux comprendre un mouvement qui est en train de se renouveler avec l'aide des réseaux sociaux.

    Image : Éditeur

  • L'ère du capital 1848-1875 par Eric J. Hobsbawm

    Titre : L'ère du capital 1848-1875
    Auteur : Eric J. Hobsbawm
    Éditeur : Fayard 2010
    Pages : 463

    Ce livre suit le premier volume qui s'intéressait aux années 1789-1848. Hobsbawm s'intéresse ici à ce qu'il nomme l'ère du capital car, selon lui, nous sommes dans une période de triomphe du capitalisme après une courte mise en cause lors de 1848. Le livre est constitué de trois parties. Elles sont suivies d'annexes, d'une bibliographie commentée, d'un index et de notes de fin d'ouvrage. Tout comme le premier volume, les parties se découpent selon un développement puis des résultats qui prennent en compte, dans les deux cas, les changements de nature socio-économique plus qu'un récit des événements.

    La première partie se concentre sur l'année 1848. Celle-ci est restée comme une année de révolutions dans l'Europe entière. Même la Suisse la subit, bien qu'un peu en avance. Cependant, ces révolutions échouèrent toutes à construire un système différent et, rapidement, l'Europe continua dans la voie du capitalisme. Hobsbawm nous montre que 1848 était loin d'être une surprise. On s'attendait à une explosion révolutionnaire sans savoir quand elle aurait lieu précisément.

    La seconde partie, développement, permet à Hobsbawm d'expliquer le fonctionnement de l'Europe, et du monde, durant cette période. Il explicite l'avancée économique impressionnante de la période qui permet de supporter l'impression d'un progrès inaltérable au niveau économique. Il explique aussi le fonctionnement de plus en plus globalisé et uni du monde grâce au train mais aussi au télégraphe. Ces deux technologies s'étendent fortement durant ces années du XIXème siècle et permettent une communication rapide d'un bout à l'autre du monde. Bien entendu, il s'intéresse aussi au fonctionnement de la démocratie et à la construction des nations. Ces dernières sont progressivement pensées et construites par des élites intellectuelles tandis que la démocratie implique de relier les masses à l'état mais sans, pour autant, leur donner une égalité de fait.

    La troisième partie s'intéressent aux thèmes culturels et socio-économiques. Outre les arts et la science, que Hobsbawm décrit comme ayant atteint un palier avant une prochaine (r)évolution, il décrit le fonctionnement de la terre mais surtout des classes sociales. Dans deux gros chapitres il nous décrit la classe ouvrière et la classe bourgeoise. La classe ouvrière commence à se penser mais elle est coincée dans une pauvreté voulue par la bourgeoisie. En effet, il est important de garder une forme de hiérarchie des classes sociales et même si le progrès implique de meilleures conditions de vie pour tout le monde il ne faut pas, pour autant, égaliser les hiérarchies. Dans le même temps, les milieux de gauche commencent à théoriser un progrès en direction d'une dernière révolution qui ferait tomber la bourgeoisie. Celle-ci met en exergue l'importance de l'individualisme et de la réussite personnelle. L'échec est donc un problème individuel et non un problème que l'on peut expliquer par des causes structurelles. Ce qui importe pour la bourgeoisie est de montrer son statut en ayant une capacité de direction et d'ordonner des personnes inférieures. Le livre se termine sur l'annonce d'une période de dépression économique qui sera suivie de l'ère des empires.

    Contrairement au livre précédent, Hobsbawm s'intéresse ici au reste du monde et pas uniquement à l'Europe. Cependant, ses propos dépendent surtout de ce que fait l'Europe et des réactions des autres civilisations. Ainsi, le monde est décrit comme porté par l'Europe tandis que les reste du monde semble n'avoir pas eu d'histoire avant l'arrivée de l'occident et leur prise de contrôle des autres civilisations. Hobsbawm ne voulait probablement pas faire ceci mais c'est l'impression que j'ai eu à la lecture.

    Image : Éditeur

  • De l'Empire britannique au Commonwealth par Henri Grimal

    Titre : De l'Empire britannique au Commonwealth
    Auteur : Henri Grimal
    Éditeur : Armand Colin 1999
    Pages : 416

    La période actuelle semble adéquate pour en savoir plus sur l'histoire britannique. En effet, la fin du brexit approche et celui-ci met fin à des relations fortes avec l'UE suivi de la promesse d'un retour à un âge d'or britannique. Ce livre permet de mieux comprendre comment s'est constitué cet âge d'or qui implique la prise de contrôle économique et politique de larges territoires et leur intégration ultérieure au sein d'une organisation internationale censée fonctionner sur l'idée d'égalité des états. Une organisation qui a tout de même souffert du mouvement des décolonisations. Le livre est constitué de 14 chapitres organisés en 4 parties.

    Le premier chapitre, court, se concentre sur les XVIIème et XVIIIème siècles. L'auteur débute par définir les deux types de colonisations : commerce et peuplement. Le premier type implique des droits sur de petits territoires dans le but exclusif d'échanger et de contrôler le commerce local et international. Le second implique une émigration britannique au sein d'un territoire qui peut s'étendre selon les besoins. L'auteur explicite aussi les premières zones colonisées que sont les colonies d'Amériques mais aussi l'entrée sur le territoire des West Indies. Enfin, l'auteur nous explique que les colonies s'inscrivent dans un système mercantiliste qui implique que la richesse dépend de l'exportation, il faut éviter les importations et donc la fuite de monnaie.

    La seconde partie reprend la période que l'auteur nomme impérialiste. Cela implique de définir le terme mais aussi d'expliquer comment les anglais devinrent impérialistes. En effet, une partie du monde politique et économique anglo-saxon considère les colonies comme des dépenses inutiles qu'il faudrait abandonner. Un effort de propagande est nécessaire pour faire des colonies une nécessité morale pour une nation européenne. L'auteur explique aussi le passage des colonies qu'il nomme blanches à une forme de gouvernement autonome. Cela dépend de l'état local des gouvernements mais permet aussi d'éviter de détruire le lien entre colonies et Londres. Cependant, les Indes ne sont pas concernées. Elles sont administrées par une compagnie privée, avant qu'elle ne disparaisse, dans un but purement commercial. La prise de contrôle de territoires est fortuite avant de devenir un programme défendu par la nécessité de la défense de la paix. Celle-ci étant payée par les Indes et ses habitant-e-s.

    La troisième et la quatrième partie permettent de comprendre le passage d'une logique impériale à une logique de Commonwealth, concept défini au cours du temps par les britanniques. Les colonies blanches entrent facilement dans cette logique. Les colonies du contient africains sont plus délicates. En effet, alors que les britanniques, au XXème siècle, souhaitent une égalité entre personnes ces territoires sont gérées sur une logique de supériorité de race face aux habitant-e-s, un racisme qui permet de justifier une inégalité civique mais aussi le travail forcé qui peut être de l'esclavage. Les colonies telles que l'Inde atteignent plus difficilement le liberté et l'égalité. Ce ne sont que les deux premières guerres mondiales qui permettent de mettre à bas la supériorité virtuelle des britanniques, économiquement et politiquement, qui ouvre la voie à une indépendance. Enfin, l'auteur termine sur un examen du fonctionnement du Commonwealth, de ses crises mais aussi des possibilités futures. Le livre marque ici son âge. Bien qu'il fût réédité en 1999 il fut écrit en 1971.

    Image : Éditeur

  • La guerre froide par Stanislas Jeannesson

    Titre : La guerre froide
    Auteur : Stanislas Jeannesson
    Éditeur : La Découverte 2014
    Pages : 128

    Après la Deuxième Guerre Mondiale les pays alliés afin de faire tomber les régimes fascistes et nazis se sont divisés selon leurs idéologies. D'un côté nous avions le bloc de l'ouest et de l'autre le bloc de l'est. Le monde entier de l'après-guerre fut modelé selon cette division que l'on a nommé la Guerre Froide. Guerre car les deux blocs sont ennemis mais froide car les deux blocs ne se sont que rarement heurtés directement. Suivant en cela une logique basée sur la nécessité d'éviter une guerre qui pourrait devenir nucléaire. Ce petit livre de la collection Repère doit permettre de mettre en avant les processus principaux de la Guerre Froide en 5 chapitres.

    La construction est fortement chronologique. Le premier chapitre se concentre sur les années 1942 à 1948. L'auteur met en avant la nécessité qui permit de s'allier entre pays d'idéologies contraires. Mais il explicite aussi les divisions entre les alliés. Celles-ci prennent de l'importance après la guerre alors que la création d'un nouvel ordre mondial qui doit permettre de garantir la paix est demandé par les Etats-Unis. L'URSS, elle, est toujours sous le contrôle de Staline qui souhaite avant tout défendre son territoire face à une potentielle nouvelle invasion. Ceci conduit à mettre en place l'idée de zones d'influences dans lesquelles les autres pays n'interviennent pas.

    Le second chapitre se concentre sur les années 1948-1962. L'auteur s'intéresse à plusieurs continents afin de nous montrer de quelle manière le monde est divisé entre les deux blocs. L'URSS consolide son influence sur plusieurs pays tandis que les Etats-Unis mettent en place la stratégie du Containment soit d'empêcher toute exportation de l'idéologie communiste. Cette stratégie est observée à Moscou comme une tentative d'encerclement. Les deux blocs se combattent mais évitent d'aller trop loin dans leurs demandes ou leurs actions lors des crises de cette période. Celle-ci permet aussi de marquer la fin de l'influence des anciennes puissances coloniales européennes que sont le Royaume-Uni et la France.

    Le troisième et le quatrième chapitre se concentrent sur la détente et la fin de la Guerre Froide. Après la crise de Cuba, l'URSS et les Etats-Unis décident d'ouvrir le dialogue afin d'éviter une crise qui pourrait déboucher sur une guerre nucléaire. Cela conduit les deux puissances à signer des accords de contrôle de l'armement qui permet de baisser le nombre de missiles en Europe et dans le monde. Cette période débute aussi la division du monde communiste en plusieurs groupes d'influences ainsi que la force grandissante des pays dit du tiers-monde. Ceux-ci tentent de créer une troisième voie entre les deux puissances, ce qui permet de mettre en question l'influence des Etats-Unis mais aussi de l'URSS. Les Etats-Unis, en particulier, sont critiqués pour leur soutien envers des régimes dictatoriaux et pour leurs actions lors de la guerre du Vietnam.

    Enfin, un dernier chapitre permet de conceptualiser la Guerre Froide. L'auteur s'intéresse à des thèmes précis. Par exemple, il explique comment fonctionne une crise durant la Guerre Froide. Mais il explique aussi l'importance de l'idéologie ce qui lui permet de parler du Maccarthysme. De plus, il explicite la place du nucléaire et les différentes stratégies qui ont permis d'user de cette puissance sans créer de risques de guerre nucléaire. Ce chapitre conclut ce petit livre qui, bien entendu, ne parle pas de tous les événements. L'auteur tente de nous offrir un minimum de connaissances nécessaire pour comprendre cette période et le passage à un monde avec une unique super-puissance.

    Image : Éditeur

  • Un monde en nègre et blanc. Enquête historique sur l'ordre racial par Aurélia Michel

    Titre : Un monde en nègre et blanc. Enquête historique sur l'ordre racial
    Autrice : Aurélia Michel
    Éditeur : Seuil janvier 2020
    Pages : 391

    Je ne connais que peu l'histoire du racisme et de l'esclavage. J'en connais ce que j'ai appris à l'école mais pas plus. J'en connais ce que je lis à l'aide des militant-e-s antiracistes. Je ne suis donc pas la bonne personne pour savoir si l'autrice et ce livre sont bons. Aurélia Michel est, selon la quatrième de couverture, historienne spécialiste des Amériques noires et chercheuse au centre d'étude en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques. Dans ce livre, elle tente de comprendre de quelle manière l'ordre raciale s'est constitué en commençant pas établir ce qu'est la race et l'esclavage. Elle conceptualise l'esclavage par le refus d'un accès à la parenté et l'ordre racial comme un moyen de justifier et concrétiser ce non-accès. Pour cela elle construit trois parties.

    La première partie conceptualise l'esclavage en l'inscrivant dans le temps long. L'autrice notre que l'esclavage implique une sortie de l'ordre social et de la parenté. Elle note aussi que l'institution fonctionne dans une large partie des communautés humaines et ne concerne pas forcément des personnes noires. En ce qui concerne l'Europe, des personnes blanches peuvent être vendues car elles ne sont pas membres de la communauté chrétienne. On découvre la même chose pour les personnes musulmanes. Ce n'est que parce que l'Europe occidentale perd son statut de centralité au sein du monde que l’esclavage y perd en importance en faveurs du servage. Mais la découverte des Amériques et des côtes de l'Afrique par des Européens permet de retrouver et de recréer les routes de l'esclavage.

    Dans une seconde partie l'autrice examine le fonctionnement de la traite. Elle montre que l'esclavage implique une déshumanisation. On n'achète pas un être humain mais une force de travail. Cette force de travail implique un contrôle et une productivité économique. Mais il existe des tensions entre la déshumanisation et l’humanité des personnes en esclavage. Celle-ci commence à être niée par des constructions scientifiques de ce qui deviendra la race. Elle permet d'user de violence, de créer des différences irréconciliables entre personnes blanches et noires et surtout de justifier ses actes. Même si certaines personnes, en métropole, sont contre l'esclavage ce n'est pas pour des raisons humanitaires mais économique. L'esclavage est vu comme économiquement moins rationnel que le travail libre, qui deviendra le salariat. La fin de l'esclavage s'accompagnant de lois en faveurs du travail forcé chez les anciens maitres mais aussi d'une compensation des anciens maitres.

    Une troisième partie s'intéresse aux nations et à la création des races entre 1790 et 1950. L'autrice explique de quelle manière la fin de l'esclavage a impliqué une création dites scientifique des races. Cette création permet de distinguer les personnes blanches des autres tout en rapprochant les personnes racisées, et particulièrement les personnes noires, de la barbarie et de l'absence de civilisation. Ceci permet de justifier l'inégalité dans les colonies et au sein des sociétés. En effet, les personnes noires ne seraient pas prêtes à atteindre le niveau de civilisation des personnes blanches. C'est le travail qui serait, en particulier, le marqueur de la civilisation. Tant que les personnes noires ne seraient pas capables de travailler il serait nécessaire d'introduire le travail forcé. La création du racisme permet aussi de justifier un ordre racial hiérarchisé qui puisse prendre en compte les personnes nées d'un parent blanc et d'un parent racisé. L'autrice mentionne aussi l'importance d'un tel ordre en faveurs des classes les plus défavorisées en Europe. Elles seraient toujours supérieures aux autochtones au sein des colonies. Tout comme l'autrice commence par le refus scientifique de l'existence des races elle termine là-dessus. Mais sa conclusion indique que le racisme n'a pas disparu. Il est encore systématique au sein de nos sociétés et l'on en trouve des traces dans toutes les interactions sociales et dans les institutions de nos démocraties.

    Site de l'éditeur

  • La mécanique de l'arbitraire. Internements administratifs en Suisse 1930-1981. Rapport final. Volume 10 B par Urs Germann et Lorraine Odier

    Titre : La mécanique de l'arbitraire. Internements administratifs en Suisse 1930-1981. Rapport final. Volume 10 B
    Auteur-e-s : CIE Internement administratif, Urs Germann et Lorraine Odier
    Éditeur : Alphil 2019
    Pages : 392

    TW : mention d'abus physiques, mentions d'abus sexuels, racisme

    La CIE Internement Administratif a travaillé pendant plusieurs années sur mandat de la Confédération. Lors de l'année 2019, elle a publié les différents rapports concernant le fonctionnement de l'internement administratif jusqu'en 1981. Certains sont des portraits des personnes concernées. Ce volume et le 10ème, et dernier, en version intégralement traduite en français (version B). Le livre est constitué de trois parties.

    La première partie est la plus importante du rapport. Elle synthétise tous les travaux de la CIE. Le but de cette partie est donc d'offrir une vision complète des travaux de la Commission sans utiliser un vocabulaire spécialisé et avec un appareil critique peu important. La plupart des chapitres renvoient aux autres volumes de la CIE, bien plus précis. Cependant, les 6 chapitres permettent de comprendre pourquoi l'internement administratif est utilisé, comment il est utilisé et combien de personnes sont concernées. Le récit suit la structure d'un cas tout en donnant des exemples précis. De plus, les auteur-e-s ajoutent des sources commentées entre les chapitres.

    La seconde partie est rédigée par des personnes concernées. La CIE a demandé à plusieurs de ces personnes d'exprimer leurs attentes ou leurs besoins face à l'état ou face à la CIE elle-même. Tous les textes marquent l'importance de la souffrance et l'impact d'un internement sur la vie des concerné-e-s. Ce qui frappe est l'importance de l'écoute sans jugement, de la connaissance des raisons pour un internement et du respect demandé. Les textes montrent aussi méfiance et cynisme face aux actions de la confédération, considérées soient comme trop modestes soit manipulées pour éviter des coûts trop importants.

    La dernière partie concerne des propositions d'action de la part de la CIE. Celles-ci impliquent toujours d'intégrer les personnes concernées dans les décisions. Elles dépendent aussi d'un changement législatif. Plusieurs des mesures proposées sont de nature financière, comme une rente à vie ou encore un abonnement CFF à vie afin de permettre les voyages. La CIE propose aussi la constitution d'un organisme spécialisé qui permette de soutenir les personnes concernées, de soutenir la recherche et la création d'archives mais aussi de permettre l'enseignement de cette période au sein des écoles. Le but de ces mesures est de permettre un accès à la dignité économique mais aussi civique.

    Ce 10ème rapport marque la fin des productions de la CIE Internement Administratif. À ma connaissance, aucune des propositions n'a été suivies d'effets malgré les besoins importants de personnes concernées. De plus, et comme le dit le rapport, il reste encore de nombreux points à explorer et comprendre. Le rapport mentionne le PNR 76 qui devrait offrir de nouvelles informations sur cette part de l'histoire helvétique.

    Image : Éditeur

  • Nations et nationalisme depuis 1870. Programme, mythe, réalité par Eric Hobsbawm

    Titre : Nations et nationalisme depuis 1870. Programme, mythe, réalité
    Auteur : Eric Hobsbawm
    Éditeur : Gallimard 24 janvier 2001 (1992)
    Pages : 384

    Je doute avoir besoin de présenter Eric Hobsbawm. Il est connu pour ses travaux sur les révoltes mais aussi pour son triptyque sur le XIXème siècle suivi par son histoire du court vingtième siècle. Il est aussi connu pour ses positions politiques dont il use dans ses travaux. Ce livre est un agrégat de conférences données dans le cadre d'un événement précis. Hosbawm les a réécrites et ajoutées une introduction et un dernier chapitre conclusif qui lui permet de faire le lien avec les événements les plus récents lors de la première édition du livre en 1990. Le livre est donc constitué de 6 chapitres qui permettent à l'auteur d'expliquer, à l'aide de l'histoire, ce qu'est la nation et le nationalisme.

    Les différentes conférences essaient de nous expliquer ce qu'est la nation et le nationalisme et leur construction. Il est donc assez logique de débuter durant le XIXème siècle lorsque celle-ci ont été conçues comme entités historiques. Hobsbawm considère que les nations ne sont pas formées par le peuple mais par des élites qui essaient d'imposer une histoire commune et une culture commune. La culture est portée, en particulier, par la langue qui est (re)construite et défendue face aux autres langues du pays.

    De plus, il explicite le projet nationaliste. Selon l'auteur, le but n'est pas de créer une multitude de petites nations mais un petit nombre de grandes nations avant de créer un gouvernement mondial. Personnellement, je ne sais pas si je suis en accord avec l'auteur concernant ce point. Mais ceci lui permet d'expliquer pourquoi les petits groupes linguistiques ne sont pas immédiatement pensés comme des nations en droit d'avoir leur propre état souverain. Même la doctrine Wilson souhaite d'abord relier les grands ensembles linguistiques et non créer des petites nations linguistiques. Ce changement serait plus récent.

    Hobsbawm explicite aussi l'échec de l'internationalisme de gauche. Celui-ci devait créer un lien transnational entre membres d'une même classe : les ouvriers. Mais ce lien fut détruit lors de la Première guerre mondiale alors que les ouvriers acceptèrent de se battre contre d'autres ouvriers lors de la guerre. Hobsbawm explique ceci par l'absence, pour les ouvriers, d'un différentialisme entre l'identité nationale et l'identité de classe.

    Je ne suis pas tout à fait certain d'avoir compris la pensée d'Hobsbawm au sein de ce livre. Je ne pense pas non plus être d'accord avec lui. Bien que je ne pense pas qu'Hobsbawm essaie de défendre la fin des nations il souhaite cette fin qu'il considère, si j'ai bien compris, être un changement quasiment naturel puisque des états multinationaux et multiethniques sont de plus en plus nombreux. Ses propos permettent aussi de questionner l'impression de la naturalité des langues, ethnies et nations qui sont construites au fil du XIXème et du XXème siècle. Mais peut-on pour autant penser que le nationalisme arrive à sa fin ? J'ai des doutes.

    Image : Éditeur

  • La Suisse et les réfugiés à l’époque du national-socialisme par Commission Indépendante d’Experts Suisse – Seconde Guerre Mondiale

    Titre : La Suisse et les réfugiés à l’époque du national-socialisme
    Auteur-e-s : Commission Indépendante d’Experts Suisse – Seconde Guerre Mondiale
    Éditeur : Commission Indépendante d’Experts Suisse – Seconde Guerre Mondiale 1999
    Pages : 359

    TW : mention de propos antisémites, actes de violences policières et militaires

    Depuis que j'ai compris qu'une partie des rapports de la CIE Seconde Guerre Mondiale sont disponibles en PDF et en français j'ai décidé de les lire afin de mieux comprendre le travail de la CIE et le fonctionnement de la Suisse durant cette période. Après ce tome, il me restera le rapport final de 569 pages à lire. Ces rapports et le travail de la CIE sont souvent discutés mais ne sont pas forcément lu. Ils dépendent aussi d'un contexte précis de l'historiographie et si certains travaux remettent en question certains chiffres cela n'implique pas une remise en question des méthodes ou des conclusions générales. Ce rapport est construit en 5 chapitres.

    Le premier chapitre concerne les fondements historiques de la politique Suisse concernant les réfugiés. Le livre commence sur les efforts de la SDN pour créer une définition du statut de réfugié à la suite des événements russes. Le rapport mentionne aussi les différentes œuvres d'entraide existantes. Mais une grande partie du texte concerne les fondements idéologiques de la méfiance helvétique face aux personnes réfugiées. Bien que l’entraide soit un fondement de la politique Suisse la période de l'entre-deux-guerres implique une méfiance face aux dangers des réfugiés comme personne provenant de l'étranger. Ces dangers sont leur nombre mais aussi les problèmes économiques et surtout les dangers pour la sécurité nationale. Ce fondement idéologique permet de justifier les décisions prises durant la guerre.

    Le chapitre qui suit se concentre sur deux aspects particuliers : le tampon J et la fermeture des frontières. Le premier acte est longuement décrit. Bien qu'une partie du monde politique ne soit pas en faveurs d'un acte qui s'attaque à une population précise une autre partie veut éviter de toucher tous les allemands par une obligation du visa pour entrer en Suisse. Le tampon J permet donc d'éviter l'entrée de réfugiés tout en gardant les frontières ouvertes pour les allemands qui ne sont pas soumis aux lois racistes de l'Allemagne. La fermeture des frontières a lieu en 1942. Elle se déroule alors que le gouvernement helvétique reçoit des informations concordantes sur les crimes nazis contre les juifs. Pourtant, le gouvernement décide la fermeture des frontières par peur d'un afflux massif de personnes en danger de mort.

    Le chapitre 4 se concentre sur les différentes manières d'entrer en Suisse. Les auteur-e-s du rapport expliquent les dangers des voyages. Des passeurs peuvent aussi bien prendre en charge jusque dans l'intérieur de la Suisse les personnes qui fuient. D'autres les abandonnent ou préviennent les patrouilles. De plus, il faut prendre en compte les décisions des gardes-frontières qui peuvent aussi bien fermer les yeux qui refouler en direction des patrouilles allemandes, créant un danger supplémentaire pour la vie des réfugié-e-s. Lors de l'entrée en Suisse, un régime d'internement militaire est mis en place avec une discipline stricte et un contrôle important de la vie des réfugié-e-s qui ne peuvent ni sortir, ni communiquer ni travailler. Dans un second temps, illes sont envoyé-e-s dans des camps civils mais dont les directeurs peuvent aussi être très stricts, selon les choix du gouvernement. Il est difficile d'en sortir et des familles ont pu être séparées. Ce n'est que vers la fin de la guerre que le gouvernement décide d'assouplissements.

    Une partie importante du rapport se concentre sur les relations financières. Celles-ci suivent les lois raciales allemandes puisque les réfugié-e-s n'ont pas le droit d'accès à leurs avoirs en Allemagne. Lors de l'entrée en Suisse, les biens et avoirs sont confisqués et gérer par une banque afin de contribuer aux coûts de l'internement, alors que le travail est interdit. L'accès à leurs propres biens est très difficile et même la fin de la guerre ne permettra pas un accès facilité. Il faudra des années pour que l'argent confisqué retrouve ses propriétaires, quand ce fut le cas.

    Enfin, une dernière partie parle du lien entre le gouvernement et les associations internationales d'entraides. Le CICR est particulièrement mis en avant dans ce chapitre. Certains des membres du bureau sont aussi liés au gouvernement ce qui permet une défense des intérêts et des choix helvétiques au sein des milieux de l'entraide. Cependant, certaines décisions ne sont pas du goût des autorités. En particulier, le rapport mentionne une communication potentielle qui devait condamner les politiques criminelles nazies mais qui ne fut pas publié sur pression des autorités helvétiques. Ces organisations permettent aussi de garantir une vision bénéfique envers le pays après la guerre, alors que les Alliés commencent à gagner la guerre.

    Bien entendu, cette présentation ne fait qu'effleurer la richesse du rapport. Il faut mentionner les annexes qui regroupent une chronologie, des biographies ainsi que des résumés d'autres travaux. Ce qui ressort de ce rapport, tel que montré en introduction et en conclusion, est la crainte des autorités de la Suisse face au nombre de réfugiés. Cette crainte provient de l'expérience de la première guerre mondiale et de l'entre-deux-guerres. Elle permet de justifier un alignement sur les lois racistes allemandes. Ces choix ont mis en danger de nombreuses personnes. De plus, elles sont illégales comme l'a dit un arrêt du tribunal fédéral. Il faut aussi prendre en compte le racisme et l'antisémitisme des milieux politiques et de l'armée. Par exemple, un officier genevois fut connu pour ses actes administratifs illégaux et sa brutalité. Tandis que les membres de l'administration qui aident les réfugié-e-s sont sanctionnés et tardivement reconnu à leur juste valeur. Il ressort de ces pages un cynisme important des autorités fédérales qui s'observe par les tracasseries administratives et le refus de l'entrée des réfugié-e-s alors que les autorités avaient connaissances des crimes nazis.

    Éditeur

  • La crise de la masculinité. Autopsie d'un mythe tenace par Francis Dupuis-Déri

    Titre : La crise de la masculinité. Autopsie d'un mythe tenace
    Auteur : Francis Dupuis-Déri
    Éditeur : Remue-ménage 2019
    Pages : 320

    CW : mentions et citations de propos misogynes, sexistes, racistes et homophobes.

    Les hommes sont en crise. C'est une idée qui est largement mise en avant. Les changements sociaux et culturels mettraient à mal la masculinité en tant qu'être mais aussi en tant que valeurs quasiment biologiques. De nombreuses personnes en font le constat et appellent à résoudre une crise difficile qui met à mal les rôles masculins traditionnels et donc la place des hommes au sein de la société, au risque de violences. Francis Dupuis-Déri, dans ce livre, examine ces discours de crise de la masculinité en les replaçant dans une histoire et en les confrontant à des données scientifiques précises. Il commence par un premier chapitre qui examine le fonctionnement de ces discours de crise. Il explicite le but de ce type de discours : permettre d'affirmer une crise implique de recevoir de l'attention aussi bien médiatique que monétaire ce qui permet, dans un second temps, de réclamer des moyens identiques à ceux mis en place pour la défense des femmes. Il y a un aspect fondamentalement politique à ces discours.

    Les chapitres 2-4 sont des retours historiques. Dans un premier temps, l'auteur examine l'histoire "longue" des crises de la masculinité. Cela lui permet de démontrer l'existence universelle des crises subies par les hommes, dès que les femmes mettent en cause leur place. Il se concentre en particulier sur le début du XXème siècle et trois pays. Ensuite, il examine les sociétés qualifiées de matriarcales, comme le Québec et la Bretagne mais aussi les africains-américains (je reprends le terme du livre). Il démontre que malgré ce matriarcat, les femmes sont tout de même soumises à des conditions socio-économiques inférieures. Le chapitre 3 lui permet d'examiner les débuts des mouvements des hommes. Il explique que ceux-ci sont d'abord conçus comme un moyen d'alliance et d'aides envers les féministes contre la société patriarcale. Mais les discours se modifient, sous pression de certaines personnes, pour considérer que les hommes sont maintenant soumis à un matriarcat et une domination féminine importante à cause des féministes. L'usage de l'égalité est particulier ici puisque ces mouvements l’utilisent contre les féministes accusées d'avoir mis en place une domination contre les hommes. Francis Dupuis-Déri démontre que le fonctionnement des groupes d'hommes étaient particulièrement vulnérable à un tel changement, en particulier à cause de rencontre en non-mixité par des personnes qui sont dominantes. Enfin, le chapitre 4 examine la constitution des groupes des pères qui, sous couvert d'aide juridique et psychologique, sont souvent utilisés pour défendre une rhétorique antiféministe et qui peut être fortement misogyne. Certaines des personnes les plus en vue de ces groupes sont d'ailleurs accusées d'actes de violences contre les femmes, ce qui leur permet d'accuser et de menaces les juges.

    Les deux derniers chapitres tentent de replacer les discours de crise de la masculinité au sein de données scientifiques mais aussi au sein d'une autre forme de militantisme. Le chapitre 5 critique ces discours qui mettent l'accent sur les rôles genrés. Les hommes et les sociétés devraient redécouvrir l'effet bénéfique des valeurs masculines de force et de guerre. Francis Dupuis-Déri pense plutôt qu'il faudrait mettre en cause le fonctionnement capitaliste et patriarcal de la société. Selon lui, les problèmes mis en avant par les discours de crise de la masculinité dépendent de causes économiques et c'est la remise en cause du capitalisme qui permettrait de résoudre ces problèmes. Le chapitre 6, lui, se concentre plus précisément sur certaines affirmations en les confrontant à des données scientifiques. Ce chapitre permet de questionner la question des difficultés scolaires masculines, du suicide masculin, du divorce mais aussi des violences masculines. Francis Dupuis-Déri démontre que ces problèmes dépendent largement d'une définition rigide et traditionnelle de la masculinité. Remettre en cause la masculinité permettrait donc de résoudre ces questions.

    Francis Dupuis-Déri nous offre ici un livre à la fois basé sur des recherches scientifiques, de sa part et d'autres personnes dont un large éventail de femmes, mais aussi militant. Bien que son propos soit intéressant, je suis un peu plus sceptique en ce qui concerne son examen historique au chapitre 2. Je le trouve un peu trop court à mon goût et j'aurais aimé plus d'informations.

    Image : Éditeur

  • De la révolution féministe à la Constitution. Mouvement des femmes et égalité des sexes en Suisse (1975-1995) par Sarah Kiani

    Titre : De la révolution féministe à la Constitution. Mouvement des femmes et égalité des sexes en Suisse (1975-1995)
    Autrice : Sarah Kiani
    Éditeur : Antipodes novembre 2019
    Pages : 286

    Les mouvements en faveurs des droits civiques sont connus, en Suisse aussi. Les mouvements dits de la seconde vague sont aussi connus en Suisse grâce à des travaux de mémoire non publiés ainsi que deux livres publiés par Julie De Dardel et Carole Villiger. Sarah Kiani, dans ce livre, souhaite penser la période qui se déroule entre 1975 et 1995 durant laquelle les mouvements féministes de la Suisse se sont progressivement institutionnalisés tout en militant en faveurs de l'égalité entre hommes et femmes, par l'inscription d'une norme constitutionnelle puis d'une loi sur l'égalité. Pour son sujet l'autrice écrit 4 chapitres.

    Le premier chapitre permet à Sarah Kiani de mettre en place une peinture des mouvements féministes du XIXème à 1975. Elle montre que la Suisse est un espace particulier puisque les mouvements en faveurs du suffrage sont toujours en lutte alors que les nouveaux mouvements des femmes, comme le MLF par exemple, sont en train d'apparaitre et de militer en faveurs du contrôle du corps. Bien que ces deux mouvements soient différents en termes d'âge, de position sociale, de moyens d'actions et de buts cela n'empêche pas de potentielles alliances, même si les liens des nouveaux mouvements avec la gauche radicale peuvent poser un problème à des féministes bourgeoises.

    Le second chapitre permet justement d'observer de quelles manières ces deux mouvements réagissent face à une initiative en vue d'inscrire une norme constitutionnelle pour l'égalité. Bien que les nouveaux mouvements féministes soient critiques envers la capacité d'action d'une norme légale, cela ne les empêche pas de soutenir l'initiative permettant de récolter assez de signatures pour qu'elle soit validée. En dehors des mouvements féministes, le gouvernement fédéral, les patrons et certains partis sont défavorables envers ce texte et préfèrent un contre-projet. En particulier, se pose la question de la capacité d'utiliser immédiatement le texte pour garantir l'égalité. Certains politiciens réactivent les arguments concernant la nature des femmes, qui feraient d'elles des ménagères et mères de famille avant tout. Les mouvements féministes se déchirent en particulier en ce qui concerne le soutien envers l'initiative ou le contre-projet du Conseil Fédéral. En effet, ce contre-projet est moins ambitieux que l'initiative mais a plus de chances de réussir.

    Un troisième chapitre parle de la période 1981-1991. Cette décennie permet d'observer le fonctionnement concret de la norme constitutionnelle. Il apparait qu'elle n'est que peu utilisée. Pire encore, une partie du monde politique défend l'égalité comme un moyen de demander l'extension de l'âge de la retraite des femmes et l'obligation de servir, fortement refusé par les féministes. Sarah Kiani explicite ici la réutilisation du concept de l'égalité pour s'attaque aux soi-disant privilèges féminins. Elle démontre que ce discours ne prend pas en compte les causes sociales de l'inégalité des femmes, privilégiant l'individu et la responsabilité (elle revient sur ce thème dans le chapitre 4). Cette période est aussi celle de la constitution de la Grève des Femmes de 1991. L'autrice nous explique que le terme même de grève fut débattu, mettant à mal un ordre politique basé sur le respect de la paix du travail. Les journaux furent majoritairement sarcastiques tandis que des femmes de droite refusèrent de se lier à une grève. Cependant, celle-ci réussit en laissant une grande liberté d'action aux femmes et en forçant le Conseil Fédéral à annoncer une loi sur l'égalité.

    Le dernier chapitre concerne la question de la loi sur l'égalité. Des réticences existent aussi bien chez les féministes que chez les patrons. Chez les féministes car elles déplorent une loi qui ne prend en compte que le monde professionnel aux dépens du privé. Chez les patrons qui ont peur des pertes économiques et qui sont soutenus par l'UDC et des membres du Parti Libéral. Cependant, le contexte des années 90 pousse le Conseil Fédéral à un rapprochement en direction de l'Europe ce qui implique une loi sur l'égalité avec des normes européo compatibles. Cette loi, acceptée malgré des critiques, permet une institutionnalisation des féministes au sein des partis et des gouvernements via des bureaux de l'égalité. Ceux-ci permettent non seulement de donner une force politique majeur à certaines féministes mais aussi de revendiquer des actions politiques fortes, même si la réussite est rare. Cependant, Sarah Kiani explique aussi que la période des années 90, celle du néolibéralisme, permet au monde économique de réutiliser le féminisme dans un but purement économique. Les inégalités sont vues comme un problème de pertes pour l'économie. Les questions concernant les causes sont évacuées, alors que les femmes sont censées se responsabiliser individuellement pour réussir professionnellement et personnellement.

    Sarah Kiani réussit, dans ce livre, à démontrer de quelles manières les mouvements féministes helvétiques jouent et usent des lois afin de revendiquer des normes d'égalité. Elle montre les combats mais aussi les alliances entre mouvements au fil du temps. Surtout, Sarah Kiani nous montre bien que les réussites des mouvements féministes sont suivies d'un backlash qui remet en question l'utilité des outils féministes dans un monde qui serait égalitaire impliquant que les féminismes soient caducs.

    Image : Payot

  • Transitions des adolescents et des jeunes adultes en Suisse Résultats de l'étude longitudinale TREE sous la direction de Katja Scharenberg, Sandra Hupka-Brunner, Thomas Meyer et Manfred Max Bergman

    Titre : Transitions des adolescents et des jeunes adultes en Suisse Résultats de l'étude longitudinale TREE
    Direction : Katja Scharenberg, Sandra Hupka-Brunner, Thomas Meyer et Manfred Max Bergman
    Éditeur : Seismo 2016
    Pages : 272

    Le fonctionnement de la formation en Suisse est connu, même s’il est particulièrement compliqué puisque les cantons sont souverains. Mais nous n'avions pas forcément d'informations sur les transitions entre formation et entrée dans le monde du travail. Ce second tome autours de l'étude TREE se base sur une étude qui a lieu depuis l'étude PISA 2000 autours de près de 6 000 élèves à l'origine. De plus, ce second tome est disponible en version numérique, PDF, sur le site de l'éditeur. Le volume est constitué de 10 contributions qui utilisent les données TREE pour analyser des problématiques précises.

    En grande partie, les études publiées dans ce second volume s’intéressent à la transition entre formation, formation supérieure et monde du travail en particulier dans une perspective d'égalité entre différents profils. Dans plusieurs cas, les auteur-e-s mettent en place une comparaison entre plusieurs pays afin de mettre en avant des causes explicatives du manque d'égalité dans l'accès à des formations supérieures. Le Canada est mobilisé à deux reprises puisque ce pays possède une étude comparable à l'étude TREE.

    Ces études permettent de démontrer que, malgré les souhaits officiels, il existe encore des inégalités dans l'accès au supérieur et au marché du travail. Un article examine en particulier le cas de la maturité professionnelle. Celle-ci doit permettre un accès aux formations supérieures via l'apprentissage. Mais ces accès sont encore peu nombreux et dépendent largement de causes familiales et scolaires. Le volume démontre aussi une face de transition longue entre l'école obligatoire et l'accès au monde du travail. Nombreuses sont les personnes qui sont encore en formation après des périodes d'arrêts ou de chômages. Ainsi, le lien entre l'école et le travail n'est pas aussi facile que souhaité.

    Ce volume contient de nombreuses études et je n'ai fait que le résumer de manière imparfaite. Les contributions sont particulièrement intéressantes tout en donnant une large place à la méthodologie de chacune des recherches. Il est probable que d'autres volumes suivent et puissent offrir non seulement des comparaisons avec d'autres cohortes suisses mais aussi examiner le lien entre monde du travail et vie familiale.

    Image : Éditeur

  • Histoire du féminisme par Michèle Riot-Sarcey

    Titre : Histoire du féminisme
    Autrice : Michèle Riot-Sarcey
    Éditeur : La découverte octobre 2015
    Pages : 128

    Après avoir lu un petit que sais-je sur les féminismes dans le monde je me suis plongé dans ce livre de la collection repères. Malgré son titre, ce n'est pas une histoire du féminisme. C'est une histoire du féminisme en France et, plus particulièrement, à Paris pour la période 1789 à nos jours. Le but de l'autrice est décrit une synthèse des mouvements féministes français en mettant en avant les principales revendications lors de périodes clés. Malgré son aspect très parisien, l'autrice mentionne quelques activités dans d'autres pays mais ne s'y attarde pas. Le livre est constitué de 7 chapitres chronologiques.

    Les trois premiers s'intéressent aux années 1789 à 1860. J'en parle ensemble dans cette présentation car les mouvements féministes sont confrontés à des logiques révolutionnaires ainsi qu'à l'idée de droits humains universels. Suivant l'idée que certains droits sont naturels et universels, les femmes militantes souhaitent aussi en profiter et recevoir les mêmes capacités que les hommes. Cependant, les différents gouvernements et parlements ne sont pas en faveurs de cette égalité. Plusieurs militantes sont expulsées de France ou condamnées à mort pour leurs activités. Dans le même temps, une partie du monde éduqué essaie de penser la place des femmes comme naturellement assujettie à une domination masculine. Ce qui pousse à la mise en place de protections face au travail mais aussi à une défense politique de la maternité, vue comme un devoir et un but féminin.

    Une seconde partie de chapitres s'intéressent aux années 1860 à 1960. Ces trois chapitres permettent de parler des deux guerres et de leurs conséquences immédiates. L'une des premières conséquences est la défense importante de la maternité. En particulier après la Première guerre mondiale, les pertes et le manque de naissances poussent à fortement s'attaquer à la contraception et à l'avortement. Bien que les années 45-50 ne mettent pas en question ce rôle maternel, les punitions pour avortement ne mènent plus à la peine de mort comme sous le régime de Vichy. Un second point concerne la mobilisation en faveurs du droit de vote. Malgré plusieurs échecs en France, le militantisme s'affirme et quelques femmes sont nommées au sein du gouvernement lors de l'entre-deux-guerres. Le droit de vote sera finalement accordé après la fin de la Deuxième guerre mondiale, mais sans que cela ne change fortement le nombre d'hommes élus.

    Enfin, un dernier chapitre fait le lien avec la période actuelle. L'autrice y démontre que les études féministes, sur les femmes et de genre ont pris un poids plus important dans les universités françaises. C'est en particulier le Mouvement de libération des femmes, et ses suites, qui a permis ce foisonnement intellectuel. Il est maintenant impossible de ne pas parler des femmes lors d'une étude et certaines œuvres de cette époque sont encore largement utilisées. L'époque actuelle permet aussi une nouvelle manière de penser certains sujets en faisant attention aux liens entre différentes formes de dominations. Ce qui permet de dénaturaliser non seulement la famille et les genres mais aussi les sexualités, permettant de penser de nouvelles manières de s'identifier.

    Comme je l'ai dit plus haut, ce livre n'est pas une histoire générale des féminismes. IL est fortement ancré dans la ville de Paris et la chronologie française. Cependant, cela n'enlève pas son intérêt à ce livre. On peut en revanche déplorer une synthèse parfois trop importante. L'autrice mentionne beaucoup d'événements et de personnes mais sans toujours pouvoir développer. De temps en temps, des encadrés permettent d'en savoir plus sur une personne, mais cela est rare si l'on prend en compte le nombre important de noms mentionnés. Heureusement, l'autrice ajoute une bibliographie thématique qui permet aux personnes intéressées de se reporter sur des recherches plus complètes.

    Image : Éditeur

  • The Dispossessed (Hainish Cycle #6) par Ursula K Le Guin

    Titre :  The Dispossessed (Hainish Cycle #6)
    Autrice : Ursula K Le Guin
    Éditeur : Harper 1 janvier 1970
    Pages : 387

    Autours de l'étoile de Tau Ceti les humain-e-s vivent sur deux planètes. L'une se nomme Ursa. Elle est formée de plusieurs nations. A-Io est un état de type démocratique fonctionnant selon la forme capitaliste. C'est l'une des grandes puissances de la planète. Thu est une nation que l'on ne voit que peu mais qui semble fonctionner selon la doctrine communiste, un état central et une bureaucratie importante. Le reste de la planète est constitué de petits états soumis à ces deux grandes puissances. La seconde planète est Annares. Il y a plusieurs centaines d'années, elle fut donnée à des révolutionnaire anarchistes afin d'y vivre. Depuis, Annares fonctionne plus ou moins en essayant de suivre les idées de sa fondatrice. Le héros du roman provient de cette planète. Il se nomme Shevek.

    SPOILERS

    Autant j'ai apprécié La main gauche de la nuit, autant je n'ai aimé ce roman. Je l'ai trouvé très lent et long. L'autrice me semble donner trop d'importance aux idées mathématiques de son personnage principal et pas assez à un examen plus anthropologique et sociologique des deux sociétés qu'elle présente. Il faut tout de même se rendre compte que La main gauche de la nuit introduit quelqu'un d'extérieur tandis que The Dispossessed suit quelqu'un qui connait et vit dans sa propre société. Que je n’aie pas apprécié ce roman ne lui enlève en rien ses qualités. Et surtout l'examen que Le Guin fait de l'anarchisme et de la démocratie libérale.

    Au vu de la structure du livre - le premier chapitre ouvre l'intrigue qui commence depuis le départ en direction d'Ursas jusqu'à sa fuite tandis que le chapitre 2 débute depuis l'enfance de Shevek jusqu'à l'idée du départ - on commence par apercevoir la nation d'A-Io qui sera présentée petit à petit. Celle-ci fonctionne sur l'idée de démocratie, de nation et de libéralisme économique. Le Guin nous montre une économie prospère basée sur la consommation. Mais c'est aussi un système profondément inégal. En suivant Shevek, on apprend que chaque personne a une place précise et doit faire attention à comprendre qui sont ses supérieurs. Les femmes, en particulier, sont considérées comme inférieures par nature et Sevek n'en rencontre que peu sur Ursas. Alors qu'une grande partie du livre nous montre le fonctionnement des personnes les plus riches, ce n'est que tardivement que l'on comprend que cette économie si prospère est problématique. Une grande partie de la population est soumise à des conditions de vie très précaires ainsi qu'à un contrôle policier et militaire important. Se définissant sur la liberté politique et économique ce système est en fait rempli d'interdictions et d'institutions chargées d'éviter les débordements.

    Mais Le Guin a aussi souhaité examiner le fonctionnement d'une société anarchiste. Anares suit les doctrines d'une fondatrice mythique, morte sur Ursas, et des premières personnes à avoir décidé de se rendre sur la planète. Celle-ci est un désert qui rend la vie des plus difficiles. Dès le début, la société d'Anares a supprimé les titres, les lois et la police. Il ne subsiste qu'une garde chargée du spatioport. Cette société fonctionne en syndicats créé librement par les personnes qui le souhaitent. Ces syndicats sont locaux et gèrent la production et les besoins, tout en se liant au monde plus large de la planète. Afin de gérer le travail, un système informatique peut envoyer et proposer des places aux personnes qui le souhaitent. La famille est bien plus aisée à créer. Il suffit de trouver une personne qui souhaite créer un couple, qui subsiste tant que possible. Tout le monde vit en commun soit dans de petites chambres soit dans des dortoirs. Bien que Le Guin ne lésine pas sur les problèmes économiques d'une telle société, une partie importante du roman se déroule durant une famine, elle essaie de montrer qu'une société anarchiste est possible. Cependant, elle démontre aussi les problèmes qui peuvent apparaitre et briser cette société. Vers la moitié et la fin du roman, on comprend que les personnes qui vivent sur Anares sont libres et pourtant personne n'ose remettre en question les décisions qui sont prises. D'autant que ces décisions sont prises de manière décentralisées sans que l'on sache vraiment qui en est l'auteur. De plus, les différentes crises poussent la société anarchiste à créer des bureaucraties de plus en plus importantes et difficiles à briser. Ainsi, l'autrice montre une utopie imparfaite qui, selon les mots du personnage principal, ne peut fonctionner que si elle se trouve en état de révolution permanente.

    *

    **

    *** Bien que très intéressant je n’ai pas réussi à apprécier ce roman

    ****

    *****

    Image : Éditeur

  • Histoire des femmes en occident 2. Le Moyen Âge sous la direction de Christiane Klapisch-Zuber, Georges Duby et Michelle Perrot

    Titre :  Histoire des femmes en occident 2. Le Moyen Âge

    Direction : Christiane Klapisch-Zuber, Georges Duby et Michelle Perrot

    Éditeur : Perrin 2002

    Pages : 692

    Lorsqu'on s'intéresse à l'histoire des femmes voire aux études genre en histoire on a forcément entendu parler d projet d'Histoire des femmes en occident. Dans les années 90, Michelle Perrot et Georges Duby, deux historien-ne-s important-e-s en France, ont pris la direction d'une gigantesque œuvre en 5 tomes réunissant les contributions de nombreuses personnes afin d'offrir les informations les plus contemporaines sur les connaissances que l'on a des femmes en occident dans l'histoire. Ces 5 livres suivent la chronologie scolaire classique et ce second tome s'intéresse à la période médiévale. Une période dont je ne connais pas grand-chose en ce qui concerne ce thème.

    Le livre est divisé en 4 grandes parties constitués d'un nombre variables de chapitres. La première partie s'intéresse aux discours masculins sur les femmes. Les autrices y examinent un grand nombre de thème. On commence avec le regard clérical, pour passer sur le fonctionnement du corps, suivre sur les types de femmes, le mariage et terminer sur la mode féminine. Ces nombreux chapitres permettent de mieux comprendre de quelle manière était pensée la place des femmes lors de la période médiévale. On observe que celles-ci sont divisées selon leur état marital : célibataire, mariées et vierges. Ce dernier état étant le plus favorisé par les clercs tandis que le mariage doit rester le plus chaste possible. J'ai surtout apprécié le chapitre sur la mode qui permet non seulement de mieux connaitre les habits portés par les femmes mais surtout les normes strictes derrière l'habillement.

    La seconde partie permet de replacer les femmes dans les stratégies matrimoniales. Celle-ci comment par une longue étude des droits romains et barbares au début du Moyen Âge. L'autrice y explicite les tensions entre plusieurs normes tandis que l'Église ne possède pas encore les moyens d'intervenir de façon importante dans les couples. Un second chapitre s'intéresse à l'époque féodal. Au travers de plusieurs textes, l'autrice y examine la manière dont les femmes peuvent user du mariage à leur avantage, ou le subir. Un texte de Duby suit sur l'amour courtois. Celui-ci y est pensé non comme une forme de romantisme mais un jeu de séduction, dont les mots sont très guerriers, qui permet à un jeune chevalier célibataire de tenter de se rapprocher de femmes qui lui sont interdites dans le cadre de la société féodale, créant une forme de danger. Enfin, un dernier chapitre examine la place des femmes dans la société médiévale aussi bien dans le mariage et l'enfantement, dans la religion qu'en tant que travailleuse.

    La troisième partie permet de communiquer des informations tirées de l'archéologie et de l'analyse des images que la période nous a communiqué. Le premier chapitre, archéologique, permet de retrouver des gestes et outils mais aussi des lieux de vies. Tandis que le second chapitre, que j'ai beaucoup apprécié, examine la manière dont sont pensées les femmes grâce à une large iconographie. Le propos est très riche et les exemples nombreux. Cependant, il est dommage que cette édition ne publie les images qu'en petit format et en noir et blanc.

    Enfin, la dernière partie examine la manière dont les femmes ont pu user de l'écrit pour communique leurs vies. C'est, selon moi, le chapitre le plus ardu de ce livre. L'autrice utilise de nombreuses références aussi bien latines que d'écrivaines, et j'ai eu du mal à bien comprendre ce qu'elle tentait d'expliquer. Il suit une publication de propos rapportés à un inquisiteur lors de la lutte contre les cathares. Dans les deux cas, on comprend que les femmes étaient capables, à l'époque, de communiquer et de suivre leurs propres idées malgré, parfois, le danger que cela implique.

    Après ma lecture du tome 5 j'ai donc enfin lu le second tome de cette gigantesque Histoire des femmes en occident. Bien que certains chapitres et introductions soient ardus à lire je suis heureux de m'être lancé dans ce livre. Même si celui-ci a plus de 20 ans, on apprend toujours beaucoup de choses sur l'histoire des femmes. Il faut mentionner aussi la gigantesque bibliographie qui a été mise à jour pour la décennie 1990-2000.

    Image : Éditeur

    9782262018702ORI.jpg

  • La Suisse et les puissances européennes. Aux sources de l'indépendance (1813-1857) par Cédric Humair

    Titre : La Suisse et les puissances européennes. Aux sources de l'indépendance (1813-1857)
    Auteur : Cédric Humair
    Éditeur : Alphil 2018
    Pages : 140

    Cédric Humair est un historien reconnu spécialisé en histoire suisse, et particulièrement l'histoire économique et les relations étrangères. J'ai déjà lu son livre sur l'année 1848, ce qui a mené à la guerre et la manière de résoudre les tensions impliquées. Ce petit livre de la collection Focus revient sur cette époque mais prend une perspective différente puisque l'auteur s'y intéresse aux relations entre la Suisse et les 5 puissances européennes conservatrices du XIXème siècle : la France, l'Autriche, la Prusse, la Russie et la Grande-Bretagne. Ce petit livre est divisé en quatre parties qui permettent d'analyser le pays sous protection française, selon les volontés des puissances conservatrices, la réforme et enfin les tensions dues à la création de la constitution de 1848.

    C'est connu, mais souvent oublié, la Suisse n'existe pas depuis 1291. Cette date est en grande partie mythique et ne concerne que quelques cantons sur ceux existant actuellement. Ce n'est que progressivement que le territoire s'est constitué, tout en restant membre du Saint Empire romain germanique (Neuchâtel étant possession prussienne jusqu'à la moitié du XIXème siècle). Plus intéressant encore, pendant longtemps la confédération n'est qu'une faible alliance entre des états souverains jaloux de leurs prérogatives. Ce n'est que sous la protection de la France que la Suisse fut constituée en République unie, mais ce régime fut aussi particulièrement instable.

    Lorsque la France de Napoléon fut vaincue, une conférence fut réunie pour reconstituer l'Europe selon une logique conservatrice. Dans ce cadre, la question helvétique eut une certaine importance. Au point de vue interne, la confédération fut restaurée tout en supprimant les bailliages, acceptant la création de nouveaux cantons. Au point de vue externe la question concerne l'équilibre européen. Aucune des grandes puissances ne souhaite que la Confédération ne soit intégrée dans un autre pays. Dans ce contexte, les 5 puissances proposent de faire de la Suisse un état souverain mais surtout neutre. Un état qui doit rester conservateur. Les 5 puissances se considèrent comme les garantes du Pacte de 1815 qui réglemente le pays, et que les suisses ne doivent pas modifier sans leur accord. Cependant, des réfugiés libéraux se rendent en Suisse tandis qu'une partie des citoyens helvétiques souhaitent des réformes libérales et démocratiques, créant des tensions avec le reste de l'Europe.

    C'est à ce point que l'on peut parler de la perspective de l'auteur qui rend son livre des plus intéressants. Au lieu de se baser sur une histoire interne Cédric Humair décide de s'intéresse aux sources britanniques sur la Confédération helvétique. Cette perspective permet de mettre en lumière les idées et l'impact de la diplomatie britannique sur la Confédération helvétique. Bien entendu, cela implique d'oublier d'autres pays ainsi que les points de vue interne, mais cela implique aussi de mieux comprendre de quelle manière le pays devint souverain et resta neutre. L'auteur met en avant une activité diplomatique considérable dans le but de garder un équilibre. Les britanniques fonctionnent comme des facilitateurs pour la Suisse via des pressions aussi bien sur les autorités helvétiques que sur les autorités des autres grandes puissances. Ainsi, les anglais ont un intérêt à garder une Suisse stable et indépendante. Ce qui implique de lutter contre les menaces d'attaques militaires, par exemple de la Prusse lorsque le canton de Neuchâtel devint officiellement et uniquement Suisse. Cette perspective rend ce livre particulièrement intéressant et donnant des informations différentes sur la construction de la Suisse moderne. Je le conseille aux personnes qui souhaitent mieux connaitre l'histoire de la Confédération.

    Image : Éditeur

    22-la_suisse_et_les_puissances_europeennes_sitealphil.jpg

  • Une histoire politique de la démocratie directe en Suisse par Olivier Meuwly

    Titre : Une histoire politique de la démocratie directe en Suisse
    Auteur : Olivier Meuwly
    Éditeur : Alphil 2018
    Pages : 132

    Discuter de la démocratie directe est un exercice périlleux, en particulier en Suisse. Nombreuses sont les personnes qui s'inquiètent d'une force trop importante des mécanismes de démocratie directe, qui pourraient mettre en question des droits fondamentaux. Tout aussi nombreuses sont les personnes qui s'inquiètent d'un irrespect des décisions du peuple. Mais nous ne connaissons que peu les processus qui ont mené aux instruments que sont le référendum et l'initiative utilisés actuellement. Olivier Meuwly essaie, dans cet essai historique, de résumer les idées philosophiques et les changements qui ont présidés à la mise en place de la démocratie directe suisse.

    Avec raison, l'auteur explicite le lien important de la démocratie directe avec l'ancien régime et, en particulier, la landsgemeinde. Cet outil, encore utilisé dans certains lieux, fonctionne dans le cadre d'une pensée médiévale mais n'est pas l'expression du peuple tel qu'on la conçoit aujourd'hui. La landsgemeinde, comme beaucoup d'auteur-e-s l'ont montré, est soumis au pouvoir de certaines familles. Elle est aussi critiquée lors de la Révolution française, et de la mise en place de la République helvétique, car contraire à l'idée de rationalité, tout comme l'usage du sort pour choisir les dirigeants.

    Ce n'est qu'après la restauration puis la guerre du Sonderbund que la démocratie directe a commencé à véritablement ressembler à ce que l'on connait aujourd'hui. Mais ce n'est que progressivement que ces instruments furent imaginés et acceptés par un pouvoir radical puissant. En particulier, ce sont les oppositions face à des politiques de création de lignes de train qui commence à permettre de défendre une volonté populaire face à une centralisation et une homogénéisation du droit en Suisse. Bien que ces droits populaires ne fussent pas encore beaucoup utilisés, ils ont permis d'obliger la confédération à accepter certaines idées. Mais l'essor n'a lieu que bien plus tard.

    En effet, après les deux guerres, et l'usage des pleins pouvoirs par les autorités de la confédération, la Suisse est devenue plus social avec la création de l'AVS. Mais les années 60 sont l'occasion de comprendre que de nombreuses parties de la population ont des idées que ne sont pas défendues par les partis traditionnels. Dans ce cadre, l'initiative et le référendum permettent d'imposer des débats sur des sujets de plus en plus nombreux, marquant un accroissement important des votations. Ceci implique une critique des décisions du peuple et le souhait de réformes, mais qui n'ont jamais pu être mises en œuvre par peur de briser une mécanique délicate.

    Ce petit livre donne un grand nombre d'informations qui permettent de mieux comprendre le fonctionnement politique de la Suisse. L'auteur n'hésite pas à questionner les débats et les idées philosophiques et idéologiques derrière certains souhaits de réformes. Le dernier chapitre est particulièrement délicat de ce point de vue puisque Oliver Meuwly discute initiatives récentes dont l'application fut délicate, si ce n'est abandonnée. Bien qu'il parle des réformes proposées, je trouve frustrant que le message de l'auteur soit d'éviter tout changements. Ceci me donne l'impression de mettre sur un piédestal des instruments certes nécessaires mais dont les réformes devraient pouvoir être discutées afin de défendre certains droits fondamentaux ou de s'adapter à la période.

    Image : Éditeur

    23-sitealphil-une_histoire_politique.jpg

  • On the run. Fugitive life in an American city par Alice Goffman

    Titre : On the run. Fugitive life in an American city
    Autrice : Alice Goffman
    Éditeur : Chicago university press 2014
    Pages : 288

    Cette recherche a connu une certaine notoriété lors de sa sortie, aussi bien dans le grand public que dans le cadre universitaire. En effet, non seulement son sujet est particulièrement important pour le contexte policier mais son autrice est la fille d'Erving Goffman, un chercheur que tout le monde connait dans le monde des sciences sociales. Ce premier livre, issu d'une thèse et d'une longue recherche sous la forme d'une observation participante, a donc été particulièrement sujet à la critique et à l'observation. Les considérations des personnes qui l'on lut sont clivées passant de l'appel au génie de l'autrice à ses supposés mensonges et crimes commis lors de la recherche. Bien entendu, je ne peux pas vérifier la recherche d'Alice Goffman mais je peux me demander si le livre éclaire la mécanique policière et si son autrice a réussi à garder une posture à la fois éthique et objective.

    Alice Goffman, à l'époque étudiante tentant de terminer ses crédits et d'entrer dans le milieu universitaire, s'est intéressé à ce sujet par étape. Comme elle l'explique dans son appendice méthodologique, elle s'est d'abord intéressée aux magasins de films, puis aux relations entre étudiant-e-s et travailleuses et travailleurs de la cafétéria de l'université pour ensuite s'intégrer comme tutrice dans une famille vivant sur la rue qu'elle va étudier ensuite, lorsqu'elle fait la connaissance de plusieurs jeunes hommes noirs pauvres du quartier ayant de nombreux problèmes avec la justice et la police. Elle va vivre avec ce groupe de jeune, couper ses liens avec ses ami-e-s et louer un appartement proche afin de mieux comprendre le fonctionnement de la société locale.

    Son but est de comprendre de quelle manière l'arsenal policier utilisé pour s'attaquer au crime, selon la doctrine Tough on crime, impacte la vie des résident-e-s de la rue. Alice Goffman montre que ce quartier ni vit que selon le fonctionnement policier chargé de s'attaque au crime. Les jeunes hommes et femmes fuient dès qu'ils le peuvent, apprennent à reconnaitre la police et les moments et lieux qui peuvent attirer l'attention et remplissent leurs calendriers selon le fonctionnement de la justice. En particulier, l'autrice montre à quel point la police impacte les relations entre les personnes. En effet, les proches sont la cible de nombreuses pressions pour donner la location d'un jeune homme recherché. La vie des hommes, elle-même, est constellée d'entrée en prison, de sortie, de probation et de retour devant le tribunal avec un nombre difficile à comprendre d'actions légales dans leur vie. Le statut social dépend de l'intérêt de la justice. On peut être surveillé, informateur ou "propre." Ce dernier statut permet d'acheter et de signer des contrats sans trop de problèmes, tandis que les personnes qui sont recherchées ne peuvent pas avoir de permis, de carte d'identité voire même, selon l'autrice, entrer dans un hôpital en cas de besoin, par peur d'être arrêtés.

    En ce qui concerne l'impact de la police et des arrestations de masse je ne sais pas si Alice Goffman ajoute grand-chose, mais elle permet en tout cas de mieux comprendre ce qui arrive aux personnes même grâce à un examen ethnographique. Cependant, je me pose beaucoup de questions concernant l'éthique de son travail. Ces questions sont en parties exprimées par l'autrice elle-même dans son appendice, dont je conseille la lecture. Alice Goffman, par exemple, se demande si elle aurait pu violer la loi et se faire arrêter pour mieux comprendre la vie de ses sujets d'études, qui avaient conscience de son travail et le corrigeaient parfois en direct. Bien qu'elle ait renoncé pour des raisons méthodologiques cela n'implique pas qu'elle n'ait pas violé des normes légales en cachant des fugitifs ou en aidant à cacher de la drogue.

    On peut aussi se poser des questions sur la publication d'un tel travail. L'autrice explique de quelle manière ces jeunes hommes agissent pour éviter la police et réussir à vivre normalement malgré des problèmes légaux. Ne peut-on pas penser que mettre ces techniques en plein jours risque de créer des dangers pour ces personnes qui lui ont parlé et lui ont expliqué leurs méthodes ? Enfin, il y a la question de l'ethnie de l'autrice, une jeune femme blanche. Est-ce que son statut lui a permis d'être moins sujette au contrôle policier ou a-t-il créé de nouveaux dangers pour les jeunes hommes ? Mais surtout, est-elle légitime pour ce travail ? Ce sont des questions difficiles et d'autres personnes pourraient probablement bien mieux y répondre que moi.

    Image : Éditeur

    9780226275406.jpg

  • BlacKkKlansman

    TW : Racisme, antisémitisme, négationnisme, images d'attentats racistes entre 2016 et 2017

    Ron Stallworth vit dans une petite ville du Colorado. La police y est fréquemment accusée d'actes racistes mais les autorités politiques souhaitent changer l'image de ses forces de police. À la suite d’une campagne en faveurs des minorités Ron Stallworth y est inclus au service des archives. Après plusieurs semaines, on lui demande d'infiltrer une réunion du syndicat des étudiant-e-s noir-e-s. Cette mission lui permet d'être intégré à une unité d'enquête. Il décide de débuter une enquête sur le KKK local en contactant son chef local. C'est un succès. Avec l'aide d'un collègue il découvre des informations inquiétantes sur les activités et les membres du Clan, pourtant présenté comme de plus en plus pacifique.

    SPOILERS

    Ce film est résolument anti-raciste. Que ce soit le racisme contre les personnes de couleurs (pour inclure plus que les personnes noires) ou contre les juifs. La réalisation ne nous épargne pas les propos les plus extrêmes de personnes parfaitement ordinaires. Que ce soit david duke ou le chef du KKK du Colorado, ce sont deux hommes bien habillés qui parlent calmement. Sans appeler au meurtre, ils ne cachent pas leur racisme et leur envie de reconquête. Le film s'intéresse, évidemment, aux actions de la police. Ron Stallworth y est décrit comme le premier policier noir de sa ville et sa première mission est d'infiltrer un groupe d’activiste en faveurs du Black Power. Malheureusement, la réalisation ne s'intéresse pas beaucoup à ce groupe ni aux Black Panthers et encore moins aux activités antisubversives des polices, à l'aide du programme cointelpro. Bien que l'un des policiers soit décrit comme un raciste, le film ne s'intéresse pas à la manière dont les activités policières discriminantes sont permises par le système. Au contraire, la réalisation n'hésite pas à héroïser la police, les racistes devenant des exceptions. Je pense que le film manque ici un thème important qui touche non seulement les États-Unis mais aussi d'autres états occidentaux, dont la Suisse.

    Il est très difficile de ne pas voir que ce film est tout aussi contre le racisme qu'il est contre trump. Les différentes scènes sont constellées de références plus ou moins subtiles. Plusieurs personnages du KKK utilise des slogans mis en avant par trump, que ce soit le "make america great again" ou "america first." La réalisation cache encore moins sa posture politique à la fin du film lorsqu'elle diffuse des images d'attentats terroristes racistes avec la réaction de trump, plus que complaisante. Le plus intéressant est que ce film explicite les tactiques pour faire accepter le racisme. Ainsi, l'un des personnages mentionne les recherches "scientifiques" qui prouvent l'infériorité intellectuelle de certaines populations, des recherches largement discréditées et pourtant encore défendues par des chercheurs. La réalisation montre aussi que si david duke et d'autres essaient de se présenter comme propre sur eux c'est pour mieux faire accepter leurs propos dans la population et dans le milieu politique, avec comme but qu'un politicien puisse défendre leurs idées au plus haut niveau de l'état. On observe cette même tactique en Europe par exemple en ce qui concerne les migrations. Les personnes qui migrent, pour recevoir l'asile, ne sont plus qualifiées comme des personnes en besoin d'aides mais des dangers qui impliquent des mesures d'enfermement et d'expulsion même au prix de leur mort. Tandis que les personnes qui les aides ne sont plus des humanitaires mais des criminels qu'il faut arrêter.

    *
    **
    ***
    **** Un bon film mais qui lisse le rôle de la police et de son héros. J'aimerais aussi savoir quels sont les événements écrits par la réalisation et quelle est la réalité.
    *****

    Image : IMDB

    Site officiel

    blackkklansman

  • The Dandelion Dynasty 1. The grace of kings par Ken Liu

    Titre : The Dandelion Dynasty 1. The grace of kings
    Auteur : Ken Liu
    Éditeur : Saga Press 7 avril 2015
    Pages : 640

    Dara est composé de plusieurs îles avec, au centre, une grande île. L'espace est divisé entre plusieurs états ayant leurs propres spécialités. Les guerres sont nombreuses entre ces petits états et il est rare que la paix et les promesses entre les rois durent longtemps. Mais tout cela a changé lorsque le roi de Xana s'est mis à rêver. Il se demanda s'il ne serait pas mieux pour les peuples de Dara s'il n'existait qu'un seul et unique roi chargé d'unir tout le monde. Son rêve a pris forme après des années de guerre. Mais devint un cauchemar alors que son règne se transforme en tyrannie. Petit à petit, d'anciennes familles nobles et de simples personnes se mettent à rêver de rébellion. Le moment parfait arrive lorsque l'empereur meurt.

    SPOILERS

    Je n'ai pas apprécié ma lecture. Celle-ci fut très laborieuse. Je n'ai pas réussi à apprécier le style de l'auteur dans ce livre. J'ai eu encore plus de mal vers la moitié du roman lorsque Ken Liu décide d'utiliser la forme épistolaire, que je n'ai jamais appréciée. Mais il faut lui concéder une construction particulièrement réussie de son univers. Sans entrer dans les détails, l'auteur nous fait observer une île à un moment particulier de son histoire tout en n'oubliant pas de mettre en avant son passé et sa richesse. Les personnages naviguent dans un réseau dense de cultures et de traditions basées sur des écrits classiques. Il est rare que ces classiques ne soient pas mentionnés.

    De plus, l'auteur met en avant le thème de l'humanité des dirigeants. Le roman est rempli de rois, de reines, de princes et princesses mais aussi de généraux. Ces personnages ont des points positifs mais aussi des points négatifs. Ceux-ci permettent à Ken Liu de montrer ce que le pouvoir fait aux personnes qui le reçoive. Régulièrement, des personnages modestes deviennent cruels et arrogants tandis que d'autres, moins nombreux, tentent de rester humbles. Souvent, la confiance en leurs conseillers devient de moins en moins importantes par peur des trahisons. Au fil du livre, ce sont surtout deux personnages qui montrent deux manières de diriger. Le premier, Mata Xindu, provient d'une vieille famille noble. Il veut gagner par l'honneur et par sa force et déteste la trahison et aime le passé qu'il anoblit de toutes les vertus. Gouverner ne l'intéresse par vraiment. Le second, Kuni Garu, aime gouverner et essaie d'aider le peuple à bien vivre mais il ne s'arrête pas aux trahisons et au déshonneur si cela lui permet de gagner. La lutte entre ces deux personnages est autant une lutte pour la couronne qu'une lutte idéologique.

    Le roman est aussi empli de plusieurs personnages féminins qui auraient pu devenir intéressants. Certaines de ces femmes meurent rapidement après qu'on les ait rencontrées mais d'autres restent plus longuement. Malheureusement, la promesse de leur offrir une place équivalente aux personnages féminins est rapidement oubliées. Personnellement, j'aurais apprécié plus de pages du point de vue de Jia et Risana sans oublier Gin Mazoti, une stratégiste particulièrement douée.

    * Malgré de nombreuses idées intéressantes je n'ai pas du tout aimé ce livre, à ma grande tristesse.
    **
    ***
    ****
    *****

    Image : Site de l'auteur

    Grace_of_Kings_cover_with_nebula_badge_blog.jpg

  • Kona fer í stríð (Woman at war)

    Woman at war est le second film islandais à sortir en deux semaines en Suisse. Halla est une cinquantenaire. Elle se rend à son travail à vélo. Elle donne des cours de chants et elle visite de temps en temps sa sœur, professeure de yoga en attente d'une place pour un voyage dans un sanctuaire. Il y a 4 ans, les deux sœurs ont demandé le droit d'adopter un enfant et Halla reçoit enfin une réponse positive. Mais elle ne sait pas quoi répondre à l'agence d'adoption car sa vie est plutôt compliquée. En effet, elle est responsable de la destruction des lignes électriques qui paralyse l'industrie lourde du pays depuis quelques semaines. À la suite de ces actes de sabotage le gouvernement commence à s’inquiéter et organise une recherche frénétique et hystérique de la ou des personnes responsables. Car ces attaques risquent de mettre à mal un investissement chinois en Islande.

    SPOILERS

    La première chose que l'on remarque dans ce film est l'attention envers des détails de la photo et l'usage de la musique. Cette dernière est jouée par un groupe de musicien et une chorale féminine. Ce film décide de les inclure directement dans l'image, avec de légères interactions en direction des personnages. Loin d'être incongru, leur apparition est souvent assez drôle car absurde tout en annonçant des problèmes dans l'intrigue. La photo utilise l'Islande dans toute sa splendeur. Il est difficile de ne pas souhaiter organiser une petite randonnée dans les coins filmés par la réalisation. Mais il y a aussi de petits détails assez drôles. Par exemple, les télévisions sont souvent réglées sur des questions concernant l'écologie. J'ai aussi particulièrement apprécié le passage à Thingvellir. Alors que le président explique l'histoire de ce lieu, une sorte de parlement, et l'usage des chefs de se réunir en cercle pour décider des condamnations les aides du président se réunissent elleux-même en cercle afin de discuter de ce qui arrivera à Hella. Ce n'est pas tout à fait maîtrisé mais j'ai aimé.

    Bien entendu, le thème principal du film est l'écologie dans un monde capitaliste. Hella, ainsi que sa sœur, sont deux personnes très liées à la terre. À plusieurs reprises, on les observe se coucher par terre et respirer comme moyen de communion. Hella utilise la nature pour se défendre et se cacher lorsque nécessaire ainsi que pour sauver sa vie. Elle le fait car elle considère que le fonctionnement de l'économie n'est pas compatible avec les nécessités de protection de la nature, un point de vue que j'ai tendance à partager. Mais le film s'intéresse aussi aux questions de militantisme dans un cadre sécuritaire. On apprend rapidement que ses actions de sabotage, qui ne tuent ni ne blessent, sont qualifiés d'actes de terrorisme. Ici le film décide de prendre deux directions. En premier lieu, il s'intéresse à un jeune touriste particulièrement malchanceux qui est systématiquement visé par les autorités comme le responsable potentiel des actes de sabotage. Bien que ce ne soit pas explicité, on y voit facilement la tendance raciste des sociétés occidentales. En second lieu, le film met en avant un usage de plus en plus hystérique des technologies de surveillance. Alors qu'il n'y a que des dégâts matériels l'état décide de demander l'aide de la CIA et du Mossad. La police se met à utiliser des satellites espions et des drones équipés de caméras thermiques. Pire encore, il est mentionné, vers la fin du film, que le gouvernement a pris la décision de récolter des échantillons ADN de toutes les personnes quittant et entrant en Islande. Ainsi, pour retrouver une seule et unique personne qui ne crée que des dégâts matériels une grande partie de la population doit accepter d'être fichée. Le film montre très bien la logique d'extension des technologies de surveillance qui ne s'arrêtent pas lorsque la personne recherchée est enfin arrêtée.

    *
    **
    ***
    ****
    ***** Plutôt drôle, beau, un film qui maitrise plutôt bien les thèmes mis en avant sans nous donner toutes les clés d'explication

    Image : IMDB

    kona fer í stríð,woman at war

     

  • Histoire des transsexuels en France par Maxime Foerster

    Titre : Histoire des transsexuels en France
    Auteur : Maxime Foerster
    Éditeur : H&O 2006
    Pages : 186

    Pendant longtemps, et encore aujourd'hui, la transsexualité (je reprends les termes utilisés par l'auteur qui les justifie dans son introduction) est considérée comme un crime, une maladie, quelque chose qu'il faut effacer. Pourtant, les transsexuels ont une histoire, difficile à décrire mais qui existe. L'auteur essaie de démontrer la richesse de cette histoire et de poser les pistes concernant les liens entre le militantisme transsexuels et le militantisme gay et lesbien. Pour cela il décrit la France, et surtout Paris, en 7 chapitres.

    Les deux premiers sont des chapitres introductifs. Ils permettent à l'auteur d'expliquer d'où provient la pensée du transsexualisme. Il ne peut donc pas passer outre l'Allemagne et Magnus Hirschfeld. Ce dernier a permis de mieux penser la variété des possibilités sexuelles de l'humanité grâce à son centre d'étude. En particulier, il s'inscrit dans la théorie du troisième sexe qui considère que les personnes homosexuelles ont une âme qui ne correspond pas à leur corps. L'arrivée des nazis au pouvoir implique la fin de son travail, ses livres sont brulés. Dans ce contexte, la France commence à connaitre des mouvements en faveurs des transsexuels par deux personnes qui commencent à être connues. Leur statut permet de poser les bases d'un mouvement.

    Les chapitres 3 et 4 s’intéressent plus particulièrement aux cabarets et à leurs artistes. L'auteur s'attache à une artiste précise, Coccinelle, pour démontrer l'importance de ces lieux comme moyens de sociabilités. En effet, plusieurs cabarets proposent des numéros de travestissement qui, petit à petit, deviennent des numéros mettant en scènes des personnes transsexuelles. Ces différentes personnes commencent à se connaitre et à s'aider mutuellement, en particulier en offrant des noms de docteurs prêt à pratique une opération. L'existence de ces artistes permet aussi à de nombreuses personnes de s'accepter en sachant ne pas être isolées.

    Les derniers chapitres s'intéressent à la répression et à la réaction face à celle-ci. Bien que les trente glorieuses soient une période qui permet une relative expression, et un accès facilité aux hormones, de nombreuses personnes et autorités n'acceptent pas l'existence du transsexualisme. La police contrôle fréquemment les concerné-e-s au nom de la lutte contre la prostitution et les agents n'hésitent pas à demander des actes sexuels gratuits. L'accès aux papiers est particulièrement délicat et une association offre des faux papiers, dont les doubles sont envoyés à la préfecture (permettant un fichage). Ces faux papiers sont un moyen d'accès au travail mais aussi aux services étatiques qui, sinon, sont inaccessibles. Mais ce sont aussi les psychiatres de l'école de Lacan qui répriment les personnes transsexuelles. Selon elleux, ce sont des personnes malades qu'il faut traiter psychiatriquement et non aider par l'accès à la chirurgie et aux hormones.

    L'auteur termine en montrant de quelle manière les personnes concernées se sont reliées en association afin de lutter contre la police, les psychiatres de Lacan mais aussi l'état en général. Aujourd'hui, des journées sont dédiées et il existe des essais de forcer les milieux politiques à accepter la devise française de liberté et d'égalité. Cependant, le combat est loin d'être terminé et certains refus officiels, malgré des condamnations par la CEDH, sont parfois difficiles à comprendre. L'auteur décrit par exemple l'annulation du mariage d'un couple considéré comme hétéro par l’État français qui a refusé le changement d'état civil de l'un des membres au nom de l’interdiction du mariage entre personnes de même sexe.

    Je ne connais pas grand-chose concernant les besoins des personnes concernées et encore moins leur histoire. Ce petit livre m'a permis d'avoir enfin des informations concernant cette histoire. Il me semble aussi que l'auteur s'inscrit résolument dans une posture militante en faveurs des personnes concernées, en essayant de décrire leur histoire en France, à Paris surtout. J'ai personnellement apprécié ma lecture et j'essaierais d'en savoir plus.

    Image : Éditeur

    histoire_des_transsexuels_en_france_maxime_foerster.jpg

  • 12 jours

    TW : hospitalisations psychiatriques, suicides

    Ce documentaire s'intéresse au fonctionnement d'une loi française sur l'hospitalisation psychiatrique sous contrainte. Selon la loi, la justice doit vérifier la procédure dans les 12 jours, avec un avocat pour la personne concernée, puis tous les 6 mois. La loi est une chose est l'application en est une autre. Ce documentaire suit de très près les moments lors desquels individus et juges se rencontrent dans un cadre très formel qui permet uniquement de vérifier la procédure et donc de donner le droit aux médecins de continuer l'hospitalisation sous contrainte. La caméra filme plusieurs de ces moments avec des personnes différentes qui essaient d'expliquer, de contester et de demander la parole face au pouvoir médical et judiciaire.

    Le documentaire est très sobre et essaie non pas de nous imposer un point de vue mais de présenter des personnes dans leurs rapports avec la justice, et le pouvoir médical par extension. On peut se demander si cette absence du commentaire implique une neutralité face à une procédure qui met en question les droits des personnes, qui doit donc impliquer une surveillance judiciaire étendue. L'image est rarement mouvante. On reste souvent dans une pièce qu'il est difficile de situer, constituée d'un mobilier minimaliste. On sent que tout est mis en place pour créer une atmosphère de formalité. Les cas passent rapidement devant les juges qui donnent leurs décisions immédiatement sauf une fois. Entre deux personnes, la caméra film l'hôpital là aussi sans faire de commentaires. Il est rare que des personnes apparaissent et l'on a l'impression d'un lieu vide, presque mort. Il faut noter une citation de Michel Foucault au début du commentaire, seul commentaire de la réalisation.

    Bien qu'il n'y ait pas de commentaires, il me semble que ce documentaire met en évidence la compréhension entre les individus, la justice et le médical. On nous montre plusieurs personnages qui connaissent le système. Leurs propos sont clairs et s’intègrent parfaitement dans le fonctionnement de la procédure, donnant l'impression d'observer un rituel qui débouche toujours sur le même résultat (l'une des juges dit, une fois, qu'elle ne sert à rien en riant. Moment aussi fugace qu'éclairé sur son rôle qui consiste presque uniquement à enregistrer une décision médicale ?). Face à ces personnes qui se disent agir pour le bien des individus entendu-e-s, on a des femmes, des hommes, des jeunes, deux vieux, ... Le point commun est leur incompréhension du fonctionnement de la procédure. Même en acceptant la nécessité d'un traitement ces personnes remettent souvent en cause ce qui leur arrive, voir la contention. Au lieu d'utiliser la procédure, illes peuvent menacer de faire appel au niveau ministériel ou jurer de bien se conduire et de travailler. Comme si ce n'est pas la santé mentale qui importait réellement mais plutôt l'intégration dans un système capitaliste. Ces personnes ont-elles vraiment mal compris la procédure ou savent-elles que ce qui compte est leur normalisation par l'entrée dans un système de production ? J'ai l'impression que les juges ne sont pas dupes, les questions se concentrent aussi bien sur l'état médical que sur les souhaits émotionnels et professionnels.

    Je tiens aussi à noter un petit malaise personnel. De nombreuses personnes nous sont montrées dans ce film et, si l'on en croit la réalisation, les lieux et les noms ont été anonymisés. Cependant, ces personnes nous permettent tout de même d'en savoir beaucoup sur elles. On connait une partie de leur passé, de leurs problèmes et leurs espoirs. On les observe tenter de s'exprimer et de se faire entendre dans un cadre qui ne leur est pas destiné, d'où l'accompagnant-e avocat-e. De temps en temps, face aux tentatives d'expressions et de justifications, une partie de la salle s'est mise à rire. Je me demande ce que cela indique de nous lorsque nous rions d'une personne neuro-atypique qui se trouve dans un cadre qu'elle ne maitrise pas, tentant de retrouver une partie de ses capacités de décider librement de ses mouvements.

    Image : Allociné

    512235.jpg

  • Suburbicon

    TW : Racisme, meurtres, sexisme

    Aux États-Unis, dans les années 50, de nombreuses petites villes sont construites afin d'atteindre la vision d'une société pacifiée en train de suivre le rêve américain de prospérité et de consommation. L'une de ces villes se nomme Suburbicon. Elle possède sa police, ses pompiers, son hôpital, son école et, bien entendu, une église. C'est une petite ville qui permet de faire vivre près de 60 000 habitant-e-s. Les enfants sont bien élevés et jouent au baseball, les femmes s'occupent de leur ménage et des courses à la perfection, tandis que les hommes suivent leur rôle de père de famille grâce aux nombreuses places de travail à disposition et les facteurs connaissent tout le monde par leur nom. C'est une petite ville parfaite d'une époque de prospérité sans grands changements sociaux. Mais deux choses bouleversent la communauté. Alors que la première famille afro-américaine emménage, les Mayers, un cambriolage, suivi d'un meurtre, secoue la petite ville et la famille Lodge. L'enquête piétine et tout le monde est d'accord sur plusieurs faits : c'est un drame atroce, la ville n'a jamais connu ce genre d'actes, plus précisément la ville n'a pas connu de meurtre avant que les Mayers ne soient présents.

    SPOILERS

    Je ne suis pas certain que ce film soit raté, mais je ne sais pas s'il est réussi. La production a clairement souhaité mettre en question le privilège blanc. Suburbicon est qualifiée de ville parfaite. Mais c'est une ville entièrement blanche. Il n'y a pas une seule famille qui ne soit pas chrétienne ou d'une autre origine. L'arrivée des Mayers est l'occasion de mettre deux choses en avant. Premièrement, les petites familles parfaites commencent à discuter de la possibilité d’accueillir des personnes d'origine afro-américaine dans leur communauté. Ce débat se fait aussi bien à la radio qu'à la TV ou encore dans les communautés politiques locales. Ce débat est très policé, très civilisé et calme. Il pose la question de la capacité de cette nouvelle famille d'être elle-même capable d'être civilisée. Mais ce débat n'est pas détaché de la réalité. Dans le même temps, des décisions sont prises pour que les Mayers ne soient pas accueillis ni même visibles. On construit une palissade autours de leur maison, on leur refuse des services et surtout on organise un ralliement jours et nuit devant leur maison, sous la protection de la police car cela est considéré comme un droit d'expression. Petit à petit, ceci se transformera d'actes de violences subtiles en une violence meurtrière, utilisant des cocktails Molotov et des drapeaux confédérés. Tout donne à penser que la production voulait mettre en avant qu'un débat raciste, aussi policé et calme soit-il, ne peut que permettre de justifier des actes de discrimination et de violences pouvant culminer à l'émeute potentiellement meurtrière, sans que personne, dans le film, ne se retrouve en prison pour cela.

    De ce point de vue je trouve intéressant de mettre cette intrigue, peu développée mais en sous-texte constant, en parallèle de l'intrigue principale du film : le cambriolage et le meurtre de la famille Lodge. Seule une personne meurt et l'on observe les autres membres de la famille tenter de se reconstruire alors que l'enquête piétine. Mais, rapidement, on comprend que les choses ne sont pas aussi simples qu'elles ne le semblent. La relation entre Gardner et Margaret semble normale mais elle devient de plus en plus étrange et dérangeante. Tandis que le fils, Nicky, commence à craindre son entourage. Alors qu'une foule se déchaine contre les Mayers, une famille innocente, une autre famille, les Lodge, mettent en place tranquillement des meurtres et se retrouvent impliqués dans des morts de plus en plus violentes (utilisant des objets de tous les jours que toute maison se doit de posséder), sans que personne ne se doute de rien ou, plus vraisemblablement, ne veuillent savoir. À la fin, Gardner essaie même de placer la culpabilité sur la famille Mayers dans un discours à son fils autour du thème de la responsabilité et de comment devenir adulte. Les Lodge n'ont pu tuer que parce qu'illes sont considéré-e-s comme des personnes modèles, religieuses et travailleuses. Alors qu'illes sont tout le contraire. Est-ce que le film réussi à faire passer son message ? Peut-être, il réussit aussi à rendre absurde ce qui se déroule chez les Lodge comme si la nature se devait de les punir lorsque les humain-e-s ne le font pas. Mais je ne suis pas certain que le film soit réussi.

    *
    **
    *** Un choix difficile, j'ai aimé l'absurde de la conclusion. J'ai compris le parallèle entre les deux familles. Mais je ne suis pas certain d'avoir apprécié le film.
    ****
    *****

    Image : Allociné

    Site officiel

    516671.jpg