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  • L'Homme-Bus. Une histoire des controverses psychiatriques (1960-1980) par Cristina Ferreira, Ludovic Maugué et Sandrine Maulini

    Titre : L'Homme-Bus. Une histoire des controverses psychiatriques (1960-1980)
    Auteur-e-s : Cristina Ferreira, Ludovic Maugué et Sandrine Maulini
    Éditeur : Georg 22 janvier 2021
    Pages : 304

    1986, après être devenu le héros d'un court-métrage Martial Richoz est interné de force à Cery, institut psychiatrique. Immédiatement, la presse s'empare du cas pour en faire une affaire et questionner le lien entre police et psychiatrie. L'internement de Martial Richoz est questionné, ce n'est pas un moyen de l'aider mais un moyen de garder la ville en ordre face à un homme fainéant, bizarre, un fou en somme. Autours de ce cas, les auteur-e-s de ce livre questionnent le fonctionnement de la psychiatre Suisse après la révision du Code civil, permettant des placements à des fins d'assistance (PLAFA). Illes questionnent aussi le militantisme antipsychiatrique et ses réseaux internationaux. Ce travail est construit en 3 parties et 9 chapitres.

    La première partie se constitue de trois chapitres. Elle permet aux auteur-e-s de placer le décor de leur recherche. Illes commencent par expliciter ce contre quoi les PLAFA seront conçus. Depuis le XIXème siècle il est possible d'interner, en prison, des personnes pour des questions de moralités et de pauvreté et de les astreindre au travail forcé dans un but considéré comme thérapeutique. Cependant, cette forme d'emprisonnement implique des possibilités d'abus et empêche la Suisse de signer la Convention européenne des droits de l'homme. Les PLAFA visent à réformer les internements afin d'en faire un outil spécifiquement thérapeutique et non policiers, au contraire des internements. Cependant, leur conception pose des problèmes étant donné que la décision est prise par une instance judiciaire avec possibilité de recours. Les médecins-thérapeutes y voient une atteinte à leur profession par des personnes n'ayant aucune connaissance de la science psychiatrique. Un dernier chapitre permet aussi de voir comment le droit peut être utilisé pour mettre en cause l'existence même de la psychiatrie et des asiles, par la présentation de l'exemple de l'Italie.

    La seconde partie se concentre sur l'affaire proprement dites. Les auteur-e-s débutent par la présentation de Martial Richoz et de ses activités. Ce n'est que lors du second chapitre que l'examen de l'affaire débute. Les auteur-e-s se concentrent d'abord sur les médias et leurs questionnements face au peu d'informations fournies par les autorités. Ces recherches par les journalistes ne sont pas forcément appréciées, ni par les autorités ni par le directeur de Cery. Ce dernier agira judiciairement contre un collègue et publiquement contre le directeur du musée de l'Art Brut de Lausanne. Ce dernier, en effet, critique l'internement de Martial Richoz qu'il considère être un moyen d'éviter les désordres d'une personne dont les travaux sont fondamentalement artistiques. Plusieurs de ses dessins et engins se trouvent dans les collections de l'Art Brut.

    Les auteur-e-s se concentrent dans la troisième partie sur l'antipsychiatrie. Dans le second chapitre, on trouve le collègue psychiatre attaqué en justice par le directeur de Cery. Bierens de Haan a travaillé à Genève. Il a tenté de réformer le fonctionnement de la psychiatrie mais cela a impliqué de se heurter au docteur Tissot, mis en cause dans plusieurs scandales dont la mort d'un interné et l'usage d'électrochoc sur une militante. Ses idées impliquent une remise en cause de la hiérarchie interne à un asile. Le directeur de Cery qui considère normal qu'il existe une hiérarchie et ne comprend pas pourquoi ses patients devraient pouvoir prendre des décisions se heurte frontalement à Bierens de Haan. Le premier chapitre de cette troisième partie permet de comprendre les réseaux internationaux de l'antipsychiatrie et le fonctionnement de Cery à cette époque. Les auteur-e-s se concentrent aussi sur le cas d'un infirmier qui souhaite des réformes, mais qui se heurte à un fonctionnement fortement hiérarchisé. Même la lecture des livres de la bibliothèque de Cery est soumise à un contrôle !

    La lecture de ce livre permet donc, à l'aide d'un cas spécifique, de comprendre le passage d'internements administratifs aux PLAFA et les problèmes que cela implique au sein de la société helvétique. Les milieux antipsychiatriques contestent de plus en plus le caractère scientifique et médicale de la psychiatrie, vue comme un milieu d'imposition du pouvoir des médecins sur des patients qui perdent leurs droits et leur autonomie. Les auteur-e-s nous permettent de comprendre les débats parfois vifs d'une période qui a connu de nombreuses formes de militantisme en vue de modifier la société mais aussi de détruire les relations de pouvoir entre personnes.

    Image : Éditeur

  • L'ombre du Diable. Michée Chaudron dernière sorcière exécutée à Genève par Michel Porret

    Titre : L'ombre du Diable. Michée Chaudron dernière sorcière exécutée à Genève
    Auteur : Michel Porret
    Éditeur : Georg 2019
    Pages : 304

    Michée Chaudron est connu pour être la dernière femme accusée de sorcellerie morte pour ce crime à Genève, en 1652. Ce livre propose d'analyser et de publier le procès de Michée Chaudron afin de mieux comprendre sa place dans l'histoire de Genève. En effet, le livre contient l'édition intégral du procès dans un appendice. En ce qui concerne le livre, il est divisé en 5 chapitres.

    Les deux premiers chapitres se concentrent sur les archives ainsi que sur la mise en place d'une peur du diable. Les auteur-e-s expliquent comment les archives sont constituées, quels sont les ouvrages qui parlent du cas durant la période mais aussi la vision physique des archives. Le second chapitre permet de comprendre le contexte idéologique de l'époque en explicitant la manière dont la justice pense l'existence du diable et de la sorcellerie. Le livre montre que le procès se place à une intersection entre une justice qui accepte le merveilleux et une justice qui va commencer à le refuser.

    Le troisième chapitre, conséquent, permet de parler de la manière dont le cas de la Michée Chaudron a été (ré)utilisé au fil du temps par la culture populaire. Le livre examine largement les différentes productions, donnant leur titre et souvent un rapide résumé. Mieux encore, l'analyse permet d'expliquer comment ces productions pensent le cas. Cependant, je déplore l'usage immodéré des termes "politiquement correct" qui permettent à l'ouvrage d'éviter d'analyser les raisons de la reprise du cas par des mouvements actuels et qui donne l'impression d'une condamnation sans une réelle réflexion. C'est une impression, qui peut être fausse, qui a largement teinté ma lecture de ce chapitre pourtant très intéressant.

    Le quatrième et le cinquième chapitres se concentrent sur le procès proprement dit. Le livre commence par présenter le récit de l'enquête puis du procès. On apprend comment Michée Chaudron commence à être connue négativement par son entourage puis par la justice. Les auteur-e-s explicitent ensuite la manière dont elle est interrogée et piégée jusqu'à avouer le crime et donc être condamnée à mort. Le dernier chapitre examine le procès. Il explique les raisons de la peur de la sorcellerie et les différentes manières d'examiner le cas par les experts de l'époque. En particulier, les auteur-e-s se concentrent sur deux termes : merci et bailler le mal. Les auteur-e-s expliquent leur signification au sens du XVIIème siècle et le lien de la sorcellerie avec le crime de poison.

    Ce livre permet donc de mieux connaitre un cas local. La dernière sorcière de Genève, mais pas la dernière de Suisse, un pays protestant. Les auteur-e-s expliquent comme le cas de la Michée Chaudron fut utilisé pour s'attaquer à la justice irrationnelle mais aussi au protestantisme. Même si les informations biographiques sont peu nombreuses, on comprend un peu mieux la vie de cette femme.

    Image : Éditeur