Suisse

  • L'Homme-Bus. Une histoire des controverses psychiatriques (1960-1980) par Cristina Ferreira, Ludovic Maugué et Sandrine Maulini

    Titre : L'Homme-Bus. Une histoire des controverses psychiatriques (1960-1980)
    Auteur-e-s : Cristina Ferreira, Ludovic Maugué et Sandrine Maulini
    Éditeur : Georg 22 janvier 2021
    Pages : 304

    1986, après être devenu le héros d'un court-métrage Martial Richoz est interné de force à Cery, institut psychiatrique. Immédiatement, la presse s'empare du cas pour en faire une affaire et questionner le lien entre police et psychiatrie. L'internement de Martial Richoz est questionné, ce n'est pas un moyen de l'aider mais un moyen de garder la ville en ordre face à un homme fainéant, bizarre, un fou en somme. Autours de ce cas, les auteur-e-s de ce livre questionnent le fonctionnement de la psychiatre Suisse après la révision du Code civil, permettant des placements à des fins d'assistance (PLAFA). Illes questionnent aussi le militantisme antipsychiatrique et ses réseaux internationaux. Ce travail est construit en 3 parties et 9 chapitres.

    La première partie se constitue de trois chapitres. Elle permet aux auteur-e-s de placer le décor de leur recherche. Illes commencent par expliciter ce contre quoi les PLAFA seront conçus. Depuis le XIXème siècle il est possible d'interner, en prison, des personnes pour des questions de moralités et de pauvreté et de les astreindre au travail forcé dans un but considéré comme thérapeutique. Cependant, cette forme d'emprisonnement implique des possibilités d'abus et empêche la Suisse de signer la Convention européenne des droits de l'homme. Les PLAFA visent à réformer les internements afin d'en faire un outil spécifiquement thérapeutique et non policiers, au contraire des internements. Cependant, leur conception pose des problèmes étant donné que la décision est prise par une instance judiciaire avec possibilité de recours. Les médecins-thérapeutes y voient une atteinte à leur profession par des personnes n'ayant aucune connaissance de la science psychiatrique. Un dernier chapitre permet aussi de voir comment le droit peut être utilisé pour mettre en cause l'existence même de la psychiatrie et des asiles, par la présentation de l'exemple de l'Italie.

    La seconde partie se concentre sur l'affaire proprement dites. Les auteur-e-s débutent par la présentation de Martial Richoz et de ses activités. Ce n'est que lors du second chapitre que l'examen de l'affaire débute. Les auteur-e-s se concentrent d'abord sur les médias et leurs questionnements face au peu d'informations fournies par les autorités. Ces recherches par les journalistes ne sont pas forcément appréciées, ni par les autorités ni par le directeur de Cery. Ce dernier agira judiciairement contre un collègue et publiquement contre le directeur du musée de l'Art Brut de Lausanne. Ce dernier, en effet, critique l'internement de Martial Richoz qu'il considère être un moyen d'éviter les désordres d'une personne dont les travaux sont fondamentalement artistiques. Plusieurs de ses dessins et engins se trouvent dans les collections de l'Art Brut.

    Les auteur-e-s se concentrent dans la troisième partie sur l'antipsychiatrie. Dans le second chapitre, on trouve le collègue psychiatre attaqué en justice par le directeur de Cery. Bierens de Haan a travaillé à Genève. Il a tenté de réformer le fonctionnement de la psychiatrie mais cela a impliqué de se heurter au docteur Tissot, mis en cause dans plusieurs scandales dont la mort d'un interné et l'usage d'électrochoc sur une militante. Ses idées impliquent une remise en cause de la hiérarchie interne à un asile. Le directeur de Cery qui considère normal qu'il existe une hiérarchie et ne comprend pas pourquoi ses patients devraient pouvoir prendre des décisions se heurte frontalement à Bierens de Haan. Le premier chapitre de cette troisième partie permet de comprendre les réseaux internationaux de l'antipsychiatrie et le fonctionnement de Cery à cette époque. Les auteur-e-s se concentrent aussi sur le cas d'un infirmier qui souhaite des réformes, mais qui se heurte à un fonctionnement fortement hiérarchisé. Même la lecture des livres de la bibliothèque de Cery est soumise à un contrôle !

    La lecture de ce livre permet donc, à l'aide d'un cas spécifique, de comprendre le passage d'internements administratifs aux PLAFA et les problèmes que cela implique au sein de la société helvétique. Les milieux antipsychiatriques contestent de plus en plus le caractère scientifique et médicale de la psychiatrie, vue comme un milieu d'imposition du pouvoir des médecins sur des patients qui perdent leurs droits et leur autonomie. Les auteur-e-s nous permettent de comprendre les débats parfois vifs d'une période qui a connu de nombreuses formes de militantisme en vue de modifier la société mais aussi de détruire les relations de pouvoir entre personnes.

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  • Sortons du ghetto. Histoire politique des homosexualités en Suisse, 1950-1990 par Thierry Delessert

    Titre : Sortons du ghetto. Histoire politique des homosexualités en Suisse, 1950-1990
    Auteur :  Thierry Delessert
    Éditeur : Seismo Verlag 2021
    Pages : 280

    Ce livre est disponible en version papier et PDF chez l'éditeur selon les normes de l'open access. J'attends ce travail de Thierry Delessert depuis longtemps. Annoncé pour l'été 2020, le livre est finalement sorti en février 2021. Comme l'annonce l'auteur, ce livre est une continuation d'un travail plus ancien sous forme de thèse, disponible chez Antipode. Il permet aussi d'aller plus loin que le petit ouvrage chez Savoir Suisse publié avec Michaël Voegtli. Le livre est divisé en 5 chapitres.

    Le premier chapitre se concentre sur les années 50-60. Après un bref retour en arrière concernant le Code pénal Suisse de 1942, Delessert nous explique que la semi-dépénalisation permet surtout d'éviter un militantisme public, l'auteur entre dans la période de l'après-guerre qu'il considère répressive. C'est la prostitution masculine qui pose un problème aux autorités politiques et policières. Celle-ci est vu comme un danger car elle risque de créer un lien avec les milieux criminogènes, en particulier par les chantages qui peuvent impliquer un danger d'espionnage. Des attaques policières, médiatiques et politiques auront lieu durant la fin des années 50 qui aboutiront à la fin de l'organisation homophile Der Kreis.

    Les deux chapitres suivant se concentrent sur les efforts de révision du code pénal civil comme militaire. Ces efforts débutent au sein d'une commission d'expert.e.s avant de passer devant les deux chambres du parlement. L'auteur démontre que la pénalisation de l'homosexualité est rapidement mise en question, car considérée naturelle. Mais se pose la question de l'âge de maturité sexuelle. Celui-ci doit-il être différencié selon les sexualités ? Se pose aussi la question de la pénalisation au sein du code pénal militaire. Son maintien implique que les hommes pourraient être sanctionnés en tant que militaires pour une pratique dépénalisée pour les civils. Finalement, la pénalisation dans le code militaire restera au nom de l'importance de l'ordre interne d'un milieu masculin.

    Les deux derniers chapitres permettent de comprendre l'essor du militantisme gay et lesbien et leur insertion dans les débats concernant les révisions du code pénal. Deux formes de militantismes se heurtent. L'une est plutôt basée sur la discrétion tandis que l'autre souhaite mettre en avant son droit à l'existence publique. Ceci pousse aux manifestations qui seront connues sous le nom de Pride. L'auteur s'intéresse spécifiquement à l'exemple de la manifestation de Lausanne qui a été bloquée par les autorités communales et cantonales malgré son caractère pacifique. Cependant, le militantisme radical rend difficile les liens avec la politique institutionnelle. Ainsi, la révision du CPS implique une forme de discrétion alors que les parlementaires acceptent la dépénalisation totale sans accepter l'égalité pour autant.

    Ce livre est un bon moyen de comprendre comment se forme les demandes es militant-e-s des mouvements gays et lesbiens dans une période de changements importants. L'auteur en profite pour expliciter le fonctionnement institutionnel du pays et donc les raisons derrière les changements législatifs qui impliquent, pour les gays et lesbiennes, d'accepter de ne pas être considérés à égalité et d'être invisibilisé.e.s.

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  • Héritages coloniaux. Les Suisses d'Algérie par Marisa Fois

    Titre : Héritages coloniaux. Les Suisses d'Algérie
    Autrice :  Marisa Fois
    Éditeur : Seismo Verlag 2021
    Pages : 184

    La question de la colonisation reste chaude pour les anciens colonisateurs et les pays colonisés. L'accès aux archives, les relations internationales mais aussi l'enseignement ou encore la mémoire ne sont pas des questions complétement réglées. La Suisse, elle, s'est longtemps présentée comme étrangère à l'histoire coloniale (et esclavagiste) puisque le pays n'a jamais possédé de colonies. Pourtant, la Suisse a envoyé des personnes dans des pas colonisés. Ce petit livre, proposé en accès libre pour sa version PDF, tente d'examiner les liens entre la Confédération et les colons helvétique en Algérie. Le livre est divisé en 5 chapitres.

    Les deux premiers chapitres se concentrent sur les débuts de la colonisation et l'arrivée des populations helvétiques en Algérie. L'autrice explique que l'expatriation, au XIXème siècle, n'est pas vu comme un moyen de créer des lieux utiles industriellement parlant mais d'exporter des populations marginalisées. Celles-ci doivent accepter un cadre de vie difficile avant de pouvoir vivre de leur propre terre à l'aide de l'agriculture. Petit à petit, ces colons sont un moyen d'exporter la culture helvétique au sein du monde et d'aider à créer des liens entre l'Algérie et la Suisse.

    La chapitre 3 se concentre sur la guerre de libération. Les colons helvétiques sont dans une position difficile puisqu'illes sont de provenance européenne mais illes sont aussi proche d'un pays qui permet à la France et à la future Algérie de travailler ensemble afin de permettre une libération du pays. Illes sont donc considérés négativement par les populations d'origine française. La Suisse, elle, est dans une position difficile aussi. Elle doit non seulement permettre des négociations entre deux forces combattantes mais aussi protéger ses citoyen-ne-s.

    Les deux derniers chapitres se concentrent sur le départ puis les revendications des populations suisses d'Algérie. Comme la majorité des habitant-e-s d'Europe, la population helvétique a quitté l'Algérie en laissant de nombreux bien, nationalisés par le gouvernement algérien. Se pose donc la question des réparations à la suite de ces "spoliations". Mais le gouvernement Suisse n'a jamais accepté l'idée de payer pour des actes d'un pays étranger. Ce qui pousse ces populations à créer une association commune et de s'insérer dans un réseau d'associations de colons européens revendiquant des aides économiques par suite de leur départ forcé. L'autrice nous montre l'incapacité totale de faire accepter ces revendications au sein du pays ainsi que les types d'arguments qui critiquent l'aide aux pays en voie de développement. Enfin, le livre se termine sur quelques portraits.

    Les liens entre la Suisse et la colonisation me semblent encore peu connus. Mais ce thème est de plus en plus examiné et analysé par des historien-ne-s qui utilisent aussi bien des archives d'états que des archives privées ainsi que des interviews. Ce qui a permis à Marisa Fois de mettre en avant des trajectoires semblables entre les populations européennes, pourtant diverses lors de leur vie en Algérie. De plus, elle illustre différentes phases dans la gestion des "colonies" composées de sujets helvétiques.

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  • La Suisse, le national-socialisme et la Seconde Guerre mondiale Rapport final par Commission Indépendente d'Experts Suisse – Seconde Guerre Mondiale

    Titre : La Suisse, le national-socialisme et la Seconde Guerre mondiale Rapport final
    Auteur-e-s :  Commission Indépendante d'Experts Suisse – Seconde Guerre Mondiale
    Éditeur : Pendo 2002
    Pages : 569

    Il a fallu beaucoup de temps avant que je ne me lance dans ce rapport final. Bien que j'aie lu quelques productions de la CIE Seconde guerre mondiale une grande partie de ses travaux ne m'est pas connu. Ce rapport final est donc l'occasion de lire un résumé des principales questions posées à la CIE par le Conseil fédéral durant les années 90. Outre une édition papier, la CIE a fourni une version PDF du livre sur son site internet (toujours en ligne). Ce rapport final est divisé en 5 chapitres si l'on enlève l'introduction et la conclusion (respectivement chapitres 1 et 7).

    Le premier chapitre, juste après l'introduction, vise à donner les connaissances minimales nécessaires pour comprendre la période. Il décrit la guerre, la Suisse mais aussi l’immédiat après-guerre et les crimes du régime national-socialiste. Immédiatement après, un chapitre 3 s'intéresse à la question des réfugié-e-s, une question qui a été réévaluées récemment. Ce chapitre résume l'examen fait dans un autre volume des rapports de la CIE. On retrouver donc les même questions et réponses. En particulier, les auteur-e-s mettent en avant les décisions restrictives des autorités helvétiques face à des personnes en danger de morts, marquant encore une fois l'impact de l'année 1942. On ne peut pas arguer du manque de connaissances de la part des autorités, plusieurs personnes avaient donnés des preuves irréfutables des crimes en train d'être commis. Les auteur-e-s examinent aussi les excuses de l'époque pour ne pas accueillir plus de réfugié-e-s et concluent en leur invalidité.

    Le chapitre 4 est le plus important du rapport, il est constitué de 12 sous-chapitres et de près de 200 pages. Ce chapitre examine dans le détail les relations économiques entre la Suisse et l'Allemagne. Des secteurs précis sont examinés comme l'électricité, le transit ferroviaire mais aussi les banques, les assurances et les achats de biens culturels. Les auteur-e-s font attention de bien montrer les différents moments chronologiques et les pressions aussi bien de la part des alliés que des autorités allemandes. Il est, en effet, difficile de commercer avec les alliés après que l'Allemagne a pris le contrôle des tous les territoires entourant la Suisse. Néanmoins, les auteur-e-s montrent que les secteurs d'activités qui commercent avec l'Allemagne ont accepté les lois raciales allemandes sans remises en question, allant parfois même plus loin que demandé. Une partie de ce chapitre examine, d'ailleurs, les aryanisations des entreprises helvétiques qui impliquent le licenciement du personnel juif jusqu'en Suisse. Les auteur-e-s examinent aussi la question du travail forcé et expliquent que l'existence de celui-ci est connue dans par les décideurs économiques.

    Le chapitre 5, court, est un examen des questions de droit suisse en lien avec le droit racial allemand et les mises en causes impliquées pour l'ordre public helvétique. Il est placé avant le chapitre 6 qui examine les questions de restitutions de biens spoliés. La question se pose à la fin et après la guerre. Les auteur-e-s démontrent le peu d'empressement des autorités mais aussi des banques, assurances et musées pour résoudre cette question. En particulier, le secret bancaire a ici joué contre les victimes en empêchant des enquêtes au sein des banques qui souhaitaient protéger ce concept. Il est aussi nécessaire, pour les autorités helvétiques, de protéger le droit de possession mis à mal par l'idée de restitution, malgré les acquisitions douteuses voire directement illégales. Les auteur-e-s proposent une explication à ce manque d'empressement concernant les restitutions. Illes ne défendent pas la thèse de la corruption mais celle qui implique de suivre rigoureusement un droit précis qui permet de défendre, à l'international, un pays stable et sûr en ce qui concerne la finance.

    Ce rapport final n'est pas une lecture facile. Il est très dense et il ne fait que résumer 25 volumes. Les auteur-e-s savent que leurs conclusions n'impliquent pas la fin de la recherche. La fin de la conclusion permet de mettre en avant plusieurs questions en suspens à l'époque tout en présentant l'espoir d'un débat scientifique serein non seulement en Suisse mais aussi à l'étranger.

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  • Placés, déplacés, protégés ? L’histoire du placement d’enfants en Suisse, XIXe-XXe siècles par Joëlle Droux et Anne-Françoise Praz

    Titre : Placés, déplacés, protégés ? L’histoire du placement d’enfants en Suisse, XIXe-XXe siècles
    Autrice :  Joëlle Droux et Anne-Françoise Praz
    Éditeur : Alphil 2020
    Pages : 142

    Depuis quelques années les politiciens et chercheurs/euses se concentrent sur une histoire oubliée de la Suisse, ceci sous pression de personnes qui ont subi des décisions de placements et d'internements. La confédération a fait ses excuses ainsi que des autorités cantonales. Un fond a été mis en place pour atténuer, financièrement, les conséquences des placements à des fins d'assistances. Et des programmes de recherches ont été financé pour comprendre ce qui s'est déroulé et pourquoi (dont le PNR 76 toujours en cours). Ce petit livre vise à synthétiser les conclusions d'un projet de recherche sur les placements d'enfants. Il est construit en deux parties chronologiques.

    La première partie se concentre sur le XIXème siècle jusque dans les années 40, soit la mise en place du Code pénal suisse. Les autrices examinent la mise en place de la protection de l'enfance et des placements. Elles démontrent que cette protection de l'enfance dépend d'un effort international concernant non seulement les droits des enfants mais aussi les réformes de la justice. La justice des mineur-e-s est vue comme devant proposer des moyens de réformes et non punir un fait précis. Cela implique de proposer des mesures dont le temps n'est pas défini et qui peuvent être révisées, créant une forte incertitude pour les enfants concernés. Les placements ont lieu dans des milieux privés dont les finances ne sont pas très bonnes. Ces maisons fonctionnent par concurrences entre elles, empêchant des pensions trop élevées, et jouent sur le travail bénévole des enfants, travail vu comme un moyen de réforme. La vie dans ces établissements, parfois des prisons, est difficile avec un manque flagrant de chaleur humaine.

    La seconde partie se concentre sur les critiques et réformes pour se terminer de nos jours. Certains chapitres reprennent des périodes déjà examinées, mais dans une problématique différente. En effet, les autrices démontrent que les critiques existent depuis longtemps. L'aspect privé des établissements lié au souhait des communes de contrôler les coûts de l'assistance mène à une course au moindre frais qui se fait au détriment des personnes. Mais les critiques ne permettent pas de mettre en place des réformes. Ce n'est que dans les années 50 que les établissements commencent à essayer de suivre un fonctionnement qualifié de familial. Les résistances sont fortes et seules une révision du code pénal et du code civil permet d'une part de mettre en avant les droits des enfants et de créer un contrôle fédéral sur les établissements avec une surveillance plus importante par les assistant-e-s sociales. La partie se termine sur un historique des demandes de recherches. Les autrices inscrivent ces demandes dans un effort international de révision du passé des états et de leur gestion de la pauvreté.

    Alphil publie ici un petit livre synthétique, dont il offre la version PDF (une bonne idée étant donné que les librairies sont fermées). Bien que court, il est dense et je n'ai fait qu'effleurer ce qui est examiné par les autrices. Ce petit livre permet à tout le monde de mieux connaitre les recherches actuelles sur les placements et internements à des fins d'assistance dont les victimes cherchent encore une reconnaissance publique et une aide réelle. Je rappelle, d'ailleurs, que les conclusions de la Commissions d'expert-e-s internement administratif n'ont pas été suivies par le gouvernement qui semble vouloir se contenter de l'aspect financier pour mieux oublier les recherches et leurs questionnements pour aujourd'hui et demain.

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  • La conquête d'un droit. Le suffrage féminin en Suisse (1848-1971) par Brigitte Studer

    Titre : La conquête d'un droit. Le suffrage féminin en Suisse (1848-1971)
    Autrice : Brigitte Studer
    Éditeur : Alphil 2020
    Pages : 160

    Lorsque la Suisse sort de la guerre du Sonderbund une nouvelle constitution est écrite et mise en application. Celle-ci, offre le suffrage universel. Mais, comme le dit l'autrice, ce suffrage n'est pas si universel qu'on ne le croit. En dehors des personnes interdites du droit de vote car trop pauvres il faut noter les femmes qui, jusqu'en 1990, n'auront pas le droit de vote dans tous les cantons de la confédération, malgré un droit de vote au niveau fédéral en 1971. L'autrice nous présente les combats en faveurs du suffrage de 1948 jusqu'en 1971 en dix chapitres.

    Ces dix chapitres s'organisent de manière chronologique. On commence au XIXème siècle pour suivre les différents débats et votes en passant par la première et seconde guerre mondiale, les années 50 et les premières victoires cantonales. Cette organisation nous permet d'observer les différents échecs du mouvement en faveurs de l'accès au droit de vote et donc de comprendre les raisons de cet échec.

    En effet, l'autrice commence par mettre en question l'idée répandue d'une difficulté de nature historique, d'un conservatisme de la société helvétique. Elle essaie de comprendre pourquoi ce conservatisme a empêché si longtemps le droit de vote en Suisse. Une explication consiste à mettre en avant la difficulté de réussir à forcer un changement au sein de la Constitution, forcé par des doctrines conservatrices de celle-ci. On peut aussi noter l'usage de tactiques politiques très policées qui ne sont pas réellement suivies d'effets, l'arrivée du MLF permet de dépoussiérer le répertoire d'action et de forcer une prise en compte de différents sujets. Mais il faut aussi noter la difficulté d'imposer le sujet à l'agenda politique. Il est rare que les exécutifs discutent spontanément du droit de vote et lorsqu'ils y sont obligés leurs réactions sont lentes, marquant le souhait d'éviter le sujet.

    Ce petit livre est une bonne lecture, synthétique, du sujet pour les personnes qui souhaitent en savoir plus. Comme il est d'usage pour cet éditeur, les différents chapitres sont agrémentés de propositions bibliographiques. J'ai personnellement apprécié l'ajout de différentes affiches électorales qui permettent d'illustrer les débats, même si j'aurais apprécié des copies numériques de bonne qualité. Je suis très heureux d'avoir pu me le procurer. En effet, l'éditeur annonce une rupture de stock à ce jour et une nouvelle édition n'aura lieu qu'en janvier.

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  • La mécanique de l'arbitraire. Internements administratifs en Suisse 1930-1981. Rapport final. Volume 10 B par Urs Germann et Lorraine Odier

    Titre : La mécanique de l'arbitraire. Internements administratifs en Suisse 1930-1981. Rapport final. Volume 10 B
    Auteur-e-s : CIE Internement administratif, Urs Germann et Lorraine Odier
    Éditeur : Alphil 2019
    Pages : 392

    TW : mention d'abus physiques, mentions d'abus sexuels, racisme

    La CIE Internement Administratif a travaillé pendant plusieurs années sur mandat de la Confédération. Lors de l'année 2019, elle a publié les différents rapports concernant le fonctionnement de l'internement administratif jusqu'en 1981. Certains sont des portraits des personnes concernées. Ce volume et le 10ème, et dernier, en version intégralement traduite en français (version B). Le livre est constitué de trois parties.

    La première partie est la plus importante du rapport. Elle synthétise tous les travaux de la CIE. Le but de cette partie est donc d'offrir une vision complète des travaux de la Commission sans utiliser un vocabulaire spécialisé et avec un appareil critique peu important. La plupart des chapitres renvoient aux autres volumes de la CIE, bien plus précis. Cependant, les 6 chapitres permettent de comprendre pourquoi l'internement administratif est utilisé, comment il est utilisé et combien de personnes sont concernées. Le récit suit la structure d'un cas tout en donnant des exemples précis. De plus, les auteur-e-s ajoutent des sources commentées entre les chapitres.

    La seconde partie est rédigée par des personnes concernées. La CIE a demandé à plusieurs de ces personnes d'exprimer leurs attentes ou leurs besoins face à l'état ou face à la CIE elle-même. Tous les textes marquent l'importance de la souffrance et l'impact d'un internement sur la vie des concerné-e-s. Ce qui frappe est l'importance de l'écoute sans jugement, de la connaissance des raisons pour un internement et du respect demandé. Les textes montrent aussi méfiance et cynisme face aux actions de la confédération, considérées soient comme trop modestes soit manipulées pour éviter des coûts trop importants.

    La dernière partie concerne des propositions d'action de la part de la CIE. Celles-ci impliquent toujours d'intégrer les personnes concernées dans les décisions. Elles dépendent aussi d'un changement législatif. Plusieurs des mesures proposées sont de nature financière, comme une rente à vie ou encore un abonnement CFF à vie afin de permettre les voyages. La CIE propose aussi la constitution d'un organisme spécialisé qui permette de soutenir les personnes concernées, de soutenir la recherche et la création d'archives mais aussi de permettre l'enseignement de cette période au sein des écoles. Le but de ces mesures est de permettre un accès à la dignité économique mais aussi civique.

    Ce 10ème rapport marque la fin des productions de la CIE Internement Administratif. À ma connaissance, aucune des propositions n'a été suivies d'effets malgré les besoins importants de personnes concernées. De plus, et comme le dit le rapport, il reste encore de nombreux points à explorer et comprendre. Le rapport mentionne le PNR 76 qui devrait offrir de nouvelles informations sur cette part de l'histoire helvétique.

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  • Enjeux de la formation professionnelle en Suisse Le « modèle » suisse sous la loupe sous la direction de Lorenzo Bonoli, Jean-Louis Berger et Nadia Lamamra

    Titre : Enjeux de la formation professionnelle en Suisse Le « modèle » suisse sous la loupe
    Direction : Lorenzo Bonoli, Jean-Louis Berger et Nadia Lamamra
    Éditeur : Seismo 2018
    Pages : 376

    Il est difficile de passer à côté du modèle suisse de la formation professionnelle. Comme les pages d'introduction et d'avant-propos de ce livre l'explique, le modèle est célébré aussi bien en Suisse qu'à l'étranger avec, souvent le souhait de le faire perdurer voire de l'exporter. Il serait la raison du faible taux de chômage des jeunes et de la réussite de l'entrée dans le monde du travail de apprenti-e-s. Ce modèle implique des cours en école, une formation en entreprise et une formation interentreprises durant l'année et les semaines. Cette triple formation impliquerait à la fois une formation théorique solide et une formation pratique concrète. Cependant, on peut se demander si ce modèle est aussi simple et bon qu'on le dit. Cet ouvrage, disponible en PDF chez l'éditeur, essaie d'analyser ce modèle en trois parties : histoire, sociologie et pédagogie.

    La première partie est donc historique. Les quatre contributions permettent de comprendre de quelle manière la formation professionnelle a été pensée et réformée du XIXème siècle jusqu'à nos jours. Les différents articles montrent la difficulté de relier les cantons, la confédération et les entreprises au sein du même système. Ainsi, la confédération doit faire attention aux volontés fédéralistes tout en garantissant un système cohérent. Les cantons ont le contrôle de la pratique et doivent payer les coûts de la formation. Les entreprises, elles, souhaitent former des employé-e-s tout en souhaitant un minimum de productivité. Relier ces différents acteurs institutionnels est difficile et le fonctionnement de la formation professionnelle dépend des lobbys mais aussi des demandes de ces groupes.

    La seconde partie est constituée de 5 chapitres. Ceux-ci permettent de mieux comprendre qui suit une formation professionnelle mais aussi quelles sont les difficultés de l'entrée sur le marché du travail. Ainsi, les parcours interrompus ou de transition sont de plus en plus nombreux mettant en cause le modèle d'un passage immédiat de l'école à l'apprentissage puis au monde du travail salarié. De plus, le monde de l'apprentissage n'est pas sans discrimination. Un article examine précisément le public des AFP, qui durent deux ans. Celui-ci est constitué prioritairement de personnes d'origines étrangères ou de populations scolairement faibles. Bien que l'AFP puisse être un moyen de suivre un CFC, les populations restent très homogènes. On observe donc que le modèle suisse est très sélectif et permet difficilement un mélange de classes sociales, de genre et d'origines.

    La dernière partie est constituée de 4 contributions. Les différents articles se concentrent sur l'aspect pédagogiques de la formation professionnelle. En particulier, la partie se concentre sur les défis posés par un système dual, en entreprise et en école. Cette double formation durant la semaine implique des difficultés de communications entre les personnes qui forment les apprenti-e-s. Les articles notent aussi la difficulté de relier l'aspect théorique, scolaire, à la pratique en entreprise. De plus, une contribution permet d'examiner comment sont formées les personnes qui forment les apprenti-e-s. Souvent, c'est une seconde carrière qui se déroule en emploi. La formation pédagogique a lieu après l'entrée dans le monde de l'enseignement et permet de fournir des connaissances pédagogiques et didactiques tandis que les enseignant-e-s sont considéré-e-s comme des expert-e-s de leur domaine.

    La direction de cet ouvrage déplore le manque de recherches sur la formation professionnelle. Ce livre doit permettre de relier différentes disciplines autours de ce thème. Il ressort des contributions que le modèle suisse est bien plus compliqué qu'on ne le croit. Remettre au centre cette complexité permet de mettre en avant les problèmes et défis que connait la formation professionnelle afin de permettre des réformes à la fois nécessaires et pragmatiques.

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  • La Suisse et les réfugiés à l’époque du national-socialisme par Commission Indépendante d’Experts Suisse – Seconde Guerre Mondiale

    Titre : La Suisse et les réfugiés à l’époque du national-socialisme
    Auteur-e-s : Commission Indépendante d’Experts Suisse – Seconde Guerre Mondiale
    Éditeur : Commission Indépendante d’Experts Suisse – Seconde Guerre Mondiale 1999
    Pages : 359

    TW : mention de propos antisémites, actes de violences policières et militaires

    Depuis que j'ai compris qu'une partie des rapports de la CIE Seconde Guerre Mondiale sont disponibles en PDF et en français j'ai décidé de les lire afin de mieux comprendre le travail de la CIE et le fonctionnement de la Suisse durant cette période. Après ce tome, il me restera le rapport final de 569 pages à lire. Ces rapports et le travail de la CIE sont souvent discutés mais ne sont pas forcément lu. Ils dépendent aussi d'un contexte précis de l'historiographie et si certains travaux remettent en question certains chiffres cela n'implique pas une remise en question des méthodes ou des conclusions générales. Ce rapport est construit en 5 chapitres.

    Le premier chapitre concerne les fondements historiques de la politique Suisse concernant les réfugiés. Le livre commence sur les efforts de la SDN pour créer une définition du statut de réfugié à la suite des événements russes. Le rapport mentionne aussi les différentes œuvres d'entraide existantes. Mais une grande partie du texte concerne les fondements idéologiques de la méfiance helvétique face aux personnes réfugiées. Bien que l’entraide soit un fondement de la politique Suisse la période de l'entre-deux-guerres implique une méfiance face aux dangers des réfugiés comme personne provenant de l'étranger. Ces dangers sont leur nombre mais aussi les problèmes économiques et surtout les dangers pour la sécurité nationale. Ce fondement idéologique permet de justifier les décisions prises durant la guerre.

    Le chapitre qui suit se concentre sur deux aspects particuliers : le tampon J et la fermeture des frontières. Le premier acte est longuement décrit. Bien qu'une partie du monde politique ne soit pas en faveurs d'un acte qui s'attaque à une population précise une autre partie veut éviter de toucher tous les allemands par une obligation du visa pour entrer en Suisse. Le tampon J permet donc d'éviter l'entrée de réfugiés tout en gardant les frontières ouvertes pour les allemands qui ne sont pas soumis aux lois racistes de l'Allemagne. La fermeture des frontières a lieu en 1942. Elle se déroule alors que le gouvernement helvétique reçoit des informations concordantes sur les crimes nazis contre les juifs. Pourtant, le gouvernement décide la fermeture des frontières par peur d'un afflux massif de personnes en danger de mort.

    Le chapitre 4 se concentre sur les différentes manières d'entrer en Suisse. Les auteur-e-s du rapport expliquent les dangers des voyages. Des passeurs peuvent aussi bien prendre en charge jusque dans l'intérieur de la Suisse les personnes qui fuient. D'autres les abandonnent ou préviennent les patrouilles. De plus, il faut prendre en compte les décisions des gardes-frontières qui peuvent aussi bien fermer les yeux qui refouler en direction des patrouilles allemandes, créant un danger supplémentaire pour la vie des réfugié-e-s. Lors de l'entrée en Suisse, un régime d'internement militaire est mis en place avec une discipline stricte et un contrôle important de la vie des réfugié-e-s qui ne peuvent ni sortir, ni communiquer ni travailler. Dans un second temps, illes sont envoyé-e-s dans des camps civils mais dont les directeurs peuvent aussi être très stricts, selon les choix du gouvernement. Il est difficile d'en sortir et des familles ont pu être séparées. Ce n'est que vers la fin de la guerre que le gouvernement décide d'assouplissements.

    Une partie importante du rapport se concentre sur les relations financières. Celles-ci suivent les lois raciales allemandes puisque les réfugié-e-s n'ont pas le droit d'accès à leurs avoirs en Allemagne. Lors de l'entrée en Suisse, les biens et avoirs sont confisqués et gérer par une banque afin de contribuer aux coûts de l'internement, alors que le travail est interdit. L'accès à leurs propres biens est très difficile et même la fin de la guerre ne permettra pas un accès facilité. Il faudra des années pour que l'argent confisqué retrouve ses propriétaires, quand ce fut le cas.

    Enfin, une dernière partie parle du lien entre le gouvernement et les associations internationales d'entraides. Le CICR est particulièrement mis en avant dans ce chapitre. Certains des membres du bureau sont aussi liés au gouvernement ce qui permet une défense des intérêts et des choix helvétiques au sein des milieux de l'entraide. Cependant, certaines décisions ne sont pas du goût des autorités. En particulier, le rapport mentionne une communication potentielle qui devait condamner les politiques criminelles nazies mais qui ne fut pas publié sur pression des autorités helvétiques. Ces organisations permettent aussi de garantir une vision bénéfique envers le pays après la guerre, alors que les Alliés commencent à gagner la guerre.

    Bien entendu, cette présentation ne fait qu'effleurer la richesse du rapport. Il faut mentionner les annexes qui regroupent une chronologie, des biographies ainsi que des résumés d'autres travaux. Ce qui ressort de ce rapport, tel que montré en introduction et en conclusion, est la crainte des autorités de la Suisse face au nombre de réfugiés. Cette crainte provient de l'expérience de la première guerre mondiale et de l'entre-deux-guerres. Elle permet de justifier un alignement sur les lois racistes allemandes. Ces choix ont mis en danger de nombreuses personnes. De plus, elles sont illégales comme l'a dit un arrêt du tribunal fédéral. Il faut aussi prendre en compte le racisme et l'antisémitisme des milieux politiques et de l'armée. Par exemple, un officier genevois fut connu pour ses actes administratifs illégaux et sa brutalité. Tandis que les membres de l'administration qui aident les réfugié-e-s sont sanctionnés et tardivement reconnu à leur juste valeur. Il ressort de ces pages un cynisme important des autorités fédérales qui s'observe par les tracasseries administratives et le refus de l'entrée des réfugié-e-s alors que les autorités avaient connaissances des crimes nazis.

    Éditeur

  • De la révolution féministe à la Constitution. Mouvement des femmes et égalité des sexes en Suisse (1975-1995) par Sarah Kiani

    Titre : De la révolution féministe à la Constitution. Mouvement des femmes et égalité des sexes en Suisse (1975-1995)
    Autrice : Sarah Kiani
    Éditeur : Antipodes novembre 2019
    Pages : 286

    Les mouvements en faveurs des droits civiques sont connus, en Suisse aussi. Les mouvements dits de la seconde vague sont aussi connus en Suisse grâce à des travaux de mémoire non publiés ainsi que deux livres publiés par Julie De Dardel et Carole Villiger. Sarah Kiani, dans ce livre, souhaite penser la période qui se déroule entre 1975 et 1995 durant laquelle les mouvements féministes de la Suisse se sont progressivement institutionnalisés tout en militant en faveurs de l'égalité entre hommes et femmes, par l'inscription d'une norme constitutionnelle puis d'une loi sur l'égalité. Pour son sujet l'autrice écrit 4 chapitres.

    Le premier chapitre permet à Sarah Kiani de mettre en place une peinture des mouvements féministes du XIXème à 1975. Elle montre que la Suisse est un espace particulier puisque les mouvements en faveurs du suffrage sont toujours en lutte alors que les nouveaux mouvements des femmes, comme le MLF par exemple, sont en train d'apparaitre et de militer en faveurs du contrôle du corps. Bien que ces deux mouvements soient différents en termes d'âge, de position sociale, de moyens d'actions et de buts cela n'empêche pas de potentielles alliances, même si les liens des nouveaux mouvements avec la gauche radicale peuvent poser un problème à des féministes bourgeoises.

    Le second chapitre permet justement d'observer de quelles manières ces deux mouvements réagissent face à une initiative en vue d'inscrire une norme constitutionnelle pour l'égalité. Bien que les nouveaux mouvements féministes soient critiques envers la capacité d'action d'une norme légale, cela ne les empêche pas de soutenir l'initiative permettant de récolter assez de signatures pour qu'elle soit validée. En dehors des mouvements féministes, le gouvernement fédéral, les patrons et certains partis sont défavorables envers ce texte et préfèrent un contre-projet. En particulier, se pose la question de la capacité d'utiliser immédiatement le texte pour garantir l'égalité. Certains politiciens réactivent les arguments concernant la nature des femmes, qui feraient d'elles des ménagères et mères de famille avant tout. Les mouvements féministes se déchirent en particulier en ce qui concerne le soutien envers l'initiative ou le contre-projet du Conseil Fédéral. En effet, ce contre-projet est moins ambitieux que l'initiative mais a plus de chances de réussir.

    Un troisième chapitre parle de la période 1981-1991. Cette décennie permet d'observer le fonctionnement concret de la norme constitutionnelle. Il apparait qu'elle n'est que peu utilisée. Pire encore, une partie du monde politique défend l'égalité comme un moyen de demander l'extension de l'âge de la retraite des femmes et l'obligation de servir, fortement refusé par les féministes. Sarah Kiani explicite ici la réutilisation du concept de l'égalité pour s'attaque aux soi-disant privilèges féminins. Elle démontre que ce discours ne prend pas en compte les causes sociales de l'inégalité des femmes, privilégiant l'individu et la responsabilité (elle revient sur ce thème dans le chapitre 4). Cette période est aussi celle de la constitution de la Grève des Femmes de 1991. L'autrice nous explique que le terme même de grève fut débattu, mettant à mal un ordre politique basé sur le respect de la paix du travail. Les journaux furent majoritairement sarcastiques tandis que des femmes de droite refusèrent de se lier à une grève. Cependant, celle-ci réussit en laissant une grande liberté d'action aux femmes et en forçant le Conseil Fédéral à annoncer une loi sur l'égalité.

    Le dernier chapitre concerne la question de la loi sur l'égalité. Des réticences existent aussi bien chez les féministes que chez les patrons. Chez les féministes car elles déplorent une loi qui ne prend en compte que le monde professionnel aux dépens du privé. Chez les patrons qui ont peur des pertes économiques et qui sont soutenus par l'UDC et des membres du Parti Libéral. Cependant, le contexte des années 90 pousse le Conseil Fédéral à un rapprochement en direction de l'Europe ce qui implique une loi sur l'égalité avec des normes européo compatibles. Cette loi, acceptée malgré des critiques, permet une institutionnalisation des féministes au sein des partis et des gouvernements via des bureaux de l'égalité. Ceux-ci permettent non seulement de donner une force politique majeur à certaines féministes mais aussi de revendiquer des actions politiques fortes, même si la réussite est rare. Cependant, Sarah Kiani explique aussi que la période des années 90, celle du néolibéralisme, permet au monde économique de réutiliser le féminisme dans un but purement économique. Les inégalités sont vues comme un problème de pertes pour l'économie. Les questions concernant les causes sont évacuées, alors que les femmes sont censées se responsabiliser individuellement pour réussir professionnellement et personnellement.

    Sarah Kiani réussit, dans ce livre, à démontrer de quelles manières les mouvements féministes helvétiques jouent et usent des lois afin de revendiquer des normes d'égalité. Elle montre les combats mais aussi les alliances entre mouvements au fil du temps. Surtout, Sarah Kiani nous montre bien que les réussites des mouvements féministes sont suivies d'un backlash qui remet en question l'utilité des outils féministes dans un monde qui serait égalitaire impliquant que les féminismes soient caducs.

    Image : Payot

  • La Suisse et les transactions sur l’or pendant la Seconde Guerre Mondiale Rapport intermédiaire par Commission Indépendante d’Experts Suisse – Seconde Guerre mondiale

    Titre : La Suisse et les transactions sur l’or pendant la Seconde Guerre Mondiale Rapport intermédiaire
    Auteur-e-s : Commission Indépendante d’Experts Suisse – Seconde Guerre mondiale
    Éditeur : Commission Indépendante d’Experts Suisse – Seconde Guerre mondiale mai 1998
    Pages : 274

    La commission Bergier, du nom de son président, fut chargées dans les années 90 d'examiner les pratiques économiques de la Suisse durant la seconde guerre mondiale. Elle a publié 26 volumes, dont le rapport final, et plusieurs volumes intermédiaires sous forme de rapports. Ces publications furent largement commentées voire refusées par une partie du monde médiatique, politique et scientifique. Cependant, on ne peut passer outre le travail de la Commission si l'on souhaite comprendre l'histoire contemporaine de la Confédération Helvétique. Ce rapport intermédiaire se concentre sur les achats d'or par la BNS et les banques commerciales durant la guerre. Cet examen se forme sur 6 chapitres et des annexes.

    Ce rapport intermédiaire est intéressant mais aussi particulièrement complexe. Les auteur-e-s se concentrent sur un thème extrêmement technique de l'achat et de la vente dans le cadre des banques. Une bonne partie de l'analyse concerne la publication de chiffres et de statistiques basées sur les archives et productions des banques. Ce n'est pas seulement l'achat d'or à la Reichsbank qui est analysée mais aussi les achats d'or des Alliés. Ces analyses démontrent une différence de traitement. La BNS est bien plus souple envers l’Allemagne qu'envers les Alliés.

    Les auteur-e-s se concentrent aussi sur les raisons de l'achat d'or et les défenses mises en place par la BNS face aux revendications des Alliés. La BNS souhaite acheter de l'or pour permettre une défense de la monnaie, qui doit être convertible en or, mais aussi pour permettre une relation commerciale nécessaire pour la Suisse. Les auteur-e-s expliquent que les dirigeants savaient qu'il existait un risque d'acheter de l'or pillé mais ce n'est qu'en 1943 que des arguments en faveurs de ces achats sont construits, face aux pressions des Alliés. La BNS souhaite user de la nécessité de dissuasion économique face à l'Allemagne. Les besoins économiques allemands les auraient forcés à accepter une Suisse libre au lieu d'en prendre le contrôle. Les auteur-e-s considèrent que cet argument est acceptable dans le contexte de l'époque mais que la BNS se trompe sur les besoins allemands. Mais l'argument le plus important sera celui de la bonne foi. Les dirigeants de la BNS demandent des garanties et donc ne peuvent pas être accusés d'avoir acheté de l'or pillé en connaissance de cause. Cette défense sera rapidement intenable lorsque l'ancien dirigeant de la Reichsbank avouera avoir prévenu les dirigeants de la BNS.

    Ainsi, ce rapport intermédiaire est très technique. De nombreuses statistiques sont utilisées pour porter l'argumentation. Les auteur-e-s ont conscience de certains problèmes dans leurs accès aux archives et décrivent celles-ci dans les annexes. Les auteur-e-s considèrent que le travail ne fait que commencer mais que l'achat par la BNS d'or volé est incontestable, tout comme leur connaissance des faits et des risques.

    Site de la Commission

  • Transitions des adolescents et des jeunes adultes en Suisse Résultats de l'étude longitudinale TREE sous la direction de Katja Scharenberg, Sandra Hupka-Brunner, Thomas Meyer et Manfred Max Bergman

    Titre : Transitions des adolescents et des jeunes adultes en Suisse Résultats de l'étude longitudinale TREE
    Direction : Katja Scharenberg, Sandra Hupka-Brunner, Thomas Meyer et Manfred Max Bergman
    Éditeur : Seismo 2016
    Pages : 272

    Le fonctionnement de la formation en Suisse est connu, même s’il est particulièrement compliqué puisque les cantons sont souverains. Mais nous n'avions pas forcément d'informations sur les transitions entre formation et entrée dans le monde du travail. Ce second tome autours de l'étude TREE se base sur une étude qui a lieu depuis l'étude PISA 2000 autours de près de 6 000 élèves à l'origine. De plus, ce second tome est disponible en version numérique, PDF, sur le site de l'éditeur. Le volume est constitué de 10 contributions qui utilisent les données TREE pour analyser des problématiques précises.

    En grande partie, les études publiées dans ce second volume s’intéressent à la transition entre formation, formation supérieure et monde du travail en particulier dans une perspective d'égalité entre différents profils. Dans plusieurs cas, les auteur-e-s mettent en place une comparaison entre plusieurs pays afin de mettre en avant des causes explicatives du manque d'égalité dans l'accès à des formations supérieures. Le Canada est mobilisé à deux reprises puisque ce pays possède une étude comparable à l'étude TREE.

    Ces études permettent de démontrer que, malgré les souhaits officiels, il existe encore des inégalités dans l'accès au supérieur et au marché du travail. Un article examine en particulier le cas de la maturité professionnelle. Celle-ci doit permettre un accès aux formations supérieures via l'apprentissage. Mais ces accès sont encore peu nombreux et dépendent largement de causes familiales et scolaires. Le volume démontre aussi une face de transition longue entre l'école obligatoire et l'accès au monde du travail. Nombreuses sont les personnes qui sont encore en formation après des périodes d'arrêts ou de chômages. Ainsi, le lien entre l'école et le travail n'est pas aussi facile que souhaité.

    Ce volume contient de nombreuses études et je n'ai fait que le résumer de manière imparfaite. Les contributions sont particulièrement intéressantes tout en donnant une large place à la méthodologie de chacune des recherches. Il est probable que d'autres volumes suivent et puissent offrir non seulement des comparaisons avec d'autres cohortes suisses mais aussi examiner le lien entre monde du travail et vie familiale.

    Image : Éditeur

  • La formation en école à plein temps du secondaire II en Suisse : hétérogénéité institutionnelle et traditions de formation par Sasha Cortesi

    Titre : La formation en école à plein temps du secondaire II en Suisse : hétérogénéité institutionnelle et traditions de formation
    Autrice : Sasha Cortesi
    Éditeur : Université de Bâle 2017
    Pages : 262

    La Suisse possède un système de formation basé sur les cantons. Malgré des efforts d'harmonisation, les différences sont encore nombreuses. L'autrice de cette thèse tente de décrire et d'expliciter le fonctionnement du Secondaire II, soit le post-obligatoire, en Suisse en essayant de décrire les différences et similarités entre les cantons Suisses. Elle s'intéresse donc aux gymnases, aux écoles de culture générale, aux écoles de commerce et aux écoles de métiers. Dans tous les cas, ce sont des formations à plein temps et elle ne décrit par le système de formation duale (en école et en entreprise).

    Pour décrire le système helvétique elle construit sa thèse en 5 parties dont la dernière est la conclusion. Les trois premières parties permettent de poser le cadre théorique et méthodologique de la recherche. L'autrice y décrit longuement sa manière de travailler est les travaux sur lesquels elle se repose. En particulier, elle décrit le système de formation Suisse ainsi que le passage au secondaire II. Elle essaie aussi de conceptualiser ce système en se basant sur des idéaux-types qui permettent de décrire un fonctionnement plus ou moins académique des filières.

    La quatrième partie s'intéresse spécifiquement aux résultats. L'autrice organise ses résultats selon le type de formation puis analyse le fonctionnement cantonal es différentes institutions. Elle montre l'impact fort de la logique scolaire et des connaissances générales dans le fonctionnement des institutions, malgré leurs logiques différentes. De plus, elle explicite les différences entre les cantons latins et alémaniques. En effet, les cantons latins ont tendance à envoyer plus de personnes au gymnase, vu comme la formation la plus intéressante, tandis que les cantons alémaniques envoient des élèves en formation duale. Ces différences ont un impact sur le fonctionnement des institutions au niveau cantonal puisque dans le premier cas une majorité des jeunes vont au gymnase et dans le second cas les institutions doivent défendre leur statut face à une formation professionnelle duale.

    Cette thèse de 260 pages ne présente que peu les résultats. Le genre implique de se concentrer sur la méthodologie et les concepts utilisés. Cependant, les résultats permettent de mieux comprendre un système vaste et compliqué qui offre de nombreux choix mais qui implique aussi d'apprendre à y naviguer. De plus, l'autrice offre quelques réflexions sur des réformes potentielles afin de faciliter la navigation horizontale des personnes en formation.

    Site sur lequel télécharger la thèse

  • Des Suisses au coeur de la traite négrière par Olivier Pavillon

    Titre : Des Suisses au cœur de la traite négrière
    Auteur : Olivier Pavillon
    Éditeur : Antipodes 2017
    Pages : 160

    Les travaux sur les relations de familles suisses avec la traite ne sont pas nombreux. Ce n'est que récemment que des historien-ne-s s'y sont intéressé-e-s, nous offrant un livre de base pour comprendre ces liens. Ce livre s'inscrit dans ce mouvement. Il est constitué de trois articles qui permettent d'examiner des exemples familiaux précis afin de comprendre comment elles ont pu avoir des liens avec l'esclavage et la traite. Ces trois familles recherchent toutes la richesse dans les colonies et subissent les changements politiques du continent européen.

    La première est celle des Larguier des Bancels. L'auteur l'examine sur plusieurs générations et sur un espace géographique large. En effet, cette famille tente de gagner en fortune depuis plusieurs générations, malgré des problèmes de dettes, ce qui implique l'achat de fiefs et droits seigneuriaux. Leurs efforts impliqueront des achats en Ile de France. Ces possessions se trouvent dans la tourmente alors que des problèmes de successions et des changements politiques ont lieu. Ainsi, l'un des fils de la famille fait partie des colons qui tentent d'empêcher la lecture du décret d'abolition de l'esclavage. Celui-ci aura bel et bien lieu, au grand regret de la mère de ce dernier qui considère que les anciens esclaves sont dorénavant mieux lotis que les européen-ne-s. Pour finir, la famille perdra toute sa fortune.

    Un second article permet de comprendre de quelle manière trois familles suisses se sont liées afin d'investir dans le commerce maritime. Ces investissements se font à Marseille, alors que la Révolution approche, le but est de consolider les finances et de faire fortune. Mais ces investissements sont particulièrement risqués et peuvent demander plusieurs années avant que l'information n'arrive aux investisseurs. Le nombre important de personnes qui se retrouvent pour un voyage permet de diminuer les risques tout en gardant une possibilité d'enrichissement important. Mais ces trois familles ne vont pas être très heureuses en affaire, tout en ne se posant que peu la question de la traite vue uniquement comme une affaire économique.

    Enfin, une dernière étude de cas se concentre sur Alfred Jacques Henri Berthoud. Ce dernier se rend au Surinam ou il acquiert une petite propriété, qu'il risque rapidement de perdre. Heureusement pour lui, son mariage au sein d'une famille riche lui permet de gagner en statut et en monnaie. Sa femme meurt, mais elle lui laisse tout son héritage au grand désarroi de sa belle-mère. Il rentre en Suisse et ne gère ses affaires que de loin avant de souhaiter les liquider. Il se place en "humaniste" car il tente d'éviter de séparer ses esclaves, ce qui ne l'empêche pas d'user de punitions... Son argent lui permet de gagner un statut important en Suisse, au sein du monde politique.

    Ces trois exemples, tirés d'articles déjà publiés dans des revues locales, permettent d'illustrer l'importance des familles suisses au sein du système esclavagiste. Mais les informations ne sont que parcellaires. En effet, comme le dit Gilbert Couttaz en postface, les sources se trouvent au sein d'archives privées et certaines familles souhaitent éviter la mauvaise publicité d'un lien avec l'esclavage. Ce n'est que lorsque ces archives sont déposées au sein d'institutions publiques qu'il devient plus facile de travailler sur ce sujet.

    Image : Éditeur

  • La guerre du Sonderbund. La Suisse de 1847 par Pierre du Bois

    Titre : La guerre du Sonderbund. La Suisse de 1847
    Auteur : Pierre du Bois
    Éditeur : Alphil 2018
    Pages : 160

    La Confédération Suisse a aussi connu une guerre civile. Elle a eu lieu en entre 1847 et 1848. Sa conclusion fut rapide, à peine 1 mois pour une centaine de morts, mais ses effets et ses causes furent majeurs sur la constitution de la Suisse moderne, constitution qui fut débloquée après la guerre malgré les craintes et menaces des puissances européennes. L'histoire globale est connue. On peut même l'avoir suivie à l'école. Mais qu'en est-il des raisons profondes d'une crise qui a divisé durablement le pays même après une guerre qui ne fit que peu de morts ?

    Dans ce petit livre, Pierre du Bois examine les causes, les événements et les effets d'une guerre qui déchaina les passions dans toute l'Europe. Il commence par expliquer le contexte général. Bien que la Confédération fonctionne sous un texte fondamental accepté par les puissances européennes, le pacte fédéral de 1815, celui-ci n'est pas apprécié par une partie de la population. Celle-ci, entrainée par un mouvement radical, essaie de défendre des idées provenant des Lumières et de la Révolution française. Face à eux, les cantons plus conservateurs essaient de garder en vie le fonctionnement de l'ancien régime, soutenu en cela par les puissances européennes.

    Cette division politique se double d'une division religieuse lorsque radicaux et conservateurs se heurtent face à l'arrivée des jésuites en Suisse et en ce qui concerne l'état des couvents. Là où les conservateurs invitent les jésuites les radicaux y voient un danger pour le pays, danger provenant de Rome. Loin de ne rester qu'orales, les crises deviennent tangibles alors que des corps francs sont mis en marche pour s'attaquer à certains cantons.

    Les crises sont nombreuses et l'auteur nous les explicite avant de décrire, pratiquement au jours le jours, la guerre du Sonderbund. Celle-ci, dont le nom provient du pacte de défense secret entre 7 cantons catholiques. Bien que la crise devienne de plus en plus importante, il faut un certain temps avant que les confédérés ne réussissent à demander la dissolution de l'alliance des 7 et, en l'absence d'accord, d'agir au niveau militaire. Là aussi, il faut du temps pour décider qui sera à la tête de l'armée fédérale et comment agir. Le général Dufour choisira de s'attaquer à chacun des cantons l'un après l'autre. Le général réussit à vaincre le canton de Fribourg sans combats avant de se diriger vers le centre de la Suisse. Bien qu'il soit obligé d'y combattre, il réussit à recevoir la capitulation de Lucerne puis d'Uri. Le Valais ne capitule que le 1er décembre, là aussi sans combats.

    Une guerre civile a des conséquences. Outre la capacité de créer une véritable constitution et donc la mise en place de nouvelles institutions civiles, les autorités des cantons vaincus sont renversées et leurs constitutions modifiées. Dans tous les cas, ce sont des radicaux qui prennent le pouvoir et qui décident de supprimer toutes traces de l'Ancien Régime. De plus, ces cantons doivent prendre en charge les coûts de la guerre tandis que des poursuites en justice ont lieu contre certaines personnes. Les puissances européennes tentent d'agir mais sont prises de court par la vitesse de la guerre et des mouvements révolutionnaires dans chacun de leurs pays. Malgré une guerre peu violente, des vainqueurs qui évitent de prendre revanche et une constitution équilibrée, les divisions dureront longtemps.

    En conclusion, ce petit livre intéressera toutes personnes qui souhaitent en savoir plus sur l'époque du Sonderbund. L'auteur réussit à montrer les erreurs des deux camps et à décrire la cascade d'événements qui conduit presque fatalement à une confrontation armée. Bien qu'il ne s'intéresse pas spécifiquement au reste de l'Europe, il mentionne tout de même l'intérêt des puissances européennes envers la Suisse. Le livre de Cédric Humair, La Suisse et les puissances européenne, sera un bon moyen de mieux connaitre cet aspect.

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  • Un quotidien sous contrainte De l’internement à la libération. Commission indépendante d'expert-e-s internements administratifs 8 par Loretta Seglias, Kevin Heiniger,Vanessa Bignasca, Mirjam Häsler Kristmann, Alix Heiniger, Deborah Morat et Noemi Dissler

    Titre : Un quotidien sous contrainte De l’internement à la libération. Commission indépendante d'expert-e-s internements administratifs 8
    Auteur-e-s : Loretta Seglias, Kevin Heiniger, Vanessa Bignasca, Mirjam Häsler Kristmann, Alix Heiniger, Deborah Morat et Noemi Dissler
    Éditeur : Alphil 2019
    Pages : 767

    Après plusieurs volumes consacrés aux différents aspects de l'internement administratif ce dernier volume de recherche - le prochain est une édition de sources commentées tandis que le dernier est le rapport destiné aux autorités fédérales - s'intéresse spécifiquement aux différents établissements qui ont acceptés des interné-e-s sous le régime administratif. Les auteur-e-s prennent l'exemple de 5 établissements dans les cantons de Fribourg, Berne, Zurich et le Tessin. Ce gros livre est divisé en un grand nombre de chapitres, suivis d'annexes, mais on peut le diviser en deux grosses parties, que nous allons présenter sans pour autant prétendre à l'exhaustivité.

    La première partie concerne la création des établissements. Elle est constituée d'un historique qui permet de comprendre les buts initiaux des autorités lors de la construction des différentes prisons. Bellechasse, par exemple, devait permettre la mise en valeur d'un large terrain agricole. Les auteur-e-s y examinent non seulement les idées derrière la construction mais aussi l'architecture précise. Cela permet de mettre en avant certaines caractéristiques, par exemple le fait d'être proche d'autres établissements ou de fabriques.

    Une seconde partie s'intéresse plus précisément aux conditions de vies à l'intérieur des établissements. Il faut noter que les auteur-e-s s'intéressent aussi aux gardien-ne-s. Même si les directeurs vivent assez bien les gardien-ne-s doivent longtemps accepter des conditions de vie proche de l'armée et du quotidien des personnes internées. La nourriture est de basse qualité, le travail est difficile sans vacances et la vie de famille presque impossible puisque les employé-e-s doivent vivre à l'intérieur des prisons, en tout cas en ce qui concerne Bellechasse. Ce n'est qu'après la Deuxième guerre mondiale que les conditions de travail s'améliorent quelque peu.

    Mais le gros du volume concerne les conditions connues par les personnes internées. Les auteur-e-s prennent en compte aussi bien le travail, la santé, la sexualité ou encore les violences subies. Pour ce dernier point, le volume permet de mettre en avant des actes de violences physiques qui confinent à la torture. Ces actes ont pour seuls buts de soumettre les personnes internées, sans avoir commis de crimes, à l'autorité des gardien-ne-s. Les auteur-e-s essaient d'expliquer ces actes de violences par le manque de formation concernant la gestion d'une population enfermée et l'exemple de personnes plus élevées en termes de grades.

    La nourriture est longuement examinée. C'est une revendication importante des gardien-ne-s et des interné-e-s. Elle est modeste, constituée souvent de la production interne lorsque l'établissement possède des champs. Ce sont les invendus ou les déchets. Les médecins et autorités ne considèrent pas cette nourriture comme mauvaise bien qu'elle ne soit pas adéquate pour un travail important. Cependant, ces mêmes médecins notent que les interné-e-s n'hésitent pas, parfois, à manger des animaux trouvés dans les champs. Loin de remettre en cause les portions de nourritures ces actes sont mis sur le compte de problèmes psychologiques personnels. Tandis que les portions peu ragoutantes permettent de suivre l'idée que les personnes emprisonnées doivent vivre moins bien que les personnes libres les plus pauvres.

    Le travail est aussi largement examiné puisque celui-ci est vu comme un moyen de réadaptation, de preuve de la réussite de l'internement et de préparation à la sortie. Le travail est souvent monotone car ce sont des emplois peu rémunérés et peu formateurs qui sont proposés. La rémunération n'est d'ailleurs pas un salaire mas un pécule qui permet d'éduquer à la prévoyance et qui ne donne pas forcément des droits à l'AVS. Le travail est au centre de la vie interne puisqu'une personne qui accepte de travailler est vue plus favorablement et pourrait sortir plus facilement, suivant en cela l'idée du travail comme moyen de rééducation à la vie dites normales en dehors de l'établissement. Mais celui-ci est aussi un moyen d'éviter des coûts importants pour les cantons. En effet, les directeurs utilisent les interné-e-s afin de créer des biens et de les vendre à l'extérieur, quand la production n'est pas directement utilisée à l'interne. Bien entendu, se pose la question de la concurrence avec des producteurs qui utilisent des employé-e-s libres. En effet, les personnes interné-e-s n'ont pas de véritables salaires, ne sont pas soumis aux cotisations sociales et ne sont pas protégées par le droit du travail. Cependant, cette question n'est jamais examinée sérieusement par les directeurs.

    Je n'ai fait que mettre en avant quelques aspects. Ce volume est le plus gros de ceux actuellement édités. L'examen de la vie quotidienne est très complet et permet de mieux comprendre les conditions de vie et leurs effets sur les personnes qui ont été internées et leur vie en dehors des prisons. Il faut noter le pouvoir important de la direction sur les possibilités de sortie, puisque les personnes internées sous régime administratif ne le sont pas toujours avec une date de sortie précise mais peuvent dépendre du choix des autorités.

    Image : Éditeur

  • Ordre, morale et contrainte Internements administratifs et pratique des autorités. CIE internement administratif 7 par Rahel Bühler, Sara Galle, Flavia Grossmann, Matthieu Lavoyer, Michael Mülli, Emmanuel Neuhaus et Nadja Ramsauer

    Titre : Ordre, morale et contrainte Internements administratifs et pratique des autorités. Commission Indépendante d'Expert-e-s internement administratif 7
    Auteur-e-s : Rahel Bühler, Sara Galle, Flavia Grossmann, Matthieu Lavoyer, Michael Mülli, Emmanuel Neuhaus et Nadja Ramsauer
    Éditeur : Alphil 2019
    Pages : 591

    Après plusieurs tomes consacrés aux témoins, au quantitatif et aux égo-documents ce volume 7 s'intéresse au fonctionnement précis des procédures qui permettent d'interner administrativement une personne. Les auteur-e-s ne s'intéressent donc pas spécifiquement à la création des lois, déjà examinée, mais aux procédures et à l'usage plus ou moins légal de celles-ci. Cela conduit les auteur-e-s à se demander si les processus des différents cantons impliquent des procédures plus respectueuses, ou non, des droits fondamentaux des personnes. Pour répondre à cette question plusieurs exemples cantonaux sont analysés : Zurich, Schwitz, Fribourg et Vaud.

    Les exemples permettent de mettre en avant plusieurs types de cantons (langues et urbanisation) ce qui permet de faire une analyse comparative entre eux. La lecture du volume permet de comprendre qu'il existe une différence importante dans la pratique. Les cantons plus pauvres, comme Fribourg, ont tendant à user d'agents peu nombreux. Fribourg, par exemple, donne les pouvoirs d'enquête et de décision aux préfets. Bien que cela soit défendu par la connaissance du terrain et la nécessité d'éviter une attente trop longue au sein de la justice normale, ces procédures sont régulièrement dénoncées. Il ne faut pas oublier la place qu'avait la préfecture au sein de la République chrétienne. Les préfets reçoivent leur poste en remerciement de leur soutien au parti majoritaire et sont donc soumis au Conseil d'état. En ce qui concerne Zurich et Vaud les deux cantons utilisent des procédures plus professionnelles. Vaud, en particulier, offre le seul exemple de commissions annexes chargées de statuer sur les cas. Cependant, il ne faut pas sous-estimer les liens avec le pouvoir politique ni surestimer la volonté de contrôle du Conseil d'état, parfois instance de recours.

    Cependant, ces différences ne sont pas suffisantes pour impacter la capacité de défense de la part des personnes internées. Certes, Zurich et Vaud ont des procédures de défense. Contrairement à Fribourg et Schwitz. Mais les recours sont très compliqués. Les gouvernements cantonaux jouent de la différence entre procédures judiciaires et administratives afin de bloquer l'accès aux moyens de défenses. Ainsi, les personnes internées ne sont pas forcément mises au courant de leurs droits de recours. Si elles tentent un recours, les dossiers constitués sur elleux ne sont pas forcément communiqués, ou communiqués seulement en partie. Un exemple précis, sur Vaud, montre que les tentatives de recours et d'usage du droit sont utilisés par les experts psychiatriques pour justifier les besoins de soins de la personne. Étrange procédure dans laquelle demander l'accès à ses droits fondamentaux et jugés comme une maladie à soigner !

    Ce volume est très riche, en grande partie écrit en allemand ce qui a joué sur ma compréhension de certains faits. Malgré sa densité je ne peux que le conseiller aux personnes qui souhaitent comprendre le fonctionnement d'une procédure très particulière. En effet, les auteur-e-s ont réussis à présenter de manière fine le fonctionnement des processus de décisions et l'impact des personnes chargées de prendre ces décisions. Par les exemples mis en avant, les auteur-e-s démontrent aussi l'aspect classiste de cette procédure qui s'attaquent en premier lieu aux personnes les plus marginales. L'examen très précis de ces processus nous permet de mieux comprendre à quel point l'internement administratif fut scandaleux puisque les droits fondamentaux furent déniés à un grand nombre de personnes.

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  • «… je vous fais une lettre» Retrouver dans les archives la parole et le vécu des personnes internées. Commission indépendante d'expert-e-s internement administratif4 par Anne-Françoise Praz, Lorraine Odier, Thomas Huonker, Laura Schneider et Marco Nardone

    Titre : « … je vous fais une lettre » Retrouver dans les archives la parole et le vécu des personnes internées. Commission indépendante d'expert-e-s internement administratif 4
    Auteur-e-s : Anne-Françoise Praz, Lorraine Odier, Thomas Huonker, Laura Schneider et Marco Nardone
    Éditeur : Alphil 2019
    Pages : 448

    Sur les 6 tomes actuellement disponibles (3 autres devraient être rendus publics en juillet puis le dernier tome en septembre) celui-ci est le quatrième. Son but est d'analyser les égo-documents, en particuliers les lettres, afin de comprendre la pratique et les effets de l'internement administratif sur la population visée. Pour cela, les auteur-e-s se sont intéressé-e-s aux archives de l'établissement fribourgeois de Bellechasse. En effet, de nombreux confédérés furent envoyés d'autres cantons dans cette grande prison agricole, aussi bien des prostituées que des alcooliques ou encore des jeunes enfants placés. Bien que cela ne soit pas au centre de ce volume, il est nécessaire de prendre en compte le but de l'établissement de Bellechasse : l'apprentissage par le travail agricole. Ce travail est aussi un moyen de baisser les coûts de fonctionnement par l'usage d'une main d’œuvre bon-marché : les prisonniers et internés. Enfin, les auteur-e-s expliquent que les lettres sont particulièrement nombreuses dans les archives de Bellechasse tout simplement à cause de la censure importante appliquée par les différents directeurs. Le volume est divisé en trois parties qui portent sur différentes époques de l'internement. De plus, les chapitres sont parfois suivis d'encarts sur des sujets précis.

    La première partie s'intéresse à l'enquête et à la décision d'internement prononcée par différentes autorités cantonales. Le premier chapitre compare deux cantons romands : Vaud et Valais. Le premier interne pour une période précise à la suite d’une procédure stricte qui permet une défense. Les auteur-e-s notent dans ce volume que la connaissance du temps d'internement et de ses capacités de défenses jouent fortement dans les capacités d'adaptation et de survie des personnes en prison. Le Valais, en revanche, permet l'internement sur demande des communes. Celles-ci n'ont pas besoin d'entendre la personne ni de lui donner sa décision. Quelqu'un peut simplement se retrouver embarqué par la police et envoyé en prison. Le temps d'internement n'est pas non plus défini et il est parfois nécessaire d'attendre plusieurs mois pour qu'une décision légale soit transmise à la direction de Bellechasse, créant de la colère chez les personnes internées.

    Les auteur-e-s démontrent dans cette partie que les personnes qui tentent de se défendre face à un internement essaient d'éviter les catégorisation négatives mises en place par les autorités, quand elles y ont accès. Ces personnes sont aussi parfois surprises de leur envoi en prison, en particulier lorsqu'elles n'ont pas été entendues ni prévenues en avance. Selon les auteur-e-s, le fonctionnement particulier de l'internement administratif en fait une cause de mal être. Les interné-e-s sont enfermé-e-s avec des personnes emprisonnées selon le système pénal. Ce qui implique procédure de défense et connaissance du jours de sortie. Les interné-e-s n'ont pas forcément accès à ces deux points précis mais sont soumis au même régime et le subissent de manière exacerbée puisque leur destin leur est inconnu.

    La seconde partie s'intéresse à l'expérience de l'internement, encore une fois en commun avec les personnes emprisonnées selon le droit pénal. Les auteur-e-s s'intéressent à plusieurs aspects particuliers. La santé est l'un des points importants. En effet, l'expérience d'internement implique une santé défaillante pour plusieurs raisons. Premièrement, le travail difficile peut impliquer des risques. Les auteur-e-s intègrent ce risque pour la santé dans l'idée que la prison doit être plus dure que la vie des personnes les plus pauvres. Donc le travail doit être particulièrement difficile voire dangereux. De plus, la santé n'est pas la préoccupation principale des autorités. Vérifier l'état corporel des personnes internées et les soigner implique un coût que ni les communes, ni les états et encore moins Bellechasse ne souhaite. Régulièrement, le directeur de Bellechasse nie les ennuis de santé, les transformant en des simulations afin de se rendre dans un lieu plus facile à vivre

    Le second point concerne le travail. Celui accompli en prison est souvent difficile et rarement utile à l'extérieur, encore moins professionnalisant. Ce sont des travaux d'agriculture pour les hommes et des soins de ménage pour les femmes (défendant ici un ordre genré du travail). Les hommes craignent de perdre leur savoir-faire professionnel tandis que les femmes se plaignent d'un travail difficile et peu ragoutant. Dans les deux cas, il est possible de changer d'affectation mais cela dépend de la direction, qui possède ici un pouvoir important sur les interné-e-s.

    Enfin, un dernier point concerne les liens familiaux et amoureux des personnes interné-e-s. Les recherches de la Commission ont permis de comprendre que la direction de Bellechasse, et les autorités des communes et cantons, s'arrogent le droit de juger des relations connues par les personnes interné-e-s. Ces jugements concernent aussi bien la famille que de possibles mariages. Par exemple, il est possible que la direction de Bellechasse fasse pression sur les femmes afin d'accepter un abandon volontaire de leurs enfants, permettant une adoption légale. Ces pressions, bien entendu, remettent en question à la fois le caractère volontaire et le caractère légal de ces adoptions. De plus, les demandes en mariage et les liens affectifs avec des personnes extérieures peuvent être détruites par une censure des lettres, acte souvent mis en place pour attaquer une relation considérée comme dangereuse. Ainsi, les autorités essaient de défendre leur vision de ce qu'est une famille. Les femmes internées sont censées se marier afin d'éviter des enfants en dehors du mariage mais aussi de vivre comme femmes d'intérieurs. Cela implique un mariage avec un homme capable de subvenir à ses besoins et à ceux d'une famille, donc qui possède un travail salarié et n'est pas alcoolique. Bien entendu, les femmes internées jouent avec cela, acceptant des demandes en mariage qui permettent leur libération puis refusant le mariage. Ce qui pousse les communes à demander un mariage en prison avant toute libération.

    La dernière partie s'attache à comprendre la fin des internements et la vie qui suit, là aussi à partir des lettres conservées dans les archives (les interviews de personnes anciennement internées sont utilisées dans un autre volume). L'expérience de la sortie de prison dépend beaucoup de la procédure cantonale impliquée. Vaud, par exemple, offre une date précise avec une procédure de sortie anticipée en cas de bon comportement. D'autres cantons internent pour un temps indéterminé. La sortie dépend donc de la direction de la prison, des autorités cantonales et des autorités communales. Ce qui pousse la personne internée à chercher des aides internes et externes. Les lettres sont un moyen de prouver leur conformité avec les demandes des autorités. Cependant, dans les cas d'internements pour des temps indéterminés. Ces mêmes lettres peuvent être utilisées afin de contester l'internement et sa légalité. Celles-ci permettent aussi d'appeler à la pitié, souvent par l'usage des liens familiaux. De plus, les auteur-e-s démontrent que l'expérience d'internement a un impact sur la vie ultérieur des personnes qui l'ont connue. Avoir vécu un internement implique la constitution d'un dossier administratif qui peut être réutilisé par justifier un nouvel internement. Ne pas suivre les normes et les ordres, donnés dans le cadre d'un patronage, peuvent aussi implique un nouvel internement, parfois plus long. Les anciennes personnes internées en conscience de ce danger et essaient d'éviter les autorités, par les refus des aides sociales ou en déménageant (certaines vont jusqu'à s'inscrire à la légion étrangère). Loin de permettre une réinsertion l'internement crée un danger pour les personnes qui le subissent de ne pas pouvoir s'échapper d'une logique étatique de contrôle et d'enfermement des personnes considérées comme marginales pour des raisons économiques (chômage) ou morales (l'alcoolisme n'étant pas traité de manière médicale pendant longtemps mais selon son danger pour la vie familiale).

    Après un volume trois qui s'intéresse spécifiquement à l'aspect légal ce quatrième volume permet de mieux comprendre l'internement selon les personnes impliquées. Comme le disent les expert-e-s, les lettres analysées ne sont pas forcément représentatives de toutes les personnes interné-e-s. En particulier, les expert-e-s ont en accès aux lettres censurées et ne savent pas toujours ce qui a conduit à garder ces lettres. Seule l'accès à des lettres délivrées pourrait permettre de mieux comprendre les raisons d'en censurer certaines. Mais cela n'implique pas que leur lecture permet de mieux comprendre la vie à l'intérieur de la prison de Bellechasse et les effets d'un internement administratif aussi bien du point de vue professionnel que sur la santé ou encore les liens sociaux et familiaux.

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  • Des lois d’exception ? Légitimation et délégitimation de l’internement administratif. CIE Internement administratif volume 3 par Christel Gumy, Sybille Knecht, Ludovic Maugué, Noemi Dissler et Nicole Gönitzer

    Titre : Des lois d’exception ? Légitimation et délégitimation de l’internement administratif. CIE Internement administratif volume 3

    Auteur-e-s : Christel Gumy, Sybille Knecht, Ludovic Maugué, Noemi Dissler et Nicole Gönitzer

    Éditeur : Alphil 2019

    Pages : 448

    Ce livre est le troisième volume, sur 10, des rapports de la Commission Indépendante d'Expert-e-s chargé-e-s d'examiner l'histoire des placements à fin d'assistances avant 1981 en Suisse. Le premier volume se concentrait sur des histoires de vie. Le second résumait la recherche. Ce troisième volume entre dans le vif du sujet en s'intéressant, spécifiquement, à l'histoire du droit de l'internement administratif. Cette histoire implique de remonter au XIXème afin de bien comprendre la mise en place des différentes lois cantonales, la manière dont les oppositions argumentent et la progressive délégitimation de l'internement administratif comme forme de prophylaxie sociale. Le livre est divisé en 5 parties.

    La première partie ainsi que la dernière forment l'introduction et la conclusion des réflexions du livre. Le premier chapitre est une longue explication de l'histoire juridique de l'internement administratif à Fribourg. Il permet d'exemplifier la conceptualisation de l'internement comme moyen de prophylaxie sociale. En effet, loin d'être un moyen d'assistance, l'internement administratif fribourgeois est pensé comme un moyen d'éviter les coûts importants de l'aide sociale pour les communes. De plus, un internement permet la mise au travail dans la prison de Bellechasse de catégories sociales qui remettent en cause le fonctionnement de la société chrétienne fribourgeoise (l'importante du travail et de la famille mais aussi d'une division des rôles selon le genre). La fin du livre permet d'ouvrir les réflexions sur le présent. En particulier, le dernier court chapitre nous parle de l'internement des populations dites requérantes d'asiles ou sans-papiers en vue de leur expulsion. L'autrice nous demande si nous ne nous trouvons pas dans un fonctionnement comparable aux lois examinées dans le livre et dans le cadre de la CIE.

    La seconde se concentre sur la question de l'alcoolisme. Entre le XIXème et le XXème siècle l'alcoolisme, en particulier la consommation des classes populaires, est problématisées par différentes associations laïques comme religieuses. La consommation abusive d'alcool est vue comme un danger pour la famille, les hommes buvant leur salaire au lieu de prendre soin de leur ménage. À Fribourg, et dans d'autres cantons, les législateurs ont donc décidé de prévoir des formes d'internement administratif en cas d'alcoolisme. Bien que, durant le XXème siècle, l'internement soit de plus en plus pensé comme moyen de cure les personnes impliquées étaient envoyées en prison, mis au travail. Le chapitre qui s'intéresse au canton de Fribourg démontre d'ailleurs les tensions entre logique médicale et logique policière, les préfets refusant de perdre le droit d'interner des personnes considérées comme socialement dangereuses et les médecins exigeant des certificats médicaux pour un internement.

    La troisième partie examine l'internement administratif comme moyen de contrôle social de comportements jugés déviants, en particulier les vagabonds et les femmes qui se prostituent (bien qu'il existe des hommes qui se prostituent ils ne sont que peu examinés par les instances d'internement, je ne serais pas étonné que l'usage du Code pénal soit prégnant ici). Les vagabonds sont considérés dangereux car ils mettent en question l'ordre social basé sur le travail salarié et l'habitat stable. Selon les autorités de l'époque, ces personnes coutent chers et sont dangereuses. Il est donc nécessaire de les interner afin de leurs apprendre à travailler. En ce qui concerne la prostitution, il faut insérer la Suisse dans les tentatives internationales de supprimer la prostitution. En Suisse les codes pénaux cantonaux ne s'intéressent pas toujours aux actes de prostitution, sauf dans les cas de racolages. Le Code pénal Suisse de 1942 ne pénalise que le racolage. Face à ce changement légal, et un contexte de prise de pouvoir socialiste, le canton de Vaud examine l'opportunité, durant les années trente, de créer une procédure d'internement administratif dédié aux femmes qui se prostituent. Celle-ci sera mise en place sous les pleins pouvoirs en 1939, sous la forme d'un arrêté, puis légalisé en 1942 et 1945 avant sa suppression dans les années 60. La recherche montre que cet internement s'intéresse spécifiquement aux femmes de Lausanne. Plutôt qu'une aide à la sortie de la prostitution, un travail qui peut être lié à une forme de précarité salariale, l'internement administratif est un moyen d'éviter les scandales publics. La police communale même avoue que la prostitution n'a pas disparu mais qu'elle est bien plus discrète. La fin de la guerre implique, d'ailleurs, une baisse spectaculaire des internements. Ainsi, dans les deux cas, le but officiel est l'éducation au travail mais le but tacite est de protéger un ordre sociale basé sur la division sexuelle du travail et l'ordre public.

    La quatrième partie se concentre sur l'internement en maison d'éducation des enfants et la justice des mineur-e-s. Celle-ci est progressivement mise en place à la fin du XIXème siècle en occident en se basant sur une pratique de Chicago. Le but est de s'intéresser à l'individu et non à l'acte. La justice ne pratique plus des peines mais donne des décisions en vue d'une modification du comportement de l'enfant, à l'aide d'expert-e-s en psychologie et en travail social. L'un des exemples examinés est celui du tribunal du canton de Vaud, déjà bien connu grâce à la thèse de Numa Graa. Le premier juge, connu dans toute l’Europe, est Maurice Veillard. L'examen de ses décisions et de ses idées permet de comprendre que l'internement des enfants répond à une logique de défense de l'ordre social. En particulier, l'action du juge dépend du sexe biologique des enfants. Les garçons sont en danger d'être violents et voleurs. Les filles sont examinées selon le danger de la prostitution et d'une sexualité considérée comme dangereuse et illégitime. Les actions sont différentes selon cette division duale. Alors que les garçons doivent devenir des hommes travailleurs capable de gagner assez d'argent pour s'occuper d'un ménage les filles sont entrainées à la maternité et à la tenue du ménage. Comme le démontre le chapitre, ce n'est que tardivement que cela est mis en question ainsi que la logique d'un internement fermé.

    Ce troisième tome permet de comprendre non seulement l'histoire du droit de l'internement administratif via quelques exemples mais aussi les raisons derrière les lois et leurs suppressions. Bien que l'internement administratif soit défendu comme moyen d'assistance et d'éducation la CIE a démontré que le but est de défendre un ordre social précis. En résumé : les hommes travaillent régulièrement et reçoivent un salaire tandis que les femmes vivent dans le cadre de la maternité. Les personnes qui ne s'inscrivent pas dans cet ordre sont emprisonnées afin d'être normalisées.

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  • Les questions sur le passé sont des questions du présent. Aperçus de l’internement administratif. Volume 2 sous la direction de Joséphine Métraux, Sofia Bischofberger et Luzian Meier

    Titre :  Les questions sur le passé sont des questions du présent. Aperçus de l’internement administratif. Volume 2
    Direction : Joséphine Métraux, Sofia Bischofberger et Luzian Meier
    Éditeur : Alphil 2019
    Pages : 272

    Les travaux de la Commission Indépendante d'Expert-e-s Internement Administratif sont en cours de publication. Le premier volume était destiné à présenter des parcours de vie, parfois reconstitué via les sources parfois reconstitué par des entretiens. Ce second volume, 2b pour préciser la version française, se concentre sur l'explication des travaux de la Commission. Pour cela, les auteur-e-s se concentrent sur plusieurs aspects.

    Premièrement, les auteur-e-s nous présentent quelques sources concernant le sujet de recherche. Ceci permet non seulement de comprendre de quelle manière les sources sont utilisées mais aussi de lire, dans le texte, les propos de l'époque. Plusieurs de ces sources sont d'ailleurs déjà analysée sur le site de la Commission. En fin d'ouvrage, une autrice est mobilisée afin d'analyser les romans qui ont été écrit par des victimes d'internement. L'autrice explicite le fonctionnement de différentes œuvres et leur importance pour comprendre le thème.

    En second lieu, le livre se concentre sur plusieurs thèmes. Ceux-ci sont des questions clés pour comprendre l'internement administratif. Ces chapitres permettent de recevoir les informations principales concernant les travaux de la Commission. Mieux encore, chaque explication renvoie en direction du chapitre et du livre dédiés à son analyse. Ces questions sont ensuite mobilisées pour permettre une réflexion sur leur pertinence pour le temps présent, justifiant le titre du volume. Ces réflexions sont celles des membres de la Commission. Celleux-ci utilisent leur expertise pour permettre de comprendre de quelle manière on pense et on a pensé la pauvreté, la famille, la prison mais aussi la sexualité et donc, en somme, ce qui est normal de ce qui est marginal.

    Ce second tome utilise aussi l'art pour mieux expliciter la signification d'un internement administratif sur une personne. Plusieurs auteur-e-s ont été mobilisé-e-s pour écrire de courts textes autours des thématiques présentées. Ces auteur-e-s utilisent les sources, les récits et les documentaires comme outils pour écrire chacun des textes. Certains sont particulièrement réussis. Ce processus, que je trouve intéressant, permet de donner une substance plus humaine à un processus administratif destructeur face aux individus.

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  • L'Auge au XXe siècle. Du bas-quartier à la vieille ville de Fribourg par Serge Gumy

    Titre : L'Auge au XXe siècle. Du bas-quartier à la vieille ville de Fribourg
    Auteur : Serge Gumy
    Éditeur : Aux sources du temps présent 1997
    Pages : 235

    Nous avons, en Suisse, un certain nombre de travaux qui s'occupent de sujets très locaux. Ce livre fait partie de ses études puisque l'auteur se concentre sur l'histoire d'un quartier de la ville de Fribourg. Il est tiré d'un travail de licence en histoire contemporaine. Ce livre nous permet de comprendre la vie mais aussi les modifications sociales d'un quartier qui, comme l'annonce le titre, passe d'un lieu de pauvreté à un lieu d'histoire et de mémoire. Afin de présenter ce quartier, l'auteur se concentre sur trois périodes donnant autant de parties générales.

    La première partie se concentre sur le XIXème siècle. L'auteur explique le fonctionnement du quartier et son lien avec le reste de la ville en deux chapitres. Il y explique tout d'abord les différences sociales et géographiques du quartier. En effet, celui-ci contient surtout des familles pauvres qui vivent dans des appartements modestes, avec peu de conforts. Le quartier, lui, est séparé du reste de la ville du fait de sa position géographique. Les milieux politiques ne s'y intéressent que peu, sauf en cas de craintes de mouvements sociaux ou pour déplorer la criminalité et l'immoralité des pauvres. Il ressort de ces deux chapitres l'impression d’un lieu coupé du monde et oublié par les politiciens.

    La seconde partie s'intéresse à la période des deux guerres. L'auteur dépeint une période difficile pour une population de plus en plus pauvre et laissée de côté. Les bâtiments sont des taudis dans lesquels s'entassent de nombreuses personnes, avec un confort spartiate et de larges problèmes d'hygiènes. Le quartier ne possède ni écoles ni lieux de loisirs et les enfants vivent dans les rues, afin d'échapper aux appartements. Cette période de pauvreté force la main aux autorités fribourgeoises qui commencent, à reculons, à créer des lois sur l'assistance publique capable d'aider une population qui souffre d'une période de chômage. Cependant, nous restons dans le cadre d'une peur d'un soulèvement, en partie porté par les socialistes, et l'aide sociale est aussi un moyen de tenir le quartier en l'encadrant par l'église et le parti conservateur.

    La troisième, et dernière, partie s'attache à la période des années 60 et 70. L'auteur s'y attache à deux points particuliers. Premièrement, il montre la mutation du quartier qui passe d'un lieu mal famé à un lieu de mémoire. Celui-ci est protégé par des organisations citoyennes en faveurs d'une sauvegarde de l'architecture dites médiévale. Mais les habitant-e-s montrent aussi leur fierté de leurs traditions en portant un carnaval et en soutenant l'équipe Gottéron. Mais l'auteur démontre aussi les changements dans la typologie des habitant-e-s, qui pousse à des améliorations du cadre de vie et à de nombreuses rénovations. Celles-ci augmentent fortement les prix des loyers et, petit à petit, les anciennes familles quittent le quartier au profit d'une population plus aisée. Ce livre, dont la lecture est parfois difficile, n'est pas simplement la peinture de la vie d'un quartier d'une ville suisse. C'est aussi une bonne étude de l'effet de décisions politiques et urbanistiques sur le fonctionnement d'un quartier et la vie de ses habitant-e-s.

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  • Les partis politiques. Acteurs de l'histoire suisse par Olivier Meuwly

    Titre : Les partis politiques. Acteurs de l'histoire suisse
    Auteur : Olivier Meuwly
    Éditeur : Presses polytechniques et universitaires romandes 2018
    Pages : 175

    Olivier Meuwly est connu pour ses fréquentes apparitions dans les médias lorsqu'il y a besoin d'un expert en histoire politique suisse afin de commenter l'actualité. L'auteur est, en effet, connu pour ses livres d'histoire concentrés sur le fonctionnement de la politique et de certains partis. Ainsi, il est l'auteur d'un petit ouvrage sur la politique vaudoise. Dans ce petit livre, l'auteur souhaite synthétiser une longue histoire des partis politiques. Ce qui permet d'une part de mieux comprendre l'impact de certains choix, comme la proportionnelle et l'arrivée des droits populaires, mais aussi d'expliciter l'arrivée des partis comme groupements chargés de défendre certaines visions.

    Le livre est construit en suivant une suite chronologique que les personnes qui connaissent l'histoire suisse savent classique, mais utile. Ainsi, après les troubles de la guerre civile l'auteur passe sur la Belle époque. Ceci pour mieux continuer sur les problèmes des années 30 et la consolidation de l'état suisse lors des trente glorieuses. Enfin, l'auteur s'attache à montrer les changements ayant eu lieu après les années 70 et surtout dans les années 90 lors de la montée importante de l'UDC. La première édition ayant eu lieu en 2010, les années 2000 ne sont que peu présentes dans ce livre.

    On pourrait résumer ce livre en expliquant qu'il décrit la chute des radicaux. Ceux-ci, au XIXème siècle, sont plus un groupe d'intérêt qu'un parti dont le but est de consolider l'état helvétique dans un sens plus centralisateur. Ce groupe incluait de nombreuses tendances aussi bien de droite et que de gauche, avant que cette division n'ait un véritable sens. Cependant, il apparait rapidement qu'il est difficile de relier autant de tendances différentes au sein d'un seul groupe et d'autres associations, qui deviendront des partis, commencent à se détacher. Malgré cela, les radicaux réussissent à garder la main sur la politique fédérale et le gouvernement, en partie à cause de l'absence de proportionnelle. Ce n'est que lors de l'arrivée du système proportionnel, puis de l'accès d'autres partis au Conseil fédéral, que l'hégémonie radical se fissure. Finalement, les trente glorieuses permettent de consolider ce qui a été nommé la Formule magique, et donc de relier au sein du gouvernement plusieurs tendances partisanes qui tentent de travailler ensemble.

    Bien que cet ouvrage soit court il n'échappe pas à la question concernant d'une part l'intérêt des partis et d'autre part l'utilité de la division gauche droite. L'histoire suisse n'est pas avare de mouvements qui se constituent en dehors des partis traditionnels et qui se veulent ni de gauche ni de droite. Ainsi, l'Alliance des indépendants de Duttweiler, le Parti des automobilistes ou encore le MCG et ses tentatives en dehors du territoire genevois pour ne prendre que trois exemples. Ces mouvements qui se veulent soit des réactions, le Parti des automobilistes fut résolument anti-écologiste, ou des alliances d'intérêts libéraux n'échappent pas à la division entre gauche et droite, même si celle-ci est complexifiée dans la pensée actuelle. Selon l'auteur, on ne peut pas échapper à cette division ni à l'importance des partis. En effet, Olivier Meuwly considère que les partis sont avant tout un moyen de défendre des idées et des buts politiques. Plus encore, les partis construisent une cohérence dans ces mêmes idées.

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  • La Suisse et les puissances européennes. Aux sources de l'indépendance (1813-1857) par Cédric Humair

    Titre : La Suisse et les puissances européennes. Aux sources de l'indépendance (1813-1857)
    Auteur : Cédric Humair
    Éditeur : Alphil 2018
    Pages : 140

    Cédric Humair est un historien reconnu spécialisé en histoire suisse, et particulièrement l'histoire économique et les relations étrangères. J'ai déjà lu son livre sur l'année 1848, ce qui a mené à la guerre et la manière de résoudre les tensions impliquées. Ce petit livre de la collection Focus revient sur cette époque mais prend une perspective différente puisque l'auteur s'y intéresse aux relations entre la Suisse et les 5 puissances européennes conservatrices du XIXème siècle : la France, l'Autriche, la Prusse, la Russie et la Grande-Bretagne. Ce petit livre est divisé en quatre parties qui permettent d'analyser le pays sous protection française, selon les volontés des puissances conservatrices, la réforme et enfin les tensions dues à la création de la constitution de 1848.

    C'est connu, mais souvent oublié, la Suisse n'existe pas depuis 1291. Cette date est en grande partie mythique et ne concerne que quelques cantons sur ceux existant actuellement. Ce n'est que progressivement que le territoire s'est constitué, tout en restant membre du Saint Empire romain germanique (Neuchâtel étant possession prussienne jusqu'à la moitié du XIXème siècle). Plus intéressant encore, pendant longtemps la confédération n'est qu'une faible alliance entre des états souverains jaloux de leurs prérogatives. Ce n'est que sous la protection de la France que la Suisse fut constituée en République unie, mais ce régime fut aussi particulièrement instable.

    Lorsque la France de Napoléon fut vaincue, une conférence fut réunie pour reconstituer l'Europe selon une logique conservatrice. Dans ce cadre, la question helvétique eut une certaine importance. Au point de vue interne, la confédération fut restaurée tout en supprimant les bailliages, acceptant la création de nouveaux cantons. Au point de vue externe la question concerne l'équilibre européen. Aucune des grandes puissances ne souhaite que la Confédération ne soit intégrée dans un autre pays. Dans ce contexte, les 5 puissances proposent de faire de la Suisse un état souverain mais surtout neutre. Un état qui doit rester conservateur. Les 5 puissances se considèrent comme les garantes du Pacte de 1815 qui réglemente le pays, et que les suisses ne doivent pas modifier sans leur accord. Cependant, des réfugiés libéraux se rendent en Suisse tandis qu'une partie des citoyens helvétiques souhaitent des réformes libérales et démocratiques, créant des tensions avec le reste de l'Europe.

    C'est à ce point que l'on peut parler de la perspective de l'auteur qui rend son livre des plus intéressants. Au lieu de se baser sur une histoire interne Cédric Humair décide de s'intéresse aux sources britanniques sur la Confédération helvétique. Cette perspective permet de mettre en lumière les idées et l'impact de la diplomatie britannique sur la Confédération helvétique. Bien entendu, cela implique d'oublier d'autres pays ainsi que les points de vue interne, mais cela implique aussi de mieux comprendre de quelle manière le pays devint souverain et resta neutre. L'auteur met en avant une activité diplomatique considérable dans le but de garder un équilibre. Les britanniques fonctionnent comme des facilitateurs pour la Suisse via des pressions aussi bien sur les autorités helvétiques que sur les autorités des autres grandes puissances. Ainsi, les anglais ont un intérêt à garder une Suisse stable et indépendante. Ce qui implique de lutter contre les menaces d'attaques militaires, par exemple de la Prusse lorsque le canton de Neuchâtel devint officiellement et uniquement Suisse. Cette perspective rend ce livre particulièrement intéressant et donnant des informations différentes sur la construction de la Suisse moderne. Je le conseille aux personnes qui souhaitent mieux connaitre l'histoire de la Confédération.

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  • Une histoire politique de la démocratie directe en Suisse par Olivier Meuwly

    Titre : Une histoire politique de la démocratie directe en Suisse
    Auteur : Olivier Meuwly
    Éditeur : Alphil 2018
    Pages : 132

    Discuter de la démocratie directe est un exercice périlleux, en particulier en Suisse. Nombreuses sont les personnes qui s'inquiètent d'une force trop importante des mécanismes de démocratie directe, qui pourraient mettre en question des droits fondamentaux. Tout aussi nombreuses sont les personnes qui s'inquiètent d'un irrespect des décisions du peuple. Mais nous ne connaissons que peu les processus qui ont mené aux instruments que sont le référendum et l'initiative utilisés actuellement. Olivier Meuwly essaie, dans cet essai historique, de résumer les idées philosophiques et les changements qui ont présidés à la mise en place de la démocratie directe suisse.

    Avec raison, l'auteur explicite le lien important de la démocratie directe avec l'ancien régime et, en particulier, la landsgemeinde. Cet outil, encore utilisé dans certains lieux, fonctionne dans le cadre d'une pensée médiévale mais n'est pas l'expression du peuple tel qu'on la conçoit aujourd'hui. La landsgemeinde, comme beaucoup d'auteur-e-s l'ont montré, est soumis au pouvoir de certaines familles. Elle est aussi critiquée lors de la Révolution française, et de la mise en place de la République helvétique, car contraire à l'idée de rationalité, tout comme l'usage du sort pour choisir les dirigeants.

    Ce n'est qu'après la restauration puis la guerre du Sonderbund que la démocratie directe a commencé à véritablement ressembler à ce que l'on connait aujourd'hui. Mais ce n'est que progressivement que ces instruments furent imaginés et acceptés par un pouvoir radical puissant. En particulier, ce sont les oppositions face à des politiques de création de lignes de train qui commence à permettre de défendre une volonté populaire face à une centralisation et une homogénéisation du droit en Suisse. Bien que ces droits populaires ne fussent pas encore beaucoup utilisés, ils ont permis d'obliger la confédération à accepter certaines idées. Mais l'essor n'a lieu que bien plus tard.

    En effet, après les deux guerres, et l'usage des pleins pouvoirs par les autorités de la confédération, la Suisse est devenue plus social avec la création de l'AVS. Mais les années 60 sont l'occasion de comprendre que de nombreuses parties de la population ont des idées que ne sont pas défendues par les partis traditionnels. Dans ce cadre, l'initiative et le référendum permettent d'imposer des débats sur des sujets de plus en plus nombreux, marquant un accroissement important des votations. Ceci implique une critique des décisions du peuple et le souhait de réformes, mais qui n'ont jamais pu être mises en œuvre par peur de briser une mécanique délicate.

    Ce petit livre donne un grand nombre d'informations qui permettent de mieux comprendre le fonctionnement politique de la Suisse. L'auteur n'hésite pas à questionner les débats et les idées philosophiques et idéologiques derrière certains souhaits de réformes. Le dernier chapitre est particulièrement délicat de ce point de vue puisque Oliver Meuwly discute initiatives récentes dont l'application fut délicate, si ce n'est abandonnée. Bien qu'il parle des réformes proposées, je trouve frustrant que le message de l'auteur soit d'éviter tout changements. Ceci me donne l'impression de mettre sur un piédestal des instruments certes nécessaires mais dont les réformes devraient pouvoir être discutées afin de défendre certains droits fondamentaux ou de s'adapter à la période.

    Image : Éditeur

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  • Le déclin de l'Ancien Régime en Suisse. Un tableau de l'histoire économique et sociale du 18ème siècle par Rudolf Braun

    Titre : Le déclin de l'Ancien Régime en Suisse. Un tableau de l'histoire économique et sociale du 18ème siècle
    Auteur : Rudolf Braun
    Éditeur : Éditions d'en bas et Éditions de la maison des sciences de l'homme 1988
    Pages : 284

    Sous le terme Ancien Régime les historien-ne-s prennent en compte un fonctionnement économique et social basé sur la tradition et l'autorité obtenue de la divinité. De plus, le terme met en contradiction l'Ancien et le Nouveau, celui-ci étant mis en place à la suite de la Révolution française. On peut légitimement se demander si le terme d'Ancien Régime peut fonctionner en Suisse puisque la Révolution française n'est pas suisse, si tant est que la Suisse existe à l'époque en tant que communauté nationale. Mais ce serait oublier, justement, les changements majeurs en Europe, l'impact des idées dont l'idée de nation et la République helvétique. Cela ne dit rien sur le fonctionnement de la Confédération au XVIIIème siècle, ce que Rudolf Braun entreprend d'examiner dans ce livre qu'il pense autant comme un manuel destiné aux études qu'un moyen de poser sur la table les manques de l'historiographie suisse lors de sa rédaction (le livre ayant 20 ans). Il rédige 6 chapitres qui examinent des parties précises du fonctionnement de la Confédération sous l'Ancien Régime.

    Les trois premiers chapitres forment le versant économique et démographique de cette étude. L'auteur commence son examen par le fonctionnement des populations, mais aussi les moyens de connaitre le nombre de personnes en vie durant cette période. Ce premier chapitre permet de mettre en avant le fonctionnement de la démographie lors des crises, aussi bien économiques que dans le cadre d'épidémies, ou des moments de haute conjoncture. L'examen de la démographie par les experts de l'époque est délicat car les autorités considèrent ce sujet comme potentiellement dangereux. En effet, la population commence à être considérée comme un bien pour l'état.

    Un second chapitre s'intéresse plus spécifiquement à l’agriculture. L'auteur y explique les problèmes posés par une agriculture basée sur des cultures obligatoires et des terrains publics. Bien que ceux-ci permettent aux personnes pauvres de survivre cela implique aussi une productivité moindre et des difficultés pour créer de nouvelles cultures, comme la patate. Les changements seront difficiles à défendre, en particulier par des groupes d'experts comme les économistes patriotes. L'auteur s'intéresse aussi à la production de fromage qui peut rapporter beaucoup d'argent mais dont les risques sont portés par une seule catégorie de la population.

    Le troisième chapitre s'intéresse à la proto-industrie. Celle-ci implique que des commerçants fournissent de la matière première à des familles qui transforment cette matière en produit finit qui est finalement vendu par les commerçants. Cette proto-industrie permet à des familles pauvres de ne plus subsister uniquement de l'agriculture mais de trouver une autre forme de ressources. Cependant, elle implique aussi une nouvelle manière de vivre, à domicile, qui est en contradiction avec la tenue du ménage, ce qui pousse un certain nombre de personnes à considérer ce travail comme un vecteur de démoralisation. Ce travail implique aussi une division du temps en heure et minutes afin d'atteindre une productivité suffisante pour vivre, qui dépend de conjoncture parfois saisonnière

    Dans le quatrième et cinquième chapitre l'auteur s'intéresse à la vie en ville et au fonctionnement des gouvernements. Le milieu urbain est caractérisé par une division de la population en "classes." Celles-ci permettent d'atteindre des droits spécifiques, civils et politiques. Ainsi, la bourgeoisie, et une minorité de celle-ci, possèdent les droits politiques et l'exercice effectif du gouvernement. Les habitants possèdent un droit d'établissement et donc des capacités civiles sans droits politiques. Cette division, ici simplifiée, implique de plus en plus de tensions. Les gouvernements sont basés sur une élite de plus en plus restreinte, alors que l'accès à la bourgeoisie est de plus en plus difficile. On observe des cantons urbains qui tiennent un vaste territoire sujet, basés sur des coutumes anciennes liées aux seigneuries, et des cantons ruraux fonctionnant en Landsgemeinde avec, là aussi, une minorité capable de gouverner. Les fonctionnements des divers gouvernements sont variés et permettent d'observer aussi bien des cooptations, des achats de charge que l'usage du hasard.

    Le dernier chapitre s'intéresse aux résultats des tensions mentionnées plus haut, les révoltes. L'auteur y démontre que les difficultés d'accès aux fonctions gouvernementales mènent certaines catégories à exiger des droits politiques. Un second type de récolte est lié à un retour au passé. Face à ce qui est conçu comme des exagérations voire de la corruption une partie de la population demande un retour aux anciennes chartes, mais dont l'accès est réglementé. On trouve ici l'importance des archives pour justifier une révolte et l'absence de volonté d'un changement majeur du régime. Les autorités de l'Ancien Régime réagissent ensembles, quel que soit le canton, contre ces révoltes et les punitions peuvent être très sévères, du bannissement à la peine de mort. Ce n'est que la menace française qui permet plusieurs révolutions avant que l'invasion par les troupes française ne permette d'imposer la République Helvétique.

    Ce livre est assez laborieux. Bien qu'intéressant les nombreuses pages qui examinent la production agricole et le commerce du fromage furent loin de m'intéresser. Cette difficulté est aussi due au but de l'auteur, proposer un tableau complet de la Suisse de l'Ancien Régime. Cela implique beaucoup de description concernant de nombreux sujets mais aussi une certaine rigueur et le choix d'exemples précis. Il est donc normal que de nombreux sujets ne soient pas étudiées aussi profondément qu'une personne intéressée ne le souhaiterait. De plus, on peut se demander quelles sont les avancées de la recherche que ce livre ne présente pas, ayant été édité en 1988 en français et 1984 en allemand.

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  • Histoire de Genève 3. De la création du canton en 1814 à nos jours par Olivier Perroux

    Titre : Histoire de Genève 3. De la création du canton en 1814 à nos jours
    Auteur : Olivier Perroux
    Éditeur : Alphil 2017
    Pages : 151

    Ce dernier tome s'intéresse à la vie de la Commune, et du canton, de Genève du XIXème à pratiquement aujourd'hui puisque l'auteur mentionne aussi bien le CEVA que la révision constitutionnelle ou encore l'arrivée du MCG. Cette entrée dans l'histoire contemporaine de Genève a lieu après l'époque française alors que les diplomates genevois font pressions au congrès de Vienne pour recevoir une indépendance dans le cadre de la Confédération Helvétique, elle aussi restaurée après l'épisode de la République Helvétique. L'auteur examine cette longue histoire en 15 chapitres.

    Sans vouloir présenter tous les chapitres de cette synthèse, il me semble que l'un des thèmes importants de ce tome concerne la révolution et particulièrement l'histoire du radicalisme. Ce parti, qui est d'abord à la gauche des Conservateurs, inaugure une véritable révolution dans le canton lorsque les autorités traditionnelles sont renversées au profit des radicaux, dont Fazy. Bien que cette révolution ait eu lieu en deux étapes, la Confédération ayant réagi, Fazy a eu un impact majeur sur l'histoire de la ville puisqu'il décida de nombreuses révisions et changements, par exemple la destruction des murailles ce qui ouvrit de nouveaux terrains de constructions. Malgré sa puissance, le radicalisme perdra, petit à petit, de sa splendeur face au parti socialiste et à Léon Nicole lors de l'entre-deux-guerres. Cette hégémonie sera définitivement perdue après les années 60.

    Un second thème pourrait être celui de l'urbanisme, en lien avec le rôle de la ville en Suisse et à l'international. Genève s'est construit face à un pays considéré comme ennemi, en particulier lors de l'arrivée du protestantisme. Longtemps, la ville fut coupée du reste du monde par une muraille qui ne fut détruite que durant le XIXème siècle. Lors de son indépendance, le canton ne possédait qu'une ville et un territoire rural. Mais l'expansion économique et démographique implique une hausse importante du développement de ces villages qui deviennent des villes importantes, tandis que Genève perd des habitant-e-s à cause d'un manque d'appartements. De plus, la ville étant choisie comme siège de la SDN, de nombreuses organisations internationales puis de l'ONU elle attire de nombreux fonctionnaires internationaux. Il faut leur fournir de quoi se loger mais aussi des moyens de transports adéquats, comme l'avion. Les autorités sont forcées à s'intéresser à l'urbanisme et cherchent des moyens de gérer le développement de la ville. Mais les problèmes politiques empêchent un choix nécessaire concernant le réseau de routes et de transports publics, sujet encore controversé. La série se termine sur ce dernier tome qui s'arrête au début du XXIème siècle.

    Image : Éditeur

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  • Histoire de Genève 1. La cité des évêques (IVe-XVIe siècle) par Mathieu Caesar

    Titre : Histoire de Genève 1. La cité des évêques (IVe-XVIe siècle)
    Auteur : Mathieu Caesar
    Éditeur : Alphil 2014
    Pages : 156

    La collection Focus de la maison d'édition Alphil s'est intéressée non seulement à Neuchâtel, à la Suisse ou à Fribourg mais aussi au canton de Genève, donnant un panorama intéressant de l'histoire régionale suisse romande (bien qu'il manque encore quelques cantons). Ce premier tome est écrit par un maître-assistant de l'université de Genève, spécialisé dans les questions des société urbaines comme le présente la quatrième de couverture. Sa présentation s'intéresse à 12 siècles d'histoire en 13 chapitres mais il explique qu'une partie importante de la période médiévale est peu connue, car les documents sont peu nombreux.

    Les 5 premiers chapitres sont les plus chronologiques. Chacun de ces chapitres s'intéressent à une période précise : création de la ville, royaume Burgonde, période franque par exemple. L'auteur nous présente l'importance de la ville dans le cadre du premier royaume Burgonde, dont Genève est l'une des capitales. Cependant, les royaumes Burgondes ne durent pas longtemps et se sont rapidement les Seigneurs locaux qui prennent de l'importance politique. Ce sont les Savoies qui essaieront longtemps de prendre le contrôle de la ville. En effet, celle-ci est sous le pouvoir temporel de l’Évêque qui doit la protéger tout en poursuivant ses devoirs épiscopaux.

    Cet aspect de conflit entre la Savoie, comtes puis ducs, et l’évêché, est fondamental pour la ville de Genève dont les habitant-e-s essaient tout de même de rester sous la protection de l’Église. Après la perte d'importance des Savoies, ce sont les relations avec les confédérés qui deviennent sources de tensions. Au point de créer des factions différentes au sein de la ville qui n'hésitent pas à s'attaquer en justice en cas de besoin.

    L'auteur présente aussi la vie de tous les jours de la Genève médiévale. Comme le livre concernant Fribourg au Moyen Âge le montre, Genève est une ville de commerce importante, au niveau international. Plusieurs marchands possèdent des magasins en ville ou se rendent aux foires. En ce qui concerne Fribourg, ce sont les ventes d'étoffes qui sont importantes. Cependant, la ville souffre de la concurrence de Lyon, voulue par le roi de France. L'auteur nous parle aussi de la vie religieuse, et démontre que les habitant-e-s sont particulièrement soucieux de leur piété, ce qui fonctionne en lien avec les Confréries qui permettent de conserver l'attention de la communauté après la mort. L'auteur réussit donc à offrir l'image d'une ville particulièrement vivante qui connait des moments de grâce et des périodes d'oublis. Une ville enserrée dans des relations d'influences, l'Évêque, la Savoie, l'Empire, le royaume de France mais aussi les Confédérés.

    Image : Éditeur

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  • Histoire du canton de Neuchâtel 3. La création d'une République. De la Révolution de 1848 à nos jours par Jean-Marc Barrelet

    Titre : Histoire du canton de Neuchâtel 3. La création d'une République. De la Révolution de 1848
    Auteurs : Jean-Marc Barrelet
    Éditeur : Alphil 2011
    Pages : 139

    Ce troisième, et dernier, tome s'intéresse à la période de 1848 à 2011. L'auteur débute sur une Révolution en mars 1848 qui prend les tenants de l'ancien régime par surprise. En peu de temps, le pays est aux mains des insurgés, soutenus par la jeune confédération et les vainqueurs du Sonderbund. Cependant, l'auteur démontre que la République n'est pas sans faiblesses. Tout d'abord, il explique quelles sont les problèmes des radicaux. En effet, ceux-ci essaient de réformer en vitesse un pays tenus pendant longtemps par des systèmes archaïques et donc une partie de la population ne veut pas. De plus, les révolutionnaires sont eux-mêmes divisés et cela aboutis à la chute du gouvernement. Dans ce contexte, les royalistes essaient de prendre le pouvoir à l'aide d'un putsch. Leur échec est dû aussi bien à un manque de soutien que par l'action rapide des radicaux. Mais il est aussi le début de problèmes diplomatiques pour la Confédération, qui a failli tourner en une guerre avec l'Allemagne.

    L'auteur offre aussi un tableau économique du pays. Après les soubresauts de la Révolution et du Putsch, il est nécessaire de réformer les industries du pays. Ces réformes impliquent la mise en place de voies de communication entre le canton et le reste de l'Europe. Les particularismes régionaux débouchent sur le choix de deux voies qui se concurrencent et coutent chers. Les autorités essaient aussi de développer l'industrie horlogère en abandonnant le travail à domicile. Bien que certains patrons tentent de garder un lien entre eux et les ouvriers, les changements impliqués permettent l'essor du syndicalisme et du socialisme.

    Enfin, l'auteur essaie aussi de nous montrer les évolutions culturelles et scolaires. Celles-ci sont mises en place en lien avec l'industrie horlogère qui demande un apprentissage professionnel, avec des écoles qui lient art, commerce et mécanique. Neuchâtel devient un vivier de compétences pour la création de montres de luxe mais aussi de leur développement technologique, bien que les changements dans l'industrie poussent certains corps de métier à disparaitre. Le canton possède aussi la plus petite université de Suisse qui a un lien important avec le Front national suisse de la recherche et se spécialise dans certains domaines précis.

    La lecture de ces trois tomes donne une image intéressante, complète mais aussi très synthétique du canton. Les auteurs nous permettent de comprendre d'où proviennent des particularités qui existent encore aujourd'hui, et qui peuvent parfois créer des problèmes pour le fonctionnement du canton. Il ressort de la conclusion de ce dernier tome que Neuchâtel, selon l'auteur, doit choisir entre vivre seule à l'aide de ses propres forces ou se réformer, s'unir et se lier à d'autres cantons. Une conclusion que l'auteur semble généraliser à l'ensemble de la Suisse.

    Image : Éditeur

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  • Histoire du canton de Neuchâtel 1. Aux origines médiévales d'un territoire par Jacques Bujard, Jean-Daniel Morerod, Grégoire Oguey et Christian De Reynier

    Titre : Histoire du canton de Neuchâtel 1. Aux origines médiévales d'un territoire
    Auteurs : Jacques Bujard, Jean-Daniel Morerod, Grégoire Oguey et Christian De Reynier
    Éditeur : Alphil 2014
    Pages : 160

    Neuchâtel est un canton qui me fascine depuis plusieurs années. Je ne connais que peu son histoire mais lorsque j'ai su qu'il y avait eu des comtes je me suis toujours demandé ce qui leur était arrivé. D'autant que la famille a laissé derrière elle un magnifique monument funéraire que j'ai pu contempler. Il n'est donc pas étonnant que je souhaite en savoir plus et que je profite que Alphil ait édité trois livres sur l'histoire de ce canton. Ce premier tome se divise en 15 chapitres écrits par 4 personnes

    Les auteurs commencent par expliquer l'origine de Neuchâtel. Ils essaient de mettre en avant les zones antiques, qui prouvent que le territoire était habité depuis longtemps. Ces chapitres sont nourris par l'archéologie qui permet de comprendre quels furent les premières zones d'habitations. Mais cette partie est aussi l'occasion, pour les auteurs, de mettre en question quelques sources sur l'histoire du canton. En effet, une partie de ces sources sont des faux conçus par un ancien notable neuchâtelois. Les auteurs essaient aussi de montrer comment le territoire s'est étendu sous la période médiévale, là aussi en se concentrant sur une analyse des bâtiments et de l'archéologie.

    En seconde partie, les auteurs essaient de placer Neuchâtel dans le contexte médiéval en s'intéressant aux différents membres de la seigneurie de Neuchâtel. Cette histoire est riche, ce qui est mis en avant par les auteurs. En effet, la famille seigneuriale est très proche de certaines des familles les plus importantes des différentes époques, comme les Zähringen mais aussi les Savoies et la Bourgogne. Ces rapprochements sont démontrés par les choix des noms des héritiers, qui marquent le souhait d'un rapprochement de la part de la famille de Neuchâtel.

    Cependant, ces mêmes seigneurs doivent lutter contre des branches différentes de leur propre famille. Elle se rapproche du royaume de France, se plaçant en porte-à-faux face à l'Empire mais aussi aux cantons Suisses et surtout elle perd ses héritiers mâles, forçant un passage par les femmes. Petit à petit, les comtes quittent Neuchâtel pour n'en faire qu'un moyen de justifier une position et de payer une vie de Seigneur dans les cours françaises. Ce qui permet aux confédérés de prendre le contrôle du territoire, contrôle qui sera abandonné après l'alliance avec la France.

    Ce premier tome n'est pas le livre le plus intéressant que je connaisse. Le propos est souvent aride, non pas à cause des informations offertes mais parce que les auteurs s'intéressent beaucoup aux informations archéologiques et du bâti. De plus, je me demande à quel point ce livre est compréhensible sans une connaissance de base de l'époque. Les auteurs traversent une partie de la fin de l'Empire romain et toute l'époque médiévale, s'arrêtant à la Réforme. Les informations plus générales sur la société et la politique médiévale ne sont pas offertes ce qui pourrait poser problèmes pour comprendre ce livre.

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  • Histoire de Fribourg 3. Ancrages traditionnels et renouveaux (XIXe-XXe siècle) par Francis Python

    Titre : Histoire de Fribourg 3. Ancrages traditionnels et renouveaux (XIXe-XXe siècle)
    Auteur : Francis Python
    Éditeur : Alphil 2018
    Pages : 136

    Ce court, du moins plus court que les deux autres, volume clôture cette histoire de Fribourg en s'intéressant à l'époque contemporaine, durant laquelle le canton essaie de résister à des changements importants. L'auteur divise son livre en 8 chapitres afin de décrire les problèmes, les changements et les résistances mis en place par les autorités cantonales durant ces deux siècles. On pourrait considérer que ce livre se divise en trois grosses parties selon le fonctionnement politique du canton.

    La première partie concernerait la sortie de l'Ancien régime et les résistance face aux changements imposés par la République helvétique et la Constitution de 1848. Bien que l'on ait souvent l'impression d'une histoire traditionnelle, l'auteur nous explique que le canton est en faveurs des changements mis en place dans la Constitution de 1848. Ce n'est que dans les années 1830 que les forces conservatrices reprennent le dessus et poussent le canton à s'engager dans une alliance séparée, ce qui débouche sur un siège de 3 jours et une capitulation un peu misérable. Dès la mise en place de la Constitution de 1848, le canton est soumis aux forces radicales qui imposent des changements politiques et sociétaux importants, sans jamais demander l'avis du peuple.

    La seconde partie débute vers 1857 et pourrait se terminer en 1946. C'est la période de la République chrétienne. Bien que celle-ci commence par une coalition entre modérés et conservateurs, face aux radicaux, elle devient vite une force purement conservatrice dont le but est de défendre l’église et ses acquis. Cela n'empêche pas de mettre en place des travaux importants. En particulier, les autorités cantonales s'intéressent de près à l'éducation des jeunes hommes et poussent à la construction d'une université, considérée comme chrétienne. Ce sont aussi des constructions importantes. Mais ce système est mis à mal par des changements économiques suivant les deux guerres mondiales et, petit à petit, le paysage politique se modifie permettant de penser l'entrée des socialistes au parlement et, à terme, au gouvernement.

    Les deux derniers chapitres s'intéressent à cette période durant laquelle la société fribourgeoise connait des changements majeurs. Bien entendu, cela implique l'entrée des socialistes au gouvernements, Denis Clerc étant le premier. Mais ce sont aussi des tentatives de réformes et des investissements dans le milieu industriel. Le canton souffre de ne pas avoir fait attention à l'éducation des jeunes du babybooms dans des secteurs industriels mais il contrebalance ceci avec des espaces importants qui permettent de nombreuses constructions. Malheureusement, le canton est aussi impacté par les chocs pétroliers, ce qui implique le retour d'un chômage.

    Ce dernier tome se termine pratiquement en 2018. Il permet de connaitre le fonctionnement d'un canton souvent considéré comme traditionnel et peu développé. Malheureusement, je déplore que l'auteur n'ait pas examiné la République helvétique dont il ne parle que très peu. C'est une période que je connais assez peu et qui est souvent considérée comme la pire de l'histoire du pays. Cependant, elle a permis de construire ce qui est considéré comme la Suisse moderne.

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