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  • Les Carolingiens. Une famille qui fit l'Europe par Pierre Riché

    Titre : Les Carolingiens. Une famille qui fit l'Europe
    Auteur : Pierre Riché
    Éditeur : Fayard 2010
    Pages : 496

    Après un petit livre sur le couronnement de Charlemagne il était normal que je m'intéresse un peu plus aux carolingiens. Malgré ma fascination pour leur époque qui voit un changement de dynastie, une renaissance, la christianisation de l'Europe et surtout le retour d'un empereur et d'un empire (mis à mal par les raids vikings) je ne connais que peu cette époque. Ce livre fait le récit de l'époque carolingienne depuis Pépin jusqu'à Otton 1er soit un peu plus de deux siècles. Un tel récit implique nécessairement un grand nombre de personnages mais aussi une explication du contexte politique et sociale de chacun des carolingiens. L'auteur divise sont livre en 5 parties.

    La première partie se déroule alors que les futurs carolingiens sont encore soumis aux rois mérovingiens. Ceux-ci perdent petit à petit leur pouvoir face aux maires du palais mais ils restent nécessaires dans le cadre des sociétés de l'époque. Il y a un lien entre le roi et son peuple qui n'est pas facilement brisé. Même s'il y eut une tentative de prise de pouvoir, ce n'est qu'avec le soutien du Pape que les derniers mérovingiens vont disparaitre du pouvoir. Le Pape, bien entendu, agit en faveurs de ses propres intérêts.

    La seconde et la troisième partie permettent de comprendre comment se constitue l'Empire carolingien et donc comment Charlemagne est finalement couronné empereur. Le récit est très dense. L'auteur s'occupe de chacun des empereurs l'un après l'autre et examine leurs conquêtes mais aussi les liens avec l'aristocratie. Il montre comment l'Empire perd son unité afin de respecter la tradition du partage de l'héritage entre frères. Le récit montre les alliances, les difficultés mais aussi les trahisons entre frères alors que l’Église essaie de garder réel le rêve d'une unité européenne en vue d'une christianisation plus facile.

    La quatrième partie explique de quelle manière l'Empire s'est finalement disloqué. Face aux divisions entre frères carolingiens les aristocrates commencent à prendre de plus en plus de pouvoir. On le voit en particulier en ce qui concerne la justice mais aussi la possession des terres qui ne sont plus un don durant un temps limité mais qui sont de plus en plus pensés comme des propriétés. Les carolingiens, en fait, subissent ce qu'ils ont fait subir aux mérovingiens. La réalité du pouvoir leur échappe alors que des rois concurrents se forment. Petit à petit, se constitue les embryons des grands royaumes de l'époque médiévale.

    Enfin, une dernière partie s'intéresse aux questions culturelles et économiques. L'auteur y présente aussi bien l'art que les sciences ou encore l'architecture. Il nous montre le lien important que les carolingiens forment avec les sciences de l'époque ce qui permet une restauration du latin. Le lien entre l'Église et l'Empereur sont tout aussi important puisque les deux se soutiennent mutuellement, dans l'idéal. Les carolingiens se font les champions de la christianisation tandis que les Papes aident à justifier le pouvoir des empereurs. Une église occidentale de plus en plus forte se forme face à l'église byzantine.

    Le livre est suivi de trois annexes. Une première est constituée de nombreux arbres généalogiques particulièrement utiles pour naviguer dans les différentes familles mentionnées par l'auteur (qui renvoie fréquemment à ces arbres). La seconde est composée de cartes et la troisième est une chronologie. Ce livre, très dense, ne se lit pas facilement. Le récit n'est pas confus mais le nombre important de personnages et d'événements complique la compréhension pour quelqu'un qui, comme moi, ne connait pas très bien l'époque carolingienne.

    Image : Éditeur

  • L'ère du capital 1848-1875 par Eric J. Hobsbawm

    Titre : L'ère du capital 1848-1875
    Auteur : Eric J. Hobsbawm
    Éditeur : Fayard 2010
    Pages : 463

    Ce livre suit le premier volume qui s'intéressait aux années 1789-1848. Hobsbawm s'intéresse ici à ce qu'il nomme l'ère du capital car, selon lui, nous sommes dans une période de triomphe du capitalisme après une courte mise en cause lors de 1848. Le livre est constitué de trois parties. Elles sont suivies d'annexes, d'une bibliographie commentée, d'un index et de notes de fin d'ouvrage. Tout comme le premier volume, les parties se découpent selon un développement puis des résultats qui prennent en compte, dans les deux cas, les changements de nature socio-économique plus qu'un récit des événements.

    La première partie se concentre sur l'année 1848. Celle-ci est restée comme une année de révolutions dans l'Europe entière. Même la Suisse la subit, bien qu'un peu en avance. Cependant, ces révolutions échouèrent toutes à construire un système différent et, rapidement, l'Europe continua dans la voie du capitalisme. Hobsbawm nous montre que 1848 était loin d'être une surprise. On s'attendait à une explosion révolutionnaire sans savoir quand elle aurait lieu précisément.

    La seconde partie, développement, permet à Hobsbawm d'expliquer le fonctionnement de l'Europe, et du monde, durant cette période. Il explicite l'avancée économique impressionnante de la période qui permet de supporter l'impression d'un progrès inaltérable au niveau économique. Il explique aussi le fonctionnement de plus en plus globalisé et uni du monde grâce au train mais aussi au télégraphe. Ces deux technologies s'étendent fortement durant ces années du XIXème siècle et permettent une communication rapide d'un bout à l'autre du monde. Bien entendu, il s'intéresse aussi au fonctionnement de la démocratie et à la construction des nations. Ces dernières sont progressivement pensées et construites par des élites intellectuelles tandis que la démocratie implique de relier les masses à l'état mais sans, pour autant, leur donner une égalité de fait.

    La troisième partie s'intéressent aux thèmes culturels et socio-économiques. Outre les arts et la science, que Hobsbawm décrit comme ayant atteint un palier avant une prochaine (r)évolution, il décrit le fonctionnement de la terre mais surtout des classes sociales. Dans deux gros chapitres il nous décrit la classe ouvrière et la classe bourgeoise. La classe ouvrière commence à se penser mais elle est coincée dans une pauvreté voulue par la bourgeoisie. En effet, il est important de garder une forme de hiérarchie des classes sociales et même si le progrès implique de meilleures conditions de vie pour tout le monde il ne faut pas, pour autant, égaliser les hiérarchies. Dans le même temps, les milieux de gauche commencent à théoriser un progrès en direction d'une dernière révolution qui ferait tomber la bourgeoisie. Celle-ci met en exergue l'importance de l'individualisme et de la réussite personnelle. L'échec est donc un problème individuel et non un problème que l'on peut expliquer par des causes structurelles. Ce qui importe pour la bourgeoisie est de montrer son statut en ayant une capacité de direction et d'ordonner des personnes inférieures. Le livre se termine sur l'annonce d'une période de dépression économique qui sera suivie de l'ère des empires.

    Contrairement au livre précédent, Hobsbawm s'intéresse ici au reste du monde et pas uniquement à l'Europe. Cependant, ses propos dépendent surtout de ce que fait l'Europe et des réactions des autres civilisations. Ainsi, le monde est décrit comme porté par l'Europe tandis que les reste du monde semble n'avoir pas eu d'histoire avant l'arrivée de l'occident et leur prise de contrôle des autres civilisations. Hobsbawm ne voulait probablement pas faire ceci mais c'est l'impression que j'ai eu à la lecture.

    Image : Éditeur