johann chapoutot

  • Histoire de l’Allemagne de 1806 à nos jours par Johann Chapoutot

    Titre : Histoire de l’Allemagne de 1806 à nos jours
    Auteur : Johann Chapoutot
    Éditeur : Puf 11 janvier 2017
    Pages : 128

    On n’étudie pas forcément scolairement l’Allemagne. On parle, bien entendu, de Charlemagne, de l’Empire germanique mais on s’intéresse à ce pays surtout dans le cadre du mouvement des nations. Il n’est donc pas surprenant que l’auteur de ce livre débute après 1806, soit en pleine période Napoléonienne, pour se terminer avec Angela Merkel. Le livre est divisé en 10 chapitres.

    Les trois premiers chapitres sont ancrés dans le XIXème siècle. L’Allemagne n’existe pas encore en tant qu’état-nation mais le monde germanique et intégré aux problématiques de l’Europe. L’auteur commence par les réactions face à Napoléon et à la Révolution française. L’échec de l’armée prussienne pousse à invoquer le peuple comme défenseur du pays, autours du roi de la Prusse. Suit l’épisode de 1815 qui voit une forme de restauration en Europe. Celle-ci est contestée jusqu’à l’explosion révolutionnaire de 1848 qui, après des espoirs de démocratisation, se terminer avec le retour au pouvoir des conservateurs.

    Les chapitres 4 et 5 permettent de montrer de quelle manière l’Allemagne se constitue, après une manipulation de Napoléon III par Bismarck, et sa puissance industrielle en hausse face au Royaume-Uni. L’Allemagne devient une grande puissance que le chancelier guide face à l’ennemi français. Mais l’approche de la Première guerre mondiale voir la chute de la diplomatie de Bismarck et le retour de la France sur le devant de la scène. La diplomatie européenne débouche sur la guerre.

    Les chapitres 6 et 7 permettent de mettre en avant les effets de la guerre. Un premier chapitre montre l’édifice tremblant qu’est la République de Weimar. Celle-ci est proclamée dans un contexte politique difficile, détestée aussi bien par la droite que par la gauche. Le contexte économique et financier est tout aussi compliqué. La République ne tient que par une large coalition qui tombe face à la hausse des parlementaires communistes et nazis. Ces derniers vont être intégrés au gouvernement pour lutter contre le communisme. Ces deux chapitres permettent de voir comme un édifice démocratique peut être utilisé pour détruire la démocratie et déboucher sur une dictature sanguinaire.

    Enfin, les trois derniers chapitres se concentrent sur les deux Allemagnes, puis leur réunification. C’est, probablement, le moment de l’histoire allemande que je connais le moins. Chapoutot décrit le fonctionnement politique et sociale des deux Allemagnes, l’une se voulant démocratique et l’autre communiste. Dans les deux cas, les promesses ne sont pas tenues. L’Allemagne de l’ouest se veut libre mais les contestations sont durement réprimées. L’Allemagne de l’est organise la surveillance totale de sa population afin d’empêcher la possibilité même de contester l’ordre établi. Ce n’est que dans les années 90, après la chute du mur, que la réunification devient pensable à court terme malgré les coûts sociaux et économiques importants pour la population allemande.

    Ce petit livre n’est qu’une synthèse qui résume fortement des phénomènes historiques complexes. Mais on sent l’amour de l’auteur pour son sujet. Il s’essaie à ne pas réduire l’histoire de l’Allemagne à la période nazie. Plutôt que de ne faire de l’histoire qu’un prélude au nazisme puis des conséquences il nous présente rapidement la richesse politique d’un jeune état-nation.

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  • Le meurtre de Weimar par Johann Chapoutot

    Titre : Le meurtre de Weimar
    Auteur :  Johann Chapoutot
    Éditeur : Presses Universitaires de France 11 mars 2015
    Pages : 108

    Les livres sur l'état nazi et ses crimes sont très nombreux. Il est extrêmement facile de les trouver et de les acheter. Les livres qui parlent de la République de Weimar et de sa fin sont moins nombreux dans les étagères des librairies. Il y a quelques années, j'avais lu un petit livre qui examinait le fonctionnement politique et institutionnel de cette république. Ce livre, le second de Chapoutot que je lis, s'intéresse à un fait divers précis pour mieux expliquer pourquoi et comment la République tombe et comment fonctionne, idéologiquement, le nazisme.

    On peut donc diviser ce livre en deux thèmes. Le premier concerne la République de Weimar. Usant d'un fait divers l'auteur explicite le fonctionnement de la République dans le cadre d'une crise politique et économique majeure. Alors que cette République devait être fortement démocratique l'ampleur de la crise et l'incapacité de créer une majorité parlementaire poussent la présidence à gouverner par décrets-lois. Cette incapacité de créer une majorité est due à la fois par le nazisme et les communistes, les deux extrêmes refusent le fonctionnement démocratique de la République. Vu que Weimar ne peut tenir sur une minorité le gouvernement essaie de créer des alliances avec l'extrême droite, tout en lui refusant l'entrée au gouvernement. Par la même occasion, des décisions sont prises contre les milices politiques, mais celles-ci sont souvent annulées quelques temps plus tard.

    Un second thème concerne la place du nazisme au sein de la société et ses tactiques pour prendre le pouvoir. Le livre se concentre sur une période de légalisme pour le parti. Le but est de prendre le pouvoir de manière légale sans coup d'état (mais les nazis veulent détruire la démocratie de l'intérieur, pas respecter ses institutions). Mais les troupes SA souhaitent le pouvoir et combattre contre l'ennemi. Il est donc nécessaire de justifier la violence des SA aussi bien en nommant un ennemi (juif, polonais et communiste) qu'en argumentant sur l'existence d'une guerre civile face à laquelle seuls les nazis ont résisté. La violence devient une défense et non une attaque. Le fait divers mis en avant par l'auteur permet aussi d'expliciter la vision du droit par les nazis. Ceux-ci considèrent que certaines personnes valent moins que d'autres et donc leur destruction est justifiée si cela permet de défendre la nation, biologique, allemande.

    Ce petit livre me semble mieux réussi que ma dernière lecture de Chapoutot. L'auteur use d'un meurtre précis pour mieux montrer l'état d'une société sur le point d'être dépassée par un état nazi. Je déplore que, de temps en temps, il y ait quelques propos qui créent de la confusion dans la chronologie. De plus, je trouve le livre bien trop court pour bien expliquer pourquoi la République de Weimar chute aux nazis. C'est dommage car les choix iconographiques et les sources mises en avant sont bien choisis et permettent à l'auteur de mettre en avant une thèse intéressante.

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  • Fascisme, nazisme et régimes autoritaires en Europe (1918-1945) par Johann Chapoutot

    Titre : Fascisme, nazisme et régimes autoritaires en Europe (1918-1945)
    Auteur : Johann Chapoutot
    Éditeur : PUF 4 septembre 2013
    Pages : 312

    Johann Chapoutot est récemment entré dans une polémique sur son dernier livre. Je ne connaissais pas cet historien et je n'ai pas la capacité de juger de son travail ni de son dernier livre qui tente, si j'ai bien compris, d'examiner le lien entre nazisme et management. Ce livre date de 2013 et tente de mettre en avant un examen commun des différents régimes autoritaires d'Europe entre 1918 et 1945. L'ouvrage est divisé en 3 parties de 3 chapitres chacun (qui ont 3 sous-parties).

    La première partie se concentre sur le XIXème siècle et la Première guerre mondiale. Chapoutot souhaite mettre en avant une origine, intellectuelle, longue des régimes autoritaires. Il nous montre la mise en place de l'idée de nation mais aussi la constitution des industries et leur impact sur le fonctionnement des sociétés. Il montre aussi l'aspect très positif, en termes de progrès, du monde du XIXème malgré des tensions importantes entre les classes. Ce progrès est mis en question par une guerre qui implique des peuples entiers ainsi que des industries tournées vers la guerre. La force de la camaraderie des tranchées aura un impact important sur le fonctionnement de la politique de l'après-guerre. Enfin, il analyse la fin de la guerre et les problèmes posés d’un armistice qui condamne l'Allemagne et détruit son armée.

    La seconde partie prend en compte la première partie de l'après-guerre. Bien que les démocraties occidentales, en particulier française et anglaise, semblent triomphantes le monde européen entre bientôt dans une crise importante. Les démocraties doivent réussir à gérer des tensions sociales, des crises économiques et un fonctionnement mis à mal par des constitutions qui empêchent de créer des majorités claires. L'Allemagne de Weimar devra être gouvernée par décret-loi puisque le gouvernement n'est pas capable d'être soutenu par un parlement. Face à des démocraties vacillantes, l'Italie et l'Allemagne créent un nouveau régime basé sur la jeunesse et le mouvement : le fascisme. Un régime qui est d'abord vu avec bienveillance. L'auteur examine aussi les régimes autoritaires d'autres pays, en particulier l'Espagne et le Portugal.

    Enfin, la dernière partie se concentre sur le fonctionnement des régimes autoritaires. Dans un premier chapitre Chapoutot examine l'idéologie du nazisme et du fascisme. Il montre que l'un souhaite un retour au passé tandis que le second souhaite une mise en avant vers l'avenir, la création d'un homme nouveau. Les deux essaient à la fois d'obtenir le consentement du peuple et de le forcer par des polices secrètes et des cours spéciales. Un second chapitre s'intéresse au fonctionnement guerrier du nazisme. L'auteur explique que hitler fut d'abord considéré comme une anomalie qui serait rapidement vaincu. Un homme qui ne souhaite que créer une Grande Allemagne. Ce n'est que tardivement, après des années de réactions molles des démocraties qui souhaitent garantir la paix, que le but guerrier d'hitler fut enfin reconnu comme tel, précipitant la guerre. Le dernier chapitre examine le régime de Vichy, le Portugal et l'Espagne. Alors que Vichy est un régime sous occupation qui, au fil du temps, se radicalise l'auteur montre que les deux autres pays se détachent progressivement du fascisme. Le but des dictateurs de l'Espagne et du Portugal n'est pas de créer un nouveau régime mais de recréer un ancien régime basé sur le catholicisme, la tradition, la terre et l'anticommunisme. Ceci leur permet d'être vu avec bienveillance par les vainqueurs de 1945.

    Sans avoir la capacité de vérifier les informations de l'auteur ni sa place au sein de l’historiographie, nous avons ici un livre intéressant. Le projet d'expliquer les différents régimes autoritaires mais surtout la raison de leur mise en place me semble valide. Mais l'étendue du projet empêche de présenter dans le détail certains point précis, en particulier le fonctionnement des différents pays.

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