seuil

  • Histoire de la virilité 2. Le triomphe de la virilité. Le XIXe siècle sous la direction d'Alain Corbin

    Titre : Histoire de la virilité 2. Le triomphe de la virilité. Le XIXe siècle
    Directeur : Alain Corbin
    Éditeur : Seuil 13 octobre 2011
    Pages : 512

    Il y a très longtemps j'avais lu le tome 1 de cette histoire de la virilité en grand format. Je lis maintenant ce second tome en format poche. Il faut noter que cette réédition en poche n'inclut pas les illustrations que les grands formats possédaient. C'est dommage, sans casser les argumentations des différentes auteurices les illustrations permettent de comprendre ce qui est analysé dans un moment précis du texte. Les contraintes de coûts ont probablement empêché une reproduction au centre du livre.

    Ce second volume est constitué de 6 parties et de 12 chapitres. Je ne présenterais pas chacun des chapitres dans le détail mais j'essaierais de parler des points qui m'ont le plus intéressés. Il faut aussi noter plusieurs chapitres, en particulier au début du livre, qui analysent la sexualité via les textes dans un langage cru. Ces mots ont fortement impacté ma lecture qui a pris du retard sur ces passages.

    Heureusement, ces deux chapitres passés le volume est entré dans une partie 4 qui s'intéresse à la manifestation de la virilité dans plusieurs contexte ainsi que dans le sport. Ce dernier chapitre répond au chapitre parlant des duels, qui se trouve dans la partie 3. Cet examen des différents types de virilité (militaire, ouvrière, prêtrise) permet de montrer comment se pensent et se montrent les masculinités au sein de groupes d'hommes en non-mixité (bien que la présence féminine existe elle n'est pas considérée comme légitime). Les auteurs montrent la place de la sexualité, de la violence et surtout du corps. Aussi bien en ce qui concerne les ouvriers que les militaires, on se trouve face à des personnes qui subliment l'usage du corps dans un but précis, considéré comme masculin. Ce point est encore mis en avant pour ce qui concerne la pratique et la construction du sport régulé et compétitif. Les corps, là aussi, impliquent une forme de maitrise du geste, de la douleur, dans le but de vaincre et de montrer sa force masculine. D'où la difficulté de l'entrée des femmes au sein des sports compétitifs.

    La partie 5 analyse le lien entre virilité et colonialisme via les textes de voyages ou la littérature colonialiste du XIXe siècle. Les deux chapitres permettent de comprendre comment l'Europe, au sens large, défend un impérialisme coloniale en se présentant comme un continent viril face à d'autres continents féminins qu'il faut donc "posséder" de manière presque sexuelle. Les indigènes sont dépeints soit comme efféminés, et donc incapable de se défendre contre la virilité européenne, soit comme ultra-viriles, marquant une forme de sauvagerie. Dans les deux cas, le remède est le même: l'entrée au sein de la civilisation pensées comme uniquement européenne. Celle-ci permet l'autocontrôle des instincts et la régulation des maladies et actions qui effémineraient les populations locales.

    Je n'ai présenté que les deux parties qui m'ont le plus intéressés dans un vaste volume. Les auteurices examinent aussi la manière dont les codes de la virilité sont appris par les enfants via une littérature spécifique, l'exhibition de ses capacités viriles en particulier face au combat ou aux duels (la conclusion pose la question de la continuation d'une virilité militaire durant et après la première guerre mondiale). Tandis que la dernière partie parle des difficultés à suivre les injonctions à la virilité, avec un dernier chapitre qui examine la virilité, ou le manque de virilité, des homosexuels via l'examen de la littérature médicale, policière et romanesque.

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  • Histoire de l'Europe urbaine 3. La ville moderne par Olivier Zeller

    Titre : Histoire de l'Europe urbaine 3. La ville moderne par Olivier Zeller
    Auteur : Olivier Zeller
    Éditeur : Seuil 25 juillet 2019
    Pages : 466

    Ce tome 3 est le dernier qui me restait de cette gigantesque histoire de l'Europe urbaine, divisée en 6 livres chronologiques. Je ne les ai pas lus dans l'ordre chronologique, mais cela ne semble pas créer un problème. Les livres peuvent être lus seuls et l'introduction générale est toujours incluse. Ce tome 3 se concentre sur la période moderne soit le XVI au XVIII. Nous sortons de la période médiévale mais nous n'entrons pas encore dans la période contemporaine et le XIXème siècle. Le livre est constitué de 7 chapitres thématiques.

    Ces chapitres sont denses et parfois très différents de ce que j'apprécie en histoire. Il y a de nombreux propos concernant le lien entre urbain et démographie. Cela permet à l'auteur de démontrer que les villes sont en pertes de forces humaines. Il y a plus de morts et de départs que d'entrées, certains départs étant jeunes puisque les enfant peuvent être envoyés en nourrisse. Pour éviter la fin de l'urbain il faut accepter une mobilité importante au sein et à l'entrée même de la ville. Par exemple, l'auteur explique que les habitant-e-s déménagent souvent car les immeubles sont sous-loués à plusieurs reprises créant une chaine de personnes.

    Ce livre débute aussi un aspect qui est examiné dans le tome concernant le XIXème siècle: le contrôle de la population en vue de l'hygiène aussi bien morale que physique. Alors que la pandémie de COVID19 est toujours en cours, il est intéressant de lire les solutions mises en place par les pouvoirs urbains. Ces solutions dépendent des villes, qui agissent rarement en réseau (sauf l'Italie qui met en place une surveillance totale des pays étrangers, avec spécialisation des villes). On trouve l'usage des quarantaines mais aussi la mise en place d'un passeport de santé afin de permettre les communications et le commerce au niveau européen, via des points de contrôles du passeport. Une solution qui fut utilisée récemment.

    L'hygiène sociale m'a aussi énormément intéressé. L'auteur mentionne Foucault a plusieurs reprises, tout en le mettant en question si nécessaire. On comprend que les villes sont considérées comme des lieux de dangers moraux. La prostitution, le vol, la violence mais aussi le spectacle de la violence sont très présents. Les populations ne sont pas encore aussi divisées par quartiers qu'elles ne le seront. Petit à petit, la nécessité de contrôler et d'enfermer la pauvreté se fait sentir, même si cet enfermement ne fut pas aussi important qu'on ne le croit. Toutes les villes, catholiques comme réformées, ont tentés ce contrôle de la population.

    Ce ne sont que quelques aspects d'un ouvrage dense. L'auteur nous parle aussi de la culture, de la création des théâtres et du théâtre sociale que cela implique pour les riches et puissants. Il nous explique aussi comment les pouvoirs municipaux perdent en importance face aux tentatives de centralisation des états et donc de contrôles des villes. Les personnes qui s'intéressent à ce type d'histoire et souhaitent une synthèse avec une mise à jour historiographique sous forme de postfaces peuvent s'intéresser à ces 6 tomes en poche.

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  • Histoire de l'Europe urbaine 5. La ville coloniale par Odile Goerg et Xavier Huetz de Lemps

    Titre : Histoire de l'Europe urbaine 5. La ville coloniale
    Auteur-e-s : Odile Goerg et Xavier Huetz de Lemps
    Éditeur : Seuil 19 avril 2012
    Pages : 464

    Sur les 6 tomes que compte cette histoire de l'Europe urbain il y en a un qui ne se déroule pas au sein de l'espace européen. Celui-ci s'intéresse à la période du XVème au XXème siècle dans le cadre des colonies construites par les européens dans un monde pensé comme vierge ou décadent, mais qui ne l'est pas. Les auteur-e-s doivent examiner le fait urbain à la fois dans un cadre temporel large et dans un cadre spatial important puisque le livre s'intéresse aussi bien au continent asiatique qu'africain ou aux Amériques. Le livre est divisé en trois parties.

    La première partie s'intéresse aux premières expériences portugaises et espagnoles. En ce qui concerne l'Espagne, les auteur-e-s nous montrent que la colonisation se forme par les fondations de ville. Celles-ci permettent de contrôler l'espace et les populations. Il faut donc créer un réseau de ville capable de contrôler un espace rural parfois très important. Dans le cas portugais, les urbanisations servent à contrôler des lieux de commerces. Les créations sont modestes mais peuvent dépasser les ambitions de base.

    Une seconde partie permet de comparer les différents continents de colonisation: l'Asie, l'Afrique et les Amériques. Les Amériques fonctionnent selon les traditions européennes. Les villes sont construites selon un plan en damier qui permet une extension contrôlée mais aussi une spécialisation facilitée des lieux. Le continent africain connait d'abord des comptoirs, avec peu d'habitant-e-s venu-e-s d'Europe. Les populations sont fortement divisées selon leur provenance géographique afin de garder le contrôle. Enfin, l'Asie permet de voir le passage des comptoirs aux villes contrôlées par l'Europe. Là aussi, une division ethnique est mise en place avec la réforme des villes.

    La troisième partie est la plus importante. Elle s'intéresse à la période d'hégémonie européenne dans le monde. Les influences de l'Europe sont majeures dans la constructions et les réformes des villes. L'idée principales et d'ouvrir la ville afin de permettre une circulation de l'air, selon les idées hygiénistes de l'époque. Les modes et les pensées européennes sont imposées, les styles autochtones seront rarement respectés, au prix de destruction incomprises de monuments ou de bâtiments culturels et religieux. De plus, la ville est construite et gérée de manière à donner l'ascendant aux habitant-e-s venu-e-s d'Europe. Les quartiers sont divisés selon l'ethnie et les infrastructures en dépendent. C'est le cas aussi des questions politiques et sociales qui sont construites en faveurs des colons, les autochtones ayant difficilement accès.

    Comme le disent les deux conclusions du livre. L'Europe a eu un fort impact sur l'urbanité des autres continents via la colonisation. Cependant, l'idée de division et de refondations de ville n'est pas parfaite. Les histoires des autochtones influencent aussi les styles venus d'Europe. Les autochtones ne sont pas sans capacité d'action face au monde européen

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  • Histoire de l'europe urbaine 4. La ville contemporaine jusqu'à la Seconde Guerre mondiale par Jean-Luc Pinol et François Walter

    Titre : Histoire de l'Europe urbaine 4. La ville contemporaine jusqu'à la Seconde Guerre mondiale
    Auteurs : Jean-Luc Pinol et François Walter
    Éditeur : Seuil 8 novembre 2012
    Pages : 464

    Je continue ma lecture de l'histoire de l’Europe urbaine qui, par hasard, s'est retrouvée concentrée au sein de ma PAL. Après le tome 1 je m'intéresse au tome 4 qui arrête son examen dans les années 45-50 environ et débute au XIXème siècle. C'est une période nombreuses transformations sociales, économiques et politiques. La France, par exemple, connait 5 régimes. La Suisse connait une guerre civile. Le reste de l'Europe subit des mouvements révolutionnaires à plusieurs reprises. On pense aussi que la ville s'étend avec la révolution industrielle créant une nouvelle classe sociale: le prolétariat. Ce livre est divisé en 8 chapitres thématiques.

    La premier chapitre pose des questions de termes. Les auteurs y examinent ce qu'est une ville à l'époque contemporaine. Cela implique de se poser la question des transformations urbaines et sociales puisque les murailles perdent leur intérêt, mais pas forcément leur but politique. Ce chapitre permet aussi de vérifier le phénomène d'urbanisation. Le second chapitre continue sur cette lancée en précisant les fonctions des villes: aussi bien politiques que culturelles. Ceci implique des constructions précises.

    Les deux prochaines chapitres sont ceux qui m'ont le plus intéressés. Le 4 pose la question des outils de compréhension des villes qui sont constitués durant la période tandis que le 3 parle des populations. Ces deux chapitres permettent de poser la question de la gestion des populations et de l'urbain. Dans un contexte de hausse de population, d'industrialisation et de pollution on observe une fragilité urbaine. Mais on ne comprend pas toujours, pas encore, la raison. Ces fragilités peuvent mener certaines personnes à considérer les villes comme dangereuses et donc à la nécessité de défendre l'accès ou la poussée en direction du rural (par exemple le lebensreform). D'autres personnes vont essayer de rendre la ville vivable par la création d'une forme d'hygiène basée sur les flux d'eau et d'air, ce qui permet de défendre la création de larges rues et l'abaissement des immeubles.

    Les 4 chapitres suivants s'intéressent aussi bien à la question des infrastructures que des humains. En effet, les auteurs nous montrent comment les villes se transforment, sont gérées, afin de se moderniser. Les buts, les théories, ne sont pas toujours les même et il existe des points de débats, par exemple la forme de l'habitat. Ces chapitres montrent aussi l'importance de l'humain. Via les infrastructures, le fonctionnement de la ville, les auteurs nous montrent comment vivent les gens. J'ai, par exemple, été frappé par l'idée que les maisons bourgeoises sont construites afin de marquer la différence entre riches et pauvres dans le cadre d'une société pensées comme politiques égalitaire, ou de plus en plus. Les maisons des personnes les plus riches permettent de créer le moyen d'éviter le croisement des classes sociales. On peut aussi parler de la construction des théâtres, qui impliquent des entrées et chaises séparées selon la richesse.

    Nous avons ici un tome 4 riche. J'ai particulièrement apprécié que l'humain soit plus au centre du développement. La postface s'intéresse beaucoup plus aux question de genre et d'environnement que les autres tomes. Je note l'ajout de liens internet pour permettre de mieux voir les données utilisées par les auteurs et les cherchereuses. Mais ceux-ci sont-ils encore en place?

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  • Histoire de l'Europe urbaine 1. La ville antique par Xavier Lafon, Jean-Yves Marc et Maurice Sartre

    Titre : Histoire de l'Europe urbaine 1. La ville antique
    Auteurs : Xavier Lafon, Jean-Yves Marc et Maurice Sartre
    Éditeur : Seuil 3 novembre 2011
    Pages : 448

    Après l'époque contemporaine et, il y a longtemps, l'époque médiévale j'ai lu la version antique de cette grande histoire de l'Europe urbaine. Les trois auteurs acceptent le défis d'examiner près d'un millénaire d'histoire en à peine 5 chapitres. Nécessairement, se pose la question de l'étendue chronologique d'un tel examen et de la validité de certaines conclusions qui dépendent des informations archéologiques et des sources (souvent postérieures aux époques décrites).

    Le premier chapitre pose la question de la création des villes, ce qui implique de définir ce qu'est une ville et comment elles sont formées. Les auteurs mettent avant les synœcismes ainsi que la présence de certains points architecturaux. Ainsi, une ville implique une division spatiale, via des enceintes, des monuments mais aussi la division entre différents espaces (publics, privés et sacrés). Une ville a aussi une prééminence culturelle et économique sur un espace donné. De plus, les villes antiques ne sont pas qu'urbaines, elles ont des liens forts avec les milieux ruraux d'autant qu'aussi bien à Athènes qu'à Rome l'idée du citoyen agriculteur reste prééminente.

    Le second chapitre démontre la création d'organisations politiques au sein des villes qui en font des cités en termes politiques. Les villes deviennent aussi le lieu de la citoyenneté des personnes qui y possèdent des droits économiques et politiques spécifiques. Le troisième chapitre continue cet examen en décrivant un "âge d'or" de la cité antique. Les auteurs notent, à raison, l'importance de Rome qui permet une double citoyenneté (romaine et de la cité d'origine). Ces chapitres permettent aussi de comprendre comment est construit, petit à petit, le cadre monumentale avec les habitations, bien plus modestes pour la majorité de la population. Ces aspects économiques et démographiques sont spécifiquement développés dans un chapitre 4.

    Enfin, le dernier chapitre se concentre sur la mutation des villes lors du passage, difficile à dater car c'est un mouvement, entre ville antique et ville médiévale. Les auteurs nient la perte d'importance des villes. Même si les élites essaient, et réussissent, à éviter des devoirs civiques les villes restent des milieux de vie importants. Les auteurs mettent en avant des cas de constructions monumentales et de créations d'enceintes qui sont trop élaborées pour être construites lors d'une urgence militaire. Cependant, l'urbanisme se modifie puisque les monuments sacrés sont de plus en plus chrétiens tandis que les évêques prennent en importance. L’Église, comme les auteurs l'explique, ne remplace par l'organisation impériale romaine mais fonctionne avec puis à la suite de celle-ci. Souvent, ce sont les même familles simplement une nouvelle carrière est proposée.

    Image : Site officiel

  • Histoire de l'Europe urbaine 6. La ville contemporaine après 1945 par Guy Burgel

    Titre : Histoire de l'Europe urbaine 6. La ville contemporaine après 1945
    Auteur : Guy Burgel
    Éditeur : Seuil 2012
    Pages : 448

    J'avais lu le tome 2 de cette histoire de l’Europe urbaine. Il se concentrait sur la période médiévale. La période contemporaine est divisée en trois tomes, dont celui-ci. L'auteur n'est pas historien mais géographe et urbaniste. Son but est de nous faire comprendre les changements et le fonctionnement des villes après les destructions de la Deuxième guerre mondiale. Il termine avec une postface qui prend en compte les problèmes des années 2010 et les volontés de mutations des transports. Son propos se divise en 6 chapitres.

    L'auteur n'étant pas historien il fait moins attention aux questions historiques et aux mutations et tendances de l'histoire. Il nous montre plutôt comment les villes sont pensées au fil du temps des années 50 à maintenant ainsi que les questions plus humaines pour reprendre une terminologie scolaire. Ainsi, il début par des questions économiques et termine par des questions politiques. L'auteur me semble un peu pessimiste en ce qui concerne la capacité d'agir au sein de la ville, la postface conforme cette impression. En effet, l'auteur considère que les tentatives de démocratisations des villes, au sein des ensembles étatiques, n'ont pas fonctionné. Les villes perdent leur identité soit en sacralisant leur forme soit en la sacrifiant mais ne réussiraient pas à répondre aux problèmes sociaux.

    Si l'on veut trouver un thème récurrent de ce tome c'est la question du logement. Que ce soit dans les années 50 alors qu'il faut construire vite et bien, les questionnements des années 60-70 ou les critiques des années 90 le logement me semble être au cœur de ce livre. L'auteur en fait un défis important et questionne l'idée que la densifications soit forcément négative et que les grands ensembles sont à bannir. C'est une position que je n'avais encore jamais rencontrée.

    Ce dernier tome d'une grande histoire de la ville européenne est un peu étrange puisque la méthode est différente, car la discipline de son auteur est différente. Le livre n'est de loin pas inintéressant mais il m'a semblé plus aride que le tome 2, qui m'avait appris énormément sur la société médiévale dans sa forme urbaine.

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  • Histoire de la décolonisation au XXe siècle par Bernard Droz

    Titre : Histoire de la décolonisation au XXe siècle
    Auteur : Bernard Droz
    Éditeur : Seuil 12 février 2009
    Pages : 400

    Les puissances européennes se sont lancées pendant plusieurs siècles dans la conquête de terres sur d'autres continents qu'elles ont colonisées. Par cette colonisation les habitant-e-s furent dépossédé de leur pouvoir politique, de leur identité parfois et de leur pouvoir économique. Bernard Droz n'explique pas cette histoire. Il essaie de nous synthétiser un siècle de décolonisation dans le monde à l'aide de 6 chapitres.

    Les chapitres 3 à 5 se portent sur un continent chacun. L'auteur commence par l'Asie. Il examine, bien entendu, la fin du contrôle de l'Inde par la couronne. Cette fin va permettre de rendre caduque les autres colonies britanniques sur le continent mais elle sera compliquée puisque des questions nationalistes et géopolitiques vont empêcher une transition pacifique. L'auteur examine aussi la question de l'Indochine française, mais pas de la guerre du Viêtnam. Dans le chapitre 4, Droz se concentre sur l'Afrique du Nord ce qui implique de prendre en compte la guerre d'Algérie comme exemple d'une décolonisation ratée. Et le chapitre 5 se concentre sur l'Afrique Noire dont les populations sont considérées pendant longtemps inaptes à l'autogouvernement.

    Les chapitres 1 et 2 ainsi que le 6 posent plus de questions de définitions, de méthodes et de contextes. Le premier chapitre permet à Droz d'expliquer comment il pense les problèmes posés par la colonisation et les différentes réponses qui y ont été apportées. Il examine les deux exemples, remis en question, de décolonisation ratées ou réussies que sont les cas français et britannique. Le chapitre 2 permet d'expliciter la mise en question de l'Impérialisme européen après les deux guerres mondiales. Bien que les colonies aient soutenus l'effort de guerre, avec mauvaises volontés parfois, les guerres et les échecs de pays comme la France permettent de penser l'opportunité d'une libération. Celle-ci dépendant aussi des questions géopolitiques autours du conflit qui aura lieu entre le bloc communiste et le bloc des États-Unis. Le dernier chapitre questionne la mémoire des colonisations et décolonisations en particulier en France. C'est, à mon avis, le plus faible du livre. Certaines réflexions de l'auteur me semblent trop francocentrée pour permettre un examen différent.

    En conclusion, nous avons là une synthèse à la lecture facile qui ne se contente pas de donner des événements mais qui tente de les inscrire dans un contexte continental voire mondiale. Il faut saluer aussi l'existence d'un glossaire qui permet d'avoir des informations biographiques sur les principaux acteurs de la décolonisation.

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  • L'âge global. L'Europe de 1950 à nos jours par Ian Kershaw

    Titre : L'âge global. L'Europe de 1950 à nos jours
    Auteur : Ian Kershaw
    Éditeur : Seuil 9 janvier 2020
    Pages : 752

    Ian Kershaw fait partie d'un groupe d'historiens chargés d'écrire une histoire de l'Europe de l'antiquité à nos jours. Il doit s'occuper du XXème siècle. Son premier tome s'occupait de la période 1914-1950 (soit la première guerre mondiale au début véritable de la guerre froide), ce second tome s'occupe de la période 1950 à 2017 (fin de l'écriture du livre) avec une postface qui mentionne la période 2017-2019. Le livre est constitué de 12 chapitres dans l'ordre chronologiques qui s'intéressent aussi bien aux évènements qu'aux questions économiques et culturelles.

    Logiquement, une des questions majeures du livre est la division de l'Europe entre l'Est et l'Ouest. Une partie du continent étant capitaliste et l'autre communiste. Cette division impacta les relations internationales durant des décennies, avec la crainte d'une nouvelle guerre, nucléaire, en Europe. Les relations avec l'URSS sont importantes pour comprendre les décisions des chefs d'états européens ainsi que leurs craintes. Cependant, ni l'Ouest ni l'Est ne sont des blocs toujours stables. Les deux parties du continent ont connu des changements de direction et des contestations. On parle de mai 68, bien entendu, mais aussi du printemps de Prague. En ce qui concerne l'URSS, les dernières mutations ont mené à la fin rapide et inattendue du bloc communiste, permettant une réunion de l'Allemagne que personne ne pensait possible avant au moins un siècle.

    Un second point majeur mis en avant par Kershaw est la construction européenne. Son but est de créer une Europe pacifiée, riche et de préparer une union politique plus avancée mais lointaine. En ce qui concerne la pacification et la richesse, Kershaw montre que l'Europe a réussi. Les pays de l'Ouest ont vécu de lourdes destructions lors de la deuxième guerre mondiale et il a fallu du temps pour reconstruire et recréer un niveau de vie acceptable. Mais la population européenne n'a jamais vécu dans un continent aussi stable et riche que durant la période 1950-1970. Ce qui a permis la construction d'un état social capable de donner à toute la population une capacité minimale à vivre. À partir des années 70, des crises économiques se multiplient. Elles mettent en question l'état social alors qu'une nouvelle doctrine économique, le néolibéralisme, commence à être adoptée par les dirigeant-e-s aussi bien de gauche que de droite. Cette doctrine implique des réformes fortes et impopulaires de l'état et leur capacité à minimiser les crises économiques et financières est questionnée. Les crises se multiplient tout de même jusqu'à nos jours et la dernière grande crise, les subprimes, qui a forcé les gouvernements à nationaliser des banques pour éviter leurs faillites puis, face aux dettes que cela implique, à mettre en place une politique d'austérité mise en question par une population qui se demande pourquoi elle devrait payer pour les erreurs des dirigeants des banques. Cependant, même si l'Europe a rencontré des difficultés à gérer les problèmes économiques à cause d'un manque de capacités à prendre des décisions économiques globales (l'Euro fonctionne mais les états ont refusé de créer une instance transnationale de gestion de l'économie ce qui ne permet pas d'action politique en cas de crise), Ian Kershaw considère que l'Europe a réussi à atteindre ses deux principaux buts.

    Mais, comme l'explique Ian Kershaw, cette réussite implique paradoxalement une mise en question de l'Union Européenne. Celle-ci est critiquée pour prendre des décisions déconnectées du peuple par des dirigeant-e-s d'états européens (un bon moyen de placer le blâme ailleurs que sur leur propre gouvernement). La constitution d'une entité démocratique supranationale, souhaitée à ses débuts mais jamais concrétisée, était déjà difficile et devient pratiquement impossible après les crises des années 2010. Pourtant, une réforme du fonctionnement de l'Union devient nécessaire face aux besoins des états mais aussi face aux grandes crises, migratoires, économiques et politiques. Ian Kershaw doute de cette capacité de réforme en direction d'un système intégrateur et démocratique, d'autant plus après la décision du brexit, mais il pense qu'une Union Européenne pourrait retrouver un but commun en essayant d'agir sur la crise climatique.

    Ce gros livre, 752 pages, permet de retrouver un livre synthétique sur l'histoire de l'Europe au XXème siècle après le fameux Âge des extrêmes de Hobsbawm et Après-guerre de Tony Judt (deux livres que je n'ai pas encore lu). Ian Kershaw conclut avec des propos pessimistes. Les forces antieuropéennes n'ont pas réussi à mettre à mal l'Union mais elles sont de plus en plus présentes dans un monde qui nécessite une politique commune. Ian Kershaw ne prétend pas savoir ce qui va arriver à l'avenir, mais il pense que les crises vont se multiplier. Reste à savoir si l'Union saura se reconstituer pour y répondre ou si elle disparaitra. Ce dernier choix n'étant pas forcément souhaité par les forces antieuropéennes, celles-ci ayant vu les conséquences du brexit.

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  • Anatomie de la Terreur. Le processus révolutionnaire (1787-1793) par Timothy Tackett

    Titre : Anatomie de la Terreur. Le processus révolutionnaire (1787-1793)
    Auteur : Timothy Tackett
    Éditeur : Seuil 2018
    Pages : 669

    Que dire de la Révolution française et surtout de la Terreur. De nombreuses personnes, artistes comme historiens et historiennes, ont écrit sur le sujet. La Terreur, encore aujourd’hui, pose des questions et implique souvent un jugement moral sur la Révolution elle-même. L’épisode de la Vendée en fait partie et n’est toujours pas un débat pacifié au sein de la société française, les royalistes y voyant un génocide (des massacres ont bel et bien été commis). Dans ce livre Timothy Tackett essaie d’appliquer sa lecture des ouvrages privés des révolutionnaires pour expliquer comment la Terreur a pu avoir lieu. Il examine ces papiers sur plusieurs années mais il ne fait pas le véritable récit des événements avant le dernier chapitre. Il préfère expliquer comment on en arrive là.

    Les explications de Tackett sont multidimensionnelles et la construction de son livre selon la chronologie de la Révolution permet de mettre en avant ces différentes causes, au prix parfois de quelques répétitions. Bien entendu, les événements ont un impact. Les révolutionnaires ne savent pas ce qui est train de se dérouler. Ils agissent dans un temps d’incertitude, recevant des nouvelles parfois avec du retard, devant créer un nouveau système lorsque le roi est démis de ses fonctions puis exécutés.

    Tackett insiste aussi sur les émotions qu’il analyse à l’aide des écrits personnels de témoins, militant-e-s et députés. Il observe le souhait de créer un monde meilleur mais aussi la surprise face au refus des anciennes élites. Ces refus sont vus comme s’attaquant à ce qui est considéré comme bénéfique par des personnes de plus en plus convaincues de devoir tout modifier. Mais les refus sont justifiés, eux aussi, par une légitimité ancienne. Les aristocrates et les nobles ne peuvent pas accepter une remise en cause de principe qu’ils considèrent divins. La confrontation est pratiquement inévitable.

    Il faut prendre aussi en compte les craintes. Les révolutionnaires pensaient facilement vaincre, ils sont stoppés à la fois par les armées européennes et les crises internes. Il est tentant d’y voir un complot organisé qui lie des événements pourtant différents. Lorsqu’on accepte l’existence d’un tel complot, justifié par les nobles qui ont fuis et militent activement en faveurs d’une guerre contre la Révolution parfois après l’avoir servie, il faut trouver des coupables. Petit à petit, tout le monde peut devenir suspect et il devient nécessaire d’agir.

    Cependant, Tackett montre que les députés n’ont pas forcément voulu la Terreur. A plusieurs reprises, il y a des tentatives de freiner les militant-e-s populaires les plus radicaux. Mais les assassinats, les trahisons et les circonstances convainquent les députés récalcitrants de la nécessité de défendre la Révolution par des actions illégales ou, en tout cas, extraordinaire. Tackett montre bien ces incertitudes, ces craintes et les nécessaires réponses que cela implique. De son livre se dégage des impressions fortes de peur et de complots mais aussi la nécessité de la vengeance pour les révolutionnaires tombés.

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  • Histoire de l'Europe par Jean Carpentier, Jean-Pierre Pautreau, Alain Tranoy, Elisabet Carpentier, Jean-Pierre Arrignon, François Lebrun, Dominique Borne et Jean-Jacques Becker

    Titre : Histoire de l'Europe
    Auteur-e-s :  Jean Carpentier, Jean-Pierre Pautreau, Alain Tranoy, Elisabet Carpentier, Jean-Pierre Arrignon, François Lebrun, Dominique Borne et Jean-Jacques Becker
    Éditeur : Seuil 1 décembre 2014
    Pages : 672

    L'Europe est défini en termes géographiques et politiques. Géographiquement on prendre en compte aussi bien l'ouest qu'une partie de l'est. On s'arrête vers la Turquie et sur les côtes de la méditerranée. Politiquement, l'Europe se définit comme un ensemble d'entités politiques qui, au fil de l'histoire, forment la civilisation dites occidentale qui sera imposée via l'impérialisme à une grande partie du monde actuel. Ce livre souhaite faire l'histoire de cet ensemble d'entités basées sur une forme de culture commune qui s'est construite, difficilement, historiquement. Il commence dans la préhistoire pour se terminer aux années 2000.

    Le livre est écrit à plusieurs mains, une nécessité pour ce type de programme puisque personne ne peut être expert de toutes les époques et de tous les pays impliqués dans cette histoire globale du continent européen. Il est divisé en 5 parties chacune se concentrant sur une période particulière et donc sans remettre en cause le découpage chronologique classique. Ce n'est pas le but de l'ouvrage qui souhaite offrir une base synthétique de l'histoire européenne. Ce programme est une réussite. Le texte est fluide et bien écrit. Les spécialistes ou les amateurs pourraient souhaiter en savoir plus sur certains événements, mais le livre est déjà bien gros et seul un projet bien plus vaste pourrait permettre d'entrer dans des détails spécifiques. Les auteur-e-s ont aussi la bonne idée d'ajouter des sources brièvement commentées ainsi que de nombreuses annexes (les arbres généalogiques des dynasties européennes me durent particulièrement utiles.)

    Une personne qui ne souhaite que des informations globales lui permettant de combler des trous dans ses connaissances appréciera ce livre. Les historien-ne-s pourraient être frustré-e-s. En effet, l'énormité de l'espace et du temps considéré implique des difficultés en ce qui concerne la mise en place d'une problématique. Un problème récurrent dans les ouvrages qui se souhaitent des manuels. Personnellement, je suis sceptique face au début du livre. Je ne crois pas qu'il soit possible de parler d'Europe lors de la préhistoire voire lors de l'antiquité. En effet, Europe est un terme aussi politique que géographique. Or, ce n'est que tardivement durant la période romaine que les peuples commencent à penser un espace politique et géographique commun. Même là, une partie de ce qui est considéré européen aujourd'hui est marginalisé. Le choix de la chronologie me semble donc questionnable.

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  • La crise des sociétés impériales. allemagne, France, Grande-Bretagne, 1900-940. Essai d'histoire sociale comparée par Christophe Charle

    Titre : La crise des sociétés impériales. Allemagne, France, Grande-Bretagne, 1900-940. Essai d'histoire sociale comparée
    Auteur :  Christophe Charle
    Éditeur : Seuil 7 mars 2001
    Pages : 608

    Christophe Charle, dans ce livre, essaie de comprendre le fonctionnement et la chute éventuelle de trois sociétés qu'il qualifie d'impériales. Ces sociétés fonctionnement de manière différentes mais elles ont toutes connus des crises comparables, en particulier concernant les tensions entre classes sociales. Ces trois sociétés sont aussi impliquées dans deux guerres mondiales et Christophe Charle essaie non seulement de comprendre l'effet de ces guerres mais aussi les raisons qui ont permis de justifier l'entrée en guerre de ces sociétés. Le livre est divisé en quatre parties.

    La première partie est constituée de trois chapitres. C'est une partie introductive qui permet é l'auteur de placer les éléments du décor de son essai de comparaison sociale. Chacun des chapitres se concentrent sur l'un des pays examinés afin de nous montrer son fonctionnement socio-politique. Deux de ces pays sont fortement inégalitaires. L'Allemagne est, en plus, peu démocratisé alors que la Grande-Bretagne connait une forme minimale de démocratie. Seule la France est une véritable démocratie, basée sur l'importance des paysans afin de contrecarrer la force ouvrière. Il ressort de ces chapitres que ces trois pays sont fortement inégalitaires en ce qui concerne les classes sociales.

    La seconde partie, en trois chapitres aussi, abandonne cette division en pays pour s'intéresser à des questions thématiques. Cet abandon est possible grâce à la première partie. Christophe Charle débute son examen par les dynamiques sociales. Ceci lui permet de nous expliquer comment les différentes classes sociales gagnent ou perdent en capitale politique et économique avant l'entrée en guerre de 1914. Cette entrée en guerre est expliquée dans le chapitre 5. Loin de se contenter de la culpabilité de l'Allemagne ou de l'attentat de Sarajevo Christophe Charle préfère mettre en avant des explications sociales. Ainsi, toutes les élites des pays concernées ont intérêt à une guerre mais sous-estiment ses effets. La durée de la guerre, qui était inattendue, serait due au besoin de justifier les sacrifices par une victoire de plus en plus importante. Un dernier chapitre examine le fonctionnement des sociétés durant la guerre. En plus de la division entre l'avant et l'arrière, Christophe Charle montre que les classes sociales des trois pays ne sont pas divisées de la même manière. Par exemple, les classes supérieures britanniques sont fortement impliquées dans la guerre.

    La troisième partie, 3 chapitres, se concentre sur l'entre-deux-guerres. L'auteur retourne à un examen par pays. Il débute par la République de Weimar qui connait des crises politique, sociale, économique et financière importante. Ces crises permettent de comprendre les raisons derrière la chute de la démocratie et l'arrivée au pouvoir des nazis qui annoncent défendre la petite bourgeoisie contre la gauche, au sens large. La France aussi connait une crise de classe importante qui débouche sur la grève générale de 1936 et l'arrivée au pouvoir de la gauche. La réaction est violente et empêche une union nationale interclasse. Enfin, la Royaume-Uni est tout aussi inégalitaire mais réussit à créer une forme de solidarité qui évite les solutions extrêmes.

    La dernière partie n'est constituée que de deux chapitres. Le premier examine l'état impérial nazi. Ce chapitre est assez restreint car il doit rester dans la problématique générale du livre. Christophe Charle examine le fonctionnement de la société et montre que l'état nazi garde une partie des anciennes élites en place, sauf si celles-ci proviennent d'un gouvernement de gauche. Cependant, l'état nazi offre de nouvelles entrées à des personnes plus jeunes qui se trouvent en dehors du bassin sociale des élites. Le dernier chapitre, lui, permet de comprendre pourquoi la France s'est effondrée alors que le Royaume-Uni a résisté lors de la deuxième guerre mondiale. Selon l'auteur, il faut voir une explication dans la solidarité plus importante entre les classes sociales au Royaume-Uni alors que la France est démoralisée rapidement suite, aussi, à de mauvaises décisions militaires.

    Ce livre est assez massif et les explications de l'auteur sont très riches. J'ai bien apprécié la problématique mise en place, même si les trois premiers chapitres sont plus difficiles à lire que les autres. Ils sont, en effet, bien plus arides. Mais dès la seconde partie, la lecture devient bien plus plaisante.

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  • La ville médiévale. Histoire de l'europe urbaine 2 par Patrick Boucheron et Denis Menjot et sous la direction de Jean-Luc Pinol

    Titre : La ville médiévale. Histoire de l’Europe urbaine 2
    Auteurs : Patrick Boucheron, Denis Menjot et Jean-Luc Pinol
    Éditeur : Seuil 2011
    Pages : 544

    Je l'ai sûrement déjà écrit, je connais mal l'histoire urbaine. Le connais encore moins dans le cadre de l'histoire médiévale. Alors que je connais bien la place des villes au sein de l'antiquité romaine leur déclin, mais non disparition, lors de la longue période médiévale a rarement été questionné par mes choix de lectures. Souhaitant mettre en question mes connaissances je me suis donc intéressé à un manuel mais aussi à ce livre écrit à plusieurs mains. Il est tiré à part, et sous format poche, d'un ouvrage bien plus important qui s'intéresse à l'histoire urbaine européenne depuis l'antiquité jusqu'à nos jours (tous ces livres sont disponibles en poches dans 5 autres volumes).

    Le livre est construit en 4 parties de 2 à 3 chapitres. La première partie concerne le haut moyen-âge soit le VIIIème siècle au XIème siècle. Un premier chapitre nous permet de comprendre l'effacement des villes mais aussi la continuité d'une forme de pouvoir ecclésiastique. Cette continuité permet aux villes de garder une certaine forme de domination sur leur espace proche, sous la conduite de l'Église. Un troisième chapitre permet de s'intéresser aux cités musulmanes, un thème que je connais très peu. Plusieurs exemples permettent d'illustrer le fonctionnement de ces villes en ce qui concerne la place des différentes professions mais aussi du pouvoir au sein de l'urbain. Il faut aussi mentionner un chapitre qui examine les nouvelles formes urbaines qui quittent, souvent, les milieux urbanisés sous la civilisation romaine. Après cette introduction concernant la ville et ses transformations une nouvelle partie s'intéresse au renouveau urbain du XIème au XIVème siècles.

    En deux chapitres cette seconde partie permet de comprendre pourquoi des villes sont fondées. En dehors du commerce qui permet aux villes de retrouver une population importante il faut prendre en compte les besoins spatiaux des différents royaumes. Fonder une ville permet un contrôle de l'espace et des voies de commerce tout en créant un milieu favorable à l'économie locale. Les auteurs examinent aussi la construction des villes qu'elles soient anciennes ou nouvelles. En particulier, les enceintes et les marchés sont directement examinés. En effet, les enceintes permettent de défendre la ville mais aussi de marquer son importance à l'aide d'un ouvrage de prestige. D'ailleurs, certaines familles sont censées s'occuper de certaines parties de l'enceinte. Les marchés, eux, permettent de contrôler l'espace économique de la ville.

    La troisième partie s'intéresse, enfin, aux personnes qui habitent dans les villes en nous parlant du travail mais aussi des sociabilités. Le chapitre sur le travail permet de comprendre la richesse des différents métiers urbains mais aussi leurs organisations au sein de guildes ou de hanses. Ainsi, les personnes qui travaillent ont des statuts, donc des droits et devoirs, spécifiques qui permettent une inscription dans la hiérarchie urbaine. J'ai particulièrement apprécié l'autre chapitre qui permet réellement d'imaginer la vie en ville. Les auteurs nous montrent que la ville est divisée en quartiers contrôlés par différentes familles. Ces quartiers peuvent même être séparés par des portes marquant le contrôle local. Ce chapitre donne l'impression de villes profondément divisées selon les capacités de contrôle de l'espace urbain.

    Enfin, la dernière partie s'intéresse au politique en relation avec les villes. Petit à petit, certaines villes commencent à prendre leur autonomie, contrôlant une région en tant que seigneurs. Ce qui implique la constitution d'un mode de gouvernement mais aussi d'une élite urbaine aussi bien politique qu'économique qui met en question le contrôle spatial des grandes familles sur le commun. La fin de l'époque médiévale est aussi un moment de crises pour les villes qui subissent les épidémies et les guerres, ce qui implique des ponctions fiscales importantes ainsi que des frais pour la défense et le ravitaillement. Dans le même temps, les différentes monarchies tentent de reprendre le contrôle des villes en détruisant, parfois, les enceintes ou en cooptant les élites administratives au sein de leur gouvernement. Ce qui permet aux auteurs du livre de considérer la ville médiévale comme un moyen de créer l'état.

    En conclusion, nous avons ici un livre riche dont je n'ai fait qu'effleurer le propos. Il faut avouer que je n'ai pas compris toutes les thèses des auteurs, ceci dépendant de mes propres méconnaissances de l'histoire urbaine. Mais ce livre n'est pas non plus impossible à lire pour les personnes qui ne sont pas expertes. Il demande simplement certaines connaissances de bases de l'époque médiévale et d'accepter de remettre en cause certaines idées sur la période.

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  • Un monde en nègre et blanc. Enquête historique sur l'ordre racial par Aurélia Michel

    Titre : Un monde en nègre et blanc. Enquête historique sur l'ordre racial
    Autrice : Aurélia Michel
    Éditeur : Seuil janvier 2020
    Pages : 391

    Je ne connais que peu l'histoire du racisme et de l'esclavage. J'en connais ce que j'ai appris à l'école mais pas plus. J'en connais ce que je lis à l'aide des militant-e-s antiracistes. Je ne suis donc pas la bonne personne pour savoir si l'autrice et ce livre sont bons. Aurélia Michel est, selon la quatrième de couverture, historienne spécialiste des Amériques noires et chercheuse au centre d'étude en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques. Dans ce livre, elle tente de comprendre de quelle manière l'ordre raciale s'est constitué en commençant pas établir ce qu'est la race et l'esclavage. Elle conceptualise l'esclavage par le refus d'un accès à la parenté et l'ordre racial comme un moyen de justifier et concrétiser ce non-accès. Pour cela elle construit trois parties.

    La première partie conceptualise l'esclavage en l'inscrivant dans le temps long. L'autrice notre que l'esclavage implique une sortie de l'ordre social et de la parenté. Elle note aussi que l'institution fonctionne dans une large partie des communautés humaines et ne concerne pas forcément des personnes noires. En ce qui concerne l'Europe, des personnes blanches peuvent être vendues car elles ne sont pas membres de la communauté chrétienne. On découvre la même chose pour les personnes musulmanes. Ce n'est que parce que l'Europe occidentale perd son statut de centralité au sein du monde que l’esclavage y perd en importance en faveurs du servage. Mais la découverte des Amériques et des côtes de l'Afrique par des Européens permet de retrouver et de recréer les routes de l'esclavage.

    Dans une seconde partie l'autrice examine le fonctionnement de la traite. Elle montre que l'esclavage implique une déshumanisation. On n'achète pas un être humain mais une force de travail. Cette force de travail implique un contrôle et une productivité économique. Mais il existe des tensions entre la déshumanisation et l’humanité des personnes en esclavage. Celle-ci commence à être niée par des constructions scientifiques de ce qui deviendra la race. Elle permet d'user de violence, de créer des différences irréconciliables entre personnes blanches et noires et surtout de justifier ses actes. Même si certaines personnes, en métropole, sont contre l'esclavage ce n'est pas pour des raisons humanitaires mais économique. L'esclavage est vu comme économiquement moins rationnel que le travail libre, qui deviendra le salariat. La fin de l'esclavage s'accompagnant de lois en faveurs du travail forcé chez les anciens maitres mais aussi d'une compensation des anciens maitres.

    Une troisième partie s'intéresse aux nations et à la création des races entre 1790 et 1950. L'autrice explique de quelle manière la fin de l'esclavage a impliqué une création dites scientifique des races. Cette création permet de distinguer les personnes blanches des autres tout en rapprochant les personnes racisées, et particulièrement les personnes noires, de la barbarie et de l'absence de civilisation. Ceci permet de justifier l'inégalité dans les colonies et au sein des sociétés. En effet, les personnes noires ne seraient pas prêtes à atteindre le niveau de civilisation des personnes blanches. C'est le travail qui serait, en particulier, le marqueur de la civilisation. Tant que les personnes noires ne seraient pas capables de travailler il serait nécessaire d'introduire le travail forcé. La création du racisme permet aussi de justifier un ordre racial hiérarchisé qui puisse prendre en compte les personnes nées d'un parent blanc et d'un parent racisé. L'autrice mentionne aussi l'importance d'un tel ordre en faveurs des classes les plus défavorisées en Europe. Elles seraient toujours supérieures aux autochtones au sein des colonies. Tout comme l'autrice commence par le refus scientifique de l'existence des races elle termine là-dessus. Mais sa conclusion indique que le racisme n'a pas disparu. Il est encore systématique au sein de nos sociétés et l'on en trouve des traces dans toutes les interactions sociales et dans les institutions de nos démocraties.

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  • L'europe en enfer 1914-1949 par Ian Kershaw

    Titre :  L’Europe en enfer 1914-1949
    Auteur : Ian Kershaw
    Éditeur : Seuil 2016
    Pages : 640

    On ne présente plus Ian Kershaw, connu pour ses travaux sur le nazisme et hitler. Dans son dernier livre, récemment traduit en français, l'auteur décide de s'attaquer à un sujet énorme. En deux livres, il compte faire l'histoire de l'Europe durant le XXème siècle. Ce premier tome se concentre sur les années 1914 à 1949 soit les deux guerres mondiales ainsi que l'entre-deux guerres. La période est dense, remplie de modifications sociales importantes. L'historiographie est tout aussi importante et Kershaw ne prétend pas faire une nouvelle recherche. Il se repose sur une importante bibliographie qu'il présente en fin d'ouvrage. Naturellement, il est illusoire de prétendre résumer un tel livre. Il vaut mieux présenter son fonctionnement.

    Le livre est divisé en 10 chapitres qui, mis à part le 9, sont chronologiques. Dans ces chapitres l'auteur essaie de nous montrer le fonctionnement d'une époque extrêmement dense. Il débute naturellement sur la course à la Première guerre mondiale qui a mené à des changements importants en Europe, particulièrement à l'est. Il continue ensuite sur plusieurs chapitres qui se concentrent sur l'entre-deux guerres. Ceux-ci permettent, certes, de montrer un certain optimisme malgré les problèmes économiques mais aussi une marche vers la mise en cause des démocraties, aussi bien par le fascisme que par le communisme, et les tensions ethniques basées sur l'idée d'état-nation. Ces chapitres permettent donc d'avoir une compréhension globale de la course à la guerre. Après une large explication, Kershaw nous parle enfin des événements de la Deuxième guerre mondiale puis examine ses conséquences en Europe afin de terminer son tableau en 1949, alors que la Guerre Froide et la division du monde et du continent européen sont définitifs.

    Bien entendu, même 600 pages ne sont pas suffisantes pour parler de tous les événements et de tous les pays. Ian Kershaw explique en introduction ce qu'il doit aux nombreuses recherches historiques sur l'Europe. Il est nécessaire, pour son travail, de synthétiser la plupart des sujets touchés. Cependant, ce livre permet tout de même d'avoir une vision globale de 50 ans d'histoire européenne. Mieux encore, l'auteur nous présente les événements d'Europe de l'est, une histoire que je connais que peu. Sans encore connaitre le prochain tome, il me semble que nous aurons là un futur classique qui permettra aux personnes qui le souhaitent de connaitre 100 ans d'histoire européenne par la lecture de seulement deux livres dont les bibliographies vont probablement permettre d'aller plus loin sur la plupart des sujets.

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  • Introduction à l'histoire de notre temps. 3 Le XXème siècle de 1914 à nos jours par René Rémond

    Titre :  Introduction à l'histoire de notre temps. 3 Le XXème siècle de 1914 à nos jours
    Auteur : René Rémond
    Éditeur : Seuil 2002
    Pages : 288

    Après ce troisième tome de de l'Introduction à l'histoire de notre temps je termine une œuvre adaptée d'un cours de première année et remis à jours pour prendre en compte la fin de la guerre froide ainsi que le renouveau du terrorisme. Le livre est divisé en deux parties de 7 et 9 chapitres. La première partie concerne la période de la Première guerre mondiale et de l'entre-deux guerre. L'auteur entre immédiatement dont la guerre. Il n'en fait pas une chronologie mais il explicite les causes de celle-ci, aussi bien politiques que militaires. Il insiste surtout sur le caractère spécifique de cette guerre qui non seulement dure longtemps mais implique l'entrée en guerre d'une grande partie du globe, sous la direction de l'Europe. Dans un second temps, l'auteur s'intéresse à la suite ce qui lui permet de discuter des démocraties, du communisme mais aussi du fascisme pour, ensuite, mettre en avant les crises qui mènent à la seconde guerre mondiale.

    La seconde partie s'intéresse à la Deuxième guerre mondiale et à la suite de la période jusqu'à aujourd'hui. Là encore, l'auteur débute son analyse par celle de la guerre, là aussi à la fois longue, intense et globale, pour ensuite s'intéresser aux conséquences. René Rémond montre que le monde est divisé entre deux blocs : l'ouest et l'est. La division implique deux idéologies avec leur propre vision de ce que le monde devrait être. L'auteur nous montre que le monde est dans l'obligation de choisir entre les deux blocs. Loin d'une guerre militaire on nous parle d'une guerre d'influence menée dans d'autres pays.

    La fin de cet examen permet, enfin, de parler des pays qui ne sont pas européens. René Rémond parle aussi bien de l'Asie que du monde arabe et du reste du monde. C'est, à mon avis, la partie la plus problématique de ce livre. En effet, René Rémond divise le monde entre deux formes de civilisations. Il y a les anciennes civilisations qui ont connu la mise en place d'un état et d'une culture forte telle que l'Europe mais aussi des parties spécifiques de l'Asie, en particulier la Chine, le Japon et l'Inde. Ces lieux réussissent à éviter la domination européenne par une modernisation mais aussi grâce à une culture imposante. D'autre part, il met en avant un monde arabe qui perd son unité avec la fin de l'Empire Ottoman mais qui se modernise par la création d'états nationaux mais qui garderait le souhait d'une unité. Enfin, il y a le reste du monde, soit l'Afrique et l'Amérique du sud. L'Amérique du Sud est affranchie de la tutelle européenne depuis longtemps, mais sont politiquement instables et économiquement en danger.

    Enfin, il y a l'Afrique. Selon l'auteur, le continent reste durablement sous le joug des européens car le monde africain manquait à la fois d'une culture commune et d'une tradition étatique. Il est, selon René Rémond, nécessaire de créer une élite politique avant de permettre une forme d'indépendance. Cette partie du livre est la plus problématique à plus d'un titre. Premièrement, l'auteur semble oublier les horreurs de la colonisation. Celle-ci semble être une simple entrée des européens dans des territoires sans peuples ni états. On ne conquière pas, on crée. L'Afrique moderne n'aurait donc pas été possible sans l'apport positif, en matière culturelle et politique, de l’Europe. En second lieu, l'auteur semble ne pas comprendre le caractère injuste de la décolonisation qui implique de garder un certain pouvoir, par exemple par le franc CFA. Enfin, je suis très troublé par l'idée que l'Afrique n'aurait pas eu d'histoire, histoire conçue comme la création d'empires ou de royaumes unifiés autours d'une culture. Je suis très loin de bien connaitre l'histoire du continent africain, mais je pense qu'il est impossible que l'Afrique n'ait pas d'histoire avant l'arrivée de l’Europe.

    Pour finir, ces trois tomes sont très intéressants. Ils donnent de bonnes bases sur le fonctionnement de l'occident. L'auteur donne des informations intéressantes sur des idéologies, des mouvements et des formes d'organisation. Cependant, ces trois livres sont très européocentrés avec une attention importante sur la France, l'Angleterre et l'Allemagne. Les autres parties du monde ne sont que peu décrites tandis que l'Europe de l'ouest est considérée comme le moteur de l'histoire mondiale qui pourrait, selon la dernière partie, permettre la création d'une civilisation et d'une culture mondiale basée sur les valeurs occidentales.

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  • Introduction à l'histoire de notre temps 2. Le XIXe Siècle. 1815-1914 par René Rémond

    Titre :  Introduction à l'histoire de notre temps 2. Le XIXe Siècle. 1815-1914
    Auteur : René Rémond
    Éditeur : Seuil 1974
    Pages : 248

    Ce tome est le second dans une série de trois intitulés Introduction à l'histoire de notre temps. Ces livres sont adaptés d'un cours de première année donné par l'auteur à l'Institut d'études politiques. Le premier tome s'intéressait à l'Ancien Régime et à la Révolution de 1789. Celui-ci prend comme décors le XIXème siècle avec comme bornes les années 1815 et 1914, deux dates particulièrement importantes pour l'histoire de l'Europe. Le tome précédent nous permettait de comprendre de quelle manière la Révolution française de 1789 impacte l'Europe. Ce tome débute lors d'une période de retour au passé, défendu par le Congrès de Vienne. Cependant, ce tome n'est pas véritablement historique et s'intéresse plutôt à des concepts, inscrit dans un contexte historique.

    Ainsi, l'auteur s'intéresse à plusieurs changements et mouvements qui ont lieu durant le XIXème siècle, que ce soit le libéralisme, la démocratie, l'urbanisation, les mouvements des nations et, bien entendu, le socialiste et le syndicalisme. René Rémond s'intéresse à chacun, et plus, de ces concepts afin de nous permettre de comprendre leur importante dans le fonctionnement du XIXème siècle et de nos jours. Systématiquement, il s'intéresse aux principaux mouvements mais aussi aux idéologies. Celui lui permet de montrer une forme de changement. Ainsi, on peut difficilement comprendre son propos sur la démocratie sans s'intéresser à ses explications sur le monde rural.

    Cependant, ces concepts sont centrés sur l'Europe, voire la France, alors que l'auteur annonce une histoire de notre temps qui prenne en compte ce qui est extérieur à l'Europe. Dans ce second tome, l'auteur débute une analyse du colonialisme. Il montre, tout d'abord, l'importance des Empires mais aussi, et surtout, la course à la conquête des puissances européennes. Il montre que ces colonies sont défendues par le souhait d'exporter la culture européenne, mais n'oublie pas de parler des inégalités centrales à ce type de relations. Il explicite aussi le fonctionnement de certains pays qui sont moins conquis que progressivement démantelés, comme la Chine ou l'Empire Ottoman. Bien que le propos soit intéressant, il me semble tout de même très daté avec une vision peu critique du colonialisme. Par exemple, il ne fait que mentionner le Congo sans parler des atrocités qui y ont été commises. Encore une fois, le livre est décevant si vous cherchez à en savoir plus sur le monde non-européen. En revanche, il permet d'expliciter plusieurs mouvements qui gardent une importance de nos jours.

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  • Introduction à l'histoire de notre temps 1. L'ancien régime et la Révolution 1750-1815 par René Rémond

    Titre : Introduction à l'histoire de notre temps 1. L'ancien régime et la Révolution 1750-1815
    Auteur : René Rémond
    Éditeur : Seuil 1974
    Pages : 215

    Lorsqu'on s'intéresse à l'histoire on manque souvent de manuels ou de récits généraux sur une histoire large, voire mondiale. Il se trouve que René Rémond était chargé de cours à l'Institut d’études politique de Paris, ce qui implique d'offrir des informations générales et des concepts précis permettant une compréhension minimale d'une histoire récente. Ainsi, ce premier tome est une édition de ce cours, sans notes ni bibliographie. Le but de René Rémond n'est donc pas d'être exhaustif.

    Dans ce premier tome l'auteur s'intéresse aux années 1750-1815, soit des années qui précèdent et suivent le moment de la Révolution de 1789 en France. Son but est d'expliquer ce moment et d'essayer de montrer son importance, en particulier pour le monde occidental. L'auteur débute par l'explication du monde l'ancien régime. Pour cela il s'intéresse aussi bien à la géographie qu'à la démographie. Il explique que le monde est assez peu connu et surtout que les connaissances des événements ne voyagent que lentement. Ensuite, il met en avant le fonctionnement social et politique. Ici, l'auteur crée une division entre les différents types de sociétés et de formes politiques. Cela lui permet d'expliciter les raisons des changements politiques mais surtout de conceptualiser certains termes importantes (comme la monarchie absolue).

    Dans un second temps, il s'intéresse à la Révolution proprement dites. L'étude de celle-ci le conduit à mettre en avant la rupture organisée entre l'Ancien Régime et un "nouveau régime." Outre une égalité devant la loi, la Révolution permet de constituer un état fort centralisé qui peut survivre à des menaces internes comme externes. De plus, l'auteur montre l'importance du moment révolutionnaire pour le monde. En premier lieu, les pays européens sont forcés de se placer face à ce changement, ce qui conduit à des guerres qui durent jusqu'à l'époque Napoléonienne. Ensuite, les mouvements politiques européens ont un impact dans les autres continents, colonisés. Ceux-ci commencent à connaitre des mouvements de libérations plus ou moins réussis, mais qui sont surtout le fait d'hommes blancs qui veulent atteindre un certain pouvoir.

    Ce premier volume est plutôt intéressant. Il réussit à synthétiser plusieurs évènements mais surtout il permet d'avoir une meilleure compréhension de certains concepts et du fonctionnement de l'histoire. Bien que l'auteur essaie de mettre en avant une histoire mondiale, on peut déplorer que le propos soit surtout européen et même francocentré. D'une certaine manière, ceci est compréhensible puisque le livre étudie un mouvement qui début en France et qui a eu un impact important en Europe. Mais on aurait souhaité un peu plus d'informations sur des pays plus nombreux. Les Amériques sont étudiées, mais de manière très superficielle.

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