1848

  • L'ère des révolutions 1789-1848 par Eric J. Hobsbawm

    Titre : L'ère des révolutions 1789-1848
    Auteur : Eric J. Hobsbawm
    Éditeur : Fayard 2010
    Pages : 434

    L'ère des révolutions est le premier tome d'une trilogie concernant de Hobsbawm sur le XIXème siècle. Il fait se terminer ce siècle en 1914 et un livre sur le XXème siècle, l’Age des extrêmes, suit. Ce premier tome se concentre sur 1789 à 1848. Il commence par une révolution et se termine sur une période révolutionnaire européenne qui a aussi touché la Suisse. Celle-ci a subi la guerre civile dites du Sonderbund. Le livre est constitué de 15 chapitres en deux grandes parties.

    La première partie est nommée "évolution." Hobsbawm y examine les changements menés par ce qu'il nomme la double révolution : la française et l'industrielle. L'une se déroule en France et implique un changement de nature politique et sociale. La seconde se déroule au Royaume-Uni et implique un changement de nature socio-économique. Les 7 premiers chapitres permettent de comprendre ce que ces deux révolutions impliquent pour le monde, et l'Europe en particulier. De plus, Hobsbawm examine le fonctionnement de la guerre et de la paix. La France est montrée comme le premier pays à avoir mis en place une guerre de masse face à des armées européennes d'ancien régime. La partie se terminer sur un examen de l'idée de nationalité.

    La seconde partie se nomme "les résultats." Hobsbawm l'utilise afin d'examiner certains points particuliers et la manière dont des changements ont lieu suite à la double révolution. Il s'intéresse à la terre comme propriété foncière mais aussi à l'industrialisation et aux raisons de la force anglo-saxonne, et de ses limites. Plus intéressant encore, il examine le fonctionnement des sociétés de ce début du XIXème siècle. Il montre ce que peuvent faire les populations dans un monde en pleine industrialisation mais il montre aussi les limites de ces opportunités face à des besoins importants de mains d’œuvre peu couteuses. Il s'intéresse aussi à la place des religions et des normes laïques mais aussi au fonctionnement des arts et des sciences. Cette partie offre donc un panorama presque complet du monde entre 1789 et 1848. Le livre se termine sur une conclusion qui ouvre au prochain tome. En effet, 1848 est une période de révolutions en Europe mais la suite ne sera pas un changement de système. Le capitalisme et les industries seront triomphantes.

    Si l'on doit noter des manques il faut dire que ce livre est très européocentriste. Hobsbawm ne parle que peu du reste du monde et quand il le fait ses propos peuvent être peu adéquat. Ainsi, il semble suivre l'idée que le Raj britannique fut fondamentalement bon après une histoire indienne médiocre. Les chercheurs et chercheuses sont loin d'être d'accord avec cela. De plus, Hobsbawm ne parle que peu des femmes. Son livre est surtout une histoire des hommes. On peut y voir une marque de l'époque mais cela n'empêche pas de le déplorer.

    Image : Éditeur

  • 1848. Naissance de la suisse moderne par Cédric Humair

    Titre : 1848. Naissance de la suisse moderne
    Auteur : Cédric Humair
    Éditeur : Antipodes 2009
    Pages : 167

    Qu'est-ce que la Suisse ? Quelle est son origine ? Doit-on trouver la réponse dans les écrits de Jules César durant la guerre des Gaules ? Ou vaut-il mieux observer une histoire bien plus récente ? Autant de questions qui font débats. L'auteur a décidé, tout en se justifiant en introduction, de se concentrer sur la période 1815-1857. Il explique que les années antérieures sont intéressantes et nécessaires pour comprendre la construction du pays mais que cela ne peut pas s'intégrer dans le travail qu'il compte faire et la méthodologie appliquée. Le propos du livre concerne donc la Diète et la mise en place de la confédération après la guerre du Sonderbund jusqu'à la "stabilisation" du pays, pour reprendre le terme de l'auteur, aussi bien au niveau international qu'intérieur. Pour son examen, l'auteur met en place deux parties de deux et trois chapitres.

    La première partie se concentre sur la période de la Diète ainsi que sur la Guerre civile. L'auteur essaie d'y expliquer les raisons de l'explosion guerrière en se concentrant sur trois facteurs : politique, économie et relations internationales. Le pays, sous le régime de la Diète, se trouve sous un état qui fonctionne difficilement. Afin de pouvoir mettre en place une décision l'idée majoritaire est que tous les cantons doivent être d'accord. La nécessité de l'unanimité rend toutes décisions et les réformes particulièrement difficiles. De plus, le pays est soumis à plusieurs séparations au niveau des cantons. Ceux-ci contrôlent les postes, la monnaie et les frontières. Ces différentes séparations posent des problèmes et des opportunités au niveau économique. Les opportunités concernent la protection des locaux face à la concurrence européenne. Mais il est aussi très difficile d'être concurrent au niveau international lorsqu'on doit traverser plusieurs frontières, plusieurs postes et payer un grand nombre de taxes. Ainsi, l'auteur montre que les volontés de changements dépendent, en partie, du contexte économique local. De plus, les tensions sont de plus en plus importantes au niveau interne, plusieurs révolutions armées, avec un monde externe prompt à influencer la politique suisse. Ces multiples tensions débouchent sur la guerre de Sonderbund qui se termine avec la défaite des cantons du Sonderbund et une nouvelle constitution alors que l'Europe fait face à des conflits révolutionnaires.

    La seconde partie, de trois chapitres, se concentre sur la consolidation du pays au niveau politique, économique et international. L'auteur explique que, après la guerre, les vainqueurs décident d'intégrer les vaincus dans le système. Ainsi, les mesures de rétorsions sont limitées. De plus, les réformes politiques tendent à mettre en place un consensus tout en permettant une réforme plus facile que précédemment. Cependant, au début du nouveau régime, le pouvoir est tenu par les réformistes libéraux tandis que les conservateurs sont écartés. Dans le même temps, le pays est centralisé, dans certaines limites. Ainsi, les barrières douanières sont levées, la poste et la monnaie deviennent fédérales et, progressivement, les chemins de fer sont construits pour être, plus tard, nationalisés. Cette centralisation permet un essor économique du pays alors que les frais tombent et que les voyages et les communications deviennent de plus en plus facile. Dans un dernier chapitre, l'auteur place le pays, libéral, dans le contexte d'une Europe conservatrice qui s'inquiète de ce petit pays qui a réussi une réforme démocratique. À plusieurs reprises, des crises éclatent et, souvent, la confédération échoue à agir et se repose sur des alliés de poids que sont les USA et la Royaume-Uni. Selon l'auteur, les autorités de l'époque ont sacrifié, à court terme, la force politique ai niveau international au profit de l'économie.

    Au final, ce petit livre qui se concentre sur une période restreinte est plutôt réussi. L'auteur évite de ne parler que d'anecdotes pour mieux les placer dans une méthodologie précise basée sur quelques facteurs explicatifs. Ce livre met en question la force prédominante de l'explication confessionnelle, pour parler de la guerre civile, au profit d'explications plus larges prenant en compte l'économie. Ce livre permet de mieux comprendre la mise en place de la Confédération dans sa forme actuelle et la culture politique que l'on connait. Personnellement, je l'ai trouvé très intéressant et je conseille vivement.

    Image : Éditeur

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