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  • La crise de la masculinité. Autopsie d'un mythe tenace par Francis Dupuis-Déri

    Titre : La crise de la masculinité. Autopsie d'un mythe tenace
    Auteur : Francis Dupuis-Déri
    Éditeur : Remue-ménage 2019
    Pages : 320

    CW : mentions et citations de propos misogynes, sexistes, racistes et homophobes.

    Les hommes sont en crise. C'est une idée qui est largement mise en avant. Les changements sociaux et culturels mettraient à mal la masculinité en tant qu'être mais aussi en tant que valeurs quasiment biologiques. De nombreuses personnes en font le constat et appellent à résoudre une crise difficile qui met à mal les rôles masculins traditionnels et donc la place des hommes au sein de la société, au risque de violences. Francis Dupuis-Déri, dans ce livre, examine ces discours de crise de la masculinité en les replaçant dans une histoire et en les confrontant à des données scientifiques précises. Il commence par un premier chapitre qui examine le fonctionnement de ces discours de crise. Il explicite le but de ce type de discours : permettre d'affirmer une crise implique de recevoir de l'attention aussi bien médiatique que monétaire ce qui permet, dans un second temps, de réclamer des moyens identiques à ceux mis en place pour la défense des femmes. Il y a un aspect fondamentalement politique à ces discours.

    Les chapitres 2-4 sont des retours historiques. Dans un premier temps, l'auteur examine l'histoire "longue" des crises de la masculinité. Cela lui permet de démontrer l'existence universelle des crises subies par les hommes, dès que les femmes mettent en cause leur place. Il se concentre en particulier sur le début du XXème siècle et trois pays. Ensuite, il examine les sociétés qualifiées de matriarcales, comme le Québec et la Bretagne mais aussi les africains-américains (je reprends le terme du livre). Il démontre que malgré ce matriarcat, les femmes sont tout de même soumises à des conditions socio-économiques inférieures. Le chapitre 3 lui permet d'examiner les débuts des mouvements des hommes. Il explique que ceux-ci sont d'abord conçus comme un moyen d'alliance et d'aides envers les féministes contre la société patriarcale. Mais les discours se modifient, sous pression de certaines personnes, pour considérer que les hommes sont maintenant soumis à un matriarcat et une domination féminine importante à cause des féministes. L'usage de l'égalité est particulier ici puisque ces mouvements l’utilisent contre les féministes accusées d'avoir mis en place une domination contre les hommes. Francis Dupuis-Déri démontre que le fonctionnement des groupes d'hommes étaient particulièrement vulnérable à un tel changement, en particulier à cause de rencontre en non-mixité par des personnes qui sont dominantes. Enfin, le chapitre 4 examine la constitution des groupes des pères qui, sous couvert d'aide juridique et psychologique, sont souvent utilisés pour défendre une rhétorique antiféministe et qui peut être fortement misogyne. Certaines des personnes les plus en vue de ces groupes sont d'ailleurs accusées d'actes de violences contre les femmes, ce qui leur permet d'accuser et de menaces les juges.

    Les deux derniers chapitres tentent de replacer les discours de crise de la masculinité au sein de données scientifiques mais aussi au sein d'une autre forme de militantisme. Le chapitre 5 critique ces discours qui mettent l'accent sur les rôles genrés. Les hommes et les sociétés devraient redécouvrir l'effet bénéfique des valeurs masculines de force et de guerre. Francis Dupuis-Déri pense plutôt qu'il faudrait mettre en cause le fonctionnement capitaliste et patriarcal de la société. Selon lui, les problèmes mis en avant par les discours de crise de la masculinité dépendent de causes économiques et c'est la remise en cause du capitalisme qui permettrait de résoudre ces problèmes. Le chapitre 6, lui, se concentre plus précisément sur certaines affirmations en les confrontant à des données scientifiques. Ce chapitre permet de questionner la question des difficultés scolaires masculines, du suicide masculin, du divorce mais aussi des violences masculines. Francis Dupuis-Déri démontre que ces problèmes dépendent largement d'une définition rigide et traditionnelle de la masculinité. Remettre en cause la masculinité permettrait donc de résoudre ces questions.

    Francis Dupuis-Déri nous offre ici un livre à la fois basé sur des recherches scientifiques, de sa part et d'autres personnes dont un large éventail de femmes, mais aussi militant. Bien que son propos soit intéressant, je suis un peu plus sceptique en ce qui concerne son examen historique au chapitre 2. Je le trouve un peu trop court à mon goût et j'aurais aimé plus d'informations.

    Image : Éditeur

  • Les black blocs: la liberté et l'égalité se manifestent par Francis Dupuis-Déri

    Titre: Les black blocs: la liberté et l'égalité se manifestent416g0BVxB0L._SL500_AA300_.jpg
    Auteur: Francis Dupuis-Déri
    Éditeur: Lux 2007
    Pages: 247

    Voila un livre qui pourrait être contesté en ne prenant en compte que l'auteur. En effet, Francis Dupuis-Déri, professeur de science politique à Montréal, est aussi un (ex?) militant anarchiste. Il serait donc facile de critiquer son livre sur les blacks blocs en l'accusant de partialité. Néanmoins, bien que l'on sente quelques positions en faveurs de ce mouvement, je pense que l'on peut, dans la limite du raisonnable, accepter cette recherche. Mais qu'y trouve-t-on?

    La première chose que fait l'auteur dans son livre est un petit historique du mouvement black bloc. Ce qui nous permet de connaître son origine, les mouvements squats de Berlin Ouest, et ce qu'est un black bloc. Loin de l'idée simpliste de jeunes dont la violence ne rivalise qu'avec le manque de consciences politiques on trouve, selon l'auteur, des jeunes très politisés qui ne sont pas toujours violents. La violence ne fait partie que de l'une des nombreuses stratégies possibles qui peuvent aller du simple défilé à la destruction de biens privés symboliques en passant par la défense des manifestants pacifiques ou encore un rôle d'infirmiers volontaires. Ce qui caractérise vraiment les blacks blocs, selon ce que j'ai compris c'est le refus d'une autorité dans le groupe et le fonctionnement par affinité. Pour les connaisseurs on retrouve l'une des idées de l'anarchisme.

    Ensuite, l'auteur essaie de nous montre ce qui rend les membres des blacks blocs furieux contre le système politico-économique et quel est leur discours. On découvre que ces groupes considèrent l'état, et donc la police par extension, comme illégitimes et anti-démocratiques. Il en découle logiquement que le simple citoyen est en droit de se défendre contre les actions de la police et des états. En effet, l'auteur écrit que les blacks blocs considèrent que la démocratie de représentation n'est pas véritablement démocratique. Le citoyen est privé de la décision et le seul moyen pour lui de reprendre ce droit est d'agir. Cette action peut se faire pacifiquement ou non.

    Une dernière analyse de l'auteur concerne les critiques faites aux blacks blocs. Selon Francis Dupuis-Déri ces critiques sont simplistes et stratégiques. Simplistes car les auteurs qui critiquent ces groupes ne tentent pas vraiment de comprendre les motivations et les messages. Stratégiques car elles permettent aux auteurs de ces critiques de suivre l'orthodoxie des dominants pour être accepté comme interlocuteurs légitimes et comme représentants d'une partie des citoyens. Dans sa conclusion l'auteur fait aussi une comparaison entre les actions des policiers et des blacks blocs. Non pas parce que les blacks blocs agissent légalement puisque la plupart des actions sont en contradictions directes avec la loi. Mais pour montrer que la police, lors d'une répression, est bien plus violente qu'un black bloc et que, en comparaison, elle a fait plus de morts et blessés.

    Donc, on peut critiquer la position politique de l'auteur. On peut aussi critiquer l'action directe même après la lecture de ce livre. C'est mon cas. Mais ce livre nous apporte tout de même un éclairage précis sur les blacks blocs. Au lieu de se contenter de définitions simplistes que l'on peut lire dans les médias et écouter chez les politiques on découvre que la réalité est plus compliquée. On observe que les membres de ces groupes radicaux sont très politisés et connaissent parfaitement les risques de leurs actes. C'est pourquoi il arrive que les blacks blocs s'abstiennent d'agir pour éviter que les manifestants pacifiques ne pâtissent d'une répression policière. De plus l'auteur utilise non seulement des entretiens avec des membres et des communiqués des blacks blocs mais aussi des sources de presse et de la police. Ce qui lui permet de nous montrer la pensée des blacks blocs mais aussi la vision que la société civile possède sur eux.

    Image: Amazon.fr