essai d'histoire sociale comparée

  • La crise des sociétés impériales. allemagne, France, Grande-Bretagne, 1900-940. Essai d'histoire sociale comparée par Christophe Charle

    Titre : La crise des sociétés impériales. Allemagne, France, Grande-Bretagne, 1900-940. Essai d'histoire sociale comparée
    Auteur :  Christophe Charle
    Éditeur : Seuil 7 mars 2001
    Pages : 608

    Christophe Charle, dans ce livre, essaie de comprendre le fonctionnement et la chute éventuelle de trois sociétés qu'il qualifie d'impériales. Ces sociétés fonctionnement de manière différentes mais elles ont toutes connus des crises comparables, en particulier concernant les tensions entre classes sociales. Ces trois sociétés sont aussi impliquées dans deux guerres mondiales et Christophe Charle essaie non seulement de comprendre l'effet de ces guerres mais aussi les raisons qui ont permis de justifier l'entrée en guerre de ces sociétés. Le livre est divisé en quatre parties.

    La première partie est constituée de trois chapitres. C'est une partie introductive qui permet é l'auteur de placer les éléments du décor de son essai de comparaison sociale. Chacun des chapitres se concentrent sur l'un des pays examinés afin de nous montrer son fonctionnement socio-politique. Deux de ces pays sont fortement inégalitaires. L'Allemagne est, en plus, peu démocratisé alors que la Grande-Bretagne connait une forme minimale de démocratie. Seule la France est une véritable démocratie, basée sur l'importance des paysans afin de contrecarrer la force ouvrière. Il ressort de ces chapitres que ces trois pays sont fortement inégalitaires en ce qui concerne les classes sociales.

    La seconde partie, en trois chapitres aussi, abandonne cette division en pays pour s'intéresser à des questions thématiques. Cet abandon est possible grâce à la première partie. Christophe Charle débute son examen par les dynamiques sociales. Ceci lui permet de nous expliquer comment les différentes classes sociales gagnent ou perdent en capitale politique et économique avant l'entrée en guerre de 1914. Cette entrée en guerre est expliquée dans le chapitre 5. Loin de se contenter de la culpabilité de l'Allemagne ou de l'attentat de Sarajevo Christophe Charle préfère mettre en avant des explications sociales. Ainsi, toutes les élites des pays concernées ont intérêt à une guerre mais sous-estiment ses effets. La durée de la guerre, qui était inattendue, serait due au besoin de justifier les sacrifices par une victoire de plus en plus importante. Un dernier chapitre examine le fonctionnement des sociétés durant la guerre. En plus de la division entre l'avant et l'arrière, Christophe Charle montre que les classes sociales des trois pays ne sont pas divisées de la même manière. Par exemple, les classes supérieures britanniques sont fortement impliquées dans la guerre.

    La troisième partie, 3 chapitres, se concentre sur l'entre-deux-guerres. L'auteur retourne à un examen par pays. Il débute par la République de Weimar qui connait des crises politique, sociale, économique et financière importante. Ces crises permettent de comprendre les raisons derrière la chute de la démocratie et l'arrivée au pouvoir des nazis qui annoncent défendre la petite bourgeoisie contre la gauche, au sens large. La France aussi connait une crise de classe importante qui débouche sur la grève générale de 1936 et l'arrivée au pouvoir de la gauche. La réaction est violente et empêche une union nationale interclasse. Enfin, la Royaume-Uni est tout aussi inégalitaire mais réussit à créer une forme de solidarité qui évite les solutions extrêmes.

    La dernière partie n'est constituée que de deux chapitres. Le premier examine l'état impérial nazi. Ce chapitre est assez restreint car il doit rester dans la problématique générale du livre. Christophe Charle examine le fonctionnement de la société et montre que l'état nazi garde une partie des anciennes élites en place, sauf si celles-ci proviennent d'un gouvernement de gauche. Cependant, l'état nazi offre de nouvelles entrées à des personnes plus jeunes qui se trouvent en dehors du bassin sociale des élites. Le dernier chapitre, lui, permet de comprendre pourquoi la France s'est effondrée alors que le Royaume-Uni a résisté lors de la deuxième guerre mondiale. Selon l'auteur, il faut voir une explication dans la solidarité plus importante entre les classes sociales au Royaume-Uni alors que la France est démoralisée rapidement suite, aussi, à de mauvaises décisions militaires.

    Ce livre est assez massif et les explications de l'auteur sont très riches. J'ai bien apprécié la problématique mise en place, même si les trois premiers chapitres sont plus difficiles à lire que les autres. Ils sont, en effet, bien plus arides. Mais dès la seconde partie, la lecture devient bien plus plaisante.

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