eric j hobsbawm

  • L'ère du capital 1848-1875 par Eric J. Hobsbawm

    Titre : L'ère du capital 1848-1875
    Auteur : Eric J. Hobsbawm
    Éditeur : Fayard 2010
    Pages : 463

    Ce livre suit le premier volume qui s'intéressait aux années 1789-1848. Hobsbawm s'intéresse ici à ce qu'il nomme l'ère du capital car, selon lui, nous sommes dans une période de triomphe du capitalisme après une courte mise en cause lors de 1848. Le livre est constitué de trois parties. Elles sont suivies d'annexes, d'une bibliographie commentée, d'un index et de notes de fin d'ouvrage. Tout comme le premier volume, les parties se découpent selon un développement puis des résultats qui prennent en compte, dans les deux cas, les changements de nature socio-économique plus qu'un récit des événements.

    La première partie se concentre sur l'année 1848. Celle-ci est restée comme une année de révolutions dans l'Europe entière. Même la Suisse la subit, bien qu'un peu en avance. Cependant, ces révolutions échouèrent toutes à construire un système différent et, rapidement, l'Europe continua dans la voie du capitalisme. Hobsbawm nous montre que 1848 était loin d'être une surprise. On s'attendait à une explosion révolutionnaire sans savoir quand elle aurait lieu précisément.

    La seconde partie, développement, permet à Hobsbawm d'expliquer le fonctionnement de l'Europe, et du monde, durant cette période. Il explicite l'avancée économique impressionnante de la période qui permet de supporter l'impression d'un progrès inaltérable au niveau économique. Il explique aussi le fonctionnement de plus en plus globalisé et uni du monde grâce au train mais aussi au télégraphe. Ces deux technologies s'étendent fortement durant ces années du XIXème siècle et permettent une communication rapide d'un bout à l'autre du monde. Bien entendu, il s'intéresse aussi au fonctionnement de la démocratie et à la construction des nations. Ces dernières sont progressivement pensées et construites par des élites intellectuelles tandis que la démocratie implique de relier les masses à l'état mais sans, pour autant, leur donner une égalité de fait.

    La troisième partie s'intéressent aux thèmes culturels et socio-économiques. Outre les arts et la science, que Hobsbawm décrit comme ayant atteint un palier avant une prochaine (r)évolution, il décrit le fonctionnement de la terre mais surtout des classes sociales. Dans deux gros chapitres il nous décrit la classe ouvrière et la classe bourgeoise. La classe ouvrière commence à se penser mais elle est coincée dans une pauvreté voulue par la bourgeoisie. En effet, il est important de garder une forme de hiérarchie des classes sociales et même si le progrès implique de meilleures conditions de vie pour tout le monde il ne faut pas, pour autant, égaliser les hiérarchies. Dans le même temps, les milieux de gauche commencent à théoriser un progrès en direction d'une dernière révolution qui ferait tomber la bourgeoisie. Celle-ci met en exergue l'importance de l'individualisme et de la réussite personnelle. L'échec est donc un problème individuel et non un problème que l'on peut expliquer par des causes structurelles. Ce qui importe pour la bourgeoisie est de montrer son statut en ayant une capacité de direction et d'ordonner des personnes inférieures. Le livre se termine sur l'annonce d'une période de dépression économique qui sera suivie de l'ère des empires.

    Contrairement au livre précédent, Hobsbawm s'intéresse ici au reste du monde et pas uniquement à l'Europe. Cependant, ses propos dépendent surtout de ce que fait l'Europe et des réactions des autres civilisations. Ainsi, le monde est décrit comme porté par l'Europe tandis que les reste du monde semble n'avoir pas eu d'histoire avant l'arrivée de l'occident et leur prise de contrôle des autres civilisations. Hobsbawm ne voulait probablement pas faire ceci mais c'est l'impression que j'ai eu à la lecture.

    Image : Éditeur

  • L'ère des révolutions 1789-1848 par Eric J. Hobsbawm

    Titre : L'ère des révolutions 1789-1848
    Auteur : Eric J. Hobsbawm
    Éditeur : Fayard 2010
    Pages : 434

    L'ère des révolutions est le premier tome d'une trilogie concernant de Hobsbawm sur le XIXème siècle. Il fait se terminer ce siècle en 1914 et un livre sur le XXème siècle, l’Age des extrêmes, suit. Ce premier tome se concentre sur 1789 à 1848. Il commence par une révolution et se termine sur une période révolutionnaire européenne qui a aussi touché la Suisse. Celle-ci a subi la guerre civile dites du Sonderbund. Le livre est constitué de 15 chapitres en deux grandes parties.

    La première partie est nommée "évolution." Hobsbawm y examine les changements menés par ce qu'il nomme la double révolution : la française et l'industrielle. L'une se déroule en France et implique un changement de nature politique et sociale. La seconde se déroule au Royaume-Uni et implique un changement de nature socio-économique. Les 7 premiers chapitres permettent de comprendre ce que ces deux révolutions impliquent pour le monde, et l'Europe en particulier. De plus, Hobsbawm examine le fonctionnement de la guerre et de la paix. La France est montrée comme le premier pays à avoir mis en place une guerre de masse face à des armées européennes d'ancien régime. La partie se terminer sur un examen de l'idée de nationalité.

    La seconde partie se nomme "les résultats." Hobsbawm l'utilise afin d'examiner certains points particuliers et la manière dont des changements ont lieu suite à la double révolution. Il s'intéresse à la terre comme propriété foncière mais aussi à l'industrialisation et aux raisons de la force anglo-saxonne, et de ses limites. Plus intéressant encore, il examine le fonctionnement des sociétés de ce début du XIXème siècle. Il montre ce que peuvent faire les populations dans un monde en pleine industrialisation mais il montre aussi les limites de ces opportunités face à des besoins importants de mains d’œuvre peu couteuses. Il s'intéresse aussi à la place des religions et des normes laïques mais aussi au fonctionnement des arts et des sciences. Cette partie offre donc un panorama presque complet du monde entre 1789 et 1848. Le livre se termine sur une conclusion qui ouvre au prochain tome. En effet, 1848 est une période de révolutions en Europe mais la suite ne sera pas un changement de système. Le capitalisme et les industries seront triomphantes.

    Si l'on doit noter des manques il faut dire que ce livre est très européocentriste. Hobsbawm ne parle que peu du reste du monde et quand il le fait ses propos peuvent être peu adéquat. Ainsi, il semble suivre l'idée que le Raj britannique fut fondamentalement bon après une histoire indienne médiocre. Les chercheurs et chercheuses sont loin d'être d'accord avec cela. De plus, Hobsbawm ne parle que peu des femmes. Son livre est surtout une histoire des hommes. On peut y voir une marque de l'époque mais cela n'empêche pas de le déplorer.

    Image : Éditeur