la découverte

  • La guerre froide par Stanislas Jeannesson

    Titre : La guerre froide
    Auteur : Stanislas Jeannesson
    Éditeur : La Découverte 2014
    Pages : 128

    Après la Deuxième Guerre Mondiale les pays alliés afin de faire tomber les régimes fascistes et nazis se sont divisés selon leurs idéologies. D'un côté nous avions le bloc de l'ouest et de l'autre le bloc de l'est. Le monde entier de l'après-guerre fut modelé selon cette division que l'on a nommé la Guerre Froide. Guerre car les deux blocs sont ennemis mais froide car les deux blocs ne se sont que rarement heurtés directement. Suivant en cela une logique basée sur la nécessité d'éviter une guerre qui pourrait devenir nucléaire. Ce petit livre de la collection Repère doit permettre de mettre en avant les processus principaux de la Guerre Froide en 5 chapitres.

    La construction est fortement chronologique. Le premier chapitre se concentre sur les années 1942 à 1948. L'auteur met en avant la nécessité qui permit de s'allier entre pays d'idéologies contraires. Mais il explicite aussi les divisions entre les alliés. Celles-ci prennent de l'importance après la guerre alors que la création d'un nouvel ordre mondial qui doit permettre de garantir la paix est demandé par les Etats-Unis. L'URSS, elle, est toujours sous le contrôle de Staline qui souhaite avant tout défendre son territoire face à une potentielle nouvelle invasion. Ceci conduit à mettre en place l'idée de zones d'influences dans lesquelles les autres pays n'interviennent pas.

    Le second chapitre se concentre sur les années 1948-1962. L'auteur s'intéresse à plusieurs continents afin de nous montrer de quelle manière le monde est divisé entre les deux blocs. L'URSS consolide son influence sur plusieurs pays tandis que les Etats-Unis mettent en place la stratégie du Containment soit d'empêcher toute exportation de l'idéologie communiste. Cette stratégie est observée à Moscou comme une tentative d'encerclement. Les deux blocs se combattent mais évitent d'aller trop loin dans leurs demandes ou leurs actions lors des crises de cette période. Celle-ci permet aussi de marquer la fin de l'influence des anciennes puissances coloniales européennes que sont le Royaume-Uni et la France.

    Le troisième et le quatrième chapitre se concentrent sur la détente et la fin de la Guerre Froide. Après la crise de Cuba, l'URSS et les Etats-Unis décident d'ouvrir le dialogue afin d'éviter une crise qui pourrait déboucher sur une guerre nucléaire. Cela conduit les deux puissances à signer des accords de contrôle de l'armement qui permet de baisser le nombre de missiles en Europe et dans le monde. Cette période débute aussi la division du monde communiste en plusieurs groupes d'influences ainsi que la force grandissante des pays dit du tiers-monde. Ceux-ci tentent de créer une troisième voie entre les deux puissances, ce qui permet de mettre en question l'influence des Etats-Unis mais aussi de l'URSS. Les Etats-Unis, en particulier, sont critiqués pour leur soutien envers des régimes dictatoriaux et pour leurs actions lors de la guerre du Vietnam.

    Enfin, un dernier chapitre permet de conceptualiser la Guerre Froide. L'auteur s'intéresse à des thèmes précis. Par exemple, il explique comment fonctionne une crise durant la Guerre Froide. Mais il explique aussi l'importance de l'idéologie ce qui lui permet de parler du Maccarthysme. De plus, il explicite la place du nucléaire et les différentes stratégies qui ont permis d'user de cette puissance sans créer de risques de guerre nucléaire. Ce chapitre conclut ce petit livre qui, bien entendu, ne parle pas de tous les événements. L'auteur tente de nous offrir un minimum de connaissances nécessaire pour comprendre cette période et le passage à un monde avec une unique super-puissance.

    Image : Éditeur

  • Histoire du féminisme par Michèle Riot-Sarcey

    Titre : Histoire du féminisme
    Autrice : Michèle Riot-Sarcey
    Éditeur : La découverte octobre 2015
    Pages : 128

    Après avoir lu un petit que sais-je sur les féminismes dans le monde je me suis plongé dans ce livre de la collection repères. Malgré son titre, ce n'est pas une histoire du féminisme. C'est une histoire du féminisme en France et, plus particulièrement, à Paris pour la période 1789 à nos jours. Le but de l'autrice est décrit une synthèse des mouvements féministes français en mettant en avant les principales revendications lors de périodes clés. Malgré son aspect très parisien, l'autrice mentionne quelques activités dans d'autres pays mais ne s'y attarde pas. Le livre est constitué de 7 chapitres chronologiques.

    Les trois premiers s'intéressent aux années 1789 à 1860. J'en parle ensemble dans cette présentation car les mouvements féministes sont confrontés à des logiques révolutionnaires ainsi qu'à l'idée de droits humains universels. Suivant l'idée que certains droits sont naturels et universels, les femmes militantes souhaitent aussi en profiter et recevoir les mêmes capacités que les hommes. Cependant, les différents gouvernements et parlements ne sont pas en faveurs de cette égalité. Plusieurs militantes sont expulsées de France ou condamnées à mort pour leurs activités. Dans le même temps, une partie du monde éduqué essaie de penser la place des femmes comme naturellement assujettie à une domination masculine. Ce qui pousse à la mise en place de protections face au travail mais aussi à une défense politique de la maternité, vue comme un devoir et un but féminin.

    Une seconde partie de chapitres s'intéressent aux années 1860 à 1960. Ces trois chapitres permettent de parler des deux guerres et de leurs conséquences immédiates. L'une des premières conséquences est la défense importante de la maternité. En particulier après la Première guerre mondiale, les pertes et le manque de naissances poussent à fortement s'attaquer à la contraception et à l'avortement. Bien que les années 45-50 ne mettent pas en question ce rôle maternel, les punitions pour avortement ne mènent plus à la peine de mort comme sous le régime de Vichy. Un second point concerne la mobilisation en faveurs du droit de vote. Malgré plusieurs échecs en France, le militantisme s'affirme et quelques femmes sont nommées au sein du gouvernement lors de l'entre-deux-guerres. Le droit de vote sera finalement accordé après la fin de la Deuxième guerre mondiale, mais sans que cela ne change fortement le nombre d'hommes élus.

    Enfin, un dernier chapitre fait le lien avec la période actuelle. L'autrice y démontre que les études féministes, sur les femmes et de genre ont pris un poids plus important dans les universités françaises. C'est en particulier le Mouvement de libération des femmes, et ses suites, qui a permis ce foisonnement intellectuel. Il est maintenant impossible de ne pas parler des femmes lors d'une étude et certaines œuvres de cette époque sont encore largement utilisées. L'époque actuelle permet aussi une nouvelle manière de penser certains sujets en faisant attention aux liens entre différentes formes de dominations. Ce qui permet de dénaturaliser non seulement la famille et les genres mais aussi les sexualités, permettant de penser de nouvelles manières de s'identifier.

    Comme je l'ai dit plus haut, ce livre n'est pas une histoire générale des féminismes. IL est fortement ancré dans la ville de Paris et la chronologie française. Cependant, cela n'enlève pas son intérêt à ce livre. On peut en revanche déplorer une synthèse parfois trop importante. L'autrice mentionne beaucoup d'événements et de personnes mais sans toujours pouvoir développer. De temps en temps, des encadrés permettent d'en savoir plus sur une personne, mais cela est rare si l'on prend en compte le nombre important de noms mentionnés. Heureusement, l'autrice ajoute une bibliographie thématique qui permet aux personnes intéressées de se reporter sur des recherches plus complètes.

    Image : Éditeur

  • Amours égales? Le Pacs, les homosexuels et la gauche par Daniel Borrillo et Pierre Lascoumes

    Titre : Amours égales ? Le Pacs, les homosexuels et la gauche
    Auteurs : Daniel Borrillo et Pierre Lascoumes
    Éditeur : la Découverte janvier 2002
    Pages : 144
    TW : Homophobie

    La France n'a pas connu que le débat sur le mariage sans discriminations. Avant cela, elle a connu un lourd débat sur l'opportunité du Pacs. Débat que la Suisse a aussi mis en place, alors que nous nous préparons à la possibilité d'ouvrir le mariage aux couples de même sexe. Il m'a semblé intéressant de m'intéresser au processus qui a porté le Pacs pour deux raisons. Premièrement, je souhaitais mettre en perspective le fonctionnement du débat sur l'ouverture du mariage aux couples de même sexe en France. Est-ce que les obstructions et la parole homophobes ont aussi été une tactique dans le cadre du Pacs ? En second lieu, il me semble important, en Suisse, d'observer les expériences d'autres pays afin de savoir de quelle manière défendre l'égalité. En ce qui concerne le processus politique français nous avons l'exemple à ne pas suivre.

    Selon moi, l'information la plus importante de ce livre concerne le parallèle entre le Pacs et l'ouverture du mariage aux couples de même sexe. Bien que les auteurs ne puissent pas faire cet effort, le livre ayant été écrit en 2002 soit 11 ans avant le débat sur le mariage, je pense qu'ils ont probablement identifié ce processus d'homophobie. En effet, les auteurs décrivent un débat que les opposants tentent de détruire en deux phases. Premièrement, les parlementaires font de l'obstruction forçant le débat sur de longues années. En second lieu, les opposants non parlementaires tentent de relier l'homosexualité à un danger social majeur pour la civilisation, se basant sur des recherches scientifiques parfois peu neutres. La gauche, elle, ne défend que timidement l'accès à une forme d'égalité en vidant de sa substance politique le Pacs. Les auteurs, ici, considèrent que la gauche défend une forme de hiérarchie des sexualités avec l'hétérosexualité comme pinacle et l'homosexualité toujours inférieure.

    Les auteurs vont plus loin que simplement démonter les mécanismes qui ont permis la mise en place du Pacs après de nombreuses années de débats. Ils tentent aussi de démontrer que la défense de l'égalité pour les couples de même sexe implique non pas des débats moraux mais des débats de justices. Ainsi, selon les auteurs et certaines personnes citées, l'inégalité doit toujours être justifiée dans une démocratie. Ces justifications doivent se baser sur des expertises mais aussi la justice et non sur une moralité qui défend un point de vue comme bon et un autre comme mauvais. Ainsi, le travail des auteurs consiste à observer les arguments aussi bien des opposants que de la gauche afin de montrer deux choses. D'une part, la droit et les tribunaux justifient une inégalité de traitement qui se base sur des arguments moraux contre une opinion publique en grande partie favorable à l'égalité. D'autre part, le travail de la gauche qui vise à vider de conséquences politiques le Pacs et sa nécessaire mutation en mariage aboutit à l'abandon des valeurs de la gauche et de la démocratie face aux opposants. Bien que certains arguments en faveurs du Pacs, en particulier l'argumentation visant à résoudre un problème concret, soient acceptables il reste nécessaire de poser la question de la subsistance d'une sous-citoyenneté dans une démocratie se présentant comme universelle. À tel point que la gauche peut se baser sur une argumentation critique de l'égalité et des droits humains. Enfin, l'accès à l'égalité par le mariage ne doit pas empêcher une réflexion critique sur cette institution, et la possibilité future de la dépasser voir de la supprimer.

    Au final, après le débat français sur l'ouverture du mariage il me semble intéressant et nécessaire de lire ce petit livre. Bien que sa construction m'ait parfois frustré, j'aurais aimé plus d'ouverture vers d'autres pays ainsi qu'un historique de certains groupes. Il permet d'inscrire les opposants au mariage dans une logique qui débute lors du Pacs. Pire encore, il permet de comprendre l'incapacité de la gauche française à défendre les valeurs d'égalité et donc ses atermoiements face à la PMA. De plus, alors que la Suisse se prépare lentement à ce même débat, ce livre permet aux défenseurs de la démocratie et de l'égalité de tous et toutes de préparer le processus de défense face à des opposants féroces et homophobes. Ce livre met en scène ce qu'il ne faut pas faire et permet d'observer des pistes non seulement pour l'accès au mariage mais aussi une critique d'une institution qui n'a rien de naturel.

    Image : Éditeur

    9782707135803.jpg