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  • Le mariage pour tous et toutes. Reconnaître les couples de même sexe en Suisse par Thierry Delessert et Marta Roca i Escoda

    Titre : Le mariage pour tous et toutes. Reconnaître les couples de même sexe en Suisse
    Auteur-e-s : Thierry Delessert et Marta Roca i Escoda
    Éditeur : Presses polytechniques et universitaires romandes 31 mai 2022
    Pages : 168

    Le mariage pour touxtes fut accepté en Suisse récemment, après un référendum gagné largement contre des opposant-e-s ultra minoritaires. Mais l'histoire de cette modification législative est bien plus vaste que la campagne référendaire ne l'annonçait. Ce petit livre de la collection Savoir Suisse rejoint les ouvrages des deux auteur-e-s concernant les gays et lesbiennes en Suisse et la manière dont l'état a géré leur existence.

    Le livre est construit en 8 chapitres chronologiques, le dernier annonçant les futures luttes et points de discordes en discussion. Les deux auteur-e-s montrent que les premiers débats sur une forme d'égalité citoyenne débutent tôt, dès les années 50, par la mise en place d'arguments sur la naturalité des sexualités (basée sur les recherches de Kinsey aux USA et de Hirschfeld en Allemagne avant leur destruction par les nazis).

    Les auteur-e-s démontrent aussi la centralité des années SIDA. En effet, les associations gays et lesbiennes ont dû gérer les conséquences de la mort d'un ou d'une conjointe mais aussi la maladie. L'absence de droits reconnus implique des difficultés de visite, d'héritage et de bail. Ces problèmes ont permis de pousser vers l'idée d'une reconnaissance via des textes spécifiques. En effet, les associations de l'époque sont encore fortement impliquées dans la remise en question de l'hétéropatriarcat avec le mariage comme forme particulière de domination des hommes hétéros sur les femmes.

    Le livre met aussi en avant le fonctionnement de la politique en Suisse. Afin de faire avancer les débats les associations ont dû s’institutionnaliser, ce qui permet un rapprochement avec des politicien-ne-s. Ces rapprochements permettent ensuite de pouvoir appuyer une révisions vers une direction ou une autre, aux prix de victoires tronquées ou faibles comme le fut l'adoption interne. Cette institutionnalisation implique aussi une prudence, en vue d'une victoire d'étape, qui est immédiatement dénoncées comme une forme de tactique dites du salami. Ainsi, la demande d'un mariage égalitaire fut pensée par la droite comme une trahison d'accords ayant permis la création du PACS alors que les associations gays et lesbiennes y voient la continuité de leur demande, tronquées en vue de faibles améliorations qui n'ont pas vocation à stopper les demandes d'égalité.

    Ce livre ne fait pas qu'éclairer les conditions de l'accès aux droits égalitaires pour les gays et lesbiennes, encore imparfaits. Il permet d'expliquer le fonctionnement de la politique en Suisse et la manière dont des questions provenant des associations deviennent politiques et sont défendues ou stoppées par des considérations juridiques qui, elles même, se modifient au fil sur pression aussi bien interne au pays qu'externe.

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  • 19 février 1803: L'Acte de Médiation recrée la Suisse par Georges Andrey et Alain-Jacques Tornare

    Titre : 19 février 1803 : L'Acte de Médiation recrée la Suisse
    Auteurs : Georges Andrey et Alain-Jacques Tornare
    Éditeur : Savoir Suisse 21 octobre 2021
    Pages : 160

    1798, la Suisse devient un état unitaire centralisé en imitant le fonctionnement de la République française de l'époque. 1803, la République helvétique tombe après une guerre civile. Napoléon devient un médiateur chargé de permettre à la Suisse de recevoir et d'accepter un nouvel ordre. Celui-ci sera nommé l'Acte de Médiation. C'est ce régime que les auteurs se proposent de présenter en moins de 200 pages et 8 chapitres

    Les quatre premiers chapitres permettent de mieux comprendre cet acte et sa provenance. Ils permettent d'expliquer qui sont les personnes chargées de le rédiger et comment se place Napoléon dans cette demande de médiation. Loin de forcer son avis, même si les armées françaises sont toujours proches, sa médiation est demandée. L'acte permet de revenir à un fonctionnement traditionnel en redonnant aux cantons une souveraineté tout en cassant une grande partie es pouvoirs de l'organe centrale : la Diète. Celle-ci ne siège qu'un mois par année tandis qu'un Landamman s'intéresse aux affaires de tous les jours. Les auteurs s'intéressent aussi aux différentes constitutions cantonales réécrites dans le cadre de la médiation.

    Les trois chapitres suivants permettent aux auteurs de nous montrer comment le régime de la Médiation fonctionne. Pour cela, on nous présente les personnalités importantes. Outre le premier Landamman les auteurs parlent longuement du premier chancelier de la Confédération. Ces chapitres permettent aussi de mettre en avant la période de prospérité et de paix que fut cette Médiation. L'Europe est en guerre et des Suisses meurent sous les drapeaux français, mais le territoire helvétique est sauf jusqu'à la toute fin du régime.

    Enfin, le dernier chapitre permet de questionner la mémoire de cette période. Celle-ci fut, selon les deux auteurs, aussi peu mémorisée que la République helvétique. Dans les deux cas, nous avons des régimes imposés par les Français et qui semblent impliquer une soumission à une force étrangère au lieu d'une alliance. La mémoire est si difficile à accepter que le canton de Berne ait préféré célébrer l'anniversaire de son entrée dans la confédération au lieu de la Médiation, moment de la parte définitive des cantons sujets et donc d'une certaine prospérité. Pour les auteurs, la Médiation est surtout le début de la Suisse telle qu'on la connait. La nation helvétique n'existe pas encore, mais commence à se construire, tandis que l'idée de consensus semble être au centre d'un acte qui voulait éviter à la fois la Révolution et le retour à l'Ancien Régime, ce qui impliquait de relier des positions politiques bien différentes.

    Image : Éditeur